13h15 : Diderot, le discret
Nous sommes en 1767. Dans ce qu'il appelle « Les salons », càd les comptes rendus qu'il rédige des Expositions organisées tous les deux ans par l'Académie royale de peinture et de sculpture dans le Salon carré du Louvre, Denis Diderot, qui a souvent été représenté en peinture ou en sculpture, commente l'image que les différents artistes ont donnée de lui. Ainsi , du buste réalisé par Étienne Maurice Falconet, il écrit :
« Je dirais seulement de ce mauvais buste, qu'on y voyait les traces d'une peine d'âme secrète dont j'étais dévoré quand l'artiste le fit »
Du travail de Louis Michel van Loo, il ajoute : «Michel m'a envoyé le beau portrait qu'il a fait de moi ; il est arrivé, au grand étonnement de Madame Diderot qui le croyait destiné à quelqu'un ou quelqu'une. Je l'ai placé au-dessus du clavecin de ma petite bonne [sa fille]. Je l'aimerais bien autant ailleurs. Mme Diderot prétend qu'on m'a donné l'air d'une vieille coquette qui fait le petit bec et a encore des prétentions. Il y a bien quelque chose de vrai dans cette critique. Quoi qu'il en soit, c'est une marque d'amitié de la part d'un excellent homme, qui doit m'être et me sera toujours précieuse. »
D'Anna Dorothea Therbusch qui le représente torse nu : « Ses autres portraits sont froids, sans autre mérite que celui de la ressemblance, excepté le mien, qui ressemble, où je suis nu jusqu'à la ceinture, et qui, pour la fierté, les chairs, le faire, est fort au-dessus de Roslin et d'aucun portraitiste de l'Académie. Je l'ai placé vis-à-vis celui de Van Loo, à qui il jouait un mauvais tour. Il était si frappant, que ma fille me disait qu'elle l'aurait baisé cent fois pendant mon absence, si elle n'avait pas craint de le gâter» .
Enfin, du tableau de Jean-Baptiste Garand : « Je n'ai jamais été bien fait que par un pauvre diable appelé Garand, qui m'attrapa, comme il arrive à un sot qui dit un bon mot. Celui qui voit mon portrait par Garand, me voit » Partons, aujourd'hui, sur les traces du discret et toujours énigmatique : Denis Diderot, penseur des Lumières.
Invitée : Valérie André, spécialiste de la littérature des 18e et 19e siècles, professeur à l'ULB, membre de l'Académie royale de Belgique.