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Quand on regarde les photos de Yukio Mishima dans les années 1960, on voit un homme musclé, torse nu, posant comme un culturiste. Épaules larges, abdominaux dessinés, regard dur.
Mais le jeune Mishima était tout l’inverse.
Enfant fragile, souvent malade, surprotégé par une grand-mère autoritaire, il est dispensé de sport. À l’école, il est jugé trop faible pour le service militaire pendant la Seconde Guerre mondiale — un épisode qui le marquera profondément. Il en gardera une honte persistante : celle de ne pas avoir été « à la hauteur » physiquement.
Dans les années 1950, déjà écrivain reconnu au Japon grâce au Pavillon d’or, il prend une décision radicale.
Il va reconstruire son corps.
Il se met à la musculation avec une discipline quasi militaire. Haltères, barres, répétitions quotidiennes. Il pratique aussi le kendo, l’art du sabre. Il documente ses progrès avec des photos soigneusement mises en scène.
Pourquoi un romancier, intellectuel brillant, ressent-il ce besoin ?
Parce que Mishima nourrit une conviction profonde : la littérature seule est insuffisante.
Il écrit un essai intitulé Soleil et acier, où il explique son obsession. Selon lui, l’intellect est abstrait, désincarné. Les mots sont faibles. Le corps, lui, est concret. Il donne accès à la réalité, à la souffrance, à la vérité.
Il va jusqu’à affirmer que ses premiers succès littéraires lui paraissent « désincarnés ». Il veut que sa pensée passe par la chair.
Cette transformation n’est pas un simple hobby. Elle devient une composante centrale de son identité publique. Il pose comme un saint Sébastien transpercé de flèches, dans une photographie devenue célèbre. Il met en scène sa musculature comme un manifeste esthétique.
Mishima cherche l’unité : l’esprit et le corps, la beauté et la force, l’art et l’action.
Ce qui fascine, c’est que cette métamorphose est volontaire, méthodique, presque théâtrale. Il ne subit pas son image : il la fabrique.
Au fond, cette anecdote révèle quelque chose d’essentiel : Mishima n’était pas seulement un écrivain. Il était un metteur en scène de lui-même.
Un auteur qui considérait que son propre corps pouvait devenir un texte.
Et peut-être que, chez lui, la littérature ne s’écrivait pas seulement avec de l’encre… mais avec des muscles.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
By Choses à Savoir4
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Quand on regarde les photos de Yukio Mishima dans les années 1960, on voit un homme musclé, torse nu, posant comme un culturiste. Épaules larges, abdominaux dessinés, regard dur.
Mais le jeune Mishima était tout l’inverse.
Enfant fragile, souvent malade, surprotégé par une grand-mère autoritaire, il est dispensé de sport. À l’école, il est jugé trop faible pour le service militaire pendant la Seconde Guerre mondiale — un épisode qui le marquera profondément. Il en gardera une honte persistante : celle de ne pas avoir été « à la hauteur » physiquement.
Dans les années 1950, déjà écrivain reconnu au Japon grâce au Pavillon d’or, il prend une décision radicale.
Il va reconstruire son corps.
Il se met à la musculation avec une discipline quasi militaire. Haltères, barres, répétitions quotidiennes. Il pratique aussi le kendo, l’art du sabre. Il documente ses progrès avec des photos soigneusement mises en scène.
Pourquoi un romancier, intellectuel brillant, ressent-il ce besoin ?
Parce que Mishima nourrit une conviction profonde : la littérature seule est insuffisante.
Il écrit un essai intitulé Soleil et acier, où il explique son obsession. Selon lui, l’intellect est abstrait, désincarné. Les mots sont faibles. Le corps, lui, est concret. Il donne accès à la réalité, à la souffrance, à la vérité.
Il va jusqu’à affirmer que ses premiers succès littéraires lui paraissent « désincarnés ». Il veut que sa pensée passe par la chair.
Cette transformation n’est pas un simple hobby. Elle devient une composante centrale de son identité publique. Il pose comme un saint Sébastien transpercé de flèches, dans une photographie devenue célèbre. Il met en scène sa musculature comme un manifeste esthétique.
Mishima cherche l’unité : l’esprit et le corps, la beauté et la force, l’art et l’action.
Ce qui fascine, c’est que cette métamorphose est volontaire, méthodique, presque théâtrale. Il ne subit pas son image : il la fabrique.
Au fond, cette anecdote révèle quelque chose d’essentiel : Mishima n’était pas seulement un écrivain. Il était un metteur en scène de lui-même.
Un auteur qui considérait que son propre corps pouvait devenir un texte.
Et peut-être que, chez lui, la littérature ne s’écrivait pas seulement avec de l’encre… mais avec des muscles.
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