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L’intelligence artificielle fait rêver. Mais elle coûte aussi, littéralement, une fortune. Depuis deux ans, les grands noms du secteur annoncent des levées de fonds records, des centres de données géants, des puces toujours plus puissantes. Une course à l’armement technologique. Et dans cette bataille, OpenAI semble brûler du cash plus vite que tout le monde.
Les dépenses de l’entreprise seraient estimées à près d’un milliard de dollars… par mois. Oui, par mois. Une cadence qui donne le vertige et qui alimente une question de plus en plus sérieuse dans les cercles financiers : combien de temps ce rythme peut-il tenir. On se souvient qu’en octobre dernier, Sam Altman avait promis des investissements colossaux : jusqu’à 1 400 milliards de dollars pour développer les infrastructures nécessaires à l’IA. Des montants dignes d’un budget d’État. Mais cette ambition démesurée inquiète.
Dans une tribune publiée dans le New York Times, l’expert financier Sebastian Mallaby, du Council on Foreign Relations, estime qu’OpenAI pourrait tout simplement se retrouver à court d’argent « au cours des 18 prochains mois ». Autrement dit : avoir du mal à passer le cap de 2027. Et son analyse ne vient pas d’un doute sur l’intelligence artificielle elle-même. Au contraire. Il rappelle que les grandes innovations technologiques prennent d’ordinaire des décennies à s’imposer. Or, l’IA progresse à une vitesse spectaculaire. Le problème, selon lui, ce n’est pas la technologie. C’est le modèle économique d’OpenAI.
Car contrairement à Google, Meta ou Microsoft, capables de financer leurs paris risqués grâce à d’autres activités très rentables, OpenAI ne dispose pas de cette bouée de sauvetage. Elle doit investir massivement… sans revenus comparables en face. Même en revoyant certaines promesses à la baisse ou en s’appuyant sur la valeur élevée de ses actions, l’équation reste brutale : il faut trouver des sommes astronomiques. Pour Mallaby, le scénario n’est pas impensable : une entreprise étranglée financièrement, puis absorbée par un géant mieux doté en liquidités, comme Microsoft ou Amazon.
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Grâce à ses alliances avec Ray-Ban et Oakley, Meta s’est imposé en quelques mois comme l’un des leaders des lunettes connectées. Les modèles siglés Zuckerberg se vendent si bien que le groupe envisagerait même de doubler la production pour suivre la demande. Mais derrière cette réussite, un concurrent crie au pillage technologique.
La société Solos, elle aussi spécialisée dans les lunettes intelligentes, vient de déposer plainte dans le Massachusetts. Elle accuse Meta d’avoir enfreint plusieurs de ses brevets, ceux qu’elle considère comme le « cœur » même de la technologie embarquée. Dans le viseur : la Ray-Ban Meta de première génération, présentée comme la base technique de toute la gamme actuelle. Selon Solos, les modèles plus récents ne seraient que des variantes d’une plateforme déjà fondée sur ses inventions protégées. La facture pourrait être salée. L’entreprise réclame des dommages se chiffrant en milliards de dollars et demande une injonction qui pourrait, à terme, bloquer certaines ventes.
Dans sa plainte, Solos avance un élément troublant. En 2021, une chercheuse du MIT, Priyanka Shekar, publie une étude stratégique sur ses produits, citant explicitement plusieurs de ses brevets. Peu après, elle rejoint Meta comme cheffe de produit. Pour Solos, difficile d’y voir une coïncidence : ces connaissances auraient pu être intégrées en interne avant le lancement des lunettes développées avec EssilorLuxottica, propriétaire de Ray-Ban et Oakley.
Autre point soulevé : les partenaires de Meta auraient eu accès très tôt à ses travaux. Des ingénieurs d’Oakley auraient vu des prototypes dès 2015. Puis, en 2017, des réunions avec EssilorLuxottica auraient permis de détailler sa feuille de route technologique. Ironie de l’histoire, Solos propose déjà des lunettes intégrant de l’IA, de la traduction automatique ou encore ChatGPT… mais reste largement dans l’ombre de Meta. Cette bataille juridique rappelle que dans la course aux objets connectés, l’innovation va vite, et les brevets deviennent des armes. D’ailleurs, un autre acteur, Xreal, vient lui aussi d’attaquer un concurrent pour contrefaçon.
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Le monde du stockage numérique traverse une zone de turbulence. Depuis des mois, le secteur encaisse pénuries, hausses de prix et bricolages techniques. On a même vu certains fabricants ressortir de vieux standards comme la DDR3 pour maintenir la production à flot. Autant dire un retour en arrière. Mais la porte de sortie ne viendra pas du passé. Elle pourrait s’appeler… ReRAM. Derrière ce sigle un peu austère se cache peut-être la prochaine révolution mémoire. Et surtout, un signal fort : Texas Instruments, poids lourd des semi-conducteurs valorisé près de 170 milliards de dollars, vient d’en acquérir la licence auprès d’une jeune pousse australienne, Weebit Nano. Quand un géant réputé pour sa prudence met la main sur une technologie, ce n’est généralement pas un pari fantaisiste.
Le principe de la ReRAM, pour « mémoire résistive », est simple sur le papier : stocker l’information non plus comme dans la Flash traditionnelle, mais via un changement de résistance électrique. Résultat annoncé : des performances qui donnent le tournis. Des vitesses d’écriture jusqu’à cent fois plus rapides que la Flash embarquée actuelle, et surtout une endurance bien supérieure, capable de supporter entre 100 000 et un million de cycles d’écriture sans dégradation notable. Autre atout décisif : l’intégration. La technologie peut être ajoutée en fin de fabrication des puces, via ce que les ingénieurs appellent le « back-end-of-line ». En clair, pas besoin de repenser toute l’architecture des transistors. Le surcoût serait limité à environ 5 %. Pour un bond générationnel, c’est presque dérisoire.
Si cette solution suscite autant d’intérêt aujourd’hui, c’est parce que la mémoire Flash arrive à ses limites physiques. Sous les 28 nanomètres, elle devient instable, chère, difficile à miniaturiser. Un véritable goulot d’étranglement qui freine smartphones, objets connectés et PC. Les fabricants se retrouvent à empiler des solutions hybrides, plus gourmandes en énergie et en espace. Avec la ReRAM, l’industrie entrevoit enfin une alternative crédible.
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C’est une bataille discrète, mais révélatrice des tensions entre plateformes, ayants droit… et sites d’archives aux frontières du légal. À la toute fin de l’année dernière, Anna’s Archive affirmait avoir mis la main sur une copie massive de données issues de Spotify, incluant des enregistrements parmi les plus écoutés de la plateforme. Une annonce qui n’est pas passée inaperçue. Puis, début janvier, coup de théâtre : le domaine en .org du site disparaît brutalement. Hors ligne, sans explication claire.
À l’époque, ses opérateurs parlent d’une simple interruption technique, sans rapport avec cette collecte géante. Mais quelques jours plus tard, des documents judiciaires lèvent le voile sur une tout autre histoire. En coulisses, Spotify s’est allié à trois poids lourds de l’industrie musicale – Sony, Warner et Universal – pour saisir la justice américaine. Direction le tribunal fédéral du district sud de New York. La plainte est d’abord placée sous scellés, pour éviter toute fuite. L’idée est simple : frapper vite, sans prévenir.
Le 2 janvier, les plaignants obtiennent une ordonnance restrictive temporaire. Elle vise directement les intermédiaires techniques : le gestionnaire des domaines .org, Public Interest Registry, et le géant des services réseau Cloudflare. Selon les maisons de disques, ces acteurs ont le pouvoir de couper l’accès aux domaines utilisés pour diffuser illégalement des œuvres protégées. Anna’s Archive ne découvre la procédure qu’une fois les mesures appliquées. Les ayants droit redoutaient qu’une alerte préalable ne provoque la mise en ligne immédiate de millions de fichiers et une fuite de l’infrastructure hors des États-Unis. Résultat : le .org tombe. Mais le site, lui, ne disparaît pas totalement.
Le juge Jed Rakoff transforme ensuite l’ordonnance en injonction préliminaire, estimant que les plaignants ont de solides arguments en matière de violation du droit d’auteur, notamment via des fichiers torrent. Hébergeurs, fournisseurs d’accès : tous sont sommés de bloquer l’accès. Pourtant, certains domaines étrangers restent accessibles. Et selon TorrentFreak, si les torrents Spotify affichent désormais « indisponible », des téléchargements persistent via des liens directs.
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C’est un feuilleton judiciaire qui dure depuis près de six ans, un bras de fer entre deux poids lourds du numérique : Epic Games d’un côté, Google de l’autre. Au cœur du conflit, les règles du Play Store et les pratiques jugées anticoncurrentielles du géant de Mountain View sur le marché des applications mobiles. En novembre dernier, les deux camps ont annoncé vouloir enterrer la hache de guerre. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. Lors d’une audience récente à San Francisco, un élément inattendu est venu troubler le tableau. En parallèle du procès, Epic aurait négocié un partenariat commercial d’envergure avec… Google lui-même.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’éditeur de Fortnite prévoit d’investir 800 millions de dollars sur six ans dans les services de Google. Une somme que le juge fédéral James Donato a qualifiée de « partenariat plutôt solide ». L’accord prévoirait des développements de produits communs, des opérations marketing conjointes et divers projets commerciaux partagés. Tim Sweeney, fondateur d’Epic Games, explique que cet argent correspond à l’achat de prestations précises, sans en détailler la nature. Une lettre d’intention a été présentée au tribunal, mais l’accord n’est pas encore finalisé. Selon lui, cette collaboration s’inscrirait surtout dans la stratégie autour du métavers, avec Fortnite comme vitrine, et inclurait notamment une utilisation renforcée de l’Unreal Engine par Google. Il insiste aussi sur un point : l’Epic Games Store ne bénéficierait d’aucun traitement de faveur sur Android.
Reste que ce rapprochement interroge. Après des années à dénoncer les barrières de l’écosystème Android, pourquoi soudain faire affaire avec l’adversaire ? Le juge cherche à savoir si cet accord financier a pesé dans la décision d’Epic de mettre fin au contentieux. Tim Sweeney, lui, assume. Pour lui, payer Google pour favoriser davantage de concurrence n’a rien d’incohérent. Une position pragmatique… mais qui contraste avec six ans de bataille judiciaire acharnée.
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Vous vous rappelez peut-être le grand show autour de GPT-5.2. OpenAI promettait une intelligence artificielle taillée pour les professionnels, solide, fiable, presque infaillible. Une sorte d’assistant surdoué capable de gérer des dossiers complexes sans broncher. Sur le papier, c’était la Rolls-Royce de l’IA. Sauf qu’en regardant de plus près, le moteur semble un peu bricolé.
Une enquête du Guardian vient en effet semer le doute. Pour construire certaines réponses, le modèle irait puiser directement dans… Grokipedia, l’encyclopédie alimentée par l’écosystème d’Elon Musk. Autrement dit, l’outil vedette d’OpenAI s’appuierait sur une base liée à son principal rival. Ironie totale dans la guerre des milliardaires de la tech. Les journalistes britanniques ont mené des tests simples : douze questions factuelles, sur des sujets sensibles. Résultat, GPT-5.2 a cité Grokipedia neuf fois. Pas un accident isolé, mais un réflexe récurrent. L’IA s’y est référée pour évoquer des dossiers géopolitiques délicats, comme les liens supposés entre l’Iran et l’opérateur MTN-Irancell, ou encore pour retracer le parcours de l’historien Richard Evans, témoin clé au procès du négationniste David Irving.
Problème : OpenAI assure depuis des mois avoir verrouillé ses sources, avec des filtres stricts pour éviter les contenus douteux. Officiellement, l’entreprise parle d’un « large éventail de sources publiques » soigneusement sélectionnées. Mais dans les faits, l’algorithme s’appuie sur une plateforme elle-même alimentée par une autre IA, Grok, déjà critiquée pour des biais et des renvois vers des forums extrémistes. Pas exactement un gage de sérénité. Au-delà de la rivalité entre Musk et OpenAI, cette affaire révèle un souci plus profond. Les intelligences artificielles commencent à se nourrir les unes des autres. Une sorte de boucle fermée où des contenus générés par des machines deviennent des « références » pour d’autres machines. Les erreurs, approximations ou biais se recyclent, se renforcent, puis prennent l’apparence de vérités établies. À force d’aspirer tout le web, ces modèles risquent surtout d’avaler leurs propres déchets.
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Alors que l’année 2026 démarrait à peine, ByteDance a choisi la discrétion plutôt que le grand show. Sans annonce tonitruante ni keynote spectaculaire, le groupe chinois a fait apparaître une nouvelle application sur les écrans américains et brésiliens : PineDrama. Un lancement presque furtif, mais révélateur d’une mutation profonde de nos usages vidéo. Car non, le règne du format court n’a visiblement pas encore atteint son plafond.
PineDrama ne prétend pas révolutionner la narration. Elle pousse simplement la logique existante à son extrême. Le concept : des séries scénarisées, découpées en épisodes d’environ une minute, à regarder exclusivement en vertical. Ici, pas de plans léchés ni de budgets hollywoodiens. L’esthétique revendique le kitsch assumé : intrigues sentimentales, romances improbables, loups-garous, secrets de bureau et coups de théâtre à répétition. Des titres comme Love at First Bite ou The Officer Fell for Me donnent le ton : on est clairement du côté du « plaisir coupable ».
La singularité du lancement tient aussi à son modèle économique. Contrairement à d’autres plateformes du même genre, PineDrama est, pour l’instant, accessible sans publicité ni abonnement obligatoire. Une gratuité surprenante dans un secteur habitué aux paywalls agressifs, mais qui s’explique par la puissance financière de ByteDance. Le groupe teste ce format depuis un moment déjà à travers les « TikTok Minis » sur TikTok, et PineDrama apparaît comme une déclinaison autonome de cette expérimentation. Ce mouvement n’a rien d’anecdotique. Il s’inscrit dans une tendance importée d’Asie, où les « micro-dramas » transforment le smartphone en distributeur automatique de fictions express. Là où Quibi s’était fracassé en tentant d’imposer une expérience premium et coûteuse sur mobile, PineDrama et ses concurrents comme ReelShort ont compris une chose essentielle : l’enjeu n’est pas la qualité cinématographique, mais l’addiction.
Dans les transports ou entre deux rendez-vous, l’utilisateur ne cherche pas le prochain chef-d’œuvre, mais une décharge narrative immédiate. En internalisant ce format, ByteDance ne vise pas une ambition culturelle. Il cherche à récupérer ces précieuses minutes d’attention qui échappaient encore à son algorithme principal. Une bataille pour le temps de cerveau disponible, où la victoire se joue désormais sur la capacité à livrer un divertissement instantané, sans friction. Reste une inconnue : lorsque la gratuité disparaîtra, le public acceptera-t-il de payer pour ces feuilletons verticaux ? Pour l’instant, PineDrama teste le terrain outre-Atlantique. L’Europe, elle, observe de loin avec attention.
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Après les polémiques à répétition — images sexualisées générées sans consentement, deepfakes explicites, y compris mettant en scène des mineurs — le chatbot Grok confirme sa réputation d’IA hors normes, pour ne pas dire hors cadre. Une intelligence artificielle volontairement permissive, peu filtrée, indifférente aux lignes rouges juridiques et éthiques. Une philosophie assumée par son créateur, Elon Musk, et désormais revendiquée au sommet de l’appareil militaire américain.
Cette semaine, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a annoncé l’intégration prochaine de Grok dans des systèmes classifiés du Pentagon. Objectif affiché : doter l’armée d’une IA « sans contraintes idéologiques » pour soutenir des usages militaires jugés légitimes. Lors d’un discours tenu devant des employés de SpaceX, au Texas, le message est limpide : l’IA militaire américaine « ne sera pas woke ». Une formule choc, mais parfaitement alignée avec l’ADN de Grok. Cette convergence n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans une doctrine stratégique où l’efficacité prime sur le cadre légal, quitte à flirter avec les limites du droit international. Sous l’administration Trump, certaines opérations extérieures ont déjà suscité de lourdes controverses, de l’Amérique latine à la Corne de l’Afrique. Des actions spectaculaires, souvent pensées pour l’impact médiatique immédiat, mais rarement pour leurs conséquences à long terme.
Dans ce contexte, l’arrivée d’une IA comme Grok pose une question centrale : que se passe-t-il lorsqu’on confie des décisions potentiellement létales à un outil qui ne connaît ni le doute, ni la retenue ? Une IA capable d’analyser froidement des données satellitaires, des flux de renseignement, des réseaux sociaux, puis de proposer des cibles, des scénarios, des méthodes. Une IA qui peut calculer l’acceptabilité politique d’une frappe, intégrer les pertes civiles comme de simples variables, et optimiser une opération sans jamais en questionner la légitimité. Le risque ne s’arrête pas au champ de bataille. Grok pourrait aussi piloter la guerre de l’information, notamment via X, en amplifiant certains récits, en noyant les faits sous des narratifs concurrents, en discréditant témoins et sources gênantes. Pour une machine dépourvue d’éthique, la vérité n’est qu’un paramètre parmi d’autres.
Le basculement est là : la guerre tend à devenir un processus technique, automatisé, délégué à des systèmes qui n’assument aucune responsabilité. Or une IA n’est ni un officier, ni un décideur politique. Elle ne comparaît pas devant un tribunal. Elle ne rend de comptes à personne. Et pourtant, Grok s’apprête à peser sur des décisions de vie ou de mort. Un choix lourd de conséquences, dont il sera difficile de mesurer — et de corriger — les effets une fois la machine lancée.
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Amazon franchit un cap stratégique en Europe. Ce jeudi 15 janvier, Amazon Web Services lance officiellement son AWS European Sovereign Cloud, une infrastructure pensée pour répondre aux exigences les plus strictes en matière de souveraineté numérique. La première région ouvre en Allemagne, dans le Brandebourg, avec déjà des extensions prévues en Belgique, aux Pays-Bas et au Portugal via des « Local Zones ». L’investissement est à la hauteur de l’ambition : 7,8 milliards d’euros engagés outre-Rhin pour redessiner le paysage du cloud européen.
La promesse est simple, presque radicale : ce cloud peut fonctionner en totale autonomie, même en cas de coupure complète avec le reste du réseau mondial d’AWS. Aucune dépendance technique ou opérationnelle hors de l’Union européenne. Les données, métadonnées, factures et comptes clients restent confinés sur le sol européen. L’exploitation est assurée par des équipes locales, sans lien fonctionnel avec les États-Unis, et une copie complète du code source est accessible aux responsables européens en cas d’urgence. Une concession rare de la part d’un hyperscaler américain, conçue pour répondre frontalement aux inquiétudes liées à l’extraterritorialité du droit américain. Cette offre vise clairement les secteurs les plus sensibles : administrations, défense, finance, santé, énergie ou télécoms. Pour ces acteurs, longtemps réticents à migrer vers le cloud public, AWS promet désormais « le meilleur des deux mondes » : la puissance industrielle d’un géant mondial, sans abandon du contrôle juridique et opérationnel. Reste que certains sceptiques continueront de douter de l’étanchéité réelle du dispositif face à une éventuelle pression judiciaire venue de Washington.
Pour crédibiliser son discours, Amazon a mis en place une architecture juridique inédite. Une société mère allemande chapeaute trois filiales de droit local, toutes dirigées par des citoyens européens. À leur tête, l’Allemand Stefan Hoechbauer, épaulé par le Français Stéphane Israël, ancien patron d’Arianespace. Un conseil consultatif complète le dispositif, avec notamment le général Philippe Lavigne et l’Irlandaise Sinéad McSweeney. Dès son lancement, plus de 90 services sont disponibles, de l’IA au stockage en passant par la cybersécurité. Des acteurs comme EWE AG, l’université Lausitz Carl Thiem ou Sanoma Learning ont déjà signé. Les partenaires historiques d’AWS — Accenture, SAP, Capgemini, Deloitte ou Mistral AI — suivent le mouvement. Pour l’Allemagne, l’enjeu est économique autant que stratégique : 2 800 emplois créés chaque année et un impact estimé à 17,2 milliards d’euros sur le PIB. Un signal fort envoyé à toute l’Europe.
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C’est un geste rare, presque inédit dans l’administration française. Le jeudi 15 janvier, la Caisse nationale des allocations familiales a décidé de lever le voile sur un outil longtemps accusé d’opacité : son algorithme de datamining utilisé pour cibler une partie des contrôles d’allocataires. Code source, variables utilisées, critères écartés, pondérations… tout est désormais public. La CAF parle de DMDE 2026, pour DataMiningDonnées Entrantes, et assume une démarche de transparence totale.
L’enjeu est de taille. Chaque année, l’institution verse plus de 108 milliards d’euros de prestations à près de 14 millions de foyers. Dans ce contexte, la moindre suspicion de contrôle automatisé injuste alimente la défiance. Consciente de cette fragilité, la CAF a décidé de répondre frontalement aux critiques. Depuis mars 2025, un comité d’éthique indépendant réunit juristes, experts du numérique et représentants des usagers. Son rôle n’est pas symbolique : il examine chaque algorithme, identifie les risques de biais et peut imposer des corrections. Une charte encadre l’ensemble, avec un principe central : l’outil doit assister la solidarité, pas surveiller les allocataires. « Ouvrir, oui, mais avec méthode et responsabilité », résume Nicolas Grivel, directeur général de la CAF.
À la lecture des documents publiés, un point frappe immédiatement : l’algorithme ne concerne qu’une part infime des contrôles. En 2024, sur 31,5 millions de vérifications, moins de 1 % ont mobilisé ce système. Son rôle est simple : produire un score de risque lorsqu’un trop-perçu potentiel dépasse 600 euros sur six mois. Rien de plus. La décision finale revient toujours à un contrôleur humain. « Ces dossiers restent minoritaires dans notre activité », insiste Thomas Desmoulins, responsable du contrôle à la CNAF. Autre élément clé : ce que l’algorithme ne regarde pas. Les données sensibles — nationalité, sexe, adresse précise, quartier — sont exclues. Les comportements aussi : fréquence de connexion, appels à la CAF, retards administratifs ou contrôles passés n’entrent pas en ligne de compte. L’objectif est clair : éviter toute stigmatisation ou effet boule de neige.
Ce que le modèle analyse, en revanche, ce sont des éléments factuels : situation professionnelle, composition du foyer, montants perçus, changements récents de statut. Le tout repose sur une méthode statistique classique, la régression logistique, compréhensible et explicable. Pas de boîte noire, donc. Pour la première fois, chacun peut consulter le code et comprendre comment un score est calculé.
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