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Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2021-2022
Du bon usage de la richesse. Le droit comme économie morale à Rome
Les Anciens avaient une idée de l'économie différente de la nôtre : elle faisait partie de la philosophie, notamment de l'éthique. Elle était l'art du « bon usage des richesses » : « bon », car l'économie, en tant qu'administration des biens du foyer, dans leur dimension à la fois humaine et matérielle, avait un objectif précis, le bien-vivre au sens moral.
Les moyens d'acquisition des richesses – le commerce, les échanges, les contrats – devaient eux aussi être « beaux et justes ». C'est pourquoi le droit romain, qui posait les règles valables dans ce domaine, peut être lu comme une technique du bon et du juste pour acquérir et gérer un patrimoine.
Ainsi, par rapport à nos conceptions, la relation entre droit et économie s'inverse. Aujourd'hui, on tend souvent à analyser le droit par le biais de la science économique, pour le mettre à son service, dans un but d'efficience. Dans un monde comme celui de l'Empire romain, qui ne connaissait pas de science économique au sens contemporain, c'était le droit qui fournissait les critères d'action et de choix ; ce que la justice, en tant que valeur morale et sociale, visait, tenait la place actuelle de la maximisation du profit.
Les cours, à travers une histoire des mentalités, des institutions, des modes de vie anciens, analyseront la société romaine grâce aux savoirs qu'elle a développés pour se penser.
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2021-2022
Du bon usage de la richesse. Le droit comme économie morale à Rome
Les Anciens avaient une idée de l'économie différente de la nôtre : elle faisait partie de la philosophie, notamment de l'éthique. Elle était l'art du « bon usage des richesses » : « bon », car l'économie, en tant qu'administration des biens du foyer, dans leur dimension à la fois humaine et matérielle, avait un objectif précis, le bien-vivre au sens moral.
Les moyens d'acquisition des richesses – le commerce, les échanges, les contrats – devaient eux aussi être « beaux et justes ». C'est pourquoi le droit romain, qui posait les règles valables dans ce domaine, peut être lu comme une technique du bon et du juste pour acquérir et gérer un patrimoine.
Ainsi, par rapport à nos conceptions, la relation entre droit et économie s'inverse. Aujourd'hui, on tend souvent à analyser le droit par le biais de la science économique, pour le mettre à son service, dans un but d'efficience. Dans un monde comme celui de l'Empire romain, qui ne connaissait pas de science économique au sens contemporain, c'était le droit qui fournissait les critères d'action et de choix ; ce que la justice, en tant que valeur morale et sociale, visait, tenait la place actuelle de la maximisation du profit.
Les cours, à travers une histoire des mentalités, des institutions, des modes de vie anciens, analyseront la société romaine grâce aux savoirs qu'elle a développés pour se penser.
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2021-2022
Du bon usage de la richesse. Le droit comme économie morale à Rome
Les Anciens avaient une idée de l'économie différente de la nôtre : elle faisait partie de la philosophie, notamment de l'éthique. Elle était l'art du « bon usage des richesses » : « bon », car l'économie, en tant qu'administration des biens du foyer, dans leur dimension à la fois humaine et matérielle, avait un objectif précis, le bien-vivre au sens moral.
Les moyens d'acquisition des richesses – le commerce, les échanges, les contrats – devaient eux aussi être « beaux et justes ». C'est pourquoi le droit romain, qui posait les règles valables dans ce domaine, peut être lu comme une technique du bon et du juste pour acquérir et gérer un patrimoine.
Ainsi, par rapport à nos conceptions, la relation entre droit et économie s'inverse. Aujourd'hui, on tend souvent à analyser le droit par le biais de la science économique, pour le mettre à son service, dans un but d'efficience. Dans un monde comme celui de l'Empire romain, qui ne connaissait pas de science économique au sens contemporain, c'était le droit qui fournissait les critères d'action et de choix ; ce que la justice, en tant que valeur morale et sociale, visait, tenait la place actuelle de la maximisation du profit.
Les cours, à travers une histoire des mentalités, des institutions, des modes de vie anciens, analyseront la société romaine grâce aux savoirs qu'elle a développés pour se penser.
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2021-2022
Du bon usage de la richesse. Le droit comme économie morale à Rome
Les Anciens avaient une idée de l'économie différente de la nôtre : elle faisait partie de la philosophie, notamment de l'éthique. Elle était l'art du « bon usage des richesses » : « bon », car l'économie, en tant qu'administration des biens du foyer, dans leur dimension à la fois humaine et matérielle, avait un objectif précis, le bien-vivre au sens moral.
Les moyens d'acquisition des richesses – le commerce, les échanges, les contrats – devaient eux aussi être « beaux et justes ». C'est pourquoi le droit romain, qui posait les règles valables dans ce domaine, peut être lu comme une technique du bon et du juste pour acquérir et gérer un patrimoine.
Ainsi, par rapport à nos conceptions, la relation entre droit et économie s'inverse. Aujourd'hui, on tend souvent à analyser le droit par le biais de la science économique, pour le mettre à son service, dans un but d'efficience. Dans un monde comme celui de l'Empire romain, qui ne connaissait pas de science économique au sens contemporain, c'était le droit qui fournissait les critères d'action et de choix ; ce que la justice, en tant que valeur morale et sociale, visait, tenait la place actuelle de la maximisation du profit.
Les cours, à travers une histoire des mentalités, des institutions, des modes de vie anciens, analyseront la société romaine grâce aux savoirs qu'elle a développés pour se penser.
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2020-2021
L'équité. Histoire romaine du désir de justice
En cette année du quarantième anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France, alors que son application recule lentement dans le monde, comme le montre l'adhésion des États à la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU pour l'établissement d'un moratoire sur la peine de mort (16 décembre 2020), que peut nous apprendre la lecture des sources romaines, notamment juridiques, sur le rapport entre équité, sanction pénale et vengeance ? Comment justifier la mise à mort de quatre cents esclaves, pour l'assassinat du maître par un seul d'entre eux, comme le voudrait la norme (le sénatus-consulte Silanien) ? C'est sur cela que porte le raisonnement du juriste Cassius Longinus, exposé lors de la discussion de ce cas effrayant au Sénat en 61 de notre ère. Ce cours invite à analyser le ressort de cette décision implacable qui conduisit à l'exécution, malgré l'opposition populaire, de la famille servile du sénateur assassiné : « Tout grand châtiment a quelque chose d'inéquitable, à l'égard des individus, mais est compensé par l'utilité générale », dit Cassius. Son raisonnement nous ramène au débat sur la peine de mort. Comment comprendre l'utilité commune ? Et peut-on accepter que le désir de vengeance l'emporte sur l'équité ?
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2020-2021
L'équité. Histoire romaine du désir de justice
En cette année du quarantième anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France, alors que son application recule lentement dans le monde, comme le montre l'adhésion des États à la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU pour l'établissement d'un moratoire sur la peine de mort (16 décembre 2020), que peut nous apprendre la lecture des sources romaines, notamment juridiques, sur le rapport entre équité, sanction pénale et vengeance ? Comment justifier la mise à mort de quatre cents esclaves, pour l'assassinat du maître par un seul d'entre eux, comme le voudrait la norme (le sénatus-consulte Silanien) ? C'est sur cela que porte le raisonnement du juriste Cassius Longinus, exposé lors de la discussion de ce cas effrayant au Sénat en 61 de notre ère. Ce cours invite à analyser le ressort de cette décision implacable qui conduisit à l'exécution, malgré l'opposition populaire, de la famille servile du sénateur assassiné : « Tout grand châtiment a quelque chose d'inéquitable, à l'égard des individus, mais est compensé par l'utilité générale », dit Cassius. Son raisonnement nous ramène au débat sur la peine de mort. Comment comprendre l'utilité commune ? Et peut-on accepter que le désir de vengeance l'emporte sur l'équité ?
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2020-2021
L'équité. Histoire romaine du désir de justice
En cette année du quarantième anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France, alors que son application recule lentement dans le monde, comme le montre l'adhésion des États à la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU pour l'établissement d'un moratoire sur la peine de mort (16 décembre 2020), que peut nous apprendre la lecture des sources romaines, notamment juridiques, sur le rapport entre équité, sanction pénale et vengeance ? Comment justifier la mise à mort de quatre cents esclaves, pour l'assassinat du maître par un seul d'entre eux, comme le voudrait la norme (le sénatus-consulte Silanien) ? C'est sur cela que porte le raisonnement du juriste Cassius Longinus, exposé lors de la discussion de ce cas effrayant au Sénat en 61 de notre ère. Ce cours invite à analyser le ressort de cette décision implacable qui conduisit à l'exécution, malgré l'opposition populaire, de la famille servile du sénateur assassiné : « Tout grand châtiment a quelque chose d'inéquitable, à l'égard des individus, mais est compensé par l'utilité générale », dit Cassius. Son raisonnement nous ramène au débat sur la peine de mort. Comment comprendre l'utilité commune ? Et peut-on accepter que le désir de vengeance l'emporte sur l'équité ?
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2020-2021
L'équité. Histoire romaine du désir de justice
En cette année du quarantième anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France, alors que son application recule lentement dans le monde, comme le montre l'adhésion des États à la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU pour l'établissement d'un moratoire sur la peine de mort (16 décembre 2020), que peut nous apprendre la lecture des sources romaines, notamment juridiques, sur le rapport entre équité, sanction pénale et vengeance ? Comment justifier la mise à mort de quatre cents esclaves, pour l'assassinat du maître par un seul d'entre eux, comme le voudrait la norme (le sénatus-consulte Silanien) ? C'est sur cela que porte le raisonnement du juriste Cassius Longinus, exposé lors de la discussion de ce cas effrayant au Sénat en 61 de notre ère. Ce cours invite à analyser le ressort de cette décision implacable qui conduisit à l'exécution, malgré l'opposition populaire, de la famille servile du sénateur assassiné : « Tout grand châtiment a quelque chose d'inéquitable, à l'égard des individus, mais est compensé par l'utilité générale », dit Cassius. Son raisonnement nous ramène au débat sur la peine de mort. Comment comprendre l'utilité commune ? Et peut-on accepter que le désir de vengeance l'emporte sur l'équité ?
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2020-2021
L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dans le tout premier passage du Digeste de Justinien, Ulpien qualifie les juristes de prêtres de la justice (iustitia), mais il faut reconnaître qu'en réalité ils sont plutôt les adeptes de l'équité (aequitas). Les nombres ne mentent pas : dans leurs écrits le mot iustitia n'est évoqué que huit fois, l'aequitas l'est au moins dix fois plus. Ce choix lexical nous offre un fil à suivre pour comprendre ce qui lie les juristes à la culture antique. Si l'on prend à titre de comparaison le corpus cicéronien – très varié par ses genres – iustitia se polarise dans ses traités philosophiques, aequitas se retrouve essentiellement dans ses traités rhétoriques et ses discours judiciaires. On comprend ainsi que l'équité est un mot de la rhétorique. Cela nous autorise à tenter une lecture par rapprochement. Le cours analyse le sens que les juristes attribuent à aequitas à la lumière de la définition (ou plutôt déconstruction) à laquelle Cicéron le soumet justement dans le cadre de la théorie rhétorique, en particulier dans le De inventione. Au miroir de la pensée cicéronienne, on arrive à mieux cerner ce que les juristes comprenaient par aequitas quand ils s'en servaient dans l'élaboration du droit. Bien loin d'être un mot creux, comme on le croit parfois, c'est une notion puissante qui prend ainsi forme et devient visible : un critère de décision inséré dans une vision précise des liens sociaux.
Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique
Collège de France
Année 2020-2021
L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dans le tout premier passage du Digeste de Justinien, Ulpien qualifie les juristes de prêtres de la justice (iustitia), mais il faut reconnaître qu'en réalité ils sont plutôt les adeptes de l'équité (aequitas). Les nombres ne mentent pas : dans leurs écrits le mot iustitia n'est évoqué que huit fois, l'aequitas l'est au moins dix fois plus. Ce choix lexical nous offre un fil à suivre pour comprendre ce qui lie les juristes à la culture antique. Si l'on prend à titre de comparaison le corpus cicéronien – très varié par ses genres – iustitia se polarise dans ses traités philosophiques, aequitas se retrouve essentiellement dans ses traités rhétoriques et ses discours judiciaires. On comprend ainsi que l'équité est un mot de la rhétorique. Cela nous autorise à tenter une lecture par rapprochement. Le cours analyse le sens que les juristes attribuent à aequitas à la lumière de la définition (ou plutôt déconstruction) à laquelle Cicéron le soumet justement dans le cadre de la théorie rhétorique, en particulier dans le De inventione. Au miroir de la pensée cicéronienne, on arrive à mieux cerner ce que les juristes comprenaient par aequitas quand ils s'en servaient dans l'élaboration du droit. Bien loin d'être un mot creux, comme on le croit parfois, c'est une notion puissante qui prend ainsi forme et devient visible : un critère de décision inséré dans une vision précise des liens sociaux.
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Juriste historien, Dario Mantovani est né en 1961 à Milan (Italie). Sa formation en lycée classique a préludé aux études de droit. Il a parcouru dans différentes universités italiennes (Trente,…

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