Emissions Spéciales

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Emissions Spéciales episodes

  • Les cent ans de Boris Vian : Henri Salvador
    Son délicieux talent de chanteur tendre et sa surprenante force comique ont fait oublier qu'Henri Salvador est aussi un remarquable musicien de jazz et un guitariste pétri de swing. Il est encore, ce que l'on sait moins, la flemme personnifiée, sauf pour tout ce qui touche à la musique, mais la musique, il ne peut pas en faire douze heures par jour. Aussi est-ce avec une joie sans mélange que certains de ses amis ont appris récemment l'heureux accident qui l'obligeait justement à en faire douze heures par jour en l'immobilisant pour un mois ou deux. Le pied dans le plâtre, Henri était bien obligé de se distraire, et il s'est remis à la guitare. Aussitôt qu'il est revenu à Paris, on s'est empressé de le traîner au studio avant qu'il ne reperde sa forme. A Paris, il y a pour la guitare un danger beaucoup plus grand que la flemme : c'est la télévision.
     
    Boris Vian, juillet 1956
    in Derrière la Zizique chez Le Livre de Poche
    (musique : Salvador plays the blues)

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    3 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Charlie Shavers
    Charlie Shavers, le 3 mars à l'Alhambra. Shavers, votre cas est clair. Vous jouez très bien. Mais vous avez la passion de la vie plus que celle de la musique ; c'est à dire en d'autres mots que vous avez la passion de la musique entière plus que celle de la trompette. On vous dira sans doute que vous manquez souvent de goût, Charlie. Quelque intellectuel sous-alimenté vous le reprochera. Mais Balzac aussi, vous savez. Le manque de goût, si ça se double d'une certaine puissance, ça devient un style. Vous auriez pu arriver bien haut. Vous êtes né juste un peu trop tôt...
    Shavers, vous êtes capable de très bien faire. Vous vous laissez prendre par la bonne fièvre... Mais vous n'y croyez pas tout le temps parce qu'il fait tellement beau dehors que c'est bien bête de se décarcasser et que c'est très bon d'aller battre sa flemme dans les bois ou dans les bars. Avec un bon directeur de conscience, vous eussiez fait un grand Shavers.
     
    Boris Vian, Jazz Hot, Mars 1958
    in Chroniques de Jazz chez 10/18

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    3 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Chloé
    Colin s'assit et Chloé se nicha commodément près de lui.
    Chloé sourit. Colin ne dit rien, mais passa son bras autour du cou de Chloé et se mit à jouer négligemment avec le premier bouton de sa robe, qui s'ouvrait devant.
    Alise revenait. Elle avait bien choisi le disque. C'était Chloé, arrangé par Duke Ellington. Colin mordillait les cheveux de Chloé près de l'oreille. Il murmura : « C'est exactement vous ».
     
    Boris Vian, 1946In L'écume des jours, chez Le Livre de Poche
    (musique : Duke Ellington – Chloé)

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    2 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Duke Ellington
    Il y a une telle différence d'envergure entre Duke Ellington et tous les autres musiciens de jazz, sans exception, qu'on se demande pourquoi on parle des autres. Lorsqu'un musicien entre chez Duke, ses enregistrements le présentent bien souvent sous un jour extraordinaire et au bout de peu de temps, s'il n'atteint pas la célébrité, c'est vraiment qu'il le fait exprès.
    Aussi on est amené à se demander si le fait de jouer chez Duke développe les qualités intrinsèques du monsieur, ou si l'orchestre de Duke ne doit ses qualités qu'au fait que Duke s'assimile les vertus particulières de chacun des hommes qu'il emploie.
    En résumé, Duke est-il un vampire ou un catalyseur? Notez qu'il y a encore une troisième possibilité : peut-être a t-il tout simplement un flair de chien de chasse pour découvrir les hommes qu'il lui faut – et ceux qui savent jouer.
     
    Boris Vian, Jazz Hot, Février 1949
    in Chroniques de Jazz chez 10/18
    (Musique : Duke Ellington / Cootie Williams – Concerto For Cootie)

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    2 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Critique de jazz
    Les voies du seigneur étant comme qui dirait impénétrables, on connaît généralement assez mal les motifs qui peuvent pousser un être humain à s'intituler critique de jazz. C'est pourquoi je ne tenterai pas de les approfondir. Ceci-dit, je vais essayer d'en donner un aperçu.
    On peut devenir critique de jazz :

    Par hasard
    Pour embêter Delaunay
    Pour embêter Panassié
    Parce qu'on n'aime pas le jazz.
    Parce qu'on joue dans un orchestre dont personne ne parle jamais, et qu'il faut quelqu'un pour en parler.
    Pour avoir la carte professionnelle et toucher des disques à l'oeil
    Parce qu'un fou a l'idée de lancer une revue de jazz, et qu'il vous connaît mal.
    Parce qu'on parle Anglais et on se dit : Je vais interviewer Ellington
    Parce qu'on se dit que ça va vous faire apprendre l'Anglais.
    Parce qu'il n'y a aucune raison que n'importe qui ne soit pas critique de jazz.

    Boris Vian, Jazz News, 1949
     (musique: « Duke Ellington, Boris Vian et Maurice Culaz » + Duke Ellington Drop Me Off In Harlem 1940 )

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    3 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Rock
    « Le scandale du rock dénoncé ». Il s'agit d'un film qui exposera les trucs utilisés par les chanteurs à « gimmicks » et leurs exploiteurs. Voilà qui est bon, décidément. Mais le scandale des gens qui vendent des fusils et des revolvers ne serait-il pas un peu plus grave ?
    Si on nous foutait la paix avec les « scandales » en musique? La musique, personne n'est forcé d'en écouter après-tout... Françoise Sagan s'est toujours mieux vendue qu'Alfred Jarry... alors zut, ça ne l'empêche pas d'être sympathique, et Jarry non plus... Quand on voit des crétins sans espoir comme certains rockers gagner des millions en chantant, eh bien, c'est plutôt agréable, non? Ça fait un peu conte de fées, le vilain petit canard qui touche un tiercé au P.M.U, qui est-ce que ça gêne ?
    Et vive Monk !
     
    Boris Vian, Jazz Hot, Mars 1958Chroniques de Jazz chez 10/18 
    (musique : Coasters – Yakety Yak ou Chuck Berry – Sweet Little Sixteen puis Monk : Nutty, Misterioso ou Blues Five Spot sur Misterioso 1958)

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    2 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Frottements
    Dans son disque « Tangents in Jazz », Jimmy Giuffre voulait « que la pulsation soit perçue plutôt qu'entendue ».
    Il y a également en matière de rapports sexuels, quelques théories de ce genre, et les écrivains romantiques abondent en descriptions de frôlements qui font défaillir.
    N'en déplaise à ces branlotins, ce jazz bourré d'intentions est aussi excitant qu'un paquet de chiffons mouillés !
    En matière de jazz, je crains d'être assez retardataire pour exiger de lui une émotion physique plutôt qu'intellectuelle. Il va de soit qu'il n'y a pas de différence fondamentale, vu que c'est le cerveau qui fait le boulot dans les deux cas. Mais le phénomène de résonance, pour se produire, exige dans la réalité, un seuil minimum d'intensité de l'excitation.
    En d'autres termes, quand les soldats qui marchaient au pas firent péter le pont suspendu, ils représentaient une certaine masse mobile. Eussent-ils été de plume, je doute que le pont eût réagi de la même façon.
    Tout ça, c'est pas du tout pour décourager Jimmy Giuffre !
     
    Boris Vian, Jazz Hot, Janvier 1956Chroniques de Jazz chez 10/18(musique : Jimmy Giuffre – Finger Snapper (1956)

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    2 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Troglodytes
    Les races qui occupent Saint-Germain-des-Prés sont nombreuses. Parmi-elles on peut citer : Les troglodytes, ou habitants permanents du sous-sol.
    Les troglodytes constituent un élément modifié de la population de Saint-Germain-des-Prés, formé d'individus d'origines diverses, auxquels des conditions très particulières d'existence ont conféré certains caractères constants. Ces caractères sont essentiellement :

    ) La vie dans les caves
    ) Les nécessités d'absorption à haute dose, en guise d'air, d'un mélange de gaz carbonique et de fumée de cigarette.
    ) Une accoutumance prodigieuse au bruit rythmique désigné couramment sous le nom de jazz.
    ) Une capacité stomacale presque illimitée vis-à-vis des liquides.
    ) La faculté concomitante de pouvoir rester plusieurs jours sans manger.

     
    Boris Vian, 1950Manuel de Saint-Germain-des-Prés chez Le Livre de Poche
    (musique : orchestre du Tabou Ah si j'avais un franc cinquante)

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    3 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Ascenseur pour l’Échafaud
    Cet enregistrement s'est effectué de nuit au studio du Poste Parisien. Il y avait là Jeanne Moreau, la principale interprète du film, qui de façon charmante, accueillait musiciens et techniciens à un bar improvisé. Et Louis Malle, toutes bretelles dehors, qui tentait d'extraire de Miles tout ce qu'il désirait ajouter à l'image.
    On remarquera, dans la plage « Dîner au Motel », la sonorité étrange de la trompette de Miles. Un fragment de peau se détacha à un moment de sa lèvre pour se coincer dans l'embouchure. Pareil à ces peintres qui doivent parfois au hasard la qualité plastique de leur pâte, Miles accueillit volontiers ce nouvel élément inouï au sens littéral du mot : « jamais entendu ». Nul doute que, même privé des images, l'auditeur ne soit sensible au climat envoûtant et tragique créé par le grand musicien noir, admirablement soutenu par ses coéquipiers.
    Boris Vian, Juin 1958Derrière la Zizique chez Le Livre de Poche(Musique: Miles Davis – Dîner au motel)

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    3 min
  • Les cent ans de Boris Vian : Elvis Presley
    Voici ce que déclare, jovial, Elvis Presley, ce cynique personnage :
    « J'ai fait plus d'un million de dollars cette année, mais je ne suis pas musicien du tout. Je ne sais pas jouer de guitare et je n'ai jamais écrit une chanson de ma vie. Pourtant, je signe celles que j'interprète et je touche le tiers des droits sur toutes les chansons que je chante ». Et Presley ajoute avec un sourire railleur : « ça serait vraiment idiot, dans ces conditions, d'étudier la musique! »
    Ça se passe en Amérique, bien sûr... Mais ça arrive quelques fois en France. Le malheur, en France, c'est que certains artistes signent la musique et l'écrivent, parce qu'ils sont honnêtes... mais ils ne savent pas plus l'écrire que Presley… Alors, que faire ? Écouter Sinatra.
    Boris Vian, Jazz Hot, Décembre 1957Chroniques de Jazz chez 10/18
    (Musique : Presley / Sinatra 1957 « night and day » ou « All The way »)

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    2 min

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