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Je marchais hier matin dans la rue quand j'ai senti un caillou dans ma chaussure. Et, comme à chaque fois que cela m'arrive, j'ai, sentant cela, pensé à deux choses : au scandale, parce que je crois que le scandale est justement cela : un caillou dans la chaussure qui fait mal et gêne la marche ; et également à cette histoire d'Esope, reprise par La Fontaine : le rat et le lion, que j'ai relue ce matin, et qui raconte l'histoire d'un rat trottinant par mégarde sur le dos d'un lion, et que celui-ci attrape. Le rat demande au lion de pas le manger et lui explique que, s'il ne le mange pas, il saura l'en remercier.
Le lion trouve le rat bien prétentieux mais, magnanime, accepte de libérer le rat. Et bien lui en prend car, quelques jours plus tard, pris dans des rets tendus par des chasseurs, il ne peut s'en libérer que grâce à l'intervention du rat, passé par là, qui de ses petites dents, ronge les mailles du filet.
Je ne me souvenais pas, hier matin, de la fin de l'histoire, mais seulement de cette image, dans mon livre d'enfant, du lion, apparemment gentil, tenant le rat dans sa grosse patte griffue et écoutant sa prière. Je ne savais plus, précisément, si le lion, au bout du compte, libérait le rat ou si, lion, il le mangeait parce que, aussi gentil soit-il, un lion reste un lion.
C’était plutôt vers le second terme de l'alternative que je penchais, ce qui m'entraînait à poursuivre la conversation que j'avais eue, par blog interposé, avec Célestine, à propos de la liberté et de l'égalité. Je me disais que, si même le lion avait finalement mangé le rat, aurait-on pu le lui reprocher ? Après tout, si la liberté est quelque chose, ce n'est pas, sans doute, le droit de faire tout ce qu'on veut, mais c'est fondamentalement, le droit d'être ce qu'on est, de vivre ce qu'on est. Or la nature du lion est d'être lion et de vivre comme un lion. Et donc la liberté du lion n'est pas la même que celle du rat. Et c'est en cela que traiter de la même façon, égalitairement, un rat et un lion, n'est pas respectueux de la nature de chacun.
Les deux termes ne peuvent se concilier que par l'intervention d'un troisième qui, en politique, s'appelle fraternité et sinon, amour.
Tel est l'objet de cet enregistrement matinal et sabbatique (ou peut-être saturnien ? - à moins que ce ne soit ni l'un ni l'autre).