Improvisations (le podcast)
Download on the App Store

Improvisations (le podcast) episodes

  • Faible avec le fort, fort avec le faible
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171117faible.mp3
    Etre faible avec le fort et fort avec le faible est une de mes hantises depuis que je suis tout petit.
    Se venger sur le faible de la lâcheté qu'on a eu face au fort est un comportement terrible. Et je crains de l'avoir eu.
    Et je sais qu'on est alors soi même si scandalisé, si revulsé par sa propre attitude, sa propre indignité, qu'on peut être tenté, pour ne pas commettre une injustice supplémentaire, de ne rien dire au faible quand bien même il mériterait nos remontrances. Et alors, sous prétexte que nous n'avons rien dit au fort, nous ne disons rien au faible, ajoutant, par souci de justice mais surtout par mauvaise conscience, une seconde lâcheté à la première.
    Et c'est ainsi que, de lâcheté en lâcheté et de démission en démission, tout va à vau-l'eau.
    Il faut, pour sortir de cette spirale descendante, comprendre au fond de soi qu'il ne s'agit pas d'un rapport de force, que tout cela n'a rien à voir avec la force et la faiblesse. Comprendre qu'il ne s'agit pas d'être plus fort que le fort, encore moins d'être plus fort que le faible. Il s'agit de bienveillance. Ni muscles montrés, ni mécaniques roulées, de la gentillesse.
    Et lorsqu'on a compris que c'est de cela qu'il s'agissait, on trouve les bons mots pour parler au faible. Et ayant appris à s'adresser ainsi au faible, non pour l'écraser ou lui faire sentir notre autorité mais pour le guider et le conseiller, au mieux qu'on peut, avec amour, lorsqu'on a dépassé cette analyse des choses en termes de rapport de forces, on est probablement mûr pour s'adresser aussi au fort.
    C'est ce que je retiens de ce que m'a appris Katia, et de l'expérience récemment racontée par Clémentine.
    Mais je me rends compte, écrivant ces choses, qu'il y a, niché au fond du phénomène de démission que je décris, le rôle immense de la mauvaise conscience et du poids qu'elle peut faire peser. J'en reparlerai.
    PS : comme je le pensais en écrivant la fin du commentaire et comme Le marcheur solitaire a si bien su l'exprimer, il n'y a plus, au bout de ce chemin, force ni faiblesse, fort et faible. Ces catégories elles-mêmes faussent la réalité.
    5 min
  • Agir, c’est renoncer à la perfection
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171115imperfection.mp3
    Quand je trace, au bas de mes dessins, la petite fleur qui en marque l'achèvement, quand, ayant rédigé un long message, j'appuie sur la touche "Enter" de mon ordinateur, quand je referme l'enveloppe de la lettre, quand je mets en ligne cet enregistrement puis le texte que j'écris en commentaire (celui là même qu'on lit ici), je n'ai pas le sentiment d'avoir atteint la perfection. Il y aurait eu, en y prenant le temps, bien des choses à améliorer, à peaufiner, à perfectionner. Mais voilà : à rechercher la perfection, je sais que jamais la chose n'adviendra.
    On peut toujours, sur toutes choses, faire mieux que ce qui a été fait fait. Mais si l'on veut que la chose advienne à l'existence, et même à l'être, il faut, à un moment, renoncer à la perfection. Créer, et plus simplement agir, c'est renoncer à la perfection.
    La difficulté - c'est une discussion que j'ai souvent avec Katia - est qu'on ne peut pas y renoncer complètement : si l'on ne recherche pas du tout la perfection, si l'on n'a aucune exigence, notamment envers soi-même, on tombe dans un laisser-aller et un n'importe-quoi qui n'est pas très différent, au fond, de l'inexistence auquel condamne le souci ireffréné de la perfection. Il faut donc tenir les deux bouts, marcher gaillardement sur ce chemin de crête qui sépare deux précipices, inlassablement avancer et inlassablement renoncer. Faire au mieux mais sans prétendre avoir donné le dernier mot ; rechercher la perfection mais ne jamais avoir l'orgueil de l'atteindre.
    Car il y a dans le souci de la perfection une part d'orgueil presque démoniaque, et dans le renoncement à cette perfection une part d'humilité. Mais le contraire, aussi, est vrai en partie. Et l'on ne sait jamais très bien si ce qui nous pousse à arrêter le travail et à poser le stylo ou le pinceau est belle humilité ou laide paresse. Peut-on le savoir, d'ailleurs ? Y a-t-il un critérium pour ces choses-là ? On tâche seulement d'avancer au mieux.
    C'est ainsi que sont les choses. Et c'est ainsi que va le monde.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    5 min
  • Le caillou dans la chaussure, le lion, le rat et la liberté
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171111scandale.mp3
     
    Je marchais hier matin dans la rue quand j'ai senti un caillou dans ma chaussure. Et, comme à chaque fois que cela m'arrive, j'ai, sentant cela, pensé à deux choses : au scandale, parce que je crois que le scandale est justement cela : un caillou dans la chaussure qui fait mal et gêne la marche ; et également à cette histoire d'Esope, reprise par La Fontaine : le rat et le lion, que j'ai relue ce matin, et qui raconte l'histoire d'un rat trottinant par mégarde sur le dos d'un lion, et que celui-ci attrape. Le rat demande au lion de pas le manger et lui explique que, s'il ne le mange pas, il saura l'en remercier.
    Le lion trouve le rat bien prétentieux mais, magnanime, accepte de libérer le rat. Et bien lui en prend car, quelques jours plus tard, pris dans des rets tendus par des chasseurs, il ne peut s'en libérer que grâce à l'intervention du rat, passé par là, qui de ses petites dents, ronge les mailles du filet.
    Je ne me souvenais pas, hier matin, de la fin de l'histoire, mais seulement de cette image, dans mon livre d'enfant, du lion, apparemment gentil, tenant le rat dans sa grosse patte griffue et écoutant sa prière. Je ne savais plus, précisément, si le lion, au bout du compte, libérait le rat ou si, lion, il le mangeait parce que, aussi gentil soit-il, un lion reste un lion.
    C’était plutôt vers le second terme de l'alternative que je penchais, ce qui m'entraînait à poursuivre la conversation que j'avais eue, par blog interposé, avec Célestine, à propos de la liberté et de l'égalité. Je me disais que, si même le lion avait finalement mangé le rat, aurait-on pu le lui reprocher ? Après tout, si la liberté est quelque chose, ce n'est pas, sans doute, le droit de faire tout ce qu'on veut, mais c'est fondamentalement, le droit d'être ce qu'on est, de vivre ce qu'on est. Or la nature du lion est d'être lion et de vivre comme un lion. Et donc la liberté du lion n'est pas la même que celle du rat. Et c'est en cela que traiter de la même façon, égalitairement, un rat et un lion, n'est pas respectueux de la nature de chacun.
    Les deux termes ne peuvent se concilier que par l'intervention d'un troisième qui, en politique, s'appelle fraternité et sinon, amour.
    Tel est l'objet de cet enregistrement matinal et sabbatique (ou peut-être saturnien ? - à moins que ce ne soit ni l'un ni l'autre).
    9 min
  • Liberté, égalité, fraternité
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171108devise.mp3
    Repensant à ce que je disais et écrivais dimanche de la gestion de nos conflits, désirs et instincts par l'incitation, d'une part, et la norme, de l'autre, j'ai réalisé que le gouvernement de nous-mêmes par l'incitation reflétait l'attachement, l'aspiration à la liberté quand le gouvernement de nous-mêmes par la norme reflétait, presque symétriquement, notre aspiration à l'égalité.
    Ces deux aspirations coexistent en nous. On pourrait dire qu'elles se combattent mais on peut dire aussi qu'elles dansent l'une avec l'autre, se balancent de part et d'autre d'un même axe, se marient et se combinent, vibrent au sein de nous : nous aspirons, soit simultanément, soit au long de l'écoulement du temps et au gré des situations, à la liberté de l'individu qui, unique, définit seul ses règles, et à cette passion égalitaire, qui naît du souci de justice, et qui rend insupportables les situations d'inéquité.
    Et au sein de cette vibration, de cette tension continuelle et éclatante entre la liberté et l'égalité, le troisième terme de la devise nationale : fraternité, vient établir un lien, construire un pont. La fraternité, c'est cette aspiration au vivre-ensemble, cette acceptation et ce désir de la communauté, qui fait que chacun accepte volontiers que ses instincts de liberté soient pesés et modérés à l'aune de l'égalité, et qui nous conduit inversement à accepter que l'égalité laisse cependant une place, la place qu'il faut, la place nécessaire, à la liberté de chacun, car la communauté que nous construisons chaque jour et où nous voulons vivre est volontaire et non emprisonnante.
    Liberté, égalité, fraternité, c'est la reconnaissance des aspirations contraires que nous portons en nous car nous sommes des êtres divisés riches et complexes, et l'expression de notre souhait de les concilier volontairement au sein d'un ensemble plus grand.
    PS : Katia me fait remarquer que "divisé" n'est pas le terme adéquat. Elle a raison. Nous sommes riches, plutôt, de nos aspirations diverses (et parfois changeantes) qu'il nous faut apprendre à mettre en harmonie, comme le ferait un chef d'orchestre..
    5 min
  • L’incitation et la norme
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171105norme.mp3
    Olivier et moi discutions l'autre jour des permis d'émission, ce système mis en place par l'Union européenne qui vise à inciter les industriels à faire appels à des procédés de fabrication et à des énergies moins émetteurs de carbone : la combustion des hydrocarbures produisant du dioxyde de carbone qui est un gaz à effet de serre, un mécanisme a été instauré - en très gros une taxation des émissions de carbone - qui est censé pousser les industriels à faire appel à des énergies et à des procédés moins carbonés et donc moins nocifs pour l'environnement. Le carbone étant taxé, et donc relativement onéreux, il est en effet de leur intérêt d'en minimiser l'utilisation. Le système est cependant incitatif, et non impératif, l'idée sous-jacente étant, une fois l'objectif fixé, de laisser aux intéressés le choix du meilleur moyen d'y parvenir - ce qui dans de nombreux cas est le moyen à la fois le plus souple et le plus efficace. En décentralisant le choix des modalités, on autorise les adaptations les plus fines.
    Parallèlement à ce mécanisme, toutefois, existent, pour les dispositifs les plus polluants, des normes (par opposition aux incitations) qui prennent la forme d'interdictions pures et simples : on n'a pas le droit, par exemple, de faire fonctionner des installations produisant plus de x grammes de dioxyde de carbone par unité de production. Il est en effet considéré que, dans ce cas, les dégâts environnementaux et autres externalités négatives sont trop importants pour être admissibles.
    Il y a donc coexistence de deux mécanismes : un mécanisme incitatif où l'on compte sur la rationalité du comportement des individus (en l'occurrence, des industriels) pour limiter ce qu'on veut éviter et, simultanément, et en vue du même objectif, un mécanisme impératif, fondé sur la norme (et donc la sanction), où l'on interdit ce qu'on veut éviter.
    Cette coexistence se retrouve dans nombre de secteurs : la consommation ou les émissions des véhicules, la performance énergétique des appareils ménagers, la réglementation thermique des habitations, etc. : d'un côté, il existe différentes catégories de biens et l'on incite les consommateurs à choisir rationnellement ceux d'entre eux qui son les plus économes sur le long terme (même s'ils sont les plus onéreux à l'achat) ; d'un autre côté, on interdit purement et simplement les biens dont les performances sont jugées scandaleusement mauvaises.
    Le niveau auquel on place la barre séparant ce qui relève de l’incitation et ce qui relève de la norme est, mutatis mutandis, la ligne de séparation entre les partisans du libéralisme et ses adversaires : les Libéraux pensent que la plus grande partie des problèmes peuvent être réglés par de bonnes incitations, sans qu'il soit besoin de recourir à des normes : le marché du travail, le marché du logement, peuvent fonctionner et se réguler tous seuls, par le simple jeu de l'offre et de la demande. Leurs adversaires pensent au contraire qu'il y a, dans ces marchés, trop de déséquilibre entre les offreurs et les demandeurs, ou encore que les effets du déséquilibre sont trop graves, trop scandaleux, pour qu'on puisse laisser faire. C'est pourquoi il faut, à leurs yeux, réintroduire de l'impératif et de la norme sous forme de salaire minimal ou d'encadrement des loyers.
    Mais plus généralement, l’évaluation du bon niveau de séparation entre l'incitation et la norme apparaît comme expliquant en partie la différence entre la gauche et la droite. Gauche et droite s'opposent en effet moins sur la finalité profonde des choses que sur les moyens d'y parvenir. Il y a des choses que tout le monde considère comme devant être traitées par la norme : dans toutes les sociétés, nos instincts meurtriers, notre violence, sont considérés comme intolérables et c'est pourquoi le meurtre est interdit et puni. Mais à quelques exceptions de ce type, qui sont comme le fond commun auquel tout le monde,
    0 min
  • Transparence des êtres ?
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171103transparence.mp3
    Je redécouvre, au détour d'un échange de messages avec Clémentine, qu'au fond de moi gît la croyance en une transparence des êtres : je crois qu'un visage avenant et bienveillant, des yeux pensifs ou curieux, des rides d'expression, un sourire sur les lèvres, reflètent une âme, une personne ainsi faite ; et inversement, qu'une belle âme, une belle personne comme on le dit parfois, transparaît dans les traits de son visage, dans son expression, dans sa façon d'être, et jusque dans son corps.
    Je connais les dictons, pourtant, ai lu les contes et sait bien des histoires. Je sais aussi ces maladies atroces qui existent, qui cassent ce lien et transforment les membres, le corps, et jusqu'au visage en un pantin désarticulé que n'anime plus l'âme.
    Et pourtant c'est ainsi : je crois que les êtres se montrent, que la beauté se voit - la vraie beauté s'entend. Il y a, dans les yeux de celles et ceux que j'aime, dans leur regard, leurs gestes, leur retenue ou leur élan, leur grâce et le timbre de leur voix, leur façon de rire, de parler, de marcher, de manger et de boire, quelque chose qui est tout physique, tout chair et corps mais qui ne me paraît pas à cela confiné.
    C'est pour cela que je crois qu'on capture, dans la familiarité des corps, une partie de l'être. Et que celui-ci s'y révèle.
    D'un autre côté, pourtant, je perçois bien les limites de cette croyance. Ou serait-ce que les femmes sont vraiment plus belles que les hommes ? Plus belles intérieurement ?
    Tel est l'objet de l'enregistrement de ce matin.
    5 min
  • La mémoire des mains
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171031mains.mp3
    Il y a actuellement au Centre Georges Pompidou une exposition consacrée au peintre André Derain. Et au sein de cette exposition, un tableau magnifique et magique, nommé La Danse, qui a d'ailleurs été utilisé pour l'affiche.
    André Derain : La danse
    Outre son étrange beauté et le charme se dégageant de sa tête penchée à la façon des hei tiki maori, je me demandais pourquoi le personnage principal, à gauche, me fascinait tant. Et c'est en essayant, stylo à la main, de reproduire le dessin des ondulations de sa tunique, que j'ai trouvé : ces ondulations sont les mêmes que celles qui recouvrent le corps et le cou du dieu Cerf, à la fin de Princesse Monoké.
    De même que sa tête penchée, au delà des hei tiki, rappelle les esprits de la forêt qui apparaissent dans le même film.
    L'amusant est que cette série de correspondances, que je sentais sans arriver à les saisir, soit parvenue à ma conscience par le truchement de ma main et du stylo qu'elle tenait. C'est la mémoire de la main qui a joué : la main sait se souvenir de choses que la conscience a oubliées et qui, par son intermédiaire, reviennent à la mémoire.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    4 min
  • #eleuthere
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171029eleuthere.mp3
    On trouve depuis le printemps à Paris des affiches colorées, signées "#eleuthere" et qui reproduisent de courtes citations d'auteurs divers : Tocqueville, Confucius, Hannah Arendt, Einstein, Simone Weil, Jean-Paul II, Louis XVI, etc.
    En cherchant sur Internet, on se rend compte qu'il y a un compte Twitter associé et que ce compte Twitter, bien que réunissant des personnes très diverses, est fortement marqué à droite. Cela se voit notamment aux grand nombre de membres qui ont mit dans leur nom un R majuscule inversé, dont j'ai appris qu'il était le symbole de la réaction et de la contre-révolution.
    Il n'empêche. Les citations mises en avant valent la peine d'être lues et méditées.
    Tel est l'objet de cet enregistrement.
    PS : je me rends compte, à l'écoute, qu'il y a une erreur de montage de la bande son et que le jingle final arrive trop tôt... j'essaierai de corriger cela.
    PS2 : quel Eleuthère et pourquoi Eleuthère ?
    6 min
  • Les habits du dimanche
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171026habits.mp3
    Il y avait l'autre jour, à la cantine du bureau, où je déjeunais, assise non loin de moi, une femme toute pouponnée : son visage était poudré, ses yeux et sa bouche maquillés avec soin, ses cheveux arrangés en chignon, et était vêtue d'un tailleur rose encadrant un chemisier blanc.
    Il n'y avait rien de provoquant, rien de scandaleux dans cet habillement et cet apprêt qui n'étaient visiblement pas destinés à séduire et à mettre en valeur la personne mais plutôt à exprimer une sorte de politesse et d'effacement entièrement tourné vers l'accueil.
    Tandis que je commente ce texte, par écrit, après avoir enregistré mon propos, je me souviens que le mot qui me vint à l'esprit, tandis que je la regardais, était celui de geisha. Avec son visage poudré, son regard un peu triste et son manque total de naturel, elle aurait pu être une geisha, une de ces créatures vouées à tenir compagnie et dont la mise est codifiée dans ses moindres détails.
    J'aime ces élégances dont l'objet n'est pas de séduire mais d'accueillir. C'est la même que celle dont fait preuve le grand-père des enfants qui, les jours de fête, revêt costume et cravate non pas du tout pour attirer sur lui l'attention mais en signe de bienveillance et de bon accueil. C'est l’élégance des habits du dimanche qu'on porte non pas pour exprimer sa fierté et son orgueil mais son bonheur d'être là, son souhait de rendre la vie plus agréable aux autres, une sorte d'action de de grâce rendue au monde et à ses semblables.
    L'élégance vestimentaire est comme le sourire. Comme lui, elle peut être séductrice et tournée vers le culte du soi ; elle peut également être humble et tout entière destinée aux autres.
    Entre l'une de ces formes d'élégance et l'autre, un je-ne-sais-quoi, un presque rien, ou plutôt, comme dans toutes les choses essentielles, un monde entier mais impalpable et ineffable : l'intention.
    PS : comme Malyloup a la gentillesse de ne pas le relever, j'utilise "pouponner" en lieu et place de "pomponner". Y a-t-il un psychanalyste parmi les lecteurs ?
    5 min
  • Pétrichor
    https://improvisations.fr/wp-content/uploads/20171023petrichor.mp3
     
    C'était samedi après-midi, dans la rue, avec les enfants.
    Quelques gouttes sont tombées, lors d'une de ces si agréables et si bizarres giboulées d'octobre ; et presque immédiatement, l'odeur est montée du sol : une odeur mélangée de terre, d'humus, d'asphalte, de goudron, qui, lorsqu'elle vient de la terre, s'appelle le pétrichor, comme me l'a appris Cloudy.
    Nous nous sommes immédiatement souvenus avec les enfants de ce que la dernière fois que nous avions discuté de cette odeur, c'était en descendant les pentes du Ngorongoro sur lesquelles une averse nous avait surpris, faisant jaillir de la chaussée cette odeur puissante. Et nous avions découvert qu'à des milliers de kilomètres de Paris, l'odeur était la même, exactement la même.
    L'odorat a cet extraordinaire pouvoir - Marcel Proust, bien avant et bien mieux que moi l'a dit - de nous balader à travers le temps. Mais il nous balade également à travers l'espace, nous rendant familiers les lieux les plus inconnus parce que les mêmes parfums, les mêmes odeurs en surgissent. Il est comme cette coquille que les escargots baladent sur leur dos, et qui fait du monde leur maison.
    Cette odeur d'après la pluie, je l'aime. Elle est l'odeur des arcs -en-ciels et celle des renaissances qui suivent les déluges. Elle est l'odeur joyeuse des renouveaux et des printemps de tous les jours.  Et quand on la sent, qu'on peut l'aspirer à pleines narines, à pleins poumons, le bonheur de vivre vous saisit.
    5 min

About Improvisations (le podcast)

From the publisher's feed

Foin des préparations et des textes pensés ! Voici des mots cueillis aux lèvres.