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1. Lorenzo Valla, un philosophe oublié
Michel Onfray introduit cette conférence en rappelant l’injustice historique dont est victime Lorenzo Valla (1407-1457), un philosophe humaniste majeur de la Renaissance, souvent méconnu ou mal interprété. Onfray déplore que, malgré l’importance de ses travaux, Valla reste absent des programmes classiques de philosophie, éclipsé par des figures plus célèbres comme Jean Pic de la Mirandole ou Giordano Bruno.
Lorenzo Valla est présenté comme un penseur polymorphe : latiniste puriste, philologue, dialecticien, brillant orateur, mais aussi un philosophe épicurien chrétien, figure paradoxale et unique à la Renaissance.
2. Lorenzo Valla : un humaniste critique et polémiste
Un latiniste puriste et philologue
Valla est reconnu pour son travail sur la langue latine, notamment dans Les Élégances de la langue latine (1435-1444), où il prône le retour à un latin pur, fidèle à Cicéron et Quintilien, en opposition au latin "de cuisine" utilisé par les juristes, théologiens et scolastiques de son époque.
En tant que philologue, il s'inscrit pleinement dans l’esprit scientifique et critique de la Renaissance, participant à l’établissement rigoureux des textes, en remettant en question les versions corrompues par des siècles de copies approximatives.
La donation de Constantin : une bombe intellectuelle
Le travail le plus célèbre de Valla est sans doute sa démystification de la Donation de Constantin (1442), un texte utilisé depuis des siècles par l'Église pour légitimer son pouvoir temporel. Par une analyse philologique minutieuse, Valla prouve que ce document est un faux, rédigé plusieurs siècles après l'époque de Constantin.
Ses méthodes incluent :
* Analyse linguistique : Le latin employé dans le texte est postérieur à l’époque de Constantin.
* Anachronismes : Mention de villes et concepts inexistants au IVe siècle.
* Raisonnement logique et historique : Pourquoi un empereur comme Constantin aurait-il cédé tout le pouvoir temporel à l'Église ?
Cette remise en question choque l'Église et menace Valla de représailles. Il est obligé de fuir Rome et trouve refuge à la cour du roi Alphonse d'Aragon.
Un esprit polémique et provocateur
Onfray souligne le caractère explosif de Valla : colérique, hypersensible, et toujours prêt à la polémique. Il accumule les inimitiés, même parmi ses proches collaborateurs, et n’hésite pas à se fâcher pour des détails linguistiques.
Pour Onfray, cette agressivité dialectique n’est pas anodine : elle fait partie intégrante de la démarche philosophique de Valla, qui cherche toujours à remettre en question les vérités établies, y compris au prix de sa propre réputation.
3. Un chrétien épicurien : l’oxymore philosophique
Lorenzo Valla est souvent présenté sous un angle réducteur : soit comme un épicurien non chrétien, soit comme un chrétien non épicurien. Michel Onfray démonte ces lectures simplistes et propose une vision plus nuancée : Valla est chrétien et épicurien, un oxymore qui, selon Onfray, ouvre la voie à un humanisme singulier.
De Voluptate : du plaisir chrétien
Dans De Voluptate (1431), Valla explore la notion de plaisir à travers un dialogue en trois temps :
* Stoïcien : Valorisation de la vertu et du dépassement des désirs.
* Épicurien : Défense du plaisir comme bien suprême.
* Chrétien : Synthèse des deux, où le plaisir est concilié avec la foi chrétienne.
Valla y défend un hédonisme chrétien : le plaisir est un don de Dieu, et chercher le plaisir (y compris corporel) n’est pas contradictoire avec la foi. Cette thèse subversive conduit certains à l’accuser de libertinage ou de dissimulation, mais Onfray insiste sur la sincérité de cette tentative de concilier les deux traditions.
Fidélité au christianisme : le dialogue sur le libre-arbitre
Dans son Dialogue sur le libre-arbitre, Valla adopte une posture profondément chrétienne, défendant la foi contre les prétentions de la raison à tout expliquer. Il soutient un fidéisme radical :
* La foi doit primer sur la raison.
* Il faut croire sans chercher à démontrer, car certains mystères (comme la volonté divine) sont inaccessibles à l’intellect humain.
* L’humilité est une vertu supérieure au savoir.
Onfray souligne ici la tension dialectique chez Valla : il est capable d’une critique acerbe de l’Église tout en restant fidèle au cœur du message chrétien.
4. La critique des institutions : Église, scolastique et monachisme
Déconstruction de la scolastique
Valla s’attaque aussi à la philosophie scolastique, dominée par l’aristotélisme, qu’il juge rigide et stérile. Pour lui, la philosophie doit revenir à une forme vivante et directe, inspirée des dialogues antiques, plutôt que s’enfermer dans des jeux dialectiques artificiels.
La critique des moines et du monachisme
Dans De la profession religieuse (1440), Valla dénonce l’hypocrisie des moines et la corruption des ordres religieux. Il critique leur prétendue supériorité spirituelle, souvent contredite par des comportements licencieux et matérialistes.
Défense d’un christianisme primitif
Valla milite pour un retour aux sources évangéliques : un christianisme centré sur les pauvres, les opprimés et les sans-grades, en opposition au christianisme institutionnel et corrompu du Vatican. Cette volonté rappelle le programme d’autres réformateurs comme Érasme et préfigure en partie les thèses protestantes.
5. Libre-arbitre et prédestination : un dilemme théologique
Dans ses réflexions sur le libre-arbitre, Valla tente de concilier la préscience divine et la liberté humaine. Il propose une solution dialectique :
* Dieu sait tout ce que les hommes vont faire.
* Mais cette prescience n'annule pas la liberté des hommes.
* Dieu prévoit, mais ne prédétermine pas les actes humains.
Cette position, proche du fidéisme, évite les impasses du déterminisme total tout en préservant l’idée de responsabilité morale, essentielle au christianisme.
💡 Conclusion
Enfin Lorenzo Valla vint met en lumière la complexité et la richesse d’un philosophe trop souvent mal compris. Michel Onfray montre que Lorenzo Valla incarne la tension créatrice entre deux traditions a priori inconciliables : l’épicurisme et le christianisme.
Loin d’être un simple provocateur, Valla apparaît comme un penseur profond, engagé, et pionnier d’une critique lucide des institutions religieuses, tout en demeurant fidèle à une foi sincère et épicurienne.
Sa tentative de réconcilier le plaisir et la foi ouvre la voie à une humanité affranchie, où la quête du bonheur n’est plus en contradiction avec la spiritualité.
📚 Philosophes mentionnés
* Épicure (341 – 270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme matérialiste et hédoniste.
* Cicéron (106 – 43 av. J.-C.) — Philosophe et orateur romain, critique de l’épicurisme.
* Quintilien (env. 35 – env. 96) — Rhéteur latin, auteur de L'Institution oratoire.
* Saint Augustin (354 – 430) — Père de l’Église, défenseur du fidéisme et du péché originel.
* Thomas d'Aquin (1225 – 1274) — Philosophe scolastique, théoricien de la conciliation entre foi et raison.
* Poggio Bracciolini (1380 – 1459) — Humaniste italien, découvreur du De natura rerum de Lucrèce.
* Lorenzo Valla (1407 – 1457) — Humaniste italien, auteur de La donation de Constantin et De Voluptate.
* Érasme (1466 – 1536) — Humaniste hollandais, défenseur d’un christianisme épicurien.
* Michel de Montaigne (1533 – 1592) — Philosophe et essayiste français, influencé par l’épicurisme.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du christianisme et théoricien de la transvaluation des valeurs.
* Léo Strauss (1899 – 1973) — Philosophe politique, auteur de La persécution et l'art d'écrire.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Une contre-histoire de la philosophie
Michel Onfray ouvre cette conférence en rappelant son projet de proposer une contre-histoire de la philosophie, c’est-à-dire une lecture alternative et critique des récits officiels, souvent écrits par les vainqueurs et marqués par un tropisme idéaliste et spiritualiste. Dans cette perspective, il s’intéresse aux philosophies matérialistes, notamment l’épicurisme, marginalisées par la tradition dominante.
Onfray pose la question centrale : « Mais où sont passés les épicuriens ? », cherchant à comprendre pourquoi et comment la pensée épicurienne, pourtant si influente dans l'Antiquité, a été occultée ou déformée par l’histoire officielle.
2. Épicure : héritier des matérialistes antiques
Épicure est présenté comme le point de convergence des courants matérialistes de l’Antiquité. Michel Onfray retrace la filiation philosophique menant à Épicure :
* Leucippe et Démocrite avec leur matérialisme atomiste, qui posent les bases d’une cosmologie sans finalité divine.
* Les sophistes comme Antiphon, pour qui la philosophie est une thérapie visant à libérer l’individu du mal de vivre.
* Les cyniques tels que Diogène de Sinope, qui prônent une vie en accord avec la nature, rejetant les conventions sociales.
* Les cyrénaïques comme Aristippe de Cyrène, défenseurs du plaisir immédiat.
Épicure synthétise ces courants pour élaborer un système philosophique matérialiste et hédoniste, centré sur la quête du plaisir (au sens de l’ataraxie, l'absence de troubles) et la libération de la peur des dieux et de la mort.
3. La disparition des épicuriens : persécution et effacement
Michel Onfray analyse les raisons de la disparition progressive de l’épicurisme :
* Persécutions chrétiennes : Le christianisme, en devenant religion d'État, s'est érigé en pouvoir totalitaire, interdisant les écoles philosophiques païennes et détruisant systématiquement les textes matérialistes.
* Destructions volontaires et contingences matérielles : De nombreuses œuvres épicuriennes ont été perdues à cause de la fragilité des supports (papyrus, codex) et des autodafés religieux. Sur les 300 volumes d’Épicure, seuls quelques fragments nous sont parvenus.
* Mauvaise réputation : L’épicurisme a été déformé et caricaturé par ses détracteurs, notamment Cicéron et Plutarque, qui ont présenté Épicure comme un débauché hédoniste prônant une jouissance vulgaire. L’image du « pourceau d’Épicure » devient un stigmate.
* Survie clandestine : Malgré ces obstacles, l’épicurisme a survécu grâce à quelques sources, notamment le Livre X de Diogène Laërce (Vies et doctrines des philosophes illustres), qui a conservé les lettres et les maximes d’Épicure.
4. L’opposition radicale entre épicurisme et christianisme
Onfray oppose les valeurs de l’épicurisme à celles du christianisme :
* Matérialisme vs spiritualisme : Épicure défend un univers purement matériel, sans finalité divine, tandis que le christianisme impose la croyance en un monde transcendant et en des arrière-mondes (paradis, enfer).
* Hédonisme vs pulsion de mort : L’épicurisme célèbre la vie, le plaisir et l’absence de troubles, alors que le christianisme valorise la souffrance, le sacrifice et la culpabilité (péché originel).
* Immanence vs transcendance : Épicure prône une sagesse terrestre, centrée sur l’ici et maintenant, en opposition aux promesses chrétiennes d’une vie éternelle après la mort.
* Liberté vs soumission : L’épicurisme invite à se libérer des peurs et des croyances aliénantes, là où le christianisme prône l’obéissance aux dogmes et aux autorités religieuses.
5. La survie souterraine de l’épicurisme au Moyen Âge
Bien que persécutée, la pensée épicurienne a survécu sous des formes détournées :
* Les Goliards : Entre le XIe et le XIIIe siècle, ces étudiants et clercs vagabonds écrivent des poèmes païens et hédonistes, célébrant Bacchus (le vin) et Vénus (l’amour charnel). Les Carmina Burana sont un témoignage majeur de cette culture épicurienne populaire.
* Les Frères et Sœurs du Libre-Esprit : Courant mystique et libertaire prônant la liberté totale, la jouissance et l’abandon des dogmes.
* La Divine Comédie de Dante : Bien qu’opposée à l’épicurisme, elle témoigne de sa persistance. Dante place Épicure et ses disciples dans le sixième cercle des enfers, réservés aux hérétiques, dénonçant leur négation de l’immortalité de l’âme.
6. La redécouverte de l’épicurisme à la Renaissance
La Renaissance marque un tournant décisif pour la redécouverte d’Épicure :
* L’imprimerie (XVe siècle) facilite la diffusion des textes antiques.
* La redécouverte de Lucrèce : En 1417, Poggio Bracciolini retrouve un manuscrit du De natura rerum, chef-d'œuvre épicurien qui décrit l’univers atomiste et matérialiste.
* Lorenzo Valla, Marsile Ficin, Érasme et Montaigne intègrent des éléments épicuriens dans leur pensée, donnant naissance à un christianisme épicurien paradoxal.
7. L’épicurisme : une philosophie toujours subversive
Onfray conclut en soulignant que l’épicurisme reste une philosophie subversive car :
* Elle refuse les illusions métaphysiques et religieuses.
* Elle prône une sagesse basée sur la connaissance de soi et la quête du plaisir mesuré.
* Elle offre une alternative matérialiste et immanente à la vision du monde chrétienne, valorisant l’ici et maintenant.
L’épicurisme, bien qu’occulté et persécuté, n’a jamais disparu. Il réapparaît à travers les siècles comme une philosophie de la liberté, défiant les dogmes et célébrant la vie.
💡 Conclusion
Mais où sont passés les épicuriens ? révèle l’histoire complexe et mouvementée de l’épicurisme, depuis sa marginalisation par le christianisme jusqu’à sa redécouverte à la Renaissance. Michel Onfray démontre que l’épicurisme, loin d’être une philosophie de la débauche, est un art de vivre centré sur la quête du plaisir mesuré, la liberté individuelle et la libération des peurs métaphysiques.
En retraçant cette histoire, Onfray poursuit son projet de contre-histoire de la philosophie, donnant voix aux courants marginalisés et réhabilitant la richesse et la profondeur de la pensée épicurienne.
📚 Philosophes mentionnés
* Leucippe (Ve siècle av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du matérialisme atomiste.
* Protagoras (env. 490 – 420 av. J.-C.) — Sophiste grec, auteur de la maxime « L’homme est la mesure de toute chose ».
* Démocrite (env. 460 – 370 av. J.-C.) — Philosophe grec, théoricien de l’atomisme.
* Antiphon le sophiste (Ve siècle av. J.-C.) — Sophiste grec, défenseur d’une philosophie thérapeutique.
* Aristippe de Cyrène (env. 435 – 356 av. J.-C.) — Fondateur de l’école cyrénaïque, défenseur du plaisir immédiat.
* Diogène de Sinope (env. 412 – 323 av. J.-C.) — Philosophe cynique prônant la vie simple et la liberté totale.
* Épicure (341 – 270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme.
* Lucrèce (env. 94 – 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe romain, auteur du De natura rerum.
* Diogène Laërce (IIIe siècle) — Historien grec, auteur de Vies et doctrines des philosophes illustres.
* Cicéron (106 – 43 av. J.-C.) — Orateur et philosophe romain, critique virulent de l’épicurisme.
* Plutarque (env. 46 – 125) — Philosophe et moraliste grec, adversaire de l’épicurisme.
* Irénée de Lyon (env. 130 – 202) — Père de l’Église, auteur de Contre les hérésies.
* Tertullien (env. 155 – 220) — Père de l’Église, critique de l’épicurisme.
* Dante Alighieri (1265 – 1321) — Poète italien, auteur de La Divine Comédie, où il place les épicuriens en enfer.
* Poggio Bracciolini (1380 – 1459) — Humaniste italien, redécouvreur du De natura rerum de Lucrèce.
* Lorenzo Valla (1407 – 1457) — Humaniste italien, défenseur d’un christianisme épicurien.
* Marsile Ficin (1433 – 1499) — Philosophe platonicien de la Renaissance, influencé par l’épicurisme.
* Érasme (1466 – 1536) — Humaniste hollandais, promoteur d’un christianisme épicurien.
* Michel de Montaigne (1533 – 1592) — Philosophe et essayiste français, influencé par l’épicurisme.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du christianisme et défenseur d’un matérialisme affirmatif.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Explorer un Moyen Âge libertin
Michel Onfray débute cette conférence en s’appuyant sur l’expression « l’innocence du devenir » empruntée à Nietzsche pour explorer un Moyen Âge méconnu et paradoxal : celui des courants libertins et hédonistes. Plutôt que de s'attarder sur l'image d'un Moyen Âge sombre et rigoriste, il met en lumière les Frères et Sœurs du Libre-Esprit, un mouvement qui défiait l’ordre moral chrétien en prônant l’hédonisme, la transgression et la liberté totale.
Onfray évoque la rareté des sources sur ces courants marginaux, souvent documentés uniquement par les procès inquisitoriaux ou les récits de leurs détracteurs, mais dont la philosophie révèle une audace radicale dans la contestation des dogmes chrétiens.
2. Figures majeures du Libre-Esprit : du panthéisme à l’hédonisme radical
Willem Cornelisz d'Anvers (XIIIe siècle) : Anarchisme et critique sociale
* Défenseur de la pauvreté volontaire, Cornelis critique la richesse ecclésiastique et défend un anarchisme primitif. Il prône le droit au vol des riches par les pauvres, justifié par la nécessité.
* Il étend cette logique à la sexualité : les pauvres, n’ayant aucun bien matériel, peuvent disposer librement de leur corps et de leur sexualité sans péché, car la grâce divine leur est acquise par leur pauvreté.
Bentivenga de Gubbio (XIIIe siècle) : L’amor fati médiéval
* Philosophe panthéiste, il élabore une pensée similaire à l’amor fati nietzschéen, prônant l’amour du destin et le consentement total à la nécessité.
* Il rejette l’idée de péché et de libre arbitre : tout est déterminé par Dieu, qui est immanent au monde. Il défend également la négation de l’enfer et affirme que chaque action humaine est une manifestation divine.
Jean de Brno (XIVe siècle) : Nihilisme et amoralité
* Jean pousse à l’extrême la philosophie du Libre-Esprit en développant un nihilisme intégral : il n’y a ni bien ni mal, et l’homme est libéré de toute contrainte morale.
* Il justifie les actes les plus transgressifs (vol, meurtre, infanticide) comme des manifestations de la nécessité divine, sans culpabilité. Onfray voit en lui un précurseur des philosophies amorales de Sade et de Max Stirner.
Walter de Hollande (XIVe siècle) : Parodie mystique et orgies rituelles
* Auteur du Bréviaire du Libre-Esprit, perdu aujourd'hui, Walter organise des cérémonies mystiques parodiques où les sacrements chrétiens sont détournés lors de banquets orgiaques, en exaltant la liberté totale et la jouissance.
* Ces pratiques visent à retrouver l’innocence édénique, en dépassant la culpabilité chrétienne liée au plaisir.
Aylvigge de Bratislava (XIVe siècle) : Mystique païenne et ascèse transgressive
* Elle développe une ascèse païenne et mystique, combinant privations et excès pour atteindre l'extase. Par des pratiques d’humiliation du corps suivies d’orgies mystiques, elle défend l'idée que la transgression conduit à la pureté spirituelle.
* Cette dialectique entre ascèse et transgression fait écho aux réflexions de Georges Bataille sur l’érotisme et la part maudite.
Wilhelm von Hilderwissen (XVe siècle) : Tantrisme médiéval et sexualité mystique
* Wilhelm élabore une sexualité mystique inspirée du tantrisme, prônant la jouissance sans éjaculation afin de sublimer l'énergie sexuelle.
* Sa vision s’apparente aux réflexions du dernier Michel Foucault sur les pratiques sexuelles comme voies de connaissance et de dépassement du corps.
Éloi de Prinstic (XVIe siècle) : L’hédonisme comme impératif moral
* Il prône un impératif catégorique hédoniste : « Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fasse. » Cette maxime renverse la morale chrétienne et propose une éthique jubilatoire fondée sur le plaisir réciproque.
* Éloi rejette l'idée d’enfer et prône une lecture des Écritures qui valorise la raison individuelle comme Saint-Esprit, une vision qui anticipe des critiques de la religion formulées par les Lumières.
Voir le livre de Raoul Vaneigem : Le mouvement du Libre-Esprit : généralités et témoignages sur les affleurements de la vie à la surface du Moyen Age, de la Renaissance et, incidemment, de notre époque.
3. Thèmes centraux : Panthéisme, transgression et abolition des valeurs
* Panthéisme radical : Les Frères et Sœurs du Libre-Esprit voient Dieu comme immanent au monde. Il n’existe aucune séparation entre le divin et le réel, justifiant ainsi toutes les actions humaines comme des manifestations de Dieu.
* Négation du libre arbitre : L’homme ne choisit pas ses actions, tout est déterminé par la nécessité divine. Cette idée conduit à la suppression de la responsabilité individuelle et à l’amoralité totale.
* L’innocence du devenir : En adoptant la perspective nietzschéenne, les membres du Libre-Esprit embrassent la nécessité du monde sans culpabilité. Le devenir est innocent car il n’obéit à aucun jugement moral.
* Liberté sexuelle et sociale : Le mouvement revendique une liberté sexuelle totale, défendant l’idée que le plaisir est une voie d’élévation spirituelle. Cette libération des corps s’accompagne d’une critique sociale radicale (égalité des sexes, rejet de la hiérarchie).
* Pratiques transgressives : Les membres du Libre-Esprit expérimentent des pratiques extrêmes (orgies rituelles, inversion des sacrements, ascèses corporelles) pour abolir les frontières entre le pur et l’impur, le sacré et le profane.
💡 Conclusion
L’innocence du devenir explore les courants libertins et hédonistes du Moyen Âge à travers les Frères et Sœurs du Libre-Esprit. Michel Onfray révèle un Moyen Âge alternatif, loin de l’image monolithique d’une époque sombre et rigoriste. Ces courants subversifs défient l’ordre moral chrétien en prônant la liberté totale, l’hédonisme radical et la transgression.
En mettant en lumière ces figures oubliées, Onfray souligne la permanence des pensées hédonistes et libertaires, traversant les siècles jusqu'à influencer des penseurs modernes comme Nietzsche, Bataille ou Foucault. Ce courant souligne l’audace philosophique de ces marginaux, qui, au péril de leur vie, ont osé imaginer un monde libéré du joug moral et religieux.
📚 Philosophes mentionnés
* Pythagore (env. 570 av. J.-C. – env. 495 av. J.-C.) — Philosophe et mathématicien grec, initiateur de doctrines mystiques et numérologiques.
* Platon (env. 428 av. J.-C. – 348 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du dualisme corps/âme.
* Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme matérialiste et hédoniste.
* Paul de Tarse (5 – 67) — Apôtre du christianisme, promoteur du christianisme paulinien.
* Plotin (env. 205 – 270) — Philosophe néoplatonicien, développe l’idée des émanations divines.
* Jean Scot Érigène (env. 815 – env. 877) — Philosophe irlandais, précurseur du panthéisme médiéval.
* Amaury de Bène (mort en 1207) — Philosophe français, promoteur du panthéisme et du Libre-Esprit.
* Georges Bataille (1897 – 1962) — Philosophe français, auteur de La Part maudite et L’Érotisme, explorant les liens entre transgression, sacré et érotisme.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, auteur de Ainsi parlait Zarathoustra, théoricien de l’amor fati et de la transvaluation des valeurs.
* Michel Foucault (1926 – 1984) — Philosophe français, auteur de L’Histoire de la sexualité, explorant les liens entre pouvoir, corps et désir.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Le contexte du Moyen Âge et l’émergence du Libre-Esprit
Michel Onfray situe la constellation du Libre-Esprit dans le contexte austère et répressif du Moyen Âge, où la philosophie hédoniste est marginalisée. Il souligne l'importance de contextualiser cette période marquée par l'émergence de l'islam, les conquêtes territoriales et les guerres incessantes. Le christianisme domine alors l'Occident par la force, avec l'Inquisition comme outil majeur de répression intellectuelle.
L'époque est caractérisée par une absence quasi totale de pensée philosophique indépendante. Onfray décrit cette période comme un "électroencéphalogramme plat" de la philosophie, où la réflexion autonome est presque inexistante, étouffée par les dogmes religieux.
2. Les Frères et Sœurs du Libre-Esprit : une pensée hédoniste et hérétique
Le courant du Libre-Esprit, émergé au XIIe siècle, est présenté comme la continuité des gnoses hédonistes, prônant une philosophie de la liberté totale. Ses adeptes rejettent l’autorité ecclésiastique, les dogmes et les sacrements, affirmant que chaque être humain est déjà sauvé grâce au sacrifice du Christ. Par conséquent, il n’y a plus de péché, et la morale chrétienne devient caduque.
Les Frères et Sœurs du Libre-Esprit revendiquent un panthéisme radical, identifiant Dieu au monde et aux hommes. Selon eux, si Dieu est partout, il est en chacun, et donc l’homme est divin. Cette vision entraîne une libération totale des contraintes morales, puisque chaque acte, même le plus transgressif, est considéré comme une manifestation divine.
3. L’inversion des valeurs chrétiennes et l’hédonisme radical
Les adeptes du Libre-Esprit renversent les valeurs chrétiennes traditionnelles. Là où l’Église prêche la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, les Frères et Sœurs du Libre-Esprit valorisent la richesse, la jouissance corporelle et la liberté absolue.
Cette transvaluation des valeurs s’exprime notamment dans leur conception du corps et du plaisir. Le corps n’est plus perçu comme un fardeau ou une source de péché, mais comme un vecteur d’émancipation et de jouissance. Les pratiques sexuelles libérées deviennent des moyens d’exprimer cette liberté totale, en opposition directe avec la morale chrétienne.
4. Les figures majeures du Libre-Esprit
Michel Onfray évoque plusieurs figures emblématiques du Libre-Esprit, notamment Amaury de Bène, ou Amaury de Chartres, philosophe du XIIIe siècle, qui prônait l’union mystique entre Dieu et l’homme. Selon Amaury, chaque homme est une incarnation divine, ce qui rend la hiérarchie ecclésiastique et les sacrements inutiles. Il est condamné pour hérésie, et ses ossements seront même exhumés et brûlés après sa mort.
Onfray souligne également l’importance de Joachim de Flore, théologien mystique qui développe une théorie des trois âges :
* L’âge du Père (Ancien Testament)
* L’âge du Fils (Nouveau Testament)
* L’âge du Saint-Esprit (l’ère future de la liberté totale et de l’amour universel)
Les Frères et Sœurs du Libre-Esprit considèrent qu’ils vivent dans cet âge du Saint-Esprit, période de grâce où les lois et les dogmes deviennent obsolètes.
5. La répression et la clandestinité
Les Frères et Sœurs du Libre-Esprit vivent dans la clandestinité pour échapper aux persécutions. L’Inquisition traque ces "hérétiques", les condamnant souvent au bûcher. Le mouvement se répand pourtant à travers l’Europe, notamment en France, en Allemagne, en Bohême et en Espagne.
Onfray insiste sur la difficulté d’étudier ces courants, car la plupart des sources proviennent d’auteurs hostiles, comme les manuels des inquisiteurs de Bernard Gui ou Nicolas Emmerich, qui décrivent ces sectes pour mieux les réprimer.
6. Le panthéisme et l’athéisme en germe
Le panthéisme des Frères et Sœurs du Libre-Esprit marque un tournant majeur dans l’histoire de la pensée occidentale. En identifiant Dieu au monde, ils abolissent la distinction entre le divin et le terrestre. Cette vision prépare le terrain pour l’athéisme moderne, en remettant en question l’existence d’un Dieu personnel et transcendant.
Onfray souligne l’influence future de ces idées sur des penseurs comme Spinoza, qui développera un panthéisme radical dans son Éthique, ou Nietzsche, avec son concept de la "mort de Dieu" et la transvaluation des valeurs.
💡 Conclusion
La constellation du Libre-Esprit explore un courant hédoniste et libertaire méconnu, qui défie les dogmes chrétiens et prône la liberté absolue. Michel Onfray met en lumière ces figures occultées par l’histoire officielle, révélant une tradition souterraine de pensée radicale, panthéiste et hédoniste.
Les Frères et Sœurs du Libre-Esprit proposent une philosophie du plaisir et de la liberté, où l’homme devient divin et affranchi de toute morale imposée. Ce courant préfigure les grandes révoltes philosophiques contre l’ordre établi, du panthéisme de Spinoza à la critique de la morale chrétienne par Nietzsche.
📚 Philosophes mentionnés
* Protagoras (env. 490 av. J.-C. – env. 420 av. J.-C.) — Sophiste grec, auteur du principe : "L’homme est la mesure de toute chose".
* Platon (env. 428 av. J.-C. – 348 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du dualisme corps/âme et de l’idéalisme.
* Aristote (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de la logique formelle et de l’éthique à Nicomaque.
* Paul de Tarse (5 – 67) — Apôtre du christianisme, promoteur de la morale ascétique chrétienne.
* Irénée de Lyon (env. 130 – 202) — Père de l’Église, auteur de Contre les hérésies.
* Plotin (env. 205 – 270) — Philosophe néoplatonicien, développe l’idée des émanations divines.
* Jean Scott Érigène (env. 815 – env. 877) — Philosophe irlandais, auteur de De la division de la nature, précurseur du panthéisme.
* Amaury de Bène (env. 1150 - 1207) — Philosophe français, promoteur du panthéisme et figure majeure du Libre-Esprit.
* Joachim de Flore (1135 – 1202) — Moine et mystique italien, théoricien des trois âges de l’humanité.
* Maître Eckhart (env. 1260 – 1328) — Théologien et mystique allemand, influencé par le panthéisme.
* Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste néerlandais, auteur de L’Éthique, fondateur du panthéisme moderne.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, auteur de Ainsi parlait Zarathoustra, théoricien de la transvaluation des valeurs.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Le défi de penser la gnose
Michel Onfray introduit cette dernière séance consacrée au gnosticisme en soulignant la difficulté de saisir un corpus diffus, fragmentaire et souvent transmis par des sources hostiles, notamment les Pères de l’Église. Il affirme cependant la valeur philosophique de ces courants, en insistant sur leur dimension hédoniste et licencieuse, souvent occultée dans les récits officiels.
Il aborde la pensée gnostique à travers huit figures emblématiques, chacune incarnant une idée majeure : la grâce, le déterminisme, la transgression, le féminisme, l’immanence, l’anarchisme, l’indifférentisme et la vitesse des ascèses.
2. Simon le magicien : la grâce et la prédestination
Simon de Samarie, connu sous le nom de Simon le Magicien, est une figure centrale du gnosticisme. Il élabore une théorie de la grâce et de la prédestination qui influencera plus tard des penseurs comme Saint Augustin, Pascal ou Calvin. Selon lui, la grâce divine détermine le salut indépendamment des actions humaines, remettant en question la notion de libre arbitre.
Simon est aussi célèbre pour sa relation avec Hélène, une ancienne prostituée qu'il élève au rang de divinité. Ce couple incarne une inversion des valeurs chrétiennes : la réhabilitation de la chair et du féminin sacré. Sa mort, entourée de légendes métaphoriques (chute du ciel, ensevelissement volontaire), illustre la tension entre spiritualité et matérialité dans la pensée gnostique.
3. Basilide : l’indifférentisme et le docétisme
Disciple de Simon, Basilide développe une philosophie de l’indifférence, où le salut ne dépend pas des œuvres, mais d’une connaissance intérieure. Il est connu pour sa version radicale du docétisme, une hérésie affirmant que Jésus n’a pas réellement souffert sur la croix, mais que Simon de Cyrène l’aurait remplacé à son insu. Jésus, selon Basilide, observait la scène en riant depuis les cieux.
Cette pensée aboutit à une forme de relativisme moral : si le monde est une illusion créée par un démiurge imparfait, alors le bien et le mal deviennent des constructions arbitraires.
4. Valentin : le déterminisme et l’élection spirituelle
Valentin propose une vision du monde où les âmes humaines sont divisées en trois catégories :
* Les hyléniques (purement matériels, voués à la destruction)
* Les psychiques (intermédiaires, encore sauvables)
* Les pneumatiques (spirituels, prédestinés au salut)
Ce déterminisme strict pose la question du libre arbitre et du consentement. Valentin suggère que l'adhésion consciente à la gnose est une preuve d’élection divine, créant un paradoxe entre déterminisme et liberté apparente.
5. Carpocrate et Épiphane : anarchisme et vitesse des ascèses
Carpocrate prône une philosophie libertaire où la transgression des lois sociales et morales devient un chemin vers la libération. Il enseigne que toutes les âmes doivent expérimenter pleinement le mal pour se purifier et atteindre le plérôme (le monde divin). Plus la transgression est intense, plus le salut est rapide, d’où la notion de "vitesse des ascèses".
Son fils Épiphane, décrit comme un "Rimbaud gnostique", radicalise ces idées en prônant l’abolition de la propriété privée et des hiérarchies sociales. Il développe une critique acerbe des institutions et de la famille, anticipant certaines idées anarchistes modernes.
6. Sérinthe : le salut dans l’immanence
Sérinthe défend l'idée d'un salut immanent : la libération spirituelle ne se trouve pas dans un au-delà céleste, mais dans le monde matériel lui-même. Il enseigne qu'un nouvel âge d'or terrestre est possible, marqué par l’abondance et la jouissance sans limites.
Cette pensée s’oppose radicalement au christianisme, qui valorise la souffrance et la promesse d’un paradis après la mort.
7. Marc : le féminisme gnostique
Marc se distingue par la place centrale qu’il accorde aux femmes dans ses cercles gnostiques. Contrairement à la tradition chrétienne patriarcale, il valorise le féminin sacré et permet aux femmes de devenir des thaumaturges (faiseuses de miracles).
Le féminisme de Marc s’exprime aussi dans ses rituels, où les femmes jouent un rôle actif dans les initiations et les pratiques mystiques. Il remet en question les hiérarchies de genre et promeut une égalité spirituelle entre hommes et femmes.
8. Nicolas : la transgression absolue
Nicolas incarne la figure du transgresseur ultime. Il prône une sexualité libre et collective, allant jusqu’à légitimer l’inceste et les pratiques rituelles extrêmes. Ses rituels incluent des banquets orgiaques, des consommations symboliques de sperme, de sang menstruel et même de fœtus, interprétés comme des métaphores de l'union avec le divin.
Pour Nicolas, la transgression est un moyen d’accéder à la libération spirituelle. En brisant tous les tabous, l’individu se libère des chaînes morales imposées par la société et les religions dominantes.
9. La transvaluation des valeurs : au-delà du bien et du mal
Michel Onfray conclut en soulignant que les gnostiques opèrent une véritable "transvaluation des valeurs", au sens nietzschéen du terme. Ils renversent les hiérarchies morales établies :
* Ce que le christianisme considère comme péché devient vertu.
* La transgression devient un acte sacré.
* Le corps, souvent méprisé par les religions, est célébré comme un vecteur de libération.
Les gnostiques défendent une éthique relative où le bien et le mal sont des constructions arbitraires créées par des entités inférieures (les archontes). Cette philosophie subversive pose les bases d’une pensée alternative, valorisant l’hédonisme, la liberté et l’immanence.
💡 Conclusion
La transvaluation gnostique révèle un pan méconnu et subversif de la philosophie antique. Michel Onfray met en lumière un courant qui défie les dogmes chrétiens, valorise la transgression, la jouissance et l'usage libératoire du corps. En inversant les valeurs morales établies, les gnostiques offrent une alternative radicale au christianisme dominant, défendant une philosophie hédoniste, anarchiste et libertaire.
Cette exploration des gnoses hédonistes s’inscrit dans le projet plus large d’Onfray : une contre-histoire de la philosophie, dévoilant les courants marginalisés et occultés par la tradition dominante.
📚 Philosophes mentionnés
* Pythagore (env. 570 av. J.-C. – env. 495 av. J.-C.) — Philosophe et mathématicien grec, initiateur de doctrines mystiques et numérologiques.
* Platon (env. 428 av. J.-C. – 348 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du dualisme corps/âme et de l’idéalisme.
* Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme, doctrine matérialiste et hédoniste.
* Paul de Tarse (5 – 67) — Apôtre du christianisme, promoteur du christianisme paulinien.
* Irénée de Lyon (env. 130 – 202) — Père de l’Église, auteur de Contre les hérésies, critique virulent du gnosticisme.
* Plotin (env. 205 – 270) — Philosophe néoplatonicien, développe l’idée des émanations divines.
* Mani (216 – 276) — Fondateur du manichéisme, philosophie dualiste influencée par le gnosticisme.
* Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste, auteur de L’Éthique, défenseur du déterminisme.
* Arthur Schopenhauer (1788 – 1860) — Philosophe allemand pessimiste, auteur du Monde comme volonté et comme représentation.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, auteur de Par-delà le bien et le mal et du concept de "transvaluation des valeurs".
* Émile Cioran (1911 – 1995) — Philosophe roumain, auteur de De l’inconvénient d’être né, influencé par le pessimisme gnostique.
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1. Le paradoxe d’un platonisme hédoniste
Michel Onfray ouvre sa conférence par un paradoxe : comment concilier platonisme et hédonisme, deux courants philosophiques apparemment opposés ? Le platonisme est souvent associé à l’ascétisme, la haine du corps et des passions, tandis que l’hédonisme célèbre le plaisir et l’usage du corps. Cette tension devient le fil conducteur de l’exploration d’un gnosticisme qui conjugue éléments platoniciens et pratiques hédonistes.
2. Le gnosticisme : un archipel pluriel et complexe
Onfray décrit le gnosticisme comme un archipel plus qu’un continent, marqué par une diversité de courants et de pratiques. Il distingue deux grandes tendances :
* Les gnostiques ascétiques, qui rejettent le corps et le désir.
* Les gnostiques licencieux, qui célèbrent l’usage du corps dans des rituels parfois extrêmes.
Le gnosticisme est difficile à cerner car il repose principalement sur une tradition orale. Les textes gnostiques que nous possédons proviennent souvent de sources hostiles (comme les Pères de l’Église) ou ont été découverts par hasard (Nag Hammadi). Cette transmission biaisée complique l’accès direct à la pensée gnostique.
3. Le gnosticisme comme secte ésotérique
Michel Onfray compare les communautés gnostiques aux loges maçonniques : des sociétés secrètes basées sur l’initiation, la cooptation et des rituels spécifiques. Les gnostiques utilisaient des signes de reconnaissance (similaires à ceux des francs-maçons) et fonctionnaient selon des hiérarchies rigides. Leur vocabulaire ésotérique, truffé de néologismes et de concepts complexes (comme les éons, plérômes, cisigies), servait à exclure les non-initiés tout en renforçant la cohésion interne du groupe.
Onfray critique cette logomachie gnostique, qu'il compare à la glossolalie (langage incompréhensible produit dans des états de transe) et à certains vocabulaires philosophiques modernes (comme ceux de Hegel ou Heidegger), qui peuvent fonctionner comme des langages fermés et sélectifs.
4. La vision du monde gnostique : un dualisme radical
Les gnostiques partagent avec Platon une vision dualiste du monde :
* Le monde matériel est considéré comme mauvais, corrompu et créé par un démiurge imparfait.
* Le monde spirituel est l’univers du divin, de la connaissance pure et de la vérité.
Les gnostiques divisent l’humanité en trois catégories :
* Les Hyléniques : des êtres purement matériels, condamnés à disparaître (venant de Hylé, la matière première).
* Les Psychiques : dotés d’une âme, mais incapables d’atteindre la pleine connaissance.
* Les Pneumatiques : les élus, porteurs d’une étincelle divine et promis au salut.
La prédestination joue un rôle central : les pneumatiques sont prédestinés au salut, indépendamment de leurs actions. Cette idée ouvre la porte à des comportements radicaux, certains gnostiques affirmant qu’ils peuvent agir « par-delà le bien et le mal » (préfigurant Nietzsche).
5. Le paradoxe du corps dans le gnosticisme : ascétisme et hédonisme
C’est dans la relation au corps que s’exprime pleinement le paradoxe du platonisme hédoniste. Si les gnostiques considèrent le corps comme un piège créé par un démiurge maléfique, certains courants prônent son utilisation débridée pour atteindre la libération. Michel Onfray décrit des pratiques rituelles extrêmes :
* Agapes licencieuses : des banquets se terminant par des orgies rituelles.
* Rituels sexuels numérologiques : comme le rituel des 365 copulations, en écho aux jours de l’année.
* Cannibalisme rituel et consommation de fluides corporels : pour absorber l’étincelle divine et accélérer la libération du corps.
Ces pratiques visent à « épuiser » le corps et la matière, en les poussant à leurs limites, afin de libérer l’âme.
6. Les influences et le syncrétisme gnostique
Le gnosticisme est un immense syncrétisme, mélangeant des influences variées :
* Mazdéisme perse : dualisme entre lumière et ténèbres.
* Judaïsme millénariste : idée d’un sauveur à venir et d’une apocalypse libératrice.
* Orphisme grec : importance des rituels initiatiques et du secret.
* Platonisme et pythagorisme : dualisme corps/âme et fascination pour la numérologie.
* Christianisme primitif : dont le gnosticisme partage certains mythes et symboles, tout en les réinterprétant.
Onfray souligne que le christianisme officiel peut être vu comme une gnose qui a réussi, grâce à l’influence de figures comme Paul de Tarse et l’empereur Constantin.
7. Le langage gnostique : entre ésotérisme et délire
Onfray insiste sur la complexité du langage gnostique, truffé de néologismes et de concepts obscurs (pro-père, plérôme, éons, cisigies…). Il critique cette « logomachie » qui peut aboutir à une forme de glossolalie philosophique. Il cite Irénée de Lyon, qui se moquait déjà des gnostiques en inventant des concepts absurdes comme la « citrouille suprême » ou la « super vacuité ».
Malgré cela, Onfray reconnaît l’intérêt philosophique de ces constructions, qui témoignent d’une tentative de créer un système de pensée total, aussi foisonnant que délirant.
💡 Conclusion
Un platonisme hédoniste met en lumière la richesse et la complexité du gnosticisme, courant philosophique marginalisé par l’histoire officielle. Michel Onfray révèle comment le gnosticisme combine des éléments platoniciens (dualistes) avec des pratiques hédonistes radicales, créant un paradoxe fascinant. En explorant ces pensées oubliées, Onfray poursuit son projet de contre-histoire de la philosophie, visant à dévoiler les courants alternatifs effacés par la tradition dominante.
📚 Philosophes mentionnés
* Pythagore (env. 570 av. J.-C. – env. 495 av. J.-C.) — Philosophe et mathématicien grec, initiateur de doctrines mystiques et numérologiques.
* Platon (env. 428 av. J.-C. – 348 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du dualisme corps/âme.
* Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme, doctrine matérialiste et hédoniste.
* Paul de Tarse (5 – 67) — Apôtre du christianisme, promoteur du christianisme paulinien.
* Irénée de Lyon (env. 130 – 202) — Père de l’Église, auteur de Contre les hérésies, critique virulent du gnosticisme.
* Plotin (env. 205 – 270) — Philosophe néoplatonicien, développe l’idée des émanations divines.
* Mani (216 – 276) — Fondateur du manichéisme, philosophie dualiste influencée par le gnosticisme.
* Jacques Lacarrière (1925 – 2005) — Écrivain français, spécialiste du gnosticisme, auteur de Les Gnostiques.
* Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, créateur du concept de "personnage conceptuel".
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1. Une époque d’angoisse et de transition
Michel Onfray situe cette conférence dans la continuité de ses précédentes sur la résistance au christianisme, en explorant cette fois l’archipel des gnoses. Il inscrit son analyse dans une perspective foucaldienne d’Épistémè, observant comment des courants de pensée émergent dans des contextes précis. Le gnosticisme apparaît ainsi dans une époque d’angoisse, marquée par le déclin du monde antique et l’émergence du christianisme impérial.
Onfray souligne le tuilage entre deux mondes : l’effacement progressif du paganisme et l’affirmation du christianisme d'État, produisant des tensions philosophiques et spirituelles.
2. L’affirmation d’un christianisme totalitaire
Onfray décrit comment le christianisme, initialement persécuté, devient progressivement une idéologie dominante et totalitaire sous l’impulsion des empereurs comme Constantin et Théodose. Le passage du statut de persécuté à persécuteur est marqué par la destruction de temples païens, l’autodafé de textes anciens et la persécution des hérétiques et des juifs.
Il aborde l'élaboration d'une législation chrétienne oppressive, notamment le Code théodosien (435), qui institutionnalise la haine contre les païens et légitime la destruction des lieux et des textes païens. L’exemple de la philosophe Hypatie d'Alexandrie, assassinée par des moines chrétiens, illustre cette violence.
Onfray analyse ce pouvoir chrétien comme totalitaire, s’appuyant sur les théories d’Anna Arendt, en soulignant le contrôle des sphères publique et privée et la politisation totale de la société.
3. Les conditions matérielles de l’effacement du monde antique
L’effacement du monde antique n’est pas seulement le fruit d’une volonté idéologique, mais aussi de conditions matérielles. Onfray décrit comment la fragilité des supports d’écriture (papyrus, codex) et les choix idéologiques des copistes chrétiens ont contribué à la disparition de pans entiers de la pensée antique. Le passage du papyrus au parchemin, puis au papier, a entraîné un tri drastique des textes conservés.
Les palimpsestes témoignent de cette pratique : des textes antiques sont effacés pour laisser place à des écrits chrétiens. Il cite l’exemple de la République de Cicéron effacée pour des commentaires sur les psaumes de saint Augustin.
4. Le gnosticisme : Un continent oublié
Michel Onfray explore ensuite le gnosticisme, qu’il décrit comme un archipel de pensées alternatives, souvent occultées par l’histoire officielle du christianisme. Le gnosticisme est une pensée plurielle apparue au Ier siècle après J.-C., qui prône la connaissance (gnose) comme voie de salut. Il s'agit d'une philosophie dualiste qui oppose le monde matériel, considéré comme mauvais, au monde spirituel.
Les gnostiques croient qu’un démiurge imparfait a créé le monde matériel, et que seule l’étincelle divine en chaque individu permet d’échapper à cette prison corporelle. Onfray distingue deux tendances :
* Le gnosticisme ascétique, qui prône la détestation du corps et le renoncement.
* Le gnosticisme licencieux, qui utilise le corps pour épuiser le mal en se livrant à des pratiques sexuelles ou alimentaires extrêmes.
5. Figures et écoles gnostiques
Onfray évoque plusieurs figures et écoles gnostiques :
* Simon le magicien : personnage mythique, concurrent de Paul, qui aurait tenté d’impressionner les foules en volant au-dessus de Rome.
* Basilide, Carpocrate et son fils Épiphanes : promoteurs d’une philosophie libertaire et d’un communisme primitif.
* Valentin : représentant du gnosticisme spirituel (pneumatique).
* Les barbelognostiques : connus pour leurs pratiques sexuelles et leurs rituels extrêmes.
* Les ophites : adorateurs du serpent, symbole de connaissance.
* Les fibionites : numérologues mystiques.
Il mentionne aussi la découverte majeure de Nag Hammadi (1945), qui a révélé une bibliothèque entière de textes gnostiques, dont des évangiles apocryphes comme ceux de Thomas, Philippe et Matthias, et les Logias de Jésus.
6. La lutte des Pères de l’Église contre la gnose
Les Pères de l’Église ont mené une guerre idéologique contre les gnostiques. Onfray mentionne plusieurs figures importantes :
* Irénée de Lyon (Contre les hérésies), qui fixe l’orthodoxie chrétienne et condamne la gnose.
* Origène, célèbre pour ses interprétations allégoriques et sa castration volontaire.
* Tertullien, qui défend la foi contre la raison (Credo quia absurdum).
* Jean Chrysostome et Saint Augustin, qui ont consolidé la théologie chrétienne, tout en justifiant la persécution des hérétiques.
Ces Pères ont élaboré une vision dualiste stricte, opposant les « vrais philosophes » (eux-mêmes) aux « sophistes » (les penseurs alternatifs).
7. L’héritage gnostique et sa postérité
Michel Onfray souligne que le gnosticisme n’a pas disparu avec les persécutions. Il se prolonge à travers des mouvements ésotériques et mystiques, jusqu’aux frères et sœurs du libre esprit au XVe siècle. Il avance l’idée que la gnose a influencé des penseurs ultérieurs, comme Spinoza, et persiste dans certaines traditions philosophiques alternatives.
Onfray distingue la gnose ascétique, qui rejette le corps, et la gnose hédoniste, qui l’exploite pour atteindre la libération. Cette opposition souligne la complexité et la richesse du continent gnostique.
💡 Conclusion
L’archipel des gnoses révèle un pan méconnu de l’histoire de la philosophie : un ensemble foisonnant de pensées alternatives, souvent occultées par le triomphe du christianisme impérial. Michel Onfray montre comment ces courants gnostiques ont offert des voies de salut différentes, oscillant entre ascétisme radical et hédonisme libérateur. En les redécouvrant, il propose une lecture critique du processus historique qui a conduit à l’effacement des philosophies dissidentes au profit d’un christianisme d’État.
📚 Philosophes mentionnés
* Pythagore (env. 570 av. J.-C. – env. 495 av. J.-C.) — Philosophe et mathématicien grec, initiateur de doctrines mystiques.
* Platon (env. 428 av. J.-C. – 348 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’idéalisme et du dualisme corps/âme.
* Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme.
* Sénèque (env. 4 av. J.-C. – 65) — Philosophe stoïcien romain.
* Paul de Tarse (5 – 67) — Apôtre du christianisme, promoteur de la pulsion de mort chrétienne.
* Irénée de Lyon (env. 130 – 202) — Père de l'Église, auteur de Contre les hérésies.
* Origène (env. 185 – 253) — Père de l’Église, théologien chrétien et philosophe platonicien.
* Tertullien (env. 155 – 220) — Père de l’Église, auteur de l’Apologétique.
* Plotin (env. 205 – 270) — Philosophe néoplatonicien, auteur des Ennéades.
* Saint Augustin (354 – 430) — Père de l’Église, auteur de La Cité de Dieu et des Confessions.
* Jean Chrysostome (env. 349 – 407) — Père de l’Église, connu pour ses sermons et son éloquence.
* Anna Arendt (1906 – 1975) — Philosophe et politologue allemande, théoricienne du totalitarisme.
* Michel Foucault (1926 – 1984) — Philosophe français, auteur du concept d’Épistémè.
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1. Jésus, personnage conceptuel et point de départ
Michel Onfray poursuit sa réflexion entamée lors de la séance précédente (L’invention de Jésus), en s'appuyant sur l'idée que Jésus est un personnage conceptuel, comparable à l'Ulysse d'Homère ou au Zarathoustra de Nietzsche. Ce Jésus, plutôt qu’un personnage historique, devient le pivot d'une construction idéologique qui culmine avec Paul de Tarse et Constantin.
2. Paul de Tarse : l’hystérique fondateur
Onfray dresse un portrait clinique et psychologique de Paul de Tarse, qu’il décrit comme un personnage hystérique, selon les critères psychiatriques. Paul, ancien persécuteur des chrétiens, vit une conversion radicale sur le chemin de Damas, qu’Onfray analyse comme une crise hystérique (chute, cécité temporaire, hallucinations auditives). Cette expérience transforme Paul en principal architecte du christianisme naissant.
Onfray souligne la haine du corps et de la chair chez Paul, qu'il attribue à une possible impuissance sexuelle, expliquant ainsi son rejet viscéral du plaisir et sa promotion d’un christianisme anti-hédoniste. Paul développe une doctrine fondée sur la pulsion de mort : détestation du monde, des femmes (haine misogyne héritée de la Genèse), de la liberté et de l’intelligence. Son rejet de la culture grecque et sa glorification de l’obéissance deviennent des piliers du christianisme paulinien.
3. Constantin : l’opportunisme politique et la conversion de l’Empire
Le rôle de Constantin est central dans l’institutionnalisation du christianisme. Empereur pragmatique, il voit dans la secte chrétienne un outil pour unifier un empire fragmenté. Sa conversion n’est pas le fruit d’une foi sincère mais d’un opportunisme politique, renforcé par des signes qu’il interprète comme divins (vision d’un chrisme céleste avant la bataille du pont Milvius en 312).
Constantin accorde des privilèges aux chrétiens : exemptions d'impôts, donations de terres et d'édifices religieux (ex : le palais du Latran). Le Concile de Nicée (325) institutionnalise le christianisme comme religion d'État, légitimant l'autorité impériale et ecclésiastique.
4. La naissance d’un Empire chrétien et l’héritage paulinien
Avec Constantin, le christianisme devient une religion d’État, fondée sur les principes anti-hédonistes et autoritaires de Paul. L’empire chrétien adopte la pulsion de mort paulinienne : destruction des temples païens, persécution des hérésies, contrôle des mœurs (interdiction du divorce, condamnation de la prostitution, répression des libertés individuelles).
La haine du plaisir et du corps devient loi, et l’Église s’enrichit grâce aux exemptions fiscales et à la possibilité pour les religieux d’hériter. Le pouvoir spirituel et temporel se mêle, consolidant l’autorité de l’Église sur la société.
5. L’invention du christianisme : entre pulsion de mort et domination
Michel Onfray conclut que le christianisme tel qu'il est devenu n'est pas le fruit du message originel de Jésus, mais une construction idéologique portée par l’hystérie de Paul et l'opportunisme politique de Constantin. Le christianisme impérial est bâti sur la détestation du corps, du plaisir et de la liberté, favorisant l’obéissance aveugle et la soumission.
Le triomphe du christianisme institutionnel marque aussi celui de la pulsion de mort : destruction des cultures antiques, autodafés, répression des pensées divergentes. Cette idéologie anti-hédoniste s’ancre profondément dans la civilisation occidentale, orientant des siècles de pouvoir religieux et politique.
💡 Conclusion
L’invention du christianisme, selon Michel Onfray, est l’histoire d’une secte devenue Empire. Ce christianisme, loin du message initial attribué à Jésus, est un édifice idéologique bâti sur les névroses de Paul de Tarse et les ambitions impérialistes de Constantin. Le résultat est une religion d'État fondée sur la détestation du corps et du plaisir, l'obsession de l'ordre et la soumission au pouvoir.
📚 Philosophes mentionnés
* Pythagore (env. 570 av. J.-C. – env. 495 av. J.-C.) — Philosophe et mathématicien grec, initiateur de doctrines mystiques.
* Socrate (env. 470 av. J.-C. – 399 av. J.-C.) — Philosophe grec, figure fondatrice de la philosophie occidentale.
* Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme.
* Sénèque (env. 4 av. J.-C. – 65) — Philosophe stoïcien romain, influent à l’époque de Paul.
* Paul de Tarse (5 – 67) — Apôtre du christianisme, considéré comme l’un des fondateurs du christianisme.
* Constantin Ier (272 – 337) — Empereur romain, converti au christianisme et instigateur du concile de Nicée.
* Diogène Laërce (IIIe siècle) — Historien grec, auteur de Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, auteur de L’Antéchrist et critique virulent du christianisme.
* Sigmund Freud (1856 – 1939) — Fondateur de la psychanalyse, théoricien des névroses et des pulsions.
* Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, créateur du concept de "personnage conceptuel".
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. L’histoire officielle et les courants dominés
Michel Onfray ouvre sa conférence en rappelant son objectif : déconstruire l'histoire philosophique officielle, souvent écrite par les vainqueurs, qui marginalise les courants alternatifs. Après avoir exploré l’an dernier les résistances à l’idéalisme platonicien à travers des courants comme les sophistes et les épicuriens, il s’attaque ici à l’idéalisme chrétien, en explorant les philosophies qui s’y sont opposées, comme les gnostiques et les épicuriens chrétiens.
2. Jésus, personnage conceptuel
Le cœur de la conférence repose sur la thèse provocatrice de Michel Onfray : Jésus n'aurait pas existé en tant que personnage historique, mais comme une construction conceptuelle. En s’appuyant sur le concept deleuzien de "personnage conceptuel", Onfray affirme que Jésus est une figure inventée par le christianisme, et non l’inverse. Il compare cette création à d'autres figures philosophiques mythifiées, comme Zarathoustra chez Nietzsche.
Il souligne l’absence de preuves archéologiques et textuelles contemporaines à Jésus pour soutenir son existence. Des objets comme le Saint-Suaire ou le tombeau auraient été inventés ou datent de bien après la période supposée de Jésus. Par exemple, le Saint-Suaire de Turin date du XIIIe siècle, et le tombeau aurait été "découvert" par Sainte Hélène au IVe siècle.
3. Le rôle des Évangiles et la forgerie chrétienne
Onfray analyse la construction des Évangiles, qu'il considère comme des textes de propagande visant à convertir les populations du bassin méditerranéen. Il démontre comment ces récits utilisent des topoïs du merveilleux antique (vierges mères, miracles, résurrections) pour séduire un public populaire.
Il souligne également les nombreuses incohérences et contradictions dans les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc, Jean) concernant des détails cruciaux comme la crucifixion, le titulus (l’inscription sur la croix) ou les apparitions post-mortem. Ces contradictions, pour Onfray, sont le signe d’une construction littéraire et non historique.
4. Le contexte historique et la fabrication du mythe
Le conférencier replace la naissance du mythe chrétien dans un contexte de troubles politiques et religieux. Le territoire est occupé par les Romains, et une ambiance millénariste favorise l'émergence de figures prophétiques annonçant la fin du monde et l’arrivée d’un sauveur. Onfray considère que Jésus est une cristallisation de ces espoirs et peurs collectives.
Il souligne le rôle déterminant de figures comme Paul de Tarse et l’empereur Constantin dans la structuration du christianisme. Paul, qu'il décrit comme "hystérique", aurait amplifié et sublimé la figure de Jésus, tandis que Constantin, avec les conciles, aurait officialisé et imposé une version du christianisme en écartant les textes gênants (évangiles apocryphes) pour créer un corpus cohérent.
5. Les Évangiles apocryphes et les contradictions textuelles
Onfray mentionne les évangiles apocryphes, rejetés par l’Église car trop divergents ou dérangeants. Certains présentent un Jésus trop humain, végétarien ou même joueur, capable de sculpter des oiseaux en terre et de les animer. Ces textes montrent l’étendue des récits possibles autour de Jésus avant que l’Église ne fixe un corpus officiel.
Il s’attarde également sur des invraisemblances dans les textes canoniques : la ville de Nazareth, où Jésus est censé être né, n’existait pas à l’époque, et des dialogues entre Jésus et Ponce Pilate sont improbables en raison des barrières linguistiques.
💡 Conclusion
Michel Onfray conclut que Jésus est une invention du christianisme, un personnage conceptuel conçu pour répondre aux besoins politiques et spirituels d’une époque troublée. Les Évangiles sont des récits performatifs — ils créent la réalité qu’ils prétendent décrire. La figure de Jésus synthétise les espoirs millénaristes et les aspirations à un monde nouveau, tout en servant les intérêts idéologiques d’une Église en construction. Onfray invite à lire les textes sacrés comme des œuvres littéraires païennes, et non comme des récits historiques.
📚 Philosophes mentionnés
* Pythagore (env. 570 av. J.-C. – env. 495 av. J.-C.) — Philosophe et mathématicien grec, initiateur de doctrines mystiques.
* Socrate (env. 470 av. J.-C. – 399 av. J.-C.) — Philosophe grec, figure fondatrice de la philosophie occidentale.
* Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme.
* Diogène Laërce (IIIe siècle) — Historien grec, auteur de Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres.
* Paul de Tarse (5 – 67) — Apôtre du christianisme, considéré comme l’un des fondateurs du christianisme.
* Constantin Ier (272 – 337) — Empereur romain, converti au christianisme et instigateur du concile de Nicée.
* Lorenzo Valla (1407 – 1457) — Humaniste italien, auteur de De voluptate, fondateur de l’épicurisme chrétien.
* Érasme (1466 – 1536) — Humaniste hollandais, promoteur d’un christianisme épicurien.
* Michel de Montaigne (1533 – 1592) — Philosophe et essayiste français, influencé par Érasme et l’épicurisme chrétien.
* John L. Austin (1911 – 1960) — Philosophe du langage britannique, auteur de Quand dire, c’est faire.
* Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, créateur du concept de "personnage conceptuel".
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
Dans cet épisode, Michel Onfray s'interroge sur la manière dont l'histoire de la philosophie est construite, souvent du point de vue des vainqueurs, qui imposent leur récit en marginalisant les pensées dissidentes. Il déconstruit les mythes fondateurs de la philosophie occidentale et critique la sélection idéologique qui a façonné notre vision actuelle.
1. L'histoire officielle : un récit des vainqueurs
* Michel Onfray commence par souligner que l’histoire de la philosophie, comme l’histoire en général, est écrite par les vainqueurs. Les courants dominants imposent leur vision, effaçant ou marginalisant les pensées dissidentes.
* Il dénonce la transmission paresseuse des "vérités" philosophiques : des générations d’historiens recopient les récits antérieurs sans interroger les sources ou les motivations derrière ces récits.
* Il critique le concept de "présocratiques", un terme qui homogénéise artificiellement des penseurs très différents sous une seule étiquette, alors que certains étaient contemporains ou postérieurs à Socrate.
2. La falsification de l’histoire philosophique
* Onfray montre comment certains philosophes ont été sélectionnés et conservés pour leurs affinités idéologiques avec le christianisme naissant.
* Platon est valorisé pour son dualisme corps/âme, compatible avec la vision chrétienne.
* Les stoïciens sont conservés pour leur éthique du devoir et leur vision d’un Dieu immanent.
* À l’inverse, les penseurs matérialistes, hédonistes ou athées comme Démocrite, Épicure ou les cyniques sont marginalisés ou leurs œuvres détruites.
* Onfray dénonce également les destructions massives de bibliothèques et de textes philosophiques païens lors de la montée du christianisme comme religion d’État.
3. La fabrication de Socrate et Jésus
* L’auteur interroge la figure de Socrate, dont l’image est essentiellement façonnée par Platon. Il critique la dépendance excessive à cette source unique, soulignant que Socrate pourrait être davantage une construction philosophique qu’une figure historique fiable.
* Il propose un parallèle entre Socrate et Jésus, tous deux érigés en figures fondatrices, bien que leurs existences historiques soient incertaines ou floues.
* Onfray évoque l’hypothèse que Jésus pourrait être une création idéologique postérieure, développée pour asseoir le pouvoir de l’Église.
4. L’exclusion des philosophies subversives
* Il dénonce la censure et l'effacement des courants philosophiques subversifs :
* Les cyniques comme Diogène de Sinope ou Aristippe de Cyrène sont ignorés ou caricaturés.
* L’épicurisme est déformé pour être présenté comme une philosophie de la débauche.
* Les traditions non occidentales, comme les philosophies indiennes et chinoises, sont également écartées du récit dominant.
* Onfray critique l’usage du concept de "miracle grec", qui occulte les influences orientales majeures sur la pensée grecque antique.
5. Vers une contre-histoire de la philosophie
* Michel Onfray propose de réécrire l’histoire de la philosophie en réintégrant les courants oubliés ou marginalisés :
* Valoriser les penseurs matérialistes et hédonistes.
* Explorer les courants gnostiques et mystiques qui ont été effacés par l’Église.
* Reconnaître l’apport des philosophies orientales dans la construction de la pensée occidentale.
* Il prône une lecture critique des textes, en dépassant les récits officiels et en remettant en question les constructions idéologiques.
💡 Conclusion
L’histoire de la philosophie telle que nous la connaissons est le produit d’une sélection idéologique opérée par les vainqueurs. Michel Onfray démontre comment des pans entiers de la pensée occidentale ont été volontairement effacés ou déformés pour asseoir des visions du monde compatibles avec le pouvoir en place, notamment le christianisme. En proposant une contre-histoire de la philosophie, il invite à redécouvrir les courants subversifs, matérialistes et hédonistes qui ont été marginalisés, et à interroger les récits officiels qui façonnent encore aujourd’hui notre compréhension du passé.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Socrate (env. 470 av. J.-C. – 399 av. J.-C.) – Philosophe grec dont l’image est principalement transmise par Platon.
* Platon (env. 427 av. J.-C. – env. 347 av. J.-C.) – Philosophe grec, auteur de La République, figure majeure du dualisme corps/âme.
* Aristote (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.) – Philosophe grec, élève de Platon, auteur de nombreux traités scientifiques et philosophiques.
* Démocrite (env. 460 av. J.-C. – env. 370 av. J.-C.) – Philosophe présocratique grec, pionnier de l’atomisme.
* Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) – Philosophe grec, fondateur de l’épicurisme, prônant l’ataraxie et l’hédonisme modéré.
* Diogène de Sinope (env. 412 av. J.-C. – 323 av. J.-C.) – Philosophe cynique grec, célèbre pour son mode de vie ascétique.
* Aristippe de Cyrène (env. 435 av. J.-C. – env. 356 av. J.-C.) – Philosophe grec, fondateur de l’école cyrénaïque, prônant un hédonisme immédiat.
* Paul de Tarse (env. 5 – env. 67) – Apôtre et principal diffuseur du christianisme primitif.
* Tertullien (env. 155 – env. 240) – Père de l’Église chrétienne, auteur d’apologies et défenseur du dogme chrétien.
* Saint Augustin (354 – 430) – Philosophe et théologien chrétien, auteur de La Cité de Dieu.
* Cicéron (106 av. J.-C. – 43 av. J.-C.) – Philosophe et homme politique romain, critique de l’épicurisme.
* Plotin (env. 205 – env. 270) – Philosophe néoplatonicien, auteur des Ennéades.
* Michel Foucault (1926 – 1984) – Philosophe français, auteur de L’herméneutique du sujet, s’intéressant aux techniques de soi.
* Gilles Deleuze (1925 – 1995) – Philosophe français, auteur de Différence et répétition et co-auteur avec Guattari de L'Anti-Œdipe.
* Pierre Hadot (1922 – 2010) – Philosophe et historien de la philosophie antique, spécialiste des exercices spirituels.
* Constantin Ier (272 – 337) – Empereur romain, converti au christianisme et initiateur de sa reconnaissance officielle.
* Cels (IIe siècle apr. J.-C.) – Philosophe grec, auteur du Discours véritable critiquant le christianisme.
* Irénée de Lyon (env. 130 – env. 202) – Père de l’Église, auteur de Contre les hérésies.
* Jeremy Bentham (1748 – 1832) – Philosophe anglais, fondateur de l’utilitarisme.
* John Stuart Mill (1806 – 1873) – Philosophe et économiste anglais, défenseur du libéralisme et de l’utilitarisme.
* Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) – Philosophe allemand, critique du christianisme et du platonisme.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
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