Cette semaine, le spectre de la stagflation plane sur les grandes économies mondiales, forçant les banques centrales à revoir leurs trajectoires dans un environnement où l'inflation repart à la hausse, et où la croissance s'essouffle.
🇺🇸 États-Unis
Aux États-Unis, les négociations entre Washington et Téhéran marquent le pas. La république islamique a soumis une nouvelle proposition jugée insatisfaisante par la Maison Blanche, poussant Donald Trump à annuler le déplacement de ses émissaires à Islamabad. L'Iran souhaite rouvrir le détroit d'Ormuz et obtenir la levée du blocus naval américain, tout en repoussant à plus tard les discussions sur le nucléaire, un plus tard qui risque de devenir jamais. Dans ce contexte, le PCE Core a accéléré à 3,20% en rythme annuel, son plus haut niveau depuis plus de 3 ans. Les États-Unis se retrouvent donc coincés avec une inflation croissante et un détroit d'Ormuz frappé par l’immobilisme, ce qui accentue le risque de stagflation pour l'économie américaine.
En parallèle, la Réserve fédérale a choisi de maintenir ses taux directeurs dans la fourchette de 3,50-3,75%. Il s'agissait de la dernière conférence de presse de Jérôme Powell en tant que président de l'institution, son mandat s'achevant officiellement le 15 mai après huit années de loyaux services. La passation se fera avec Kevin Warsh, favori de Donald Trump et partisan de baisses de taux comme le souhaite la Maison Blanche. Néanmoins, lors de son audition devant le Sénat, ce dernier s'est montré bien plus rassurant sur la conduite de la politique monétaire. Il faudra donc rester très attentif, car le contexte inflationniste actuel ne se prête pas à un assouplissement monétaire, le sujet étant d’entériner la crédibilité de l’institution et du dollar.
🇪🇺 Europe
En Europe, la BCE a maintenu ses taux directeurs inchangés pour la septième fois consécutive, tout en évoquant l'option d'un resserrement monétaire dès le mois de juin. Et pour cause, l'inflation en zone euro ressort à 3,00% en rythme annuel en avril, nettement au-dessus de la cible des 2,00%, tirée notamment par la France à 2,20% et l'Allemagne à 2,90%. Parallèlement, la croissance déçoit, avec un PIB zone euro à 0,10% au premier trimestre contre 0,20% attendu, et une France à l'arrêt avec une croissance trimestrielle nulle. La zone euro se retrouve donc prise en étau entre une inflation persistante et une croissance qui s'essouffle, ce qui place l'institution dans une position délicate pour les prochaines semaines.
Au Royaume-Uni, la Banque d'Angleterre a également maintenu ses taux directeurs inchangés, adoptant un ton plus restrictif face à une inflation qui repart à la hausse, tirée principalement par la hausse des prix de l'énergie. Avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, la trajectoire des prix semblait pourtant converger vers l'objectif de 2,00%, ouvrant la voie à un possible assouplissement monétaire. Ce scénario semble désormais compromis et selon l'évolution du conflit, la BOE pourrait durcir davantage sa politique monétaire dans les prochains mois, notamment si les prix du pétrole se maintiennent à des niveaux élevés.
🇨🇳🇯🇵 Asie
Du côté de l'Asie, la Banque du Japon a maintenu ses taux directeurs à 0,75%, malgré des dissensions au sein du conseil. L'institution alerte parallèlement sur un ralentissement de la croissance et une hausse de l'inflation, une configuration qui ressemble à de la stagflation, sans toutefois employer le terme. La BOJ confirme qu'elle poursuivra ses hausses de taux en 2026, marquant un tournant après des décennies de politique ultra-accommodante. Relever les taux reste toutefois un exercice périlleux, puisque cela permettrait certes de soutenir le yen et de limiter l'inflation importée, mais renchérirait le coût des nouveaux emprunts dans un pays dont la dette dépasse déjà 235% du PIB.
En Chine, le secteur manufacturier enregistre son cinquième mois consécutif d'expansion en avril. L'indice PMI progresse à 52,2 contre 50,8 en mars, s'éloignant davantage du seuil des 50 qui marque la frontière entre croissance et contraction. Malgré les turbulences au Moyen-Orient, la production des usines chinoises a augmenté à son rythme le plus rapide en près de deux ans, soutenue par une forte demande, un signal encourageant pour la trajectoire économique du pays en 2026.
🛢️ Matières premières
Du côté des matières premières, les tensions entre Washington et Téhéran ne montrent aucun signe d'apaisement, et le Brent oscille désormais autour des 110 dollars le baril. Les négociations sont au point mort, le blocus devrait se prolonger encore plusieurs mois, et même en cas d'accord, la normalisation des flux pétroliers prendra du temps. C'est dans ce contexte que les Émirats arabes unis ont officiellement quitté l'OPEP le 1er mai, mettant fin à 58 ans de présence au sein du cartel. Troisième producteur de l'organisation avec environ 15% de la production totale, Abou Dhabi souhaite désormais produire librement, sans se soucier des quotas imposés par l'Arabie saoudite. Ce départ menace l'unité du cartel et affaiblit sa capacité à contrôler les prix du pétrole.
Au-delà du pétrole, le détroit d'Ormuz perturbe également l'approvisionnement en hélium, une matière première indispensable à la fabrication des semi-conducteurs. Le Qatar, deuxième producteur mondial, concentre environ un tiers de l'offre globale, et les tensions dans la région ont sérieusement endommagé ses capacités de production. Si le blocage se prolonge, c'est toute la chaîne des semi-conducteurs qui pourrait être affectée, avec des conséquences directes sur le narratif IA, l'un des derniers remparts contre la récession aux États-Unis.