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Cette semaine, nous recevons Elli Tsiforou, secrétaire générale du Copa-Cogeca, organisation syndicale et professionnelle agricole au niveau de l'Union européenne. Elle réitère son opposition au traité du Mercosur et demande une simplification des normes imposées aux agriculteurs européens.
En marge du sommet européen, des milliers d’agriculteurs ont manifesté ce jeudi à Bruxelles pour protester, entre autres, contre la réforme des subventions de la Politique agricole commune (PAC) dans le budget 2028-2034 de l’UE. Ils accusent la Commission européenne de vouloir réduire le budget qui lui est accordé.
"Il y a un danger pour la communalité de la PAC"
Pour le Copa-Cogeca, organisation syndicale et professionnelle agricole ayant participé à ces manifestations, cela constitue l’une des principales causes de mécontentement : "L'enveloppe de la PAC dans cette nouvelle proposition va être réduite de moitié en comparaison du budget actuel. L'agriculture va représenter un peu moins de 15 % de l'enveloppe totale du budget européen", explique Elli Tsiforou, sa secrétaire générale, également ancienne conseillère politique dans les domaines de l’agriculture au Parlement européen et hellénique.
La Commission européenne prévoit par ailleurs de fusionner les budgets dédiés aux fonds de cohésion et aux subventions agricoles sous un seul canal, ce à quoi s’oppose le Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen : "Nous n’avons pas seulement des coupes budgétaires importantes, [...] mais aussi un changement radical de la structure qui porte vers une renationalisation de la politique. Nous considérons cela comme un danger pour la communalité de la PAC. Cela va mener à 27 politiques agricoles au sein de l'Union européenne et va briser le marché unique et le fonctionnement de la chaîne alimentaire. [...] La PAC est un pilier de la construction européenne et du marché unique."
"Cet accord est injuste pour les agriculteurs européens"
Les agriculteurs manifestaient également contre l’accord avec le Mercosur, un traité de libre-échange entre l'UE et plusieurs pays d’Amérique latine, éliminant la quasi-totalité des droits de douane industriels entre les deux blocs. Cet accord prévoit de faciliter l'entrée en Europe de produits agricoles sud-américains non contraints aux normes environnementales et sociales imposées aux agriculteurs européens.
Les filières concernées sont inquiètes et le Copa-Cogeca considère cet accord comme injuste : "Le Copa-Cogeca a une position très claire là-dessus, soutenue à l'unanimité par tous ses membres. [...] La question de la réciprocité des standards est en jeu, car avec les pays du Mercosur, l'écart est énorme. C'est quelque chose qui ne peut pas être accepté par notre communauté", précise Elli Tsiforou.
En réponse au mécontentement de certains pays européens au sujet de cet accord, le Parlement européen a voté pour l’ajout de mesures de sauvegarde qui prévoient un suivi des produits sensibles comme le bœuf, la volaille ou le sucre et une possible réintroduction de droits de douane en cas de déstabilisation du marché. Si elle reconnaît "les efforts" des députés européens pour offrir des garanties aux agriculteurs européens, Elli Tsiforou affirme que cela "n'apaise pas leur inquiétude" : "Cela ne change pas notre position concernant cet accord commercial. La question de la réciprocité reste toujours ouverte. Nous ne sommes pas protégés sur cet aspect-là. Cet accord est injuste pour les agriculteurs européens."
"Nous demandons aux législateurs de bloquer cet accord"
Elli Tsiforou dénonce également le fait que les agriculteurs subissent déjà la pression d’autres accords commerciaux : "Il faut aussi tenir compte de l'aspect cumulatif du commerce international. Certains secteurs sont déjà sous la pression d'autres accords, comme celui avec l'Ukraine ou de futurs accords. Les secteurs visés doivent être protégés."
Sous la pression de la France et de l'Italie qui sont contre cet accord, la Commission européenne n’a pas eu d'autre choix que de reporter la signature de ce traité. En effet, l’adoption de l’accord nécessite une majorité qualifiée, soit le ralliement d’au moins 15 États sur 27. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, espère à présent pouvoir conclure l’accord en janvier. "Nous avons vu des manœuvres de la part de la Commission et aussi du Parlement afin de tout faire pour que l'accord passe. C’est un manque de transparence dans le fonctionnement démocratique des institutions. [...] Pour nous, rien ne change. Notre position est très claire : nous demandons aux législateurs de bloquer cet accord et de résister aux manœuvres de la Commission", réitère la secrétaire générale du Copa-Cogeca.
"Nous ne devons pas mettre à risque la productivité"
Le Conseil européen a approuvé la simplification de la bureaucratie et des normes réglementaires s’appliquant aux agriculteurs. L'objectif, selon les Vingt-Sept, est d'accroître la compétitivité en réduisant les formalités administratives. Pour les défenseurs de l’environnement, la flexibilité offerte aux agriculteurs concernant l’application des normes environnementales va à l’encontre du Pacte vert, dont le but est de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Une simplification saluée par le Copa-Cogeca : "La simplification est un exercice très important pour les agriculteurs. Il faut se rendre compte que nous sommes face à une surrégulation qui vient de l'UE qui empêche les agriculteurs de produire. [...] Nous ne devons pas mettre à risque la productivité. [...] Ces règlements qui ne font pas sens dans plusieurs cas et ne sont pas pratiques doivent être allégés."
Elle affirme que les agriculteurs "ne se sont jamais opposés" aux objectifs du Pacte vert. "Nous nous sommes opposés aux moyens et à la manière dont ce pacte a été implémenté", explique Elli Tsiforou. "Il faut un peu de sens commun et il faut que le cadre réglementaire européen soit allégé. Nous avons besoin de stabilité, pas d'un cadre réglementaire qui change tous les ans. Les agriculteurs doivent investir dans la transition écologique et cela demande de la profitabilité et de la clarté politique et réglementaire de la part de l'UE."
"Il faut avoir confiance en la science"
Les députés européens et les États membres de l'UE se sont mis d’accord pour autoriser des plantes issues de nouvelles techniques génomiques dans l'agriculture au sein de l'Union. Cette technique permet notamment de créer des variétés résistantes à la sécheresse ou aux maladies, ou moins gourmandes en pesticides. Une innovation soutenue par le Copa-Cogeca : "Si nous voulons avancer en Europe, il faut avoir confiance en la science. [...] C'est un des outils nécessaires aux agriculteurs pour faire face aux changements climatiques qui ont un impact très sévère et qui risquent de vraiment entraver la productivité et de mettre à risque la sécurité alimentaire en Europe. [...] Le Copa-Cogeca a soutenu ce type d'innovation dès le début."
Les organisations environnementales qualifient ces produits de "nouveaux OGM", les jugeant risqués pour les écosystèmes et la santé. Des critiques que réfute Elli Tsiforou : "Il ne faut pas tromper les consommateurs. Il ne faut pas leur faire peur. Ce ne sont pas des OGM. C'est une technique qui est très claire, qui renforce la résistance des plantes. C'est un outil qui est nécessaire pour les agriculteurs."
En France, des éleveurs bovins sont touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie qui entraîne l'abattage du troupeau dans lequel évolue l'animal infecté. La façon dont le gouvernement gère la crise est critiquée et entraîne la colère des agriculteurs. La secrétaire générale du Copa-Cogeca ne se prononce pas sur ce sujet qu’elle considère comme "une problématique française". Elle fait cependant part de son "empathie" et son "soutien" aux agriculteurs français.
Émission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Perrine Desplats
By FRANCE 245
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Cette semaine, nous recevons Elli Tsiforou, secrétaire générale du Copa-Cogeca, organisation syndicale et professionnelle agricole au niveau de l'Union européenne. Elle réitère son opposition au traité du Mercosur et demande une simplification des normes imposées aux agriculteurs européens.
En marge du sommet européen, des milliers d’agriculteurs ont manifesté ce jeudi à Bruxelles pour protester, entre autres, contre la réforme des subventions de la Politique agricole commune (PAC) dans le budget 2028-2034 de l’UE. Ils accusent la Commission européenne de vouloir réduire le budget qui lui est accordé.
"Il y a un danger pour la communalité de la PAC"
Pour le Copa-Cogeca, organisation syndicale et professionnelle agricole ayant participé à ces manifestations, cela constitue l’une des principales causes de mécontentement : "L'enveloppe de la PAC dans cette nouvelle proposition va être réduite de moitié en comparaison du budget actuel. L'agriculture va représenter un peu moins de 15 % de l'enveloppe totale du budget européen", explique Elli Tsiforou, sa secrétaire générale, également ancienne conseillère politique dans les domaines de l’agriculture au Parlement européen et hellénique.
La Commission européenne prévoit par ailleurs de fusionner les budgets dédiés aux fonds de cohésion et aux subventions agricoles sous un seul canal, ce à quoi s’oppose le Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen : "Nous n’avons pas seulement des coupes budgétaires importantes, [...] mais aussi un changement radical de la structure qui porte vers une renationalisation de la politique. Nous considérons cela comme un danger pour la communalité de la PAC. Cela va mener à 27 politiques agricoles au sein de l'Union européenne et va briser le marché unique et le fonctionnement de la chaîne alimentaire. [...] La PAC est un pilier de la construction européenne et du marché unique."
"Cet accord est injuste pour les agriculteurs européens"
Les agriculteurs manifestaient également contre l’accord avec le Mercosur, un traité de libre-échange entre l'UE et plusieurs pays d’Amérique latine, éliminant la quasi-totalité des droits de douane industriels entre les deux blocs. Cet accord prévoit de faciliter l'entrée en Europe de produits agricoles sud-américains non contraints aux normes environnementales et sociales imposées aux agriculteurs européens.
Les filières concernées sont inquiètes et le Copa-Cogeca considère cet accord comme injuste : "Le Copa-Cogeca a une position très claire là-dessus, soutenue à l'unanimité par tous ses membres. [...] La question de la réciprocité des standards est en jeu, car avec les pays du Mercosur, l'écart est énorme. C'est quelque chose qui ne peut pas être accepté par notre communauté", précise Elli Tsiforou.
En réponse au mécontentement de certains pays européens au sujet de cet accord, le Parlement européen a voté pour l’ajout de mesures de sauvegarde qui prévoient un suivi des produits sensibles comme le bœuf, la volaille ou le sucre et une possible réintroduction de droits de douane en cas de déstabilisation du marché. Si elle reconnaît "les efforts" des députés européens pour offrir des garanties aux agriculteurs européens, Elli Tsiforou affirme que cela "n'apaise pas leur inquiétude" : "Cela ne change pas notre position concernant cet accord commercial. La question de la réciprocité reste toujours ouverte. Nous ne sommes pas protégés sur cet aspect-là. Cet accord est injuste pour les agriculteurs européens."
"Nous demandons aux législateurs de bloquer cet accord"
Elli Tsiforou dénonce également le fait que les agriculteurs subissent déjà la pression d’autres accords commerciaux : "Il faut aussi tenir compte de l'aspect cumulatif du commerce international. Certains secteurs sont déjà sous la pression d'autres accords, comme celui avec l'Ukraine ou de futurs accords. Les secteurs visés doivent être protégés."
Sous la pression de la France et de l'Italie qui sont contre cet accord, la Commission européenne n’a pas eu d'autre choix que de reporter la signature de ce traité. En effet, l’adoption de l’accord nécessite une majorité qualifiée, soit le ralliement d’au moins 15 États sur 27. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, espère à présent pouvoir conclure l’accord en janvier. "Nous avons vu des manœuvres de la part de la Commission et aussi du Parlement afin de tout faire pour que l'accord passe. C’est un manque de transparence dans le fonctionnement démocratique des institutions. [...] Pour nous, rien ne change. Notre position est très claire : nous demandons aux législateurs de bloquer cet accord et de résister aux manœuvres de la Commission", réitère la secrétaire générale du Copa-Cogeca.
"Nous ne devons pas mettre à risque la productivité"
Le Conseil européen a approuvé la simplification de la bureaucratie et des normes réglementaires s’appliquant aux agriculteurs. L'objectif, selon les Vingt-Sept, est d'accroître la compétitivité en réduisant les formalités administratives. Pour les défenseurs de l’environnement, la flexibilité offerte aux agriculteurs concernant l’application des normes environnementales va à l’encontre du Pacte vert, dont le but est de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Une simplification saluée par le Copa-Cogeca : "La simplification est un exercice très important pour les agriculteurs. Il faut se rendre compte que nous sommes face à une surrégulation qui vient de l'UE qui empêche les agriculteurs de produire. [...] Nous ne devons pas mettre à risque la productivité. [...] Ces règlements qui ne font pas sens dans plusieurs cas et ne sont pas pratiques doivent être allégés."
Elle affirme que les agriculteurs "ne se sont jamais opposés" aux objectifs du Pacte vert. "Nous nous sommes opposés aux moyens et à la manière dont ce pacte a été implémenté", explique Elli Tsiforou. "Il faut un peu de sens commun et il faut que le cadre réglementaire européen soit allégé. Nous avons besoin de stabilité, pas d'un cadre réglementaire qui change tous les ans. Les agriculteurs doivent investir dans la transition écologique et cela demande de la profitabilité et de la clarté politique et réglementaire de la part de l'UE."
"Il faut avoir confiance en la science"
Les députés européens et les États membres de l'UE se sont mis d’accord pour autoriser des plantes issues de nouvelles techniques génomiques dans l'agriculture au sein de l'Union. Cette technique permet notamment de créer des variétés résistantes à la sécheresse ou aux maladies, ou moins gourmandes en pesticides. Une innovation soutenue par le Copa-Cogeca : "Si nous voulons avancer en Europe, il faut avoir confiance en la science. [...] C'est un des outils nécessaires aux agriculteurs pour faire face aux changements climatiques qui ont un impact très sévère et qui risquent de vraiment entraver la productivité et de mettre à risque la sécurité alimentaire en Europe. [...] Le Copa-Cogeca a soutenu ce type d'innovation dès le début."
Les organisations environnementales qualifient ces produits de "nouveaux OGM", les jugeant risqués pour les écosystèmes et la santé. Des critiques que réfute Elli Tsiforou : "Il ne faut pas tromper les consommateurs. Il ne faut pas leur faire peur. Ce ne sont pas des OGM. C'est une technique qui est très claire, qui renforce la résistance des plantes. C'est un outil qui est nécessaire pour les agriculteurs."
En France, des éleveurs bovins sont touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie qui entraîne l'abattage du troupeau dans lequel évolue l'animal infecté. La façon dont le gouvernement gère la crise est critiquée et entraîne la colère des agriculteurs. La secrétaire générale du Copa-Cogeca ne se prononce pas sur ce sujet qu’elle considère comme "une problématique française". Elle fait cependant part de son "empathie" et son "soutien" aux agriculteurs français.
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