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Or


1. Introduction
Dans cet épisode, Michel Onfray consacre une séance entière à expliquer en détail le transcendantalisme, courant philosophique majeur du XIXe siècle américain, principalement incarné par Ralph Waldo Emerson et Henry David Thoreau. Onfray distingue ce mouvement de la philosophie matérialiste, en insistant sur ses fondements idéalistes, son rapport à la nature, à Dieu et à la construction de soi.
2. Transcendance, transcendantal, transcendantalisme : distinctions
Onfray commence par clarifier trois notions fondamentales :
* La transcendance : toute idée qu’il existe un arrière-monde, une réalité supérieure au monde sensible (Platon, christianisme).
* Le transcendantal (chez Kant) : ce qui rend possible la connaissance a priori, en dehors de l'expérience sensible.
* Le transcendantalisme : courant philosophique proprement américain, inspiré par Emerson, qui défend l’existence d’un principe supérieur (la “surâme”), immanent à la nature, mais accessible par intuition, contemplation et vie intérieure.
3. Les thèses du transcendantalisme selon Onfray
Michel Onfray synthétise le transcendantalisme en sept grandes thèses :
1. Affirmation de l’existence de DieuDieu n’est pas celui du christianisme anthropomorphe. Il est une force diffuse, présente dans la nature. Emerson parle de la “surâme”, principe universel immanent, comparable à un panthéisme.
2. La connaissance par intuitionContre la raison mathématique, le transcendantalisme privilégie l'intuition, l'expérience sensible, le rêve, la folie, le sommeil, comme modes d'accès au réel.
3. Mépris des masses, valorisation du génie individuelLe peuple est vu comme incapable d’accéder à la vérité. Seuls les grands hommes, figures d’exemplarité, quintessencient les forces éternelles du monde.
4. Confiance absolue en soiMarqué par le protestantisme et la prédestination, Emerson invite chacun à obéir à son destin propre, à vivre selon sa nature, sans souci du jugement d’autrui.
5. Non-conformisme radicalLe transcendantalisme défend le refus du conformisme social : peu importe les conventions, les institutions ou les normes, il s’agit d’être pleinement soi.
6. Jouissance et contemplation de la natureLa contemplation de la nature est source de béatitude, d’extase païenne. La nature est divine et en elle réside la clé de la liberté intérieure.
7. Construction de soi : souci et sculpture de soiLa priorité est donnée à la réforme individuelle plutôt qu’à la réforme politique. La transformation du monde passe par la transformation de soi.
4. Emerson, un idéalisme américain
Onfray souligne que le transcendantalisme d'Emerson repose sur une lecture idéalisme-platonicienne du monde. La nature n’est qu’un moyen d’accéder à une réalité supérieure. Emerson est un penseur de la transcendance, un dialecticien, théoricien éloigné de l’expérience directe.
5. Thoreau : un transcendantalisme immanent
Bien que souvent classé parmi les transcendantalistes, Thoreau s’en distingue nettement :
* Il vit la nature comme une fin en soi, non comme un moyen d’accéder à un arrière-monde.
* Il pratique un spinozisme concret, une mystique de l’immanence, où la nature est immédiatement sacrée.
* Son engagement physique (marches, cabane, observation quotidienne) contraste avec l’approche plus théorique d’Emerson. Thoreau reste marqué par le transcendantalisme, mais s’en affranchit pour proposer une philosophie existentielle incarnée.
6. Les dérives du transcendantalisme
Onfray évoque les expériences qui ont dévoyé le transcendantalisme :
* Universités transcendantalistes : libres, ouvertes, mais vite récupérées par des cercles mondains.
* Expériences communautaires comme Brook Farm ou Fruitlands, qui mêlaient transcendantalisme, fouriérisme, végétarisme, rejet du capitalisme et du progrès, mais qui échouèrent rapidement.
💡 Conclusion
Le transcendantalisme, tel qu’exposé par Emerson, est un idéalisme religieux, panthéiste et individualiste, centré sur la confiance en soi, la contemplation de la nature et la construction intérieure. Thoreau s’en inspire mais lui préfère une radicalité plus pratique, tournée vers une mystique immanente et corporelle, loin des spéculations conceptuelles. Ce courant demeure une réponse critique à la montée du capitalisme, de l’industrialisation et du matérialisme.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Pythagore (env. 570-495 av. J.-C.) — Philosophe présocratique, influençant le dualisme platonicien.
* Platon (env. 428-348 av. J.-C.) — Philosophe grec, théoricien du monde des idées et du dualisme.
* Plotin (env. 205-270) — Philosophe néoplatonicien, défenseur d’une mystique de l’intelligible.
* René Descartes (1596-1650) — Philosophe français, défenseur du rationalisme mathématique.
* Spinoza (1632-1677) — Philosophe rationaliste, père du panthéisme immanent.
* Immanuel Kant (1724-1804) — Philosophe allemand, théoricien du transcendantal.
* Arthur Schopenhauer (1788-1860) — Philosophe allemand, penseur du monde comme volonté et représentation.
* Ralph Waldo Emerson (1803-1882) — Philosophe américain, principal représentant du transcendantalisme.
* Margaret Fuller (1810-1850) — Figure américaine du transcendantalisme, féministe et écrivaine.
* Henry David Thoreau (1817-1862) — Philosophe américain, figure de l’immanence transcendentaliste et du libertarisme.
* Friedrich Nietzsche (1844-1900) — Philosophe allemand, proche de certaines thèses d’Emerson sur la confiance en soi et le dépassement.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans cet épisode intitulé La cabane et la prison, Michel Onfray poursuit l’étude de Henry David Thoreau, en s’attardant sur les deux grandes expériences symboliques de sa vie : le séjour dans la cabane de Walden et son court passage en prison. Ces deux épisodes illustrent deux dimensions essentielles de sa philosophie : la quête d’autonomie individuelle et la désobéissance civile. Onfray déconstruit également certains mythes entourant Thoreau, tout en soulignant la portée révolutionnaire de son œuvre.
2. La cabane : un laboratoire de vie autonome
Onfray rappelle que l’expérience de Walden, loin du mythe du reclus permanent, dure deux ans et deux mois (1845-1847), avec des allers-retours fréquents à Concord. Cette cabane est construite par Thoreau lui-même, sur un terrain prêté par Emerson, avec des matériaux récupérés. Elle devient le symbole :
* D’une vie simple, décroissante et autonome.
* D’une volonté de réduire ses besoins, renouant avec les valeurs antiques de frugalité.
* D’un espace pour penser, méditer, et expérimenter une existence fondée sur la liberté.
Onfray souligne le lien entre cette cabane et les traditions monacales ou antiques, où l’espace réduit favorise la concentration sur l’essentiel.
3. Un rapport sensoriel et mystique à la nature
Thoreau développe une relation intime et poétique avec le lac de Walden, qu’il fantasme comme un être vivant, un absolu. Il y voit un lieu pur, préservé des péchés modernes (industrialisation, capitalisme), et se baigne quotidiennement dans ses eaux, perçues comme lustrales. Cette immersion sensorielle reflète son panthéisme païen, proche des philosophies orientales, rejetant toute transcendance chrétienne.
4. La prison : naissance de la désobéissance civile
Onfray revient sur l'épisode souvent surévalué de l’incarcération de Thoreau : une seule nuit, en 1846, pour avoir refusé de payer une taxe finançant la guerre contre le Mexique et l’esclavagisme. Thoreau voulait vivre l’expérience carcérale comme un acte politique et éthique :
* Dire non à l’État, lorsque la conscience individuelle l’exige.
* Défendre la primauté de l’individu et de la morale sur les lois injustes. Cet épisode donnera naissance à son texte majeur La désobéissance civile (1849), qui influencera de nombreux penseurs libertaires.
5. De la vie éthique à l’engagement politique
Après son séjour à Walden, Thoreau traverse une rupture existentielle. D’abord concentré sur son autonomie personnelle, il s’engage progressivement dans le combat abolitionniste, notamment après l’affaire Anthony Burns (un esclave capturé à Boston) et la rencontre avec John Brown, militant antiesclavagiste radical. Thoreau associe désormais éthique et politique, refusant toute loi qui contredit sa conscience morale.
6. Une vie fondée sur la liberté radicale
Onfray insiste sur la cohérence de la vie de Thoreau :
* Refus du mariage, des attaches sociales, des biens superflus.
* Pratique d’une ascèse existentielle, fondée sur l’autonomie, la simplicité, la réduction des besoins.
* Refus des hiérarchies et de l’autorité, dans une logique proche de l’anarchisme, mais toujours enracinée dans la responsabilité individuelle.
💡 Conclusion
Thoreau incarne un modèle de liberté individuelle absolue, conjuguant une éthique personnelle rigoureuse et un engagement politique concret. La cabane de Walden et la prison deviennent les symboles complémentaires d’une philosophie de l’autonomie et de la désobéissance, où la quête du bonheur passe par la rupture avec les normes sociales oppressives. Son œuvre reste une référence pour les penseurs libertaires, écologistes et adeptes de la décroissance.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Diogène de Sinope (env. 412-323 av. J.-C.) — Philosophe cynique, défenseur d’une vie simple et libre.
* Épicure (341-270 av. J.-C.) — Philosophe grec, partisan d’un hédonisme frugal et de la réduction des besoins.
* Plotin (env. 205-270) — Philosophe néoplatonicien, inspirateur du transcendantalisme américain.
* Étienne de La Boétie (1530-1563) — Philosophe français, auteur du Discours de la servitude volontaire.
* Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) — Philosophe des Lumières, défenseur de la nature et de la liberté individuelle.
* Ralph Waldo Emerson (1803-1882) — Philosophe américain, figure centrale du transcendantalisme, ami de Thoreau.
* Henry David Thoreau (1817-1862) — Philosophe américain, auteur de Walden et de La désobéissance civile, pionnier de l’écologie et du libertarisme.
* Friedrich Nietzsche (1844-1900) — Philosophe allemand, défenseur de la liberté individuelle radicale.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans cet épisode, Michel Onfray inaugure l’étude approfondie de Henry David Thoreau, qu’il présente comme une figure essentielle des radicalités existentielles du XIXe siècle. Loin de se limiter à un simple littéraire ou naturaliste, Thoreau propose une philosophie de vie, ancrée dans l’expérience quotidienne, la nature, et la quête de liberté individuelle. Onfray en fait un précurseur de l’écologie, de la décroissance, et de la désobéissance civile, au travers d’une existence pensée comme une œuvre d’art.
2. Une vie philosophique : existence et œuvre confondues
Thoreau ne se contente pas de théoriser, il cherche à incarner sa philosophie. Son mode de vie est lui-même une réponse philosophique :
* Il refuse les carcans sociaux, les conventions vestimentaires, les relations mondaines.
* Il valorise l'autonomie matérielle (construction de sa propre maison, production de ses biens essentiels).
* Il invite chacun à tracer son propre chemin, à bâtir sa vie selon ses propres valeurs, non en imitant mais en créant.
Onfray montre que cette posture se rattache à une tradition où la vie philosophique prime sur le discours théorique (Diogène, Montaigne, Pascal).
3. La nature comme école philosophique
Thoreau naît à Concord, petit village de Nouvelle-Angleterre entouré de forêts, lacs et rivières. Ce cadre géographique marque profondément sa pensée :
* La nature est pour lui une contre-culture, un espace de liberté et de vérité face aux dérives de la civilisation industrielle.
* Il passe sa vie à herboriser, marcher, canoter, observant la nature dans ses moindres détails.
* Son œuvre majeure, Walden, est à la fois autobiographie et biographie du réel naturel, célébration d’une vie simple et autonome.
4. Fidélité à l’enfance : liberté, spontanéité, jeu
Onfray insiste sur la fidélité de Thoreau aux valeurs de l’enfance :
* Il conserve une capacité d’émerveillement, une liberté sans compromission.
* Il critique les adultes, qu’il juge aliénés par la société de consommation, les conventions sociales et l’obsession de l’argent.
* Thoreau célèbre la cabanisation, les promenades, les constructions, autant de gestes enfantins devenus philosophiques.
5. Critique de la culture moderne et du progrès
Thoreau rejette le culte du progrès, de la mécanisation, et du commerce :
* Il dénonce l’arrivée du chemin de fer, symbole de l’accélération du temps et de la défiguration du paysage.
* Il critique l’argent roi, les vêtements dictés par la mode, le théâtre mondain, les journalistes serviles.
* Il oppose à cette société une vie décroissante, fondée sur le calme, la sobriété, la nature et la liberté individuelle.
6. La philosophie orientale et l’influence brahmanique
À partir de ses lectures des Upanishads, de la Bhagavad-Gîtâ et des Lois de Manu, Thoreau intègre une dimension spirituelle orientale :
* Il rejette le dualisme chrétien corps/âme au profit d’une pensée immanente.
* Il conçoit l’homme comme partie intégrante d’un tout naturel, fluide, changeant.
* Onfray rapproche Thoreau d’un mysticisme païen, fondé sur la fusion avec la nature et le rejet de toute transcendance.
7. Le journal et la construction du Moi
Thoreau consigne ses réflexions dans un journal, véritable laboratoire philosophique où il note ses observations quotidiennes, ses expériences et ses pensées. Ce journal devient un outil pour construire son individualité, sans chercher à produire un système mais à incarner une existence authentique et libre.
8. Concorde contre New York : critique de la civilisation
Onfray montre comment Thoreau oppose :
* Concorde, symbole de la nature, du temps lent, du local, de la liberté.
* New York, symbole de la civilisation marchande, du progrès technologique, de la servitude volontaire.
Thoreau fait ainsi l’éloge d’une vie simple et locale, en rupture avec les illusions du progrès moderne.
💡 Conclusion
Thoreau incarne une philosophie de vie radicale, refusant le conformisme social, le matérialisme et le progrès technique aveugle. Par son attachement à la nature, à la liberté individuelle, à l’enfance et à l’autonomie, il ouvre la voie à une pensée de la décroissance, de l’écologie et de la désobéissance civile. Sa vie même devient un manifeste philosophique, invitant chacun à construire son propre chemin hors des sentiers battus.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Héraclite (env. 544-480 av. J.-C.) — Philosophe présocratique, penseur du changement perpétuel.
* Parménide (env. 515-450 av. J.-C.) — Philosophe grec, défenseur de l'immobilité de l'être.
* Diogène de Sinope (env. 412-323 av. J.-C.) — Philosophe cynique, défenseur d'une vie simple en harmonie avec la nature.
* Étienne de La Boétie (1530-1563) — Philosophe français, auteur du Discours de la servitude volontaire.
* Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) — Philosophe des Lumières, défenseur de la nature et de l’éducation.
* Emmanuel Kant (1724-1804) — Philosophe allemand, auteur de la question « Qu’est-ce que l’homme ? ».
* Arthur Schopenhauer (1788-1860) — Philosophe allemand, contemporain et influencé par la pensée orientale.
* Ralph Waldo Emerson (1803-1882) — Philosophe américain, fondateur du transcendantalisme.
* Henry David Thoreau (1817-1862) — Philosophe américain, auteur de Walden et de La désobéissance civile, figure majeure du transcendantalisme et du libertarisme.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans ce deuxième épisode de la saison 11, Michel Onfray poursuit son exploration des radicalités existentielles du XIXe siècle. Il se concentre ici sur deux figures majeures : Ludwig Feuerbach et Charles Darwin, qu’il considère comme les penseurs essentiels de la "mort de Dieu" et de la "naissance des hommes". Leur pensée permet de comprendre comment le XIXe siècle amorce la déconstruction du religieux et la construction d’un humanisme matérialiste.
2. Ludwig Feuerbach : l’homme créateur de Dieu
Onfray rappelle le rôle central de Feuerbach, souvent mal lu ou réduit à un simple précurseur de Marx. Son ouvrage majeur, L’essence du christianisme (1841), déconstruit le discours théologique en affirmant que :
* Les hommes créent Dieu à leur image inversée.
* La religion est une projection des désirs et limites humaines.
* L'anthropologie est la clé pour comprendre la théologie : en étudiant l’homme, on comprend comment les dieux sont fabriqués.
Feuerbach, initialement formé par l’hégélianisme, rompt avec Hegel pour adopter une position matérialiste, athée, et humaniste. Il dénonce la division entre âme et corps, et propose de réhabiliter l’homme réel, fini, sensible.
3. La critique du dualisme chrétien
Feuerbach rejette le dualisme corps/âme, essentiel au christianisme :
* Le christianisme valorise l'âme éternelle, dénigrant le corps, siège de la matérialité.
* Feuerbach défend une vision moniste : l’homme est un tout corporel et sensible.
* Il propose une nouvelle morale : faire le bien pour l’amour de l’homme, sans Dieu ni transcendance.
Il ouvre ainsi la voie à une pensée athée rigoureuse, qui s'oppose non seulement au christianisme, mais aussi à tout idéal transcendant.
4. Charles Darwin : un homme parmi les animaux
Darwin, avec L’origine des espèces (1859) et surtout La descendance de l’homme (1871), complète la déconstruction du religieux en montrant :
* Il n’y a pas de différence de nature entre les hommes et les animaux, seulement une différence de degré.
* Les hommes ne sont pas créés par Dieu, mais sont le fruit d’une évolution naturelle, sans dessein divin.
* Le processus repose sur la sélection naturelle : les espèces les plus adaptées survivent.
Darwin introduit ainsi une pensée immanente, où l’homme est pleinement inséré dans la nature, sans position privilégiée.
5. L’éthique darwinienne : sympathie, amour et entraide
Contrairement aux récupérations libérales (Herbert Spencer) qui voient dans Darwin une justification du "chacun pour soi", Darwin affirme :
* L’homme est un animal social, doté d’instincts d’amour et de sympathie.
* Le sens moral est inné et s’explique par les besoins de cohésion du groupe.
* La morale est donc immanente, fondée sur l’utilité sociale, sans besoin d’un Dieu législateur.
💡 Conclusion
Feuerbach et Darwin incarnent une double révolution du XIXe siècle : la mort de Dieu et la naissance d’un homme post-chrétien, matérialiste, immanent et pleinement inséré dans la nature. Ils permettent de penser une morale sans transcendance, fondée sur l’amour, l’entraide et la solidarité. Ce tournant ouvre la voie aux radicalités existentielles qui marqueront la suite du siècle.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Démocrite (env. 460-370 av. J.-C.) — Philosophe grec, père du matérialisme atomiste.
* Épicure (341-270 av. J.-C.) — Philosophe grec, défenseur de l’ataraxie et de l’hédonisme.
* Spinoza (1632-1677) — Philosophe rationaliste, penseur du panthéisme et du déterminisme.
* Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) — Philosophe allemand, théoricien de l’idéalisme absolu.
* Ludwig Feuerbach (1804-1872) — Philosophe allemand, penseur matérialiste, auteur de L’essence du christianisme.
* Max Stirner (1806-1856) — Philosophe individualiste allemand, auteur de L’unique et sa propriété.
* Bruno Bauer (1809-1882) — Philosophe allemand, critique de la réalité historique de Jésus.
* Charles Darwin (1809-1882) — Naturaliste britannique, auteur de L’origine des espèces et La descendance de l’homme, père de la théorie de l’évolution.
* Karl Marx (1818-1883) — Philosophe allemand, théoricien du matérialisme historique.
* Herbert Spencer (1820-1903) — Philosophe britannique, promoteur du darwinisme social.
* Friedrich Nietzsche (1844-1900) — Philosophe allemand, célèbre pour l’annonce de la "mort de Dieu".
* Sigmund Freud (1856-1939) — Neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans ce premier épisode de la saison 11, Michel Onfray ouvre une nouvelle série consacrée aux radicalités existentielles du XIXe siècle. Après avoir exploré l'année précédente l'eudémonisme social, il présente cette fois une lecture du siècle sous l'angle du "Siècle du Moi", où la priorité n’est plus donnée à la transformation de la société, mais à la construction de soi. Ce parcours mettra en avant des figures telles que Thoreau, Schopenhauer ou Stirner, qui posent les fondements d’un individualisme assumé et radical.
2. Deux lignes de force philosophiques du XIXe siècle
Onfray distingue deux approches majeures :
* L’eudémonisme social : centré sur la transformation collective du monde (Bentham, Owen, Fourier, Bakounine), cherchant le bonheur à travers le progrès social, économique ou politique.
* Les radicalités existentielles : centrées sur l’individu, son existence, son éthique personnelle. Cette approche privilégie le travail sur soi, la construction d’une belle individualité avant toute transformation sociale.
3. L’individualisme : entre héritage philosophique et concepts nouveaux
Le terme individualisme apparaît en 1825 et prend racine dans la philosophie antique, notamment chez les matérialistes comme Démocrite. Onfray insiste sur la distinction entre :
* Individualisme : l’idée que l’individu est souverain, au cœur de toute philosophie, et qu’il ne doit être aliéné ni par le collectif, ni par l’État.
* Égoïsme : souvent condamné moralement, perçu comme le repli sur soi sans souci des autres.
* Égotisme : terme popularisé par Stendhal, lié à l’exploration consciente de soi, à travers l’écriture, le journal intime ou les mémoires.
4. Le journal : un laboratoire philosophique
Le XIXe siècle est aussi le siècle du journal intime comme espace d’élaboration philosophique. Onfray cite plusieurs penseurs ayant pratiqué ce genre :
* Thoreau, Emerson, Kierkegaard, qui en ont fait un outil quotidien de réflexion.
* Maine de Biran, Schopenhauer, Léopardi ou encore Châteaubriand et Tocqueville.
Le journal devient ainsi un chantier pour la construction de soi, un lieu d’examen de conscience sans arrière-fond religieux.
5. La figure du dandy : une esthétique de soi
Onfray consacre une part importante à définir le dandisme, non comme simple affectation vestimentaire, mais comme une éthique existentielle. Inspiré par Baudelaire, il montre que le dandy s’inscrit dans une posture de résistance face aux valeurs bourgeoises du XIXe siècle (progrès, vitesse, argent, matérialisme, démocratie de masse). Le dandy privilégie la lenteur, le loisir, la distinction, et fait de sa vie une œuvre d’art.
6. Opposition antique et moderne : éthique ou politique prioritaire
Onfray établit un parallèle entre :
* Socrate : priorité donnée à l’éthique individuelle, au "connais-toi toi-même".
* Platon : priorité à la construction d’un ordre social juste et hiérarchisé.
Cette tension traverse tout le XIXe siècle et structure l’opposition entre les penseurs collectivistes (comme Marx) et les partisans de la radicalité existentielle.
💡 Conclusion
Michel Onfray amorce ici un basculement du collectif vers l’individuel, en montrant que le XIXe siècle n’est pas seulement celui des grandes utopies sociales, mais aussi celui de l’affirmation du Moi. L’individu devient le centre des préoccupations philosophiques, à travers le journal, l’examen de conscience, le dandisme, ou encore les figures de Thoreau, Stirner ou Schopenhauer. Ce siècle ouvre la voie à une éthique du soi, où la vie peut être pensée comme une œuvre d’art, loin des injonctions sociales ou morales.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Socrate (env. 470-399 av. J.-C.) — Philosophe grec, défenseur du "connais-toi toi-même".
* Démocrite (env. 460-370 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste grec, fondateur de l’atomisme.
* Platon (env. 428-348 av. J.-C.) — Philosophe grec, auteur de La République, partisan d’une société hiérarchisée.
* Marc Aurèle (121-180) — Empereur romain et philosophe stoïcien, auteur des Pensées pour moi-même.
* Saint Augustin (354-430) — Philosophe chrétien, auteur des Confessions.
* René Descartes (1596-1650) — Philosophe rationaliste français, auteur du Discours de la méthode.
* Blaise Pascal (1623-1662) — Philosophe français, auteur des Pensées, critique du moi.
* Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) — Philosophe des Lumières, auteur des Confessions.
* Claude-Adrien Helvétius (1715-1771) — Philosophe matérialiste, théoricien du déterminisme social.
* Jeremy Bentham (1748-1832) — Philosophe britannique, fondateur de l’utilitarisme.
* Joseph de Maistre (1753-1821) — Philosophe contre-révolutionnaire, influence sur Baudelaire.
* Robert Owen (1771-1858) — Réformateur social britannique, pionnier du socialisme réformiste.
* Charles Fourier (1772-1837) — Philosophe français, théoricien du phalanstère.
* Arthur Schopenhauer (1788-1860) — Philosophe allemand, penseur du pessimisme.
* Max Stirner (1806-1856) — Philosophe allemand, auteur de L'Unique et sa propriété, radicalement individualiste.
* John Stuart Mill (1806-1873) — Philosophe britannique, défenseur d’un libéralisme social.
* Mikhaïl Bakounine (1814-1876) — Philosophe anarchiste russe, défenseur du socialisme libertaire.
* Henry David Thoreau (1817-1862) — Philosophe et écrivain américain, auteur de Walden, chantre de l’individualisme et de la nature.
* Charles Baudelaire (1821-1867) — Poète français, théoricien du dandysme.
* Walter Benjamin (1892-1940) — Philosophe allemand, auteur de L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.
* Pierre Hadot (1922-2010) — Philosophe français, spécialiste de la philosophie antique comme mode de vie.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans cette conférence, Michel Onfray clôture le cycle consacré à la première partie du XIXe siècle en proposant une lecture des deux XIXe siècles. Il distingue deux temporalités philosophiques majeures : d’un côté, un siècle marqué par les utopies communautaires et les projets politiques visant à transformer la société ; de l’autre, une ère qui verra l’émergence de l’individualisme moderne. Ce bilan sert de transition vers la saison suivante, centrée sur les radicalités existentielles.
2. Les dispositifs hédonistes : de l’Antiquité au XIXe siècle
Onfray rappelle l’importance des dispositifs hédonistes dans l’histoire de la philosophie, lieux où s’incarnent des modes de vie philosophiques :
* Le jardin d’Épicure.
* Les béguinages du Moyen Âge.
* Les salons libertins du XVIIIe siècle.
* Les phalanstères fouriéristes, les communautés d’Owen, les cercles anarchistes.
Ces dispositifs illustrent une philosophie qui vise à changer le monde pour atteindre le bonheur collectif.
3. Le XIXe siècle de l’eudémonisme social
Onfray décrit le XIXe siècle comme celui de l’démonisme social :
* Les penseurs comme Godwin, Bentham, Stuart Mill, Owen, Fourier, Bakounine élaborent des projets pour améliorer les conditions sociales, économiques et politiques.
* La Révolution française est vue comme une révolution libérale ayant profité aux propriétaires, et non aux classes populaires.
* Le panoptique de Bentham devient une métaphore du contrôle social sous le libéralisme.
4. Le Crystal Palace : métaphore de la transparence sociale
Onfray s’attarde sur le Crystal Palace, symbole de la philosophie des Lumières :
* Architecture transparente, abolissant la séparation entre intérieur et extérieur.
* Métaphore d’une société de contrôle panoptique, où tout est visible et contrôlé.
* Ce modèle sera récupéré par les nihilistes russes, les utopistes (Cabet, Tchernichewski) et critiqué par Dostoyevski, qui y voit la négation de l’homme libre.
5. Les micro-communautés utopistes : succès et échecs
Michel Onfray revient sur les expériences de communautés alternatives (Fourier, Owen, Cabet) :
* Souvent vues comme des échecs, elles ont néanmoins produit des effets durables : coopératives, mutuelles, caisses de retraite, pédagogies alternatives.
* Elles représentent une forme de micro-résistance, proposant des alternatives concrètes au capitalisme et à l’État autoritaire.
6. Les acquis du socialisme réformiste
Onfray dresse la liste des avancées issues de ces luttes et expérimentations :
* Suffrage universel, réduction du temps de travail, éducation gratuite, santé publique, retraites.
* Égalité homme-femme, suppression du travail des enfants, émancipation des colonies.
* Ces acquis sont le fruit d’un combat mené par les socialistes, communistes, anarchistes et libéraux progressistes du XIXe siècle.
💡 Conclusion
Michel Onfray conclut en montrant que le XIXe siècle fut le siècle du démonisme social, où le bonheur collectif prévalait sur l’individuel, via des dispositifs communautaires. Il annonce qu'il consacrera la saison suivante à l’autre XIXe siècle : celui des radicalités existentielles, où l’on assiste à la naissance de l’individu moderne, tourné vers la construction de soi et la quête d’une vie philosophique en dehors des grands projets collectivistes.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Diogène de Sinope (env. 412-323 av. J.-C.) — Philosophe cynique, défenseur d’une vie simple et libre.
* Épicure (341-270 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du jardin épicurien, prônant un hédonisme réfléchi.
* Pierre Gassendi (1592-1655) — Philosophe libertin, défenseur du matérialisme épicurien.
* René Descartes (1596-1650) — Philosophe rationaliste, auteur du Discours de la méthode.
* Claude-Adrien Helvétius (1715-1771) — Philosophe matérialiste et utilitariste.
* Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723-1789) — Philosophe matérialiste, auteur du Système de la nature.
* Jeremy Bentham (1748-1832) — Philosophe britannique, fondateur de l’utilitarisme et du panoptique.
* Robert Owen (1771-1858) — Réformateur social britannique, fondateur de communautés utopistes.
* Charles Fourier (1772-1837) — Philosophe français, théoricien du phalanstère et du socialisme harmonieux.
* Étienne Cabet (1788-1856) — Philosophe utopiste français, auteur du Voyage en Icarie.
* Auguste Comte (1798-1857) — Philosophe positiviste, influençant les nihilistes russes.
* Auguste Blanqui (1805-1881) — Socialiste révolutionnaire français, défenseur du suffrage universel.
* John Stuart Mill (1806-1873) — Philosophe britannique, défenseur du socialisme réformiste.
* Mikhaïl Bakounine (1814-1876) — Philosophe anarchiste russe, défenseur du socialisme libertaire.
* Ivan Tourgueniev (1818-1883) — Écrivain russe, auteur de Pères et Fils, créateur du personnage Bazarov.
* Fiodor Dostoïevski (1821-1881) — Écrivain russe, critique des utopies socialistes, auteur de Souvenirs du sous-sol.
* Nicolas Tchernychevski (1828-1889) — Philosophe et écrivain russe, auteur de Que faire ?.
* Louise Michel (1830-1905) — Militante anarchiste et communarde.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans cette conférence, Michel Onfray conclut son analyse de Michel Bakounine en le présentant comme l’incarnation d’un antimarxisme anarchiste. Opposé au socialisme autoritaire prôné par Marx, Bakounine défend un socialisme libertaire fondé sur l’autogestion, la suppression de l’État, la critique des hiérarchies et une confiance absolue dans la spontanéité du peuple.
2. Anti-marxisme de gauche : l’anarchisme comme alternative
Onfray montre qu’il est possible d’être anti-marxiste tout en étant de gauche, ce que Bakounine incarne pleinement. Il critique :
* Le centralisme et l’autoritarisme du marxisme.
* La dictature du prolétariat qui, selon lui, aboutit inévitablement à la création d’une nouvelle classe dominante.
* L’idée marxiste d’avant-garde éclairée, qu’il oppose à une vision fédéraliste, horizontale et autogestionnaire.
3. Deux visions opposées du socialisme
Bakounine oppose deux formes de socialisme :
* Le socialisme autoritaire d’État (Marx, Louis Blanc, Cabet), fondé sur l’organisation centralisée, la représentation, et le recours à l’État pour instaurer l’égalité.
* Le socialisme libertaire positiviste (Bakounine, Proudhon), fondé sur la liberté individuelle, la destruction de l’État, la fédération des communes, et l’autogestion.
4. Différences de tempérament : le dionysiaque contre l’apollinien
Onfray insiste sur la divergence de tempérament entre Bakounine et Marx :
* Marx : théoricien rigide, homme de cabinet, petit bourgeois allemand, préférant l’ordre, la planification, et les structures.
* Bakounine : bohème révolutionnaire, révolté permanent, sanguin, empiriste, pragmatique, porté vers l’action directe et la spontanéité populaire.
5. Critique de la dictature du prolétariat et du pouvoir
Bakounine dénonce le concept même de dictature du prolétariat, soulignant qu’il conduira à la domination d’une minorité sur la majorité, et à l’émergence d’un nouvel État oppressif. Pour lui, le pouvoir corrompt absolument et doit être aboli sous toutes ses formes.
6. Analyse des rapports de domination
Bakounine développe une lecture des classes fondée non pas sur l’économie mais sur le rapport de pouvoir :
* L’opposition est entre dominants et dominés, gouvernants et gouvernés, exploiteurs et exploités, quel que soit leur statut économique.
* Il montre comment l’éducation, l’héritage, la religion et l’organisation sociale reproduisent ces rapports de domination.
7. Une défense radicale du peuple
Contrairement à Marx, qui méprise les paysans et le sous-prolétariat, Bakounine place sa confiance dans le peuple : les paysans, les chômeurs, les marginaux, les prisonniers. Il croit à la spontanéité révolutionnaire des masses, sans besoin d’organisation hiérarchique.
8. Anticipation du totalitarisme et du fascisme
Bakounine prédit qu’en maintenant l’État après la révolution, on ne fera que remplacer une oppression par une autre. Il anticipe les dérives totalitaires du XXe siècle et pressent que si la révolution échoue, l’alternative sera un État militaro-policier allié à l’Église pour préserver le capitalisme.
9. Europe libertaire contre Europe libérale
Bakounine défend l’idée d’une Europe fédérale libertaire, fondée sur des fédérations libres de communes et sans État central. Il propose une vision alternative à l’Europe libérale, toujours d’actualité.
💡 Conclusion
Michel Bakounine incarne une figure majeure du socialisme libertaire, opposée au centralisme marxiste. Sa critique radicale du pouvoir, sa défense de l’autogestion, du fédéralisme et de la spontanéité populaire, ainsi que son anticipation des dérives totalitaires, font de lui un penseur essentiel pour penser une alternative libertaire, égalitaire et réellement émancipatrice.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Diogène (env. 412-323 av. J.-C.) — Philosophe cynique, figure de l’insoumission.
* Étienne de La Boétie (1530-1563) — Philosophe français, auteur du Discours de la servitude volontaire.
* Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) — Philosophe des Lumières, auteur du Contrat social.
* Claude-Adrien Helvétius (1715-1771) — Philosophe matérialiste et sensualiste.
* Charles Fourier (1772-1837) — Philosophe français, théoricien du phalanstère et du socialisme harmonieux.
* Félicité de Lamennais (1782-1854) — Prêtre et philosophe chrétien socialiste.
* Étienne Cabet (1788-1856) — Philosophe utopiste français, auteur du Voyage en Icarie.
* Auguste Comte (1798-1857) — Philosophe positiviste, influençant Bakounine.
* Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) — Philosophe anarchiste français, critique de la propriété.
* Louis Blanc (1811-1882) — Socialiste français, partisan d’un socialisme d’État.
* Michel Bakounine (1814-1876) — Philosophe anarchiste russe, figure centrale du socialisme libertaire et anti-marxiste.
* Karl Marx (1818-1883) — Philosophe allemand, théoricien du communisme autoritaire, opposé à Bakounine.
* Pierre Kropotkine (1842-1921) — Philosophe anarchiste russe, continuateur du socialisme libertaire.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans cet épisode, Michel Onfray approfondit la pensée de Michel Bakounine en s’arrêtant sur son éloge de Satan, symbole de rébellion et d’émancipation. Il montre comment Bakounine s’inscrit dans une tradition matérialiste, athée et libertaire, tout en développant une critique radicale des hiérarchies, du pouvoir, des religions et de l’État.
2. Athéisme et matérialisme radical
Bakounine reprend les thèses matérialistes héritées de Feuerbach et du XVIIIe siècle : Dieu n’est qu’une fiction créée par les hommes pour combler leur impuissance. Son athéisme n’est pas insultant ou blasphématoire comme chez Sade, mais découle d’une analyse rationnelle. Dieu représente l’oppression et la négation de la liberté humaine, d’où la nécessité de s’en débarrasser.
3. Sensualisme et philosophie immanente
Bakounine est un sensualiste, affirmant que seule la connaissance par les cinq sens est valable. Il rejette les idées platoniciennes d’un monde intelligible séparé. Sa philosophie est immanente, horizontale, sans transcendance : il refuse toute autorité venue d’en haut (État, Église, hiérarchie familiale).
4. Socialisme libertaire et critique de l’État
Bakounine défend un socialisme libertaire, fondé sur l’égalité, la justice sociale et la liberté, mais sans État. Il anticipe les dérives du socialisme autoritaire, incarné par Marx, qu’il accuse de reproduire les mécanismes de domination étatique. Bakounine privilégie les formes fédératives, mutualistes, contractuelles, construites à la base, par le peuple lui-même.
5. Utilitarisme de gauche et conséquentialisme
Michel Onfray insiste sur le fait que l’utilitarisme ne se limite pas au libéralisme. Bakounine développe un utilitarisme de gauche, où le bien est défini par les conséquences concrètes sur le bonheur collectif. Il adopte un conséquentialisme radical : la violence ou la révolution sont justifiées si elles permettent d'abolir l’exploitation et l’injustice.
6. La figure de Satan : symbole de révolte
Pour Bakounine, Satan incarne le premier révolté, l’ange déchu qui dit non à Dieu, à l’ordre établi et à la hiérarchie divine. Il devient le modèle du révolutionnaire, du porteur de lumière, du négateur des puissances aliénantes. Bakounine relie cette figure à l’idée que toute pensée libre, lucide et critique est nécessairement satanique, c’est-à-dire libératrice.
7. Science et critique du scientisme
Bakounine se méfie du scientisme, qui peut devenir un nouvel instrument d’oppression lorsqu’il renforce les hiérarchies. Il accepte la science quand elle contribue à la déconstruction des aliénations (Église, État, capitalisme), mais il privilégie le génie spontané du peuple et les micro-organisations sociales comme forces de transformation.
💡 Conclusion
Michel Bakounine incarne une pensée radicalement athée, matérialiste et libertaire, qui fait de la rébellion, de l'égalité et de l’autogestion les fondements de l’émancipation humaine. Son éloge de Satan symbolise la nécessité de dire non aux pouvoirs oppressifs, qu'ils soient religieux, politiques ou économiques. Sa critique du socialisme autoritaire et sa défense d’un socialisme libertaire, fédéraliste et anti-étatique en font une figure essentielle de la pensée anarchiste et révolutionnaire.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Démocrite (env. 460-370 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du matérialisme atomiste.
* Platon (env. 428-348 av. J.-C.) — Philosophe grec, théoricien du monde intelligible et des idées.
* Épicure (341-270 av. J.-C.) — Philosophe grec, défenseur d’un hédonisme modéré.
* Denis Diderot (1713-1784) — Philosophe matérialiste français, co-auteur de l’Encyclopédie.
* Claude-Adrien Helvétius (1715-1771) — Philosophe matérialiste, théoricien de l’éducation.
* Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723-1789) — Philosophe matérialiste, auteur du Système de la nature.
* Jeremy Bentham (1748-1832) — Philosophe britannique, père de l’utilitarisme libéral.
* Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) — Philosophe allemand, théoricien de la dialectique.
* Ludwig Feuerbach (1804-1872) — Philosophe allemand, auteur de L'Essence du christianisme, critique des religions.
* John Stuart Mill (1806-1873) — Philosophe britannique, défenseur du libéralisme humaniste et de l’utilitarisme qualitatif.
* Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) — Philosophe anarchiste français, auteur de Qu’est-ce que la propriété ?.
* Michel Bakounine (1814-1876) — Philosophe anarchiste russe, figure majeure du socialisme libertaire et révolutionnaire.
* Karl Marx (1818-1883) — Philosophe allemand, théoricien du communisme autoritaire, adversaire de Bakounine.
* Pierre Kropotkine (1842-1921) — Philosophe anarchiste russe, théoricien de l’entraide.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans cet épisode, Michel Onfray retrace la vie mouvementée de Michel Bakounine, figure centrale de l’anarchisme du XIXe siècle. Il met en lumière la trajectoire singulière de cet aristocrate russe devenu révolutionnaire professionnel, qui incarne un socialisme libertaire bohème, hédoniste et radical, en opposition au socialisme autoritaire incarné par Marx.
2. Une jeunesse aristocratique et révoltée
Né en 1814 dans une famille noble, Bakounine reçoit une éducation raffinée : polyglotte, violoniste, lecteur passionné. Mais il rejette très vite sa destinée militaire et aristocratique pour se tourner vers la philosophie, notamment l’idéalisme allemand. D’abord hégélien de droite, il adhère aux thèses de Hegel sur la coïncidence du réel et du rationnel, avant de basculer vers l’hégélianisme de gauche, plus athée, critique du christianisme et révolutionnaire.
3. Rencontre avec les grands penseurs révolutionnaires
Bakounine côtoie de nombreuses figures majeures du socialisme : Pierre-Joseph Proudhon, Karl Marx, Pierre Leroux, Victor Considérant, Étienne Cabet, Félicité de Lamennais, Michelet ou encore Louis Blanc. Sa pensée se forge dans ces cercles intellectuels, où il défend un socialisme libertaire, fédéraliste et anti-autoritaire, fondé sur la suppression de l’État.
4. Un révolutionnaire professionnel, insaisissable et engagé
Bakounine participe activement aux grandes insurrections européennes : Paris, Prague, Dresde, Lyon… Il est emprisonné, exilé en Sibérie, s’évade spectaculairement et poursuit son militantisme à travers l’Europe. Il mène une vie de bohème, sans attaches, vivant chez des amis, rejetant le travail salarié et subsistant grâce aux emprunts, dons et héritages espérés.
5. Une philosophie hédoniste et libertaire
Bakounine professe un hédonisme social : il dresse une échelle de plaisirs où figurent, par ordre :
* Mourir en combattant pour la liberté.
* L’amour et l’amitié.
* Les sciences et les arts.
* Les plaisirs sensuels (manger, boire, fumer, dormir).
Il refuse les morales ascétiques, prône la jouissance de la vie, tout en restant fidèle à ses convictions révolutionnaires.
6. Rupture avec Marx et destin du socialisme
La rivalité avec Marx se cristallise lors des débats de la Première Internationale. Bakounine défend un socialisme libertaire, opposé au socialisme autoritaire de Marx, ce qui conduit à son éviction. Onfray souligne que cette opposition a scellé l’histoire du socialisme européen, orienté vers un modèle autoritaire, au détriment d’une voie libertaire incarnée par Bakounine.
💡 Conclusion
Michel Bakounine incarne une figure unique du XIXe siècle : aristocrate devenu révolutionnaire, philosophe libertaire, bohème hédoniste et militant infatigable. Sa critique radicale de l’État, du capitalisme, mais aussi des pouvoirs religieux et scientifiques, fait de lui un penseur toujours subversif. Sa vie entière, placée sous le signe de la liberté et du refus de toute autorité, propose une alternative libertaire au socialisme marxiste.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) — Philosophe des Lumières, auteur du Contrat social.
* Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) — Philosophe allemand, père de la dialectique et de l’idéalisme.
* Charles Fourier (1772-1837) — Philosophe français, théoricien du phalanstère et du socialisme harmonieux.
* Félicité de Lamennais (1782-1854) — Prêtre et philosophe français, chrétien socialiste.
* Étienne Cabet (1788-1856) — Philosophe utopiste français, auteur du Voyage en Icarie.
* Pierre Leroux (1797-1871) — Philosophe français, inventeur du terme "socialisme".
* Jules Michelet (1798-1874) — Historien français, auteur de L’Histoire de France.
* Ludwig Feuerbach (1804-1872) — Philosophe allemand, auteur de L’Essence du christianisme, théoricien de l’athéisme humaniste.
* David Friedrich Strauss (1808-1874) — Théologien allemand, auteur de La Vie de Jésus, critique de la divinité du Christ.
* Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) — Philosophe anarchiste français, théoricien du mutualisme.
* Michel Bakounine (1814-1876) — Philosophe anarchiste russe, figure majeure du socialisme libertaire et révolutionnaire du XIXe siècle.
* Karl Marx (1818-1883) — Philosophe allemand, théoricien du matérialisme historique et du communisme autoritaire.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
1. Introduction
Dans cet épisode, Michel Onfray conclut son analyse de Charles Fourier en détaillant le concept de féérie sociétaire, un projet global qui vise à transformer la société en un espace harmonieux, joyeux, et sans répression des passions. Onfray montre comment Fourier entend réhabiliter toutes les passions humaines, refusant la morale ascétique dominante, pour construire une société où l’individu peut pleinement s’épanouir.
2. Les passions : moteur de la société harmonieuse
Fourier rompt radicalement avec la tradition philosophique occidentale qui diabolise les passions. Pour lui :
* Toutes les passions sont bonnes par essence.
* Le problème vient de leur mauvais usage en civilisation, qui génère frustration, sadisme, masochisme et névrose.
* Il propose de les canaliser dans un cadre collectif joyeux et organisé : la féérie sociétaire.
3. Féminisme avant l’heure : l’émancipation des femmes
Fourier affirme que la manière dont une société traite les femmes révèle son niveau de civilisation. Il défend :
* L’égalité totale entre hommes et femmes.
* La libération des femmes du mariage, des maternités imposées et de la soumission domestique.
* L’idée que l’émancipation de l’humanité passe par celle des femmes.
4. Un utilitarisme hédoniste et conséquentialiste
Influencé par Bentham, Fourier développe un utilitarisme singulier :
* Une chose n’est bonne ou mauvaise qu’en fonction de ses conséquences concrètes sur le bonheur collectif.
* Il propose d’intégrer toutes les passions (y compris sexuelles) dans la société, tant qu’elles augmentent le plaisir sans nuire à autrui.
* Il refuse tout interdit moral rigide, au profit d’une morale du plaisir partagé.
5. Le phalanstère : architecture de la féérie sociétaire
Le phalanstère est l’espace où cette société idéale se réalise :
* Communauté de 1800 personnes, organisée autour de séries d’activités multiples.
* Architecture pensée pour satisfaire les passions : gastronomie, musique, amour, nature...
* Chacun y cultive ses talents, variés, sans ennui ni division entre manuel et intellectuel.
6. Réhabilitation du travail, des sens et des plaisirs
Fourier défend :
* Un travail ludique, varié, fondé sur la passion papillonnante.
* L’éloge des cinq sens, y compris les plus méprisés (goût, toucher, olfaction).
* La gastrosophie, qui unit plaisir culinaire, santé, culture et convivialité.
7. Liberté sexuelle et pluralité des pratiques
Fourier va très loin dans la défense de la liberté sexuelle :
* Il légitime toutes les formes d’amour : fidélité, infidélité, polygamie, homosexualité, voyeurisme, fétichisme, etc.
* Il propose des cérémonies amoureuses et festives, déculpabilisées, où chacun choisit librement ses partenaires.
* La sexualité devient une passion positive, intégrée dans la société harmonieuse, loin des tabous et des névroses.
💡 Conclusion
Avec sa féérie sociétaire, Charles Fourier imagine une société où les passions humaines, loin d’être réprimées, deviennent la base d’une organisation joyeuse, égalitaire et épanouissante. En réhabilitant les plaisirs, les sens, les femmes, et les désirs multiples, il anticipe des thématiques aussi variées que l’écologie, le féminisme, l’éducation libertaire et la liberté sexuelle. Sa vision d’un bonheur collectif fondé sur l’émancipation des passions reste profondément subversive et moderne.
📚 Philosophes et concepts mentionnés
* Spinoza (1632-1677) — Philosophe rationaliste, défenseur du panthéisme et des passions joyeuses.
* Diderot (1713-1784) — Philosophe des Lumières, critique du dualisme corps/esprit.
* Jeremy Bentham (1748-1832) — Philosophe britannique, père de l’utilitarisme, influençant Fourier.
* Charles Fourier (1772-1837) — Philosophe français, théoricien du phalanstère, du socialisme harmonieux, féministe et libertaire avant l’heure.
* Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) — Philosophe anarchiste français, contemporain de Fourier.
* Karl Marx (1818-1883) — Philosophe allemand, théoricien du communisme, opposé à la voie réformiste de Fourier.
* Sigmund Freud (1856-1939) — Psychanalyste autrichien, précurseur de l’analyse des pulsions, dont Fourier anticipe certains concepts.
Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie
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