À mesure que la pression climatique s’intensifie, l’aviation se retrouve face à une équation redoutable : continuer à relier les territoires sans aggraver son empreinte carbone. Hydrogène, électrification totale, nouvelles architectures… les pistes se multiplient pour tenter de réinventer le transport aérien. Contrairement à une idée reçue, le développement du rail et des transports publics ne suffit pas à couvrir tous les besoins. Dans de nombreuses régions enclavées, peu denses ou montagneuses, l’avion reste parfois la seule option viable. Encore faut-il qu’il devienne plus propre, plus silencieux et économiquement accessible, sans exiger d’infrastructures lourdes.
C’est précisément sur ce créneau que se positionne Eenuee, une start-up fondée en 2019 en région stéphanoise. Son ambition : électrifier l’aviation régionale avec un appareil certifiable, efficace et discret. Il y a quelques jours, l’entreprise a annoncé un partenariat stratégique avec Duqueine Group, spécialiste reconnu des matériaux composites. Objectif : accélérer le développement du Gen-e, un avion régional 100 % électrique, dont le premier vol est attendu à l’horizon 2029.
Le cahier des charges est clair. L’appareil doit embarquer 19 passagers, afficher une autonomie d’environ 500 kilomètres en mode tout électrique et desservir des liaisons aujourd’hui délaissées par les compagnies traditionnelles faute de rentabilité. Autre atout : il pourra opérer depuis des infrastructures existantes, sans nécessiter la construction de nouveaux aéroports ou d’équipements coûteux. Pour des territoires comme l’Auvergne-Rhône-Alpes, où la topographie complique les déplacements, cette promesse de désenclavement à faible impact carbone est loin d’être anecdotique.
Mais l’innovation ne s’arrête pas à la propulsion. Eenuee et Duqueine parient sur une architecture dite de « fuselage porteur ». Plus complexe à concevoir qu’un fuselage tubulaire classique, cette structure permet d’améliorer les performances aérodynamiques et l’efficacité énergétique globale. À cela s’ajoute un concept encore plus audacieux : une version capable de décoller et d’atterrir sur l’eau. Grâce à des hydrofoils — des ailes immergées générant de la portance — l’appareil réduit drastiquement les frottements au décollage, à la manière des bateaux de course.
Cette polyvalence ouvre des perspectives commerciales inédites. L’avion pourrait opérer indifféremment depuis une piste ou un plan d’eau, sans démontage, ce qui le rend particulièrement attractif pour des régions comme l’Asie du Sud-Est, la Scandinavie ou le Canada. Contrairement aux hydravions classiques, coûteux à entretenir et limités à l’eau, le Gen-e promet des coûts d’exploitation réduits et une grande flexibilité. Une tentative sérieuse de prouver que l’aviation régionale peut encore avoir un avenir… à condition de le repenser en profondeur.
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