Fréquence Asie

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  • Eurêka au pays du sanskrit

    Le sanskrit, c'est la langue des érudits indiens, celle des textes religieux. Elle est de moins en moins parlée, mais sa grammaire continue de fasciner. Elle repose sur l'ouvrage d'un savant génial nommé Panini, qui a mis au point dans l'Antiquité des règles qui intriguent encore la communauté scientifique. Mais un étudiant de Cambridge pourrait avoir levé une partie de son mystère. (Rediffusion du 15 janvier 2023)

    La grammaire de Panini, c'est la naissance de la linguistique moderne. Un chef-d'œuvre de précision et de sophistication qui n'a jamais été égalé... Comment fonctionne-t-elle ? À la manière d'un architecte, Panini invente ce que l'on appelle une métalangue : près de 4 000 règles, les sutras, qui organisent le bon usage du sanskrit.

    Cette construction intellectuelle, vieille de plusieurs siècles avant Jésus-Christ, est si fine qu'elle fascine encore les grammairiens modernes. « Ce qui a beaucoup frappé nos contemporains à partir du XIXe siècle, c'est la qualité de la métalangue, explique le philologue et traducteur Michel Angot, spécialiste de la littérature sanskrite. Une métalangue qui, dans une large mesure, nous apparaît comme étant scientifique. Avec le souci, par exemple, de l'économie de volume. La grammaire de Panini était apprise par cœur, il fallait économiser de la mémoire et pour économiser de la mémoire, Panini et ses amis ont poussé le principe d'économie extrêmement loin en créant un lexique très concis, très scientifique, où les mots ne signifient qu'une chose. »

    Un système extrêmement complexe

    Problème, Panini pousse la concision à l'extrême. Il pose les règles sur la table, mais ne donne pas le mode d'emploi. Ce que l'on peut trouver dans les grammaires anciennes de latin ou de grec – les déclinaisons, les conjugaisons verbales – n'a pas d'équivalent dans son traité. Et depuis des siècles, c'est un casse-tête pour les locuteurs de sanskrit.

    « Ce sont de toutes petites formules, souvent de quelques syllabes, parfaitement absconses. C'est une sorte de pelote de laine : dès que vous touchez à une formule, il faut voir comment la formule raisonne dans l'ensemble de 3 992 formules qui constituent l'œuvre. Et Panini ne dit pas comment des règles qui sont parfaitement contradictoires peuvent s'arranger, observe encore le philologue et traducteur Michel Angot.

    « Par exemple, ajoute-t-il, si je vous dis dans une salle : "Tout le monde sort, Pierre reste", vous avez deux règles : une qui dit que tout le monde sort, et l'autre qui dit que Pierre, qui est pourtant dans tout le monde, reste. Il y a donc deux règles contradictoires et instinctivement, on va comprendre que la règle particulière s'impose à la règle générale. Ça se fait tout seul. Mais quand on est dans la grammaire de Panini, vous avez des règles grammaticales et ça ne se fait pas tout seul. Il faut ensuite trouver les métarègles qui organisent les règles, parce que ces règles sont mutuellement contradictoires. »

    Une nouvelle méthode plus précise

    C'est là qu'intervient Rishi Rajpopat. Cet étudiant de Cambridge revendique d'avoir enfin cerné l'une de ces métarègles, mal comprise depuis très longtemps. Sa théorie se résume ainsi : en cas de conflit, lorsque l'une des formules de Panini peut s'appliquer aussi bien à droite ou à gauche d'un même mot, il faut choisir la règle qui s'applique au côté droit. Ça n'a l'air de rien, mais c'est sans doute une avancée majeure dans la compréhension du système de Panini.

    « Si vous appliquez l'interprétation des commentateurs traditionnels, celle qui faisait foi jusqu'à ce jour, il vous arrivera de tomber sur le mauvais résultat. En appliquant la sienne, vous tomberez juste dans plus de 90% des cas, assure Vincenzo Vergiani, le professeur de thèse de Rishi Rajpopat à Cambridge. C'est un peu comme en mathématiques : il peut y avoir plusieurs méthodes qui permettent de résoudre un problème. Mais les mathématiciens vous diront qu'il n'y a qu'une manière de parvenir à ce résultat de façon courte et élégante. C'est ce qu'a fait Rishi. Les anciens, eux aussi, avaient trouvé un chemin vers la bonne réponse. Mais la méthode de Rishi est bien plus économe et élégante. »

    Les critiques vous diront qu'il n'y a pas matière à se vanter. Et que, rapporté à la pensée complexe de Panini, c'est une goutte d'eau dans l'océan. Certes, mais l'équipe de Cambridge espère fédérer les bonnes volontés. « J'espère, conclut Vincenzo Vergiani, que les spécialistes du sanskrit vont se pencher sur la question et venir bousculer nos certitudes. »

    4 min
  • Birmanie, la génération Z en première ligne contre la dictature militaire

    Deux ans et demi après le coup d’État militaire en Birmanie, la population tout entière continue de se mobiliser contre la junte. Aux avant-postes de la lutte : la génération Z, ces jeunes ultra-connectés, en tête des manifestations et du mouvement de désobéissance civile. Ils agissent aujourd’hui dans l’ombre, pour retrouver leur liberté. Kristen est l’un des visages de cette jeunesse révolutionnaire. (Rediffusion du 5 février 2023)

    « Ce coup d’État a bouleversé ma vie. Du jour au lendemain, mon avenir s’est assombri. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de m’engager dans la révolution. » Kristen a 27 ans. Cette jeune ingénieure est issue de la Génération Z, ces moins de 30 ans, nés avec la révolution numérique, se sont investis corps et âme, il y a deux ans, pour reconquérir leur liberté. Kristen est devenue un maillon indispensable du mouvement révolutionnaire. Malgré la contestation muselée avec une incroyable brutalité, les jeunes continuent de s’engager dans la clandestinité.

    « Dès le 6 février 2021, j’ai commencé à manifester en prenant la tête d’un groupe de grévistes, raconte Kristen. Mais lorsque la junte a durement réprimé les manifestants, on a vite compris que les militaires n’allaient pas s’arrêter là et qu’il fallait s’organiser autrement. Avec deux camarades, nous avons créé un réseau d’information de la société civile. Le CIN collecte et diffuse les informations sur les mouvements de l’armée. »

    Leur travail consiste à contrôler, répertorier, signaler tout mouvement et activité de l’armée birmane. Ces informations sont compilées puis distribuées aux guérillas ethniques et au ministère de la Défense du gouvernement d’unité nationale en exil. Ce rapport permet entre autres de réévaluer la stratégie révolutionnaire et de collecter les preuves des crimes de guerre commis par la junte. Kristen participe à une multitude d’autres groupes et organismes qui coordonnent les actions anti-junte dans une quarantaine de villes partout dans le pays.

    « Min Aung Hlaing gouverne uniquement pour son intérêt personnel »

    Que pense la militante du chef de la junte et du gouvernement Parallèle d’Unité Nationale (NUG), composés d’anciens élus renversés par la junte ? « Min Aung Hlaing gouverne uniquement pour son intérêt personnel et celui de sa famille. Il se fiche de la population, explique Kristen. Il tue, il réprime, arrête les gens, brûle des villages pour son propre intérêt, il n’a aucune compétence pour gouverner. Concernant le gouvernement d’unité nationale, je trouve qu’il est trop lent pour un groupe qui dirige un mouvement révolutionnaire. Mais nous n’avons pas le choix et je suis convaincue qu’ils font de leur mieux pour diriger le pays et ne plus être un gouvernement fantôme. Ce gouvernement à notre plein soutien, car nous poursuivons le même objectif. Nous devons mener ce combat ensemble main dans la main. »

    À lire aussiBirmanie: la prolongation de l'état d'urgence, tout sauf une surprise

    Mais ce combat exige de nombreux sacrifices : « Cela fait deux ans que j’ai quitté mon domicile, c’était juste après l’arrestation de mes camarades. Depuis, je passe mon temps à fuir et à vivre dans la clandestinité. Je donne tout mon temps et ma vie entière à cette révolution, et c’est pour garder ma dignité, déclare la militante. Ces deux dernières années, des millions de personnes ont perdu leurs droits fondamentaux, se sont retrouvées sans toit, sans soins, sans éducation. Les militaires vendent tout : les ressources naturelles, le gaz, le pétrole, les pierres précieuses et même l’Irrawaddy que la Chine veut racheter pour y construire un barrage. La Thaïlande rachète aussi à la junte nos ressources naturelles, du pétrole notamment. Et ils font ça pour leur propre profit. »

    Dans cette révolution, Kristen s’est fait de nouveaux amis, des camarades, des compagnons le lutte, car ses amis d’enfance et de l’université, en tout cas la plupart d’entre eux, ont choisi l’exil. Kristen, elle, a décidé de rester pour combattre ce régime tyrannique et autoritaire qui a brisé net tous ses rêves. « Je dois tenir et continuer à me battre. Je construis l’avenir de notre pays et c’est la seule chose qui me fasse aller de l’avant. »

    À lire aussiBirmanie: la peine de l'ex-dirigeante Aung San Suu Kyi réduite à 27 ans après une grâce partielle

    4 min
  • Justice climatique: en Indonésie, l’île Pulau Pari porte plainte contre le cimentier Holcim

    Le « greenwashing » a le vent en poupe. Les entreprises vantent leurs actions climatiques, mais leurs promesses sont souvent loin de la réalité. Parmi les 50 plus grands émetteurs de CO2 mondiaux, le cimentier suisse Holcim est ciblé par une plainte inédite en Indonésie. Quatre habitants de l’île Pulau Pari accusent le géant du béton de mettre leur vie en péril. Une affaire qui pourrait devenir un cas d’école, car Holcim, qui a cédé ses activités en Indonésie en 2019, est visé pour ses dégâts causés dans le monde entier. 

    (Rediffusion du 26 février 2023)

    C’est un combat dans la veine de David contre Goliath. Une petite île défie le numéro un mondial du béton. Selon Edi, l’un des quatre plaignants, Holcim est responsable de la montée des eaux qui menace les 1 500 habitants de Pulau Pari : « Nous serons forcés de quitter notre île. À cause des inondations récurrentes, nous avons peur de rester ici avec nos enfants. Notre vie est en danger. Qu’allons-nous devenir si les eaux continuent à monter ? » 

    L’année dernière, Pari, qui vit de la pêche et du tourisme, a été inondée cinq fois. L’eau a déjà grignoté 11 % de la surface de l’île et détruit petit à petit les terres de Pak Arif : « J’ai subi d’importants dégâts. L’eau est arrivée dans la cour de ma maison et elle a détruit le mur d’enceinte. L’eau potable est de plus en plus dure à trouver, car l’eau salée a pollué nos puits. Beaucoup d’arbres fruitiers sont déjà morts, et il n’y a déjà presque plus de papayes et de bananes. Le sel fait aussi rouiller nos motos. » 

    « 7 milliards de tonnes de CO2 rejetées depuis 1950 »

    À long terme, Pulau Pari risque de disparaître. Une conséquence directe des émissions de CO2 du cimentier Holcim, selon Yvan Maillard, le responsable « justice climatique » de l’ONG Entraide protestante suisse. Elle défend les plaignants, aux côtés de deux autres ONG.

    « Holcim est coresponsable du changement climatique. Il fait partie des 50 plus gros pollueurs du monde. Holcim a rejeté 7 milliards de tonnes de CO2 depuis 1950, cela correspond à 0,5 % de toutes les émissions industrielles de CO2. Et cela fait de Holcim l’un des plus grands pollueurs au niveau mondial. » 

    Les plaignants réclament une indemnisation de 14 000 euros pour les dommages causés. Ils veulent aussi planter des mangroves et des murs protégeant les rivages. Une somme certes dérisoire pour une multinationale, mais une somme qui créerait un précédent… et ça, le cimentier suisse veut l’éviter.

    Sollicitée, l’entreprise nous a répondu : « Nous ne pensons pas que des poursuites en justice ciblant des entreprises individuellement soient un mécanisme efficace pour s’attaquer à la complexité globale de l’action pour le climat. »  

    Holcim, deuxième entreprise attaquée en justice par des victimes du changement climatique

    Holcim dit vouloir devenir une entreprise à zéro émission nette de CO2 à l’horizon 2050. Trop tard, estiment les habitants de Pulau Pari. Il faut demander des comptes aux grands pollueurs dès à présent, estime aussi Yvan Maillard, une façon d’ouvrir la voie à d’autres victimes du dérèglement climatique : 

    « Nous soutenons cette action de quatre Indonésiens et Indonésiennes. L’objectif est bien sûr de créer un précédent. L’objectif est aussi d’avoir des tribunaux qui se penchent sur cette question des dommages qui sont causés par le changement climatique… et qui doit payer pour ces dommages. Ce qui est aussi très important, c'est que les tribunaux se prononcent sur cette question : à quelle vitesse ces grands pollueurs doivent-ils réduire leurs émissions en CO2 ? »

    Holcim est seulement la deuxième entreprise dans le monde à être attaquée en justice par des victimes du changement climatique. L’autre est le géant allemand de l’énergie RWE, poursuivie par un paysan péruvien dont les terres risquent d’être englouties par le lac Palcacocha, gonflé par la fonte des glaces. 

    4 min
  • Stellina Chen, caricaturiste taïwanaise: «L'humour est une bonne façon d'absorber l'information»

    Direction Taïwan : Stellina Chen est une caricaturiste qui fait partie du collectif Cartooning for Peace. Cartooning for Peace permet de faire dialoguer les dessinateurs entre eux et de confronter leurs différentes nuances idéologiques. Son réseau donne une visibilité et un appui à ceux qui sont empêchés d’exercer librement leur métier ou dont la liberté est menacé. Avec sa plume, ou plutôt son coup de crayon, elle relate avec humour l’actualité mondiale. 

    (Rediffusion du 2 octobre 2022)

    Stellina Chen : J’ai rejoint l’organisation Cartooning for Peace en 2018, et j’ai commencé à dessiner en 2017. Donc, au bout d’un an, j'ai postulé pour rejoindre l’organisation basée à Paris, créée par Plantu, le caricaturiste français. Ils nous aident à entrer en contact avec des médias français, mais leur but, c'est d’aider des caricaturistes dans le monde, dans des pays menacés par la dictature. Et maintenant, à cause de sa proximité avec la Chine, Taïwan est en haut de leur liste ! 

    RFI : Comment procédez-vous pour trouver votre inspiration ?

    Je regarde l’actualité et je cherche pendant une heure quelque chose qui va m’intéresser, jusqu’à ce que je trouve un angle, une idée ou une petite phrase sur lesquels je puisse travailler. Le procédé est compliqué à expliquer : par exemple, lorsque que Nancy Pelosi est venue à Taïwan, tout le monde se rappelle son tailleur rose et ses chaussures blanches à talons hauts assez emblématiques. Donc, je me suis demandée comment je pourrais utiliser ça comme symbole, ce costume, que tout le monde pourrait reconnaître immédiatement, et comment je pourrais le transformer. Puis, j’ai pensé à la forme de Taïwan, quand on regarde, ça ressemble à un talon. Et comme elle utilisait cette excuse de visite à Taïwan pour marcher sur une ligne rouge, pour voir jusqu’où cette ligne allait d’ailleurs pour la Chine, je me suis dit que j’allais transformer le talon en forme de Taïwan en train de s’appuyer sur les doigts de pied de Xi Jinping, c’était parfait. C’était un point de rupture que je pouvais exploiter.

    En faisant ce genre de dessin, tout en étant taïwanaise, n’êtes-vous pas inquiète pour votre sécurité ?

    Pour être honnête, en vivant à Taïwan, je ne me sens pas menacée, on est toujours en sécurité à Taïwan, il n’y a pas de censure, et nous sommes bien protégés par notre gouvernement. Nous avons notre liberté. Mais oui, je ne me sentirai pas autant en sécurité en voyageant en Chine, ou même à Hong Kong maintenant. Je m’inquiète de la sécurité de manière générale. Mais il y a bien sûr une sorte de cyber-armée en ligne, sur Instagram, sur Twitter, je reçois une multitude de commentaires me disant de retourner dans mon pays, et c’est souvent à propos de dessins sur la Chine. Je ne pense même pas que ce soit des humains derrière tout ça, juste des messages générés automatiquement ! Donc parfois, je ne regarde même pas, je laisse couler.

    Pourquoi pensez-vous qu’il est important de mettre de l’humour dans des contextes qui sont parfois tragiques ?

    Le monde est plein d’actualités tragiques, constamment, et si l’on ne peut pas rire de certaines choses de temps en temps, ce serait vraiment triste. Par ailleurs, je pense que l’humour est une bonne façon pour les gens d’absorber de nouvelles informations, lorsque l’on rit de quelque chose, on l’intègre aussi, parfois sans s’en rendre compte. Par exemple, lorsque l’on lit un article, c’est au moins 1 000 mots, il faut se mettre dedans et peut-être qu’on laisse tomber en plein milieu, en se disant qu’on n’a pas le temps, ou bien que c’est trop de blabla… Mais un dessin, c’est très puissant. En cinq secondes, on perçoit l’humour, le sarcasme, ça s’imprime dans votre mémoire. Et cela vous prend cinq secondes pour dire « ah oui, tiens, on peut le voir comme ça ».

    À lire aussiQuinze ans après les caricatures danoises, où en est le dessin de presse ?

    4 min
  • L'Australie paniquée par ses caméras chinoises

    Il y aurait plus de 900 caméras chinoises installées dans tous les lieux de pouvoir australiens : ministères régaliens, au Parlement, dans les administrations... Des technologies qui font craindre un système d'espionnage à grande échelle. Car ces produits sont fabriqués par des entreprises liées au gouvernement de Pékin. L'Australie va-t-elle, à l'image des États-Unis, interdire purement et simplement le commerce de ces produits sur son territoire ?

    (Rediffusion du 19 février 2023)

    4 min
  • Cambodge: Fragments KH50, un projet pour témoigner, reconstituer et transmettre la mémoire du génocide

    Comment encourager ses parents à témoigner et raconter l’indicible, avant qu’il ne soit trop tard ? Comment recoller les morceaux des histoires familiales fragmentées des survivants, pour reconstituer la mémoire collective et la transmettre aux générations futures ?

    Sun Lay Tan, journaliste et militant associatif, lance un appel à témoins. Il est l’initiateur de Fragments KH50, un projet ambitieux à caractère scientifique, culturel et mémoriel, basé sur trois piliers : une plateforme web, un film documentaire et un monument érigé en hommage aux victimes des Khmers rouges.

    (Rediffusion du 21 mai 2023)

    4 min
  • La frénésie des dépenses militaires en Indonésie

    Jakarta renouvelle à marche forcée son matériel de défense et n'hésite plus à mettre sur la table des milliards de dollars pour s'équiper de Rafale français, mais aussi, fidèle à sa politique de non-alignement, de F-15 américains ou d'équipement turc. Une véritable course à l'armement que notre journaliste décrypte avec Alban Sciascia directeur de la société de conseil stratégique Semar Sentinel.

    ► À lire aussi : L'Indonésie achète 12 Mirage 2000 d'occasion dans l'attente de la livraison de Rafale

    4 min
  • Que sait-on du cyberespionnage chinois?

    Le 16 juin dernier, un rapport de Google révélait la plus large campagne de cyberespionnage depuis 2021 par un acteur malveillant lié à la Chine. Un groupe de cyberattaquants, visiblement lié à l'État chinois, qui visait notamment des agences gouvernementales de plusieurs pays représentant un intérêt stratégique pour Pékin. Que sait-on exactement du cyberespionnage chinois ? Paul Charon, directeur du domaine « Renseignement, anticipation et stratégies d'influence » de l’Institut de recherche stratégique de l'école militaire à Paris (IRSEM), répond aux questions de Joris Zylberman.

     

    À lire aussiBallons, pirates et caméras: quand les États-Unis et leurs alliés accusent la Chine d’espionnage

    8 min
  • Mayyu Ali, poète Rohingya: «Écrire est pour moi un acte de résistance»

    La guerre en Ukraine a relégué au second plan d’autres crises comme le terrible sort de la minorité musulmane des Rohingyas. En août prochain, cette communauté apatride commémorera la sixième année de son exode massif de Birmanie. Près d’un million de Rohingyas vivent, depuis, dans une prison à ciel ouvert, des camps tentaculaires et insalubres au sud du Bangladesh. Mayyu Ali, originaire de l’État de Rakhine, rescapé des massacres de 2017 et victime de persécution dans les camps de réfugiés au Bangladesh, a pu finalement s’exiler au Canada. Ce poète, écrivain et militant nous livre son histoire qui est aussi celle de son peuple.

    Mayyu Ali a été le témoin des pires violences et injustices contre sa famille et sa communauté, une minorité musulmane parmi les plus opprimées au monde. Il est né en 1991 à Maungdaw dans l’État de Rakhine à l’ouest de la Birmanie. En août 2017, la junte militaire mène une politique de la terre brûlée qui forcera plus de 700 000 personnes à l’exil.

    « À l’époque, je vivais dans le centre-ville de Maungdaw, mes parents étaient dans notre village », raconte Mayyu Ali. « J’ai reçu un appel de ma mère en pleurs. Elle me disait que notre maison et tout le village avaient été brûlés et qu’ils ont dû fuir dans un village voisin. Ensuite, les forces de sécurité sont arrivées à Maungdaw. Elles ont commencé à incendier les maisons, à tuer de manière indiscriminée, hommes, femmes, enfants et personnes âgées. »

    Mayyu Ali décide de suivre ses parents qui ont finalement dû fuir de l’autre côté de la frontière, à Kutupalong, au Bangladesh.

    « En prenant la fuite, j’ai vu un père Rohingya et sa petite fille abattus en pleine rue, leurs corps gisaient sur le sol », se souvient-il. « J’ai réussi à me frayer un chemin jusqu’au bois, puis le 6 septembre au soir, avec 14 autres personnes dont de nombreuses femmes et enfants, on est monté à bord d’un canot à rames, une toute petite embarcation. Pendant la traversée, il y avait beaucoup de vent, il faisait nuit noire. On a réussi à rejoindre l’autre rive le lendemain. Et j’ai pu retrouver mes parents dans le camp de réfugiés de Kutupalong. »

    L'écriture, entre exutoire et acte de rébellion pour Mayyu

    Il y restera 4 ans. Le camp est surchargé. Il y règne un climat de peur et d’insécurité. Viols, trafics, meurtres, enlèvements. Mayyu travaille avec des ONG, des journalistes, son activisme dérange.

    « J’ai été la cible de groupes de militants, car je dénonçais des violations des droits humains, j’écrivais aussi et j’enseignais l’écriture aux jeunes réfugiés et comment défendre leurs droits. J’ai dû partir et je me suis longtemps caché dans la région pour échapper aux gangs qui étaient à mes trousses. Jusqu’à ce que, deux ans plus tard, j’obtienne un visa pour émigrer au Canada depuis 2021, avec mon épouse, en Ontario. »

    ► À écouter aussi : Facebook, facteur de haine envers les Rohingyas

    L’écriture est pour Mayyu un exutoire, un acte de rébellion aussi. À l’heure où, faute de dons suffisants, les rations alimentaires des réfugiés ont été réduites et où la région a été récemment durement frappée par un cyclone, Mayyu continue de témoigner, sans relâche, pour aider sa communauté, pour qu’elle ne soit pas oubliée.

    « Même avant les violences de 2012, nous subissions des restrictions et la discrimination. Je n’ai connu que ça, quasiment toute ma vie, des violences, des meurtres, des arrestations. Cela m’a poussé à écrire, car les médias étrangers ne sont pas autorisés à entrer dans l’État de Rakhine, le monde ignore ce que vit ma communauté. Écrire permet d’informer la communauté internationale pour qu’elle nous aide à juger les responsables afin qu’ils répondent de leurs crimes. C’est devenu pour moi un acte de résistance », affirme Mayyu Ali.

    « Je continuerai à élever la voix pour mon peuple »

    Puis il poursuit : « Aujourd’hui, je suis libre ici au Canada pour la première fois de ma vie. Mais je ne pourrai pas jouir de cette liberté, tant que mes frères et sœurs vivront dans les camps de réfugiés à Cox’s Bazar ou dans des camps de déplacés internes dans l’État de Rakhine où ils risquent d’être massacrés par la junte birmane. Nous sommes les rescapés d’un génocide. Je continuerai à élever la voix pour mon peuple ».

    Mayyu Ali appelle la France et les autres pays européens à se joindre à la plainte de la Gambie contre la Birmanie, pour génocide contre les Rohingyas, devant la Cour Internationale de Justice. Pendant ce temps, sur le terrain, rien n’a changé. Les Rohingyas continuent de vivre dans la peur et l’insécurité, privés de droits, de liberté de mouvement et de citoyenneté.

    ► À lire aussi : Argentine: des Rohingyas témoignent dans une enquête sur les crimes présumés de l'armée birmane

    4 min
  • Il y a cinq ans, le rêve impossible d’un accord sur le nucléaire nord-coréen

    Il y a cinq ans, le 12 juin 2018, Kim Jong-un acceptait de rencontrer Donald Trump. Et, l'espace de quelques mois, la communauté internationale s'est autorisée à penser que la Corée du Nord allait enfin sortir de son isolement, renoncer à l'arme nucléaire et revenir dans le concert des nations. Cinq plus tard, la réalité a repris le dessus. L'Occident ne sait pas parler avec Pyongyang et le régime nord-coréen ne renoncera jamais à son programme nucléaire.

     

    Au soir du 12 juin 2018, Donald Trump se présente devant les journalistes du monde entier réunis à Singapour. Il vient de s'entretenir en tête-à-tête avec Kim Jong-un, et pour lui, c’est une certitude, tous les voyants sont au vert : « Cette rencontre sans précédent, la première entre un président américain et un dirigeant nord-coréen prouve qu'un réel changement est possible. Nous venons de signer une déclaration commune par laquelle le président Kim réaffirme son engagement inébranlable en faveur d'une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne. Nous nous sommes aussi mis d'accord pour engager des négociations vigoureuses afin de mettre en œuvre cet accord le plus vite possible. Et il veut le faire. »

    C'est vrai, symboliquement, cette rencontre marque un premier pas. Mais en réalité, cet accord ne prévoit aucun calendrier précis, il ne dit pas non plus quels seraient les mécanismes de vérification, et surtout, la Maison-Blanche commet une magistrale erreur d'interprétation, car, à Pyongyang, la dénucléarisation de la péninsule coréenne n'a pas du tout le même sens qu'à Washington. « Les Nord-coréens ne reconnaissent pas la Corée du Sud comme un État souverain en tant que tel, pour eux la péninsule coréenne est occupée au sud par des forces coloniales qui seraient américaines, rappelle la spécialiste Raphaëlle Pierre. À leurs yeux, la dénucléarisation totale implique que les États-Unis ne doivent plus être présents sur la péninsule pour que cela puisse se réaliser. »

    Kim Jong Un fait tout de même un premier geste, il annonce la fermeture du site d'essais nucléaires de Punggye-ri, dans le nord-est du pays, mais pas question d'aller plus loin. C'est donnant-donnant, martèle les Nord-Coréens : si les États-Unis veulent que ce dossier avance, il faut qu'ils lèvent, au moins partiellement, leurs sanctions économiques. C’est le sens de l’allocution rarissime prononcée par Ri Yong Ho, le patron de la diplomatie nord-coréenne, qui acte l’échec du sommet de Hanoï, au Vietnam, le 28 février 2019. « À ce jour, dit-il, 11 résolutions de l'ONU visent la Corée du Nord. Nous avons demandé le retrait de cinq d'entre elles, qui entravent le bon fonctionnement de l'économie civile et les conditions de vie de notre peuple. En échange, nous nous tenions prêts à démanteler l'ensemble des installations de production nucléaire de Yongbyon, incluant le plutonium et l'uranium, en présence d'experts américains. Mais lorsque les États-Unis ont exigé une concession supplémentaire, il est devenu évident que cette proposition n'avait plus de raison d'être. » 

    En d'autres termes, la Corée du Nord a le sentiment de faire son maximum, et il apparaît très vite qu'elle ne comprend plus le logiciel américain, car Washington se montre incapable, souligne Raphaëlle Pierre, de proposer un contre-scénario crédible : « Le mot-clé, c’est la réciprocité. Pour les Coréens, par rapport à ce qu’ils ont mis eux sur la table, la délégation américaine et l’administration Trump, que ce soit lors des sommets ou hors des sommets, n’a pas réussi à leur proposer quelque chose de substantiel ».

    Un an et demi après la poignée de main de Singapour, la rupture est consommée. Le 1er janvier 2020, Kim Jong-un annonce la fin du moratoire sur les essais de missiles balistiques et la remontée en puissance du programme nord-coréen. Il n'y aura plus de retour en arrière, car l'an dernier (), la Corée du Nord a réinscrit dans sa loi ce que tout le monde avait compris : nous sommes un État nucléaire, c'est irréversible, il va falloir faire avec.

    4 min

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