Depuis La Bataille de Solférino de Justine Triet, qui la révéla au grand public en 2013, Laetitia Dosch a trouvé une place à part dans le cinéma français. Elle passe désormais derrière la caméra avec son premier film, Le Procès du chien, une comédie enlevée où une jeune avocate abonnée aux causes perdues défend un chien qui a mordu une femme.
RFI : Cette histoire, du procès d'un chien, est inspirée d'une affaire réelle ?
Laetitia Dosch : Oui, c'est inspiré d'un fait réel. Le chien n'était pas accusé, comme dans mon film, parce qu'il est assimilé à une chose dans la loi, c'était son maître qui était accusé. Ce procès avait créé beaucoup de problèmes dans la ville, il y avait eu des manifestations, des pétitions. Ça m'a ouvert à d'autres histoires, par exemple celle d'un cas où la cheffe de la police de la région avait fait euthanasier le chien en douce dans la nuit, alors qu'il y avait un appel en justice en cours.
Vous avez fait un véritable casting de chiens. Comment vous avez trouvé Cody, qui joue le chien Cosmos dans votre film ?
C'était très important, il fallait un acteur-chien incroyable. J'ai vu plusieurs chiens dont Cody. Cody, si vous voulez, c'est un chien de rue, donc c'est un chien qui est un bâtard à 12 races, qui a dû passer son enfance à errer, à manger dans les poubelles, à se défendre. C'est un chien qui adore être avec les humains, qui est très joyeux, mais qui, par exemple, quand il joue avec sa dresseuse, aime bien aller dans la violence. Et il s'amuse bien comme cela. Il me fallait un chien qui puisse avoir toutes les couleurs, un spectre de jeu très large... J'allais dire comme un humain, mais ce n'est pas vrai... Juste beaucoup d'émotions différentes.
Les spectateurs rient tout en se posant des questions.
Oui. Par exemple, le chien vient du loup. Pendant 15 000 ans, on a changé le chien pour qu'il devienne notre ami parfait. Par conséquent, le procès de ce chien révèle notre lien aux autres espèces, notre lien de domination et d'exploitation. C'est pour cela qu'il est facile de faire un parallèle avec la condition féminine.
Où le voyez-vous ?
Le fait qu'il ait été modelé pendant 15 000 ans, qu'il doive répondre à des critères et qu'on le tue lorsqu'il mord ou qu'il développe un comportement qui lui vient du loup, un comportement ancestral qui ne nous convienne pas... Je vois des parallèles avec ce qu'on me demande en tant que femme. Moi aussi, j'ai l'impression de devoir répondre à beaucoup d'injonctions, de devoir être comme ceci, comme cela. Et si je ne suis pas comme ci, comme cela, je ne suis pas admise...
Il y a des préjugés à déjouer ?
Oui ! Beaucoup ! Vous me demandez ça à moi ? Énormément de préjugés, tout le temps ! Moi, ça m'inspire beaucoup comme attitude, de devoir me dire ne plus avoir de préjugés. C'est d'abord essayer d'aimer, de comprendre quelqu'un avant de le juger. Et c'est un exercice assez difficile, on n'est plus habitué à cela. Surtout avec les réseaux sociaux, même si c'est un peu un poncif de dire cela, mais c'est vrai !
C'est un grand bonheur que de placer les gens face à leur contradiction tout en les faisant rire ?
Oui, c'est un grand bonheur de les surprendre ! Avec ma monteuse, on a fait beaucoup de séances test quand on était en montage. On allait chercher des gens dans la rue, on les invitait en salle de montage, on se mettait derrière et on notait : quand ils riaient, quand ils ne riaient pas, ceux qui le comprenaient ou pas... On a vraiment essayé de faire en sorte que le film soit accessible à des gens qui ne sont pas forcément des cinéphiles. La comédie permet cela, poser des questions importantes tout en essayant de s'adresser à la grand-mère, au cousin, à tout le monde quoi !
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