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Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à une discussion à propos du feuilleton qui s’est déroulé récemment au sein de l’entreprise Basecamp, du virage culturel qu’il signale et des conversations politiques sur le lieu de travail.
Basecamp, une petite entreprise américaine (basée à Chicago) éditant des logiciels, est à l’origine de l’un des premiers outils collaboratifs de gestion de projet (plusieurs années avant Slack, Trello ou Microsoft Teams). Mais elle est en fait plus connue pour les prises de parole de ses fondateurs, Jason Fried et David Heinemeier Hansson, que pour ses produits. Longtemps avant la pandémie de Covid-19, Fried et Heinemeier Hansson ont publié plusieurs ouvrages à succès sur le management d’équipes distribuées et le travail à distance.
Dès 2010, le best-seller Rework avait fait d’eux les gourous du travail flexible et du management nouvelle génération. On a associé leurs idées sur l’organisation du travail, l’équilibre vie privée / vie professionnelle, l’autonomie des travailleurs et la collaboration au sein d’équipes distribuées à une vision progressiste voire avant-gardiste de l’entreprise. D’ailleurs, la période de pandémie a provoqué un regain d’intérêt pour leurs ouvrages (dont Remote et It Doesn’t Have To Be Crazy At Work).
Mais fin avril 2021, Basecamp semble avoir fait marche arrière sur ces idées progressistes en imitant l’entreprise Coinbase dans sa décision de proscrire les discussions politiques sur le lieu de travail. Cela a provoqué des débats houleux dans le monde du numérique et au-delà. "C'est une distraction majeure. Cela sape notre énergie", a expliqué Jason Fried. Puis David Heinemeier Hansson a ajouté : "Basecamp devrait être un lieu où les employés peuvent venir travailler avec des collègues de tous horizons et de toutes convictions politiques sans avoir à faire face à de lourds débats politiques ou sociétaux sans lien avec ce travail."
Basecamp a également mis fin aux avantages en nature dont ils avaient vanté les mérites dans leurs ouvrages, comme le remboursement d’abonnements au club de sport ou le financement de formations : "Ce n'est pas notre affaire ce que vous faites en dehors du travail, et ce n'est pas le rôle de Basecamp d'encourager certains comportements - quelle que soit la bonne intention. En finançant ces avantages, nous nous immisçons trop dans les choix personnels et individuels des gens", a écrit Jason Fried. Des primes du même montant que les avantages seront versées mais sans inciter les salariés à tel ou tel comportement.
Basecamp insiste aussi sur son refus de voir se développer toute activité syndicale. "Nous créons des logiciels de gestion de projet, de communication d'équipe et de messagerie électronique. Nous ne sommes pas une entreprise à impact social. Point barre." Dans les jours qui ont suivi les déclarations des fondateurs, plus d’un tiers des effectifs de Basecamp (à savoir 19 personnes) ont annoncé leur démission suite à la décision d’interdire les discussions politiques sur le lieu de travail.
Dans ce podcast, Nicolas et moi évoquons l’histoire de Basecamp et de ses fondateurs, la genèse de leur annonce de mettre fin aux discussions politiques au travail, et l’onde de choc que la déclaration a provoquée. Nous faisons également une comparaison entre les contextes américain et français. Nous nous interrogeons sur ce qui relève du politique au travail et pourquoi il est difficile de cantonner les discussions des salariés au travail. Enfin, nous parlons de la culture d’entreprise et de l’avenir possible de Basecamp en tant qu’entreprise.
Podcasts Nouveau Départ :
* Télétravail, menace ou opportunité pour l'inclusion ? (podcast “À deux voix”)
* Le temps de travail et la crise (podcast “À deux voix”)
* Un marché du travail sans frontières ? (conversation avec Alex Bouaziz, co-fondateur de Deel)
* Un documentaire sur le futur du travail (conversation avec Samuel Durand à propos de son documentaire “Work in Progress”)
* Le nouveau management, révélé par la crise (podcast “À deux voix”)
3 articles que j’ai rédigés à propos des ouvrages de Fried et Heinemeier Hansson :
* Travail : et si on décidait de ne pas devenir fous ? (article Welcome to the Jungle)
* « Rework », un guide pour réussir autrement (article Welcome to the Jungle)
* Pas de panique, on vous a déniché LE livre de référence sur le télétravail (article Welcome to the Jungle)
Nos podcasts gratuits sont également accessibles sur Apple Podcasts et Spotify. Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine, épisode 7 de notre projet La flamme et le vent, est la suite du podcast de la semaine dernière consacré au “nomadisme en famille” : les hunters et les settlers à l’aune de la fiction.
Comme nous vous l’avions annoncé à la fin de l’épisode précédent de La flamme et le vent consacré au nomadisme en famille, nous avions envie de poursuivre la réflexion sur le sujet lors d’un épisode supplémentaire. Vous avez été plusieurs à nous faire vos retours et nous avons donc continué !
Pour cette deuxième partie, nous partons d’une fiction pour mener plus loin notre réflexion sur le sujet. En cela, nous avons été inspirée par une adepte du design fiction. Depuis près de deux ans, Noémie Aubron utilise la fiction pour mieux mettre en lumière les futurs possibles. Elle le fait remarquablement bien dans sa newsletter, La Mutante, que nous vous recommandons si vous n’êtes pas déjà abonnés !
Projetez-vous dans un futur imaginé, rêvez-le, indignez-vous, faites des choix pour demain.
J’écris tous les jeudis une fiction du futur sur mes trouvailles et mes réflexions du moment. J’aime raconter ces histoires qui parlent des paradoxes d’aujourd’hui, des tendances et des signaux faibles de notre temps, et de ce que l’on pourrait en faire demain.
Cette lettre s’adresse à celles et ceux qui veulent distinguer le signal du bruit et aller de l’idée à l’action.
Noémie a su convaincre de nombreuses entreprises que, dans un contexte d’incertitude extrême, il était plus pertinent de se tourner vers cette méthode plutôt que de se contenter des approches traditionnelles de la prospective. L’an dernier, à son invitation, Laetitia et moi nous sommes essayés à l’exercice de l’écriture d’une fiction pour un projet de design fiction que Noémie a dirigé pour le département de prospective de la MAIF. Cette fiction était consacrée aux “mutations du nomadisme” et à l’opposition entre les hunters et les settlers.
👉 Le nouveau normal. Une démarche fictionnelle et prospective pour explorer demain. (MAIF Prospective)
Les hunters (chasseurs) sont des travailleurs à l’affût de nouvelles opportunités, prêts à déménager, changer de ville ou de situation de travail. Les settlers (sédentaires) ont des racines géographiques profondes et/ou sont empêchés dans leur mobilité par des freins divers.
Les deux catégories ne correspondent pas forcément à des groupes de personnes qui n’ont rien en commun, comme c’est le cas avec les catégories de Anywhere et Somewhere inventées par le sociologue David Goodhart. En réalité, ce sont parfois les mêmes personnes qui passent d’une catégorie à une autre en fonction des phases de leur vie ou de leur carrière.Dans ce podcast, Laetitia et moi tentons d’expliquer pourquoi nous sommes convaincus que, même si nous ne serons pas tous hunters au même moment, il est essentiel de penser le travail de cette manière, de faciliter la mobilité des travailleurs, de l’entourer de protection et d’avantages. Pour l’instant, le logement, la garde d’enfants, l’école, la protection sociale, la santé, la fiscalité… sont pensés presque exclusivement pour les settlers. Il est temps que cela change !
* Notre nouveau projet | La flamme et le vent | Épisode 0 (conversation “À deux voix”)
* Enfance : les transitions de la famille | La flamme et le vent | Épisode 1 (conversation “À deux voix”)
* Le piège du couple à deux carrières | La flamme et le vent | Épisode 2 (conversation “À deux voix”)
* Le foyer à l’épreuve de la longévité | La flamme et le vent | Épisode 3 (conversation “À deux voix”)
* La solitude : l'autre pandémie | La flamme et le vent | Épisode 4 (conversation “À deux voix”)
* Travailleurs / entreprises : la distance se creuse | La flamme et le vent | Épisode 5 (conversation “À deux voix”)
* Nomadisme en famille : pas si facile ! | La flamme et le vent | Épisode 5 (conversation “À deux voix”)
* La grande fragmentation : comment s'y préparer ? (conversation “À deux voix”)
* Immobilier : faut-il louer ou acheter ? (conversation “À deux voix”)
* Un marché du travail sans frontières ? (conversation avec Alex Bouaziz, co-fondateur de Deel)
* Quitter Paris pour la province (conversation avec Aurore Thibaud de l’agence LAOU)
* The future of work is about hunting, not settling (mon article dans Forbes)
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Avec la pandémie, on a fait en France l’expérience du télétravail à grande échelle. Ce qui semblait inconcevable avant la pandémie s’est banalisé aujourd’hui. Mais ce laboratoire géant a également révélé les mauvaises pratiques et les effets délétères d’un télétravail forcé et mal préparé.
J’en parle dans cette interview avec Patricia Wendling, DRH, consultante RH et “Top Voice” sur LinkedIn sur les sujets d’emploi, qui s’est penchée sur le télétravail pour son livre Télétravail Mode d’Emploi.
On aurait tort de ne pas voir le fantastique bond en avant effectué par tant d’entreprises depuis avril 2020. Elles ont testé et adopté de nouveaux outils, surmonté des obstacles culturels et techniques et gagné en productivité. De nombreux salariés, eux, ont gagné en productivité, autonomie et qualité de vie. Mais on a aussi mis en lumière comme jamais les difficultés du télétravail : le brouillage des frontières en vie privée et vie professionnelle, les limites du management, le risque d’isolement, etc.
L’absence de confiance, la surveillance accrue, le burn-out, les réunions en visioconférence toute la journée… le mauvais télétravail a fait des dégâts. Que faut-il changer pour mieux travailler à distance ? Comment apprendre à se faire confiance ? Quel type de management mettre en place pour tirer le meilleur d’une distribution (forcée ou choisie) de l’équipe ?
Avec Patricia Wendling, nous discutons des manières de mieux télétravailler, ainsi que de ce qu’ont vécu les professionnels des ressources humaines particulièrement exposés depuis le début de cette crise. Elle reste optimiste sur les leçons positives que l’on peut tirer de cette période : “télétravailler et manager à distance, ça s’apprend !”
Sur Nouveau Départ :
* Travailleurs / entreprises : la distance se creuse (conversation “À deux voix”)
* La solitude : l’autre pandémie (conversation “À deux voix”)
* Productivité : pas de recette miracle (conversation “À deux voix”)
* Une société au bord de la crise de nerfs (Édito de Nicolas & interview de Dr Lavinia Ionita)
* 7 tendances qui révèlent le futur du travail (conversation “À deux voix”)
* Pourquoi la France résiste tant au télétravail (conversation “À deux voix”)
Quelques articles que j’ai publiés récemment :
* Recrutement & gestion des talents : bienvenue dans la "YOLO economy", Welcome to the Jungle.
* Surveillance et présentéisme : 6 pratiques toxiques du management à distance, Welcome to the Jungle.
* Télétravail : soignez la paranoïa de vos équipes !, Welcome to the Jungle.
* Pourquoi le télétravail peut aggraver le présentéisme, Welcome to the Jungle.
* 15 conseils pour favoriser l’inclusion dans une équipe distribuée, Welcome to the Jungle.
* Ce qui se cache derrière les chiffres du télétravail en France, mon article pour l’Institut Montaigne.
* Ce que les Pays-Bas peuvent nous enseigner sur le télétravail, Welcome to the Jungle.
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine, épisode 6 de notre projet La flamme et le vent, est consacré au nomadisme en famille. Quelles sont les questions que se pose un foyer confronté au défi de la mobilité ?
Depuis quelques années, le sujet du nomadisme est dominé par la figure du digital nomad, un développeur ou designer qui n’a besoin que de son ordinateur portable et d’une connexion wifi pour travailler de partout dans le monde. On en oublierait presque que le nomadisme ne se réduit pas à cela et qu’il en existe des formes multiples dans des secteurs divers depuis bien longtemps (les travailleurs saisonniers de l’agriculture, les moniteurs de ski qui oscillent entre la ville et la montagne, etc.).
Aujourd’hui, les applications cloud-based occupent une place prépondérante dans le travail de nombreux individus et la pandémie a prouvé qu’on pouvait accomplir beaucoup de choses loin du bureau. On se demande donc si le mode de vie du digital nomadism ne pourrait pas se généraliser bien au-delà de la frange marginale des créatifs jeunes et célibataires de l’économie numérique. Pour améliorer leur qualité de vie, vivre dans des logements plus spacieux, accéder à plus de nature, se frotter à d’autres cultures… combien de foyers pourraient franchir le pas du nomadisme ?
Comme on le voit déjà à l’échelle d’un pays comme les États-Unis, la mobilité géographique est en forte augmentation depuis 2020, après des années de ralentissement. Cependant, relativement peu de familles quittent leur pays tant les barrières culturelles, légales, administratives et institutionnelles restent importantes.
Le nomadisme, en effet, cela n’est pas si facile ! L’opposition classique que l’on fait entre les “expatriés” (des travailleurs dont l’entreprise s’occupe de tout et qui sont suivis par leur conjoint) et des “immigrés” (des travailleurs seuls ou des familles qui se coltinent toutes les difficultés d’une nouvelle vie dans un pays différent) est à cet égard révélatrice.
Le marché du travail, la fiscalité et la protection sociale ne sont pas faits pour les nomades, même si quelques entreprises sont prêtes à envisager de manager des équipes à distance dispersées sur plusieurs pays. C’est pourquoi un certain nombre de nouvelles startups se proposent de résoudre les problèmes liés au nomadisme.
Nous en parlions il y a quelques mois avec Alex Bouaziz, le co-fondateur de la startup Deel, une entreprise qui facilite les relations entre les entreprises et leurs collaborateurs qui résident dans des pays étrangers :
La réalité, que connaissent beaucoup d’entreprises pionnières en matière de travail à distance, c’est que les frictions ont tendance à se multiplier. Quel est la forme contractuelle la plus adaptée si l’on veut recruter un collaborateur qui réside dans un autre pays ? Si l’on décide de signer un contrat de travail, quelle va être la juridiction compétente ? De quels prélèvements obligatoires l’entreprise est-elle redevable ? À quel régime fiscal va être soumise la rémunération ? Et quels vont être les droits du travailleur en matière de protection sociale ?
Jusqu’à une date récente, beaucoup de startups qui faisaient le choix de recruter des collaborateurs de talent dans d’autres pays restaient dans le flou – parfois au prix de déconvenues ! Mais à partir du moment où la pandémie de COVID-19 accélère la transition vers le modèle des “équipes distribuées”, il devient urgent de poser les questions qui fâchent, et de se tourner vers des professionnels qui peuvent aider les employeurs à se mettre en conformité avec le droit des différents pays concernés.
Mais les barrières administratives, fiscales, culturelles et linguistiques ne sont qu’une partie de la difficulté. Le problème principal, c’est que le nomadisme est rarement pensé à l’échelle d’une famille. La mobilité d’un couple à double carrière est un casse-tête (c’était le sujet de l’épisode 2 de La flamme et le vent, “Le piège du couple à deux carrières”). Et les familles avec enfants font face à d’autres questions encore.
Quelles sont les bonnes questions à poser pour penser le nomadisme à l’échelle des couples et des familles ? Laetitia et moi en discutons à la fois du point de vue d’un foyer (avec le partage de notre propre expérience de nomadisme familial) et du point de vue des politiques publiques.
* Notre nouveau projet | La flamme et le vent | Épisode 0 (conversation “À deux voix”)
* Enfance : les transitions de la famille | La flamme et le vent | Épisode 1 (conversation “À deux voix”)
* Le piège du couple à deux carrières | La flamme et le vent | Épisode 2 (conversation “À deux voix”)
* Le foyer à l’épreuve de la longévité | La flamme et le vent | Épisode 3 (conversation “À deux voix”)
* La solitude : l'autre pandémie | La flamme et le vent | Épisode 4 (conversation “À deux voix”)
* Travailleurs / entreprises : la distance se creuse | La flamme et le vent | Épisode 5 (conversation “À deux voix”)
* La grande fragmentation : comment s'y préparer ? (conversation “À deux voix”)
* Un marché du travail sans frontières ? (conversation avec Alex Bouaziz, co-fondateur de Deel)
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Et si tous les clichés véhiculés à propos de la préhistoire jouaient un rôle dans la (relative) invisibilité des femmes aujourd’hui ? Marylène Patou-Mathis, préhistorienne, directrice de recherche au CNRS, est rattachée au département Préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN).
Dans cette interview, nous discutons des idées reçues à propos de la préhistoire à la lumière des dernières découvertes, de son travail de chercheuse et de son nouvel ouvrage, L’homme préhistorique est aussi une femme (Allary Éditions, 2020).
La préhistoire passionne beaucoup de gens. Elle titille notre imaginaire et nos représentations. Souvent, on utilise ce qu’on croit savoir de la préhistoire pour justifier un propos sur la “nature” supposée des femmes et des hommes. Les hommes chassaient, fabriquaient les outils et étaient violents avec leurs femelles. Les femmes étaient soumises, s’occupaient des enfants et de la cueillette.
Sauf que tout ça, probablement, est largement faux…
Non, les femmes préhistoriques ne consacraient pas tout leur temps à balayer la grotte et à garder les enfants en attendant que les hommes reviennent de la chasse. Les imaginer réduites à un rôle domestique et à un statut de mères relève du préjugé. Elles aussi poursuivaient les grands mammifères, fabriquaient des outils et des parures, construisaient les habitats, exploraient des formes d’expression symbolique. Aucune donnée archéologique ne prouve que, dans les sociétés les plus anciennes, certaines activités leur étaient interdites, qu’elles étaient considérées comme inférieures et subordonnées aux hommes. Cette vision de la préhistoire procède des a priori des fondateurs de cette discipline qui naît au XIXe siècle. Il est temps de poser un autre regard sur l’histoire de l’évolution et de déconstruire les processus qui ont invisibilisé les femmes à travers les siècles. (Marylène Patou-Mathis)
La préhistoire s’est constituée en tant que discipline au XIX et XXe siècles avec des hommes imprégnés de leur culture (misogyne), à une époque où l’on cherchait, en Europe, à fonder “scientifiquement” l’infériorité des femmes et des “races” peuplant les pays que, souvent, l’on voulait par ailleurs coloniser. Les hommes qui ont façonné cette discipline ont projeté sur des époques reculées des éléments culturels de leur propre époque.
La craniologie, ou étude comparative de la forme et de la taille du crâne, qui se développe durant la seconde partie du XIXe siècle, est utilisée par les anthropologues pour différencier non seulement les deux sexes, mais aussi les “races” humaines. L’anatomiste et anthropologue Paul Broca (1824-1880), l’un des plus éminents savants de l’époque, réalisa très consciencieusement des comparaisons de taille de cerveaux de différents groupes humains. S’inscrivant dans le courant de pensée dominant de son époque, il va déduire de ses recherches que “l’inégalité intellectuelle des races est choses bien connue”…
L’idée que la femme était passive et l’homme seul était chasseur, guerrier ou artiste est largement battue en brèche par les travaux les plus récents :
* L’opposition entre le chasseur et la cueilleuse serait-elle un “conte normatif” ? Les analyses des squelettes, des sépultures, et de toutes les traces préhistoriques nous amènent aujourd’hui à penser qu’il est très probable qu’à certaines époques, les femmes ont joué un rôle actif dans la chasse.
* L’interprétation historique des statuettes du Paléolithique (par exemple, les “Vénus” !) est un parfait exemple de male gaze. Les représentations de femmes étaient dominantes pendant la majeure partie du Paléolithique. Pourquoi auraient-elles forcément été fabriquées par des hommes pour des hommes ? À une époque où donner naissance mettait la vie des femmes en grand danger, ces statuettes pourraient avoir été fabriquées comme des amulettes protectrices.
* La guerre, la conception et la fabrication des armes n’a pas toujours été une affaire d’hommes dans toutes les sociétés. De nombreuses sépultures, ainsi que l’analyse des squelettes, montrent qu’il existait des femmes guerrières.
Marylène Patou-Mathis me parle des multiples facettes de son travail de chercheuse, de la genèse de la préhistoire, des recherches qui battent en brèche les idées reçues sur la préhistoire, et de sa spécialité, les Néandertaliens. Bonne écoute !
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à une discussion sur l’actualité politique allemande. Cette année électorale en pleine pandémie est riche en rebondissements. Et les Verts avancent leurs pions.
Le 26 septembre prochain, à l’issue des élections fédérales qui renouvellent les membres du Bundestag (Bundestagswahl), Angela Merkel laissera sa place de chancelière. C’est d’ailleurs la première fois depuis l’après-guerre qu’un chancelier au pouvoir ne fait pas campagne. En pleine pandémie, sur fond de controverses sur les incohérences de la gestion sanitaire et la lenteur de la campagne de vaccination, les batailles politiques font rage. Les campagnes politiques se poursuivent malgré tout.
Fatigués par des confinements presque ininterrompus depuis des mois et en colère contre les responsables politiques, les Allemands sont “mütend” (un mot valise qui associe les mots wütend, “en colère”, et müde, “fatigué”). On s’attend donc à des surprises lors des élections fédérales de cette année. La K-Frage (la question “Qui sera chancelier ?”) est sur toutes les lèvres.
Armin Laschet, ministre-président du Land le plus peuplé d’Allemagne (la Rhénanie-du-Nord-Westphalie), a été récemment élu à la tête de l’Union chrétienne-démocrate (la CDU) et aurait dû être le candidat “naturel” à la chancellerie pour prendre la suite de Merkel. Mais sa mauvaise gestion de la pandémie dans son Land et sa position pro-immigration ont provoqué des contestations à droite. Il en a résulté plusieurs semaines de bataille politique avec Markus Söder, ministre-président de Bavière et leader de la CSU, le parti frère de la CDU.
Pendant que la droite offre un spectacle de désunion et de chaos politique, les Verts, eux, avancent en rangs serrés. Pour la première fois de leur histoire, ils ont désigné un candidat à la chancellerie, en l’occurence, une femme, Annalena Baerbock. Autrefois, seuls les grands partis le faisaient car ils étaient mieux placés pour diriger des coalitions au parlement. Mais les sociaux-démocrates allemands ayant presque disparu du paysage politique, les Verts sont désormais la deuxième force politique du pays.
Dans ce podcast, Nicolas et moi faisons le point sur le feuilleton politique qui s’est déroulé ces dernières semaines, et revenons sur l’histoire particulière (et plutôt palpitante) des Verts allemands. La candidate des Verts pourrait-elle succéder à Merkel à la chancellerie ? Nous proposons plusieurs scénarios possibles…
La CDU et la succession d’Angela Merkel (conversation “À deux voix”)
La gauche et la droite : que signifient-elles aujourd'hui ? (conversation “À deux voix”)
30 ans d'unité allemande (conversation “À deux voix”)
Un entrepreneur français en Allemagne (conversation avec Vincent Huguet)
Les forces et faiblesses de l'Allemagne (conversation “À deux voix”)
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine, épisode 5 de notre projet La flamme et le vent, est consacré à l’impact de la transformation du monde du travail. Comment l’économie des foyers se recompose-t-elle dans un contexte où le lien se distend de plus en plus entre les entreprises et les individus qui travaillent pour elles ?
Les transformations du travail sont l’un des sujets que nous abordons le plus souvent dans nos podcasts Nouveau Départ. Mais nous trouvons toujours de nouveaux angles et de nouvelles interrogations pour en discuter ! Dans notre série La flamme et le vent, c’est à l’entité du foyer que nous nous intéressons en tout premier lieu.
La question que nous posons ici est la suivante : quelles sont les conséquences de la désagrégation du “contrat de labeur” dont parle Laetitia dans son livre Du labeur à l’ouvrage (Calmann-Lévy, 2019) sur le foyer en tant qu’entité ?
Alors que les protections associées à l’emploi salarié se distendent de plus en plus et que les carrières sont de moins en moins linéaires, la solidité des relations familiales et amicales et la densité de nos réseaux de relations en tout genre jouent un rôle de plus en plus critique.
La relation entre l’employeur et le travailleur était centrale dans le monde industriel, elle est désormais devenue plus fragile et moins centrale. Comme on la vu depuis le début de cette pandémie, c’est de plus en plus à l’échelle du foyer (et dans la sphère domestique) que se jouent les choses les plus importantes en matière de transformation du travail.
C’est ainsi que l’on peut analyser la Shecession (cette récession économique qui touche tout particulièrement les femmes) : faute de pouvoir faire garder leurs enfants par quelqu’un d’autre, près de 2,5 millions de mères américaines ont dû abandonner leur carrière pour s’occuper de leurs enfants.
De même, avec la banalisation du télétravail, de nombreux cadres occupés à domicile ont vu le centre de gravité de leur vie professionnelle se déplacer dans la sphère domestique. Les conjoints, enfants ou colocataires sont devenus autant de “collègues” avec lesquels interagir quotidiennement et organiser le partage de l’espace et des ressources domestiques.
Le rôle des arbitrages professionnels réalisés au sein du foyer fait pourtant rarement partie des angles d’analyse sur les transformations du travail. Le sujet de la garde d’enfants n’intéresse guère les entreprises. Les interrogations sur l’avenir de l’espace de travail se concentrent sur la question des “bureaux de demain” et comment y “faire revenir” les salariés plutôt que sur l’articulation entre tous les espaces de travail et le rôle du foyer.
* Notre nouveau projet | La flamme et le vent | Épisode 0 (conversation “À deux voix”)
* Enfance : les transitions de la famille | La flamme et le vent | Épisode 1 (conversation “À deux voix”)
* Le piège du couple à deux carrières | La flamme et le vent | Épisode 2 (conversation “À deux voix”)
* Le foyer à l’épreuve de la longévité | La flamme et le vent | Épisode 3 (conversation “À deux voix”)
* La solitude : l'autre pandémie | La flamme et le vent | Épisode 4 (conversation “À deux voix”)
* Qu'est-ce que "faire carrière" aujourd'hui ? (conversation “À deux voix”)
* Sept tendances qui révèlent le futur du travail (conversation “À deux voix”)
* L’ambition : un concept dépassé ? (conversation “À deux voix”)
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Le paradis du consommateur est-il devenu l’enfer du travailleur ? C’est la question posée par Denis Pennel dans son ouvrage Le Paradis du consommateur est devenu l’enfer du travailleur, paru tout récemment aux Éditions du Panthéon.
Dans cette interview, nous discutons des grandes transformations du travail rendues si visibles en temps de pandémie.
Denis Pennel a déjà publié plusieurs ouvrages sur les transformations du travail, parmi lesquels Travail, la soif de liberté, en 2017, dans lequel il expliquait que les start-uppers, coworkers et autres “slashers” étaient en train de réinventer le travail : “Après l’esclavage, le servage, l’artisanat et le salariat, le travail entre dans un nouvel âge,” écrivait-il alors.
Optimiste sur les évolutions en cours, il parlait alors surtout de l’émancipation des travailleurs : “le lien de subordination fait d’obéissance et de contrôles est devenu contre-productif et tend de plus en plus à être remplacé par du management collaboratif, où l’autonomie et la responsabilisation prévalent.”
Managing director de la World Employment Confederation, Denis est aux avant-postes pour observer les évolutions du monde du travail. Grand spécialiste de l’histoire de l’interim, dont il raconte la genèse dans ce podcast, il semble plus circonspect aujourd’hui sur la “libération” des travailleurs. Dans une sorte de schizophrénie croissante, les intérêts des consommateurs que nous sommes entrent en conflit avec ceux des travailleurs.
Dans son dernier livre, paru il y a quelques semaines, il se fait ainsi l’avocat d’un nouveau contrat social : “Si le futur risque bien de ressembler au passé, ce n’est pas en essayant de colmater notre sytème actuel que l’on arrivera à inventer des solutions à la hauteur des défis posés par cette nouvelle révolution industrielle.”
L’entrée dans le XXIe siècle a consacré une révolution de notre modèle économique : le passage d’une économie de masse à une économie dictée par la demande. Une soif de consommation effrénée et immédiate de produits personnalisés, fabriqués à la demande, s’est généralisée.
Une nouvelle ère où le consommateur, devenu roi, impose aux entreprises de se réorganiser pour devenir plus agiles, et ce au détriment des travailleurs. Une société de surabondance, caractérisée par le gaspillage des ressources, une hausse des inégalités, et une course folle vers le « toujours plus ».
Dans cette interview, Denis dresse le constat d’un monde du travail dicté par les exigences toujours plus grandes de la multitude de ces consommateurs qui veulent être satisfaits “ici et maintenant”, des entreprises de plus en plus fragmentées qui veulent “consommer” du travail de manière plus flexible pour faire face aux incertitudes du marché, et d’un travail qui devient plus “protéiforme et liquide”.
Il explique aussi que la crise que nous vivons actuellement a rendu plus visible le caractère insoutenable du dogme productiviste. Mais il est optimiste sur les remèdes : la nouvelle frugalité de consommateurs plus responsables, l’écologie humaine au travail, la réinvention de nos systèmes de protection sociale ne sont en rien impossibles. À nous de “réhumaniser le capitalisme” !
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à une discussion sur les faillites d’entreprises, du point de vue de la transition numérique, de l’emploi et du droit – un sujet d’actualité à bien des égards !
En 2020, grâce à des aides multiples (dispositif du chômage partiel, prêts garantis par l’État, décalages de cotisations sociales, etc.), il y a eu en France nettement moins de faillites qu’en 2019 : les défaillances d’entreprises ont reculé de 37% ! Mais quand les entreprises ne seront plus sous perfusion, combien ne seront plus en mesure de payer leurs dettes et tenir leurs engagements ?
Certains experts s’attendent à un “tsunami” de faillites cette année et l’an prochain : “le faible nombre actuel de procédures s'apparente au retrait de la mer avant l'arrivée d'un tsunami”, explique cet article de Capital. Jusqu’à 40% des bars et restaurants, par exemple, pourraient mettre la clé sous la porte. Autre exemple : dans les “écosystèmes aéroportuaires”, la déferlante de faillites et de licenciements a déjà commencé.
Depuis mars 2021, de nombreuses entreprises qui auraient fait faillite l’an dernier sans la pandémie, commencent maintenant à être en cessation de paiement. À propos de ces entreprises artificiellement mises sous perfusion par les aides d’État de la période de pandémie, on parle parfois d’entreprises “zombies”. Dans un Édito consacré à ce sujet, Nicolas avait déjà écrit il y a quelques temps :
Les économistes ont une image pour évoquer ces entreprises : ils les appellent les “entreprises zombies” 🧟♀️ Aujourd’hui, elles tiennent encore debout et poursuivent tant bien que mal leur activité ; mais en réalité, elles sont déjà mortes et cela se verra instantanément le jour où l’État cessera de les soutenir – parce qu’il n’y aura plus d’argent dans les caisses, parce que les taux d’intérêt seront repartis à la hausse, ou encore, tout simplement, parce qu’il n’est pas sain de soutenir éternellement des entreprises incapables de faire croître leur activité et de générer des bénéfices.
La situation paraît encore plus critique si l’on considère les différentes régions du monde. Les pays qui ont réussi à contenir la pandémie sont déjà engagés sur un chemin de reprise économique : c’est le cas de la Chine, foyer initial de l’épidémie, de ses principaux partenaires commerciaux en Asie, ainsi que de l’Allemagne, le bon élève en Europe. En revanche, les notes de conjoncture prédisent un nouveau ralentissement sans précédent de l’économie dans les pays qui font face à une nouvelle vague de contaminations, comme l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, le Brésil et le Mexique.
La faillite d’une entreprise regroupe plusieurs notions, comme celles du surendettement, de la cessation de paiements, du redressement et de la liquidation judiciaires. Pour mieux comprendre les enjeux juridiques et économiques autour du droit des faillites et des “procédures collectives”, j’interroge Nicolas sur ces concepts et les controverses autour de notre droit des faillites. Quand il était inspecteur des finances, il s’était penché de près sur ce sujet complexe…
Dans ce podcast, nous discutons aussi de la transformation de l’économie dont certaines faillites sont actuellement le reflet et du sujet de l’emploi placé au coeur de tous les débats sur la question des faillites. Nous faisons quelques comparaisons internationales pour mieux éclairer ces enjeux.
Nos podcasts gratuits sont également accessibles sur Apple Podcasts et Spotify. Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine, épisode 4 de notre projet La flamme et le vent, est consacré à une analyse du phénomène de la solitude, une épidémie du XXIe siècle.
Que l’on parle des personnes vivant seules (dans un foyer composé d’une seule personne) ou de toutes celles qui souffrent d’un sentiment d’isolement, la solitude est un phénomène qui prend tant d’ampleur dans le monde entier que certains parlent d’une “épidémie” ou d’une “pandémie”, au même titre que le COVID-19.
Le terme est d’autant plus approprié que de nombreuses études ont montré que la solitude tue (autant que le tabagisme et l’alcoolisme). Il y a, par exemple, cette étude de Harvard menée sur huit décennies, qui a révélé à quel point le fait d’appartenir à une communauté est le facteur le plus important dans le bonheur et la longévité. (Ce TED talk de Robert Waldinger vous en offre une synthèse efficace de 12 minutes).
En France, la solitude progresse fortement. La pandémie a tristement mis en lumière la souffrance qu’elle engendrait. Dans sa dernière enquête, la Fondation de France montre que près de 15% des Français se trouvent en situation d’isolement :
L'isolement relationnel en France gagne du terrain et s’étend à toutes les catégories de population. C’est ce que révèle entre autres l'Etude sur les solitudes, menée par la Fondation de France et le Crédoc. Par exemple, si l’isolement va de pair avec la précarité, les catégories socio-professionnelles les plus aisées sont elles aussi de plus en plus touchées par ce phénomène. De même, si les personnes âgées subissent le plus fortement des situations d'isolement, les jeunes sont de moins en moins épargnés… L’étude révèle également que les femmes souffrent davantage que les hommes de solitude. Autre constat : celui de l’impact de la crise sanitaire actuelle. La forte hausse du chômage déjà amorcée et la corrélation établie entre précarité, chômage et isolement pointe un risque majeur d’une augmentation prochaine de l’isolement relationnel.
De plus en plus, la solitude frappe toutes les classes d’âge, y compris les jeunes. On a beaucoup parlé de la solitude des étudiants en période de pandémie. Confinés devant leurs ordinateurs, ceux/celles qui n’ont pas (encore) développé de relations sociales, amicales, amoureuses et professionnelles, vivent la solitude de manière dramatique.
À certains égards, la montée de la solitude est l’un des grands symptômes de la transition économique et sociale que nous vivons. C’est ce qu’explique l’économiste britannique Noreena Hertz, dont l’ouvrage The Lonely Century: Coming Together in a World that’s Pulling Apart, fait beaucoup parler de lui dans les médias anglo-saxons ces temps-ci (le livre est sorti fin 2020) :
Influencée par la mondialisation, l'urbanisation, les inégalités croissantes et les asymétries de pouvoir, par l'évolution démographique, la mobilité, les bouleversements technologiques, l'austérité, et maintenant aussi par le coronavirus, je crois que la manifestation contemporaine de la solitude va au-delà de notre désir ardent de connexion avec ceux qui nous entourent physiquement, de notre besoin d'aimer et d'être aimé, et de la tristesse que nous ressentons lorsque nous nous considérons privés d'amis. Elle englobe également le fait que nous nous sentons déconnectés des politiciens et de la politique, que nous nous sentons coupés de notre travail et de notre lieu de travail, que beaucoup d'entre nous se sentent exclus des acquis de la société, et que tant d'entre nous se croient impuissants, invisibles et sans voix.
Laetitia et moi discutons des enseignements que l’on peut tirer de la société japonaise où la solitude est si criante que l’on a récemment créé un ministère de la solitude, ainsi que d’une manifestation physique de cette deuxième pandémie : la “crise du toucher”.
* Notre nouveau projet | La flamme et le vent | Épisode 0 (conversation “À deux voix”)
* Enfance : les transitions de la famille | La flamme et le vent | Épisode 1 (conversation “À deux voix”)
* Le piège du couple à deux carrières | La flamme et le vent | Épisode 2 (conversation “À deux voix”)
* Le foyer à l’épreuve de la longévité | La flamme et le vent | Épisode 3 (conversation “À deux voix”)
* Logement : tout ce qui change avec la pandémie (conversation “À deux voix”)
* Pandémie et démographie (conversation “À deux voix”)
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