Nouveau Départ

Nouveau Départ

By Laetitia Vitaud & Nicolas ColinBusinessNewsNews Commentary
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Nouveau Départ episodes

  • Rendre le monde plus accessible

    Voici, dans cette édition de Nouveau Départ, ma conversation avec Olivier Jeannel, fondateur et dirigeant de Rogervoice, une entreprise du portefeuille de The Family qui sous-titre les conversations pour les personnes sourdes et malentendantes… et rend ainsi le monde plus accessible pour tous.

    Bonne écoute (ou bonne lecture ci-dessous 👇) !

    Bonjour à tous. Je suis Nicolas Colin, cofondateur avec Laetitia Vitaud de Nouveau Départ, le média de la crise et de la transition. Aujourd’hui, je reçois en interview Olivier Jeannel, le fondateur et dirigeant de Rogervoice, entreprise qui développe une application pour sous-titrer les appels téléphoniques à l’attention des personnes sourdes et malentendantes – mais aussi, potentiellement, de tout un chacun ! Bonjour Olivier, bienvenue sur Nouveau Départ !

    Bonjour Nicolas !

    Merci beaucoup Olivier de m’accorder un peu de ton temps. Je vais commencer par la première question rituelle qu'on pose à tous nos invités : comment s'est passée pour toi cette année de pandémie ? Pour toi et pour Rogervoice, bien sûr ! Quel a été l'impact de tout ça sur ton quotidien?

    Eh bien écoute, tout ça nous a pris de court, comme tout le monde. Nous sommes aujourd'hui le 16 mars, date anniversaire du confinement en France [et de l’enregistrement de ce podcast]. Et il y a un an, nous avons senti la vague venir : en 48 heures, il nous a fallu migrer totalement en télétravail. Nous le pratiquions déjà à petite dose, donc c'est une transition qui a été plus facile à gérer que pour d'autres entreprises. Mais ç'a néanmoins été un ajustement pour nous et pour beaucoup de nos clients et utilisateurs, qu'il nous a fallu suivre !

    Ensuite, nous nous sommes sentis portés par cette vague de la migration vers le télétravail. Il faut dire que les télécommunications ont été l’un des grands bénéficiaires de cette pandémie, disons-le comme ça. Les mesures de confinement qui ont été imposées ont obligé les uns et les autres à communiquer de plus en plus à distance, ce qui est l’objet même des télécommunications. 

    On va parler de tout ça plus en détail, bien sûr, mais avant ça raconte-moi un peu ton parcours. Que faisais-tu avant la création de Rogervoice il y a 7 ans ?

    À l’époque, je travaillais chez Orange et un cousin m’avait mis en relation avec Oussama [Ammar, cofondateur de The Family]. J’ai fini par le rencontrer et, quand je lui ai expliqué mon idée, il m’a dit “Tu es fou, mais je vais t’aider”. A cette époque, j’ai notamment réalisé que grâce au système des allocations chômage il m’était possible de quitter mon emploi et de recevoir des allocations pendant presque deux ans. Incroyable, comme opportunité !

    J’étais donc chez Orange, j’explorais cette idée depuis un moment, sous-titrer les appels téléphoniques. Le sujet n’était pas si nouveau : de nombreuses initiatives existaient déjà. Mais une chose a changé la donne : l’émergence des smartphones et des fonctionnalités de reconnaissance vocale dont la plupart d’entre eux sont équipés.

    2011, en particulier, c’est l’année du lancement de Siri. Au début, on s’est beaucoup moqué de ces fonctionnalités encore rudimentaires, mais aujourd’hui c’est devenu bluffant ! Mais pour moi, c’était déjà une source d’inspiration : ma vision était qu’on puisse communiquer sans se heurter aux frontières ni à la barrière de la langue, tout cela grâce à une application accessible à moindre coût. L’enjeu me semblait énorme du point de vue de l’accessibilité. Les outils de reconnaissance vocale étaient encore loin d’être parfaits à l’époque, mais il fallait bien commencer quelque part. Et aujourd’hui, les progrès accomplis sont impressionnants.

    Que faisais-tu exactement chez Orange ? Étais-tu ingénieur, côté infrastructure, ou plutôt focalisé sur les usages et la commercialisation des produits ?

    Chez Orange, j’ai d’abord travaillé à la direction financière, puis j’ai été parachuté en Espagne, à Madrid, pendant deux ans. J’ai ensuite passé quatre ans à la direction des contenus, où je m’occupais de bâtir des plans d’affaires. J’étais spécialisé dans la planification et cela m’a permis d’améliorer ma connaissance du marché des télécoms et des modèles d’affaires qui existent dans le champ des médias.

    C’est donc là que tu as cette idée de sous-titrer les appels téléphoniques. Tu vois émerger ces nouvelles briques technologiques – la reconnaissance vocale, les smartphones que tout le monde emmène dans sa poche en permanence. Et grâce à tout cela, des nouvelles applications deviennent possibles.

    Peux-tu nous raconter ces anecdotes stupéfiantes dont tu te sers pour illustrer la finalité de Rogervoice ? Nous autres qui entendons (à peu près) bien, nous ne mesurons pas à quel point le téléphone, cet outil inventé pour faciliter la communication, peut devenir une barrière pour les personnes sourdes et malentendantes ! Raconte-nous les problèmes concrets que permet de résoudre la reconnaissance vocale et le fait de sous-titrer les communications téléphoniques.

    Eh bien, nous en faisons justement l’expérience avec cette conversation : ce que tu dis est sous-titré pour moi grâce à Rogervoice, et je peux ainsi répondre à tes questions ! Tout cela c’est assez nouveau – ce n’était pas du tout évident à l’époque où j’ai lancé Rogervoice. Et c’était très loin d’être une priorité pour la plupart de mes interlocuteurs chez Orange.

    Mais je ne me suis pas laissé décourager. J’en ai beaucoup parlé autour de moi. Lors d’une soirée de fin d’année, je me suis permis d’aborder le directeur technique d’Orange, qui se trouvait là, et de lui parler brièvement de mon projet. Il m’a demandé de venir le voir et de lui parler des détails et la semaine d’après, j’étais dans son bureau. Ensuite, je me suis rendu dans les locaux de Orange Valley.

    Tout est ensuite allé très, très vite. Les gens se sont emballés. Bien sûr c’était compliqué de faire démarrer la machine, de trouver des soutiens, de créer une unité, d’allouer un budget. J’ai fini par me heurter à des difficultés, par manquer d’encouragements, et cela m’a conduit à quitter Orange pour monter Rogervoice.

    Et pour revenir à ta question, c’est vrai que les personnes sourdes et malentendantes ont les plus grandes difficultés à communiquer dès lors que cela passe par le téléphone. C’est quelque chose que j’ai moi-même beaucoup éprouvé au quotidien. On ne peut tout simplement pas se passer du téléphone aujourd’hui, c’est une réalité.

    Par exemple, les services après-vente des grandes entreprises comme EDF ou Darty font tout pour empêcher les clients d’accéder à leur centre d’appel : il faut parfois cinq à dix clics avant d’avoir un interlocuteur au bout du fil ! Mais, malgré ces efforts pour dissuader l’usage du téléphone, ce centre d’appel existe toujours et il est souvent la seule façon de résoudre certains problèmes ou d’accéder à certaines informations.

    Lorsque les gens finissent par trouver le numéro, ils franchissent une étape importante : avoir un interlocuteur au bout du fil permet de résoudre des problèmes très particuliers ou d’avoir des réponses à des questions compliquées. Les entreprises essaient de donner un maximum d’information en ligne pour éviter la saturation des centres d’appels, mais nombreux sont les cas où il faut avoir quelqu’un au bout du fil.

    La même chose existe dans la vie de tous les jours. Appeler ses proches, joindre la crèche parce que son enfant est malade : tout cela se passe par téléphone. Or tout un pan de la population a des difficultés à utiliser ce moyen de communication : c’est le cas des personnes âgées qui entendent moins bien et doivent s’équiper d’appareils auditifs ; c’est le cas des personnes plus jeunes nées avec une surdité profonde ou qui ont été victimes d’accidents de la vie ou de maladies. On parle, rien qu’en France, de 500 000 personnes qui ne peuvent pas téléphoner au quotidien du fait de leur surdité !

    Qu’a-t-on fait pour cette population laissée pour compte ? Jusqu’à présent, pas grand chose. Mais récemment, on a enfin sauté le pas.

    On a parlé du smartphone, on a pa…



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    39 min
  • Suppression de l'ENA : une mesure populiste ?

    Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine, après notre pause pascale, est consacré à une discussion sur la suppression de l’ENA.

    Emmanuel Macron l’a annoncé il y a quelques jours : la haute fonction publique sera “réformée”, et l’École nationale d’administration sera remplacée par un nouvel Institut du service public (ISP). Le principe du classement de sortie sera maintenu, mais la titularisation vers les grands corps ne pourra plus se faire à la fin de la formation initiale. S’agit-il seulement d’un geste symbolique pour apaiser le ressentiment anti-élitiste des gilets jaunes ? Ou bien la réforme cible-t-elle les problèmes réels liés au recrutement et à la formation des élites de l’administration d’État ?

    Cela fait des décennies que l’on critique l’ENA, cette école qui forme et recrute une partie de nos hauts fonctionnaires français. On accuse l’école d’être trop élitiste : elle représenterait un monde de l’entre-soi et de l’homogénéité sociale. On la dit trop déconnectée des réalités de l’économie d’aujourd’hui : elle ne formerait que des technocrates “moulés” pour une économie de masse fordiste qui n’existe plus. 

    Mais la critique de l’ENA est (presque) aussi ancienne que l’école elle-même. Créée après la Seconde guerre mondiale par le Général de Gaulle et Michel Debré pour doter la France d’une nouvelle élite de “mandarins” à même d’aider la France à relever les défis de la reconstruction de l’après-guerre, l’ENA a aussi représenté un moyen de rendre plus méritocratique (et transparent) l’accès aux plus hauts postes de la fonction publique. Avant la création de l’école, le népotisme de chaque institution était assumé.

    Comment la seule suppression de cette institution pourrait-elle régler le problème du déterminisme social à l'œuvre dans le système scolaire français ? Depuis deux décennies, le classement PISA révèle que notre système scolaire devient de plus en plus inégalitaire socialement. La simple suppression m’a fait penser au proverbe : “Quand le sage montre la Lune, l’idiot regarde le doigt”. Ou encore à cette expression anglaise “Shoot the messenger” (“Tuer le messager”) qui se réfère à cette tentation que nous avons de nous débarrasser du porteur de la mauvaise nouvelle plutôt que de nous attaquer à la nouvelle elle-même.

    Nicolas fait partie de la première promotion de l’ENA entièrement délocalisée à Strasbourg (la promotion 2006). Il connaît bien les débats sur sa suppression, l’histoire de l’institution et de ses réformes successives. Dans ce podcast, il fait même une petite histoire de la critique de l’ENA, dont Jean-Pierre Chevènement a été l’une des figures de proue. (Depuis que nous avons enregistré ce podcast, des journalistes ont eu l’idée de recueillir les réactions de ce critique de l’ENA à l’annonce de la réforme de Macron. Chevènement a répondu : “C'est comme si le Pape avait proposé la dissolution de la curie romaine !”)

    Dans notre conversation “A deux voix”, nous discutons avec passion de toutes les controverses qui entourent cette annonce, de l’histoire de l’ENA, de son fonctionnement, des réformes successives que l’école a connues, du vécu de Nicolas à l’école, des débats sur la méritocratie, et de beaucoup d’autres choses encore.

    J’ai hâte de lire vos réactions !

    * Ces 20% de diplômés qui se détachent (ma conversation avec Jean-Laurent Cassely)

    * L'ambition : un concept dépassé ? (conversation “À deux voix”)

    * Mettons du design dans nos services publics (mon Édito à l’occasion de mon interview de Hilary Cottam)

    * Pour en finir avec l'opposition public/privé (conversation “À deux voix”)

    * Qu'est-ce que "faire carrière" aujourd'hui ? (conversation “À deux voix”)

    * Innover dans les services publics (Édito de Nicolas et conversation avec Sébastien Soriano)

    * Jean Castex et la sociologie des élites (conversation “À deux voix”)

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    (Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)



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    1 hr 3 min
  • Les petites victoires des innovateurs

    “Innover” : tout le monde a ce mot à la bouche—des chefs d’entreprise aux ministres, des consultants aux journalistes. En revanche, beaucoup de gens méconnaissent la bonne façon d’innover : non de façon massive, mais avec une approche incrémentale où chaque petit pas se conclut (espérons-le) par une “petite victoire”.

    Voici, dans cette édition de Nouveau Départ, ma conversation avec Philippe Silberzahn, auteur du livre Petites victoires qui vient de paraître chez Diateino, dans laquelle nous explorons ce sujet sous tous les angles. Bonne écoute !

    Pourquoi l’innovation est-elle si importante dans l’économie d’aujourd’hui ? La raison est simple : nous vivons un changement de paradigme, qui nous emmène de l’économie fordiste, dominée par la production de masse, à l’économie numérique, dominée par l’informatique et les réseaux. Dans cette économie en transition, l’innovation ne peut que prospérer, au point de devenir omniprésente.

    Par exemple, d’innombrables entrepreneurs font irruption sur le marché avec des idées nouvelles : comment résoudre un problème resté jusqu’ici sans solution ; comment faire baisser le prix d’un produit jusqu’ici trop cher et le rendre ainsi accessible au plus grand nombre ; comment améliorer la rentabilité et la profitabilité d’une activité pour la faire grandir sur des bases plus solides. Tout cela, c’est de l’innovation.

    Mais les entreprises en place, elles aussi, sont confrontées à l’impératif d’innovation. Elles ont si bien réussi dans l’ancien paradigme que leur organisation et leur fonctionnement sont inadaptés au nouveau. Pour avoir une chance de survivre à la transition, elles doivent donc repositionner leur activité, lancer de nouveaux produits, changer la nature de leur relation avec leurs clients. Là encore, de l’innovation.

    Philippe Silberzahn, professeur à l’EM Lyon, s’intéresse depuis longtemps à l’innovation en général mais aussi et surtout à la pratique de l’innovation. Qui sont les innovateurs ? Et que font-ils au quotidien ? Telles sont les questions que nous abordons, parmi d’autres, dans cette conversation sur le nouveau livre de Philippe, Petites victoires : et si la transformation du monde commençait par vous ? (Diateino).

    En particulier, nous évoquons le sujet central de son livre : le constat empirique que l’innovation avance toujours à petits pas. Les innovateurs doivent donc se concentrer sur les “petites victoires” du quotidien, qui permettent de progressivement installer un consensus autour d’une nouvelle manière de faire. Ce n’est qu’après avoir ainsi changé les esprits qu’on peut enfin basculer dans le nouveau paradigme.

    Cette vision tranche avec une approche fantasmatique de l’innovation, qui continue malheureusement de dominer en France : l’idée selon laquelle l’innovation relève forcément de l’action massive et que seul un “grand plan” permet de forcer l’innovation sur un corps social forcément récalcitrant. Cette vision du “grand soir de l’innovation” est présente dans le secteur public comme dans le secteur privé.

    Or, comme Philippe l’explique dans notre échange, c’est souvent l’inverse qui se passe : beaucoup d’individus au sein de l’organisation sont faciles à convaincre ; ce qui pose problème, en revanche, ce sont les dirigeants aux échelons intermédiaires comme au sommet. En dépit des beaux discours, ceux-ci ne finissent souvent par prendre l’innovation au sérieux que lorsque celle-ci fait déjà l’objet d’un consensus. D’où l’importance de se focaliser sur les petites victoires plutôt que sur le grand soir !

    Le propos de Philippe va d’ailleurs bien au-delà des grands principes. Il fournit aux activistes de l’innovation une méthode pour remporter ces petites victoires et ainsi faire avancer la cause de l’innovation. Comme il l’écrit,

    Depuis longtemps, un courant de recherche défend l’idée d’une approche incrémentale du changement, c’est-à-dire par petits pas. Une série de petites victoires est plus susceptible de résoudre les problèmes complexes, qu’il s’agisse de la transformation d’une entreprise ou de la lutte contre le réchauffement climatique. Malgré de nombreux succès, ce courant n’a jamais développé de méthode pratique, laissant les activistes démunis. Petites victoires ambitionne de combler ce manque.

    Je vous souhaite une excellente écoute et vous engage à aller plus loin en achetant le livre de Philippe ! À bientôt et n’hésitez pas à nous envoyer remarques et suggestions.

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    53 min
  • Le foyer à l'épreuve de la longévité

    Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine, épisode 3 de notre projet La flamme et le vent, est consacré à la longévité et à ses conséquences pour le foyer.

    La pandémie aurait effacé plusieurs années de gains d’espérance de vie. En France, on a perdu 6 mois d’espérance de vie en moyenne ! C’est inédit depuis la seconde guerre mondiale. Mais malgré cela, nous vivons dans un contexte démographique radicalement différent de celui de nos grand-parents.

    Notre longévité est bien supérieure : à l’exception de l’année passée, nous avons gagné entre 2 et 3 ans d’espérance de vie tous les 10 ans depuis deux siècles. Nos carrières sont plus longues. Les transitions professionnelles sont plus fréquentes. Les personnes âgées sont plus nombreuses dans la société. Et les modèles familiaux sont pluriels et en recomposition.

    Pourtant nous sommes souvent prisonniers d’institutions (la retraite, l’école, la protection sociale) et d’idées héritées d’une époque où le contexte démographique était très différent. Nous avons tendance à sous-estimer notre longévité, à ne pas épargner assez, à projeter nos besoins futurs sur ceux de nos parents aujourd’hui.

    Par ailleurs, nous avons hérité d’un monde du travail qui a été façonné à une époque où une seule personne prenait essentiellement soin du foyer, des relations humaines et de la santé mentale de la famille, tandis que l’autre pouvait se consacrer pleinement au travail. À l’épreuve d’une plus grande longévité, serons-nous capable de faire évoluer notre vision du foyer et des rôles respectifs des personnes qui le composent ?

    Dans The 100-Year Life, Lynda Gratton et Andrew Scott parlent de ce capital intangible qu’il s’agit de préserver et développer à l’âge d’une longévité accrue. Dans un article consacré à cet ouvrage majeur, Laetitia écrivait :

    Une famille solidaire, des amis proches, des compétences et des connaissances étendues, une bonne santé physique et mentale ; voilà le capital intangible nécessaire pour mener une vie agréable. Et pourtant, nous avons souvent tendance à nous concentrer sur la gestion de nos finances (la gestion de notre capital tangible)… Pour Gratton et Scott, la gestion du capital doit prendre en compte tant le capital tangible que le capital intangible. Notre capital « nécessite un entretien attentif, et un investissement réfléchi ».

    Le capital intangible peut être divisé en 3 catégories :

    * le capital productif (compétences et connaissances)

    * le capital vitalité (santé, famille, amis)

    * le capital transformationnel (connaissance de soi, réseaux divers, ouverture à de nouvelles expériences)

    Dans le modèle à trois étapes, les travailleurs pouvaient exploiter tout au long de leur vie le capital productif acquis durant leur jeunesse. En ce qui concerne le capital vitalité, ils pouvaient s’appuyer sur leur conjoint(e), sur les week-ends et sur l’étape de la retraite, pour en profiter le plus longtemps possible. Le capital transformationnel, lui, n’était pas indispensable.

    Dans un modèle multi-étapes, la flexibilité et l’agilité mentale (capital transformationnel) deviennent nécessaires.

    Notre nouveau projet  | La flamme et le vent | Épisode 0 (conversation “À deux voix”)

    Enfance : les transitions de la famille | La flamme et le vent | Épisode 1 (conversation “À deux voix”)

    Le piège du couple à deux carrières | La flamme et le vent | Épisode 2 (conversation “À deux voix”)

    Logement : tout ce qui change avec la pandémie (conversation “À deux voix”)

    Pandémie et démographie (conversation “À deux voix”)

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    58 min
  • Ces 20% de diplômés qui se détachent

    Et si la fracture la plus pertinente dans notre société n’était pas entre les 1% les plus riches et les 99% restant, mais plutôt entre les 20% les plus diplômés et les autres ? C’est le sujet du livre de Jean-Laurent Cassely et Monique Dagnaud paru cette année : Génération surdiplômée. Les 20% qui transforment la France (Odile Jacob).

    Voici, dans cette édition, mon interview de Jean-Laurent Cassely. Le podcast est un peu plus long que d’habitude… car nous n’avons pas pu nous arrêter !

    Les 20% de Français qui sortent du système scolaire avec un master ou un diplôme de “grande école” ne sont pas tous riches et puissants, mais ils n’en ont pas moins une influence considérable sur la société. C’est de ce constat que part l’enquête du journaliste Jean-Laurent Cassely et de la sociologue Monique Dagnaud.

    De multiples recherches sur les surdiplômés des pays occidentaux se réfèrent au chiffre des 20%. Cette compétition a valeur quasiment existentielle, et au-delà de ses rétributions concrètes en statuts et revenus, elle figure dans l’imaginaire et les représentations. Les films et les médias d’images, dans l’ensemble, puisent chez les 20% l’essentiel de leurs inspirations : un monde où s’impose l’aisance culturelle, le voile de légèreté que procure le sentiment de pouvoir choisir sa vie, l’autorité du savoir et le plaisir du langage chatoyant où les mots s’enchaînent et ne se cherchent jamais, la maîtrise du corps et les codes vestimentaires.

    Chroniqueur à Slate et L’Express, Jean-Laurent porte depuis longtemps déjà un regard tout ‘sociologique’ sur ces diplômés, leurs habitudes de consommation et leur mode de vie urbain. Il y a quelques années, il s’était penché sur ces “premiers de la classe” qui se rebellent en fuyant les tours de la Défense pour trouver du sens au travail dans des nouvelles formes d’artisanat.

    Les auteurs ont mené de nombreux entretiens auprès de jeunes actifs diplômés. Ils en ont dressé un portrait, autour d’une matrice qui les classe en ‘sous-élite’ et ‘alter-élite’. Jean-Laurent explique comment et pourquoi ils ont élaboré cette matrice et tout ce qui distingue ces jeunes diplômés de la génération précédente.

    À l’âge du Brexit et de la présidence de Donald Trump, de nombreux auteurs britanniques et américains se sont penchés sur ce sujet de la fracture du diplôme. Les auteurs puisent abondamment dans ce corpus anglo-saxon. Parmi les auteurs mentionnés, il y a David Goodhart qui distingue deux catégories de population en fonction de leur rapport à la mobilité :

    les people of anywhere — “ceux qui sont de partout” dans la traduction française — qui sont plus à l’aise dans la galaxie mondialisée, qui peuvent “faire leur nid” à peu près n’importe où grâce à leur expertise liée à l’économie moderne, garantie par leur diplôme, et sont dotés d’une “identité portative” ; et les people from somewhere : “ceux qui sont de quelque part” et qui, faute des atours culturels suffisants, ont les semelles attachées à un territoire, et qui dont se caractérisent par une “identité fixe” s’arc-boutant sur la défense un style de vie “local” et se sentant en danger face à l’immigration.

    J’ai interrogé Jean-Laurent sur son travail, la mobilité sociale et géographique en France, la différence entre l’élite d’hier et les ‘sous-élite’ et ‘alter-élite’ d’aujourd’hui, l’approche sociologique qui est la leur, la notion de méritocratie, le style de vie des diplômés, et aussi les lecteurs de ses livres. Écoutez l’interview : il y a beaucoup d’autres choses encore !

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    1 hr 20 min
  • 🇸🇬 Singapour, cette cité-État érigée en modèle

    Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à une discussion sur le “modèle” singapourien, érigé en exemple en temps de pandémie. 

    Singapour, ce tout petit pays de 6 millions d’habitants et 724 kilomètres carrés à la pointe sud de la péninsule malaise, est régulièrement érigé en exemple depuis le début de la pandémie de COVID-19. Le taux de mortalité au virus y est le plus faible au monde et la stratégie dite “tester-tracer-isoler” y a été des plus efficaces. Aujourd’hui, on compte moins de 100 cas actifs. Malgré des clusters dans les dortoirs de migrants, un an après, le bilan global fait de Singapour l’un des quelques pays où la pandémie a été la mieux gérée.

    Mais la gestion de la crise sanitaire n’est pour nous qu’un prétexte pour discuter de Singapour dont l’histoire est absolument passionnante. Après avoir lu l’autobiographie de Lee Kuan Yew, le premier dirigeant de Singapour, et après avoir visité Singapour il y a deux ans, Nicolas s’est passionné pour l’histoire de cette plaque tournante asiatique. Du coup, je m’y intéresse aussi depuis plusieurs années déjà.

    Devenu indépendant de l’empire britannique en 1958, le pays a d’abord été rattaché à la Malaisie, avant de devenir un État souverain en 1965 (Nicolas revient en détails sur ces premières années de l’histoire singapourienne riches d’enseignements sur l’empire britannique). Malgré l’absence de ressources, de gros problèmes de logement et d’accès à l’eau, Singapour est aujourd’hui l’un des pays les plus riches du monde : en PIB par tête, Singapour est environ 30% plus riche que la France.

    Avec Nicolas, nous discutons de l'histoire du pays et ses enseignements, de la personnalité de Lee Kuan Yew et de toutes les raisons pour lesquelles le pays est érigé en modèle. Ce régime que l’on appelle souvent une “dictature bienveillante” (ou une “démocratie autoritaire”) nous fascine pour au moins sept raisons que nous développons au fil de notre conversation dans ce podcast :

    * La question linguistique : pour unifier et former cette population à 74% chinoise (le reste est composé essentiellement de Malais et d’Indiens), Lee Kuan Yew a mené une politique délibérée d’ingéniérie linguistique pour imposer l’usage de l’anglais pour tous et du mandarin pour la majorité chinoise.

    * Le système éducatif : désormais en tête du classement établi par le programme PISA de l’OCDE (Programme for International Student Assessment), Singapour a fait de l’éducation sa plus grande force depuis plusieurs décennies. Quand on n’a pas de ressources, il faut de la matière grise !

    * La politique du logement : au début, le logement était un grand problème à Singapour, mais grâce à une politique autoritaire inspirée de Henry George (un penseur américain pour qui la propriété du sol est à l’origine de toutes les inégalités), Singapour a produit 80% de logements sociaux. Pour forcer l’harmonie et la cohésion sociale, rien n’est laissé au hasard !

    * Le modèle urbain : pour les urbanistes, Singapour est une ville passionnante. C’est l’une des villes les plus denses du monde et plus de 50% de la surface est bâtie. L’espace est parfaitement optimisé en hauteur et en souterrain. Les infrastructures sont à la pointe. C’est aussi la plus célèbre smart city au monde. 

    * La place financière : Singapour est la 4ème place financière au monde mais à la différence de Hong Kong, c’est surtout la finance de “marchands” qui y est à l’honneur. Il n’empêche qu’il y a l’une des plus fortes concentrations de millionnaires au monde, comme on le voit dans le film Crazy Rich Asians (2018).

    * La gestion de l’eau : l’eau est rare et il faut en importer à grands coûts de Malaisie, mais du coup, Singapour est à la pointe dans le domaine de l’eau aussi. Captation des eaux de pluie, recyclage des eaux usées, désalinisation… aucun pays ne fait mieux.

    * La question démographique : 6 millions d’habitants très riches, un taux de fécondité très bas (on investit tellement dans chaque enfant qu’il est impossible d’en avoir beaucoup), une diversité ethnique importante, et des immigrés parqués dans des dortoirs… Singapour va-t-elle relever le défi démographique ?

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    1 hr 7 min
  • Les réseaux avant et après la pandémie

    Chaque lundi nous envoyons un “Édito”, un aperçu d’une interview avec un·e invité·e passionnant·e (francophone ou non) et quelques informations pour mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente.

    À l’agenda aujourd’hui 👇

    * Mon “Édito” sur les réseaux à l’ère des réseaux 👆

    * Kelly Hoey sur la construction d’un réseau de rêve

    * Nos conversations à venir cette semaine

    * Ce que vous avez peut-être manqué la semaine dernière

    La question des réseaux est au cœur de mon travail depuis longtemps. J’appelle d’ailleurs la période actuelle, issue de la transition vers une économie plus numérique, “l’âge de l’informatique et des réseaux” :

    * l’âge de l’informatique car nous sommes tous équipés d’un nombre croissant de terminaux informatiques dont la puissance de calcul augmente sans cesse ;

    * mais aussi l’âge des réseaux car nous utilisons ces terminaux (nos ordinateurs, nos smartphones) essentiellement pour nous connecter les uns aux autres.

    Nous sous-estimons nos connexions à d’autres individus car beaucoup de ces connexions rendues possibles par le numérique sont implicites et invisibles. Par exemple, nous sommes connectés les uns aux autres parce que nous consultons des avis publiés par d’autres clients avant d’acheter un produit sur Amazon. Ou encore les questions que nous soumettons tous les jours à Google sont analysées pour nous suggérer en temps réel de meilleures manières de poser ces questions (ce qu’on appelle “auto-complétion” en informatique) : nous sommes ainsi connectés en réseau par notre contribution mutuelle à l’amélioration du moteur de recherche de Google.

    Que deviennent les réseaux personnels – qui, contrairement aux deux exemples ci-dessus, sont conscients et explicites – dans ce monde de l’interconnexion généralisée ? Sur ce point, les choses changent sur plusieurs fronts.

    Tout d’abord, la facilité à se connecter les uns aux autres dévalorise les connexions individuelles. À une époque, posséder la carte de visite d’un individu avait une grande valeur : cela signifiait qu’on avait rencontré cette personne dans le passé et qu’elle nous avait jugé suffisamment digne de confiance pour partager ses coordonnées. Aujourd’hui, les mêmes informations sont accessibles à tous sur LinkedIn. La carte de visite a donc perdu sa valeur économique, sinon symbolique. Il faut bien plus qu’une carte de visite pour prétendre intégrer un individu à son réseau personnel.

    En même temps, développer une relation avec une autre personne ne signifie plus forcément rencontrer cette personne “en vrai” pour des déjeuners, des réunions ou des congrès. Des applications comme Twitter nous ont déjà habitués à l’idée d’avoir des conversations intéressantes entre personnes qui ne se sont jamais rencontrées. Depuis au moins deux ans, ma société The Family compte dans son portefeuille plusieurs startups dont les cofondateurs ne s’étaient jamais rencontrés avant de créer ensemble leur entreprise. Et depuis un an, la pandémie et la difficulté à se déplacer et se rencontrer ont banalisé l’idée de faire connaissance à distance.

    Pour autant, la pandémie n’est qu’un état transitoire. Je suis curieux de voir ce que deviendront toutes ces relations nouées à distance une fois la pandémie passée. Reviendrons-nous à la normale en nous repliant sur notre réseau historique développé à notre voisinage immédiat ? Ou bien développerons-nous ces nouvelles relations nouées à distance grâce à toutes ces applications, toujours plus diverses, qui nous permettent de nous connecter de plus en plus facilement les uns aux autres ? On ne parle plus seulement de Facebook, LinkedIn et Twitter, mais aussi, désormais, de TikTok, Discord, Clubhouse, et bien d’autres nouvelles applications encore inconnues.

    La deuxième hypothèse est celle qu’envisageait Balaji S. Srinivasan dès 2013 dans un article intitulé “Le numérique réorganise le monde”. Pour lui, Internet permet moins d’entretenir des relations initialement nouées dans le monde réel que de développer de nouvelles relations avec des personnes dont nous nous rapprochons ensuite, dans un second temps, en nous installant à proximité les uns des autres. L’exemple que donne Balaji est la Silicon Valley : ce territoire où s’installent tous ces gens (entrepreneurs, investisseurs, opérateurs) qui se sont d’abord connectés les uns aux autres sur Internet, puis ont identifié la baie de San Francisco comme l’endroit où se retrouver pour apprendre à travailler ensemble et faire ainsi grandir des entreprises numériques.

    À ce sujet, il est évident que la pandémie change la donne. Grâce à elle, nous avons appris à faire grandir des entreprises à distance, ce qui dévalorise l’idée de se rassembler dans la Silicon Valley pour ce faire. Mais cela n’empêchera pas les individus connectés les uns aux autres de se rapprocher en fonction d’autres affinités.

    L’économie des réseaux a ainsi été bouleversée par la transition numérique puis par la pandémie. Cependant, comme l’explique la spécialiste du networking Kelly Hoey dans sa conversation avec Laetitia partagée il y a quelques jours avec nos abonnés, ses grands principes restent inchangés. Découvrez un aperçu de cet échange ci-dessous, puis écoutez le podcast dans son intégralité (en anglais) sur le site de Building Bridges, sur Apple Podcasts ou Spotify. À bientôt !

    👉 Networking Needs A Rebrand | Kelly Hoey 🎧

    Kelly Hoey est une conférencière spécialisée dans le sujet du networking et autrice du livre Build Your Dream Network. Si vous pensez que le networking, cela consiste à faire le lèche-botte dans des cocktails ennuyeux ou à parcourir LinkedIn à la recherche de nouveaux contacts à ajouter, vous avez tout faux ! Il est temps de donner une définition plus positive au networking. Pour bien faire, il est essentiel de commencer toujours par cette première question : comment puis-je aider les autres ?

    Le livre de Kelly, Build Your Dream Network: Forging Powerful Relationships In A Hyper-Connected World, fait un carton depuis plusieurs années. “Le networking a besoin d'une nouvelle image”, nous dit-elle. On a trop longtemps considéré le networking comme une activité assez négative (et plutôt masculine) qui consiste à se mettre en avant et à chercher à tirer profit des autres. Pourtant, le bon networking, ça n’est pas cela du tout !

    La pandémie et la distanciation sociale qui l'accompagne ont prouvé une chose : plus que jamais, nous avons besoin de relations humaines fortes pour survivre et a fortiori pour prospérer. Nos carrières, mais aussi notre santé mentale et physique, dépendent de la solidité et de l'authenticité des relations que nous entretenons. On a laissé la solitude devenir l'épidémie de ce siècle. Il est temps d’apprendre à mieux se connecter aux autres dans ce monde hyperconnecté !

    Insatisfaite de la définition du networking axée sur une vision utilitariste étriquée, Kelly s'est intéressée plutôt au mot ‘net’ dans networking. Le net en anglais, c’est un ‘filet’, “un tissu ajouré fait de fils ou de cordes qui sont tissés ou noués ensemble à intervalles réguliers”. Cette définition est bien plus intéressante car, écrit-elle, “pour moi, le networking, c’est un processus continu de création et de renforcement des relations. Il ne se limite pas à une seule activité, comme les présentations par mail ou les cocktails dans le hall du siège d'une société.”

    Kelly a écrit ce livre il y a quelques années. Mais ses messages semblent plus pertinents que jamais. Nous avons tous besoin d'un meilleur ‘filet’. La frontière entre la vie privée et professionnelle devenant de plus en plus floue, il semble plus évident qu'une nouvelle approche du networking ne peut qu’aider dans les deux dimensions. 

    D’ailleurs, une bonne partie de ce qu’elle dit et écrit résonne particulièrement à la lumière des réflexions de Laetitia sur les évolutions du travail et de l'expertise. De plus en plus, créer une offre professionnelle, développer une expertise et faire rayonner une réputation professionnelle, cela ne requiert…



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    6 min
  • Le piège du couple à deux carrières

    Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine, par ailleurs épisode numéro 2 de notre projet La flamme et le vent, est consacré au couple en tant qu’entité et ses conséquences sur nos choix et l’économie.

    Ce qui se passe au sein du couple n’est pas sans conséquence sur le marché du travail dans son ensemble et les inégalités au travail (y compris concernant les personnes qui ne sont pas en couple). C’est ce dont Laetitia et moi parlons dans ce second podcast consacré à notre projet La flamme et le vent.

    Comme l’a écrit Laetitia dans cet article consacré au livre Couples that Work de Jennifer Petriglieri (dont il est beaucoup question dans ce podcast) :

    Nous sommes nombreux à entretenir cette fiction selon laquelle la vie de famille est séparée de la vie professionnelle, c’est-à-dire que le travail et la famille existent sur deux plans distincts. Il y aurait d’un côté, ce qui relève du « privé », et de l’autre, ce qui relève du « professionnel ». La réalité, bien sûr, est tout autre. La famille et le couple sont des entités qui façonnent les carrières et les décisions individuelles. Ce sont aussi des systèmes économiques en soi au sein desquels les rôles individuels doivent être définis, et les revenus et les dépenses équilibrés.

    Le fait que les familles soient en elles-mêmes des entités économiques explique en grande partie pourquoi les inégalités femmes-hommes ont tendance à s’accroître avec le temps. Dans les couples de sexe opposé avec enfants, les pères ont tendance à voir leur carrière s’accélérer après la naissance de chaque nouvel enfant — c’est ce que les sociologues appellent la « prime à la paternité » — tandis que les mères ont tendance à voir leur carrière décliner voire s’arrêter quand elles ont des enfants — c’est le « prix de la maternité ».

    Il est intéressant de noter que la généralisation des couples à deux carrières s’est accompagnée d’une relative paupérisation et précarisation des travailleurs, notamment américains. C’était le sujet du livre The Two-Income Trap: Why Middle-Class Mothers and Fathers Are Going Broke, écrit en 2004 par Elizabeth Warren et sa fille Amelia Warren Tyagi – des années avant que Warren ne devienne sénatrice puis candidate à la présidentielle américaine de 2020. L'ouvrage examine les causes de l'augmentation des taux de faillite personnelle et d'insécurité économique dans les ménages américains.

    Laetitia et moi nous penchons aussi sur les trois phases de la vie d’un couple, la typologie des types de “contrats” qui existent dans les couples à deux carrières, et le piège qu’a représenté le développement de ces couples. Le “salaire d’appoint” a hélas la vie dure et explique en partie la paupérisation relative de certains secteurs où les femmes sont de plus en plus nombreuses, comme les métiers de l’enseignement ou ceux du droit.

    Notre nouveau projet  | La flamme et le vent | Épisode 0 (conversation “À deux voix”)

    Enfance : les transitions de la famille | La flamme et le vent | Épisode 1 (conversation “À deux voix”)

    Logement : tout ce qui change avec la pandémie (conversation “À deux voix”)

    Pandémie et démographie (conversation “À deux voix”)

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    (Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)



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    59 min
  • 🕸️ Construire un réseau de rêve

    Pour le podcast Building Bridges, j’ai interviewé Kelly Hoey, conférencière sur le sujet du networking et autrice du livre Build Your Dream Network. Si vous pensez que le networking, cela consiste à faire le lèche-botte dans des cocktails ennuyeux ou à parcourir LinkedIn à la recherche de nouveaux contacts à ajouter, vous avez tout faux ! Il est temps de donner une définition plus positive au networking. Pour bien faire, il est essentiel de commencer toujours par cette première question : comment puis-je aider les autres ?

    Le livre de Kelly, Build Your Dream Network: Forging Powerful Relationships In A Hyper-Connected World, fait un carton depuis plusieurs années. “Le networking a besoin d'une nouvelle image”, nous dit-elle. On a trop longtemps considéré le networking comme une activité assez négative (et plutôt masculine) qui consiste à se mettre en avant et à chercher à tirer profit des autres. Pourtant, le bon networking, ça n’est pas cela du tout !

    La pandémie et la distanciation sociale qui l'accompagne ont prouvé une chose : plus que jamais, nous avons besoin de relations humaines fortes pour survivre et a fortiori pour prospérer. Nos carrières, mais aussi notre santé mentale et physique, dépendent de la solidité et de l'authenticité des relations que nous entretenons. On a laissé la solitude devenir l'épidémie de ce siècle. Il est temps d’apprendre à mieux se connecter aux autres dans ce monde hyperconnecté !

    Insatisfaite de la définition du networking axée sur une vision utilitariste étriquée, Kelly s'est intéressée plutôt au mot ‘net’ dans networking. Le net en anglais, c’est un ‘filet’, “un tissu ajouré fait de fils ou de cordes qui sont tissés ou noués ensemble à intervalles réguliers”. Cette définition est bien plus intéressante car, écrit-elle, “pour moi, le networking, c’est un processus continu de création et de renforcement des relations. Il ne se limite pas à une seule activité, comme les présentations par mail ou les cocktails dans le hall du siège d'une société.”

    Kelly a écrit ce livre il y a quelques années. Mais ses messages semblent plus pertinents que jamais. Nous avons tous besoin d'un meilleur ‘filet’. La frontière entre la vie privée et professionnelle devenant de plus en plus floue, il semble plus évident qu'une nouvelle approche du networking ne peut qu’aider dans les deux dimensions. 

    D’ailleurs, une bonne partie de ce qu’elle dit et écrit résonne particulièrement à la lumière de mes réflexions sur les évolutions du travail et de l'expertise. De plus en plus, créer une offre professionnelle, développer une expertise et faire rayonner une réputation professionnelle, cela ne requiert plus forcément la “permission” d’une institution (comme le diplôme universitaire, par exemple).

    Tout le monde est un expert

    Les diplômes universitaires peuvent être contournés

    N'importe qui peut créer une entreprise, n'importe où

    La méritocratie, c'est de la foutaise

    On peut prendre le contrôle sur sa carrière et se donner le titre que l’on veut au travail (et sur sa carte de visite) (...) ce qui compte, ce n'est pas ce que vous savez ni même qui vous connaissez, mais plutôt qui sait ce que vous savez.

    Dans ce nouveau monde du travail, rien n'est jamais acquis. Le fait que les barrières à l'entrée soient moins élevées qu'auparavant signifie qu'il est possible pour un plus grand nombre de personnes de créer une entreprise et de développer un réseau en partant de zéro, mais cela signifie aussi que le travail n'est jamais terminé et que vous ne pouvez pas vous reposer sur vos lauriers !

    Le networking ne s’arrête jamais.

    À n'importe quel stade de votre carrière, une nouvelle opportunité nécessite de construire un nouveau réseau ou de retravailler les connexions existantes d'une nouvelle manière. Se reposer seulement sur le statu quo actuel en matière de networking, cela n'est pas suffisant.

    Il est essentiel aussi d’arrêter de présenter les actions de networking en ligne comme forcément “inférieures” à ce qui serait plus “réel” hors ligne. L’intention et l’esprit comptent plus que le moyen. En fait, les connexions en ligne et hors ligne se complètent. Les premières ne sont pas moins réelles que les secondes. En fait, les deux catégories sont profondément imbriquées et dépendantes. 

    Il y a tant de choses à faire pour améliorer sa capacité à cultiver des relations riches de sens, tant en ligne que hors ligne. La période actuelle présente des défis importants pour beaucoup d’entre nous, mais elle est aussi riche d’enseignements.

    J’ai apprécié cette conversation avec Kelly Hoey (en anglais). Si le sujet vous interpelle, vous pouvez l’écouter 🎧 en intégralité sur le player Substack ☝️ ou sur Apple Podcasts ou Spotify. N'hésitez pas à partager ce podcast avec des personnes que cela pourrait intéresser. Oui, c’est du networking, mais ça n’est plus un gros mot 🕸️ 💌

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    59 min
  • Productivité : pas de recette miracle

    Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à des réflexions sur la productivité dans les métiers créatifs. Qu’est-ce que la productivité ? Existe-t-il des “secrets de productivité” ?

    Il ne se passe pas un jour sans que ne soit publié un article sur les “secrets de la productivité”. Freelances et salariés en télétravail, confrontés à des changements radicaux dans leur manière de travailler, sont friands de recettes pour devenir plus productifs, rester plus concentrés ou préserver un équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Par exemple, les morning routines ou evening routines sont devenus un genre à part entière pour les travailleurs en mal de conseils.

    Mais les secrets de productivité nous ont toujours laissés quelque peu sceptiques, Nicolas et moi. En économie, la productivité, c’est un ratio entre la valeur de la production (de biens ou de services) et les moyens mis en œuvre pour sa réalisation (en l'occurrence, par exemple, le nombre d’heures travaillées). Elle mesure l’efficacité avec laquelle on utilise une ressource. Mais ces personnes qui parlent de productivité ne précisent généralement pas ce qui est mesuré. Quelle est la valeur de la production ? Quel est le ratio ? De quoi parle-t-on, au juste ? Par exemple, peut-on parler de “productivité” à propos de l’exécution de tâches sans valeur ? 

    Faute d’avoir un output identifiable et facilement mesurable, on risque de choisir de mauvais indicateurs : le nombre de mails traités, par exemple, ou le nombre d’heures de cours délivrées – plutôt que, respectivement, la valeur des relations que les emails permettent d’entretenir, ou le savoir effectivement transmis aux élèves. Dans le monde de la santé, la “productivité” concerne le nombre d’actes médicaux réalisés, pas la santé des patients !

    Être productif au service d’une production néfaste, toxique ou inutile, est-ce une bonne chose ? Et qu’est-ce que la productivité dans le cadre d’une relation salariale dans une entreprise où il faut se montrer présent, c’est-à-dire qu’il y a plus de valeur à donner l’apparence de la productivité qu’à être réellement productif ?

    Cela nous amène aussi à nous poser cette question : à qui appartiennent les gains de productivité d’un travailleur salarié payé au nombre d’heures travaillées ? Par exemple, si un développeur salarié automatise une partie de son travail, alors le temps gagné ne lui appartient pas forcément. En faisant en 6 heures ce qu’elle faisait en 10, une personne à son compte peut en revanche décider de se reposer 4 heures de plus ou bien de réaliser une mission supplémentaire qui lui apportera plus de chiffre d'affaires. 

    Le concept même de productivité provoque une forme d’ennui que je n’arrive pas à réfréner tant il rappelle l’aliénation d’un travail industriel répétitif. La productivité repose sur l’optimisation des ressources. Elle est l’ennemie du gaspillage, donc également de l’innovation, de l’apprentissage et de la créativité. On ne peut pas être productif quand on fait quelque chose de nouveau, ni quand on est en phase d’apprentissage. Dans mon cas, le concept était particulièrement pertinent quand j’étais enseignante et que je corrigeais des centaines de copies.

    En fait, il faut d’abord commencer par s’interroger sur le but de son travail, les différentes tâches qui le composent, la part de deep work et de shallow work dans son travail, ce qu’est la “valeur” et comment on la mesure, et à qui appartiennent les gains de productivité. Vous l’aurez compris, il n’y a donc probablement pas de “recette miracle” pour être productif 🤔

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