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Cette semaine, mon invitée est Corinne Vadcar, analyste à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris-Île-de-France, économiste spécialisée dans le commerce international et co-autrice de la recente étude Entreprises et création de valeur : Rapprocher la chaîne de valeur au plus près du client. Nous nous sommes entretenus il y a quelques semaines dans un contexte où le commerce international se transforme à toute vitesse et où les chaînes de valeur se déforment en conséquence.
La notion de “chaîne de valeur” sonne comme du jargon de consultant. On la doit d’ailleurs à Michael Porter, professeur à Harvard et l’un des fondateurs de la stratégie d’entreprise en tant que discipline académique et pratique. Pourtant, il y a derrière cette notion une réalité bien tangible, qui façonne le monde qui nous entoure : tout marché est servi par une filière, c’est-à-dire des entreprises qui appartiennent à des secteurs différents mais combinent leurs activités de façon à ajouter de la valeur à chaque étape – de l’extraction des matières premières au service rendu au client final, en passant par la transformation, l’assemblage, la distribution… et j’en passe.
Toutes ces activités qui se combinent de l’amont à l’aval, c’est ce qu’on appelle la “chaîne de valeur”. Par exemple, les équipementiers automobiles fournissent des pièces aux constructeurs automobiles, lesquels assemblent des voitures qu’ils acheminent ensuite jusqu’à une concession automobile, où la voiture est vendue au client final. Ou encore, des cultivateurs font pousser des oléagineux, qui sont ensuite transformés en huiles de grande consommation, dont les bouteilles sont disposées sur les rayons des supermarchés et achetées pour préparer de bonnes salades. Derrière chaque “secteur” de l’économie, il y a toujours une “chaîne de valeur” qui s’allonge et se complexifie à l’infini, enjambant les frontières et s’incarnant dans des activités économiques en réalité très diverses – extraction, recherche, industrie, services.
J’ai moi-même découvert la puissance didactique de la notion de “chaîne de valeur” à l’époque où j’ai écrit un article intitulé Les cinq étapes du déni. Publié sur la publication Medium de ma société The Family en 2015, cet article a connu un succès immédiat : il m’a valu des dizaines d’invitation à venir parler devant des cadres d’entreprises, une proposition (acceptée) de devenir professeur associé à l’Université Paris-Dauphine, et un succès d’audience jamais égalé depuis. Aujourd’hui encore, cet article est le plus vu sur mon compte Medium, et aucun des articles que j’ai publié depuis sur Substack ou ailleurs ne l’a encore rattrapé en nombre de vues et en impact. J’en ai déduit que les chaînes de valeur fascinent et aident à comprendre !
Pourtant, comme me l’a expliqué Corinne, la notion de “chaîne de valeur” ne va pas sans difficulté. Elle est brouillée, notamment, par la fascination collective que nous éprouvons face à des activités qui, en réalité, occupent une place assez marginale dans les chaînes de valeur. La recherche et développement, par exemple, c’est important, mais cela ne crée pas tant de valeur (en tout cas tant que ça ne débouche pas sur de l’innovation). Quant aux usines, certes ça crée quelques emplois et ça nous rappelle notre passé glorieux de grande nation industrielle, mais, là encore, la quote-part de la valeur ajoutée par ce maillon particulier n’est plus si élevée.
Malheureusement, ces déformations des chaînes de valeur traditionnelles et cette redistribution de la valeur entre les différents maillons nous échappent largement. Nous ne disposons pas encore de cadres d’analyse bien compris et partagés pour nous éclairer dans notre entendement de l’économie : le fait, par exemple, que la valeur réside de plus en plus dans la personnalisation des produits, par opposition à la production de masse du XXe siècle ; ou encore le fait qu’il n’y a plus de séparation stricte entre les biens, d’un côté, et les services, de l’autre, dans un monde où ce sont des entreprises hybrides, qui produisent en même temps des biens et des services, qui emportent la mise. Tels sont, précisément, les phénomènes que Corinne retrace dans ses travaux, à partir d’études de terrain conduites auprès des entreprises elles-mêmes.
La contribution de Corinne est cruciale dans un monde où, encore une fois, l’économie est en transition et les chaînes de valeur se déforment voire se désagrègent. Je suis très heureux d’avoir pu échanger avec elle en détail et de pouvoir faire écho à ses travaux, marquant une étape dans une relation où nous avons beaucoup échangé ces dernières années – pas tant directement, mais grâce à la lecture mutuelle de nos travaux respectifs et des progrès que nous avons pu ainsi faire l’un et l’autre dans notre compréhension de la transition en cours. J’espère que cette conversation vous intéressera aussi – je vous souhaite une excellente écoute 🎧 !
Consultez l’étude Entreprises et création de valeur : Rapprocher la chaîne de valeur au plus près du client par Elisabeth Baur, Sally Bennacer, Rachel Chicheportiche, Bruno Didier, Philippe Goetzmann, Pierre Kuchly, Nelly Rodi, Jean-Michel Tasse et Corinne Vadcar (Chambre de commerce et d’industrie de Paris-Île-de-France).
Nos podcasts gratuits sont également accessibles sur Apple Podcasts et Spotify. Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
La pandémie de COVID-19 va-t-elle pousser les individus à s’émanciper d’États qui n’ont pas su faire face et ont été dépassés par les événements ? Ou bien au contraire, comme l’illustrent les projets de “passeports sanitaires” va-t-elle provoquer un renforcement de la surveillance et nous mettre tous un fil à la patte ?
J’en parle avec Gaspard Koenig, philosophe et écrivain qui revient d’un voyage à cheval sur les traces de Montaigne à travers l’Europe et a bien voulu échanger avec moi sur ses vagabondages et l’actualité du libéralisme, notamment en France ?
Je connais Gaspard depuis plusieurs années. Notre première rencontre, je crois, date de sa visite dans les locaux parisiens de The Family, probablement en 2015 ou 2016 : il venait à l’époque nous présenter les travaux de son think tank Génération Libre, pressentant à raison une convergence de pensée entre ce dernier et le monde des entrepreneurs de l’économie numérique.
Nous nous sommes ensuite croisés plusieurs fois, souvent par hasard – notamment dans l’Eurostar car lui comme moi faisions beaucoup d’allées et venues entre Paris et Londres avant la pandémie. Puis, au début de l’année dernière, c’est Laetitia qui l’a retrouvé par hasard en marge des Napoléons, une conférence où ils intervenaient tous les deux sur les cimes enneigées des Alpes françaises.
À son retour, Laetitia m’a parlé du projet incroyable qu’était en train de préparer Gaspard : un voyage à cheval, en solitaire, sur les traces de Montaigne, de Bordeaux à Rome en passant par la Bavière et la Toscane. Au moment des Napoléons, Gaspard était plongé dans des préparatifs minutieux : planification de l’itinéraire, entraînement de sa jument, sélection de son équipement, finalisation de contrats avec Le Point, dans lequel il a retracé son périple, et les Éditions de L’Observatoire, où paraîtra en septembre le livre qu’il y a consacré, Notre vagabonde liberté.
Ensuite est arrivée la pandémie, qui a monopolisé notre attention à tous. Mais il y a quelques semaines, je me suis souvenu de cet aperçu du projet de vagabondage de Gaspard et je me suis dit qu’une interview sur Nouveau Départ serait l’occasion d’en savoir. A-t-il mis son projet à exécution (réponse : oui) ? Qu’a-t-il appris au gré de ce périple ? Cette expérience a-t-elle affecté sa pensée ? Et, plus largement, quelle est sa vision du libéralisme aujourd’hui, en France et ailleurs ?
J’ai été très heureux de cet échange avec un penseur et homme de plume qui défie toutes les catégories et met ses idées à l’épreuve d’une réalité sans cesse revisitée. Je vous invite à écouter notre conversation et, si vous souhaitez aller plus loin, à visiter le site Web de Gaspard et à surveiller de près la sortie de Notre vagabonde liberté.
Bonus | Le plus récent projet de Gaspard (que nous n’abordons pas dans le podcast, enregistré juste avant cette nouvelle étape, toute récente) est le lancement d’un mouvement politique voué à la simplification de notre vie quotidienne. Il s’appelle, tout simplement, Simple 😅 Vous pouvez en apprendre plus sur Simple en visitant ce site Web ou encore en lisant ce manifeste ainsi que cet entretien accordé par Gaspard au Point il y a une dizaine de jours.
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré au parti travailliste britannique. Mené par Jeremy Corbyn, il a perdu lamentablement aux législatives de 2019. Désormais avec Keir Starmer à sa tête, le Labour a à nouveau failli, en mai 2021, lors des élections partielles de Hartlepool, une circonscription qui fut longtemps un bastion travailliste. Son avenir politique est aujourd’hui incertain.
Sous le coup des conséquences désastreuses du Brexit et d’une gestion chaotique de la pandémie, le Royaume-Uni se porte mal. Il y a plus de précarité et de pauvreté que jamais. On aurait donc pu penser qu’il y a là un contexte propice à un renouveau travailliste. Après tout, on assiste aux États-Unis à une renaissance de la gauche politique ! Mais on n’observe rien de tel au Royaume-Uni.
Comme dans de nombreux pays européens (dont la France, l’Italie, l’Allemagne), le “socialisme” y est en crise. Les coalitions idéologiques et économiques sur lesquelles reposent les partis qui s’en réclament ne tiennent plus.
À ce sujet, écoutez aussi notre podcast sur l’évolution de la gauche et de la droite :
👉 La gauche et la droite : que signifient-elles aujourd'hui ?🎧
Outre-Manche, l’alliance entre les travailleurs et les intellectuels, en déclin depuis des années, a été complètement détruite par la nouvelle fracture entre les partisans du Brexit et ceux qui auraient voulu que le pays reste dans l’Union européenne.
La (relative) popularité de Boris Johnson, malgré ses erreurs, sa paresse et son amateurisme, a été renforcée par une campagne de vaccination réussie. Et pour les Britanniques favorables à la sortie de l’UE, il reste celui qui a “délivré” le Brexit.
À tout cela s’ajoute un mode de scrutin aujourd’hui systématiquement défavorable aux travaillistes. Le scrutin uninominal majoritaire à un tour favorise le parti qui rassemble au moins un quart des voix dans le plus de circonscriptions. Or les votes des progressistes et libéraux sont fragmentés (Verts, Lib-Dems, travaillistes).
En particulier, le Labour a définitivement perdu les circonscriptions écossaises qui lui étaient historiquement favorables : elles sont aujourd’hui acquises aux nationalistes écossais. Aujourd’hui, même s’il faisait un score exceptionnel, le parti ne disposerait pas d’assez de sièges pour former une gouvernement sans coalition.
Dans ce podcast, Laetitia et moi retraçons toute l’histoire du parti, de sa création en 1900 par les syndicats ouvriers, jusqu’à la période actuelle, en passant par la création du NHS après la guerre, la traversée du désert sous Margaret Thatcher, et la création du New Labour par Tony Blair.
C’est une histoire passionnante et riche car le pays qui a vu naître la révolution industrielle est aussi celui où le socialisme a connu ses premières (et plus belles ?) périodes de gloire. De plus, c’est une histoire qui n’a pas été sans influencer notre vie personnelle (nous avons habité plusieurs années dans le quartier le plus travailliste de Londres !) et qui ne cesse de nous interpeller.
La semaine prochaine, vous ne recevrez que l’interview du mercredi. Comme il y a des vacances scolaires en Bavière, Laetitia et moi passons du temps avec nos enfants et nos parents 👨👧👩👦 Vous retrouverez nos podcasts “À deux voix” dès le 8 juin !
La gauche et la droite : que signifient-elles aujourd'hui ? (podcast “À deux voix”)
La place du Royaume-Uni dans le monde (podcast “À deux voix”)
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Et si la grossesse était la nouvelle frontière du féminisme ? Longtemps ignorée par les féministes, la grossesse est pourtant un sujet essentiel : source de violences médicales, de souffrances tues et de discrimination au travail, elle marque aussi une accélération des inégalités économiques.
J’en parle avec Judith Aquien dont le livre Trois mois sous silence, qui vient de sortir chez Payot, lève le voile sur la tabou du début de la grossesse.
Une chape de plomb demeure sur la condition de femmes lors des trois premiers mois de grossesse ainsi que sur le “deuil sans rituel ni reconnaissance” que représente la fausse couche. (Pourtant ce sont au moins 200 000 femmes qui traversent cette épreuve chaque année en France !)
Le livre de Judith dénonce la non prise en charge psychologique, sociale et médicale du début de la grossesse. Il faut attendre trois mois pour obtenir le “certificat de grossesse” à partir duquel les soins médicaux sont couverts à 100%. Cela signifie-t-il qu’avant cela, la femme enceinte n’est pas '“vraiment” enceinte ?
Cette non reconnaissance du début de grossesse est inséparable du tabou de la fausse couche. Avant la fin du premier trimestre, la femme enceinte est dans une sorte de “tiers état” : pas encore vraiment enceinte, mais déjà tout à fait à la merci des chamboulements hormonaux. Elle subit tout en silence.
Pour 85 % des femmes, les trois premiers mois de la grossesse sont, par certains aspects, un enfer tant physique que psychologique : nausées, vomissements, fatigue extrême, état dépressif, peur de la fausse couche et, dans près de 20% des cas, fausse couche réelle…
Alors que le début de grossesse est marqué par l’insécurité permanente d’un corps qui met tout en place pour accueillir la vie, rien ne doit transparaître de l’état des femmes : elles sont invitées à prendre sur elles, au travail comme à la maison, et à taire ce qu’elles endurent.
Je partage la colère de Judith concernant la maltraitance, l’infantilisation, l’humiliation, les violences médicales, l’absence d’écoute et la discrimination que de nombreuses femmes subissent pendant la grossesse.
L’infantilisation des femmes, au moment précis où elles sont censées devenir parfaitement “adultes”, trouve son expression la plus ridicule dans le vocabulaire mignon et les nombreuses litotes qui entourent la grossesse : les “petits inconforts” et autres “petits maux” font passer les femmes pour des petites filles impatientes lorsqu’elles osent en parler.
Pourtant, ces “maux”, hors grossesse, ne pourraient aucunement être qualifiés de “petits” ! Comment peut-on refuser de soigner, traiter, et considérer la majorité des femmes qui passent trois mois à vomir sans cesse ? s’interroge-t-elle.
Dans quelle société correctement pensée laisse-t-on, sans le moindre dispositif, notamment au travail, 50% de sa population vomir trois à quatre mois d’affilée sans main tendue ? Comment est-il possible que, sachant que ce symptôme touche 85% des femmes, l’ensemble des responsables RH ne se soient pas accordés pour proposer le télétravail à un maximum de femmes dès le début de leur grossesse (induisant ainsi qu’on en parle, oui, oui) afin qu’elles puissent être un minimum soulagées tout en maintenant leur activité professionnelle ?
Judith a fait préfacer son livre par la philosophe féministe Camille Froidevaux-Metterie qui place le corps au centre de sa réflexion. La philosophe parle du “tournant génital du féminisme”, “une vaste dynamique de réappropriation par les femmes de leur corps dans ses dimensions les plus intimes”.
Tout a commencé avec la question des cycles menstruels que les femmes ont décidé de publiciser ; puis les thématiques génitales ont surgi les unes après les autres : campagne sur l’endométriose, redécouverte du clitoris, modélisé en 3D, et enfin représenté dans les manuels scolaires, débat autour des modes de contraception et de la charge contraceptive, dénonciation des violences gynécologiques et obstétricales, publication en rafale d’ouvrages consacrés aux organes génitaux et à leur fonctionnement, foisonnement des initiatives dédiées à la sexualité et au plaisir, combat pour l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, explosion des révélations liées au harcèlement et aux violences sexuels, et plus récemment, publicisation des thèmes tabous comme l’avortement, le post-partum et enfin, grâce à cet ouvrage, le premier trimestre de la grossesse et la fausse couche.
Je suis reconnaissante à Judith de faire évoluer les regards sur la grossesse et d’en faire un sujet à part entière du féminisme. C’est pourquoi je recommande chaudement la lecture de son livre Trois mois sous silence. Pour une bonne entrée en matière, vous pouvez commencer par écouter ce podcast 🎧
* Une édition de ma newsletter Laetitia@Work (en anglais) consacrée au sujet de la grossesse dans le monde du travail : Pregnancy and work: a problem. Laetitia@39
* La femme préhistorique gagne à être connue (interview de la préhistorienne Marylène Patou-Mathis)
* Le piège du couple à deux carrières (podcast “À deux voix”)
* Merci mais non merci : j’ai choisi une carrière d’un autre genre (mon Édito + interview de Céline Alix)
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic. Crédit photo : Alexandre Isard pour Payot.)
Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à une discussion sur Warren Buffett, sa vie et l’histoire de sa holding, Berkshire Hathaway. Début mai, Buffett, a annoncé le nom de celui qui lui succédera à la tête de son empire.
Warren Buffett a 90 ans. Cela fait des années que, dans le club des dix milliardaires les plus riches, Jeff Bezos et Elon Musk font davantage parler d’eux que Buffett. En même temps, cela fait plus d’une décennie que les médias spéculent régulièrement sur ce qu’il adviendra de la holding de Buffett après sa mort. L’empire ne perdra-t-il pas forcément de sa valeur ?
Justement, Buffett, 6ème ou 7ème fortune mondiale (ça dépend des jours), a fait savoir le 3 mai dernier qu'il avait enfin trouvé, après de longues années d'incertitude, un futur successeur pour sa holding financière, Berkshire Hathaway. Il s’agit de Greg Abel, l’homme d’affaire canadien à la tête de la branche énergie de la holding.
Nicolas a lu de nombreux ouvrages sur Berkshire Hathaway et son architecture d’affaires. Dans ce podcast, je joue le rôle d’intervieweuse. Les premières questions que je lui pose offrent une bonne introduction au sujet : pourquoi faut-il encore s’intéresser à Warren Buffett ? Comment expliquer le succès de cette holding sur plus d’un demi-siècle alors que l’économie et la finance ont tant changé ?
Buffett et son associé Charlie Munger ont basé leur empire sur le concept de value investing. L’investissement axé sur la valeur est un paradigme d’investissement qui consiste à acheter des titres qui semblent sous-évalués en se basant sur une meilleure analyse des actifs d’une entreprise et de sa réalité comptable.
Buffett a été largement influencé par son maître à la Columbia Business School, Benjamin Graham, à l’origine de ce modèle d’investissement. Buffett et Munger ont toujours visé les value stocks (actions dépréciées), ces actions dont le cours est bas par rapport aux critères boursiers habituels.
Mais la définition de la “valeur” n’a-t-elle pas profondément changé avec l’économie numérique ? Indépendamment des transformations provoquées par l’économie numérique, l’évaluation de la valeur est depuis toujours au cœur des enjeux du monde de la finance. Elle reflète toujours une vision du monde et détermine des choix d’investissement qui façonnent l’économie.
Nicolas et moi discutons aussi du rôle politique de Warren Buffett, engagé depuis des décennies du côté du parti démocrate. Il y a quelque chose de paradoxal à voir un milliardaire à la fortune de plus de 100 milliards de dollars plaider pour une fiscalité plus progressive. Il y a quelques années, il s’était “indigné” du fait que sa secrétaire avait un taux d’imposition supérieur au sien.
Enfin, Buffett fait partie du club des milliardaires qui projettent de donner 99% de leur fortune aux œuvres de charité. Nous évoquons les débats autour de la philanthropie des milliardaires et le secteur du non profit aux États-Unis, qui par sa taille et son professionnalisme est sans commune mesure avec ce que l’on connaît en Europe.
* Jeff Bezos : sa vie, son oeuvre (podcast “À deux voix”)
* Une autre approche du capital-risque (interview de Marie Ekeland)
* GameStop : la révolution sur les marchés financiers (podcast “À deux voix”)
* Pourquoi la bourse va bien quand tout va mal (podcast “À deux voix”)
* "Makers & Takers", de Rana Foroohar (Note de lecture)
* La nouvelle politique de la concurrence (podcast “À deux voix”)
* Le capital-risque pour les nuls (podcast “À deux voix”)
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à l’écriture. Nous évoquons notre rapport respectif à l’écriture, comment nous avons appris à écrire, et partageons quelques conseils d’écriture.
C’est vrai dans la carrière de Nicolas comme dans la mienne : l’écriture nous a permis d’avancer professionnellement. Qu’il s’agisse des concours, de l’écriture de rapports, d’articles ou de livres, c’est toujours elle qui nous a permis de saisir de nouvelles opportunités professionnelles. Pour Nicolas, il s’agit d’une carrière administrative d’abord, puis du rayonnement de sa société, TheFamily. Pour moi, d’une carrière dans l’enseignement, suivie de la construction d’une activité d’indépendante sur le thème du futur du travail.
Mais tout ça a commencé pour nous dans l’enfance, et surtout, pendant l’adolescence, quand le plaisir de placer des mots sophistiqués et de former des phrases complexes est à son comble. Dans cette phase-là, l’écriture est lourde et le style, ampoulé. À l’âge adulte, il faut alors apprendre l’épure, les phrases simples et courtes et le mot juste. Nous partageons à tour de rôle l’histoire de notre apprentissage et de nombreuses anecdotes sur notre parcours d’écriture.
Au fil de la discussion et en fin de podcast, nous partageons quelques-unes des leçons que nous avons apprises et proposons quelques conseils d’écriture. Parmi ceux-là, trois idées (il y en a bien plus dans le podcast) :
* Se débarrasser de l’idée que pour écrire, il faut forcément avoir des idées uniques et originales. L’écriture, c’est toujours un mash up d’idées qui existent quelque part. Un texte peut être original quand il propose simplement une combinaison originale d’idées existantes. D’ailleurs, André Gide le disait : “Tout a déjà été dit, mais comme personne n'écoute, il faut sans cesse recommencer”. J’ai trouvé cette citation tellement libératrice !
* Il est préférable d’être rapide sur les ébauches et prendre son temps sur la correction et la relecture (en anglais, “draft fast, edit slow”). L’écriture efficace a souvent besoin de flow. Écrire à la main, sur papier, des idées sans se préoccuper de la beauté des phrases et de l’exactitude des faits, cela permet de ne pas rompre le flow. Ensuite, le travail d’editing représente une étape essentielle, souvent chronophage, mais pour laquelle la concentration créative est moins intense (puisque l’essentiel est déjà là).
* L’écriture devrait toujours être un processus collectif, mais une fierté mal-placée nous fait parfois voir ce travail comme une œuvre solitaire. Dans les maisons d’édition comme dans les grands médias écrits, ce sont pourtant des équipes entières qui travaillent sur un texte ! Et à toutes les phases de l’écriture (y compris très tôt dans le processus), il est bon de soumettre son texte à des regards extérieurs. N’attendez pas qu’il soit parfait pour le montrer ! Il sera meilleur s’il a fait l’objet d’échanges multiples.
Nous serions heureux de lire vos retours et vos propres histoires d’écriture ✍️
Bonne écoute 🎧 🤗
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Avec la pandémie, les transformations du travail se sont accélérées. Le télétravail et le brouillage croissant entre vie professionnelle et vie personnelle font partie des sujets de travail les plus discutés depuis mars 2020. Et même après plusieurs podcasts, nous sommes loin d’en avoir fait le tour à Nouveau Départ !
Après avoir interviewé Patricia Wendling sur les leçons de management à tirer de la pandémie, j’interviewe cette semaine Fabienne Broucaret, journaliste, fondatrice de My Happy Job, un média sur le bien-être au travail. Son livre Télétravail : 10 séances d’autocoaching pour allier sérénité et performance vient de paraître chez Vuibert.
Dans ce podcast, nous discutons à bâtons rompus du télétravail, de ce qu’est un bon environnement de travail, de l’équilibre des temps de vie, de comment ne pas être l’esclave de ses emails et aussi de nomadisme. Et puis nous nous interrogeons ensemble : le télétravail est-il sexiste ?
Fabienne Broucaret s’intéresse au bien-être au travail depuis des années. Elle a su construire une communauté autour de ce sujet. Son média My Happy Job a déjà 30 000 abonnés sur LinkedIn. Elle n’a pas attendu la pandémie pour comprendre qu’il n’est pas possible de regarder le travail comme quelque chose de séparé de la vie.
En télétravail, on ne peut pas entretenir cette fiction de la séparation étanche entre le travail et la vie privée, ni conserver les principes du management traditionnel vertical. C’est donc l’opportunité de se poser les bonnes questions. Comment organiser son travail, intégrer la sphère domestique, manager une équipe distribuée, entretenir la motivation, cultiver des relations enrichissantes, éviter la surchauffe… ?
Dans cette interview, Fabienne partage son expérience, ses réflexions et le fruit des échanges qu’elle a eus avec de nombreux professionnels. Nous discutons à la fois de sujets très pratiques (l’ergonomie à la maison) et de sujets plus abstraits (l’avenir du travail et de la mobilité). Bonne écoute ! 🎧
* Télétravail : a-t-on tiré les leçons de la pandémie ? (interview de Patricia Wendling)
* Travailleurs / entreprises : la distance se creuse (conversation “À deux voix”)
* La solitude : l’autre pandémie (conversation “À deux voix”)
* Productivité : pas de recette miracle (conversation “À deux voix”)
* Une société au bord de la crise de nerfs(Édito de Nicolas & interview de Dr Lavinia Ionita)
* 7 tendances qui révèlent le futur du travail (conversation “À deux voix”)
* Pourquoi la France résiste tant au télétravail (conversation “À deux voix”)
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Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à une discussion sur la culture d’entreprise. Comment la définir ? Qu’est-ce qui fait qu’une culture contribue ou non au succès d’une organisation ?
La culture préoccupe beaucoup le monde du management depuis le début de la pandémie. Comment faire pour la renforcer alors que les équipes sont distribuées et qu’un grand nombre de gens sont en télétravail ? Qu’est-ce que c’est si ce n’est pas la “magie” qui se produit dans un espace de travail partagé ?
Ces questions sont déjà anciennes et de nombreuses personnes se sont penchées sur le sujet. Par exemple, Peter Drucker, une grande figure du management, aurait dit un jour, “La culture mange la stratégie au petit-déjeuner”. La phrase est souvent commentée depuis des décennies. On l’a parfois critiquée parce qu’elle oppose culture et stratégie alors que ces deux concepts se complètent bien plus qu’ils ne s’opposent.
Mais cette citation signifie avant tout que quelle que soit la force et la pertinence de votre stratégie, son efficacité sera faible ou nulle si les personnes chargées de l’exécuter ne partagent pas la culture appropriée. Pour Drucker, la culture d'entreprise représente donc le cœur de l'entreprise.
Elle est en partie créée par les fondateurs de l'entreprise, mais parfois sans qu’ils/elles en aient conscience car leurs actions sont plus éloquentes que leurs discours dans le processus de création de la culture. C’est ce qui a fait dire à Ben Horowitz, auteur et investisseur en capital-risque, que la culture, c’est la somme de ce qu’on fait :
La culture n’est pas un ensemble de règles magiques qui font que les gens se comportent de la manière souhaitée. C’est un système de comportements dont vous espérez que les individus suivront la plupart du temps.
Souvent, une culture qui semblait claire et positive pour un petit groupe de fondateurs et leurs premiers salariés se transforme avec la croissance des effectifs. Ce sujet passionne le petit monde des startups où l’on se demande s’il est possible de préserver sa culture quand on grandit. (Ce à quoi Laetitia et moi avons envie de répondre qu’on ne doit pas chercher à “préserver” sa culture comme dans du formol, car la culture est vivante et doit évoluer avec les humains qui la font vivre.)
Pour Daniel Coyle, l’auteur de The Culture Code, l’un des meilleurs livres publiés sur le sujet, les cultures qui “marchent” ont plusieurs choses en commun : un “ciment” de confiance qui produit un sentiment de sécurité psychologique, une mission clairement définie à laquelle les gens adhèrent et des histoires qui se transmettent.
Dans ce podcast, Laetitia et moi discutons de la culture d’entreprise, la sécurité psychologique, la confiance et tout ce qui engendre une culture forte 🏺
Podcasts Nouveau Départ :
* Basecamp et la politique au travail (podcast “À deux voix”)
* Pourquoi la France résiste tant au télétravail (podcast “À deux voix”)
* Télétravail, menace ou opportunité pour l'inclusion ? (podcast “À deux voix”)
* La grande fragmentation : comment s’y préparer ? (podcast “À deux voix”)
* Commerce de détail et différences culturelles (podcast “À deux voix”)
Deux articles rédigés par Laetitia pour Welcome to the Jungle :
* Culture d'entreprise : pourquoi certaines sont-elle si puissantes ?
* Culture d'entreprise : les leçons étonnantes des grands leaders de l'Histoire
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à la situation à Taiwan. La République populaire de Chine de Xi Jinping est-elle sur le point de mettre la main dessus ? De nombreux experts débattent actuellement de ce qui pourrait être “l’endroit le plus dangereux au monde”.
Ce petit pays de 24 millions d’habitants a longtemps été un symbole de la guerre froide et de toutes les contorsions diplomatiques qu’elle imposait. Aujourd’hui, ce pays que la Chine populaire considère comme sa “23ème province” est l’un des principaux théâtres de la rivalité sino-américaine. Après un épisode consacré à Singapour (🇸🇬 Singapour, cette cité-État érigée en modèle), Nicolas et moi poursuivons nos podcasts asiatiques par une discussion sur l’histoire et la situation actuelle de Taiwan.
Le 23 avril dernier, Xi Jinping a inauguré en fanfare trois grands navires de guerre qui seront stationnés dans le détroit de Taiwan. Au vu de la manière dont le gouvernement chinos a utilisé la période de pandémie pour réprimer les velléités démocratiques à Hong Kong, on ne peut s’empêcher de regarder l’escalade militaire chinoise avec appréhension.
Au cours des cinq dernières années, la puissance navale chinoise dans le Pacifique a dépassé la puissance américaine. D’après The Economist, qui voit Taiwan comme “l’endroit le plus dangereux au monde” (“the most dangerous place on Earth”), le monde n’a jamais vu une telle escalade dans l’armement qui ne s’est pas soldée dans un conflit armé.
Cédée au Japon en 1895, Taiwan redevient chinoise en 1945. Mais après avoir perdu la guerre civile face au PCC de Mao, les nationalistes de Tchang Kaï-chek y installent leur gouvernement. Jusqu’en 1971, les Occidentaux considèrent le gouvernement installé à Taiwan comme le gouvernement “légitime” de la République de Chine (et peuvent ainsi ignorer Mao). À partir de 1971, cependant, alors que l’Amérique de Nixon reconnaît finalement la Chine populaire de Mao, Taiwan doit céder son siège au conseil de sécurité de l’ONU. Commence alors une période d’ambiguïté diplomatique : pour la “vraie” Chine, Taiwan n’est qu’une province chinoise, mais Taiwan se voit comme un pays souverain démocratique.
Dans le même temps, le “miracle taïwanais” a fait de ce petit pays l’un des pays les plus riches au monde. C’est aujourd’hui un État démocratique où les citoyens sont parmi les plus libres au monde : c’est notamment le premier pays d’Asie à légaliser le mariage entre personnes de même sexe.Le monde s’intéresse d’autant plus à Taiwan que le pays est devenu le coeur mondial de l’industrie des semi-conducteurs, avec une entreprise géante, TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company), qui fabrique l’écrasante majorité des puces les plus avancées. Si la production taïwanaise venait à s’arrêter, toute l’électronique de la planète serait à l’arrêt !Tout le monde veut se rassurer sur le fait que la Chine de Xi Jinping n’est pas prête à mettre sa prospérité en péril en faisant la guerre à Taiwan. Mais les généraux américains sont d’autant plus inquiets qu’ils comprennent que l’Amérique n’aurait aucune garantie de victoire. Peut-on encore tenir pour acquise la supériorité militaire américaine ? Dans ce podcast, nous nous interrogeons : Taiwan sera-t-elle la nouvelle ligne de front ?
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(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Cette semaine, mon invité est Thibauld Favre, cofondateur et dirigeant de la société Fairmint (qui fait partie du portefeuille de The Family). Thibauld s’est pris de passion pour les ‘cryptos’ il y a plusieurs années, à l’époque où il développait l’infrastructure du projet LaPrimaire.org. Il a ensuite décidé de se spécialiser dans cette nouvelle classe de technologies numériques et de l’utiliser pour développer Fairmint.
Dans notre conversation, Thibauld et moi parlons de Fairmint, qui révolutionne la levée de fonds pour les entrepreneurs, mais aussi de protocoles réseau, de crypto-monnaies, de jetons (tokens), de blockchain, de ledger (grand livre), de Bitcoin, d’Ethereum, de Coinbase, de Satoshi Nakamoto et de finance décentralisée.
Si vous êtes perdu·e dans tous ces termes, c’est normal ! Non seulement ils sont techniques et intimidants, mais il est même souvent difficile de les traduire et de les rendre explicites en français ! Mon échange avec Thibauld est loin d’être complet, mais il constitue une première tentative de rendre tout cela intelligible pour tous 🤗
Pour comprendre les cryptos, il faut revenir aux origines d’Internet. Une composante essentielle de son infrastructure sont les protocoles réseau, qui sont à Internet ce que le code de la route est à la conduite. HTTP (accès à l’information), TCP/IP (acheminement de l’information) ou encore SSL (chiffrement) rassemblent les règles qui permettent d’interconnecter les réseaux à l’échelle globale.
Tous ces protocoles sont déjà anciens. L’architecture d’Internet présente donc des lacunes, un peu comme si on n’obligeait pas encore les voitures à s’arrêter aux feux rouges. Il y aurait pourtant bien des besoins du quotidien que pourraient satisfaire ces normes ouvertes et partagées que sont les protocoles : lutter contre les messages indésirables ; donner aux internautes plus de visibilité et de maîtrise sur la collecte et le traitement de leurs données personnelles ; et, bien sûr, transférer de la valeur en toute sécurité… comme le permet le protocole sous-jacent à la crypto-monnaie Bitcoin.
Si l’on a un temps cessé d’innover dans les protocoles, c’est qu’il n’y avait plus grand monde de disponible pour le faire. Les meilleurs développeurs travaillaient dans les grandes entreprises numériques qui opèrent des applications ou des plateformes propriétaires. Or ces entreprises négligent les protocoles. Édicter et promouvoir de nouvelles règles ne leur apporte pas grand chose. Elles mettent au point leur version privée du code de la route, qui n’est en vigueur que dans leur écosystème fermé.
C’est ainsi qu’il faut regarder les ‘cryptos’ : une tentative de relancer l’innovation dans le domaine des protocoles réseau, longtemps délaissé par les géants d’Internet. La principale fonctionnalité de ces fameux jetons (tokens) distribués (ou vendus) aux premiers utilisateurs d’un nouveau protocole, c’est d’intéresser ces derniers à son déploiement à plus grande échelle. Plus nombreux sont les individus qui achètent les jetons (comme Bitcoin) liés à un protocole, plus ils contribuent à augmenter son échelle d’opération ; en sens inverse, plus ce protocole est utilisé à grande échelle, plus la valeur des jetons augmente, ce qui permet de rémunérer les premiers utilisateurs pour le rôle crucial qu’ils ont joué à l’amorçage.
Bien sûr, en cas de succès, l’emballement attire des spéculateurs, qui accompagnent le mouvement de façon opportuniste sans éprouver d’intérêt sincère pour le protocole lui-même. Mais l’irruption de ces spéculateurs n’est pas inutile : ils contribuent à attirer l’attention du grand public ! Comme l’a montré l’économiste Carlota Perez, auteure du livre Technological Revolutions and Financial Capital, de tels emballements sont déterminants pour l’émergence des innovations de rupture. Il faut que les investisseurs abdiquent temporairement leur rationalité pour qu’une innovation franchisse le seuil de l’adoption à grande échelle.
Les créateurs de protocoles ont compris cette dynamique. Ils ont imaginé les cryptos non pour spéculer, mais pour orchestrer l’émergence et le déploiement d’une nouvelle génération de protocoles réseau… et ainsi combler les lacunes du code de la route sur Internet. Leur objectif est politique : déplacer à nouveau l’infrastructure d’Internet vers des protocoles ouverts, si possible avec une architecture plus décentralisée. Un temps asservis par les géants numériques, qui se sont arrogé un droit de vie et de mort sur les applications, les développeurs sont passés à la contre-attaque et sont en train de donner naissance à une économie numérique radicalement nouvelle.
Nous parcourons à nouveau cette histoire passionnante avec Thibauld et parlons également de nombreux autres sujets connexes : les nouvelles plateformes, comme Coinbase, déployées pour faciliter l’accès aux cryptos pour le grand public ; le défi que représente Bitcoin pour la monnaie et les banques centrales ; et, bien sûr, Fairmint, l’entreprise que Thibauld a créé aux États-Unis avec Joris Delanoue pour permettre aux entrepreneurs de lever des fonds auprès de leur communauté – le tout sous-tendu par une technologie dite blockchain conçue à l’aide du protocole Ethereum.
Écoutez notre conversation pour en savoir plus et enfin tout comprendre !
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