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Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est (à nouveau) consacré au télétravail en France. Et nous posons cette question : pourquoi les entreprises françaises résistent-elles tellement plus au télétravail que celles de nombreux autres pays ? Pourquoi a-t-on fait retourner tant de salariés au bureau qui auraient pu continuer à travailler de chez eux ?
Pourquoi les salariés français sont-ils davantage retournés au bureau que les Américains, les Britanniques ou les Danois ? Alors que la pandémie a repris de plus belle cet automne, on s’interroge sur ce qu’on aurait pu faire de mieux pour éviter d’en arriver à un second confinement. Naturellement, le retour massif au bureau fait partie de ces comportements qui suscitent des interrogations.
On peut mettre en avant des spécificités culturelles françaises qui expliquent notre culture du présentéisme. Les repas jouent un rôle plus important dans la vie professionnelle. La confiance se construit davantage de manière affective (grâce à des moments intimes partagés) que cognitive (autour des tâches de travail). La communication requiert en France plus de contexte car on y injecte du second degré, de l’ironie. Le statut et la hiérarchie jouent un rôle plus important et se satisfont moins de l’horizontalité du télétravail.
Mais c’est aussi que de nombreuses entreprises n’ont pas mené les transformations numérique et managériale qui étaient nécessaires, et que l’on ne fait pas facilement confiance aux salariés que l’on ne peut pas surveiller. C’est comme cela que l’on peut expliquer l’écart important qui existe entre le sentiment des salariés et celui de leurs managers. Les premiers souhaiteraient plus de flexibilité dans la définition des horaires et du lieu de travail ; les seconds préfèrent l’unité de temps et de lieu.
Le leadership à la française est plus hiérarchique que celui des pays d’Europe du Nord. Il existe une distance importante entre un manager et ses “subordonnés”. Il n’est pas bien vu de communiquer directement avec son “n+2” sans l’aval de son “n+1”. Les symboles du pouvoir et autres caractéristiques statutaires restent très présents dans la vie de bureau en France. Or le télétravail a tendance à les gommer…
Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Bonjour à tous ! Chaque lundi nous vous envoyons un “Édito” au format écrit 📝👇 ET audio 🎧☝️, pour à la fois mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente.
L’une des dimensions de la transition en cours, accélérée par la pandémie, c’est la redistribution des cartes de la puissance à l’échelle globale. Nous quittons un monde dominé par les États-Unis à travers un réseau d’alliances et de partenariats qui va de l’Europe au Japon en passant par le Moyen-Orient, l’Inde et même la Chine elle-même (eh oui !)… à un nouveau monde où nous avons beaucoup plus de mal à deviner qui fait la course en tête et qui prend du retard.
Il y a deux ans encore, tout un groupe d’auteurs et de commentateurs, fascinés par la démonstration de puissance de la Chine en matière technologique, prédisait que celle-ci était en passe de dépasser les États-Unis. Deux ans après, toutefois, la situation est plus nuancée. L’Amérique se porte, certes, plus mal que jamais. Mais la Chine elle-même rencontre des obstacles sur de nombreux fronts : les relations internationales, mais aussi son économie, son système financier et même son système politique.
Pour se faire une idée plus précise du nouvel équilibre, il faut donc y regarder d’un peu plus près et identifier les signaux faibles. Quelles sont les tendances émergentes qui nous révèlent les positions futures des grandes puissances mondiales ?
Du côté des États-Unis, la situation n’est guère brillante. La victoire de Joe Biden face à Donald Trump est désormais claire et presque consensuelle, mais le nouveau président aura besoin de temps et du soutien de ses compatriotes pour réparer les innombrables dégâts infligés par l’administration Trump. Biden a promis que l’Amérique redeviendrait partie à l’accord de Paris sur le climat et serait plus attentionnée dans sa relation avec ses alliés européens. Rien ne semble définitivement perdu, donc, mais il y a encore beaucoup de travail à faire.
Du côté de la Chine, en revanche, la situation est plus claire : celle-ci est déjà repartie de l’avant. Elle a été touchée la première par la pandémie, mais elle est aussi l’un des pays qui a réagi le plus tôt et le plus efficacement, avec une vie quotidienne presque revenue à la normale. De ce fait, la croissance économique est déjà repartie en Chine, ce qui fait de cet immense marché le moteur de l’économie mondiale.
Par ailleurs, la Chine semble se normaliser en adoptant un modèle de développement tiré par la demande intérieure. Xi Jinping a exprimé l’idée que les inégalités étaient devenues excessives en Chine et qu’il fallait mettre en place des institutions pour mieux distribuer les fruits de la croissance, comme une protection sociale digne de ce nom et une politique de la concurrence proche des canons occidentaux.
La Chine fait par ailleurs montre d’une grande dextérité dans l’exploitation des faiblesses américaines. Il y a quelques jours, le monde entier a été subjugué par la signature d’un accord de libre-échange entre tous les pays de la zone Asie-Pacifique. Aux termes de cette négociation lancée à l’initiative de Pékin, toute la zone Asie-Pacifique va pouvoir optimiser l’organisation des chaînes de production, notamment dans l’industrie, et redoubler d’efforts dans ses exportations de bien manufacturés vers les marchés occidentaux. Emmenée par la Chine, l’Asie rappelle, s’il en était besoin, qu’elle entend bien demeurer l’usine du monde.
Il reste des problèmes, bien sûr. Les tensions géopolitiques n’ont pas disparu entre la Chine et le Japon, la Chine et l’Inde, la Chine et l’Australie. La démographie chinoise, dont le dynamisme a été cassé par la terrible politique de l’enfant unique, va compliquer les perspectives de croissance à long terme. Et le système financier chinois, dit-on, est au bord de la rupture – victime de sa dépendance excessive aux largesses des banques nationales possédées par l’État chinois.
Quelles options s’offrent à l’Europe dans ce contexte ? Nous pourrions miser sur notre alliance historique avec les États-Unis et compter sur Joe Biden pour nous aider à refocaliser notre attention vers l’Ouest. C’est sans compter, toutefois, sur la distance qui s’est creusée ces quatre dernières années et le fait qu’un nouveau président républicain peut à tout moment (peut-être dès 2024 ?) défaire ce que Joe Biden aura tant bien que mal tenté de raccommoder après avoir battu Donald Trump sur le fil.
Une autre option serait de nous tourner plus vers l’Asie. Paradoxalement, c’est plus facile si Trump quitte la scène : les gouvernements européens ne seront plus sommés, comme ils l’ont été pendant quatre ans, de choisir leur camp entre les États-Unis et la Chine. C’est aussi logique si nous prenons conscience de notre dépendance économique et géopolitique à l’Asie. Après tout, l’Asie et l’Europe forment ensemble cet immense continent, l’Eurasie, dont la continuité territoriale dénote une communauté d’intérêts en matière de commerce et de sécurité.
Nous publierons d’ailleurs bientôt la transcription d’un entretien réalisé par Laetitia avec l’ancien ministre portugais Bruno Maçães, dans lequel celui-ci évoque ses réflexions sur l’Eurasie, détaillées dans un ouvrage paru en 2018. Et ce mercredi, nous mettrons en ligne (pour nos abonnés), la transcription de l’interview avec James Crabtree, auteur d’un ouvrage passionnant (The Billionaire Raj) sur l’Inde contemporaine, ses milliardaires et ce que ces derniers nous révèlent sur leur pays.
À bientôt pour aller plus loin sur Nouveau Départ !
🤔 Pourquoi la France résiste tant au télétravail
Mardi 17 novembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur le second (deuxième ?) confinement et les réticences face au télétravail. Au printemps dernier, il nous a semblé que la France entière se convertissait au télétravail. Depuis le début de ce nouveau confinement, en revanche, beaucoup de travailleurs français continuent de se rendre au bureau. Comment l’expliquer ? En quoi sommes-nous différents des autres pays ? Notre résistance face au télétravail est-elle un handicap ?
🇮🇳 L’Inde contemporaine au prisme de ses milliardaires
Mercredi 18 novembre | Interview de James Crabtree, auteur de l’ouvrage The Billionaire Raj. J’ai rencontré James, ancien correspondant du Financial Times à Mumbai, l’année dernière à Singapour, où il vit avec sa famille. Plus récemment, j’ai proposé à James que Laetitia l’interview sur le livre qu’il a publié en 2018 sur l’Inde contemporaine et ses milliardaires. Nous mettrons en ligne un extrait de cette conversation – et la version intégrale sera accessible pour nos abonnés.
🤷♂️ La gauche et la droite : que signifient-elles aujourd'hui ?
Jeudi 19 novembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur l’évolution du clivage gauche-droite dans la période récente. Depuis qu’Emmanuel Macron a imposé le balancement du fameux “en même temps”, plus personne ne s’y retrouve sur l’échiquier politique : que signifie être de gauche ou de droite aujourd’hui ? Laetitia et moi revenons aux origines de la pensée politique pour remettre ce vieux clivage en perspective, avec des détails sur la situation aux États-Unis et en Europe.
🇺🇸 Que va devenir Donald Trump ?
C’est certain désormais : Joe Biden va succéder à Donald Trump au mois de janvier. Mais la démocratie américaine n’est pas tirée d’affaire pour autant. Biden pourra-t-il gouverner comme il l’entend ? La société américaine va-t-elle succomber à la violence ? Et surtout, que va devenir Donald Trump une fois qu’il aura admis sa défaite et quitté la Maison Blanche ?
👉 Écoutez 🎧 🇺🇸 Que va devenir Donald Trump ? (conversation “À deux voix”)—réservé à nos abonnés.
🚪 Interview : Pascal Chazal
Pascal est un vétéran du secteur de la construction et un pionnier de la construction dite “hors site”. Il nous explique comment cette approche plus industrielle permet de construire plus de bâtiments de meilleure qualité et pour beaucoup moins cher, le tout en réouvrant des usines et en créant des emplois. Le secteur de la constru…
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à quelques réflexions sur l’industrie cinématographique dans un monde en transition. Pour ces réflexions, Nicolas et moi sommes partis de l’actualité de la saga 007…
L’actualité de la saga 007 est riche ces temps-ci ! Sean Connery, le premier James Bond au cinéma vient de mourir. En parallèle, le célèbre identifiant « 007 » sera transmis par Bond à Nomi, une agente incarnée par Lashana Lynch, comédienne britannique de 32 ans qui va endosser le rôle titre de la saga. Quant au dernier opus, Mourir peut attendre, avec Daniel Craig, il n’en finit pas d’attendre de sortir (le film aurait dû sortir en avril 2020). Qu’est-ce que tout cela nous dit de la transition dans le monde du cinéma ? Beaucoup de choses.
L’annonce que le nouveau 007 serait une 007 noire pourrait passer pour une anecdote sans importance dans un monde ravagé par la pandémie où les élections américaines ont dominé l’actualité. Pourtant cette annonce est une révolution dans le monde de l’entertainment. En effet, l’année de l’assassinat de George Floyd, des mouvements Black Lives Matter et de la « Shecession » est aussi l’année d’une crise existentielle du cinéma.
La sortie sans cesse repoussée du dernier Bond, au budget de 250 millions de dollars, symbolise la crise du cinéma. C’est tout le modèle traditionnel du cinéma, déjà mis à mal par Netflix et des nouveaux usages, qui est menacé par la pandémie. Aux États-Unis, les salles de cinéma ferment et la transition s’accélère.
En plus d’être menacé par la crise sanitaire, le cinéma traditionnel traverse aussi une crise culturelle profonde. Accusé de sexisme (après tout, #metoo a commencé avec le cinéma) et de racisme, le cinéma semble ringardisé par le monde des séries où les histoires et les personnages sont plus diversifiés qu’au cinéma et où davantage de productions passent le « test de Bechdel ».
Le test de Bechdel vise à mettre en évidence la sur-représentation des protagonistes masculins (ou la sous-représentation de personnages féminins) dans une œuvre de fiction. Il repose sur trois critères :
* Il doit y avoir au moins deux femmes nommées (nom/prénom) dans l’œuvre ;
* qui parlent ensemble ;
* et qui parlent de quelque chose qui est sans rapport avec un homme.
Si l’œuvre vérifie ces trois critères, le test est dit réussi.
Bonne écoute ! Partagez et réagissez 🤗
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(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Bonjour à tous ! Chaque mercredi, Nouveau Départ vous propose un entretien avec une personnalité éclairante. C’est au format audio 👆🎧 et/ou écrit, accessible à tous et complété par une mise en perspective ci-dessous.
À l’agenda aujourd’hui 👇
* Pascal Chazal sur le futur de la construction
* Faut-il louer ou acheter ?
* Les villes après la pandémie
* Rien n’arrête l’urbanisation
Je connais Pascal depuis l’époque où The Family a travaillé avec lui sur un projet entrepreneurial dans le secteur de la construction, en 2014. À l’époque où Pascal nous avait approchés pour la première fois, il nous avait révélé un secret fascinant :
La construction n’est pas une industrie mais un secteur dominé par des artisans qui n'appliquent aucune des recettes qui font une industrie : il n'y a presque pas de standardisation et un niveau trop faible de division du travail. En l’absence d’une approche industrielle de la production, il est impossible de générer des rendements d'échelle croissants dans la construction, ce qui explique pourquoi la productivité est faible dans ce secteur, les logements coûtent de plus en plus cher, leur qualité va décroissant et les conditions de travail sur les chantiers se dégradent continument – ce qui provoque une crise de recrutement dans le secteur.
Pascal a découvert ce secret car il est un pionnier de la construction préfabriquée à ossature bois. Sa vision est que l’approche de préfabrication déjà pratiquée sur ce segment minuscule permettrait de résoudre plusieurs problèmes d’un coup : construire plus, mieux et moins cher tout en réouvrant des usines et en créant de nombreux emplois pour des travailleurs peu qualifiés sur l’ensemble du territoire.
Avant cela, il faut toutefois relever deux défis : l’évangélisation et l’éducation. Après la période où nous avons travaillé ensemble, Pascal s’est rendu compte que nous n'avions même pas de nom en français pour décrire la construction préfabriquée de façon avenante. Il a finalement opté pour le terme “hors-site” et a décidé de pousser le concept vers un public plus large. Il a lancé un magazine appelé Hors Site, qui est publié depuis 2016, une école appelée Campus Hors Site et une activité de conseil pour aider les industriels à mieux travailler avec les professionnels de la construction.
Écoutez le podcast ci-dessus 🎧👆, partagez-le et faites-nous savoir votre avis !
La pandémie a des conséquences multiples sur l’immobilier, et notamment le marché du logement. Avec la généralisation du télétravail pour plus d’un tiers des actifs (la proportion est variable selon les pays), les logements chers et exigus au centre des grandes villes deviennent moins attractifs, tandis que les logements plus spacieux à la périphérie des villes attirent toutes les convoitises. Certaines petites villes deviennent des villes “Zoom” : elles ont gagné de nombreux habitants depuis plusieurs mois. Davantage de foyers recherchent un bureau dans leur logement, qui (re)devient pleinement un espace productif.
Nous avons tous entendu depuis toujours qu’il valait mieux acheter son logement plutôt que le louer à un autre. La dépense d’un loyer serait un “gaspillage” que l’on ferait mieux d’investir en devenant propriétaire du logement qu’on occupe. Mais est-ce forcément vrai ? Pas vraiment… En fait, les professionnels de la finance signalent au contraire que le logement qu’on occupe ne représente pas toujours un bon investissement, tant s’en faut.
👉 Immobilier : faut-il louer ou acheter ? 🤔 (conversation entre Laetitia et moi)—réservé aux abonnés.
La crise actuelle frappe durement les grandes villes. Le virus a fait des ravages dans des villes denses comme New York (où l’on a déploré plus de 35 000 décès du Covid-19 cette année). La crise sanitaire a mis à l’arrêt de nombreuses activités qui font la vivacité des villes : les théâtres, la vie culturelle, les restaurants… Et les grandes villes pourraient souffrir de la chute de leurs revenus pendant des années.
Comme l’explique Geoffrey West, ancien président de l'Institut de Santa Fe et chef de file dans l'établissement d'un modèle scientifique des villes, les villes doivent être appréhendées comme des organismes vivants. Les villes ne meurent pas (sauf catastrophe naturelle exceptionnelle), à la différence des entreprises. La raison principale en est que les villes attirent les marginaux et les excentriques, tandis que les entreprises finissent toujours par rejeter ces personnes.
👉 Les villes après la pandémie (conversation entre Laetitia et moi)—accessible à tous.
Dans cette discussion sur l’immobilier et l’avenir des villes, Robin Rivaton bat en brèche un certain nombre d’idées qui ont tendance à s’imposer un peu trop vite dans cette période de crise et, en particulier, de distanciation sociale. Bien sûr, le contexte de la pandémie nous oblige à quitter les villes ou à moins occuper l’espace urbain dont nous parlait, dans une autre interview, l’urbaniste Camille Rabineau.
Toutefois, comme nous l’explique Robin, il est probable que l’urbanisation reprenne très vite l’avantage. L’intérêt, pour les ménages comme pour les entreprises, d’être localisé dans les grandes métropoles reste plus grand que jamais. Nous pourrions donc reprendre très vite nos habitudes de vie urbaine, moyennant quelques ajustements dans nos modes de vie et dans la façon de concevoir les bâtiments et l’espace urbain. In fine, l’avantage ira aux pays qui savent concilier le nouveau contexte de la transition post-COVID-19 et les exigences de la vie dans des métropoles de plus en plus denses.
👉 COVID-19 et urbanisation : continuerons-nous d'habiter dans les villes ? (conversation avec Robin Rivaton)—accessible à tous.
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(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Bonjour à tous ! Chaque lundi nous vous envoyons un “Édito” au format écrit 📝👇 ET audio 🎧☝️, pour à la fois mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente.
Depuis samedi, c’est officiel : Joe Biden sera le 46e président des États-Unis, et Kamala Harris, la première femme vice-présidente de l’histoire. Face à une nouvelle de cette ampleur, on négligerait (presque) de s’intéresser encore aux résultats de chaque État et aux dynamiques qui ont contribué à la victoire de Biden.
Il y a pourtant un État du « Sud profond » du pays, la Géorgie, sur lequel je voudrais me pencher dans cet Édito, tant ce qui s’y passe est historique et emblématique. Une femme en particulier y a joué un rôle considérable pour la démocratie américaine. Cette super-héroïne américaine s’appelle Stacey Abrams.
En Géorgie, un État qui compte 10 millions d’habitants et 16 grands électeurs, on n’a pas encore compté tous les bulletins. Mais pour la première fois depuis plus de 25 ans (l’élection de Bill Clinton en 1992), il semble qu’on y ait voté en majorité pour le candidat démocrate. Joe Biden a quelques milliers de voix d’avance sur Donald Trump.
Pourquoi est-ce important ? Parce que ce qui se joue en Géorgie illustre l’un des problèmes majeurs de la démocratie américaine : la privation du droit de vote de nombreux Noirs américains. Interdiction de vote concernant les personnes ayant été incarcérées, tests pour s’inscrire sur les listes électorales, critères fiscaux, « purges » des listes pour soi-disant empêcher les fraudes… les obstacles opposés aux citoyens noirs qui souhaitent voter ne sont pas nouveaux.
En Géorgie, comme d’autres des États « confédérés » qui ont voulu faire sécession des États-Unis pour maintenir leur mode de vie fondé sur l’esclavage, il n’y a toujours pas vraiment de démocratie pour une partie des Américains. S’il y avait l’égalité d’accès au vote, le poids des démocrates serait bien supérieur. Les Républicains au pouvoir dans ces Etats n’ont de cesse de tout faire pour supprimer des électeurs.
Depuis les années 1960, de nombreuses mesures ont été prises au niveau fédéral pour limiter ces privations de droits dans les États du Sud. Mais jusqu’ici, il reste un décalage démocratique qui explique pourquoi un État comme la Floride n’a pas basculé dans le camp démocrate en 2020, contrairement à ce que les sondages annonçaient. Ce n’est pas tant que ces sondages ne reflètent pas les intentions réelles des votants, c’est surtout que beaucoup de ces votants ont été empêchés de voter.
Étant donné la défaite des démocrates en Floride, c’est d’autant plus remarquable que la Géorgie fasse exception et devienne le centre de l’échiquier politique américain cette année. Les changements démographiques et culturels, le rôle d’une ville comme Atlanta devenue progressiste alors qu’elle était autrefois le centre de gravité du camp sudiste dans la guerre de sécession, et surtout le succès d’activistes comme Stacey Abrams apportent de l’espoir pour l’avenir de la démocratie américaine.
Stacey Abrams est une femme politique qui a été cheffe de la minorité démocrate à la Chambre des représentants de Géorgie entre 2011 et 2017. (Elle est aussi écrivaine : elle a publié plusieurs romans sous le nom de plume de Selena Montgomery, dont le dernier en 2009.) En 2018, elle était la candidate démocrate au poste de gouverneur de Géorgie et aurait pu devenir la première femme noire gouverneur. Elle a perdu de peu face à son opposant républicain (Brian Kemp). S’il n’y avait pas eu de suppression des électeurs, elle aurait gagné.
Depuis 2018, dans le cadre de l’association Fair Fight Action, créée pour lutter contre les pratiques racistes qui sabotent la démocratie américaine, elle milite sans relâche pour encourager le vote des Afro-Américains. En 2020, l’année où le mouvement Black Lives Matter est devenu mainstream, Stacey Abrams est devenue une super-héroïne de la démocratie américaine. De nombreux médias saluent aujourd’hui le rôle fondamental qu’elle a joué dans le succès de Biden en Géorgie.
Pour Andra Gillespie, professeur de sciences politiques interviewée par ABC News, Abrams “a eu la clairvoyance de comprendre les changements démographiques et créer l’infrastructure organisationnelle qui ferait gagner les démocrates, en enregistrant et mobilisant de nouveaux électeurs”. Grâce à son travail acharné et son charisme remarquable, des dizaines de milliers de nouveaux électeurs ont pu voter et faire la différence.
Icône de l’activisme noir et féministe, Stacey Abrams est l’une de ces figures politiques qui inspirent des vocations. La représentante Pramila Jayapal a déclaré sur Twitter :
Quoi qu'il arrive en Géorgie, tout le monde devrait se mettre à genoux et remercier les femmes noires fortes comme l'intrépide @StaceyAbrams et tous ceux qui s'en vont sans reconnaissance.
Et elle ne cache pas ses ambitions pour plus tard : peut-être un jour la présidence !
Le futur président américain sera certes un homme (blanc), mais ce sont de nombreuses femmes « de la diversité » — Kamala Harris, Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley, Ilhan Omar et Stacey Abrams — qui assurent un avenir à la démocratie américaine. L’une de ces femmes pourrait même devenir un jour la première Présidente des États-Unis.
Pour finir, je vous mets au défi de trouver Stacey Adams dans ce remix de Avengers: Endgame 💪🏿 🤪
🇺🇸 Que va devenir Donald Trump ?
Mardi 10 novembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur l’issue de l’élection présidentielle aux États-Unis. C’est certain désormais : Joe Biden va succéder à Donald Trump au mois de janvier. Mais la démocratie américaine n’est pas tirée d’affaire pour autant. Biden pourra-t-il gouverner comme il l’entend ? La société américaine va-t-elle succomber à la violence ? Et surtout, que va devenir Donald Trump une fois qu’il aura admis sa défaite et quitté la Maison Blanche ?
🚪 Interview : Pascal Chazal
Mercredi 11 novembre | Interview de Pascal Chazal 🎧, président et fondateur du groupe Hors Site. Pascal est un vétéran du secteur de la construction et un pionnier de la construction dite “hors site”. Il nous explique comment cette approche plus industrielle permet de construire plus de bâtiments de meilleure qualité et pour beaucoup moins cher, le tout en réouvrant des usines et en créant des emplois. Le secteur de la construction peut-il changer de paradigme ?
🎥 007 : crise du cinéma et changement de société
Jeudi 12 novembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur le symbole de la transmission par James Bond de l’identifiant « 007 » à une femme noire. Sean Connery, le premier James Bond, vient de mourir. Quant au dernier, Daniel Craig, il n’en finit pas de ne pas sortir. (« Mourir peut attendre » devait sortir en avril 2020). L’année de l’assassinat de George Floyd, des mouvements Black Lives Matter et de la « Shecession » est aussi l’année d’une crise existentielle du cinéma.
🤔 Faut-il louer ou acheter ?
Les ménages ont à faire des arbitrages sur le marché du logement. Nous avons tous entendu qu’il valait mieux acheter son logement plutôt que le louer à un autre. En même temps, les professionnels de la finance nous signalent que le logement qu’on occupe n’est pas toujours un bon investissement, tant s’en faut. Comment ces arbitrages vont-ils évoluer dans la transition en cours ?
👉 Écoutez 🎧 Immobilier : faut-il louer ou acheter ? (conversation “À deux voix”)—réservé à nos abonnés.
🌇 Vers des villes plus féministes
Voici la première interview traduite issue des podcasts en anglais de notre site Building Bridges. Nous vous proposons un extrait au format écrit. Une transcription complète traduite en français est accessible pour nos abonnés. Nous inaugurons cette série, désormais en alternance avec nos interviews de personnalités francophones, avec la géographe Leslie Kern, autrice du livre Feminist City.
👉 Écoutez Les villes aussi devraient être féministes (interview de Leslie Kern)—accessible à tous.
🇺🇸 Vers une victoire de Joe Biden
Dans ce…
Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré au marché immobilier, et aux arbitrages auxquels les ménages sont confrontés en particulier sur le marché du logement.
La pandémie a des conséquences multiples sur l’immobilier, et notamment le marché du logement. Avec la généralisation du télétravail pour plus d’un tiers des actifs (la proportion est variable selon les pays), les logements chers et exigus au centre des grandes villes deviennent moins attractifs, tandis que les logements plus spacieux à la périphérie des villes attirent toutes les convoitises. Certaines petites villes deviennent des villes “Zoom” : elles ont gagné de nombreux habitants depuis plusieurs mois. Davantage de foyers recherchent un bureau dans leur logement, qui (re)devient pleinement un espace productif.
De plus, la faiblesse (ou absence) du tourisme dans les grandes villes comme Paris, New York ou Londres a poussé de nombreux propriétaires qui avaient mis un logement en location sur Airbnb à louer ces logements sur le marché locatif traditionnel. L’offre de logements sur le marché locatif a donc fortement augmenté dans certaines villes. Au même moment, les choses changent aussi du côté de la demande. Avec la crise, certains acquéreurs repoussent l’achat qu’ils avaient prévu de faire. D’autres doivent même y renoncer. Beaucoup préfèrent la souplesse de la location dans un contexte d’incertitude.
Du point de vue macro-économique, le ratio “propriétaires occupant leur logement” / locataires est intéressant car il n’est pas sans conséquences sur la mobilité de la population et la fluidité du marché de l’emploi. Là où il y a beaucoup de propriétaires (en Roumanie, par exemple, ce ratio est de 95%), il peut y avoir des frictions qui empêchent les travailleurs de bouger rapidement d’un emploi à l’autre. Aux États-Unis, où ce ratio est de 65%, la mobilité géographique n’a jamais été aussi basse depuis qu’on la mesure. Les pays les plus riches et les plus développés ont tendance à avoir davantage de locataires que de propriétaires occupant leur logement (en Suisse, par exemple, la plupart des gens sont locataires du logement qu’ils occupent).
Nous avons tous entendu depuis toujours qu’il valait mieux acheter son logement plutôt que le louer à un autre. La dépense d’un loyer serait un “gaspillage” que l’on ferait mieux d’investir en devenant propriétaire du logement qu’on occupe. Mais est-ce forcément vrai ? Pas vraiment… En fait, les professionnels de la finance signalent au contraire que le logement qu’on occupe ne représente pas toujours un bon investissement, tant s’en faut.
Comment ces arbitrages vont-ils évoluer dans la transition en cours ? Nicolas et moi discutons de tout cela en détails dans cet épisode “À deux voix”. Nous évoquons également la crise, la gestion financière d’un foyer, les transformations culturelles et leur impact sur les arbitrages en matière de logement, ainsi que le nudge (ce qui nous pousse à adopter un certain comportement plutôt qu’un autre).
Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
L’allongement de la vie et la transition démographique marquent une révolution dans notre rapport au travail et à la “carrière”, comme Nicolas et moi en avons parlé dans ce podcast “A deux voix” : Qu’est-ce “faire carrière” aujourd’hui ?
La vie en trois phases (formation, travail, puis retraite) était la norme dans le paradigme fordiste. Elle associait une “phase” à chaque âge de la vie. Les carrières étaient linéaires et l’âge chronologique était déterminant.
Après la dernière révolution technologique et grâce à une longévité inédite dans l’histoire humaine, les institutions de cet époque-là, pensées pour soutenir la vie active en trois phases (l’école, les syndicats, la sécurité sociale, les systèmes de retraite), volent en éclat. Il en va de même pour toutes les idées concernant l’âge.
Dans leur livre précédent, The 100-Year Life: Living and Working in an Age of Longevity (2016), Gratton et Scott évoquaient déjà ce à quoi l’avenir du travail pourrait ressembler dans un contexte de vie (beaucoup) plus longue. Dans un livre publié cette année, les deux auteurs poursuivent cette réflexion entamée dans The 100-Year Life.
L’une des idées les plus remarquables du livre, c’est que “l’âge est malléable” et que nous devrions cesser de nous focaliser sur l’âge chronologique pour regarder plutôt l’âge biologique et l’âge subjectif. Après tout, l’âge chronologique (indiqué sur nos actes de naissance) est une “invention” des bureaucraties modernes. D’ailleurs, avant le XXe siècle, on ne fêtait pas les anniversaires ! Ce qui comptait, c’était la validité de la personne et son rôle dans la communauté.
L’âge est malléable. Comme le révèlent les travaux les plus récents des neurologues, notre cerveau a une plasticité surprenante. Quand votre cerveau est-il au mieux de sa forme ? Eh bien, cela dépend de ce que vous essayez de faire. C’est probablement à la fin de l'adolescence que vous serez le plus rapide en calcul mental. Mais c’est dans la trentaine que votre mémoire à court terme atteint son maximum. Quant à votre compréhension sociale et culturelle, elle ne sera à son apogée qu’une, deux ou trois décennies plus tard !
Ces descriptions ne s'appliquent pas à tout le monde, bien sûr. Il existe des très grandes variations au sein même des “classes” d'âge. Ce qu’il faut savoir, c’est que la stimulation constante de votre cerveau contribuera à en maintenir la plasticité et la performance. Comme l’écrivent Andrew Scott et Lynda Gratton :
La vraie raison pour laquelle vous ne pouvez pas apprendre de nouveaux tours à un vieux chien, ce n'est pas parce que le chien est devenu vieux, mais parce qu'il a cessé d’apprendre continuellement de nouveaux tours.
Andrew J. Scott est professeur d'économie à la London Business School et chercheur consultant au Center on Longevity de l'université de Stanford. Lynda Gratton, elle, est professeure de gestion à la même London Business School, et psychologue de formation. À eux deux, ils abordent le sujet de la longévité sous toutes ses coutures. C’est en effet un phénomène qui intéresse autant les neurologues et les médecins que les économistes, les sociologues et les philosophes. C’est pour cela qu’ils ont souhaité aborder ce thème en mêlant plusieurs disciplines.
Les experts et les politiques ont tendance à ne regarder le vieillissement que comme un fardeau et un “problème”. Les systèmes de retraite ne seront plus soutenables, dit-on, si le ratio actifs / inactifs atteint un certain seuil. C'est pourquoi, disent-ils, il faut augmenter l'âge de la retraite. À quelques exceptions, les gouvernements comme les employeurs agissent comme s’il ne fallait rien changer à la vie en trois phases, seulement l’ajuster ici ou là, par exemple, en allongeant la deuxième phase.
Pour Gratton et Scott, ce sont en réalité toutes les institutions et les catégories qu’il s’agit de voir autrement ! L’âge n’est pas un “fardeau”, c’est un cadeau, pourvu qu’on le regarde autrement. Par exemple, il est indispensable de remodeler l'éducation pour en faire un processus qui dure toute la vie plutôt qu'un service que l’on ne consomme qu'à l'adolescence.
De plus, les employeurs doivent mieux comprendre la valeur des travailleurs plus âgés. Un management qui sait tirer le meilleur parti des différentes générations est fait de souplesse et d’empathie : on ne devrait pas être obligé de prendre de plus en plus de responsabilités à mesure que l’on vieillit, on vous offre des opportunités de mobilité horizontale pour continuer à vous stimuler, et il est possible de s’arrêter un temps pour s’occuper d’un parent ou d’un enfant, sans voir sa carrière pénalisée.
Pour mieux dénoncer les stéréotypes associés aux générations (baby-boomers, millennials, etc.), les auteurs s’appuient sur les travaux des chercheurs sur la longévité. Ils montrent notamment que les travailleurs âgés font souvent preuve d'une “intelligence cristallisée" grâce à laquelle "les informations, les connaissances, la sagesse et les stratégies s'accumulent au fil du temps".
Mais il est tout aussi important que les individus eux-mêmes fassent preuve d’innovation et deviennent des “pionniers” de la vie multi-phases, pour mieux imaginer leur vie autrement en investissant dans la formation continue, en réfléchissant au travail qu'ils pourraient faire par la suite et en restant en contact avec les jeunes.
Faisant valoir que "actuellement, trop de politiques d'entreprise sont incompatibles avec l'épanouissement humain", Gratton et Scott proposent un nouveau modèle d'entreprise qui invite les employeurs et les gouvernements à favoriser un environnement de travail plus tolérant à l'égard des parcours professionnels longs et non linéaires, et à assurer un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. C’est un élément essentiel pour les travailleurs comme les chefs d'entreprise qui cherchent à s'adapter à un monde en transition.
Le sujet nous tient à coeur. C’est pourquoi il occupe en place centrale dans la grille de Nouveau Départ. J’ai récemment interviewé le professeur Andrew Scott dans le cadre de Building Bridges. Nous enverrons bientôt à nos abonnés une transcription en français de cette interview. À suivre…
Bonjour à tous ! Chaque lundi nous vous envoyons un “Édito” au format écrit 📝👇 ET audio 🎧☝️, pour à la fois mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente.
L’“Édito” de cette semaine porte sur la reprise du confinement, annoncée il y a quelques jours par les pouvoirs publics, et sur comment l’application TousAntiCovid pourrait devenir notre assistant personnel à tous dans ce contexte difficile.
Lorsque l’idée d’un nouveau confinement est devenue officielle, nous nous sommes tous dits que cela signifiait aussi le retour des fameuses attestations de déplacement dérogatoire. Quant à moi, comme je travaille dans l’économie numérique, je me suis en plus dit la chose suivante :
Peut-être, cette fois-ci, les attestations devront-elles obligatoirement être remplies depuis l’application TousAntiCovid (ex-StopCovid) : il n’y a pas meilleure manière d’inciter la majorité des Français à télécharger et installer cette application !
Malheureusement, ce n’est pas ce qui s’est passé. Il semble possible d’établir une attestation depuis l’application une fois que celle-ci est installée. En revanche, cette installation n’est pas un préalable, ce qui veut dire que les gens les plus pressés et les plus paresseux ne prendront pas la peine de s’intéresser à TousAntiCovid. Ceux-là (dont je suis, je l’avoue) se contenteront de remplir des attestations au fil de l’eau, sans jamais sauter le pas et rentrer dans cette démarche collective de santé publique que constitue le suivi des interactions sociales et la détection des cas d’exposition potentielle à une personne contaminée.
Or les choses auraient pu se passer autrement. Si ce chantier avait été confié à un entrepreneur plutôt qu’à un consortium d’organismes publics dirigé par l’INRIA, voilà le raisonnement qui aurait été tenu :
* Le suivi des interactions sociales permet de collecter des données utiles à la lutte contre la pandémie, mais cela ne crée pas suffisamment de valeur tangible et immédiate pour une personne donnée pour que celle-ci prenne la peine de télécharger l’application.
* Il faut donc identifier un outil dont cette personne a besoin sans délai et conditionner l’utilisation de cet outil service au téléchargement de l’application. De cette façon, l’application sera installée par un nombre croissant d’utilisateurs.
* Au bout d’un moment, le nombre de ces utilisateurs sera suffisamment élevé pour que la collecte de données à l’échelle de l’ensemble des utilisateurs connectés en réseau crée de la valeur pour chacun d’entre eux. Il deviendra alors possible de rendre d’autres services d’encore plus grande valeur.
Cette approche porte même un nom, suggéré il y a plusieurs années par l’investisseur américain Chris Dixon (de la société de capital-risque Andreessen Horowitz) : come for the tool, stay for the network – “Venez pour l’outil, restez pour le réseau”.
Un outil simple qui rend un service immédiat et simplifie la vie des utilisateurs est une raison suffisante d’installer l’application : ainsi de l’établissement d’une attestation, dont chacun doit se munir s’il désire quitter son domicile en période de confinement. Ensuite, l’utilisation de cet outil à haute fréquence et à grande échelle permet d’apprendre à mieux connaître les utilisateurs et à les connecter les uns aux autres en réseau, ce qui permet de développer une infinité d’autres services et d’inciter ainsi les uns et les autres à continuer à utiliser l’application sur le long terme.
Imaginons un instant ce que serait TousAntiCovid si tous les Français l’utilisaient au quotidien (en tout cas ceux qui possèdent un smartphone). La collecte de données de façon régulière et systématique permettrait de rendre beaucoup de services en plus du suivi des contacts :
* La mise en relation sans délai avec un professionnel de santé en cas d’apparition de symptômes, pour déterminer s’il est temps d’aller faire un test puis de s’isoler.
* L’orientation vers un centre pour s’y faire tester, avec une heure précise de rendez-vous de façon à réduire l’attente au strict minimum – et à recevoir ensuite le résultat du test directement dans l’application.
* La géolocalisation pour connaître instantanément les règles de confinement à l’endroit où on se trouve à un moment donné – plus besoin d’aller se renseigner sur un site Web impersonnel où la coexistence de plusieurs règles contradictoires inspire plus de défiance qu’autre chose.
* L’information en temps réel sur les commerces situés à proximité, pour savoir s’ils sont ouverts ou fermés dans cette période de confinement et s’il y a des précautions particulières à prendre pour les clients.
La liste des services susceptibles d’être rendus par l’intermédiaire de cette application est potentiellement infinie. La seule condition pour les rendre possible, c’est qu’elle soit utilisée par des dizaines de millions de personnes. À cette échelle (mais pas avant), elle pourra devenir plus qu’une simple application de santé publique : une sorte d’assistant personnel voué à la simplification de la vie quotidienne des Français dans cette période de pandémie où tout le monde est perdu face à l’incertitude.
Pourquoi en sommes-nous encore loin ? Deux raisons essentiellement. La première, c’est l’idée que les Français refusent légitimement d’être surveillés par l’intermédiaire de cette application. Or on peut prévenir une telle dérive en mettant en place un système de protection de la vie privée, supervisé par la CNIL (dont, pour mémoire, j’ai été membre de 2014 à 2016). La seconde raison est encore plus navrante : il est probable que personne n’a pensé à cette approche come for the tool, stay for the network, puisque cette application a été conçue par des chercheurs et hauts fonctionnaires (dont la culture est celle de la production de masse) plutôt que par des entrepreneurs (qui sont obsédés par l’expérience individuelle proposée aux utilisateurs).
Il n’est pas trop tard pour changer de braquet et rendre TousAntiCovid obligatoire dans les faits, avec un système d’incitations adaptés – pas pour surveiller les Français, mais pour leur simplifier leur vie dans cette période difficile pendant laquelle les difficultés économiques et personnelles vont aller croissant.
🤔 Faut-il louer ou acheter ?
Mardi 3 novembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur les arbitrages auxquels sont confrontés les ménages sur le marché du logement. Nous avons tous entendu depuis toujours qu’il valait mieux acheter son logement plutôt que le louer à un autre. En même temps, les professionnels de la finance nous signalent que le logement qu’on occupe n’est pas toujours un bon investissement, tant s’en faut. Comment ces arbitrages vont-ils évoluer dans la transition en cours ?
🌇 Vers des villes plus féministes
Mercredi 4 novembre | Interview de Leslie Kern par Laetitia. Nous lançons cette semaine la syndication des podcasts en anglais issus de notre site Building Bridges. L’idée est de vous proposer un extrait au format écrit, ainsi qu’une transcription complète traduite en français accessible pour nos abonnés. Nous inaugurons cette série, désormais en alternance avec nos interviews de personnalités francophones, avec la géographe Leslie Kern, auteur du livre Feminist City.
🇺🇸 Trump ou Biden ?
Jeudi 5 novembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur le résultat de l’élection présidentielle américaine. Difficile d’échapper à cette actualité la semaine prochaine ! Mais difficile d’en parler avant d’être certain de l’issue de cette élection. Contrairement à nos habitudes, nous enregistrerons ce podcast à la dernière minute pour pouvoir disposer de tous les résultats – et, on l’espère, d’un vainqueur clairement désigné. Abonnez-vous pour découvrir notre conversation jeudi !
👔 Qu’est-ce que “faire carrière” aujourd’hui ?
Les plans de licenciement se multiplient dans les grandes entreprises. La transition démographique signifie des vies actives plus longues. La transition numérique transforme les métiers. C’est la notion même de carrière qui est bouleversée. Que veut…
Cette semaine de célébration des 6 mois d’existence de Nouveau Départ 🎂 se termine ce mercredi par une interview de Nicolas par moi-même.
🎁 Pendant quelques heures encore (jusqu’à minuit ce soir !) vous pouvez profiter d’un tarif exceptionnel sur l’abonnement annuel à Nouveau Départ. Profitez vite de l’offre spéciale “6 mois de Nouveau Départ” à -25% : l’abonnement annuel est à 112,50€/an, au lieu de 150€/an 🎉
Deux mercredis de suite, nous avons réalisé des interviews croisées : la semaine dernière, c’est Nicolas qui m’a interviewée : 🌐 Tout sur Nouveau Départ (1/2) à propos de la programmation à venir et de mes projets.
Cette semaine, je renvoie ces questions à Nicolas, qui raconte son travail à The Family, l’impact de la crise sur les startups du portefeuille de The Family, son travail d’écriture, ses newsletters et la genèse de Nouveau Départ.
Dans notre conversation, Nicolas raconte l’histoire des 7 ans de The Family, et comment son rôle et son travail ont évolué au fil des années. Créée en 2013, The Family a joué un rôle crucial dans “l’écosystème” des startups parisien. Aujourd’hui sans aucun bureau physique, 100% en ligne, The Family peut avoir des ambitions encore plus internationales… mais doit aussi être en concurrence avec des acteurs du monde entier.
Nicolas écrit depuis des années. Formé à la rigueur de l’écriture dans sa carrière dans l’administration (particulièrement à l’Inspection des Finances), il a fait de l’écrit sa plus grand force. En 2015, il a même commencé à faire de l’anglais sa langue par défaut : un défi de taille. Quel est son secret pour continuer à progresser à l’écrit ? Écrire absolument tous les jours, dans les conditions les plus inconfortables possibles !
Nicolas partage quelques conseils de productivité et fait le récit de la genèse de Nouveau Départ. Il parle aussi de ses newsletters, et de notre déménagement en Bavière cette année, de ces projets à venir et de sa vision de l’éducation. Interviewer son associé et conjoint, c’est un exercice riche d’enseignements auquel nous n’aurions pas pensé sans Nouveau Départ. Nous le recommandons 😜
En 6 mois, Nouveau Départ a beaucoup grandi. Vous êtes déjà près de 2 350 à vous être inscrits sur notre liste de diffusion ! Pour aller plus loin, nous avons besoin de votre soutien 🚀
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(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à la notion de carrière aujourd’hui. Pourquoi sommes-nous toujours plus nombreux à rejeter le concept de “carrière” 👔 ? Que révèle ce rejet des transitions que nous vivons ?
Qu’est-ce qu’une “carrière” au juste ? Étonnamment, on utilise le même mot pour désigner plus ou moins la même chose dans de nombreuses langues : carrière, career, Karriere, carrera, carriera… Le mot vient de l’italien (carriera). Il désignait à l’origine un chemin de chars. C’était l’espace délimité permettant la course du cheval. À partir du XVIIe siècle, on s’est mis à l’utiliser de manière métaphorique pour désigner l’espace temps (bien délimité aussi) durant lequel un travailleur exerce sa profession.
L’étymologie indique trois choses intéressantes sur la notion de carrière :
* La carrière s’inscrit dans un cadre bien délimité que l’on doit accepter ;
* Le travail, c’est un peu comme une course de chevaux dont le but est de finir en tête ;
* L’espace-temps dans lequel on est actif est fondamentalement linéaire : on y progresse dans une seule direction.
Alors que les plans de licenciement se multiplient dans les grandes entreprises, que la transition démographique se traduit par des vies (actives) plus longues, et que la révolution numérique transforme les métiers, le paradigme fordiste de la carrière est de plus en plus mis à mal. Il nous faut des nouveaux concepts et des nouvelles institutions pour soutenir et accompagner le travail.
Que veut dire “faire carrière” dans ce contexte de changement de paradigme ? Découvrez notre conversation “À deux voix” sur le sujet !
Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
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