
Sign up to save your podcasts
Or


Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à sept tendances qui révèlent le futur du travail. Pour la plupart, ces tendances se sont accélérées en cette année 2020.
Cela fait déjà presque 6 ans que Laetitia a fait du futur du travail son sujet d’étude principal et son activité professionnelle. La semaine dernière, dans sa newsletter Laetitia@Work, elle a dressé une liste des 7 tendances qui selon elle détermineront l’avenir du travail et des organisations.
Dans cet épisode “À deux voix”, je l’interroge sur ces tendances et nous discutons de chacune d’entre elles :
* Les travailleurs ont de plus en plus soif de feedback direct. Que l’on parle d’“artisanat” ou de “passion economy”, finalement, on parle toujours de la même chose : la remise en question de l’aliénation caractéristique du paradigme industriel et la disparition des contreparties qui la rendait acceptable. Dans le domaine des médias auquel nous nous rattachons, la soif de feedback direct s’incarne dans la montée de plateformes comme Substack qui remettent en question la toute-puissance des modèles de médias de masse existants.
* En matière de futur du travail, les femmes sont la nouvelle frontière. Elles sont majoritaires dans la plupart des métiers pour lesquels on cherchera à recruter des centaines de milliers (voire des millions) d’individus, par exemple les professeurs, les infirmières, ou les assistantes de vie à domicile qui aident les personnes âgées à mieux vivre chez elles. De plus, les soft skills qu’on dit incontournables dans le monde de demain sont historiquement associées aux femmes : l’empathie, l’écoute, la gestion des conflits, la culture d’entreprise.
* L’activisme transforme le monde du travail. L’année de l’assassinat de George Floyd est aussi celle de l’activisme au travail. Depuis quelques années, les activistes ont obtenu plus de transparence sur la (non-)représentation des minorités, sur les inégalités entre femmes et hommes, ou encore sur l’empreinte carbone d’une activité. Demain, l’activisme ne cessera de demander des comptes si rien ne bouge. Moins concernés par les formes traditionnelles de la vie politique et syndicale, les jeunes sont de plus en plus activistes.
* La désagrégation du contrat de labeur se poursuit : de nouveaux risques appellent de nouvelles protections. Ce que Laetitia appelle le “contrat de labeur”, c’est un contrat qui offrait des contreparties avantageuses (salaire, retraite, protection sociale, congés payés, syndicats forts…) aux travailleurs qui acceptaient l’aliénation. Or ces contreparties s’affaiblissent depuis plus de 40 ans. De nouvelles couvertures apparaissent comme nécessaires : pour se loger là où se trouvent les emplois, pour soutenir les transitions professionnelles…
* L’état d’esprit de l’immigré, tout le monde en aura besoin demain. Quitter son pays, recommencer à zéro, remettre en question son identité et ses acquis, apprendre l’humilité, parler plusieurs langues, communiquer avec des personnes d’une autre culture, et travailler dans les secteurs où il est difficile de recruter : les immigrés ont une longueur d’avance sur les autres dans un monde changeant fait d’incertitude. On parle volontiers de growth mindset. Pourquoi ne pas parler de immigrant mindset, surtout quand les migrations seront nombreuses demain ?
* La “vie en 3 phases”, c’est fini. Les changements démographiques transforment le monde du travail. Nous avons gagné 2-3 ans d’espérance de vie tous les 10 ans depuis 200 ans. Une grande longévité nous amène à repenser les institutions héritées du siècle passé. La “vie en 3 phases” (formation, travail, retraite) est remise en question parce qu’il n’est plus possible de travailler pendant 45 ans avec ce qu’on a appris au début de sa vie. Si nous vivons plus longtemps, il n’en va pas de même des entreprises, des compétences et des technologies.
* Le télétravail remet en question le management traditionnel. De nombreuses entreprises n’ont pas mené les transformations numérique et managériale nécessaires. Cette année de pandémie a montré que pour beaucoup de managers, il n’est pas toujours facile de faire confiance aux salariés que l’on ne peut pas surveiller. Les salariés voudraient de plus en plus de flexibilité dans la définition des horaires et du lieu de travail, tandis que leurs managers préfèrent l’unité de temps et de lieu. Le télétravail est devenu un puissant moteur de transformation.
Faites-nous vos feedbacks sur ces tendances et ce qu’elles évoquent pour vous ! 🤗
* Pourquoi la France résiste tant au télétravail (conversation “À deux voix”)
* The New Long Life, de Andrew J. Scott et Lynda Gratton (Note de lecture)
* Qu'est-ce que "faire carrière" aujourd'hui ? (conversation “À deux voix”)
* Apprendre à vivre avec l’incertitude (conversation “À deux voix”)
* Un documentaire sur le futur du travail (conversation avec Samuel Durand)
* Le futur de la garde d'enfants (conversation avec Maïmonatou Mar)
* Télétravail, menace ou opportunité pour l'inclusion ? (conversation “À deux voix”)
* Demain, tous travailleurs des plateformes ? (conversation avec Odile Chagny)
* Un marché du travail sans frontières ? (conversation avec Alex Bouaziz)
* Le temps de travail et la crise (conversation “À deux voix”)
* La récession et les femmes (conversation “À deux voix”)
* Entreprendre sans permission (conversation avec Hugo Amsellem)
* Économie de la passion : mythe ou réalité ? (conversation “À deux voix”)
* Quitter Paris pour la province (conversation avec Aurore Thibaud)
* Immigration : changer de perspective (conversation “À deux voix”)
Nos podcasts gratuits sont également accessibles sur Apple Podcasts et Spotify. Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Bonjour à tous ! Chaque lundi nous vous envoyons à la fois un “Édito”, une interview avec un invité passionnant (francophone ou non) et quelques informations pour mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente. Le contenu audio ci-dessus est ma conversation avec Sébastien Soriano 🎧
À l’agenda aujourd’hui 👇
* Mon “Édito” sur le charbon et le réchauffement climatique 🌏
* Sébastien Soriano sur l’innovation dans les services publics 🎧👆
* Nos conversations à venir cette semaine
* Ce que vous avez peut-être manqué la semaine dernière
Nous célébrons ces jours-ci les cinq ans de l’accord de Paris sur le climat, dont la rédaction s’est achevée le 12 décembre 2015 et qui a ensuite été signé par 195 pays. Mais les cinq années passées sont paradoxales. D’un côté, on a l’impression que la lutte contre le changement climatique a fait du surplace, avec le désengagement des Etats-Unis et le fait que de nombreux Etats ont pris du retard sur la mise en œuvre de leurs engagements.
En même temps, en partie en réaction à cette impression de recul, on assiste aussi à une accélération sur d’autres fronts. De plus en plus d’individus prennent conscience du changement climatique et des menaces dont il s’accompagne. Des entrepreneurs et investisseurs relèvent le défi d’accélérer la transition dans l’énergie, comme nous l’évoquions lors d’un épisode À deux voix. Enfin, nous voyons déjà des inflexions à l'œuvre s’agissant des sources d’énergie privilégiées dans notre économie.
L’une des tendances les plus spectaculaires est la baisse continue de la part du charbon dans le mix énergétique mondial. Deux facteurs expliquent cette tendance. Les sources d’énergie alternatives, comme l’énergie solaire ou les éoliennes, sont de plus en plus compétitives par rapport au charbon. Par ailleurs, les externalités négatives liées au charbon, comme la pollution atmosphérique et ses conséquences sur la santé, sont de moins en moins tolérées, y compris dans des pays comme la Chine.
Même aux Etats-Unis, où Donald Trump a voulu à tout prix protéger la filière du charbon avec une déréglementation à marche forcée, l’affaiblissement des normes environnementales et des subventions et avantages fiscaux à tout va, la part du charbon a continué à baisser ces dernières années. Il est vrai que les Etats-Unis produisent désormais massivement du gaz de schiste, encore moins cher que le charbon, mais les énergies renouvelables ont également gagné du terrain malgré le désintérêt du gouvernement fédéral sous Trump.
Aujourd’hui, les regards se tournent vers l’Asie. Tandis que les pays les plus développés ont fortement réduit leur consommation de charbon, celle-ci continue d’augmenter dans des pays comme l’Inde, la Chine, le Vietnam et l’Indonésie. L’Asie représente aujourd’hui presque 80% de la consommation mondiale de charbon, pour des raisons diverses : la filière du charbon représente énormément d’emplois et des groupes d’intérêt puissants font pression, notamment dans le cadre des politiques d’aide au développement financées par la Chine, pour le maintien et la construction des centrales au charbon.
La situation en Asie capte l’attention du monde entier, car l’objectif de ralentir le réchauffement climatique ne pourra être atteint que si la consommation de charbon décroît en Asie comme c’est le cas depuis plusieurs années dans le reste du monde. Jusqu’à une date récente, il y avait tout lieu d’être pessimiste. Mais la volonté politique des pouvoirs publics chinois pourrait renverser la tendance. Des objectifs ambitieux de réduction des émissions de carbone ont en effet été révélés dans le cadre du nouveau plan que le Parti communiste chinois adopte tous les cinq ans.
Tous les espoirs sont donc encore permis. Les énergies alternatives vont continuer de se développer à un rythme exponentiel, portées par la transition post-pandémie, les investissements massifs des fonds de capital-risque et le déploiement des fameux smart grids qui permettent de mieux rapprocher l’offre et la demande à l’échelle des réseaux électriques. En complément de cette tendance, les gouvernements des grands pays asiatiques pourraient décider de changer de direction, suivant l’impulsion de la Chine.
L’histoire montre en effet que le développement économique s’accompagne toujours d’une aspiration de la population à une augmentation de la qualité de vie. La boucle est ainsi bouclée, entre action des pouvoirs publics, pression de la population et contribution des entrepreneurs et investisseurs qui mettent au point et financent les technologies nécessaires – tout cela sur fond de changement de pied de l’administration américaine grâce à l’arrivée au pouvoir de Joe Biden.
La prochaine conférence sur le climat est prévue au mois de novembre 2021 à Glasgow, au cœur du bassin minier écossais. Quel symbole ce pourrait être que d’enterrer définitivement l’économie du charbon dans une région qui a si longtemps prospéré grâce aux énergies fossiles !
Sébastien Soriano est l’auteur du livre Un avenir pour le service public, paru il y a quelques semaines aux Éditions Odile Jacob. Comme il l’explique dans l’interview qu’il nous a accordée, Sébastien y fait le tour des “petits miracles” de l’innovation au quotidien dans les services publics et explique comment ceux-ci pourraient permettre à l’Etat et à l’administration en général de relever les innombrables défis de notre économie en transition.
La réflexion de Sébastien se nourrit de sa longue expérience de l’administration et de ceux qui la dirigent. Diplômé de l’Ecole polytechnique, il a commencé sa carrière dans l’univers des autorités administratives indépendantes (l’ARCEP, régulateur des télécommunications, et l’Autorité de la concurrence) avant de travailler aux côtés de Fleur Pellerin, comme directeur de cabinet puis conseiller spécial, dans différents ministères – en particulier celui de l’économie numérique !
Aujourd’hui, Sébastien est président de l’ARCEP. Dans cette interview, il nous raconte son parcours, sa passion pour le service public, les conditions dans lesquelles il a décidé d’écrire ce livre et la façon dont, selon lui, il nous faut réinventer l’État. Écoutez notre conversation à l’aide du player ci-dessus ou bien sur Apple Podcasts ou Spotify.
👉 Pour aller plus loin, découvrez ma note de lecture sur le livre et la transcription d’un extrait de ma conversation avec Sébastien dans Innover dans les services publics—réservé à nos abonnés.
🔮 Les sept tendances qui révèlent le futur du travail
Mardi 15 décembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur les signaux faibles qui révèlent le futur du travail. Laetitia s’est spécialisée depuis six ans dans les questions relatives au futur du travail. À partir de son expérience personnelle et des nombreux travaux qu’elle a conduits dans le cadre de son activité, elle nous détaille le cadre d’analyse qu’elle utilise pour cartographier les tendances à l’œuvre et mieux comprendre de quoi sera fait le monde du travail de demain.
📈 Réinventer l’État pour développer l’économie
Mercredi 16 décembre | Interview de Mariana Mazzucato, professeure à University College London et auteure du livre L’État entrepreneur. Mariana s’est imposée depuis plusieurs année comme l’économiste la plus écoutée en matière de mise à niveau de la politique industrielle et de revalorisation du rôle de la puissance publique. Dans une conversation avec Laetitia, elle explique comment elle aide les gouvernements du monde entier à réinventer l’État.
🎸 Transition : les leçons de la filière musicale
Jeudi 17 décembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur la filière musicale et comment celle-ci s’est transformée de l’âge d’or du CD à l’ère de Spotify. L’actualité brûlante, c’est l’acquisition des droits sur l’ensemble du fond de catalogue de Bob Dylan par le géant Universal Music Group. Qu’est-ce que cela nous révèle sur la transformation de la filière musicale ? Et quelles leçons pouvons-nous en tirer en ce qui concerne l’ensemble de l’économie ?
🇫🇷 La disparition…
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à nos réflexions sur l’apprentissage des langues étrangères dans une période de transition et d’incertitude. Est-ce encore utile d’apprendre des langues étrangères à l’âge des logiciels de traduction automatique ?
On pense à tort que le monolinguisme est la norme. En réalité, plus de 50% des individus de la planète jonglent avec au moins deux langues (des immigrés, des enfants d’immigrés, des habitants de communautés où l’on parle plusieurs langues, des citoyens de pays multilingues, etc.). Et si c’était le monolinguisme caractéristique des “dominants” qui était une aberration, et non le multilinguisme ?
Laetitia et moi croyons beaucoup à l’importance de l’état d’esprit de l’immigré dans un monde où l’incertitude est omniprésente. Apprendre des langues étrangères, c’est une manière de s’approprier cet état d’esprit. Au-delà de la langue elle-même, que l’on ne maîtrisera peut-être pas aussi bien que Google, cet apprentissage est un parcours d’humilité et d’empathie. On apprend à se mettre dans la peau des autres. Et quand on parle une langue étrangère, on doit s’habituer à être perçu comme incarnant l’altérité.
C’est dans état d’esprit que nous avons résidé cinq ans à Londres, puis que nous avons choisi de nous installer en Allemagne cette année. Alors que notre fils fait cette semaine ses premiers pas dans une école allemande, en immersion totale dans une langue qu’il ne parle pas encore, nous nous interrogeons sur ce que représente l’apprentissage d’une troisième langue pour un enfant déjà bilingue.
Le multilinguisme présente de nombreux avantages sur le plan cognitif : meilleure attention sélective, concentration, planification et capacité à résoudre des problèmes complexes. En pratiquant deux langues à la fois (voire trois !), les enfants améliorent leur flexibilité mentale. En alternant les codes linguistiques (code switching), ils pratiquent une gymnastique permanente et “sculptent” leur cerveau de manière différente.
Et ce qui est vrai pour les enfants l’est aussi pour les adultes ! Des travaux de recherche récents ont montré que les adultes qui pratiquent plusieurs langues au quotidien réduisent significativement le risque de démence. Le bilinguisme freinerait Alzheimer. Le cerveau adulte, surprenant dans sa plasticité, a donc beaucoup à y gagner. Il n’est jamais trop tard pour se mettre à apprendre une langue !
Enfin, l’apprentissage des langues est également essentiel dans un contexte d’incertitude parce qu’il aide à développer une forte tolérance à l’ambiguïté (on ne peut pas connaître tous les mots et certains mots peuvent vouloir dire plusieurs choses selon le contexte). Or quelqu’un qui tolère l’ambiguïté trouve les situations inhabituelles plus excitantes qu’effrayantes, sera plus porté sur l’innovation et aura un plus d’esprit d’entreprendre.
Faites-nous vos retours sur ce sujet ! Pour vous, quelles sont les raisons d’apprendre des langues ? Comment vous y êtes-vous pris ?
* Apprendre à vivre avec l’incertitude (conversation “À deux voix”)
* La grande fragmentation : comment s'y préparer ? (conversation “À deux voix”)
* Immigration : changer de perspective (conversation “À deux voix”)
Nos podcasts gratuits sont également accessibles sur Apple Podcasts. Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Angelus ! Prière Aux Anges Gardiens—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Bonjour à tous ! Désormais, chaque lundi nous vous envoyons à la fois un “Édito” au format écrit 📝👇 ET audio 🎧☝️, une interview avec un invité passionnant (francophone ou non) et quelques informations pour à la fois mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente.
L’année 2020 aura aussi été l’année des grands débats sur l’avenir des librairies. Les confinements et la fermeture forcée des librairies dont ils se sont accompagnés, mais aussi la montée fulgurante du commerce en ligne et du poids d’Amazon, font craindre le pire pour l’avenir des librairies à Paris, et partout en France.
Pour certains, qualifier les librairies de “commerces non essentiels”, c’est une attaque de plus contre la culture alors même que nous avons tant besoin des nourritures de l’esprit que nous apportent les livres. Pour d’autres, les débats sur les librairies masquent une méconnaissance des tendances de fond de la société et du commerce.
Amazon vend certes beaucoup de livres, mais ce sont surtout les grandes surfaces “qui font mal aux librairies” depuis des années. Par ailleurs, quand vous n’habitez pas dans une grande ville, il est probable que vous n’avez pas vraiment accès à une librairie, avec ou sans pandémie. “La fermeture des librairies est-elle un problème de bourges ?” s’interrogeait Slate il y quelques jours, en soulignant aussi que “le Ve arrondissement parisien en concentre plus de cent à lui seul, les Hautes Alpes en comptent neuf au total. Il faut vivre dans un certain contexte pour avoir le réflexe librairie.”
Les librairies, comme une grande partie des commerces urbains de proximité, ont beaucoup souffert cette année. Mais la crise actuelle ne fait qu’amplifier une tendance qui lui préexistait. Le paysage des librairies et commerces de quartier se transforme depuis des années sous l’effet de trois phénomènes : la transition numérique, les transformations des attentes culturelles des consommateurs, et la montée des prix de l’immobilier dans les centres des villes les plus denses comme Paris.
À bien des égards, l’histoire de Gibert Jeune est emblématique de ces phénomènes. Dans cette librairie historique du quartier latin, fondée à la fin du XIXe siècle, des générations d’étudiants (dont j’ai fait partie) ont acheté leurs manuels et sont allés flâner pour le plaisir. On vient tout récemment d’annoncer que la librairie devrait être placée en cessation d’activités le 31 mars 2021. Comme d’autres magasins du quartier, Gibert n’aura pas survécu à la pandémie.
La fin probable de cette icône du quartier latin a même fait l’objet d’un article d’analyse du Financial Times. Pour la journaliste du FT, “Le Covid a laissé de profondes cicatrices dans le paysage urbain. J’ai récemment compté 12 façades de magasins vides le long du boulevard St Michel, sur le tronçon de moins d’un kilomètre qui va de la fontaine aux jardins du Luxembourg.”
Mais les problèmes de ces commerces ne sont pas seulement liés au virus (bien que la disparition des touristes et des étudiants soit effectivement désastreuse pour eux). En fait, Gibert Jeune était en difficulté depuis des années déjà, incapable de se positionner dans un monde en transition : trop lent et mauvais sur le numérique, mais aussi trop “moyen” et “mainstream” pour offrir aux clients le cachet artisanal et authentique d’une librairie singulière. Dans ces conditions, l’augmentation des prix de l’immobilier avait déjà condamné Gibert Jeune.
Depuis plusieurs années, il se passe ainsi à Paris ce qui s’est passé à New York ou à Madrid : à mesure que grimpent les loyers des magasins et des bureaux, les commerces singuliers sont progressivement remplacés par des Starbucks, Zara et H&M. Et la vitalité du commerce de détail et la diversité du tissu social laissent la place à la “ville franchisée”.
Certaines municipalités, dont Paris, ont bien conscience de ce phénomène et choisissent donc de subventionner ces petits commerces de quartier, dont les librairies et les échoppes d’artisans. Ces politiques satisfont aussi les habitants des centres de ces grandes villes, cadres, bobos et hipsters de la “gentrification”, avides de néo-artisanat, de singularité, et d’authenticité.
La pandémie pourrait accélérer encore plus la transformation du paysage du commerce urbain. D’abord, elle accélère l’adoption des achats en ligne et stimule le travail à distance, accélérant le déclin des quartiers d’affaires comme La Défense, mais aussi le déclin des commerces “moyens” – ni grandes surfaces, ni petit commerce singulier – qui ont peu d’arguments face à Amazon et aux hypermarchés.
Mais dans un second temps, il n’est pas impossible qu’il y ait également d’autres effets, plus positifs, sur la diversité du tissu commercial. Si les prix de l’immobilier commercial chutent autant que le craignent certains experts, alors les loyers pourraient baisser suffisamment pour que des artisans et entrepreneurs innovants osent ouvrir de nouvelles échoppes en centre-ville et offrir une alternative singulière et authentique aux franchises. Les consommateurs fatigués de leurs écrans pourront y trouver ce qu’on ne trouve pas chez Amazon : de la sérendipité, des conseils personnalisés et une ambiance unique.
La semaine dernière, nous avons mis en ligne L'état du monde : regard sur trois continents 🌐, notre interview de Bruno Maçães, un homme politique portugais, politologue et auteur, qui vient de publier History Has Begun: The Birth of a New America, après d’autres ouvrages consacrés à l’Asie.
Voici, ci-dessous, un extrait de l’interview à propos de la Chine… 🇨🇳
Moi : Dans deux de tes livres récents, tu as parlé de l'aube de l'Eurasie, mais aussi des nouvelles routes de la soie. J’ai l’impression qu’en Occident, nous sommes passés très vite des interrogations sur la Chine à l'admiration, puis à la crainte. Aujourd’hui, il y a ce récit de la peur autour de la Chine. Que penses-tu de l'ambition mondiale de la Chine ? Et que réserve l'avenir à la Chine dans le monde ?
Bruno—Eh bien, c'est le récit le plus marquant de la période contemporaine. Je pense que c'est un grand récit et que, d'une certaine manière, il englobe le récit de la pandémie. Il est tout à fait possible que dans 20, 30, 50 ans, le COVID-19 soit un simple chapitre du grand récit consacré à l'essor de la Chine. Et ce sera un chapitre important et intéressant parce que, après tout, la pandémie a commencé en Chine, mais est ensuite devenue assez rapidement une opportunité pour la Chine d'étendre son influence dans de nombreuses parties du monde et peut-être même de combler le fossé qui la séparait encore des États-Unis.
Nous savons que cet écart sera probablement réduit de 10 % d'ici la fin de 2020. C'est donc très important. Et d'une certaine manière, nous devons penser que tout le récit de la pandémie est très étroitement lié à notre perception de la Chine.
Je pense que la pandémie aurait pris un cours différent si nous avions, d'une certaine manière, pris la Chine au sérieux. Je repense souvent au mois de janvier, lorsque les autorités chinoises ont décidé de fermer cette immense métropole moderne et sophistiquée qu’est Wuhan, dont les Occidentaux ne savaient presque rien. Cela aurait vraiment dû être un signal d'alarme pour tout le monde qu'un pays aussi moderne, aussi développé que la Chine aujourd'hui décide de faire une telle chose – cela aurait dû être un message que le problème devait être pris au sérieux !
Mais je me souviens très clairement que la réaction aux États-Unis et en Europe a été, eh bien, ces choses se produisent en Chine parce que c'est un pays sous-développé, d'abord, et ensuite, parce que c'est un pays autoritaire. Par contre, si, comme nous, vous avez de bons hôpitaux et si vous avez la liberté d'expression, une épidémie de ce genre est impossible.
La situation d’aujourd’hui résulte donc d’une erreur étroitement liée à une mauvaise perception de la Chine. Et il était curieux de voir sur Twitter et ailleurs que beaucoup de ceux qui, en janvier …
Notre second podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à la sociologie urbaine et périurbaine. En quoi la vie périurbaine de ces zones résidentielles, pavillonnaires est-elle différente en Europe et aux États-Unis ? Et de quelle manière est-elle en train de changer ?
Laetitia et moi venons tout juste de nous installer en périphérie de Munich, dans une petite commune appelée Ottobrunn, qu’on pourrait qualifier de “zone pavillonnaire” bavaroise. Il y a encore un an, nous n’aurions jamais imaginé ne plus habiter dans le centre d’une grande ville (notre projet était d’habiter le centre de Munich dans un appartement).
Mais le confinement, et la prise de conscience de l’importance de notre vie casanière (nous travaillons tous deux à la maison), nous a fait réaliser que nous préférions une maison, un jardin, plus d’espace, et la proximité de la nature et des montagnes plutôt qu’un appartement en centre-ville.Nous sommes nombreux à faire cet arbitrage : renoncer à la centralité urbaine en échange d’un embourgeoisement. Mais qu’est-ce qui se cache derrière cet arbitrage ? Et pourquoi cette opposition est-elle si riche de symboles politiques et culturels ?Tout d’abord, il faut préciser les grandes différences entre le contexte américain et européen. L’étalement urbain de l’après-guerre, le développement de ces zones pavillonnaires uniformes pensées pour les classes moyennes blanches, reposent dans le contexte américain sur la civilisation de l’automobile. Les classes moyennes y aspiraient à s’éloigner des centre-villes (les ghettos pauvres) pour accéder à la propriété dans une zone périurbaine.
En Europe, en revanche, une densité plus grande et une histoire plus ancienne ont fait que l’automobile a joué un rôle plus secondaire dans la géographie urbaine. Les voies ferroviaires quadrillaient déjà le territoire et avaient déjà façonné les villes et leurs périphéries avant l’arrivée de l’automobile. Et puis, en Europe, les classes moyennes aspirent culturellement davantage à s’approcher des centres qu’à s’en éloigner.
L’histoire de Suburbia a aussi façonné la culture américaine. Laetitia évoque plusieurs oeuvres littéraires qui ont marqué l’histoire du féminisme et qui sont liées aux suburbs : The Feminine Mystique (La Femme mystifiée), un essai féministe de Betty Friedan, et The Stepford Wives (Les femmes de Stepford), un roman dystopique de Ira Levin.
Ces deux oeuvres illustrent à quel point l’imaginaire autour de Suburbia est chargé en Amérique. De nombreux films et séries sont consacrés à la dénonciation de la culture de la conformité, du racisme et de l’anti-féminisme associée à la vie des suburbs. Les habitants de ces banlieues-là sont conservateurs et n’aiment pas les gens différents.
À l’inverse, comme l’écrit Leslie Kern dans Feminist City à propos des grandes villes, la possibilité d’y vivre de manière plus “féministe” y est plus grande :
“Par rapport à la banlieue, ce type de densité urbaine offre beaucoup plus de possibilités de gérer les responsabilités parentales, scolaires et domestiques. (...) Le diagnostic de Betty Friedan en 1963 sur le "problème qui n'a pas de nom" comportait un réquisitoire cinglant contre la vie en banlieue (...) Le mode de vie en banlieue supposait et nécessitait, pour fonctionner correctement, une famille nucléaire hétérosexuelle avec un adulte travaillant à l'extérieur du foyer et un autre à l'intérieur.”
En quoi tout cela est-il différent en Europe ? Et la pandémie contribue-t-elle à transformer la vie périurbaine ? C’est ce que nous discutons avec Laetitia dans cet épisode.
* Notre note de lecture sur Feminist City de Leslie Kern
* Notre interview de Leslie Kern dans son intégralité : Les villes aussi devraient être féministes
* Un épisode “À deux voix” intitulé Les villes après la pandémie
* Un Édito de Laetitia intitulé : La banalité domestique : notre salut ?
* Un épisode “À deux voix” consacré à La géographie électorale américaine
* Un épisode “À deux voix” sur l’arbitrage des foyers entre “louer et acheter” dans l’immobilier
* Notre interview de Robin Rivaton : COVID-19 et urbanisation : continuerons-nous d'habiter dans les villes ?
* Notre interview de Pascal Chazal : Construire plus, mieux et moins cher
* Un épisode “À deux voix” sur La gauche et la droite
Nos podcasts gratuits sont également accessibles sur Apple Podcasts. Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Bonjour à tous ! Chaque lundi nous vous envoyons un “Édito” au format écrit 📝👇 ET audio 🎧☝️, pour à la fois mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente.
Aux États-Unis, l’homophobie n’a cessé de reculer depuis une vingtaine d’années. On s’en souvient à peine, mais en 2004, l’un des thèmes de campagne de George W. Bush face au démocrate John Kerry était l’idée d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de fait du mariage pour tous. Cette thématique de campagne avait contribué à mobiliser un électorat conservateur encore ouvertement homophobe.
Mais en quelques années, les choses ont changé du tout au tout. Ce fameux amendement n’a jamais été rédigé. De nombreux États ont adopté des règles permettant le mariage pour tous. En 2015, la Cour suprême a jugé que, pour des personnes de même sexe, se marier était un droit dans tous les États-Unis. Plusieurs personnalités politiques, comme les sénatrices Tammy Baldwin et Kyrsten Sinema ou le gouverneur du Colorado Jared Polis, ont remporté des victoires électorales après s’être ouvertes de leur homosexualité. Et en 2016, l’entrepreneur et investisseur Peter Thiel, par ailleurs proche de Donald Trump, a été la première personnalité de l’histoire à se présenter comme gay à la tribune d’une convention du Parti républicain.
La France, en revanche, semble prendre du retard. On trouve bien quelques personnalités du monde des médias (Laurent Ruquier), du sport (Amélie Mauresmo) ou de la politique (Bertrand Delanoë) qui ont fait leur coming out. Mais ceux-là refusent d’être considérés comme des symboles ou des activistes, insistant sur cette vision bien française de la séparation stricte entre la vie publique et la vie privée.
Plus nombreux encore sont les cas de personnalités dont l’homosexualité est de notoriété publique et bien vécue par les intéressés eux-mêmes, mais reste passée sous silence dans les médias. Richard Descoings, le directeur de Sciences Po tragiquement disparu en 2011 (auquel j’avais consacré un hommage en 2015), était de ceux-là. Tout le monde à Sciences Po, étudiants compris, savait qu’il se disait lui-même gay, en toute décontraction. Mais il a fallu attendre longtemps (en l’occurrence la parution du livre Richie de Raphaëlle Bacqué) avant que les médias en fassent état – alors qu’il était un personnage public partageant lui-même tout cela en public !
Les mêmes pudeurs bien françaises sont visibles dans le monde du travail. Selon une étude réalisée par le Boston Consulting Group en partenariat avec Têtu, commentée par Laetitia ici,
En octobre 2020, une étude BCG / Têtu sur l’inclusion des LGBTQ+ en entreprise a fait grand bruit en mettant en avant une « inquiétante régression » en la matière depuis 2018. « Seul·e·s 43% des LGBTQ+ sont out au travail, soit 11 points de moins qu’en 2018 ». Dans la 5ème édition de son baromètre sur les perceptions et attentes des LGBTQ+ en entreprise, on souligne que c’est la première fois depuis 2014, qu’il y a une dégradation du sentiment d’inclusion.
Comment expliquer ce retard français – et, surtout, le fait qu’il s’aggrave pendant la pandémie, contribuant probablement à la multiplication des suicides chez les personnes LGBT, encore plus que dans le reste de la population ? Il y a plusieurs raisons qui se combinent les unes aux autres.
* Le fait que le mariage pour tous ait été mis en place par la gauche a compliqué la formation d’un consensus national autour de ces questions. La France tranche avec d’autres pays, comme le Royaume-Uni, où ce sont des dirigeants politiques de droite qui ont fait progresser les choses.
* La Manif pour tous a créé un espace médiatique qui lui a survécu, aujourd’hui occupé par des personnalités comme Éric Zemmour, qui continue d’entretenir un sentiment homophobe dans certaines parties de la société française.
* La France est un pays si centralisé et si stratifié qu’il est possible pour les membres de l’élite de vivre tranquillement leur homosexualité à Paris, sans qu’ils jugent nécessaires d’envoyer un signal au reste du pays en faisant leur coming out.
* Enfin, la France est un pays où le non-dit fait partie de la communication. Comme Laetitia l’expliquait il y a quelques mois, dans notre culture, “le contexte joue un rôle important. Les messages sont plus implicites et les individus doivent lire entre les lignes (comprendre le message grâce au contexte ou au langage corporel)”.
Le résultat, c’est que la dénonciation à voix haute de l’homophobie rampante par des personnalités comme Alice Coffin, qui a récemment publié Le Génie lesbien, est vite qualifiée de “communautarisme” :
La France s’arc-boute sur cette expression vide de sens, “communautarisme”, et sur un roman national mal digéré. La société française conditionne les personnes publiques à ne pas se revendiquer d’un groupe particulier, à se fondre dans un moule général qui serait celui de la citoyenneté.
La situation est dangereuse car la bienveillance vis-à-vis des personnes LGBT ne peut pas être tenue pour acquise. Dans un article récent, l’hebdomadaire The Economist décrit l’intolérance dont fait l’objet l’homosexualité tout près de chez nous, dans les pays d’Europe de l’Est. Dans sa série vidéo Empire of Dirt, la journaliste de Vice UK Zing Tsjeng rappelle que l’interdiction des relations homosexuelles est encore en vigueur, parfois sous peine d’emprisonnement voire de mort, dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique – un héritage délétère de la colonisation par la Grande-Bretagne. Surtout, aux États-Unis mêmes, plusieurs juges à la Cour suprême ont récemment signalé qu’ils n’attendaient qu’une occasion pour remettre en question l’acquis que semblait pourtant être devenu le mariage pour tous dans tout le pays.
Dans ce contexte délétère, la France va-t-elle enfin affronter son problème avec cette formule creuse de “communautarisme” et reconnaître qu’elle lui fait prendre du retard dans la lutte contre l’homophobie ?
Il y a quelques semaines, j’ai interviewé Albin Serviant, repreneur et dirigeant du magazine et de la marque Têtu 👉 Écoutez notre conversation 🎧 Relancer une marque puissante : Têtu—accessible à tous.
La semaine dernière, l’une de nos conversations “À deux voix” était consacrée au souvenir de la mobilisation des malades du sida dans les années 1980 et 1990 👉 Écoutez 🎧 Après la pandémie, la mobilisation des patients ?—réservé aux abonnés.
✋ L’ambivalence du protectionnisme
Mardi 1er décembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur la montée du protectionnisme et son ambivalence. Pourquoi les crises sanitaire et économique ont-elles ravivé les discours protectionnistes ? Est-ce seulement un phénomène conjoncturel ou bien le protectionnisme est-il notre nouvel horizon ? Laetitia et moi en discutons en revenant sur l’histoire du protectionnisme et ses inflexions récentes.
🌐 L’état du monde : regard sur trois continents
Mercredi 2 décembre | Interview de Bruno Maçães, ancien ministre portugais et auteur de plusieurs livres sur la Chine, l’Asie et les États-Unis. Dans une interview réalisée par Laetitia pour Building Bridges, il livre sa vision d’un monde en profonde transformation, où la pandémie accélère un rapprochement entre l’Europe et l’Asie tandis que les États-Unis s’échappent dans une réalité virtuelle.
🙃 La vie périurbaine
Jeudi 3 décembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur la sociologie urbaine et périurbaine. En quoi la vie périurbaine de ces zones résidentielles, pavillonnaires est-elle différente en Europe et aux États-Unis ? Et de quelle manière est-elle en train de changer ? Laetitia et moi revenons sur notre migration récente du centre vers la périphérie et sur le contexte historique des transformations à l’oeuvre.
⚠️ Attention, cette semaine nous modifions un peu notre grille ! La transcription intégrale de l’interview de Bruno sera envoyée mercredi à nos seuls abonnés, accompagnée d’une note de lecture de son dernier ouvrage History Has Begun. Ensuite, quelques extraits de cette interview seront envoyés à tous lundi proch…
Bonjour à tous ! Chaque mercredi, Nouveau Départ vous propose un entretien avec une personnalité éclairante. C’est au format audio 👆🎧 et/ou écrit, accessible à tous et complété par une mise en perspective ci-dessous.
À l’agenda aujourd’hui 👇
* Chloé Hermary : apprendre à coder de façon féministe
* La désagrégation du système scolaire
* Féminisme : la nouvelle génération
* Apprendre à vivre avec l’incertitude
Chloé Hermary fait partie de mes belles rencontres de l’année 2020. Nous ne nous sommes vues que sur Zoom, mais je ressens néanmoins une proximité avec elle, sa personne, son projet et ses valeurs. Il y a un peu plus d’un an, elle a créé Ada Tech School, une “école de code féministe”, dont le manifeste est explicite :
Aujourd’hui, en France, seulement 10% des élèves des formations Tech et informatiques sont des femmes : les stéréotypes genrés et culturels autour du code sont encore lourds.
Ada Tech School est une école de programmation pensée pour les femmes, mais ouverte à toutes et à tous. Nous avons pour mission de créer l’espace et l’environnement propices à l’orientation de nouveaux talents vers les métiers du code, et particulièrement des jeunes femmes. Notre pédagogie favorise la collaboration, l’émancipation et la confiance en ses capacités à faire. Nous sommes en faveur d’une technologie créative, plus humaine et plus féminine.
C’est pendant ses études que Chloé s’est passionnée pour la pédagogie (notamment celle de Montessori). Elle décide après ses études d’en faire son projet entrepreneurial et de combiner les pédagogies alternatives et le féminisme. Sans être spécialiste d’informatique, elle a vite compris que, puisque c’est avec le code que se construit le monde de demain, il faudrait que son apprentissage soit plus féministe et inclusif :
Nous sommes face à un grave problème. A la sortie du lycée, c’est catastrophique, elles sont une très grande minorité présentes dans les filières Tech, avec 10% des effectifs. En reconversion, elles sont un peu plus nombreuses. Mais encore faut-il qu’elles fassent leur formation jusqu’au bout. Beaucoup décrochent en cours ou une fois en poste. Dans un milieu très majoritairement masculin, les femmes n’ont pas toujours les codes et ne se sentent pas à l’aise. Elles sont même victimes de harcèlement. (Entretien à Chut)
Avec Chloé, nous parlons de féminisme, de son parcours, de l’histoire (féminine) de l’informatique, de l’école qu’elle a créée et aussi d’Ada Lovelace. Et puis, comme nous sommes passées toutes deux par l’école HEC (à quinze ans d’intervalle), nous comparons nos expériences de sexisme à HEC. Hélas, pas grand-chose n’a changé. (Mediapart a récemment publié une enquête sur le sujet, intitulée “Humiliations sexuelles, homophobie, sexisme: voyage au sein des grandes écoles de commerce françaises”). Mais cette expérience-là l’a sans doute aidée à forger son école féministe…
Écoutez le podcast ci-dessus 🎧👆, partagez-le et faites-nous savoir votre avis !
Il se peut que la crise et la transition provoquent une désagrégation du système scolaire pour mieux l’ouvrir à l’innovation. Autrement dit, ces quatre éléments constitutifs du système scolaire pourraient être séparés. Avec Nicolas, nous avons discuté dans ce podcast l’avenir de chacune des missions actuelles du système scolaire… et imaginé comment ces missions pourraient être re-combinées différemment.
En voulant à tout prix que cette période de pandémie ne soit qu’un événement “exceptionnel” qui ne remet pas en question le système dans sa globalité, on passe à côté de la transition numérique de l’éducation nationale. Valoriser les expérimentations et les initiatives sur le terrain, investir dans des équipements à la hauteur, créer une école en ligne de haut niveau qui pourrait bénéficier à des enfants qui font l’école à la maison n’importe où en France (une “Khan Academy” à la française qui serait mieux que le CNED !), et concevoir l’école “normale” comme une expérience hybride (en ligne et sur place) … voilà quelques-unes des idées qui auraient pu être creusées pendant cette période.
👉 La désagrégation du système scolaire 🏫 (conversation entre Nicolas et moi)—réservé aux abonnés.
Rebecca Amsellem est entrepreneuse et féministe. Avec sa newsletter Les Glorieuses, elle a mis ses qualités entrepreneuriales au service du féminisme. On lui doit le mouvement associé au hashtag #5novembre16h47, né en 2016 pour sensibiliser les Français aux inégalités salariales. Elle en a eu l’idée après avoir observé la “grève” des femmes islandaises de 2016, qui sont massivement descendues dans les rues pour protester contre les inégalités salariales.
Dans ce podcast, Rebecca parle de son parcours, de la création des Glorieuses, des inégalités de revenus entre hommes et femmes, et ce qu’on pourrait faire pour y remédier. Nous parlons aussi des inégalités de patrimoine. À ce propos, elle nous recommande le livre Le genre du capital de Céline Bessière et Sibylle Gollac, où l’on peut lire :
Il faut regarder ce qui se passe dans les familles, qui accumulent et transmettent le capital économique afin de consolider leur position sociale d’une génération à la suivante. Conjointes et conjoints, frères et soeurs, pères et mères n’occupent pas les mêmes positions dans les stratégies familiales de reproduction, et n’en tirent pas les mêmes bénéfices.
👉 Féminisme : la nouvelle génération 💪 (conversation avec Rebecca Amsellem)—accessible à tous.
Le concept d’incertitude est sur toutes les lèvres. Il passionne les stratèges comme les éducateurs. Il s’applique dans différents domaines : la gastronomie, l’entreprise, la finance, l’éducation et la société en général. Et il nous incite à repenser nos manières de faire héritées de l’économie de masse du siècle dernier et basées sur les processus fiables, prévisibles et réplicables.
Récemment, j’ai découvert les travaux d’un professeur en stratégie du nom de Vaughn Tan, qui vient de publier un livre fascinant, The Uncertainty Mindset. Dans son livre, Vaughn Tan explique les leçons à tirer de l’innovation dans les cuisines des grands chefs. Aujourd’hui, il faut innover pour survivre. Or l’innovation, c’est l’incertitude permanente. C’est donc un “esprit d’incertitude” dont on a besoin :
L’innovation est par nature vraiment incertaine. Avec le travail d’innovation, vous ne savez pas ce que vous cherchez jusqu’à ce que vous le trouviez ou le créiez. L’incertitude, c’est inévitable quand vous cherchez à faire quelque chose qui n’a jamais été fait ou imaginé auparavant. (…) Un management efficace de l’innovation implique la formation de personnes et d’équipes désireuses et capables d’arrêter de faire ce qu’elles font bien pour chercher à développer autre chose. (The Uncertainty Mindset)
👉 Apprendre à vivre avec l’incertitude 😵 (conversation entre Nicolas et moi)— accessible à tous.
Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Notre premier podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré au commerce de détail et aux différences culturelles. Nicolas et moi nous demandons pourquoi, dans une économie mondialisée, le commerce de détail diffère à ce point d’un pays à l’autre
Certes, il existe des enseignes de grande distribution qui sont présentes dans plusieurs pays. Pourtant, malgré la mondialisation, le retail reste un univers très fragmenté, tant il reflète les différences culturelles d’un pays à un autre. La plupart des géants de la grande distribution restent des acteurs (essentiellement) locaux.
Ceux qui ont tenté de conquérir un marché étranger se sont souvent cassé les dents devant les difficultés. Pour se lancer dans un nouveau pays, il faut partir de zéro : les chaînes d’approvisionnement doivent être construites localement ; et les consommateurs n’ont pas les mêmes habitudes de consommation et aspirations.
Face à des marchés occidentaux de plus en plus saturés et aux exigences toujours plus pressantes de consommateurs rendus plus exigeants depuis la révolution numérique, certains acteurs regardent avec envie du côté des marchés émergents. Mais dans le retail, la mondialisation est particulièrement difficile pour les grandes entreprises.
Par exemple, les fabuleuses opportunités qui accompagnent la montée en puissance des classes moyennes chinoises et indiennes ne sont pas facilement accessibles aux géants occidentaux. Même à l’intérieur de l’Europe, les différences culturelles sont si importantes qu’elles rendent titanesque le défi de l’internationalisation.
Nicolas et moi discutons du sujet de la fragmentation du retail autour de deux exemples : celui de Walmart aux États-Unis et d’Aldi en Allemagne. À travers le récit de l’histoire de Walmart et de l’histoire de son échec en Allemagne, on comprend pourquoi la grande distribution est liée à la géographie, à l’histoire et à la culture.
Quant à l’histoire d’Aldi, elle dit beaucoup de choses sur la culture allemande. La réussite d’Aldi en Grande-Bretagne, en France ou même aux États-Unis est le fruit d’une bonne compréhension de la fragmentation, et de la stratification des marchés. Cela fait d’Aldi l’une des rares enseignes à avoir une empreinte internationale forte.
De quelle manière la crise actuelle accélère-t-elle cette fragmentation ? En matière de retail, quels sont les gagnants et les perdants de cette crise ? Quels sont les liens entre Walmart et Amazon ? Nicolas et moi tentons de répondre à ces questions, ainsi qu’à beaucoup d’autres encore.
Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
Bonjour à tous ! Chaque lundi nous vous envoyons un “Édito” au format écrit 📝👇 ET audio 🎧☝️, pour à la fois mettre la semaine à venir en perspective et rappeler les contenus mis en ligne la semaine précédente.
Je ne suis pas seule à ressentir cela : cette année nous a fait vieillir de plusieurs années d’un coup. Cela a été comme un coup d’accélérateur du vieillissement : un peu comme les photos avant / après de la présidence de Barack Obama, mais en seulement huit mois. C’est aussi pour cela que notre perception du temps est si distordue. Il y a un avant et un après, et un présent qui s’étire.
La canitie (un joli mot latin pour désigner le blanchiment des cheveux) en est l’un des symptômes les plus visibles. Non seulement, nous avons gagné en cheveux blancs, mais en plus, ils sont plus apparents que jamais. Pendant chaque confinement cette année, les salons de coiffure ont fermé. En conséquence, de nombreuses femmes habituées à se teindre les cheveux ont laissé tomber : elles assument désormais leurs cheveux blancs.
Assumer ses cheveux blancs, c’est un mouvement qui n’est pas nouveau. En France, la journaliste Sophie Fontanel en avait fait, en 2017, le sujet d’un livre remarqué, Une Apparition : “Et enfin, à cinquante-trois ans, j’ai entrepris d’apparaître.” Un soir d’été, elle a décidé d’arrêter de se teindre les cheveux et de regarder pousser ses cheveux blancs. Puis elle en a fait une sorte de journal romancé et manifeste d’affirmation de la beauté de l’âge. Pour elle, la société n’attendait qu’un petit signal pour découvrir la puissance et la beauté des cheveux blancs.Depuis plusieurs années, des stars, des journalistes et des autrices remarquables en ont fait un sujet de revendication. Assumer ses cheveux blancs, c’est politique. C’est affirmer la puissance de l’âge. C’est aussi rejeter l’invisibilisation des femmes à partir d’un certain âge, et cette idée que l’âge ne sied qu’aux hommes. Évidemment, c’est politique aussi parce que le pouvoir est davantage entre les mains des hommes aux tempes grisonnantes que des femmes aux cheveux gris.
Comme chez les gorilles, les cheveux gris confèrent du pouvoir aux “dos argentés” mâles alors qu’ils ont tendance à mettre les femelles socialement au rebut. Pire, les cheveux blancs chez les femmes peuvent même faire peur : ils convoquent la figure ancestrale de la sorcière, dont la puissance est profondément subversive. Sorcières de Mona Chollet, l’un des essais les plus vendus de l’année 2019, a rendu ce sujet mainstream. (Les cheveux blancs restent encore tabou aux yeux de certains hommes aussi : Donald Trump se teint les cheveux, par exemple, et nombre d’hommes dans son entourage, un peu comme à la Cour, se sentent obligés de faire de même.)
Mais jusqu’à cette année, assumer ses cheveux blancs, cela comportait encore une certaine radicalité. C’était un acte militant. Pour beaucoup de femmes qui ne sont ni stars, ni puissantes, ni particulièrement militantes, teindre ses cheveux, c’était l’option par défaut dans un monde qui reste âgiste et sexiste. Teindre ses cheveux, c’était se donner plus de chances d’obtenir ou de garder un emploi, de ne pas faire de vagues, et de rester un objet de désir.
L’année 2020 marque donc un tournant. Ce qui était un acte militant est en passe de devenir quelque chose de parfaitement normal. De nombreuses femmes, dont je suis, n’ont pas arrêté de se teindre les cheveux par acte de militantisme, mais simplement par flemme ou manque d’accès à un salon de coiffure.
Après plusieurs mois, elles s’habituent aux cheveux gris, et se disent : “Est-ce que cela vaut la peine de me mettre des produits chimiques sur la tête et de salir ma salle de bain, ou de dépenser plus de 100 euros dans un salon pour une teinture ?” Alors que les crises sanitaire et économique font des ravages, la teinte des cheveux semble quelque peu futile. Et puis, comme Sophie Fontanel, Mona Chollet, ou Anne Kreamer avant elles, certaines se (re)découvrent au naturel et finissent par embrasser le mouvement “Going Gray”.
Aux États-Unis comme en Europe, on ne compte plus les comptes Instagram (comme @grombre) qui ont gagné des dizaines de milliers de followers cette année. Le “Going Gray” devient un phénomène de société massif, comme le déclin du maquillage (Le Parisien se demandait cet été, “Le confinement a-t-il tué le maquillage ?”) et le désamour vis-à-vis des soutiens-gorge à armature.
À cet égard, la tumultueuse année 2020 semble marquer une certaine libération des corps. Alors que la récession frappe durement les femmes (“Shecession”), que les médias donnent peu la parole aux femmes expertes, que l’homophobie fait encore des ravages, il y a donc aussi quelques tendances plus positives qui signalent un changement de société. Demain, les femmes grisonnantes représenteront la catégorie démographique dominante dans notre société. Pour vivre heureuses, elles n’auront plus besoin de se cacher.
Quelques contenus Nouveau Départ sur des sujets liés :
* 🎥 007 : crise du cinéma et changement de société (conversation “À deux voix”)—réservé à nos abonnés.
* Les villes aussi devraient être féministes (conversation avec Leslie Kern)—accessible à tous.
* "The New Long Life", de Andrew J. Scott et Lynda Gratton (Note de lecture)—réservé à nos abonnés.
* La banalité domestique : notre salut ? (Édito)—accessible à tous.
* Normes vestimentaires et émancipation (conversation “À deux voix”)—réservé à nos abonnés.
* Femmes de 50 ans : invisibles dans les médias ? (conversation avec Sophie Dancourt)—accessible à tous.
* La fabrique de la ménopause (Note de lecture)—réservé à nos abonnés.
* La récession et les femmes (conversation “À deux voix”)—réservé à nos abonnés.
🏬 Commerce de détail et différences culturelles
Mardi 24 novembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur combien le commerce de détail diffère d’un pays à l’autre. Certaines enseignes de grande distribution sont présentes dans plusieurs pays. Pourtant, malgré la mondialisation, le commerce de détail reste un univers très fragmenté, tant il reflète les différences culturelles d’un pays à un autre. Nicolas et moi discutons ce sujet autour de deux exemples : Walmart (États-Unis) et Aldi (Allemagne).
👩🏼💻 Une école de code féministe
Mercredi 25 novembre | Interview de Chloé Hermary, fondatrice d’Ada Tech School. Il y a aujourd’hui trop peu de femmes qui codent. Pourtant, l’histoire de l’informatique compte des figures féminines essentielles, dont Ada Lovelace (la fille de Lord Byron, le grand poète anglais) dont on dit qu’elle est à l’origine du premier programme informatique. Quand elle a créé son école de code féministe, Chloé Hermary a choisi de rendre hommage à Ada et toutes ces femmes oubliées. Chloé nous parle de son parcours, de féminisme, de son école et de ses projets.
✊ Après la pandémie, la mobilisation des patients ?
Jeudi 26 novembre | Podcast “À deux voix” 🎧 sur la mobilisation des patients et son impact potentiel sur le système de santé. Les patients connectés entre eux grâce à Internet sont un moteur puissant de transformation du système de santé. À cet égard, la pandémie de Covid-19 fait écho à ce qui s’est produit dans les années 1980 et 1990 avec l’épidémie de sida. Les “long haulers”, ces patients qui souffrent pendant des mois de fatigue chronique ou ont des séquelles neurologiques, s’organisent entre eux et font avancer les soins et la prise de conscience.
🤔 Pourquoi la France résiste tant au télétravail
Au printemps dernier, il nous a semblé que la France entière se convertissait au télétravail. Depuis le début de ce nouveau confinement, en revanche, beaucoup de travailleurs français continuent de se rendre au bureau. Comment l’expliquer ? En quoi sommes-nous différents des autres pays ? Notre résistance face au télétravail est-elle un handicap ?
👉 Écoutez 🎧 Pourquoi la France résiste tant au télétravail (conversation “À deux voix”)—réservé à nos abonnés.
🇮🇳 L’Inde contemporaine au prisme de ses milliardaires
Nicolas a rencontré James, ancien correspondant du Financial Times à Mu…
Notre deuxième podcast “À deux voix” 🎧 de la semaine est consacré à l’évolution du clivage gauche-droite dans la période récente. Nicolas et moi faisons un peu d’histoire et quelques comparaisons internationales pour mettre ce clivage en perspective.
Depuis qu’Emmanuel Macron a imposé le balancement du fameux “en même temps”, plus personne ne s’y retrouve sur l’échiquier politique : que signifie être de gauche ou de droite aujourd’hui ? Est-ce que cela veut encore dire quelque chose ? D’où vient ce clivage et comment a-t-il évolué ?
Les périodes de transition sont toujours caractérisées par des changements sur l’échiquier politique. Les questions sur ce que signifie “être de droite” ou “être de gauche” ne sont elles-mêmes pas nouvelles dans l’histoire. La période actuelle ne fait pas exception : le changement de paradigme techno-économique s’accompagne d’une recomposition du paysage politique.
À l’origine, la droite et la gauche renvoient à la disposition des partis dans l’Assemblée nationale en France à partir de 1789. Les royalistes et tous les courants qui soutenaient le roi se sont placés à droite, tandis que tous ceux qui s'opposaient à lui se sont placés à gauche. Le clivage est né de là.
Le sens de la droite et de la gauche a vite évolué dans l’histoire. On a employé les mots pour désigner des courants politiques par rapport au degré d’adhésion au régime en place. Par exemple, la gauche de l’époque après la révolution (les libéraux et les républicains) s’est déplacée à droite au fur et à mesure de l’apparition de nouveaux mouvements.
De chaque côté, une tension paradoxale reflète l’évolution de rapports de force et les changements de coalition. À droite, c’est la tension entre la liberté et l’ordre qui est un moteur de transformation. À gauche, c’est la tension entre l’égalité et l’insoumission à l’ordre qui joue ce rôle.
Avec Nicolas, nous discutons du cadre d’analyse du grand universitaire américain Louis Hartz autour de l’importance de la tradition libérale pour expliquer les différences entre les paysages politiques américain et européen. Pour lui, c’est l’opposition entre les libéraux et les conservateurs (les whigs et les tories) qui est fondamentale.
Mais l’époque de Louis Hartz est déjà lointaine. Ce cadre est-il encore pertinent aujourd’hui ? De quelle manière peut-il nous aider à comprendre le paysage politique actuel, et son évolution, notamment aux États-Unis ?
Nous revenons sur l’histoire de ce vieux clivage pour mieux le mettre en perspective, avec des détails sur la situation aux États-Unis et en Europe. René Rémond, Louis Hartz, Carlota Perez ou encore George Lakoff sont quelques-uns des penseurs que nous évoquons dans cette conversation pour brosser le tableau d’un clivage politique en recomposition, en Europe comme aux États-Unis…
Nouveau Départ a sa page LinkedIn et son compte Twitter : @_NouveauDepart_. Suivez-nous aussi individuellement sur LinkedIn (Laetitia & Nicolas) et sur Twitter (Nicolas & Laetitia).
(Générique : Franz Liszt, Mephisto-Valse, S.514—extrait du disque Miroirs de Jonas Vitaud, NoMadMusic.)
From the publisher's feed

69 Listeners

102 Listeners

309 Listeners

96 Listeners

165 Listeners

24 Listeners

189 Listeners

108 Listeners

12 Listeners

8 Listeners

37 Listeners

11 Listeners

162 Listeners

18 Listeners

8 Listeners