Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

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Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron episodes

  • 08 - La peste noire

    Patrice Boucheron

    Collège de France

    Année 2020-2021

    La peste noire

    Résumé

    Pour l'histoire de la peste noire, l'épidémie qui affecte l'ensemble du bassin méditerranéen, et au-delà, de 541 à 749 constitue moins un précédent qu'une comparaison obligée, placée en vis-à-vis historiographique. Si elle occupe une branche morte de l'arbre phylogénétique de Yersinia pestis, sa postérité est ailleurs : dans les enjeux méthodologiques qu'elle pose aux historiens confrontés à la discordance des sources, mais aussi dans l'imaginaire politique : entre hantises collapsologiques du contemporain et horizon eschatologique du Moyen Âge, on tente de comprendre en quoi, au-delà des conventions historiographiques, cette peste peut bien être dite « justinienne ».

    Sommaire

    « Il faut continuer… » (Samuel Becket, L'Innommable, 1953) : recommencements

    La mémoire pathétique des gestes de la peste : quand le corps délivre une mémoire dont nous avons perdu le souvenir (Aby Warburg, Atlas Mnemosyne, 1927-1929)

    Épaissir le temps de la peste, peupler les mondes de la peste : réassurances des savoirs lettrés et blessure narcissique

    Yersinia pestis et l'humanité souffrante : une maladie qui n'était pas notre genre

    Progrès scientifique et horizon de connaissances : la science pose de nouvelles questions à l'histoire

    La génomique et la discordance des temps, une affaire de rythmes et d'échelles

    Retour au territoire de l'historien : l'hétérogénéité des régimes documentaires

    Entre histoire profonde et histoire globale, un regard à mi-pente

    La peste dite « justinienne » : première épidémie historique

    Une branche morte sur l'arbre phylogénétique de Yersinia pestis mais un opérateur puissant de périodisation (Yujun Cui, Chang Yu et al., « Historical variations in mutation rate in an epidemic pathogen, Yersinia pestis », PNAS, 2013)

    Deux morts en Bavière : identification des premières victimes de la peste du VIe siècle au cimetière d'Alternerding

    Premier bilan, nouvelles interrogations : quelle échelle, quelles datations ? (Marcel Keller, Maria A Spyrou et al., « Ancient Yersinia pestis genome from across Western Europe reveal early diversification during the First Pandemic (541-750) », PNAS, 2019)

    Ceci n'est pas un puzzle

    Constantinople, mars 542, « Il y eut en ce temps-là une pestilence qui manqua d'emporter la race humaine tout entière » (Procope de Césarée, Histoire des guerres, 2, 22)

    Harvard, 2015 : archéologie de la mort de masse (Michael McCormick, « Tracking mass death during the fall of Rome's empire », Journal of Roman Archaeology, 2015)

    Constantinople, 536 : « Combien il est étrange, je vous le demande, de voir le soleil mais sans son éclat habituel » (Cassiodore, Variae, 12, 25)

    Belfast, 2008 : analyse dendochronologique et carottes glaciaires (Michaël Baillie, « Proposed re‐dating of the European ice core chronology by seven years prior to the 7th century AD », Geophysical research letters, 2008)

    Constantinople, 541 : Justinien, les greniers de l'empire et les rats des navires (Michael McCormick, « Bateaux de vie, bateaux de mort. Maladie, commerce, transports annonaires et le passage économique du bas-empire au Moyen Âge », dans Morfologie sociali e culturali in Europa fra tardo antichità e alto medioevo (Spolète, 1998)

    Raconter l'histoire depuis le point de vue animal de rattus rattus ?

    Le « petit âge glaciaire de l'Antiquité tardive » (530-680) : systèmes climatiques et écosystèmes sociaux (Jean-Pierre Devroey, La Nature et le Roi. Environnement, pouvoir et société à l'âge de Charlemagne, 2019)

    En Scandinavie, du « grand hiver » (Fimbulvetr) au « crépuscule des dieux » (Ragnarök) : Winter is coming (Bo Gräslund et Neil Price, « Twilight of the gods? The "dust veil event" of AD 536 in critical perspective », Antiquity, 2012)

    Pourquoi la peste du VIe siècle peut être dite justinienne : catastrophe épidémique et retournement de situation politique

    Combiner les sources, malgré tout : Procope de Césarée et Jean d'Ephèse, « duo improbable », ont bien vu ce qu'ils ont vu (Kyle Harper, Comment l'Empire romain s'est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, 2019)

    Le silo mortuaire des tours de Sykai et le pressoir mystique : « vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu » (Jean d'Ephèse, Chronique de Zuqnîn)

    Une épidémie qui avance par bonds : « Comme un champ de blé incendié, la ville fut soudainement enflammée par la pestilence » (Grégoire de Tours, Histoires des Francs, 9, 22)

    Ne pas révoquer la valeur documentaire des sources au motif de leur discontinuité (Michael McCormick, « Gregory of Tours on Sixth-Century Plague and Other Epidemics », Speculum, 2021)

    Les trois temps de la première pandémie : peste byzantine (542-600), accalmie du VIIe siècle (600-660), période ibérique (660-749) (Dimitri Stathakopoulos, Famine and Pestilence in the Late Roman and Early Byzantine Empire: A Systematic Survey of Subsistence Crisis and Epidemics, 2004)

    « … la peste justinienne, après avoir peut-être contribué à expliquer Mahomet, a pu aussi expliquer Charlemagne » (Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben, « La Peste du Haut Moyen Âge», Annales, 1969)

    Peste justinienne et peste noire : une comparaison historiographique inévitable

    La peste et la chute des empires : lectures maximalistes, lectures déflationnistes (Lee Mordechai et Merle Eisenberg, « Rejecting Catastrophe: The Case of the Justinianic Plague », Past & Present, 2019)

    Kyle Harper et la fin du monde, ou la chute de Rome sans les Romains de la décadence

    Hantises collapsologiques et horizon eschatologique : la peste justinienne et le Moyen Âge aujourd'hui.

    1 hr 3 min
  • 08 - La peste noire - VIDEO
    Patrice Boucheron
    Collège de France
    Année 2020-2021
    La peste noire
    Résumé
    Pour l’histoire de la peste noire, l’épidémie qui affecte l’ensemble du bassin méditerranéen, et au-delà, de 541 à 749 constitue moins un précédent qu’une comparaison obligée, placée en vis-à-vis historiographique. Si elle occupe une branche morte de l’arbre phylogénétique de Yersinia pestis, sa postérité est ailleurs : dans les enjeux méthodologiques qu’elle pose aux historiens confrontés à la discordance des sources, mais aussi dans l’imaginaire politique : entre hantises collapsologiques du contemporain et horizon eschatologique du Moyen Âge, on tente de comprendre en quoi, au-delà des conventions historiographiques, cette peste peut bien être dite « justinienne ».
    Sommaire
    « Il faut continuer… » (Samuel Becket, L’Innommable, 1953) : recommencements
    La mémoire pathétique des gestes de la peste : quand le corps délivre une mémoire dont nous avons perdu le souvenir (Aby Warburg, Atlas Mnemosyne, 1927-1929)
    Épaissir le temps de la peste, peupler les mondes de la peste : réassurances des savoirs lettrés et blessure narcissique
    Yersinia pestis et l’humanité souffrante : une maladie qui n’était pas notre genre
    Progrès scientifique et horizon de connaissances : la science pose de nouvelles questions à l’histoire
    La génomique et la discordance des temps, une affaire de rythmes et d’échelles
    Retour au territoire de l’historien : l’hétérogénéité des régimes documentaires
    Entre histoire profonde et histoire globale, un regard à mi-pente
    La peste dite « justinienne » : première épidémie historique
    Une branche morte sur l’arbre phylogénétique de Yersinia pestis mais un opérateur puissant de périodisation (Yujun Cui, Chang Yu et al., « Historical variations in mutation rate in an epidemic pathogen, Yersinia pestis », PNAS, 2013)
    Deux morts en Bavière : identification des premières victimes de la peste du VIe siècle au cimetière d’Alternerding
    Premier bilan, nouvelles interrogations : quelle échelle, quelles datations ? (Marcel Keller, Maria A Spyrou et al., « Ancient Yersinia pestis genome from across Western Europe reveal early diversification during the First Pandemic (541-750) », PNAS, 2019)
    Ceci n’est pas un puzzle
    Constantinople, mars 542, « Il y eut en ce temps-là une pestilence qui manqua d’emporter la race humaine tout entière » (Procope de Césarée, Histoire des guerres, 2, 22)
    Harvard, 2015 : archéologie de la mort de masse (Michael McCormick, « Tracking mass death during the fall of Rome’s empire », Journal of Roman Archaeology, 2015)
    Constantinople, 536 : « Combien il est étrange, je vous le demande, de voir le soleil mais sans son éclat habituel » (Cassiodore, Variae, 12, 25)
    Belfast, 2008 : analyse dendochronologique et carottes glaciaires (Michaël Baillie, « Proposed re‐dating of the European ice core chronology by seven years prior to the 7th century AD », Geophysical research letters, 2008)
    Constantinople, 541 : Justinien, les greniers de l’empire et les rats des navires (Michael McCormick, « Bateaux de vie, bateaux de mort. Maladie, commerce, transports annonaires et le passage économique du bas-empire au Moyen Âge », dans Morfologie sociali e culturali in Europa fra tardo antichità e alto medioevo (Spolète, 1998)
    Raconter l’histoire depuis le point de vue animal de rattus rattus ?
    Le « petit âge glaciaire de l’Antiquité tardive » (530-680) : systèmes climatiques et écosystèmes sociaux (Jean-Pierre Devroey, La Nature et le Roi. Environnement, pouvoir et société à l’âge de Charlemagne, 2019)
    En Scandinavie, du « grand hiver » (Fimbulvetr) au « crépuscule des dieux » (Ragnarök) : Winter is coming (Bo Gräslund et Neil Price, « Twilight of the gods? The “dust veil event” of AD 536 in critical perspective », Antiquity, 2012)
    Pourquoi la peste du VIe siècle peut être dite justinienne : catastrophe épidémique et retournement de situation politique
    Combiner les sources, malgré tout : Procope de Césarée et Jean d’Ephèse, « duo improbable », ont bien vu ce qu’ils ont vu (Kyle Harper, Comment l’Empire romain s’est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, 2019)
    Le silo mortuaire des tours de Sykai et le pressoir mystique : « vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu » (Jean d’Ephèse, Chronique de Zuqnîn)
    Une épidémie qui avance par bonds : « Comme un champ de blé incendié, la ville fut soudainement enflammée par la pestilence » (Grégoire de Tours, Histoires des Francs, 9, 22)
    Ne pas révoquer la valeur documentaire des sources au motif de leur discontinuité (Michael McCormick, « Gregory of Tours on Sixth-Century Plague and Other Epidemics », Speculum, 2021)
    Les trois temps de la première pandémie : peste byzantine (542-600), accalmie du VIIe siècle (600-660), période ibérique (660-749) (Dimitri Stathakopoulos, Famine and Pestilence in the Late Roman and Early Byzantine Empire: A Systematic Survey of Subsistence Crisis and Epidemics, 2004)
    « … la peste justinienne, après avoir peut-être contribué à expliquer Mahomet, a pu aussi expliquer Charlemagne » (Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben, « La Peste du Haut Moyen Âge», Annales, 1969)
    Peste justinienne et peste noire : une comparaison historiographique inévitable
    La peste et la chute des empires : lectures maximalistes, lectures déflationnistes (Lee Mordechai et Merle Eisenberg, « Rejecting Catastrophe: The Case of the Justinianic Plague », Past & Present, 2019)
    Kyle Harper et la fin du monde, ou la chute de Rome sans les Romains de la décadence
    Hantises collapsologiques et horizon eschatologique : la peste justinienne et le Moyen Âge aujourd’hui.
    1 hr 3 min
  • 07 - La peste noire

    Patrice Boucheron

    Collège de France

    Année 2020-2021

    La peste noire

    Résumé

    Pour l'histoire de la peste noire, l'épidémie qui affecte l'ensemble du bassin méditerranéen, et au-delà, de 541 à 749 constitue moins un précédent qu'une comparaison obligée, placée en vis-à-vis historiographique. Si elle occupe une branche morte de l'arbre phylogénétique de Yersinia pestis, sa postérité est ailleurs : dans les enjeux méthodologiques qu'elle pose aux historiens confrontés à la discordance des sources, mais aussi dans l'imaginaire politique : entre hantises collapsologiques du contemporain et horizon eschatologique du Moyen Âge, on tente de comprendre en quoi, au-delà des conventions historiographiques, cette peste peut bien être dite « justinienne ».

    Sommaire

    « Il faut continuer… » (Samuel Becket, L'Innommable, 1953) : recommencements

    La mémoire pathétique des gestes de la peste : quand le corps délivre une mémoire dont nous avons perdu le souvenir (Aby Warburg, Atlas Mnemosyne, 1927-1929)

    Épaissir le temps de la peste, peupler les mondes de la peste : réassurances des savoirs lettrés et blessure narcissique

    Yersinia pestis et l'humanité souffrante : une maladie qui n'était pas notre genre

    Progrès scientifique et horizon de connaissances : la science pose de nouvelles questions à l'histoire

    La génomique et la discordance des temps, une affaire de rythmes et d'échelles

    Retour au territoire de l'historien : l'hétérogénéité des régimes documentaires

    Entre histoire profonde et histoire globale, un regard à mi-pente

    La peste dite « justinienne » : première épidémie historique

    Une branche morte sur l'arbre phylogénétique de Yersinia pestis mais un opérateur puissant de périodisation (Yujun Cui, Chang Yu et al., « Historical variations in mutation rate in an epidemic pathogen, Yersinia pestis », PNAS, 2013)

    Deux morts en Bavière : identification des premières victimes de la peste du VIe siècle au cimetière d'Alternerding

    Premier bilan, nouvelles interrogations : quelle échelle, quelles datations ? (Marcel Keller, Maria A Spyrou et al., « Ancient Yersinia pestis genome from across Western Europe reveal early diversification during the First Pandemic (541-750) », PNAS, 2019)

    Ceci n'est pas un puzzle

    Constantinople, mars 542, « Il y eut en ce temps-là une pestilence qui manqua d'emporter la race humaine tout entière » (Procope de Césarée, Histoire des guerres, 2, 22)

    Harvard, 2015 : archéologie de la mort de masse (Michael McCormick, « Tracking mass death during the fall of Rome's empire », Journal of Roman Archaeology, 2015)

    Constantinople, 536 : « Combien il est étrange, je vous le demande, de voir le soleil mais sans son éclat habituel » (Cassiodore, Variae, 12, 25)

    Belfast, 2008 : analyse dendochronologique et carottes glaciaires (Michaël Baillie, « Proposed re‐dating of the European ice core chronology by seven years prior to the 7th century AD », Geophysical research letters, 2008)

    Constantinople, 541 : Justinien, les greniers de l'empire et les rats des navires (Michael McCormick, « Bateaux de vie, bateaux de mort. Maladie, commerce, transports annonaires et le passage économique du bas-empire au Moyen Âge », dans Morfologie sociali e culturali in Europa fra tardo antichità e alto medioevo (Spolète, 1998)

    Raconter l'histoire depuis le point de vue animal de rattus rattus ?

    Le « petit âge glaciaire de l'Antiquité tardive » (530-680) : systèmes climatiques et écosystèmes sociaux (Jean-Pierre Devroey, La Nature et le Roi. Environnement, pouvoir et société à l'âge de Charlemagne, 2019)

    En Scandinavie, du « grand hiver » (Fimbulvetr) au « crépuscule des dieux » (Ragnarök) : Winter is coming (Bo Gräslund et Neil Price, « Twilight of the gods? The "dust veil event" of AD 536 in critical perspective », Antiquity, 2012)

    Pourquoi la peste du VIe siècle peut être dite justinienne : catastrophe épidémique et retournement de situation politique

    Combiner les sources, malgré tout : Procope de Césarée et Jean d'Ephèse, « duo improbable », ont bien vu ce qu'ils ont vu (Kyle Harper, Comment l'Empire romain s'est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, 2019)

    Le silo mortuaire des tours de Sykai et le pressoir mystique : « vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu » (Jean d'Ephèse, Chronique de Zuqnîn)

    Une épidémie qui avance par bonds : « Comme un champ de blé incendié, la ville fut soudainement enflammée par la pestilence » (Grégoire de Tours, Histoires des Francs, 9, 22)

    Ne pas révoquer la valeur documentaire des sources au motif de leur discontinuité (Michael McCormick, « Gregory of Tours on Sixth-Century Plague and Other Epidemics », Speculum, 2021)

    Les trois temps de la première pandémie : peste byzantine (542-600), accalmie du VIIe siècle (600-660), période ibérique (660-749) (Dimitri Stathakopoulos, Famine and Pestilence in the Late Roman and Early Byzantine Empire: A Systematic Survey of Subsistence Crisis and Epidemics, 2004)

    « … la peste justinienne, après avoir peut-être contribué à expliquer Mahomet, a pu aussi expliquer Charlemagne » (Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben, « La Peste du Haut Moyen Âge», Annales, 1969)

    Peste justinienne et peste noire : une comparaison historiographique inévitable

    La peste et la chute des empires : lectures maximalistes, lectures déflationnistes (Lee Mordechai et Merle Eisenberg, « Rejecting Catastrophe: The Case of the Justinianic Plague », Past & Present, 2019)

    Kyle Harper et la fin du monde, ou la chute de Rome sans les Romains de la décadence

    Hantises collapsologiques et horizon eschatologique : la peste justinienne et le Moyen Âge aujourd'hui.

    2 hr
  • 07 - La peste noire - VIDEO
    Patrice Boucheron
    Collège de France
    Année 2020-2021
    La peste noire
    Résumé
    Pour l’histoire de la peste noire, l’épidémie qui affecte l’ensemble du bassin méditerranéen, et au-delà, de 541 à 749 constitue moins un précédent qu’une comparaison obligée, placée en vis-à-vis historiographique. Si elle occupe une branche morte de l’arbre phylogénétique de Yersinia pestis, sa postérité est ailleurs : dans les enjeux méthodologiques qu’elle pose aux historiens confrontés à la discordance des sources, mais aussi dans l’imaginaire politique : entre hantises collapsologiques du contemporain et horizon eschatologique du Moyen Âge, on tente de comprendre en quoi, au-delà des conventions historiographiques, cette peste peut bien être dite « justinienne ».
    Sommaire
    « Il faut continuer… » (Samuel Becket, L’Innommable, 1953) : recommencements
    La mémoire pathétique des gestes de la peste : quand le corps délivre une mémoire dont nous avons perdu le souvenir (Aby Warburg, Atlas Mnemosyne, 1927-1929)
    Épaissir le temps de la peste, peupler les mondes de la peste : réassurances des savoirs lettrés et blessure narcissique
    Yersinia pestis et l’humanité souffrante : une maladie qui n’était pas notre genre
    Progrès scientifique et horizon de connaissances : la science pose de nouvelles questions à l’histoire
    La génomique et la discordance des temps, une affaire de rythmes et d’échelles
    Retour au territoire de l’historien : l’hétérogénéité des régimes documentaires
    Entre histoire profonde et histoire globale, un regard à mi-pente
    La peste dite « justinienne » : première épidémie historique
    Une branche morte sur l’arbre phylogénétique de Yersinia pestis mais un opérateur puissant de périodisation (Yujun Cui, Chang Yu et al., « Historical variations in mutation rate in an epidemic pathogen, Yersinia pestis », PNAS, 2013)
    Deux morts en Bavière : identification des premières victimes de la peste du VIe siècle au cimetière d’Alternerding
    Premier bilan, nouvelles interrogations : quelle échelle, quelles datations ? (Marcel Keller, Maria A Spyrou et al., « Ancient Yersinia pestis genome from across Western Europe reveal early diversification during the First Pandemic (541-750) », PNAS, 2019)
    Ceci n’est pas un puzzle
    Constantinople, mars 542, « Il y eut en ce temps-là une pestilence qui manqua d’emporter la race humaine tout entière » (Procope de Césarée, Histoire des guerres, 2, 22)
    Harvard, 2015 : archéologie de la mort de masse (Michael McCormick, « Tracking mass death during the fall of Rome’s empire », Journal of Roman Archaeology, 2015)
    Constantinople, 536 : « Combien il est étrange, je vous le demande, de voir le soleil mais sans son éclat habituel » (Cassiodore, Variae, 12, 25)
    Belfast, 2008 : analyse dendochronologique et carottes glaciaires (Michaël Baillie, « Proposed re‐dating of the European ice core chronology by seven years prior to the 7th century AD », Geophysical research letters, 2008)
    Constantinople, 541 : Justinien, les greniers de l’empire et les rats des navires (Michael McCormick, « Bateaux de vie, bateaux de mort. Maladie, commerce, transports annonaires et le passage économique du bas-empire au Moyen Âge », dans Morfologie sociali e culturali in Europa fra tardo antichità e alto medioevo (Spolète, 1998)
    Raconter l’histoire depuis le point de vue animal de rattus rattus ?
    Le « petit âge glaciaire de l’Antiquité tardive » (530-680) : systèmes climatiques et écosystèmes sociaux (Jean-Pierre Devroey, La Nature et le Roi. Environnement, pouvoir et société à l’âge de Charlemagne, 2019)
    En Scandinavie, du « grand hiver » (Fimbulvetr) au « crépuscule des dieux » (Ragnarök) : Winter is coming (Bo Gräslund et Neil Price, « Twilight of the gods? The “dust veil event” of AD 536 in critical perspective », Antiquity, 2012)
    Pourquoi la peste du VIe siècle peut être dite justinienne : catastrophe épidémique et retournement de situation politique
    Combiner les sources, malgré tout : Procope de Césarée et Jean d’Ephèse, « duo improbable », ont bien vu ce qu’ils ont vu (Kyle Harper, Comment l’Empire romain s’est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome, 2019)
    Le silo mortuaire des tours de Sykai et le pressoir mystique : « vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu » (Jean d’Ephèse, Chronique de Zuqnîn)
    Une épidémie qui avance par bonds : « Comme un champ de blé incendié, la ville fut soudainement enflammée par la pestilence » (Grégoire de Tours, Histoires des Francs, 9, 22)
    Ne pas révoquer la valeur documentaire des sources au motif de leur discontinuité (Michael McCormick, « Gregory of Tours on Sixth-Century Plague and Other Epidemics », Speculum, 2021)
    Les trois temps de la première pandémie : peste byzantine (542-600), accalmie du VIIe siècle (600-660), période ibérique (660-749) (Dimitri Stathakopoulos, Famine and Pestilence in the Late Roman and Early Byzantine Empire: A Systematic Survey of Subsistence Crisis and Epidemics, 2004)
    « … la peste justinienne, après avoir peut-être contribué à expliquer Mahomet, a pu aussi expliquer Charlemagne » (Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben, « La Peste du Haut Moyen Âge», Annales, 1969)
    Peste justinienne et peste noire : une comparaison historiographique inévitable
    La peste et la chute des empires : lectures maximalistes, lectures déflationnistes (Lee Mordechai et Merle Eisenberg, « Rejecting Catastrophe: The Case of the Justinianic Plague », Past & Present, 2019)
    Kyle Harper et la fin du monde, ou la chute de Rome sans les Romains de la décadence
    Hantises collapsologiques et horizon eschatologique : la peste justinienne et le Moyen Âge aujourd’hui.
    2 hr
  • 06 - La peste noire

    Patrice Boucheron

    Collège de France

    Année 2020-2021

    La peste noire

    Depuis dix ans, les progrès de la paléogénomique relancent l'histoire de la peste noire, par les réponses qu'ils apportent, mais surtout par les nouvelles questions qu'ils ouvrent. En tentant de comprendre le cadre épistémologique qui préside à la reconstitution phylogénétique de Yersinia pestis, on l'appréhende à la fois comme outil de périodisation et comme épreuve d'une réflexion sur l'hétérogénéité des régimes documentaires. Le programme de recherche sur la peste noire s'en trouve redéfini, entre naturalisme et constructivisme.

    Sommaire

    Un cadavre exquis : Ramsès II au Val-de-Grâce en 1976

    Un pharaon peut-il mourir de la tuberculose ? (Bruno Latour, « Jusqu'où faut-il mener l'histoire des découvertes scientifiques ? », Chroniques d'un amateur de sciences, 2006)

    « La science construit ses objets » (Gaston Bachelard) : objets de connaissance, objets dans le monde

    « Mais quelle raison a pu conduire Latour à récuser la réponse de bon sens ? » (Paul Boghossian, La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance, 2009)

    Desserrer l'étau d'une opposition binaire entre réalités naturelles et construits sociaux (Étienne Anheim et Stéphane Gioanni, « La nature, la construction sociale et l'histoire. Remarques sur l'œuvre de Ian Hacking » dans Michel de Fornel et Cyril Lemieux dir., Naturalisme vs constructivisme, 2009)

    Constructivisme des faits et nominalisme radical : les séductions d'un textualisme péremptoire

    « Nos savants au secours de Ramsès II tombé malade 3 000 ans après sa mort » : la leçon de philosophie de Paris-Match

    Une expérience du temps historique : ouvrir le passé aux futurs de l'histoire

    Qu'est-ce qu'une expérience de pensée ? « On donne généralement le nom de découverte à la connaissance d'un fait nouveau ; mais je pense que c'est l'idée qui se rattache au fait découvert qui constitue en réalité la découverte » (Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale, 1865)

    Trois mots anglais pour dire la maladie : illness, disease, sickness (Horacio Fabrega, Evolution of Sickness and Healing, 1997)

    Le pouvoir médical, ou comment, diagnostiquant un disease, on transforme illness en sickness

    Le rôle social du lépreux dans la société de persécution au Moyen Âge

    Les maladies ont une histoire : sur l'historiographie des « années SIDA » (Neithard Bulst et Robert Delort dir., Maladies et sociétés, XIIe-XVIIe siècles, 1988 ; François-Olivier Touati dir., Maladies, médecines et sociétés, 1993)

    Histoire de longue durée et histoire immédiate : la pathocénose comme « communauté de maladies » (Joël Coste, Bernardino Fantini et Louise Lambrichs dir., Le Concept de pathocénose de M.D. Grmek. Une conceptualisation de l'histoire des maladies, 2016)

    La septième pathocénose : un outil de périodisation

    Quand Yersinia pestis n'a pas besoin de nous : « l'homme n'est que son hôte secondaire, subsidiaire et, d'un point non anthropocentrique, peu important » (Mirko Grmek, « Préliminaires d'une étude historique des maladies », Annales, 1969)

    Londres, 1348 : le cimetière d'East-Smithfield (Barney Sloane, The Black Death in London, 2011)

    Sépultures de catastrophe et rites funéraires. Qu'est-ce qu'un cimetière de peste ? (Sacha Kacki, « Black Death: Cultures in Crisis », Encyclopedia of Global Archaeology, 2020)

    La collection ostéologique d'East-Smithfield : bioarchéologie de l'état sanitaire des populations (Sharon DeWitte)

    Depuis 2010, brève histoire de la paléogénomique (Ludovic Orlando, L'ADN fossile, une machine à remonter le temps, 2021)

    Quand le plus ancien en nous sert à mieux tolérer ce qui surgit de neuf : métissage, immunité innée et ingression archaïque (Lluis Quintana-Murci, « Génétique et histoire de l'homme : adaptation aux agents infectieux », dans Patrick Boucheron dir., Migrations, réfugiés, exils, 2017)

    Faut-il avoir peur de ce savoir ? Les mauvais souvenirs historiques d'une biologisation de l'anthropologie raciale (Jean-Paul Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d'origine de l'Occident, 2014)

    La tentation de fin de non-recevoir (Alain Testard, « Les modèles biologiques sont-ils utiles pour penser l'évolution des sociétés ? », Préhistoires méditerranéennes, 2011)

    2011, East Smithfield : une trace de Yersinia pestis (Kirsten I. Boos et al., « A draft genome of Yersinia pestis from victims of the Black Death », Nature, 478, octobre 2011)

    Une seule bactérie tueuse, plusieurs maladies

    De la peste justinienne à l'âge de Bronze : Quand Yersinia pestis prend de l'âge

    Du stemma codicum à l'arbre phylogénétique : l'étrange familiarité d'une forme graphique

    La peste justinienne et la peste noire de part et d'autre du « silence pathologique » (Pierre Toubert, « La Peste noire (1348), entre histoire et biologie moléculaire », Journal des savants, 2016)

    Trois pandémies ou cinq pestes ? (Monica Green, « The Four Black Deaths », The American Historical Review, 125, décembre 2020)

    Un événement théorique en Asie centrale : le « Big Bang » de la polytomie avant la peste noire

    La carte au trésor : histoire globale et hétérogénéité des régimes documentaires

    Retour à Ramsès II : comment peut-on être tuberculeux sans avoir lu la Montagne magique de Thomas Mann ?

    « Mon corps est bien plus vieux que moi, comme si nous gardions toujours l'âge des peurs sociales auxquelles, par le hasard de la vie, nous avons touché » (Roland Barthes, Leçon, 1977).

    1 hr 11 min
  • 06 - La peste noire - VIDEO
    Patrice Boucheron
    Collège de France
    Année 2020-2021
    La peste noire
    Depuis dix ans, les progrès de la paléogénomique relancent l’histoire de la peste noire, par les réponses qu’ils apportent, mais surtout par les nouvelles questions qu’ils ouvrent. En tentant de comprendre le cadre épistémologique qui préside à la reconstitution phylogénétique de Yersinia pestis, on l’appréhende à la fois comme outil de périodisation et comme épreuve d’une réflexion sur l’hétérogénéité des régimes documentaires. Le programme de recherche sur la peste noire s’en trouve redéfini, entre naturalisme et constructivisme.
    Sommaire
    Un cadavre exquis : Ramsès II au Val-de-Grâce en 1976
    Un pharaon peut-il mourir de la tuberculose ? (Bruno Latour, « Jusqu’où faut-il mener l’histoire des découvertes scientifiques ? », Chroniques d’un amateur de sciences, 2006)
    « La science construit ses objets » (Gaston Bachelard) : objets de connaissance, objets dans le monde
    « Mais quelle raison a pu conduire Latour à récuser la réponse de bon sens ? » (Paul Boghossian, La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance, 2009)
    Desserrer l’étau d’une opposition binaire entre réalités naturelles et construits sociaux (Étienne Anheim et Stéphane Gioanni, « La nature, la construction sociale et l’histoire. Remarques sur l’œuvre de Ian Hacking » dans Michel de Fornel et Cyril Lemieux dir., Naturalisme vs constructivisme, 2009)
    Constructivisme des faits et nominalisme radical : les séductions d’un textualisme péremptoire
    « Nos savants au secours de Ramsès II tombé malade 3 000 ans après sa mort » : la leçon de philosophie de Paris-Match
    Une expérience du temps historique : ouvrir le passé aux futurs de l’histoire
    Qu’est-ce qu’une expérience de pensée ? « On donne généralement le nom de découverte à la connaissance d’un fait nouveau ; mais je pense que c’est l’idée qui se rattache au fait découvert qui constitue en réalité la découverte » (Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale, 1865)
    Trois mots anglais pour dire la maladie : illness, disease, sickness (Horacio Fabrega, Evolution of Sickness and Healing, 1997)
    Le pouvoir médical, ou comment, diagnostiquant un disease, on transforme illness en sickness
    Le rôle social du lépreux dans la société de persécution au Moyen Âge
    Les maladies ont une histoire : sur l’historiographie des « années SIDA » (Neithard Bulst et Robert Delort dir., Maladies et sociétés, XIIe-XVIIe siècles, 1988 ; François-Olivier Touati dir., Maladies, médecines et sociétés, 1993)
    Histoire de longue durée et histoire immédiate : la pathocénose comme « communauté de maladies » (Joël Coste, Bernardino Fantini et Louise Lambrichs dir., Le Concept de pathocénose de M.D. Grmek. Une conceptualisation de l’histoire des maladies, 2016)
    La septième pathocénose : un outil de périodisation
    Quand Yersinia pestis n’a pas besoin de nous : « l’homme n’est que son hôte secondaire, subsidiaire et, d’un point non anthropocentrique, peu important » (Mirko Grmek, « Préliminaires d’une étude historique des maladies », Annales, 1969)
    Londres, 1348 : le cimetière d’East-Smithfield (Barney Sloane, The Black Death in London, 2011)
    Sépultures de catastrophe et rites funéraires. Qu’est-ce qu’un cimetière de peste ? (Sacha Kacki, « Black Death: Cultures in Crisis », Encyclopedia of Global Archaeology, 2020)
    La collection ostéologique d’East-Smithfield : bioarchéologie de l’état sanitaire des populations (Sharon DeWitte)
    Depuis 2010, brève histoire de la paléogénomique (Ludovic Orlando, L’ADN fossile, une machine à remonter le temps, 2021)
    Quand le plus ancien en nous sert à mieux tolérer ce qui surgit de neuf : métissage, immunité innée et ingression archaïque (Lluis Quintana-Murci, « Génétique et histoire de l’homme : adaptation aux agents infectieux », dans Patrick Boucheron dir., Migrations, réfugiés, exils, 2017)
    Faut-il avoir peur de ce savoir ? Les mauvais souvenirs historiques d’une biologisation de l’anthropologie raciale (Jean-Paul Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d’origine de l’Occident, 2014)
    La tentation de fin de non-recevoir (Alain Testard, « Les modèles biologiques sont-ils utiles pour penser l’évolution des sociétés ? », Préhistoires méditerranéennes, 2011)
    2011, East Smithfield : une trace de Yersinia pestis (Kirsten I. Boos et al., « A draft genome of Yersinia pestis from victims of the Black Death », Nature, 478, octobre 2011)
    Une seule bactérie tueuse, plusieurs maladies
    De la peste justinienne à l’âge de Bronze : Quand Yersinia pestis prend de l’âge
    Du stemma codicum à l’arbre phylogénétique : l’étrange familiarité d’une forme graphique
    La peste justinienne et la peste noire de part et d’autre du « silence pathologique » (Pierre Toubert, « La Peste noire (1348), entre histoire et biologie moléculaire », Journal des savants, 2016)
    Trois pandémies ou cinq pestes ? (Monica Green, « The Four Black Deaths », The American Historical Review, 125, décembre 2020)
    Un événement théorique en Asie centrale : le « Big Bang » de la polytomie avant la peste noire
    La carte au trésor : histoire globale et hétérogénéité des régimes documentaires
    Retour à Ramsès II : comment peut-on être tuberculeux sans avoir lu la Montagne magique de Thomas Mann ?
    « Mon corps est bien plus vieux que moi, comme si nous gardions toujours l’âge des peurs sociales auxquelles, par le hasard de la vie, nous avons touché » (Roland Barthes, Leçon, 1977).
    1 hr 11 min
  • 05 - La peste noire

    Patrice Boucheron

    Collège de France

    Année 2020-2021

    La peste noire

    Résumé

    Les modes de transmission de Yersinia pestis font l'objet d'études biologiques et épidémiologiques de plus en plus poussées, à partir du tableau clinique actuel mais aussi de la modélisation rétrospective des sources du passé. Pourtant, la virulence de l'épidémie médiévale reste difficilement compréhensible en appliquant de tels modèles. Le cours suggère d'autres hypothèses sur la possibilité d'une contagion interhumaine et la persistance de foyers pesteux en Europe, qui prennent en compte la dimension environnementale d'un récit global mais discontinu de l'épidémie.

    Sommaire

    « Depuis longtemps, la peste est mon métier » : Henri Mollaret, Jacqueline Brossolet et le service de la Peste de l'Institut Pasteur

    Dernières nouvelles de la troisième pandémie de peste (Eric Bertherat, World Health Organization, Weekly epidemiological record, 25, 2019)

    L'étiologie actuelle : essentiellement trois formes cliniques (septicémique, bubonique et pulmonaire)

    Quand le bubon ne suffit plus à établir le diagnostic rétrospectif : à la recherche des carbunculi (Samuel Cohn, Cultures of Plague. Medical thinking at the end of Renaissance, 2010)

    Menaces sur la biodiversité, résistance aux antibiotiques et bioterrorisme : l'économie de la recherche sur le bacille « dont le pouvoir pathogène pour l'homme est le plus élevé dans le monde bactérien » (Elisabeth Carniel)

    Tester rapidement l'antigène F1 de YP : les risques du passé et les retombées des hantises du présent (Raffaela Bianucci et al., CR Biologies, 2007)

    En URSS des années 1920 aux années 1970 : l'impossible éradication de la peste (Susan D. Jones et al., PNAS, 2019)

    Zoonose et sauts d'espèce : le schéma général de la transmission du puce à la rat et du rat à l'homme

    Une progression par réplication de micro-événements (Monica Green, The Medieval Globe, 2014)

    Quand l'histoire passe par une piqûre de puce : microbiologie de l'infection (Amélie Dewitte et all, PLOS Pathogens, 2020)

    De la mort du rat à celle de l'homme : la peste au Caire en 1801 (Xavier Didelot, et al., J. R. Soc. Interface, 2017)

    Toujours au Caire, mais au XVe siècle, au temps du « grand anéantissement » (Stuart Borsch et Tarek Sabraa, Mamlῡk Studies Review, 2016)

    Un soupçon persistant sur pulex irritans (Katharine R. Dean et al., PNAS, 2018)

    La peste s'est diffusée dans les populations humaines avec une rapidité et une facilité qui ne sont guère compatibles avec le modèle classique de transmission du rat à la puce du rat puis à l'homme » (Isabelle Séguy et Guido Alfani, « La Peste : bref état des connaissances actuelles », Annales de démographie historique, 2017)

    La circulation des savoirs microbiologiques depuis Bombay, « théâtre d'expérimentation » de la peste (Pratik Chakrabarti)

    Pour en finir avec l'orientalisme épidémiologique : relectures historiennes des Rapports d'études sur la peste en Inde (Samuel Cohn, The Black Death Transformed, 2002)

    Mort et résurrection d'un paradigme (Samuel Cohn, « Black Death, End of a Paradigm » American Historical Review, 2002)

    « We believe that we can end the controversy: Medieval Black Death was Plague » : comment ne pas mettre fin à une controverse (Didier Raoult et al., PNAS, 2000)

    Des espèces aux milieux et de la Mongolie aux Alpes italiennes : cherchez la marmotte (V.V. Suntsov, Biol Bull Russ Acad Sci, 2012)

    Histoire de l'épidémie milanaise de 1567 et hypothèse sur la persistance de la peste en Europe (Ann Carmichael, The Medieval Globe, 2014)

    Retour aux sources : Avignon en 1348, Guy de Chauliac et Louis Sanctus de Beringen

    Modélisation épidémiologique des sources démographiques traditionnelles : le cas de Nonantola en 1630 (Guido Alfani et Samuel Cohn, « Nonantola 1630: Anatomia di une pestilenza e mecanismi del contagio », Popolazione e Storia, 2, 2007)

    Sur la piste d'une contamination interhumaine : surmortalité et densité des foyers humains (Guido Alfani et Marco Bonetti, « A survival analysis of the last great European plagues: The case of Nonantola (Northern Italy) in 1630 », Population Studies, 73, 2019)

    Qui comincia il contaggio : la mort d'Antonia Tarossi et de sa famille

    « A Marseille, sur 150 Frères Mineurs il n'en resta pas un seul : c'est bien ainsi » : Henry Knighton et les petitesses de l'histoire

    Histoire naturelle ou histoires naturelles ? Un récit global mais discontinu

    Après la nature, après l'histoire, restaurer la lisibilité de l'histoire en faisant droit à l'hétérogénéité des images

    « Le besoin de savoir était contredit par la tendance à fermer les yeux » (W.G. Sebald, De la destruction comme élément de l'histoire naturelle, 2001)

    Les yeux écarquillés et les yeux bandés : retour sur la scène du crime (Henri Mollaret et Jacqueline Brossollet, À propos des « Pestiférés de Jaffa » de A.J. Gros, 1968).

    1 hr 8 min
  • 05 - La peste noire - VIDEO
    Patrice Boucheron
    Collège de France
    Année 2020-2021
    La peste noire
    Résumé
    Les modes de transmission de Yersinia pestis font l’objet d’études biologiques et épidémiologiques de plus en plus poussées, à partir du tableau clinique actuel mais aussi de la modélisation rétrospective des sources du passé. Pourtant, la virulence de l’épidémie médiévale reste difficilement compréhensible en appliquant de tels modèles. Le cours suggère d’autres hypothèses sur la possibilité d’une contagion interhumaine et la persistance de foyers pesteux en Europe, qui prennent en compte la dimension environnementale d’un récit global mais discontinu de l’épidémie.
    Sommaire
    « Depuis longtemps, la peste est mon métier » : Henri Mollaret, Jacqueline Brossolet et le service de la Peste de l’Institut Pasteur
    Dernières nouvelles de la troisième pandémie de peste (Eric Bertherat, World Health Organization, Weekly epidemiological record, 25, 2019)
    L’étiologie actuelle : essentiellement trois formes cliniques (septicémique, bubonique et pulmonaire)
    Quand le bubon ne suffit plus à établir le diagnostic rétrospectif : à la recherche des carbunculi (Samuel Cohn, Cultures of Plague. Medical thinking at the end of Renaissance, 2010)
    Menaces sur la biodiversité, résistance aux antibiotiques et bioterrorisme : l’économie de la recherche sur le bacille « dont le pouvoir pathogène pour l’homme est le plus élevé dans le monde bactérien » (Elisabeth Carniel)
    Tester rapidement l’antigène F1 de YP : les risques du passé et les retombées des hantises du présent (Raffaela Bianucci et al., CR Biologies, 2007)
    En URSS des années 1920 aux années 1970 : l’impossible éradication de la peste (Susan D. Jones et al., PNAS, 2019)
    Zoonose et sauts d’espèce : le schéma général de la transmission du puce à la rat et du rat à l’homme
    Une progression par réplication de micro-événements (Monica Green, The Medieval Globe, 2014)
    Quand l’histoire passe par une piqûre de puce : microbiologie de l’infection (Amélie Dewitte et all, PLOS Pathogens, 2020)
    De la mort du rat à celle de l’homme : la peste au Caire en 1801 (Xavier Didelot, et al., J. R. Soc. Interface, 2017)
    Toujours au Caire, mais au XVe siècle, au temps du « grand anéantissement » (Stuart Borsch et Tarek Sabraa, Mamlῡk Studies Review, 2016)
    Un soupçon persistant sur pulex irritans (Katharine R. Dean et al., PNAS, 2018)
    La peste s’est diffusée dans les populations humaines avec une rapidité et une facilité qui ne sont guère compatibles avec le modèle classique de transmission du rat à la puce du rat puis à l’homme » (Isabelle Séguy et Guido Alfani, « La Peste : bref état des connaissances actuelles », Annales de démographie historique, 2017)
    La circulation des savoirs microbiologiques depuis Bombay, « théâtre d’expérimentation » de la peste (Pratik Chakrabarti)
    Pour en finir avec l’orientalisme épidémiologique : relectures historiennes des Rapports d’études sur la peste en Inde (Samuel Cohn, The Black Death Transformed, 2002)
    Mort et résurrection d’un paradigme (Samuel Cohn, « Black Death, End of a Paradigm » American Historical Review, 2002)
    « We believe that we can end the controversy: Medieval Black Death was Plague » : comment ne pas mettre fin à une controverse (Didier Raoult et al., PNAS, 2000)
    Des espèces aux milieux et de la Mongolie aux Alpes italiennes : cherchez la marmotte (V.V. Suntsov, Biol Bull Russ Acad Sci, 2012)
    Histoire de l’épidémie milanaise de 1567 et hypothèse sur la persistance de la peste en Europe (Ann Carmichael, The Medieval Globe, 2014)
    Retour aux sources : Avignon en 1348, Guy de Chauliac et Louis Sanctus de Beringen
    Modélisation épidémiologique des sources démographiques traditionnelles : le cas de Nonantola en 1630 (Guido Alfani et Samuel Cohn, « Nonantola 1630: Anatomia di une pestilenza e mecanismi del contagio », Popolazione e Storia, 2, 2007)
    Sur la piste d’une contamination interhumaine : surmortalité et densité des foyers humains (Guido Alfani et Marco Bonetti, « A survival analysis of the last great European plagues: The case of Nonantola (Northern Italy) in 1630 », Population Studies, 73, 2019)
    Qui comincia il contaggio : la mort d’Antonia Tarossi et de sa famille
    « A Marseille, sur 150 Frères Mineurs il n’en resta pas un seul : c’est bien ainsi » : Henry Knighton et les petitesses de l’histoire
    Histoire naturelle ou histoires naturelles ? Un récit global mais discontinu
    Après la nature, après l’histoire, restaurer la lisibilité de l’histoire en faisant droit à l’hétérogénéité des images
    « Le besoin de savoir était contredit par la tendance à fermer les yeux » (W.G. Sebald, De la destruction comme élément de l’histoire naturelle, 2001)
    Les yeux écarquillés et les yeux bandés : retour sur la scène du crime (Henri Mollaret et Jacqueline Brossollet, À propos des « Pestiférés de Jaffa » de A.J. Gros, 1968).
    1 hr 8 min
  • 04 - La peste noire

    Patrice Boucheron

    Collège de France

    Année 2020-2021

    La peste noire

    Résumé

    Entre fiction littéraire de la fête collective chez Jean Delumeau et fiction politique de la société de peste chez Michel Foucault, la séance interroge la constitution des savoirs historiens sur les épidémies de peste dans les années 1975-1985. Elle pose comme hypothèse que celle-ci est indissociable d'une certaine hantise contemporaine, ramenant le théâtre de la contagion aux structures narratives d'un récit épidémique.

    Sommaire

    Festival d'Avignon, cour d'honneur, 9 juillet 1983 : « dans ce palais, il y a eu la peste et la papauté, ensemble, en 1348 » (Jean-Pierre Vincent)

    « Il y a dans le théâtre comme dans la peste quelque chose à la fois de victorieux et de vengeur (Antonin Artaud,

    « Le théâtre et la peste », 1938)

    Comment une société organise-t-elle son indestructibilité ?

    Microbiologie, environnement, world history : une histoire triplement débordée

    Voir l'histoire à travers « l'imagination de la vérité du réel » (Goethe)

    Retour sur la « terrible puanteur des morts » à Marseille en 1347 : mémoire et inflammation de l'imaginaire

    « Les gestes de la peste, comme ceux de la peur et de la douleur en général, délivrent une mémoire dont nous avons perdu le souvenir » (Georges Didi-Huberman, Memorandum de la peste, 1983)

    Ecrire dans un théâtre dépeuplé : récit d'une coïncidence différée

    Une survivance chorale : « Mais à la peste il faut bien un narrateur, un qui puisse, qui ose dire mes yeux ont tout vu,

    il faut bien, tâche lourde ou non, un arpenteur du désastre, un mélancolique, un dont la maladie différait un peu des autres, maladie à la mort, non maladie mortelle, encore. Un qui pressent qu'il n'arrive pas à mourir » (Georges Didi-Huberman)

    La peste comme fête collective et comme cité assiégée : Jean Delumeau, La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles), 1978

    Une « rupture inhumaine » dans l'ordre ordinaire des jours

    La persistance historiographique de « l'âpre saveur de la vie » (Elodie Lecuppre-Desjardins dir., L'odeur du sang et des roses. Relire Johan Huizinga aujourd'hui, 2019)

    Histoire des mentalités, médecine et psychologie des foules : la « dissolution de l'homme moyen » (Paul Fréour, « Réactions des populations atteintes par une grande épidémie », Revue de psychologie des peuples, 1960)

    Les traits anthropologiques fondamentaux d'une « société de peste »

    « Le Journal de la peste de Daniel Defoe — notre meilleur document sur une peste bien qu'il s'agisse d'un roman — est rempli de scènes hallucinantes et d'anecdotes bouleversantes » (Jean Delumeau)

    « l'homérique bataille de l'explosion et du colmatage, de la déliquescence et du durcissement, du désordre fou et de l'acharnée volonté de mise en ordre » (Bernard Chartreux, Dernières nouvelles de la Peste, 1984)

    Fiction littéraire de la fête chez Jean Delumeau, fiction politique de la peste chez Michel Foucault

    « Voici, selon un règlement de la peste de la fin du XVIIe siècle, les mesures qu'il fallait prendre quand la peste se déclarait dans une ville » (Surveiller et punir, 1975)

    Visible dans l'archive et rendant l'archive lisible : le paradigme foucaldien, entre singularité et exemplarité

    A Marseille en 1720, société de surveillance et « expériences ordinaires de la peste » (Fleur Beauvieux)

    De 1347 à 1722, la deuxième pandémie de peste : à l'ombre du paradigme

    La fondation paradoxale des années 1975-1985 : savoirs historiens, indistinction chronologique et hantise théâtrale

    « Evidemment que c'est la peste. En voici les dernières nouvelles, on n'est jamais trop prudent. La peste donc, mais d'abord une peste, peu importe laquelle… » (Bernard Chartreux)

    Théâtre de la contagion et récit épidémique : trois actes et un patient zéro

    Charles Rosenberg, « What Is an Epidemic ? AIDS in Historical Perspective », Daedalus, 1989

    Le troisième acte ouvre seulement la possibilité de la fin de l'épidémie : ça finit quand, vraiment ?

    1 hr 8 min
  • 04 - La peste noire - VIDEO
    Patrice Boucheron
    Collège de France
    Année 2020-2021
    La peste noire
    Résumé
    Entre fiction littéraire de la fête collective chez Jean Delumeau et fiction politique de la société de peste chez Michel Foucault, la séance interroge la constitution des savoirs historiens sur les épidémies de peste dans les années 1975-1985. Elle pose comme hypothèse que celle-ci est indissociable d’une certaine hantise contemporaine, ramenant le théâtre de la contagion aux structures narratives d’un récit épidémique.
    Sommaire
    Festival d’Avignon, cour d’honneur, 9 juillet 1983 : « dans ce palais, il y a eu la peste et la papauté, ensemble, en 1348 » (Jean-Pierre Vincent)
    « Il y a dans le théâtre comme dans la peste quelque chose à la fois de victorieux et de vengeur (Antonin Artaud,
    « Le théâtre et la peste », 1938)
    Comment une société organise-t-elle son indestructibilité ?
    Microbiologie, environnement, world history : une histoire triplement débordée
    Voir l’histoire à travers « l’imagination de la vérité du réel » (Goethe)
    Retour sur la « terrible puanteur des morts » à Marseille en 1347 : mémoire et inflammation de l’imaginaire
    « Les gestes de la peste, comme ceux de la peur et de la douleur en général, délivrent une mémoire dont nous avons perdu le souvenir » (Georges Didi-Huberman, Memorandum de la peste, 1983)
    Ecrire dans un théâtre dépeuplé : récit d’une coïncidence différée
    Une survivance chorale : « Mais à la peste il faut bien un narrateur, un qui puisse, qui ose dire mes yeux ont tout vu,
    il faut bien, tâche lourde ou non, un arpenteur du désastre, un mélancolique, un dont la maladie différait un peu des autres, maladie à la mort, non maladie mortelle, encore. Un qui pressent qu’il n’arrive pas à mourir » (Georges Didi-Huberman)
    La peste comme fête collective et comme cité assiégée : Jean Delumeau, La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles), 1978
    Une « rupture inhumaine » dans l’ordre ordinaire des jours
    La persistance historiographique de « l’âpre saveur de la vie » (Elodie Lecuppre-Desjardins dir., L’odeur du sang et des roses. Relire Johan Huizinga aujourd’hui, 2019)
    Histoire des mentalités, médecine et psychologie des foules : la « dissolution de l’homme moyen » (Paul Fréour, « Réactions des populations atteintes par une grande épidémie », Revue de psychologie des peuples, 1960)
    Les traits anthropologiques fondamentaux d’une « société de peste »
    « Le Journal de la peste de Daniel Defoe — notre meilleur document sur une peste bien qu’il s’agisse d’un roman — est rempli de scènes hallucinantes et d’anecdotes bouleversantes » (Jean Delumeau)
    « l’homérique bataille de l’explosion et du colmatage, de la déliquescence et du durcissement, du désordre fou et de l’acharnée volonté de mise en ordre » (Bernard Chartreux, Dernières nouvelles de la Peste, 1984)
    Fiction littéraire de la fête chez Jean Delumeau, fiction politique de la peste chez Michel Foucault
    « Voici, selon un règlement de la peste de la fin du XVIIe siècle, les mesures qu’il fallait prendre quand la peste se déclarait dans une ville » (Surveiller et punir, 1975)
    Visible dans l’archive et rendant l’archive lisible : le paradigme foucaldien, entre singularité et exemplarité
    A Marseille en 1720, société de surveillance et « expériences ordinaires de la peste » (Fleur Beauvieux)
    De 1347 à 1722, la deuxième pandémie de peste : à l’ombre du paradigme
    La fondation paradoxale des années 1975-1985 : savoirs historiens, indistinction chronologique et hantise théâtrale
    « Evidemment que c’est la peste. En voici les dernières nouvelles, on n’est jamais trop prudent. La peste donc, mais d’abord une peste, peu importe laquelle… » (Bernard Chartreux)
    Théâtre de la contagion et récit épidémique : trois actes et un patient zéro
    Charles Rosenberg, « What Is an Epidemic ? AIDS in Historical Perspective », Daedalus, 1989
    Le troisième acte ouvre seulement la possibilité de la fin de l’épidémie : ça finit quand, vraiment ?
    1 hr 8 min

About Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

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Patrick Boucheron est né en 1965, à Paris. Après des études secondaires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés) puis au lycée Henri IV (Paris), il entre à l'École normale supérieure de…

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Chaire Européenne (2016-2017) - Alain Wijffels by Collège de France

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Passion Médiévistes by Fanny Cohen Moreau

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