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De l’Atlantique à la mer Noire, Mathias embarque son meilleur ami Philippe dans un road trip à bicyclette. Ce voyage a une dimension quasi existentielle : c’est celui que le fils de Mathias avait entrepris avant de disparaître tragiquement. À bicyclette, c’est le titre du film qui raconte leur histoire. Car ce n’est pas une fiction, mais un documentaire, réalisé par Mathias Mlekuz. Il sort en salles en France ce 26 février.
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De l'écriture de chansons à l'écriture tout court, c'est le parcours de La Grande Sophie. La chanteuse et compositrice, qui a connu le succès notamment avec le tube « Du courage », vient de publier un livre épistolaire aux éditions Phébus. Dans ce récit intitulé Tous les jours Suzanne, La Grande Sophie se raconte en une centaine de lettres à une interlocutrice déjà évoquée dans un de ses albums.
La Grande Sophie est en tournée actuellement en France avec un spectacle tiré du livre. Elle sera notamment sur scène ce jeudi à Nantes.
À écouter dans Le rendez-vous cultureMusique: «La vie moderne» de la Grande Sophie fait rêver d’un monde meilleur
Guajiro chic, le paysan chic, c'est le titre du 14ᵉ et nouvel album de Raul Paz. Le plus français de tous les Cubains est rentré dans son pays, il y a quinze ans, après de longues années d'exil. Et il a choisi de vivre à la campagne. C'est dans les régions rurales qu'il a redécouvert le répertoire de musiques paysannes, dont la célèbre « Guajira ». Des musiques qu'il transcende et magnifie dans son nouvel album.
À écouter dans La bande passanteRaul Paz en session live pour son albumVen, ven
Leïla Slimani, née à Rabat au Maroc, d'une mère franco-algérienne et d'un père marocain, est journaliste et écrivaine. En 2014, elle publie son premier roman aux éditions Gallimard, Dans le jardin de l'ogre. Elle obtient le prix Goncourt en 2016 pour Chanson douce. Depuis 2020, elle est l'auteure de la trilogie du Pays des autres, dont le dernier volume s'intitule J'emporterai le feu.
J'emporterai le feu, publié aux éditions Gallimard, dans la collection Blanche, le 23 janvier 2025.
La chanteuse française Santa est l’une des nouvelles têtes d’affiche de la variété française. Il y a un peu moins d’une semaine, lors de la 40e édition des Victoires de la Musique (le 14 février) elle était donnée favorite, car nommée dans quatre catégories. Elle a finalement remporté la Victoire du Meilleur album pour son premier disque Recommence-moi, sorti juste avant l'été 2024.
RFI : Y aura-t-il un avant et un après « Victoires de la Musique 2025 » pour vous ?
Santa : Le futur décidera pour moi, mais en tout cas, dans mon cœur, oui. Et cette Victoire marque le tournant d'un joli recommencement.
Cette Victoire de l'Album de l'année, c'est celle que vous espériez le plus, qui était la plus importante pour vous ?
Oui, parce qu'elle salue un album, Recommence-moi. C'est un album qui m'est si cher. Et puis, on ne peut pas faire deux fois un premier album. Il ne fallait pas que je passe à côté de cette Victoire.
Vous êtes apparue lors des Victoires, suspendue dans les airs, la tête en bas. Vous aimez bien ces performances spectaculaires, depuis toujours, quasiment ?
Oui, j'aime le spectacle. J'aime aussi le don de soi, que ce soit corporel, dans le chant, dans l'envie de traverser les cœurs, dans des grandes mises en scène. Et dans mes chansons aussi. Mais j'aime les habiller parce qu'elles sont pudiques.
Et on se souvient de Bruxelles notamment. Suspendue dans les airs. Ça a été toute une entreprise à mettre en place, je suppose…
Oui, mais comme tout. Je m'aperçois que tout est entreprise quand on veut faire des pas de côté et proposer du spectacle. Mais oui, ça a commencé effectivement par un concert à Bruxelles, suspendue à 40 mètres de haut par une grue avec mon piano à queue. Et puis depuis lors, je ne cesse d'essayer d'égayer les gens et de me raconter en chanson et aussi en « Waouh » ! J’adore justement créer l'événement et faire briller un petit peu les yeux des enfants, mais aussi les yeux des enfants qu'il y a en nous.
Et ce « Waouh » comme vous dites, c'est lui qui provoque ce bouche-à-oreille qui est à l'origine du succès ?
Alors ça a commencé par « Popcorn salé » qui s'est partagé de bibliothèque en bibliothèque, de messages en messages. Et c'est ce qui a été la plus grande réjouissance pour moi, c'est de voir que petit à petit, cette chanson grandissait dans le cœur des gens.
Parce qu'au départ, cette chanson, vous l'aviez écrite toute seule dans votre chambre. Vous étiez à 1000 lieues de la proposer. On vous a encouragé à la sortir. Comment ça s'est passé exactement ?
Ce sont mes amis qui m'ont dit : « Il faut absolument que tu sortes cette chanson. Elle va faire du bien aux gens ». Et je pense que c'est cette phrase qui a percuté mon cœur et qui depuis lors, le fait battre à la chamade. C'est une rencontre que de voir des enfants chanter en concert avec leurs parents, leurs grands-parents cette chanson, la reprendre en chœur. C'est le début de cette histoire, de cette carrière, je l'espère.
Les enfants, leurs parents, leurs grands-parents, c'est votre public justement, Il est intergénérationnel et ça aussi, ça fait partie un petit peu de ce qui fait votre marque de fabrique ?
Alors ça, on ne peut pas le calculer. Mais cependant, c'est la plus grande joie que je peux souhaiter à n'importe quelle chanteuse ou chanteur, c'est de ne pas chanter pour une génération, mais justement pour un état d'esprit. Et cet état d'esprit qui est celui des émotions, de l'amour, je le souhaite à toutes les générations.
Vous avez dédié cette Victoire à vos parents, décédés tous les deux. Vous ont-ils beaucoup encouragé dans cette voie ?
Dans ma voie … et dans une voie qui est celle de la liberté, de l'expression, du panache, du verbe et de l'amour. On y revient. Mais toutes ces chansons ont ce lien là que de chanter l'amour. Alors qu'il soit fraternel ou propre, je le souhaite à tout le monde. C'est la quête d'une vie de s'aimer. Mais je pense que c'est le but de ma vie que d'égayer la vôtre.
Et parmi ces chansons qui chantent l'amour, il y a la dernière-née, « La différence » qui compte beaucoup pour vous. C'est une sorte d'hymne de résistance ?
Oui, on peut le dire comme ça, parce que je le scande dans la chanson « Résiste ». Je pense qu’il faut preuve de courage pour rester ancré dans cette différence et pas se diluer dans les travers que l'on peut avoir, parfois cruels du regard de l'autre et de jouir de ce privilège. Maintenant, je le dis parce que le temps a fait son œuvre et que j'ai serré le poing et que j'ai réussi à le lever haut. Mais c’est cette différence qui fait que l'on est beau. Et d'accueillir cette beauté avec réjouissance et pas culpabilité.
Ce poing serré, vous le levez plusieurs fois pendant les spectacles, presque à tous les titres, C'est une résistance permanente ?
Alors ça, je n'ai pas le recul sur moi, je me regarde très rarement et quand je chante, je le fais de manière tellement instinctive, j'essaie tellement de véhiculer de manière sincère ce que j'ai en moi que je ne me regarde pas. Alors peut être qu’effectivement, je le serre souvent, mais c'est pour mieux pouvoir le lever.
Vous parliez de cette différence. Elle vous a suivie très tôt, cette différence. Vous étiez en avance sur votre âge. L’École, vous ne l'avez pas faite comme tout le monde. Ça a marqué tout votre parcours ?
Disons que ça m'a appris à devoir apprendre ce que ce qu'était le monde. Les sentiments, parfois la violence, souvent même la violence du monde. Et on n'est pas toujours armé pour faire face à cette violence qui est émotionnelle mais aussi factuelle. On se le dit parfois, on s'ancre dans des vertiges qui peuvent être violents dans l'enfance. Alors moi, ma réponse, elle a été en musique et je pense qu'il est là, le panache. C'est de transformer ces chaos en feux de joie et de les transformer aussi en harmonie. Je pense que ce qui est joli en chanson, c'est de pouvoir battre le temps. Moi j'ai battu le temps pour que mon enfance se fasse et qu'une revanche se fasse aussi.
Alors ces chansons, vous les écrivez depuis que vous êtes en solo, en français, contrairement à ce que vous faisiez avec votre groupe Hyphen Hyphen avec qui vous aviez eu une Victoire de la musique il y a quelques années. Comment s'est faite la bascule vers le français ?
Elle s'est faite inconsciemment quand j'étais derrière le piano et que ces chansons me sont venues droit au cœur. Je les ai saisies, puis je les ai écrites dans un instant de vie, presque automatique. Donc il n'a pas été conscient, ce changement. Par contre, dans la réécriture, je l'ai bien conscientisé parce que c'est une langue qui exige énormément de discipline, qui est magnifique quand on arrive à la faire sonner. Je me le souhaite humblement.
Parce que les artistes français que vous admirez, vous les avez un petit peu découverts sur le tard…
C'est vrai que ce que j'appelle la grande variété française, Berger, Véronique Sanson, plus récemment Goldman, Mylène Farmer, ce sont des artistes que j'ai découverts ensuite. A la maison, on écoutait beaucoup de musique américaine et anglaise. Moins de chanson française, à part quelques morceaux de Bashung et de Gainsbourg. Donc c'était assez restreint. Et depuis, je pense que Berger a façonné, et Sanson aussi, beaucoup de mes harmonies et mon envie de raconter le monde avec douceur.
Quand vous parlez de vos fans, de vos admirateurs, vous dites « pirates ». Pourquoi cette expression ?
Je m'appelle aussi « pirate ». On forme une belle équipe, une fine équipe. C'est à dire qu'au début, avec « Popcorn Salé », ce sont des petits actes de piraterie qui ont fait que cette chanson est passée petit à petit en radio. Je me rappelle les premières télés, c’étaient vraiment des actes de piraterie parce qu’il a fallu les arracher et c'est grâce à eux, grâce à leur bouche à oreille, grâce à leurs stickers qu’ils mettaient dans les supermarchés sur les boîtes de popcorn, ou l’affichage, ou le fait d'en parler avec le cœur à leur famille, à leurs amis. Ça, pour moi, c'était un acte de partage et de piraterie. Et c'est grâce à eux que je suis là.
Parce qu'au début, ce n'était pas évident. Il y avait l'intro qui était trop longue. Il y avait toujours des contraintes auxquelles on ne s'attend pas…
On parlait de faire la différence. (…) On parle beaucoup de pop, on parle beaucoup de rap, mais la variété française, les chansons, les piano-voix, c'était il y a deux ans et demi, on n’en parlait pas du tout. Et du reste, c'est encore une petite bataille, mais c'est une bataille que j'ai portée fièrement parce que j'avais la conviction que l'émotion n'avait pas de format.
Votre force, c'est bien sûr l'écriture, la voix. Une voix, qu'on reconnaît tout de suite. Et aussi la scène, évidemment. Et votre ambition, c'est de faire des scènes immenses. Ça va se préciser bientôt…
Oui, c'est mon ambition. Alors, c'est une prétention, mais ce n'est pas de l'arrogance. C'est une volonté de faire de grands spectacles. C'est du reste ce que j'ai voulu montrer aux Victoires de la Musique avec cette introduction un petit peu spectaculaire et périlleuse que de chanter à l'envers. Mais il y a un retournement qui fait que ça devient poétique et pas juste un acte de spectaculaire pour spectaculaire, c'est mettre en scène des émotions et bientôt, je vais pouvoir les mettre en scène de manière grandiose dans tous les Zénith de France. La tournée est immense et je ne peux pas en dire trop. Mais ce que je peux dire, c'est que ça sera immense.
Il y aura les Zénith puisqu'il y a plusieurs dates et ensuite, encore plus grand…
Bercy, mon tout premier Bercy. J'ai un peu du mal à le dire parce que j'ai du mal un peu à réaliser qu'il va falloir être à la hauteur de ce grand rendez-vous. Je prépare vraiment cette scène comme un grand spectacle. J'ai vraiment envie que ce soit un moment où les gens s'oublient, mais cultivent la jouissance de l'instant et qu'ils passent le meilleur moment de tous les temps.
Est-ce que vous aviez des rituels avant de monter sur scène ?
Ah oui, ils sont trop nombreux, Mais on n'a pas le temps de tous les dire. Je ne suis que rituel. Mettre mes deux bagues, taper sept fois les mains de toute l'équipe. Alors elle devient très grande. Ça me prend quand même vraiment beaucoup de temps et j'ai commencé à le faire et chaque fois que je le faisais, les concerts étaient bons. Maintenant, c'est une liste de rituels. J'enchaîne.
Santa Recommence-moi (Parlophone/Warner Music) 2024
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Quelles sont les raisons qui poussent un footballer de haut niveau à quitter un club pour un autre ? Un film, qui sort en salles ce mercredi, nous entraîne dans les coulisses du footbusiness. Dans Mercato, l'acteur Jamel Debbouze incarne un agent de joueur qui n'a que sept jours pour réunir une énorme somme d'argent afin de rembourser des mafieux qui l'avaient aidé à boucler un précédent transfert.
« Mons Ferratus » est le titre de l’exposition de Karim Kal sur la Kabylie à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris. Mont Ferratus, c’est le nom qu’ont donné les Romains au massif montagneux du nord de l’Algérie, réputé inviolable et qui a résisté aux conquérants. Karim Kal a photographié ainsi les villages accrochés aux crêtes. Il a capté les paysages urbains, la végétation, les sols, dans des photos à la limite de l’abstraction et où la nuit domine. Un beau livre publié aux éditions Xavier Barral accompagne l’exposition du photographe, lauréat cette année du prix Henri Cartier-Bresson.
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Minimals in a Titanic World est le premier long-métrage du jeune cinéaste rwandais Philbert Mbabazi. Le film a été sélectionné au 75ᵉ Festival international du cinéma de Berlin.
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En ce 14 février, fête de la Saint-Valentin, il est question d'amour avec Dominique Marny, autrice d'un beau livre intitulé Je t’aime, publié aux éditions des Saints Pères. À travers de très nombreuses illustrations, des tableaux, des dessins et photos, l'autrice nous propose une promenade littéraire en compagnie de celles et ceux qui ont écrit sur ce sujet, de Victor Hugo à Romain Gary, en passant par William Shakespeare ou encore Françoise Sagan.
« À travers 16 chapitres, Dominique Marny évoque l’amour en Occident. En sa compagnie, le lecteur se promène dans un parc où il découvre des kiosques présentant des textes, des peintures, des sculptures et des photographies, vogue au gré de citations, de poèmes, d’extraits littéraires, de manuscrits, et se remémore des films ou des pièces de théâtre. L'amour en peintures, poèmes, photos, dessins et correspondances amoureuses.
Allant de surprise en surprise, le lecteur s’attarde devant une série de peintures, poèmes, photos, citations, dessins et correspondances amoureuses qui, toutes époques et genres confondus – de l'Antiquité à aujourd’hui -, démontrent combien le sujet a enflammé pléthore de créateurs, aiguisé leurs émotions, leur désir et leur sensualité. Sagan, Marivaux, Cocteau, Colette, Gary, Kessel, Dax, Miller, Nin, Shakespeare, Racine, Maupassant, Baudelaire, Rodin, Klimt, Brassai, Fabbris, Michel Ange, Jansson, Fragonard, Castaner, Munch, etc. » (Présentation des éditions des Saints Pères)
À écouter dans 8 milliards de voisinsQuel style pour la Saint-Valentin ?
Il est considéré comme l'un des paroliers les plus brillants du rap français. À 45 ans, Youssoupha revient avec Amour Suprême, son septième album. En 13 titres, il adresse quelques recommandations bienveillantes aux jeunes générations sans renier pour autant les combats qui l'ont forgé.
RFI : Votre septième album, Amour suprême, vient de sortir. Que symbolise ce titre ?
Youssoupha : Ce titre-là est empreint de spiritualité, d'amour, forcément. Envie d'ouverture, envie de partage. Une certaine forme d'élévation. En tout cas, tout ce qui est émotionnellement fort, émotionnellement engageant, une certaine forme de liberté aussi. Et j'ai trouvé cette tournure-là, parce qu'en fait, c'est spirituel. C'est quelque chose qui va sur mon rap, mais au-delà encore.
Et justement, comment cela se traduit-il dans la musique ?
C'est une certaine facilité à parler de soi, à aborder des thèmes personnels, mais qui touchent le plus grand nombre, en partant vraiment de son parcours à soi. De la remise en cause aussi, l'envie de bien faire, l'envie de faire mieux. D'ailleurs, il y a une chanson qui s'appelle « Faire mieux ». Et une certaine foi aussi. Important de parler de la foi : ce en quoi on croit, les ambitions, les désillusions, les espoirs aussi. C'est ça aussi l'amour suprême.
La Côte d'Ivoire semble être un point central dans votre parcours récent, après des années d'absence. Votre retour au pays paraît plus qu'un simple voyage. Quel impact cette expérience a-t-elle eu sur vous et sur votre musique ?
C'est une rupture de vie personnelle. Je ne savais pas quel impact ça allait avoir sur ma musique. Au départ, aller me réinstaller en Côte d'Ivoire, c'était surtout pour suivre mon épouse qui avait des projets là-bas. Elle voulait changer de vie, de cadre parce que juste avant, on était en France. Et puis petit à petit, effectivement, vivre au quotidien dans une réalité africaine qui m'a bercée quand j'étais petit -j'ai grandi à Kinshasa-, ça a petit à petit créé une humeur et un rythme de vie différents, des sonorités, un folklore aussi, qui sont en moi, mais qui n'étaient plus dans ma vie domestique. Et forcément, ça a créé une espèce de détachement qui m'a éloigné de l'environnement anxiogène dans lequel je pouvais évoluer parfois en France. Donc, ça a impacté ma musique par la suite.
Vous avez grandi en France, mais la Côte d'Ivoire occupe une place importante dans votre identité. Comment jonglez-vous avec ces héritages ?
En fait, j'ai un héritage africain d'une manière générale. C'est-à-dire qu'effectivement, je vis en Côte d'Ivoire, mais il y a aussi mes origines congolaises, et mes origines sénégalaises par ma mère. Et en fait, au début, je ne savais pas trop comment jongler pour dire la vérité, notamment dans mes années françaises. Parce qu'en fait, quand tu es en France, on te demande un peu de renier de là d'où tu viens, ou alors tu n'es pas français. Et pendant longtemps, ça m'a tenu de manière tendue. C'est-à-dire que je me disais : « Dans ce cas-là, je ne suis pas français parce que je ne veux pas renoncer à mes origines ». Et puis finalement, en repartant vivre en Afrique, en découvrant en plus la Côte d'Ivoire encore un peu plus fort et en entretenant toujours mon identité congolaise et ivoirienne, je me suis rendu compte que je pouvais aussi ajouter mon identité française qui était en fait réelle parce que j'ai passé des années et des années dans ce pays. Donc pour moi, les origines et les identités se complètent. Elles ne s'annulent pas, contrairement à ce qu'on a pu essayer de me faire croire ou de nous faire croire pendant des années. C'est un message aussi que je passe aux gens à qui on dit qu'il faut choisir entre certaines origines ou certaines identités. Non, les identités s'enrichissent entre elles. Elles se complètent et elles ne s'annulent, ni ne se soustraient.
Et quel rôle pensez-vous que la musique joue aujourd'hui dans la construction de cette identité, à la fois en tant qu'artiste et en tant qu’individu ?
Ma musique me sert de marqueur dans ma vie. Parce que souvent, quand je réécoute mes disques, après coup, je vois dans quelle humeur ou dans quelle situation émotionnelle, logistique même presque, je me trouvais à ce moment-là et j'ai la chance d'être musicien. Et comme beaucoup d'artistes, la musique sert d'exutoire, de thérapie et puis surtout de carnet de route. Ça permet aussi aux gens de savoir là où j'en suis. C'est pour ça que quand je croise des gens dans la rue, ils me disent : « Ah voilà, j'ai aimé ce disque qui était en hommage à votre père » (son père, le musicien congolais Tabu Ley Rochereau, ndlr). Ou alors : « J'ai appris que vous avez fait vos études ici », ou alors : « J'ai appris que vous étiez de tel pays », etc. C'est un marqueur dont je me sers. Je ne sais pas comment font les autres gens, mais en tout cas, moi, j'ai cette chance-là par rapport à la musique et notamment au rap qui est un style assez libre pour faire un marqueur de vie.
Avec Amour suprême, Youssoupha, vous faites face à de nombreux sujets à la fois personnels et sociétaux, c'est bien ça ?
Oui, exactement. Je parle de ce qui m'entoure et ce à quoi je suis sensible. C'est-à-dire qu'effectivement la description d'une certaine réalité politique et sociale africaine peut revenir. La situation sociale en France aussi m'inspire. En Europe. Je suis un rappeur. Et l'engagement du rap est quelque chose qui est toujours prégnant chez moi. Donc du coup, même la géopolitique, les rapports Nord-Sud, les rapports civilisationnels, ce sont des choses qui m'intéressent. J'ai une identité plurielle. Je suis musulman, ma femme est chrétienne. Autour de moi, j'ai des gens qui sont athées. Donc, la question de la religion revient beaucoup parce que moi, je suis quelqu'un de très croyant. Et donc, je m'interroge sur ça. Je remets ça en question et puis d'une manière plus simple, mais non moins complexe, je suis un mari, un papa, un frère. Et en fait, j'évoque aussi beaucoup ma famille et les remises en cause d'homme que je peux avoir et les manières de pouvoir s'améliorer et s'élever socialement et émotionnellement au quotidien.
Vous l'avez dit, votre ADN c'est essentiellement le rap. Mais dans votre dernier disque, donc Amour suprême, enregistré entre Dakar, Bruxelles, Abidjan, Montréal et dans le studio futuriste de Brad Pitt à Miraval en France, vous mêlez à la fois des sons très contemporains et des références plus classiques. Pouvez-vous nous en parler ?
Oui, j'aime bien le mélange des genres. Moi-même, comme je l'ai dit tout à l'heure, j'ai une identité assez plurielle et j'ai été élevé avec la rumba congolaise. Plus tard dans ma vie, en arrivant en France, je découvre la chanson française dont les textes me touchent particulièrement. Le rap arrive dans ma vie et ça, c'est un choc et ça bouleverse mon expression. J'aime la culture américaine, la soul music. J'ai découvert après l'afrobeat, le coupé-décalé. La musique gospel me touche beaucoup. Je suis très sensible à ça et en fait, j'aime faire un mélange de tout. Non pas qu'il soit indigeste, mais un mélange aligné, bien réparti, bien créé. Ma créativité, elle vient de là aussi. C’est-à-dire entre les textes forts du rap et une certaine forme de légèreté que peut apporter le gospel. Ou alors la musique africaine avec ses couleurs. J'aime le mélange des genres et je ne veux renoncer à rien. Et c'est pour ça que je mélange un peu mes sensibilités et ce qui m'entoure dans ma vie au quotidien.
Vous avez souvent parlé justement de votre rapport complexe à la France où vous avez grandi. Est-ce qu'Amour suprême marque un tournant dans cette relation ou est-ce une forme de réconciliation, de confrontation ou autre chose ?
C'est une forme de réconciliation. Elle est paradoxale parce que c'est une réconciliation qui existe, qui arrive au moment où justement je ne vis plus en France en permanence. Mais j'y reviens parce que je reste attaché à ce pays et j'y travaille beaucoup avec mes tournées, avec la gestion de mon label ou alors des artistes avec lesquels je peux collaborer. Et en fait, il y a une sorte d'apaisement où je vois que finalement, je n'étais pas obligé d'être en guerre avec la France. Mais en fait, ce sont plutôt des choses institutionnelles qui m'ont révolté et qui continuent à me révolter. Mais il y a une sorte d'apaisement et une sorte de joie, de découverte. On s'aime avec ce pays, on s'aime avec mes compatriotes. Mais en fait, on s'est toujours mal compris. Et parce qu'on ne s'est jamais parlé avec notre cœur, on ne s'est jamais parlé avec notre vécu, on s'est parlé toujours de ce qui nous oppose. Effectivement, il y a des clivages qui m'opposent par rapport à la situation en France, toujours. Et je continuerai toujours à dénoncer ça. Mais il y a des choses aussi qui me rattachent à ce pays et à sa culture.
Et actuellement, qu'est-ce qui vous révolte à ce niveau-là ? Qu'est-ce qui vous choque ?
Deux choses principalement : la situation politique où j'ai l'impression que, au niveau du gouvernement, au niveau de la présidence et même au niveau des prises de parole des députés et de l'instabilité de l'Assemblée nationale, il y a un décalage total avec la précarité et la vie anxiogène que traversent les Français. C'est vraiment très compliqué. Je viens d'une classe sociale populaire et je sais que la situation est vraiment très très complexe. Et en fait, le décalage de l'opportunisme politique me chagrine et me choque. Par ailleurs, il y a la montée et la libération de la parole d'extrême droite qui est extrêmement décomplexée. L'extrême droite en France, ça a toujours existé. Il existe une partie de la France qui a entretenu une certaine forme de racisme. Mais elle a elle n'a jamais été au pouvoir. En tout cas, il y a eu toujours une force d'opposition contre elle. Là, aujourd'hui, elle a droit de cité et elle est même acceptée. Parfois même, c'est elle qui met au carreau les autres paroles. Et ça, ça me révolte. On peut aussi citer la profusion médiatique qui de la même façon, normalise la parole d'extrême droite, fausse les sujets. C'est-à-dire que par exemple, on passe deux trois semaines à parler d'Aya Nakamura aux Jeux olympiques, du burkini, etc. Alors qu’en réalité, on s'en fout. Pourquoi nous fait-on croire qu'il y a une guerre civilisationnelle alors qu'en fait, le problème des gens, c'est la précarité du travail, le fait que les campagnes et la vie rurale soient exclues des débats réels, que la vie des banlieues est une vie qui est complexe, qui n'est pas intégrée à la communauté nationale, qu'il y a des choses culturelles en France qui sont belles et dont on ne parle pas assez. Pendant ce temps-là, on préfère nous parler de sujets accessoires, mais très excitants pour le buzz, pour les mauvaises raisons. Alors ça peut faire rire deux secondes, mais ça commence à durer, depuis des années, et ça rend la situation complexe. Ça, ça me navre et ça m'affecte par rapport aux Français.
Est-ce qu'on peut dire que ce disque est aussi un exorcisme ? Est-ce que cet album représente une catharsis pour vous ?
Quand je l'ai fait, ce n'était pas dans ce sens-là, mais effectivement, il m'a permis d'expulser pas mal de choses, de me faire du bien et je l'ai dit en début d'interview, de m'élever, (…) de m'alléger et de me sentir en hauteur, d’avoir une prise de vue des choses un peu plus reculée, un peu plus élevée, etc. Et en fait, ça s'est fait au fil de la conception du disque. Dans sa forme finale, même quand je le réécoute, je me dis : « J'ai pris un recul que je n'ai jamais eu l'occasion de prendre, j'ai pris une hauteur que je n’ai jamais eu l'occasion de prendre » et j'en suis fier et satisfait. Ça me fait du bien, même à moi personnellement.
Donc vous avez cherché à libérer ou à guérir à travers ces treize nouveaux titres ?
Oui, ça me soigne. Ça participe à me soigner, évoquer des choses qu'on a sur le cœur, de manière personnelle ou de manière publique. Ça m'a servi d'exutoire et j'ai l'impression que cet exutoire est partagé à cause des excellents retours que je reçois sur ce disque et la manière dont il touche les gens. Je pense que c'est parce que je pensais parler de moi et finalement, je parle de tout le monde.
Vous parlez de l'amour comme une force centrale sur ce disque, notamment sur la chanson « Dieu est grande ». Ce titre mérite bien une explication…
À la base, c'est une chanson que j’ai faite pour ma fille. J'avais fait une chanson pour mon fils auparavant qui s'appelait « Mon Roi ». Et comme j'ai une petite fille qui s'appelle Imany qui a neuf ans, je voulais lui faire une chanson. J'ai réalisé en commençant à l'écrire qu’effectivement, quand j’ai écrit « Mon Roi », c'est l'histoire d'un petit garçon. J'ai été un petit garçon, donc je raconte aussi un peu mon histoire. Être une petite fille, c'est autre chose, c'est d'autres combats. Ce sont des épreuves auxquelles les petits garçons ne feront pas face. Je voulais quelque chose de plus grand que juste un roi. Je ne voulais pas juste me contenter d'une reine. Et cette chanson a pris cette proportion-là, quand je trouve la parole qui finit le texte quand je lui dis : « Imany, ça signifie la foi ». Et je lui ai dit : « Et si on te demande ce que ta voix représente, réponds simplement que ‘Dieu est grande’ ». C'est une manière de dire que dans le Grand tout, dans la force créatrice de ce monde, il n'y a pas que les garçons qui existent, les filles aussi font partie de ce Grand tout. C'est une place importante à prendre. Je pensais que ce titre allait être impactant. Et ça l'a été parce qu’il y a eu beaucoup d'hommes qui ont été un peu vexés, ou alors qui ont trouvé ça trop excessif. (…) Je vois bien que ça irrite certains. Et ça me plaît, ça, que ça irrite.
« Dieu est grande » ! Comment a-t-il été perçu en France et en Afrique ?
Alors pour être honnête, ça a été très bien accueilli comme titre. Au début, quand même, il y a eu de la stupeur. Les gens se disaient « Waouh ! » Le titre est à la fois grandiose, à la fois surprenant et peut-être il peut être blasphématoire. Mais l'écrasante majorité des gens, en écoutant le texte, ont très vite compris. Après, il y a eu des pisse-froid qui avaient tendance à dire que ça leur donnait le vertige. Mais très vite, l'amour et le message qui est dans le titre l'a emporté. Aujourd'hui, c'est un titre dont on me parle absolument partout et ça devient même l'un des titres majeurs de ma discographie. Et je n’attendais pas ça au bout du septième album. Donc, c'est une belle histoire.
C'est votre côté féministe ?
Moi je ne pense même pas que je suis féministe. Mais peut-être que j'ai un côté femme en moi. En tout cas, je voulais écrire une chanson juste pour ma petite fille. Et le fait que les femmes s'approprient ce titre-là, ça me flatte, mais c'est un titre qui appartient plus à Imany qu'à moi en vérité.
Pour terminer, Youssoupha, Amour suprême est un album introspectif, mais il y a aussi un regard sur l'extérieur, sur la société et sur l'humanité. Qu'avez-vous envie de transmettre aux plus jeunes qui écoutent cet album ?
Ce qui me vient spontanément, c'est d'arrêter d'être des complexés. Et je pense notamment à la jeunesse africaine parce que je viens de là. En tous cas de ne pas se laisser écraser par les complexes qu'on nous met dans la tête. Les choses qu'on peut accomplir ou ce qu'on est, c'est juste une question de perception et les autres peuvent avoir une perception différente de ce qu'on est ou ce qu'on veut devenir. Et nous, on doit notre ambition à nous-mêmes. Notre force d'identité doit toujours dépasser ça. Et puis l'autre chose, ça s'adresse à tout le monde, aux jeunes, aux moins jeunes, aux gens du monde entier : n'ayez pas peur. Je trouve que c'est un monde qui se construit beaucoup autour de la peur. La peur des gens, la peur des clivages, la peur de ce qu'on va réussir, ce qu'on ne va pas réussir, la peur de mourir, etc. Et en fait non, n'ayez pas peur. Il y a encore de la place pour faire des choses bien. N'ayez pas peur d'être quelqu'un de bien, n'ayez pas peur des gens intelligents ou prétendument intelligents, parce que souvent les gens intelligents aiment vous complexer ou nous complexer en disant : « Oui, mais vous n'avez rien compris ». Si vous avez très très bien compris ce que vous êtes en train de faire. Et là où vous voulez aller. Donc, soyez grand. Si vous ne pouvez pas faire de grandes choses, faites de petites choses avec grandeur, ça va aussi. Et voilà. N'ayez pas peur.
Youssoupha Amour suprême (Believe) 2025
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Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

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