Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

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Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron episodes

  • 06 - Lieux de pouvoir : Comment prendre les bastilles ?

    Patrick Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2025-2026

    06 - Lieux de pouvoir : Comment prendre les bastilles ?

    Résumé

    Si l'on veut redonner chair à l'histoire des lieux de pouvoirs, et ne pas se contenter d'en cartographier de manière abstraite les relations symboliques, on doit s'attacher à décrire, en situation, les comportements qu'ils architecturent. Ceux des princes d'abord : Cola di Rienzo, à Rome, comme Filippo Maria Visconti, à Milan, adoptent des attitudes, des gestes et des manières d'habiter les lieux qui rendent crédible l'imputation de tyrannie. Ainsi peut-on envisager la façade d'un palais comme le visage autoritaire, ou menaçant, d'un ennemi politique. Cela engage une dynamique de qualification, de déqualification et de requalification des espaces – et c'est en suivant le devenir incertain du terme forum de l'Italie de la Renaissance à la régénération napoléonienne de ses structures de prestige que l'on saisit mieux la manière dont se construit, par la nomination des lieux, la construction sociale de leur efficace architecturale. C'est ainsi que certaines forteresses peuvent être, dès le XVe siècle, prises comme des bastilles. Dans ce cas, comme dans celui de la Bastille à Paris le 14 juillet 1789, c'est leur démantèlement qui les édifie comme lieu de mémoire.

    Sommaire

    Pour donner chair à l'histoire

    Contre la nécrose monumentale, « des espèces de niche » (Francis Ponge, « Notes pour un coquillage », dans Le Parti-pris des choses, 1942)

    Le secretum, ou l'art de secréter son lieu de pouvoir

    L'arco della pace et l'ordre napoléonien d'une Milan décongestionnée par la destruction des « bastions de l'ancienne tyrannie »

    Le foro Bonaparte de Giovanni Antonio Antolini, espace cérémoniel et utopie jacobine (Romain Buclon, « Du Foro Bonaparte de Milan au Quartier du roi de Rome de Paris. Continuités et divergences d'une utopie républicaine à une vision impériale », Mélanges de l'École française de Rome – Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 125-2, 2013)

    « Un corps entier et parfait, que l'on ne pouvait pas laisser sans vie » (Giovanni Antonio Antolini, Descrizione del Foro Bonaparte, Milan, 1806)

    En 1493, du forum impossible de Milan à celui de Vigevano (Patrick Boucheron, « Hof, Stadt und öffentlicher Raum. Krieg der Zeichen und Streit um die Orte im Mailand des 15. Jahrhunderts », dans Werner Paravicini et Jörg Wettlaufer dir., Der Hof und die Stadt. Konfrontation, Koexistenz und Integration im Verhältnis von Hof und Stadt in Spätmittelalter und Früher Neuzeit, Halle an der Saale, 2004)

    Castello, Corte, platea : la ténacité topographique des noms de lieux de pouvoir

    Reconstituer l'emprise du quartiero visconteo : le paradoxe archéologique (Edoardo Rossetti, « In "contrata de Vicecomitibus". Il problema dei palazzi viscontei nel Trecento tra esercizio del potere e occupazione dello spazio urbano », dans Pier Nicola Pagliaea et Serena Romano, Modernamente antichi. Modelli, identità, tradizione nella Lombardia del Tre et Quattrocento, Rome, Viella, 2014)

    Les complexes palatiaux des hôtels princiers à Paris (Hélène Noizet, Boris Bove, Laurent Costa (dir.), Paris de parcelles en pixels, Presses universitaires de Vincennes – comité d'histoire de la Ville de Paris, Saint-Denis, Paris, 2013)

    La décennie 1420 à Milan, ou l'équilibre brisé

    Filippo Maria Visconti, prince redouté

    Pier Candido Decembrio et l'écriture de la tyrannie (Gary Ianziti, « The Life of the Last Visconti: A Study in Tyranny? », Renaissance Quaterly, 75-3, 2022)

    À Ségovie aussi, un roi architecturé par la peur (François Foronda, « Le prince, le palais et la ville : Ségovie ou le visage du tyran dans la Castille du XVe siècle », Revue historique, 627-3, 2003)

    Cola di Rienzo et les pathologies du pouvoir dans la chronique de l'Anonyme romain

    La chair est triste : envisager le tyran en regardant la façade de son palais

    En 1447 à Milan : le démantèlement ritualisé du Castello di Porta Giovia comme destruction d'utilité publique (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023)

    D'autres bastilles, à Ancône notamment (Philippe Jansen, « Bastilles médiévales : les communes à l'assaut des forteresses princières », dans Patrick Boucheron et Jacques Chiffoleau (dir.), Religion et société urbaine au Moyen Âge. Études offertes à Jean-Louis Biget par ses anciens élèves, Paris, Publications de la Sorbonne, 2000)

    Inventer un lieu de mémoire en le détruisant : le citoyen Pierre-François Palloy et la destruction de la Bastille (Héloïse Bocher, Démolir la Bastille. L'édification d'un lieu de mémoire, Paris, Vendémiaire, 2012)

    Hubert Robert, 15 juillet 1789 : le jour d'après

    La destruction de la Bastille dans Un peuple et son roi (Pierre Schoeller, 2018) : quand s'ouvrent les perspectives

    « Tout était creux, puissance et statue » (Louis-Sébastien Mercier, Tableaux de Paris, cité par Bertrand Tillier, « La mort des statues. Imaginaires archaïques et usages politiques de l'iconoclasme », dans Emmanuel Fureix (dir.), Iconoclasme et révolutions, XVIIIe-XXIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2014).

    1 hr 4 min
  • 05 - Lieux de pouvoir : De l'art d'investir les lieux du passé

    Patrick Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2025-2026

    05 - Lieux de pouvoir : De l'art d'investir les lieux du passé

    Résumé

    Soient deux représentations graphiques de la ville de Milan et de ses lieux de pouvoir. La première, que l'on connaît sous la désignation fautive de « carte de Galvano Fiamma », a probablement été dessinée par Pietro Ghioldi dans la dernière décennie du XIVe siècle ; la seconde, due à Pietro del Massajo, donne à voir la place de la capitale lombarde dans La Géographie de Ptolémée dans les années 1470. Elle lisse les temporalités de la ville lorsque le schéma qui accompagne le récit de Fiamma en donne au contraire à voir les rémanences, les re-sémantisations et les réaffectations. C'est dans l'écart entre l'une et l'autre de ses représentations des passés de la ville que l'analyse prend place, afin de définir les règles formelles d'une configuration monumentale des lieux de pouvoir, jouant de trois variables : le temps, l'espace et l'usage social. Comment relancer un avenir politique en investissant les lieux de pouvoir des régimes anciens ? Dans le cas de l'Italie de la fin du Moyen Âge qui concentre ici l'attention, la question recoupe celle de l'insignorimento des lieux du pouvoir communal et de la mémoire civique, qui peuvent se dépolitisent à mesure qu'ils s'architecturent en s'embellissant.

    Sommaire

    Un dessin d'architecture sous l'œil d'un jeune homme : retour sur une feuille détachée de Léonard de Vinci

    Entre norma et speculum, la maquette d'architecture et la scène de dédicace

    L'affaire du Tiburio du Dôme de Milan en 1490 : la politisation des concours d'architecture

    Giorgio Vasari et le double événement architectural de la décision et de la mise en œuvre

    À quoi pense le jeune homme dessiné par Léonard dans (Windsor 12552) ? La pensosità d'Italo Calvino et la névrose monumentale d'Henry James

    La « phrase urbaine » (Jean-Christophe Bailly, 2013), ou l'art de réaffecter les traces de ce passé urbain au présent d'une nouvelle sémantique politique

    En ville, par l'urbanisme mais aussi par l'usage social, la mise en contemporanéité des temporalités disjointes (Bernard Lepetit et Denise Pumain dir., Temporalités urbaines, Paris, Anthropos, 1993)

    Lorsque le temps fait subir aux œuvres architecturales « des pertes, des récupérations, des substitutions de divers genres » (Umberto Eco, L'Œuvre ouverte, Paris, Seuil, 1962)

    Et pourtant, l'insistance topographique des lieux

    À Milan, l'insignorimento des lieux de pouvoir au temps d'Azzone Visconti (Louis Green, « Galvano Fiamma, Azzone Visconti and the revival of the classical theory of magnificence », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 53, 1990)

    Galvano Fiamma, chroniqueur et théoricien du pouvoir (Paolo Tomea, « Per Galvano Fiamma », Italia medioevale e umanistica, 39, 1996)

    Au détour d'une chronique universelle, Marckalada, l'autre nom de l'Amérique (Paolo Chiesa, Marckalada: Quando l'America aveva un altro nome, Rome-Bari, Laterza, 2023)

    Ceci n'est pas un plan de Milan (Patrick Boucheron, « La carta di Milano di Galvano Fiamma/Pietro Ghioldi (fine XIV secolo) », dans Marco Folin dir., Rappresentare la città. Topografie urbane nell'Italia di antico regime, Reggio Emilia, Diabasis, 2010)

    De Bonvesin della Riva à Galvano Fiamma, un éloge civique par la mesure

    Traces, ruines, mémoire : les deux enceintes milanaises

    Inventer un avenir politique dans les ruines de Rome (Patrick Boucheron, « Dis-assembling the Civic Square », dans Ann Davidian et Laurent Jeanpierre dir., What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022)

    Le theatrum civitatis, lieu d'instauration du pouvoir consulaire au XIIe siècle d'après Landulf le Jeune (Chris Wickham, Somnambules d'un nouveau monde. L'émergence des communes italiennes au XIIe siècle, Bruxelles, Zones sensibles, 2021)

    Broletto et Palatium : qualifications, requalifications

    Dans la cité pré-communale, l'évêque en son palais (Maureen Miller, The Bishop's Palace. Architecture & Authority in Medieval Italy, New York, Cornell UP, 2000)

    Quand l'espace civique se dépolitise en s'embellissant (Patrick Boucheron, « Politisation et dépolitisation d'un lieu commun. Remarques sur la notion de "bien commun" dans les villes d'Italie centro-septentrionale entre commune et seigneurie », dans Élodie Lecuppre-Desjardin et Anne-Laure Van Bruane dir., "De Bono Communi". Discours et pratique du Bien Commun dans les villes d'Europe occidentale (XIIIe-XVIe s.), Turnhout, Brepols, 2010)

    De la cité au territoire, un changement d'échelle dans l'ambition édilitaire

    Milan, 1470 : avec le plan de Pietro del Massaio, une nouvelle partie se joue (Patrick Boucheron, « Le passé, mais pas exactement. Mémoire urbaine et miroir princier à Milan au XVe siècle », dans Philippe Morel dir., Le Miroir et l'espace du prince dans l'art italien de la Renaissance, Rennes-Tours, PUR/PUFR, 2012).

    1 hr 6 min
  • 04 - Lieux de pouvoir : La distance : quand le pouvoir creuse l'écart

    Patrick Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2025-2026

    04 - Lieux de pouvoir : La distance : quand le pouvoir creuse l'écart

    Résumé

    Si l'architecture humaniste se définit moins, comme on a tenté de le montrer, par son rapport à l'antique que par son rapport à la rhétorique, alors on doit tâcher de définir l'éloquence architecturale des lieux de pouvoir. Celle-ci engage une anthropologie de l'habiter dans laquelle des dispositions et des incorporations répondent, ou non, à un geste architectural. On s'intéresse ici à un geste fondamental, sans doute le plus commun dans tout rapport de pouvoir : celui de prendre ses distances et de trouver la juste mesure de la séparation des corps. Creuser l'écart, c'est faire jouer une grammaire de la distance et de la défiance, mais qui a peur de qui ? À la table du pouvoir, lors des banquets comme des rituels d'intimidation diplomatique, tout est décidément affaire d'espacement et d'intervalle. De Milan à Moscou, en suivant notamment les pas de l'architecte Aristotele Fioravanti da Bologna qui, parmi d'autres architectes italiens, part dans le dernier tiers du Quattrocento bâtir le Kremlin, on cherche à définir la manière dont la distance protège, l'intervalle expose et le vide centralise.

    Sommaire

    Premier abri, premier monument

    Le tumulus « existe en s'entassant » (Tim Ingold, Faire. Anthropologie, archéologie, art et architecture, Paris, Dehors, 2017)

    Qu'est-ce qu'un événement architectural ?

    « Habiter, c'est enchaîner positions et gestes, et cela littéralement sans fin » (Benoît Goetz, Théorie des maisons. L'habitation, la surprise, Lagrasse, Verdier, 2011)

    Le geste architectural : lui répondre, ou pas

    Ceux « qui ont le don de transformer toute pièce où ils pénètrent » (Walter Benjamin) : défaire l'architecture en l'habitant

    L'admiration albertienne et la « pratique des attachements » (Pierre Caye, « Ce que peut l'architecture », dans Stéphane Bonzani dir., De l'invention en architecture, Paris, Classiques Garnier, 2024)

    « Déposer au centre » : Jean-Pierre Vernant et l'isonomie démocratique

    La « politesse grecque » : « n'être ni trop près ni trop loin, pour éviter de donner ou de recevoir des coups » (Gilles Deleuze, Périclès et Verdi. La philosophie de François Châtelet, Paris, Minuit, 1988)

    De l'art d'instaurer les justes distances : la proxémie d'Edward Hall

    Moscou, 7 février 2022 : une table blanche un peu trop longue

    Intimidation et distanciation sociale

    Distanciel/Présentiel : note sur une fausse symétrie

    Léonard de Vinci, la Cène et l'espacement du geste juste

    « Ne n'y aveit nul de forain » : la table ronde dans le Roman de Brut

    « Siège périlleux » et point de bascule dans la royauté arthurienne

    Lisibilité et hiérarchie : la solennité des écarts dans l'entrecolonnement des traités d'architecture

    Espacements et intervalles musicaux chez Palladio : une esthétique de l'expérience

    La distance protège, l'intervalle expose et le vide centralise

    Troisième Rome : un rituel d'approche des dignitaires de type byzantin à Moscou

    Deuxième Rome : Liutprand à Byzance en 949, ou l'effroi de la « très grande distance » (Marie-Emmanuelle Torres, « Silences et silenciations dans le rituel impérial byzantin (IXe-XIIe siècle) », Silence(s), 2024)

    Du kremnevka au Kremlin : distance, hauteur, clôture

    En 1917 : tabula rasa ou soviétisation de la citadelle ? (Fabien Bellat, « La soviétisation des Kremlins russes », Transversale. Histoire : architecture, paysage, urbain, 2019)

    Ivan III et les architectes italiens : Moscou capitale du XVe siècle

    Itinéraires d'Aristotele Fioravanti da Bologna

    Gualtiero Servullo à Ludovic le More le 19 novembre 1496 : Li faza uno castello e la similitudine di questo Milano (Anne-Laure Imbert, « Autour d'Aristotele Fioravanti : quelques ambassades de la Renaissance italienne à Moscou », Slavica occitania, 2002)

    Grammaire formelle de cette similitude : des « effets massifs de sens » (Gérard Labrot)

    Rocca contre inurbamento du palais princier : les précautions albertiennes (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecturale. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), Paris, B2, 2014)

    Généralités humanistes et précisions machiavéliennes : attention aux particolari

    Azzone Visconti, Galvano Fiamma et la formule de la magnificence

    Distance et défiance : drame en cinq actes (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023)

    Visiter les jardins de Versailles en suivant la voix souveraine ? Une sémantique de la persuasion architecturale contemporaine des lieux de pouvoir.

    1 hr 8 min
  • 03 - Lieux de pouvoir : « La beauté sauvera-t-elle le monde ? »

    Patrick Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2025-2026

    03 - Lieux de pouvoir : « La beauté sauvera-t-elle le monde ? »

    Résumé

    Partant en quête d'une archéologie de la croyance dostoïevskienne en la puissance salvatrice de l'émotion esthétique, on se propose de s'arrêter sur un « texte instaurateur » de la mystique politique de l'embellissement des lieux de pouvoirs au XVe siècle : le De re aedificatoria de Leon Battista Alberti (1452), qui affirme en son livre VI : « La beauté obtiendra, même de la part d'ennemis acharnés, qu'ils modèrent leurs courroux et consentent à la laisser inviolée ». L'architecture aurait donc le pouvoir de rendre les choses inviolables. Pour saisir la portée de cette espérance, il convient de rappeler les pouvoirs de l'ornamentum au Moyen Âge, mais aussi sa redéfinition au Quattrocento, dès lors que les arts visuels se réorientent en visant désormais la rhétorique de la persuasion. C'est dans cette perspective qu'on propose un portrait intellectuel de l'ambition humaniste d'Alberti, lisant en même temps l'autoportrait de l'artiste en acrobate dans la Vita Leonis Baptistae Albertis et ses « Entretiens sur la tranquillité de l'âme », le De aedificatoria et les tribulations de la laideur que met en scène la fable politique du Momus. Il en ressort une conception plus inquiète de la visée politique de l'art d'édifier des humanistes, qui n'a pas attendu Machiavel pour travailler à son propre déniaisement.

    Sommaire

    « Est-il vrai, prince, que vous avez dit un jour que la "beauté" sauverait le monde ? » : le prince Mychkine, Dostoïevski et la puissance salvatrice de l'émotion esthétique (Tzvetan Todorov, « "La beauté sauvera le monde" », Études théologiques et religieuses, 2007)

    Histoire d'un désenchantement : « Ennobli, exalté, oui. Mais qui a été sauvé ? » (Alexandre Soljenitsyne, Le Cri, 1972)

    Trop laid pour durer ? Retour sur le piège de la dorure

    La vitesse, l'architecture l'accident trumpiste (Paul Virilio, La fin du monde est un concept sans avenir, œuvres (1957-2010), Paris, Seuil, 2023)

    L'éloge de la force et la fin de la rhétorique (Louis Marin, Le récit est un piège, Paris, Minuit, 1975)

    La beauté enveloppante des « atmosphères de survie » (Peter Sloterdijk)

    « La beauté obtiendra, même de la part d'ennemis acharnés, qu'ils modèrent leurs courroux et consentent à la laisser inviolée » (Leon Battista Alberti, De re aedificatoria, VI, 2)

    Naissance d'une croyance politique (Patrick Boucheron, « Quelle beauté sauvera le monde ? Sur une fausse naïveté de Leon Battista Alberti », dans Sean L. Field, Marco Guida, Dominique Poirel dir., L'Épaisseur du temps. Mélanges offerts à Jacques Dalarun, Turnhout, Brepols, 2023)

    Le traité d'Alberti comme texte instaurateur de la pratique architecturale (Françoise Choay, La Règle et le Modèle. Sur la théorie de l'architecture et de l'urbanisme, Paris, Seuil, 1980)

    Le moment 1440-1520 fragilités politiques et ambitions culturelles (Richard Goldthwaite, Wealth and the Demand fort Art in Italy, 1300-1600, Baltimore, 1995)

    Alberti, exilé dans une famille d'exilés, et les Intercenales

    De l'art du placement : « Il prend toujours la couleur se trouvant dans la chose à propos de laquelle il écrit» (Cristoforo Landino)

    Vita Leonis Baptistae Albertis: (auto)portrait de l'artiste en acrobate

    « Oser l'ornement » (Jean Nouvel, Mes convictions, Paris, Flammarion, 2025) : l'ornemental et l'ornamentum

    « Quand me tourmentent et me tiennent éveillé les troubles de mon esprit » : les Profugiorum ab ærumna et la mélancolie d'Alberti

    L'architecture cosa mentale : les palais de la mémoire (Mary Carruthers, Machina memorialis. Méditation, rhétorique et fabrication des images au Moyen Âge, Paris, Gallimard, 2002)

    La finestra d'Alberti et les miracles de la peinture

    Ce que bâtir veut dire : lexique architectural et régimes politiques dans le De re aedifactoria (Patrick Boucheron, « Von Alberti zu Macchiavelli : die architektonischen Formen politischer Persuasion im Italien des Quattrocento »,Trivium, 2, 2008)

    Contre le « désir déréglé d'édifier » : les maisons qui débordent dans la Vita d'Alberti

    La grammaire des connotations architecturales et la déontologie de l'architecte

    Questi Signori di Romagna sono como signori dipinti (Marco Folin, « Sigismondo Pandolfo Malatesta, Pio II e il Tempio Malatestiano : la chiesa di San Francesco come manifesto politico », dans Antonio Paolucci et Salvatore Settis dir., Il Tempio Malatestiano a Rimini, Modène, 2011)

    « Les pauvres, ils ne se rendaient pas compte qu'ils se préparaient à être la proie de quiconque les attaquerait » : le déniaisement machiavélien

    Alberti critique d'Alberti : le Momus comme « défondation » du De re aedificatoria (Pierre Caye, « Sub tecta ingressi… Du pouvoir et de la dignité de l'homme chez Léon-Baptiste Alberti : du Momus au De re aedificatoria », dans La Dignité de l'homme, Paris, Classiques Garnier, 1995)

    « Mais maintenant que faire ? » : après les tribulations de la laideur, retour au décor.

    1 hr 8 min
  • 02 - Lieux de pouvoir : Des appropriations monarchitecturales

    Patrick Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2025-2026

    02 - Lieux de pouvoir : Des appropriations monarchitecturales

    Résumé

    Lever les yeux vers ce qui nous regarde : tel est le pouvoir des lieux de pouvoir. La réflexion théorique sur le locus médiéval permet d'enrichir cette anthropologie de l'autorité, qui incite ceux qui vivent à l'ombre de ce regard souverain à prétendre s'approcher de l'inaccessible. Mais c'est inévitablement le paradigme versaillais de la représentation louis-quatorzienne qui s'impose, aujourd'hui encore, à notre contemporain, puisque le pouvoir s'exerce ordinairement dans les anciens palais de la monarchie. Suivant les analyses de Louis Marin, on rappelle que dans la rhétorique classique, ces palais doivent édifier moralement ceux qui les ont bâtis : ils architecturent le monarque qui les a désirés, qui les habitent, les parcourent et les parlent. Or, nous vivons un point de bascule où le discours de la force ne s'embarrasse plus ni de rhétorique ni de cérémonial : en prenant des exemples récents d'appropriations monarchitecturales de l'espace, qui passent par la profanation symbolique des lieux de pouvoir ou la prédation de l'espace de la domination, on cherche à définir la manière dont le pouvoir tyrannique cherche à échapper à l'emprise des lieux.

    Sommaire

    In loco qui dicitur : espace, corps, langage, événement

    Retour sur les attendus d'une topologie du pouvoir et sur les caractéristiques de la spatialité médiévale

    Peut-on habiter les lieux sans se laisser habiter par eux ? (Étienne Helmer, Ici et là. Une philosophie des lieux, Verdier, 2019)

    S'approcher de l'inaccessible : proximité du divin et classement des personnes (Didier Méhu, « L'église comme "lieu", l'église comme "espace". Réflexions à partir de travaux récents en langue française », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 49, 2025)

    À Urbino, façade d'autorité et yeux du prince (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecture. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), B2, 2014)

    Un lieu de pouvoir est cela qui vous fait lever les yeux vers ce qui vous regarde

    « C'est la vie telle qu'on la mène au village au pied du château » (Walter Benjamin)

    Tenir à l'œil : l'empire des détails (Le Regard souverain : Les plans-reliefs dans les collections du palais des Beaux-Arts de Lille, 2019)

    Qu'est-ce qu'un point de bascule ?

    Trouver la bonne distance : retour sur les intentions et les précédents de ce cours

    De la peste à l'amour et de l'amour aux lieux : L'exercice de l'État, ou comment ne pas se laisser dévorer par un lieu de pouvoir ?

    À Washington, le 6 janvier 2021 et le 28 février 2025, deux profanations symboliques

    La Maison-Blanche et le Bureau ovale : lieu de mémoire et dispositif visuel

    L'appropriation « monarchitecturale » de l'espace (Louis Marin, « L'architecture du prince. Le lieu du pouvoir : Versailles », JTLA, University of Tokyo, 1989)

    Lieu de pouvoir et corps politique à « l'arrière-fond sombre du pouvoir » (Gilles Deleuze)

    « Il faut s'arrêter sur le haut des degrés pour considérer la situation des parterres » : quand le roi Louis XIV fait visiter ses jardins

    Les maître du récit et l'« assujettissement du visiteur spectateur dans une sorte d'obligation d'imitation de l'œil du Maître et de son regard » (Louis Marin)

    L'art de prendre le pouvoir sur le temps des autres (Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, 1997)

    Détruire la Maison-Blanche : prédation architecturale et consommation de l'espace

    Du Walk of fame des présidents américains aux portraits des doges à Venise : continuité de l'État et éclipse de la puissance

    Hic est locus Ser Marini Falieri decapitati pro criminibus : un effet de représentation

    Échapper au pouvoir des lieux : Mar-al-Lago, un horizon onirique de l'absolu du pouvoir

    « Poche de pouvoir » et exploitation de l'économie symbolique de la renommée

    Itinérance du pouvoir et diplomatie du golf dans un monde trumpisé

    À Turnberry, le 27 juillet 2025 : spectacle de la soumission et « vassalisation heureuse »

    « Nous n'irons pas à Canossa » : au XIe siècle, humiliation, pénitence, royauté davidique

    Quand les lieux de pouvoir portent la mémoire d'une histoire de la royauté pénitentielle (Gilbert Dagron, Empereur et prêtre. Essai sur le "césaropapisme" byzantin, Gallimard, 1996)

    « Le cérémonial donne le canevas, mais l'histoire brode dessus. Elle fait jurisprudence, elle a toujours le dernier mot ». Quel sera le dernier mot ?

    Dernière consolation : l'enlaidissement du pouvoir.

    1 hr 8 min
  • 01 - Lieux de pouvoir : Ce que peuvent les lieux

    Patrick Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2025-2026

    01 - Lieux de pouvoir : Ce que peuvent les lieux

    Résumé

    Cette séance d'introduction générale à la sémantique politique des lieux de pouvoir au Moyen Âge prend la forme d'une interrogation sur la « mise en beauté » du pouvoir de Jean de Berry dans la première décennie du XVe siècle à travers la représentation de ses châteaux dans les Très Riches Heures du duc de Berry, et en particulier de celui de Mehun-sur-Yèvre, qui figure dans la représentation de la « Tentation du Christ ». Attentive à la fois à la nature dévotionnelle de la contemplation des Heures (puisqu'ici, le principal lieu de pouvoir est le livre lui-même), mais aussi aux détails de l'œuvre peinte qui, donnant à voir la possibilité d'un point de bascule dans l'excès de richesse et la démesure d'une aspiration à la beauté, on soutient une interprétation plus dramatique de l'œuvre, liée à la mélancolie du pouvoir et à l'expérience du vieillissement. Entre locus et iter, enracinement de la domination seigneuriale et hétérotopie des puissances imaginantes, c'est aussi l'occasion de définir les différents concepts de spatialité que l'on fera jouer durant l'ensemble du cours, le spatial turn propre à l'histoire médiévale étant ici mis à l'épreuve par une réflexion plus générale sur le rapport entre lieu et événement.

    Sommaire

    Un souvenir de conte de fées ? Ce qui nous attire là

    Jean de Berry et la « mise en beauté du pouvoir » (Françoise Autrand, Jean de Berry, Paris, 2000)

    Les assises du pouvoir : une politique de construction, « avec tant de soin et de dépense » (Chronique du religieux de Saint-Denis)

    Les Très Riches Heures, lieux de pouvoir (Mathieu Deldicque dir., Les Très Riches Heures du duc de Berry, catalogue de l'exposition organisée par le château de Chantilly du 7 juin au 5 octobre 2025, Château de Chantilly, 2025)

    Le château de Mehun-sur-Yèvre, « l'une des plus belles maisons du monde » (Froissart)

    Magnificence, fantaisie et inventaire du monde

    Chercher le point de bascule : le lion attend la chute de l'ours

    La nature ursine d'un pouvoir instable (Michel Pastoureau, L'Ours. Histoire d'un roi déchu, Paris, 2007)

    Devise, gisant, totem : Jean de Berry, prince des ours

    Une lecture mélancolique et inquiète du calendrier des Très Riches Heures (Inès Villela-Petit, « The Works and Days of John, Duke of Berry in his "Très Riches Heures" », Maelwael Van Lymborch Studies, 2025)

    En janvier, une fête princière menacée par la guerre qui rôde

    En décembre, l'hallali du vieux sanglier et la mort qui vient

    En mars, ce « brouillard de mer » qui plane au-dessus des tours du château

    Faire lieu et répondre à l'appel de l'ailleurs (Emmanuel Le Roy Ladurie et Jacques Le Goff, « Mélusine maternelle et défricheuse », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1971)

    La topolignée, ou comment nouer un nom, un lieu et une durée (Anita Guerreau-Jalabert, « La parenté dans l'Europe médiévale et moderne : à propos d'une synthèse récente », L'Homme, 1989)

    Lorsque nous n'y serons plus : feuilleter le calendrier des Très Riches Heures comme l'on parcourt une cérémonie des adieux

    « Toute architecture dérobe radicalement, en s'élevant, un lieu perdu » (Pascal Quignard, Les Heures heureuses, 2023)

    Retour à l'usage dévotionnel du manuscrit : Invocabit me et ego exaudiam eum

    La tentation du Christ (Luc, 4, 1-13)

    Le temps venra : lieu dit et moment donné

    Paysages de l'abondance : le lieu haut, le haut lieu et l'embarras de richesse

    La magnificence et l'inquiétude de la pure dépense (Paul Veyne, Le Pain et le Cirque. Sociologie historique d'un pluralisme politique, 1976)

    Enracinement, dislocation, duplication : la « mnémotopie » de Maurice Halbwachs dans La Topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte (Dominique Iogna-Prat, « Maurice Halbwachs ou la mnémotopie. "Textes topographiques" et inscription spatiale de la mémoire », Annales. Histoire, sciences sociales, 2011)

    Trois tentations en une, et un montage entre portraits ressemblants de portions d'espaces et « concepts de lieux » (Philippe Descola, Les Formes du visible, 2021)

    Nouvelle pensée de la spatialité et ancienne géographie vidalienne (Christian Jacob, « Spatial turn », dans Qu'est-ce qu'un lieu de savoir ?, OpenEdition Press, 2014)

    En histoire médiévale : l'espace avant le territoire (Florian Mazel et Magalie Watteaux, « Espace », dans Nouvelle Histoire du Moyen Âge, nouvelle édition, 2025)

    La réduction ad unicum de l'espace et l'unité de la storia albertienne (Hubert Damisch, L'Origine de la perspective, Paris, 1987, nouvelle édition, 2012)

    Le lieu, le corps et la « boîte locale » chez Giotto (Jean-Philippe Antoine, « Mémoire, lieux et invention spatiale dans la peinture italienne des XIIIe et XIVe siècles », Annales ESC, 48-6, 1993)

    Le lieu par excellence, le corps par excellence, l'événement par excellence : autour d'une nativité de Lorenzo Monaco (Giulia Puma, Les Nativités italiennes (1250-1450). Une histoire d'adoration, Rome, 2019)

    Locus et iter : le pouvoir de transformation des lieux (Didier Méhu, « Locus, transitus, peregrinatio. Remarques sur la spatialité des rapports sociaux dans l'Occident médiéval (XIe-XIIIe siècle) », dans Construction de l'espace au Moyen Âge : pratiques et représentations. Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public (Mulhouse, 2006), Paris, 2007)

    Le lieu comme surface d'événements (Georges Perec, Lieux, Paris, 2022)

    Saint-Matthieu et l'Ange (Caravage, 1602), toujours au bord de basculer.

    1 hr 2 min
  • 10 - Le sexe du pouvoir : Refaire l'amour

    Patrice Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2024-2025

    10 - Le sexe du pouvoir : Refaire l'amour

    Intervenant :

    Patrick Boucheron

    Professeur du Collège de France

    1 hr 7 min
  • 09 - Le sexe du pouvoir : Le politique dans le boudoir

    Patrice Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2024-2025

    09 - Le sexe du pouvoir : Le politique dans le boudoir

    Intervenant :

    Patrick Boucheron

    Professeur du Collège de France

    Résumé

    Comment, en 1314, le scandale des brus du roi devient-il l'affaire de la Tour de Nesle ? En s'intéressant aux réécritures légendaires d'un épisode qu'on pourrait juger mineur, on cherche à interroger les rapports entre ce genre décrié qu'est la « petite histoire » et la narration historique de plus grande ampleur. Car ce qui est en jeu dans la dernière année du règne de Philippe le Bel est bien la question, éminemment politique, de la violence et du consentement : accuser l'infidélité des reines, c'est questionner la fidélité de l'aristocratie. Mais il n'est pas dit que le sexe soit toujours le secret du pouvoir : de l'anecdote de Procope de Césarée à la « bagatelle » du cardinal de Retz, la leçon des fables – et notamment celle de Boccace, sur laquelle on s'arrête à nouveau – permet de mettre à l'épreuve la question de la jouissance et de la sublimation.

    Sommaire

    Un mot pour un autre : retour sur le sexe des institutions

    « Nation France » et « mère patrie » : sur une certaine indistinction de genre de la grammaire politique

    Trois fils vont régner, mais pas la fille : les enfants de Philippe le Bel

    1314, le scandale des brus du roi : « Trois princesses s'ennuyaient, que deux chevaliers "jolis et gais" vinrent distraire » (Jean Favier, Philippe le Bel, Paris, 1978)

    Le châtiment des chevaliers normands, les frères Gauthier et Philippe d'Aunay, « escorchiez et les viz coupez »

    La révélation de l'adultère : questions de chronologie, problèmes d'anthropologie historique (Elizabeth A. R. Brown, « Philip the Fair of France and His Family's Disgrace: The Adultery Scandal of 1314 Revealed, Recounted, Reimagined, and Redated », Mediaevistik, 2019)

    Dans les Grandes Chroniques de France, le soulèvement des ligues nobiliaires passé sous silence et le souvenir écran du scandale des brus du roi (Tracy Adams, « Between History and Fiction: Revisiting the Affaire de la Tour de Nesle », Viator, 2012)

    30 mai 1315, mort de Marguerite de Bourgogne et exécution d'Enguerran de Marigny : « ici finit l'histoire du roi Philippe le Bel »

    « Certaine science, et autorité, et pleine puissance » : tautologie de la majesté et monopole de la violence légitime (Jacques Krynen, Philippe le Bel. La puissance et la grandeur, Paris, 2022)

    L'infidélité des reines et la confusio regni (Geneviève Bührer-Thierry, « La reine adultère », Cahiers de civilisation médiévale, 1992)

    « Ce choc, ce heurt de la conscience et du corps » : scandalum et sphère publique (Arnaud Fossier, « "Propter vitandum scandalum" : histoire d'une catégorie juridique (XIIe-XVe siècle) », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, 2009)

    Accuser l'accusation : du scandale des brus du roi à l'affaire de la Tour de Nesle (Luc Boltanski, Élisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt et Stéphane Van Damme dir., Affaires, Scandales et Grandes Causes, Paris, 2007)

    « Semblablement, où est la royne/Qui commanda que Buridan/Fust gecté en ung sac en Saine ? » : François Villon, Hans Jencz et le Judicum Burridano

    Les cent amants de Jeanne de Navarre (Franck Collard et Isabelle Heullant-Donat, « Deux autres Jeanne : figures de reines défigurées aux XIVe et XVe siècles », dans Anne-Hélène Allirot, Murielle Gaude-Ferragu, Gilles Lecuppre et al. dir., Une histoire pour un royaume, XIIe-XVe siècle, Paris, 2010)

    Jean Buridan, ou le sexe du savoir-pouvoir

    La Tour de Nesle comme harem inversé : imaginaires politiques et géographie universitaire (La Tour de Nesle : de pierre, d'encre et de fiction, catalogue de l'exposition de la bibliothèque Mazarine, Paris, 2014)

    Amplifications et relais fictionnels, d'Alexandre Dumas à Maurice Druon (Stéphane Le Couëdic, « Mais où sont les drames d'antan ? La Tour de Nesle dans le roman et le drame populaire », dans Florent Montaclair, dir., Roman-feuilleton et théâtre : L'adaptation du roman-feuilleton au théâtre, Besançon, 1998)

    Au paroxysme de la violence gothique : les « châteaux de la subversion » (Annie Le Brun, Les Châteaux de la subversion, Paris, 1982)

    Sade, le donjon de Vincennes et La philosophie dans le boudoir : une « autocritique des Lumières » (Antoine Lilti, L'Héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, Paris, 2019)

    La petite et la grande histoire (Écrire l'histoire, 2017 : « La petite histoire »)

    « Les faits n'ont pas de taille absolue » (Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire, Paris, 1975)

    De Procope au cardinal de Retz : anecdotes, dévoilement, secrets

    L'infidélité du roi, une « transgression raisonnée » (Flavie Leroux, Les Maîtresses du roi, de Henri IV à Louis XIV, Ceyzérieu, 2020)

    La sexualité du couple princier, une affaire publique ? (Pascale Mormiche, Donner vie au royaume. Grossesses et maternités à la cour de France (XVIIe-XVIIIe siècles), Paris, 2022)

    Idéal galant et conversation entre les sexes (Alain Viala, La Galanterie. Une mythologie française, Paris, 2019)

    La sexualisation de l'échange galant (Jennifer Tamas, Peut-on encore être galant ?, Paris, 2024)

    « Au faible, il ne sert à rien d'accuser la force : le pouvoir des faibles et le pouvoir des fables (Louis Marin, Le Récit est un piège, Paris, 1978)

    Pesci su per la mensa guizzavano : Charles d'Anjou au jardin du désir frémissant (Boccace, Decameron, X, 6)

    « Le roi se laissa prendre dans les rets de l'amour » (Jean-Claude Mühlethaler, « La nouvelle et la "petite histoire" : de Boccace à Marguerite de Navarre », Écrire l'histoire, 2017)

    La sublimation, comme travail de civilisation et de subjectivation : « Là où était du ça, doit advenir du moi » (Sigmund Freud, Nouvelles Conférences d'introduction à la psychanalyse, Paris, 1933)

    Le pouvoir comme zone érogène et le gouvernement priapique

    Jouir, verbe intransitif

    Ce qu'a vu Tirésias.

    1 hr 6 min
  • 08 - Le sexe du pouvoir : Mâle royaume

    Patrice Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2024-2025

    08 - Le sexe du pouvoir : Mâle royaume

    Intervenant :

    Patrick Boucheron

    Professeur du Collège de France

    Résumé

    Depuis Régine Pernoud et Georges Duby, une tradition, dont l'influence dépasse le cadre historiographique, situe dans la seconde moitié du XIIe siècle, au temps d'Hildegarde de Bingen et d'Aliénor d'Aquitaine, un paradis perdu de la condition féminine. On s'interroge sur le regain actuel d'une veine de recherche désireuse d'aller chercher, dans le passé médiéval, les destins exemplaires de femmes d'exception. Au-delà de la question de la domination symbolique du rang et de l'honneur du queenship, comment évaluer l'effectivité de l'exercice du pouvoir, et passer ainsi de l'archéologie du charisme à la généalogie de la gouvernementalité ? La question débouche sur l'analyse de traditions politiques qui, en France surtout, assigne un sexe aux systèmes de pouvoir : contrairement peut-être à l'empire, le cadre monarchique, et les contraintes qu'il fait peser sur le sang, l'alliance, mais aussi les définitions de genre, impose l'idée d'un mâle royaume.

    Sommaire

    L'histoire des sociétés anciennes est-elle aujourd'hui encore un « passé utilisable » ? (Hayden White, Le Passé s'écrit [2014], Paris, 2017)

    Sexe roi, argent roi : et si c'était plus simple ?

    « C'était cela qu'il fallait penser : désir, valeur et simulacre » (lettre de Michel Foucault à Pierre Klossowski, hiver 1970)

    « Les Filles au Moyen Âge » (film de Hubert Viel, 2015) : un revival rohmérien

    Le Moyen Âge rêvé, paradis perdu de la condition féminine

    Femmes d'exception, femmes exemplaires, femmes puissantes (Régine Pernoud, La Femme au Moyen Âge, Paris, 1980)

    La Femme, « une femme », des femmes : le pouvoir du nom

    « Je crois aussi pouvoir situer vers 1180 le moment où leur condition fut quelque peu rehaussée, où les chevaliers et les prêtres s'accoutumèrent à débattre avec elles » (Georges Duby, Dames du XIIe siècle, Paris, 1995)

    « Ton esprit est comme un mur battu par l'orage. Où que tu regardes, tu ne trouves nul repos » (lettre de Hildegarde à Bingen à Aliénor d'Aquitaine, 1174 ?)

    Pour saluer Martin Aurell (Aliénor d'Aquitaine. Souveraine femme, Paris, 2024)

    La « mauvaise réputation » d'Aliénor d'Aquitaine (Martin Aurell) : sexualité et orientalisation de la débauche, autour de l'affaire d'Antioche (mars-avril 1148)

    La Marie-Antoinette du XIIe siècle : « Vive et légère, fière et ambitieuse, elle crut ne s'être mariée que pour gouverner et jouir de tous les plaisirs » (Louis-Charles de Lavicomterie, Les Crimes des reines de France depuis le commencement de la monarchie jusqu'à Marie-Antoinette, Paris, 1793)

    Domina, « souveraine femme » et exercice du pouvoir : archéologie du charisme ou généalogie de la gouvernementalité ?

    Le précédent ottonien : les dominae imperiales de la fin du Xe siècle (Justine Audebrand, « Impératrices et abbesses : les dominae imperiales ottoniennes (Xe-XIe siècle) », Clio, 53, 2021)

    Emma et Aliénor : deux princesses étrangères entre deux royaumes

    Encomium Emmae Reginae : quand l'idée d'empire vient par les femmes (Fanny Madeline)

    Comme dans l'Énéide de Virgile, une fondation politique impériale qui ne repose pas sur l'identité mais sur l'altérité (Florence Dupont, Rome, la ville sans origine, Paris, 2011)

    Rang, honneur, statut : le queenship dans le cadre monarchique (Pauline Stafford, Queens, Concubines and Dowagers: The King's Wife in the Early Middle Ages, Leicester, 1998)

    La reine Adélaïde, « codétentrice d'une royauté à laquelle nous l'avons associée » (lettre de Hugues Capet à l'impératrice Théophano, 988)

    Princesse, épouse, mère, pacificatrice : les rôles féminins traditionnels de consors regni

    « Souveraine, elle fait figure d'épouse ; épouse, elle paraît sujette » (Fanny Cosandey, La Reine de France, symbole et pouvoir. XVe-XVIIIe siècle, Paris, 2000)

    Du queenship à l'empowerment : mesurer l'autorité diplomatique des reines par le nombre de souscriptions d'actes (« Actes écrits des femmes de pouvoir, XIIe-XVe siècle »)

    Discours sigillaire et dispositions diplomatiques (Lucie Jardot, Sceller et gouverner. Pratiques et représentations du pouvoir des comtesses de Flandre et de Hainaut (XIIIe-XVe siècles), Rennes, 2020)

    L'agency politique des « femmes au cœur d'hommes » (Marion Chaigne-Legouy)

    Réseaux, ressources, symboles et tyrannie magicienne (Garance Recoing, Les Reines de Norvège, Rennes, 2025)

    Réseaux : les équipes de pouvoir de Yolande de Flandre (Michelle Bubenicek, Quand les femmes gouvernent : Yolande de Flandre, droit et politique au XIVe siècle, Paris, 2002)

    Ressources : la table carnassière de Marguerite de France (Jean-Baptiste Santamaria, Marguerite de France, comtesse de Flandre, d'Artois et de Bourgogne (1312-1382). Une vie de princesse capétienne au temps des Valois, Turnhout, 2022)

    Symboles : la théâtralité des déplacements de Mahaut d'Artois (Christelle Balouzat-Loubet, Mahaut d'Artois. Une femme de pouvoir, Paris, 2015)

    Vierges terrestres et Vierge céleste : couples royaux et sursacralisation de l'office royal (Murielle Gaude-Ferragu, La Reine au Moyen Âge. Le pouvoir au féminin, XIVe-XVe siècle, Paris, 2014)

    L'assimilation théâtrale de la reine vierge au roi déchu « Je suis Richard, ne le savez-vous pas ? » (la reine Elisabeth 1re en 1601)

    Destitution, délégitimisation et démasculinisation de Richard II en 1399 (Chris Fletcher, Richard II: Manhood, Youth, and Politics, 1377-99, Oxford, 2008)

    En Angleterre et en Espagne, resserrement ou élargissement des alliances (Jean-Philippe Genet, « Une arme mortelle ? L'alliance royale dans les monarchies d'Occident au XVe siècle », dans Julie Claustre, Olivier Mattéoni et Nicolas Offenstadt dir., Un Moyen Âge pour aujourd'hui. Mélanges offerts à Claude Gauvard, Paris, PUF, 2010)

    En France, la mystique du sang capétien (Andrew Lewis, Le Sang royal. La famille capétienne et l'État, France Xe-XIVe siècles [1981], trad. franç. Paris, 1986)

    La crise dynastique de 1316-1328 et l'invention de la loi salique (Ralph E. Giesey, Le Rôle méconnu de la loi salique. La succession royale (XIVe-XVIe siècles), Paris, 2007)

    De terra à regnum : les humanistes, le genre du royaume et le « sexe viril » du pouvoir

    Le mâle royaume, jusqu'en 1791 (Éliane Viennot, La France, les femmes et le pouvoir. L'invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle), Paris, 2006)

    « On ne peut douter [que le duc de Rohan] n'ait conçu du déplaisir de voir défaillir en sa personne cette généreuse tige, à laquelle tant de force et de gloire promettait l'immortalité » (Sylvie Steinberg, « "Au défaut des mâles". Genre, succession féodale et idéologie nobiliaire (France, XVIe-XVIIe siècles), Annales, HSS, 2012)

    Une passion politique française : l'exclusion politique des femmes.

    1 hr 5 min
  • 07 - Le sexe du pouvoir : L'histoire en puissance : en quête des sorcières

    Patrice Boucheron

    Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle

    Collège de France

    Année 2024-2025

    07 - Le sexe du pouvoir : L'histoire en puissance : en quête des sorcières

    Intervenant :

    Patrick Boucheron

    Professeur du Collège de France

    Résumé

    La sorcière est aujourd'hui un mythe contemporain, bien éloigné de l'expérience historique des hommes et des femmes pourchassés pour sorcellerie démoniaque du XVe au XVIIe siècle. Les historiennes et les historiens doivent-ils se contenter de le récuser, au nom de leur exigence, plus que jamais légitime, de lutte contre l'instrumentalisation du passé ? On suggère ici de prendre au sérieux l'histoire contemporaine de la construction mythologique de la figure militante de la sorcière dans le contexte transnational des luttes féministes du XXe siècle, tout en la mettant en regard avec nos connaissances actuelles sur la démonologie savante et l'institution sociale de la persécution. C'est dans cet écart que l'on discerne non pas des femmes puissantes mais une mise en puissance de l'histoire des femmes et, partant, de l'histoire des pouvoirs. Loin de chercher à concilier le mythe et l'histoire comme dans la « mythistoire » que proposait Michelet dans La Sorcière en 1862, on suit au contraire ce que Paule Petitier a appelé « la malice du devenir ». Elle fait de la quête des sorcières une défense de l'histoire en puissance, sans qu'il soit besoin de mettre la vérité historique entre guillemets.

    Sommaire

    Tremate, tremate le streghe son tornate, Rome, campo de' Fiori, 8 mars 1972

    Tornare nelle piazze : féminisme, emplacements et puissance d'agir

    Qui sont ces sorcières qui reviennent ? (Michelle Zancarini-Fournel, Sorcières et sorciers. Histoire et mythes. Lettre aux jeunes féministes, Paris, 2024)

    Histoires exemplaires et approximations tactiques : « une vérité à sa ressemblance et à sa seule convenance » ? (Lucien Febvre, « L'histoire dans le monde en ruines », Revue de synthèse historique, 1919)

    Du monde magique d'Ernesto de Martino (1948) au WITCH des féministes américaines de 1968 : une histoire transatlantique de la mythologie contemporaine de la chasse aux sorcières

    Survivances de la sorcellerie rurale (Jeanne Favret-Saada, Les Mots, la mort, les sorts, Paris, 1977)

    Médicalisation et masculinisation des savoirs de l'accouchement ? (Barbara Ehrenreich et Deirde English, Sorcières, Sages-femmes et Infirmières [1973], trad. franç., 2016)

    Des sorcières de Salem (1692-1693) au maccarthysme : la chasse aux sorcières entre politisation et culture populaire

    Faut-il toujours ramener un mythe contemporain à ses référents historiques ? (Pascal Ory, « La fabrique moderne des mythes : l'exemple des vampires », dans Dominique Kalifa dir., Les historiens croient-ils aux mythes ?, Paris, 2016)

    De Vlad III Tepes à Dracula : fictions et frictions d'empire au XVe siècle (Matei Cazacu, L'Histoire du prince Dracula en Europe centrale et orientale (XVe siècle), Genève, 1996)

    « L'indifférence des historiens à l'égard de ce génocide a frôlé la complicité » : l'histoire savante mise en accusation (Silvia Federici, Caliban et la Sorcière. Femme, corps et accumulation primitive [2004], trad. franç., Paris, 2014)

    Dans le sillage de #MeToo, entre combat politique et développement personnel : Mona Cholet, Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Paris, 2018

    En France, une veine plus littéraire et psychanalytique : la revue Sorcières de Xavier Gauthier (1976)

    Femmes puissantes ou mise en puissance de l'histoire des femmes ?

    Plus victimes que puissantes : l'exemple de Michée Chauderon, (Michel Porret, L'Ombre du diable : Michée Chauderon, dernière sorcière exécutée à Genève (1652), Genève, 2009)

    Retour à Marguerite Porète, d'abord vaincue, puis invaincue (Sean L. Field, Robert E. Lerner, Sylvain Piron dir., Marguerite Porete et le « Miroir des simples âmes » : Perspectives historiques, philosophiques et littéraires, Paris, 2013)

    Quand le pape croit à la sorcellerie démoniaque : Enrico del Carreto et l'expertise de 1320 (Alain Boureau, Le Pape et les sorciers. Une consultation de Jean XXII sur la magie en 1320 (Manuscrit B.A.V. Borghese 348), Rome, 2004)

    Possession et ravissement : l'anthropologie scolastique au travail du principe féminin

    De 1320 à 1420, pourquoi ce « retard à l'allumage » ? (Jean-Patrice Boudet, « La genèse médiévale de la chasse aux sorcières : jalons en vue d'une relecture », dans Le Mal et le diable. Leurs figures à la fin du Moyen Âge, Paris, 1996)

    En pays de Vaud et en Dauphiné de 1430 à 1530 : sorciers et sorcières (Ludovic Viallet, La Grande Chasse aux sorcières. Histoire d'une répression, XVe-XVIIIe siècles, Paris, 2022)

    La Vauderie d'Arras, la majesté et l'État princier en puissance (Franck Mercier, La Vauderie d'Arras. Une chasse aux sorcières à l'Automne du Moyen Âge, Rennes, 2006)

    Le Malleus Maleficarum et le tournant de la démonologie savante (Martine Ostorero, Le Diable au sabbat. Littérature démonologique et sorcellerie (1440-1460), Florence, 2011)

    Sorcières et sorcellerie, morphologie et histoire (Carlo Ginzburg, Le Sabbat des sorcières [1989], trad. franç. Paris, 1992)

    « D'où date la Sorcière ? Je dis sans hésiter : "Des temps de désespoir" » (Jules Michelet, La Sorcière, Paris, 1862)

    Métamorphoses et revenances, « la vie d'une même femme pendant trois cents ans »

    « Nature qui la fait sorcière » : le principe féminin chez Michelet

    « Ce qui le retient dans la sorcellerie, c'est une fonction personnalisée » (Roland Barthes, « Préface » à La Sorcière, 1959)

    De Chateaubriand à Michelet en passant par George Sand : l'écriture hybride « d'un historien mentalement queer » (Paule Petitier, La Pensée sorcière. Michelet, 1862, Paris, 2024)

    La « malice du devenir » : lire Michelet aujourd'hui, entre renversements internes et inversions symboliques

    Sorcelleries d'aujourd'hui : une guerre aux femmes ? (Christelle Tarraud dir., Féminicides. Une histoire mondiale, Paris, 2022)

    Faire l'histoire des expériences passées et des figures imaginaires, sans mettre de guillemets à la vérité (Carlo Ginzburg, Le Fil et les traces. Vrai faux fictif, Lagrasse, 2010).

    1 hr 10 min

About Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

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Patrick Boucheron est né en 1965, à Paris. Après des études secondaires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés) puis au lycée Henri IV (Paris), il entre à l'École normale supérieure de…

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Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle - Antoine Lilti by Collège de France

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Biodiversité et écosystèmes (2023-2024) - Emmanuelle Porcher by Collège de France

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Innovation technologique Liliane Bettencourt (2018-2019) - Molly Przeworski by Collège de France

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Chaire internationale (2007-2008) - Pierre Magistretti by Collège de France

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Mondes francophones (2023-2024) - Salikoko S. Mufwene by Collège de France

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Quand les Dieux rôdaient sur la Terre by France Inter

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