Ici l'Europe

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By FRANCE 24
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Ici l'Europe episodes

  • Luuk van Middelaar : "l’arrivée de Friedrich Merz en Allemagne change radicalement la donne"

    Cette semaine, nous accueillons Luuk van Middelaar, philosophe et historien néerlandais, ancien conseiller du Conseil européen et également à la tête du think tank Brussels Institute for Geopolitics. Face à la menace russe et à l’hostilité des États-Unis envers l’Union européenne, il commente les défis majeurs que les Vingt-Sept doivent relever.

    Alors que la menace russe plane sur le continent européen et que l’administration américaine chamboule ses droits de douane à l’encontre de ses partenaires, l’Europe se trouve à un tournant de son histoire. "C’est un moment de vérité pour les Européens", affirme Luuk van Middelaar, directeur du think tank Brussels Institute for Geopolitics. "Les dirigeants européens [...] et l’opinion publique doivent se rendre compte que le monde est en train de changer. Il faut changer nos habitudes."

    "Il y a une intensification de la guerre commerciale avec la Chine"

    Cette semaine, Donald Trump a annoncé qu'il suspendait pour 90 jours une salve de droits de douane "réciproques" qu'il avait dévoilée une semaine plus tôt à l'encontre de dizaines de pays dont les États membres de l'Union européenne (UE). Le président américain maintient cependant une surtaxe générale à l'importation de 10 %. "Aujourd’hui, nous ne savons plus très bien si ces droits de douane ont pour but de négocier de meilleurs accords avec les partenaires commerciaux des États-Unis ou s’ils sont destinés à rester à long terme", explique Luuk van Middelaar.

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    En revanche, l’administration américaine porte à 125 % les droits de douane contre les produits en provenance de Chine. "Il y a une intensification de la guerre commerciale avec la Chine et un apaisement avec tous les autres. La vraie obsession des Américains, c’est l'émergence de la Chine comme rival stratégique, qui risque de prendre la première place dans le monde au niveau économique, stratégique et militaire", détaille le théoricien politique néerlandais. "Les États-Unis veulent se repositionner dans cette rivalité stratégique avec la Chine et pour cela, ils sont prêts à tout détruire, même l'ordre mondial qu'ils ont construit."

    Luuk van Middelaar salue l’unité européenne, car la Commission européenne a la compétence exclusive des accords commerciaux : "L'Europe a, pour une fois, parlé d'une seule voix, celle de la Commission. Donald Trump le sait et il n'aime pas cela. Ce qu’il préfère, comme d'autres rivaux de l'Europe, c'est diviser pour mieux régner. Il souhaite essayer d'avoir des accords bilatéraux avec tel ou tel pays, afin de ne pas avoir en face un bloc unis mais des partenaires beaucoup plus petits que les États-Unis et donc beaucoup plus facilement dominés."

    "Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du continent européen"

    Au chapitre de la guerre en Ukraine, les États-Unis mènent des négociations avec la Russie, sans inclure les Européens. Une stratégie que déplore le directeur du think tank Brussels Institute for Geopolitics : "Ce qui est en jeu dans ces négociations entre Américains et Russes, c'est l'avenir du continent européen. Il s'agit également de l'Ukraine qui est le premier concerné, mais plus largement, il en va de l'architecture de sécurité du continent européen."

    Il qualifie d’"humiliant" le fait que l’UE ne soit pas à la table des discussions. "Donald Trump et Vladimir Poutine préfèrent traiter de grande puissance à grande puissance, voire d'homme à homme", estime Luuk van Middelaar. S’il salue les récentes initiatives menées par Emmanuel Macron pour réunir une "coalition de volontaires", il martèle que les Européens doivent "s’organiser". 

    "Un vrai effort au niveau de l'UE"

    Il reconnaît la nécessité d’un renforcement de la défense européenne : "Donald Trump met un terme à une période de 80 ans pendant lesquels les États-Unis nous ont protégés en Europe : il faut s'armer, savoir mieux se défendre en tant qu’Européens." Au chapitre du financement, il reconnaît "un vrai effort au niveau de l'UE", se référant au plan de la Commission européenne baptisé "réarmer l’Europe" qui ambitionne de mobiliser près de 800 milliards d’euros pour sa défense et de fournir une aide immédiate à l’Ukraine. En ce qui concerne le possible envoi de militaires en Ukraine en cas de cessez-le-feu, il explique que les décisions ne relèvent pas que des Vingt-Sept mais d’une "coalition de pays" comme le Royaume-Uni ou le Canada. 

    Dans son pays, les Pays-Bas particulièrement rigoristes, le premier ministre Dick Schoof a essuyé un vote négatif pour une rallonge budgétaire "Rearm Europe" : "Les Pays-Bas sont très actifs dans le soutien à l'Ukraine et ont donné beaucoup d'argent en bilatéral", tempère-t-il. "Les Pays-Bas ne sont pas des grands fans des emprunts collectifs mais une fois que l'Allemagne changera de position, je pense qu’ils suivront le mouvement." 

    En effet, en Allemagne, la nouvelle coalition de Friedrich Merz a voté un plan de dépense de 500 milliards pour investir dans les infrastructures du pays et a l’intention d’investir massivement dans la défense. "Face au double choc de Vladimir Poutine et de Donald Trump qui nous tombent dessus, Friedrich Merz saisit l'occasion pour changer de ligne. C'est peut-être l'une des décisions les plus importantes qui ont été prises cette année au niveau européen", explique Luuk van Middelaar. "Il ne faut pas sous-estimer l'effet que cela peut avoir car l'argent qui est investi en Allemagne aura un effet sur tous les voisins, y compris la France."

    "Les élus doivent être les premiers à respecter les règles"

    En France, la justice a reconnu coupables neuf anciens députés européens de détournement de fonds publics avec un préjudice total de 2,9 millions d'euros pour le Parlement européen. Marine Le Pen, chef de file du Rassemblement national, a été condamnée à quatre ans de prison dont deux avec sursis, aménagés avec bracelet électronique, ainsi que 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate : "Il est normal que les juges fassent respecter les règles de l'État de droit, y compris pour les élus au Parlement européen, à l'Assemblée nationale ou au niveau local", pense Luuk van Middelaar. "Il n’est pas toujours opportun de dire que si un élu est mis en cause, il s’agit d’une attaque à la démocratie. Les élus doivent être les premiers à respecter et agir selon les règles et les lois qui ont été décidées démocratiquement. Au Parlement européen notamment, il est important de prendre cela plus au sérieux. Les standards doivent être les plus élevés possibles", conclut-il.

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    Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Luke Brown et Isabelle Romero

    18 min
  • Donald Trump coupe son aide au développement : l’Europe doit-elle redoubler de générosité ?

    Les Européens n’en finissent plus d’être sidérés par les décisions de Donald Trump, pas seulement militaires et commerciales mais aussi en matière d’aide humanitaire. En effet, la nouvelle administration républicaine a brutalement coupé court à l’USAID, l’aide américaine au développement, qui s’élevait à 38 milliards d’euros par an, avec des conséquences dramatiques dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Les Européens sont les premiers donateurs d’aide au développement, ils financent 43 % de l’aide mondiale, avec un pic à plus de 90 milliards d’euros en 2022 pour l’ensemble des 27 États membres (dont 2 milliards d’euros dans le budget propre de l’UE). Mais là encore, la tendance est largement à la baisse, car de nombreux pays, comme la France, ont décidé de coupes budgétaires drastiques dans l’aide humanitaire. L’Europe doit-elle remplacer les États-Unis dans la lutte contre la pauvreté ?

    Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Luke Brown

    18 min
  • Andrej Plenkovic : "Nous soutenons l’entrée des pays de l'Europe du Sud-Est dans l’UE"

    Nous recevons cette semaine le Premier ministre croate Andrej Plenkovic. Il réaffirme son soutien indéfectible à l'Ukraine tout revenant sur la situation tendue dans les Balkans, et commente un possible élargissement européen à cette région du sud-est de l'Europe.

    La Croatie, pays balkanique de 3 900 000 habitants, est un fervent soutien de l’Ukraine. Andrej Plenkovic, Premier ministre du parti de droite de L’Union démocratique croate, rappelle que son pays a été occupé à la suite de l’agression du président serbe Slobodan Milošević dans les années 1990 : "Nous savons ce que c’est d’être victime d’une agression." "Notre expérience est unique. Pour cette raison, nous soutenons l’Ukraine d’un point de vue politique, financier, technique, humanitaire et militaire", poursuit le Premier ministre.

    La Croatie fait partie de la "coalition des volontaires", les alliés de l’Ukraine qui discutent actuellement des garanties de sécurité à apporter au pays et notamment de la possibilité d’envoyer des soldats européens sur le terrain en cas de cessez-le-feu. "Nous souhaitons une paix juste et durable. Certains pays sont prêts à envoyer des soldats en Ukraine. La Croatie n'est pas prête", tempère cependant le Premier ministre.

    En effet, le gouvernement d’Andrej Plenkovic est en situation de cohabitation avec le socialiste Zoran Milanović, reconduit comme président en janvier 2025. Le président croate, chef des armées, s’oppose à un envoi de ses troupes en Ukraine. "Mon gouvernement n’a jamais proposé que l’armée croate participe aux opérations sur le sol ukrainien une fois la paix établie", se défend le Premier ministre. Il estime cependant que son pays pourrait tout de même jouer un rôle significatif dans la recherche de la paix : "La coalition des volontaires signifie que chaque pays qui en fait partie peut trouver un mode de participation pertinent pour atteindre le but recherché." 

    "Il y a 26 pays d'un côté et un autre à part"

    En ce qui concerne l’aide apportée à l’Ukraine, la division est réelle au sein des Vingt-Sept. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche de Vladimir Poutine et Donald Trump, refuse à présent de signer en faveur d'une aide financière rapide pour le pays en guerre. "Il y a 26 pays d'un côté et un autre à part. Le Premier ministre hongrois a une stratégie complètement différente", reconnaît Andrej Plenkovic. "Il est tout à fait aligné avec l'administration Trump et n’est pas d’accord avec notre modèle de sanctions contre la Russie [...] Mais les 26 autres ont toujours été pour l'Ukraine", rappelle le Premier ministre croate. 

    Le président socialiste croate Zoran Milanović a régulièrement dénoncé le soutien de l’Union européenne (UE) envers l’Ukraine. S’il reconnaît que le président a été élu démocratiquement, Andrej Plenkovic rappelle qu’il a lui-même été reconduit trois fois à son poste et estime "qu’une grande partie de la population croate soutient la ligne politique du gouvernement en ce qui concerne les questions internationales". "La Croatie est aujourd’hui à la table des discussions au sujet de l'architecture nouvelle et de la sécurité de l’Europe ou de l’aide apportée à l'Ukraine", explique-t-il. 

    En ce qui concerne l’implication des États-Unis dans la recherche d’un cessez-le-feu, Andrej Plenkovic explique que Donald Trump "pense être un faiseur de paix". "Nous respectons cela, car tout le monde est pour la paix", ajoute-t-il. Il rappelle cependant que le processus de paix doit inclure le respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Le contraire serait "inacceptable" selon le Croate et "irait à l’encontre de tous les principes du droit international". Il estime que l’objectif de la Russie est de "créer une division entre les membres de l'Otan, entre les membres de l'UE [...], de rétablir le dialogue avec les États-Unis et de réhabiliter la position russe au niveau international". 

    "L'Europe doit garantir sa propre sécurité"

    Alors que l’Union cherche à renforcer ses capacités de défense, le gouvernement croate défend le principe de préférence européenne, notamment en termes d’achat d’armement. "En Croatie, il faut remplacer l'ancienne technologie militaire du bloc de l'Est avec la technologie occidentale compatible avec l'Otan et l'UE", détaille le Premier ministre. Le pays, qui a fortement augmenté son budget pour la défense ces dernières années, a investi dans des avions Rafales français, des chars allemands Leopard, des drones turcs ou des lance-roquettes américains Himars. "Nous sommes certains qu’il faut travailler sur l’autonomie stratégique de l'Europe", martèle-t-il. 

    S’il prône une indépendance de l’UE en matière de défense, il ne tourne néanmoins pas le dos aux Américains : "Je préfère que les États-Unis soient avec nous, parce que l’alliance transatlantique [...] est très importante pour notre sécurité et notre liberté. Mais en même temps, il faut que l'Europe soit beaucoup plus forte et puisse garantir sa propre sécurité."

    "Il faut discuter de la situation dans les Balkans occidentaux"

    Alors que les Vingt-Sept envisagent l'élargissement de l’Union à de nouveaux États, notamment à l’Ukraine, Andrej Plenkovic salue cette "nouvelle volonté politique au sein de l'UE". La Croatie est le dernier pays à avoir rejoint le club des Vingt-Sept en 2013 et aspire à être un pont entre l'UE et les pays candidats des Balkans : "Les pays de l'Europe du Sud-Est sont en première ligne pour entrer dans l’UE. Nous les soutenons tous, notamment la Bosnie-Herzégovine, où les Croates représentent une partie de la population avec les Serbes et les Bosniaques." "Il faut que tous nos voisins, nos amis, remplissent les critères d'adhésion", nuance-t-il.

    Au moment où certains pays des Balkans sont marqués par de fortes manifestations et où l’influence russe est présente, Andrej Plenkovic insiste sur la nécessité de "discuter de la situation dans les Balkans occidentaux au prochain Conseil européen". Il cite la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Kosovo, le Monténégro, l'Albanie ou la Macédoine du Nord qui, selon lui, "sont prêts à accélérer leur intégration dans l'UE". Il appelle cependant à la prudence : "Il existe une situation politique et des tensions auxquelles l'Europe doit d'abord faire attention. Il faut agir pour la stabilité, soutenir les forces politiques qui sont pour la stabilité et l’intégration européenne."

    "Des relations de bon voisinage"

    En Serbie, des manifestations secouent le pays à la suite d’un accident ayant fait quinze victimes dans la gare de Novi Sad. Un mouvement de jeunesse transpartisan fait vaciller Aleksandar Vučić, le nationaliste au pouvoir depuis 2014. "Ces manifestations sont portées par des groupes très hétérogènes de la société serbe. La balle est maintenant dans le camp du président Vučić afin de proposer un nouveau gouvernement et de rechercher une stabilité. Nous sommes pour la stabilité et les processus démocratiques", explique Andrej Plenkovic.   

    La Serbie, qui a signé un accord de coopération militaire avec la Croatie en 2010, a parfois adopté un discours très pro-russe. "Le jour arrivera quand la Serbie devra choisir si elle est du côté de l'Europe ou de la Russie", déclare le Premier ministre croate. "S'il y a une vraie volonté d'être au sein de l'UE, il faut faire des choix stratégiques", poursuit-il.

    S’il reconnaît des relations "de bon voisinage" avec ce pays, notamment dans le domaine commercial, il évoque "des questions qui restent ouvertes depuis l’agression de la Serbie il y a trente ans". "Nous aimerions régler toutes les questions au sujet de la minorité croate [qui vit en Serbie] alors que nous soutenons la minorité serbe en Croatie", lance-t-il. 

    En Bosnie-Herzégovine, le dirigeant politique des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, est accusé d'attaque à l'ordre constitutionnel après une série d'actions sécessionnistes menées par les institutions autonomes de la Republika Srpska, l'entité des Serbes de Bosnie. Le pays a émis un mandat d'arrêt international à son encontre. "Nous sommes très inquiets au sujet de la situation en Bosnie-Herzégovine. Nous sommes les premiers à avoir intérêt à ce qu’il y ait une stabilité politique et institutionnelle, un dialogue franc et constructif entre les trois peuples du pays et entre les deux entités : la Republika Srpska et la Fédération de la Bosnie-Herzégovine", détaille le chef de gouvernement croate. "J'appelle toutes les forces politiques et les leaders à être respectueux de l'ordre juridique en Bosnie-Herzégovine", conclut-il.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Luke Brown

    18 min
  • De la guerre en Ukraine à la guerre des étoiles : l’Europe en quête d’autonomie spatiale

    L’espace est devenu en quelques années un champ de bataille de souveraineté, avec des implications militaires. Le rôle vital joué par Starlink, le réseau de communication par Internet du milliardaire américain Elon Musk, dans la défense de l’Ukraine interroge les Européens sur leurs propres capacités.

    Certes, l’Union européenne vient de lancer son programme IRIS de 300 satellites, mais ce dernier ne sera pas opérationnel avant 2030. Au mois de mars, l’Europe s'est aussi félicitée du premier lancement commercial réussi d’Ariane, la fusée de l’agence spatial européenne, qui va lui permettre de retrouver son autonomie vis-à-vis de l’américain Space X.

    En attendant, le déficit d'investissement public se fait ressentir : les Européens consacrent à peine 12 milliards d’euros par an à l’espace, tandis que les Américains dépensent 70 milliards de dollars, soit six fois plus.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Luke Brown

    18 min
  • Alexander Stubb : "Vladimir Poutine ne veut pas de paix ni de cessez-le-feu"

    Cette semaine, nous recevons Alexander Stubb, président de la République de Finlande. Fervent soutien à l’Ukraine, il commente le renforcement de la défense européenne et la menace russe qui pèse tout particulièrement sur son pays. 

    Le 27 mars, la France a organisé une réunion de la coalition des États soutenant Kiev. Le Royaume-Uni et la France ont avancé le projet de déploiement futur d'une "force de réassurance" en Ukraine. Alors qu’une telle coalition ne pourrait réunir qu’une trentaine de milliers de soldats, Alexander Stubb reconnaît que cela n’est pas suffisant mais que les troupes alliées n’ont pas vocation à être sur la ligne de front. "L'Ukraine a l’armée la plus moderne avec beaucoup d'expérience et 400 000 soldats. Si nous pouvons participer avec une vingtaine ou trentaine de milliers de soldats, cela va aider un peu, mais ce n’est pas pour être en première ligne", détaille le président finlandais. Selon lui, il faut également apporter une aide à la formation des armées ukrainiennes et participer au renseignement militaire. "Nous nous focalisons trop sur l’envoi de troupes mais il y a beaucoup d'autres choses que nous pouvons faire. Ce n'est pas qu’une question de soldats. L'envoi de soldats est plutôt symbolique". 

    "Nous sommes marginalisés"

    Les États membres refusent toujours de nommer un Envoyé spécial de l’UE à la table des négociations, ce que le Président finlandais déplore : "Il y a beaucoup de bons Européens qui peuvent le faire (…) Mon ambition, c'est d'avoir une équipe européenne. Alors que les Ukrainiens, les Russes et les Américains disposaient d’une équipe de négociation lors des dernières discussions en Arabie Saoudite, l’UE était présente mais pas avec une position forte : nous sommes marginalisés", déclare-t-il. "Il faut avoir une équipe qui peut être composée de spécialistes de sécurité du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne ou de l’Italie".

    Alors que la Russie et l'Ukraine ont accepté de cesser les hostilités en mer Noire, Alexander Stubb rappelle qu’un cessez-le-feu complet de 30 jours est nécessaire pour arriver à la paix : "Les Ukrainiens, les Européens et les Américains voulaient un cessez-le-feu complet. Les Russes ont accepté un cessez-le-feu partiel et ont posé d’autres conditions. Vladimir Poutine ne veut pas de paix, il ne veut pas de cessez-le-feu", déclare le président finlandais. 

    "Il faut avoir une stratégie européenne pour l'Ukraine"

    La Finlande, qui partage 1 300 kilomètres de frontière avec la Russie, a rejoint l’OTAN il y a deux ans. Le président finlandais se dit favorable à l’intégration de l’Ukraine dans les deux clubs : "Il faut avoir une stratégie européenne pour l'Ukraine. L’accession à l’UE est très importante. Il y a déjà beaucoup de progrès dans les négociations." "Je voudrais bien voir l'Ukraine dans l'OTAN un jour… mais un compromis aujourd’hui consisterait à donner la possibilité pour l’Ukraine d’adhérer immédiatement à l’OTAN, si les Russes violent brutalement un traité de paix", ajoute-t-il. 

    Si l’Ukraine rejoint l’UE, Alexander Stubb reconnaît que cela "changera le club" européen. Il prône pourtant un élargissement de l’Union : "C’est la vision qu'il faut avoir, car nous avons maintenant une pression qui vient de la Russie et nous avons une administration aux États-Unis qui n'est pas exactement pro-européenne. Il faut trouver des solutions européennes, il faut avoir des grands pays dans l'UE, comme l'Ukraine. C’est une question stratégique", détaille le président de la Finlande. En termes d’agriculture, l’Ukraine est un grand producteur de céréales, ce qui inquiète certains pays membres qui craignent une concurrence accrue. "L’Europe, ce n'est pas seulement l'union de l'agriculture. C'est très important, bien sûr, mais nous pouvons trouver des solutions concernant l'Ukraine dans ce domaine", relativise Alexander Stubb.

    "La Finlande donne beaucoup à l’Ukraine"

    Les pays alliés de l'Ukraine, réunis à Paris, ont exclu toute levée des sanctions contre la Russie, envisageant au contraire de les renforcer afin d'accentuer la pression sur le pays. "Il faut continuer les sanctions et utiliser tous les moyens que nous avons. La seule chose que Poutine comprend, c'est le pouvoir. Si nous sommes faibles, il va l'utiliser contre nous", prévient Alexander Stubb.

    En ce qui concerne l’aide apportée à l’Ukraine, les Vingt-Sept peinent à se mettre d’accord. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche de Vladimir Poutine et Donald Trump, a refusé de signer en faveur d'une aide financière rapide pour le pays en guerre. Alexander Stubb reconnaît des blocages avec la Slovaquie ou la Hongrie mais se réjouit des alliances avec des pays comme le Royaume-Uni, le Canada, la Norvège ou l’Islande. "Nous trouvons toujours des mécanismes pour éviter un blocage qui vient de la Hongrie, au sujet des sanctions par exemple. En ce moment, c’est une Europe à la carte, un peu intergouvernementale sur quelques sujets. C'est la réalité de l'Europe". 

    La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a proposé un plan visant à mobiliser jusqu'à 40 milliards d'euros pour apporter un nouveau soutien militaire aux Ukrainiens. La Finlande a déploré que cette initiative n’ait pas reçu suffisamment de soutien de la part des États membres. "Nous sommes Vingt-Sept donc chacun a ses propres intérêts. En ce qui concerne la Finlande, nous donnons beaucoup pour l’Ukraine : nous avons une frontière commune avec la Russie, pour nous, c'est une question existentielle", explique le président finlandais. Il reste tout de même optimiste : "Je suis sûr que nous allons trouver une solution pour les 40 milliards."

    La Commission européenne a annoncé un investissement dans la défense pouvant atteindre les 800 milliards d’euros. Un renforcement de la défense européenne soutenu par le président finlandais : "Nous sommes une union de paix mais nous avons toujours de grands projets, comme le marché intérieur ou l'Euro. Maintenant, ce sera la défense." 

    Afin de financer cet investissement dans la défense, certains pays proposent de contracter un grand emprunt européen en commun, un projet à présent soutenu par le pays nordique, jadis très rigoriste : "La Finlande a changé sa position à ce sujet : il faut tous ensemble trouver des solutions pour pousser à la Défense. Il faut trouver des instruments financiers".

    "Plus de libre-échange mondial"

    Alors que les relations entre l’UE et les États-Unis se refroidissent, le président finlandais estime qu’il est "très important de continuer notre dialogue avec l'administration américaine". "Il faut continuer de convaincre les Américains que l'Europe, c'est dans l'intérêt des États-Unis. Ce n’est pas une situation facile mais nous continuons de travailler avec les Américains", détaille-t-il. Au chapitre des droits de douane imposés par l’administration Trump sur certains produits européens, Alexander Stubb prône "plus de libre-échange mondial". "Si Donald Trump pousse pour des droits de douane supplémentaires, l'Europe va répondre", conclut-il. 

     

     

    Emission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Luke Brown

    18 min
  • Scandale de corruption par l’opérateur chinois Huawei : le Parlement européen sous influence ?

    Le Parlement européen est secoué par une nouvelle affaire de corruption. Plusieurs lobbyistes du groupe chinois Huawei sont suspectés par la justice belge d’avoir corrompu une quinzaine d’eurodéputés, anciens ou actuels, entre 2021 et aujourd’hui. Il s’agissait d’influencer la politique commerciale de l’UE en faveur de l’opérateur dans le cadre du déploiement de la 5G. Il a finalement été écarté pour ses liens avec le gouvernement de Pékin et des craintes d’espionnage. Cette affaire intervient deux ans après celle du Qatargate, où des eurodéputés et leur entourage ont été accusés de recevoir de l’argent du Qatar et du Maroc pour orienter les décisions européennes en leur faveur. Le Parlement avait alors adopté plusieurs mesures pour renforcer la transparence, comme la mise en place d'un organe d’éthique dont la création a été actée mais qui n’est toujours pas entré en fonction et dont l’indépendance est questionnée. Le Parlement reste-t-il encore perméable aux pots-de-vin et aux cadeaux ? 

    Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Luke Brown. 

    17 min
  • Nadia Calviño : "Malheureusement, nous devons renforcer la défense européenne"

    Cette semaine, nous accueillons Nadia Calviño, présidente de la Banque européenne d'investissement. Cette institution financière des États membres de l'UE augmente ses investissements dans la défense européenne, l’aide à l’Ukraine mais également dans la transition énergétique.

    À l’issue du Conseil européen des 20 et 21 mars, les pays européens ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine ainsi que leur volonté de renforcer les capacités de défense européenne.

    Dans ce contexte, la Banque européenne d'investissement (BEI) a un rôle majeur à jouer. L’an passé, elle a produit 89 milliards d’euros de titres obligataires sur les marchés financiers pour de grands projets de transition énergétique et numérique, d'actions en faveur du climat ou de politiques de cohésion. Alors qu’auparavant les projets militaires soutenus par la BEI devaient être majoritairement dédiés au secteur civil, les investissements dans la défense sont à présent en hausse, notamment depuis le début de la guerre en Ukraine. 

    "L'année dernière, nous avons doublé les investissements dans la défense"

    Un changement d’orientation défendu par sa présidente, Nadia Calviño : "Malheureusement, nous devons renforcer les capacités européennes de sécurité et de défense ! Chaque institution doit jouer son rôle et la BEI est prête à y contribuer : Nous pouvons proposer, à des taux d'intérêt bas et avec de longues périodes de maturité, de gros investissements dans les infrastructures, par exemple pour la mobilité militaire, pour les casernes, la recherche, le domaine de l'espace ou la protection des frontières", précise-t-elle. 

    Alors que la Commission européenne a annoncé un investissement dans la défense pouvant atteindre les 800 milliards d’euros, la BEI prévoit de prêter deux milliards d’euros pour des projets liés à la sécurité. "L'année dernière, nous avons déjà doublé les investissements dans la sécurité et la défense de l'Europe. Cette année, nous prévoyons de les doubler encore au moins une fois", explique Nadia Calviño, également ancienne ministre de l'Économie du gouvernement socialiste de Pedro Sánchez en Espagne. Auparavant, les investissements dans des projets liés à la défense ne pouvaient pas dépasser 8 milliards par an mais cette limite a désormais été levée. 

    "Nous contribuons à la résilience de l'Ukraine"

    En ce qui concerne l’aide à l’Ukraine, la BEI a déjà versé plus de 2,2 milliards au pays depuis le début de la guerre en 2022. Elle lui promet un nouvel accord de prêt de 2 milliards d’euros dédiés à la restauration et au développement des infrastructures énergétiques.

    "Nous investissons dans le métro, et en ce moment, le métro c’est l’école pour les enfants et la protection pour les citoyens quand il y a un bombardement", explique la présidente de la BEI.

    "Nous contribuons à la résilience de l'Ukraine. Les entreprises ukrainiennes doivent continuer à fonctionner le plus normalement possible car sinon il n’y aura pas de base pour soutenir l'économie ukrainienne et pour la reconstruction après la guerre. Nous sommes le partenaire le plus important des investissements des secteurs public et privé en Ukraine", ajoute-t-elle avant de préciser : "Nous offrons des conditions de prêts très favorables, que ce soit dans les taux d'intérêt ou dans la durée, qui apportent aux marchés la garantie de l’Union européenne. Nous devons continuer à soutenir l'Ukraine parce que la sécurité de l'Ukraine, c'est la sécurité de l'Europe", rappelle Nadia Calviño. 

    "Nous avons un intérêt partagé à continuer à construire des règles globales"

    Au chapitre des droits de douane imposés par l’administration Trump sur certains produits européens, la présidente de la BEI regrette "un démantèlement d’un système international qui a vraiment bénéficié à l’Occident : "Nous avons bien fait d'essayer de soutenir ce système multilatéral et d'essayer de construire ou de maintenir une relation constructive avec les États-Unis parce que cette relation est vraiment stratégique pour nous." 

    Alors que la banque centrale des États-Unis a annoncé que les droits de douane ont commencé à tirer les prix vers le haut, Nadia Calviño affirme que les Américains seront les premiers à souffrir de ces mesures : "Nous avons un intérêt partagé à continuer à construire des règles globales, une géopolitique et une géoéconomie qui donnent des résultats gagnant-gagnant pour tout le monde."

    "Nous ne pouvons pas continuer à dépendre des fournisseurs d’énergies fossiles"

    La France est le premier pays bénéficiaire des prêts de la Banque centrale européenne avec un montant s’élevant à 12,6 milliards l’an passé. "Nous avons une relation vraiment excellente avec les entreprises et les administrations françaises", confirme la présidente de l'institution. "Nous investissons dans des secteurs stratégiques comme la GigaFactory de batteries électriques Verkor ou bien dans l'enrichissement d'uranium", détaille Nadia Calviño. 

    En effet, la BEI a également accordé un prêt de près de 400 millions d’euros à l’entreprise Orano pour l'extension de son usine d’enrichissement d’uranium du Tricastin. Une décision qui signe le retour de la BEI dans le financement d’activités en lien avec le nucléaire, en apparente contradiction avec ses objectifs de développement des énergies renouvelables. "Nous investissons dans toutes les technologies qui sont clés pour la transition verte de l'Europe et qui en plus renforcent la compétitivité de l'industrie européenne, que ce soit le nucléaire, les petits réacteurs modulaires, le renouvelable, le Smart Grid ou les infrastructures de transport et distribution de l'énergie", se défend sa présidente. 

    L’année passée, la BEI a doublé ses investissements dans le secteur de l’énergie en Europe afin de renforcer l’autonomie énergétique de l’Union et ne plus dépendre du gaz russe. Sur les 89 milliards d’euros prêtés, 31 milliards ont été consacrés à la sécurité énergétique européenne : "Nous ne pouvons pas continuer à dépendre des fournisseurs d’énergies fossiles car elles sont très mauvaises pour l'environnement."

    La question de l’efficacité énergétique touche aussi le secteur du logement. Au sein de l’UE, 19 millions de personnes parmi les 450 millions d’Européens vivent dans une situation de logement indigne. La BEI a pour projet de financer une plateforme de logement social à hauteur de 10 milliards d’euros sur deux ans.

    "La BEI doit investir dans trois domaines : tout d’abord dans l'innovation technologique avec de nouveaux matériels et processus de construction. Deuxièmement, dans la rénovation de bâtiments existants et enfin dans la construction de nouveaux logements sociaux", explique Nadia Calviño.

    "Il faut continuer à renforcer nos partenariats avec les pays africains"

    La BEI consacre 10 % de ses investissements, soit 9 milliards d'euros à des projets à l'extérieur de l'UE : "Cela nous permet de renforcer les partenariats que nous avons avec le reste du monde. Si nous avons une relation amicale avec un pays, il est important pour la BEI d’investir dans des infrastructures qui sont clés pour ce pays."

    Alors que les États-Unis ont décidé de mettre un terme à leur programme humanitaire mondial USAID, affectant tout particulièrement certains pays africains, la BEI réaffirme son soutien à ce continent : "L’Afrique est l'endroit où nos investissements sont les plus importants en dehors de l'Europe. Il faut continuer à renforcer nos partenariats économiques, politiques et sociaux avec les pays africains", estime la présidente de la BEI. "Nous investissons en Côte d'Ivoire, par exemple, pour développer des procédures pour la production de cacao qui n'entraînent pas de déforestation. Il s’agit d’avoir une économie beaucoup plus soutenable d'un point de vue environnemental", détaille-t-elle.

    Sur le continent africain, la BEI investit dans des projets portés par des femmes, notamment en matière de santé. "Nous sommes particulièrement engagés dans le soutien aux femmes. Investir dans les femmes, c’est investir dans des communautés fortes et stables, qui contribuent à un monde plus stable et en paix", conclut Nadia Calviño.

     

    Emission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Isabelle Romero et Luke Brown

    18 min
  • Réarmer l’Europe et s’émanciper de Donald Trump : vers une défense européenne autonome ?

    C'est une période cruciale pour la sécurité de l’Europe et de l’Ukraine. Pour renforcer la défense européenne, la Commission a mis sur la table un livre blanc ambitieux, examiné par les 27 États membres réunis en sommet. Cette stratégie est articulée autour du plan ReArm EU pour le réarmement de l’Europe, à hauteur de 800 milliards d’euros, afin de faciliter les investissements des pays volontaires dans le secteur militaire qui pourront ainsi déroger aux règles habituelles de rigueur budgétaire de l’Union européenne. L'objectif est d'affirmer l'indépendance de l'Europe vis-à-vis des États-Unis, un allié de plus en plus imprévisible, alors que les Européens achètent 60 % de leurs armes outre-Atlantique. Le livre blanc prévoit désormais une préférence européenne dans la fabrication des équipements militaires de l’UE.

     

    Émission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Luke Brown et Isabelle Romero

    18 min
  • Franziska Brantner : “Nous ferons alliance avec ceux prêts à défendre notre liberté”

    Cette semaine, nous recevons Franziska Brantner, secrétaire d'État allemande à l'Économie et au Climat ainsi que coprésidente du parti des Verts. Elle commente les propositions de la future coalition gouvernementale en Allemagne et le renforcement de la défense européenne.

    Près de trois semaines après les élections législatives anticipées en Allemagne, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et le Parti social-démocrate (SPD) ont conclu un accord de principe en vue de former un gouvernement de coalition.

    Le parti des Verts n’en fera plus partie et rejoint ainsi l’opposition.

    Franziska Brantner, coprésidente des Verts, craint un retour en arrière sur des sujets tels que la protection du climat et l’intégration européenne ainsi qu’un manque d’investissement dans des secteurs clés. "Ils ne regardent pas les problèmes que nous avons actuellement en ce qui concerne les systèmes sociaux, la retraite, la santé ou le renouvellement de notre économie", regrette-t-elle. "Nous avons la responsabilité d'être une bonne force d'opposition", affirme la secrétaire d'État allemande à l'Économie et au Climat au sein du gouvernement d’intérim.

    Un projet jugé pas assez "ambitieux"

    La future coalition gouvernementale s’est accordée à créer un fonds spécial de 500 milliards d'euros sur dix ans afin de moderniser le pays et de combler le déficit d'investissement public accumulé. Ces dépenses représentent une véritable révolution dans un pays connu pour son rigorisme budgétaire.

    À lire aussiL'Allemagne veut investir des centaines de milliards d'euros dans sa défense

    Si Franziska Brantner salue cet investissement, elle critique sa répartition : "En ce qui concerne les 500 milliards dédiés aux infrastructures, il n’est nulle part mentionné que les projets financeront l'amélioration du train ou des écoles [...] Nous craignons qu’ils sortent ces projets du budget actuel, qu’ils les financent par la dette et qu’ils prennent le budget actuel pour financer la baisse d'impôts pour les riches", détaille-t-elle, même si son parti des Verts s’est finalement rallié à une proposition modifiée. 

    Le futur chancelier allemand, le chrétien-démocrate Friedrich Merz, a présenté un texte pour mettre fin, en matière de défense et de sécurité militaire, à la règle du "frein à la dette", qui consiste à mener des budgets publics sans déficits ou au déficit très limité. La première économie de l’Union européenne (UE) décide ainsi d'augmenter rapidement les dépenses en termes de défense, qui représentent aujourd'hui 2,1 % de son PIB. Un projet jugé pas assez "ambitieux" par les Verts.

    "Nous devons avoir une position très forte de défense de la cohésion européenne"

    Au-delà de la défense allemande, c’est la question du renforcement de la défense européenne qui se pose alors que les Vingt-Sept ont annoncé des investissements majeurs pour renforcer la souveraineté du Vieux Continent.

    Friedrich Merz soutient le projet, et Mme Brantner s’en félicite : "Je défends la souveraineté stratégique européenne depuis presque dix ans. Il faut investir dans la défense, mais aussi dans la compétitivité des technologies afin d’obtenir un niveau d'indépendance qui nous permet de survivre dans des situations difficiles", explique l’élue verte. "Je suis contente que, finalement, nous ayons un gouvernement de droite qui accepte cette réalité", ajoute-t-elle.

    Au sein des pays membres, l’unité est difficile concernant l'augmentation du budget de la défense et notamment l’aide apportée à l’Ukraine en termes de garanties de sécurité.

    "Le prochain gouvernement doit avoir une position très forte de défense de la cohésion européenne", déclare la secrétaire d'État allemande à l'Économie et au Climat.

    Le Premier ministre hongrois Viktor Orban de son côté est défavorable à une aide financière rapide pour l’Ukraine. "Si nous n’arrivons pas à avancer à Vingt-Sept car Viktor Orban décide d'être dans le camp de Vladimir Poutine et de Donald Trump, nous ferons une alliance avec ceux qui sont prêts à défendre notre liberté, notre paix en Europe, comme la Norvège ou la Grande-Bretagne. Peut-être qu'il n'y aura pas Viktor Orban", prévient Franziska Brantner.

    Si la coprésidente du parti des Verts est favorable à une préférence européenne en matière d’achat d’outils d

    À voir aussiDonald Trump, une menace pour l'économie mondiale ?

    e défense, elle rappelle la nécessité de développer les technologies européennes : "Il ne faut pas exclure d’acheter ailleurs si nous n'avons pas encore les capacités chez nous, mais avec toujours l'ambition de le développer chez nous, d'investir chez nous", insiste la secrétaire d'État.

    Afin de financer ces investissements dans la défense, elle défend un grand emprunt commun au niveau européen. "Le gouvernement de Friedrich Merz n'y est pas encore favorable. Nous continuerons à le pousser", affirme-t-elle.

    "Si Donald Trump impose des taxes, nous le ferons aussi"

    Au chapitre des droits de douane de 25 % imposés par l’administration Trump sur certains produits européens, de 200 % sur les vins français, la secrétaire d'État allemande à l'Économie soutient les mesures de réciprocité annoncées par l’Union : "Si Donald Trump impose des taxes, nous le ferons aussi."

    En effet, la Commission européenne a annoncé qu’elle appliquera au 1er avril des droits de douane supplémentaires à une série de produits américains représentant jusqu'à 26 milliards d'euros de marchandises. Franziska Brantner appelle à taxer d’autres secteurs, notamment ceux du numérique : "Il faut être un peu plus créatifs et essayer de voir où est ce que nous pouvons vraiment les toucher. Pas seulement Monsieur Trump, mais aussi les oligarques de la tech américaine".

    "C'est le moment de se rallier, de trouver des solutions communes"

    L’immigration enflamme les débats en Allemagne à la suite de plusieurs attaques meurtrières impliquant des étrangers.

    La future coalition prévoit ainsi "des refoulements aux frontières communes" de migrants sans papiers y compris pour les demandeurs d’asile, en coordination avec les pays européens voisins.

    Les Verts sont en profond désaccord avec cette proposition : "L’Europe a besoin de plus d'intégration ces jours-ci et pas moins. Ce n’est pas le moment de s'agacer entre voisins. C'est le moment de s’allier, de trouver des solutions communes, également sur la question de la migration."

    En ce qui concerne la relation franco-allemande, Franziska Brantner reconnaît que "le couple Macron-Scholz n’a pas vraiment marché". Elle dit espérer que le tandem Macron-Merz fonctionnera mieux mais estime que Friedrich Merz “n'est pas un vrai Européen”.

    "Il faut garder l'objectif de trouver une position commune et de ne pas voir la France ou l'Allemagne comme l'obstacle. L’objectif est de trouver des compromis communs pour le meilleur de l'Europe, de l’Allemagne, et de la France", conclut-elle.

     

    Emission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Luke Brown

    18 min
  • L’UE lance la chasse à la bureaucratie : simplification ou dérégulation ?

    L'Europe promet de faire la chasse à la paperasse ! La bureaucratie est en effet dans le viseur de la Commission. Fin février, l’exécutif européen a dévoilé un paquet de mesures appelé "omnibus" destiné à alléger les entreprises du poids des normes, jugé excessif. Le commissaire à l'Économie, la Productivité et la Simplification, le Letton Valdis Dombrovskis conduit les opérations.

    Quant au commissaire français à l’Industrie, Stéphane Séjourné, il est aussi au cœur du réacteur. Mais certains accusent la simplification de dissimuler une diminution des ambitions européennes, notamment en matière de climat ou de droits de l’Homme. Signe-t-elle une remise en cause du Green Deal, acte central de la précédente commission von der Leyen ?

    Émission préparée par Isabelle Romero, Luke Brown, Oihana Almandoz et Perrine Desplats

    18 min

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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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