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Or


Les Britanniques sont sortis de l’Union européenne il y a 5 ans tout juste. Mais cet anniversaire au 1er février aura lieu dans une atmosphère qui a changé : les bénéfices supposés du Brexit se font encore attendre, à tel point que plus de 55 % des citoyens regrettent cette sortie. Ils ont d'ailleurs baptisé ce phénomène, non sans humour, le “Regrexit”. Les conservateurs, responsables d’avoir convoqué et perdu le référendum sur la question en 2016, puis d’avoir négocié avec l’UE un divorce très dur, ont été renvoyés dans leur foyer aux dernières élections de juillet.
L’arrivée au pouvoir des travaillistes se traduit par un changement de ton : le nouveau Premier ministre Keir Starmer s’est donné pour mission de ‘réinitialiser’ les relations entre le Royaume-Uni et l’UE, d’autant que le contexte se prête à la recherche d’amis et d’alliés, avec la guerre en Ukraine à l’Est et un Donald Trump imprévisible à l’Ouest. Jusqu'où le rapprochement pourrait-il aller?
Emission préparée par Perrine Desplats, Luke Brown et Isabelle Romero
Cette semaine, nous recevons Salomé Zourabichvili, la 5e présidente de la Géorgie. Elle se présente comme la présidente légitime du pays malgré l’investiture d’un nouveau président, Mikheïl Kavelachvili, le 14 décembre. Elle revient sur les élections législatives qu’elle estime truquées, le recul de l’intégration à l’Union européenne de son pays et attend beaucoup de l’administration Trump en termes de sanctions.
Depuis que le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, revendique la victoire aux législatives du 26 octobre, Salomé Zourabichvili et l'opposition pro-occidentale contestent les résultats, réclamant un nouveau scrutin.
"Ce n'est pas moi qui ne reconnais pas l'élection, c'est la population qui est dans la rue, qui dit : 'Rendez-moi ma voix et rendez-moi mon futur européen'. Ces élections ont été volées. Il y a eu une manipulation très générale, globale, dans laquelle l'ingérence russe est très claire” explique-t-elle.
Les résultats publiés donnent 53,9 % au Rêve Géorgien, contre 37,8 % pour une alliance des partis d’opposition. Un score entaché d’irrégularités pour l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), les Européens et la 5e Présidente : "Il y a eu une fraude massive très sophistiquée. On a eu des trolls russes, mais surtout la manipulation du vote électronique qui demandait une pré-planification. Il y a eu des propagandistes russes et des spécialistes des élections qu'on a également vus dans d'autres pays d'Europe centrale, et qui étaient présents depuis plusieurs mois en Géorgie" estime-t-elle.
Suspension de la candidature à l’Union européenneUn mois après la désignation du nouveau président, Mikheïl Kavelachvili, un ancien joueur de football connu pour ses diatribes anti-occidentales, le pays de 3,7 millions d’habitants est en ébullition, suite au tournant pro-russe opéré : "tout ce qui déclenche la vraie colère de la population géorgienne, c'est la décision de tourner le dos à l'Europe, d'élire un président avec une élection à parti unique parce qu'il n'y a pas d'autre parti présent au Parlement”, ajoute Salomé Zourabichvili.
La Géorgie a obtenu le statut de candidat à l’Union européenne un an avant les élections législatives. "Depuis 30 ans, la population géorgienne se prononce à 80 % pour cette voie européenne. Et au lieu de cela, on stoppe tout, ce qui a été très apprécié par notre voisin russe. En revanche, la population géorgienne a dit 'pas question !'. Elle est descendue dans la rue et elle n'en remonte plus", se félicite-t-elle.
L’UE représente 15 % des échanges commerciaux du pays, et distribue 85 millions d'euros par an pour soutenir les services gouvernementaux.
La présidence polonaise du Conseil de l'Union européenne au premier semestre 2025 est une "très bonne nouvelle" : "La Pologne est l'un des pays qui soutient la Géorgie et son parcours européen depuis toujours, pratiquement, ainsi que son indépendance, parce qu'on a des cheminements qui sont très parallèles", assure Salomé Zourabichvili, à la différence de la Hongrie, qui tenait la présidence jusqu'au 31 décembre, et de son Premier ministre Viktor Orban, venu en Géorgie au lendemain des élections féliciter le Rêve géorgien.
Manifestations quotidiennes"Ce régime, il est complètement refermé sur lui-même. Ils ne sortent pas dans la rue, ils tiennent des réunions derrière des portes closes et ils ne gouvernent plus. Il n'y a pas de décisions qui soient prises à part celle sur la répression", dénonce la présidente rebelle.
Une cinquantaine de manifestants sont déjà derrière les barreaux, après des manifestations quotidiennes : "Elles se sont déroulées par de grands froids au mois de décembre. Et la détermination de cette population qui manifeste est totale parce qu'il n'y a pas de chemin en arrière. Vous avez raison de dire que les répressions s'accentuent. Il y a une politique d'intimidation" indique Salomé Zourabichvili.
"Il y a quelques jours, c'est l'ancien Premier ministre qui a été battu en plein hôtel Sheraton à Batoumi, la troisième ville du pays. Il a été ensuite convoqué pour un interrogatoire et menacé de poursuites criminelles. Cela peut arriver à tout le monde, même si on est très connu, même si on est très soutenu par la population", poursuit-elle. Salomé Zourabichvili n’a pas peur de retourner en Géorgie : "Je n'ai pas plus peur que mes concitoyens qui sont dans la rue tous les soirs et qui vont y rester pour la seule raison que c'est existentiel pour les Géorgiens".
Sanctions américainesLes États-Unis et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions à plusieurs hauts responsables géorgiens, notamment à l'encontre de Bidzina Ivanichvili, un milliardaire considéré comme l'homme fort de la Géorgie dont la fortune de 5,5 milliards, dépasse le budget du pays.
La cinquième présidente géorgienne avait rencontré Donald Trump à Paris puis vu des membres de son administration à Washington, "car les sanctions américaines, extraterritoriales, sont très puissantes", en insistant sur le risque que les grands ports de la mer Noire pourraient tomber dans les mains chinoises.
"La Géorgie a commencé, sous le Rêve géorgien et de façon accélérée ces derniers mois, à faire venir les Chinois et à signer un accord de partenariat stratégique avec la Chine. Des négociations dont personne ne sait rien parce qu'elles ne sont pas transparentes, mais sont en cours sur le port d'Analakely, qui est le grand projet sur la mer Noire, ainsi que sur le second aéroport où il semble bien que les Chinois soient en train de devancer les Français d’ADP, qui était l'un des candidats les plus probables avant", avertit l’ancienne diplomate française et géorgienne.
Ce à quoi le Premier ministre de Rêve Géorgien répond avoir les mêmes valeurs conservatrices que le président Trump. "Ses amis ne sont pas vraiment les amis des Américains. Ce sont les Chinois, les Iraniens, les Russes. Et donc je ne pense pas qu'il suffise de jouer avec la soi-disant proximité idéologique qui est un pur paravent pour permettre de renouer les fils avec les Américains après avoir véritablement eu une rhétorique anti-américaine que l'on n'a jamais entendue en Géorgie" témoigne-t-elle.
"Si on a une armée, c'est grâce aux Américains. Si on a les institutions, c'est grâce aux Européens. Et ce régime, depuis deux ans, depuis la guerre en Ukraine pratiquement, ne cesse de tourner le dos à nos partenaires” conclut-elle.
Emission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Isabelle Romero et Eléonore Pointeau
C'est l’une des priorités de l’Union européenne en cette année 2025 : la lutte contre son décrochage économique face à ses concurrents chinois et américains. En effet, la richesse des États-Unis était déjà 15 % supérieure à celle de l’Union européenne il y a 20 ans, et aujourd’hui cet écart s’élève à 30 %. L’an dernier la production industrielle a diminué de 2,2 % dans la zone euro, avec des plans sociaux en cascade dans toute l’Union, comme celui de l’allemand Volkswagen qui a supprimé des dizaines de milliers d’emplois.
Face à la désindustrialisation, la nouvelle Commission européenne s’est donnée 100 jours pour présenter son Pacte pour une industrie propre et mettre en place les premières mesures préconisées par le rapport d’Enrico Letta sur sa compétitivité.
Ce réarmement industriel nécessite beaucoup d’investissements : au moins 800 milliards d’euros par an.
Mais où trouver cet argent quand les pays frugaux d’Europe refusent un nouvel emprunt commun entre les 27 et s’en tiennent à la rigueur budgétaire ?
Et puis, une autre question se pose : dans quels secteurs stratégiques d’avenir faut-il investir en priorité au détriment d’autres pans de l’économie ?
Émission préparée par Isabelle Romero, Luke Brown et Perrine Desplats
Aide humanitaire apportée à l’Ukraine et à Gaza, protection des droits des femmes en Syrie et en Afghanistan ou lutte contre les discriminations au sein de l’UE, la commissaire européenne Hadja Lahbib détaille les missions de son vaste portefeuille.
La commissaire Hadja Lahbib, en charge de l’aide de l’Union européenne (UE) apportée à travers le monde, a récemment visité l’Ukraine où elle a annoncé l'attribution d'une aide humanitaire de 140 millions d'euros.
Alors que les Ukrainiens vivent un troisième hiver en pleine guerre, la commissaire confirme que “la situation est très grave”. “La Russie est en violation totale du droit international humanitaire”, dénonce-t-elle. “Les enfants, les femmes et les personnes handicapées sont les premières victimes. Ils sont parfois déplacés à des kilomètres de chez eux, sans électricité, sans eau, sans abri. Tout est détruit.”
Le froid est un élément critique pour la population alors que des infrastructures énergétiques ont été détruites par des attaques russes. L’aide de l’UE consiste notamment en la réaffectation d’écoles, la mise en place de cliniques ambulantes ou la distribution de bois de chauffage. “Une grande partie de notre aide humanitaire consiste à répondre aux besoins de première nécessité”, explique Hadja Lahbib.
Elle évoque également l’impact de cette guerre sur les États membres : “Cette guerre ne s'arrête pas à l'Ukraine. Nous subissons déjà toutes les conséquences en termes de cyberattaque, de désinformation, de câbles cassés dans la mer Baltique ou de manque d'approvisionnement énergétique”, explique Hadja Lahbib. À l’opinion publique qui pourrait ne pas se sentir concernée par ce conflit, elle répond : “Si l'Ukraine ne gagne pas cette guerre, elle ne s'arrêtera pas à ses frontières, nous risquons alors d'être physiquement en danger aussi.”
La situation humanitaire reste tragique au Proche-OrientAu Proche-Orient, la trêve tant attendue redonne de l’espoir aux populations mais la situation humanitaire reste tragique. “Gaza est démolie à plus de 80 % et les derniers hôpitaux en état de fonctionner ont été sévèrement touchés”, rappelle la commissaire européenne à la gestion de crise.
L'accès de l'aide humanitaire à Gaza est extrêmement limité et contrôlé par Israël.
Alors que le Parlement israélien a adopté deux projets de loi interdisant les activités de l’Agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens (UNRWA) dans la bande de Gaza, Hadja Lahbib estime que “leurs services prodigués au niveau éducatif, psychosocial, médical ou sanitaire sont énormes”. “Rien ne peut remplacer l’UNRWA”, ajoute-t-elle.
À propos de ce conflit, elle estime que “nous sommes en pleine violation du droit international humanitaire qui demande de ne pas prendre les populations civiles en otage et de ne pas viser les infrastructures”.
"Nous attendons aujourd'hui une Syrie inclusive"En Syrie, l’UE pourrait assouplir ses sanctions vis-à-vis du pays si les nouvelles autorités, composées de la formation radicale islamiste HTC, proposent une politique notamment respectueuse de la diversité des cultes et de la liberté des femmes. “Nous attendons aujourd'hui une Syrie inclusive. Une Syrie qui permet à tous les Syriens d'exister avec leurs différences”, rappelle Hadja Lahbib.
À la question de si l’aide humanitaire fournie par l’UE pourrait être remise en question en cas de non-respect de ces conditions, elle explique que cette aide “n'est pas politique mais impartiale, neutre et inconditionnelle”.
“L'aide humanitaire apportée par l’UE n’a jamais quitté la Syrie”, affirme la commissaire européenne. Elle rappelle cependant que “les autorités seront jugées sur leurs actes dans les prochaines semaines”.
150 millions d'euros d'aide d'urgence pour l’AfghanistanLes Vingt-Sept ont également débloqué 150 millions d'euros d'aide d'urgence pour l’Afghanistan, un pays où 16 millions d'Afghans sur 38 millions nécessitent une assistance. Certains pays, dont la France, s'opposent à une forme d'aide au développement en faveur de Kaboul à cause de la régression critique des droits des femmes. Si elle comprend ces réticences, la commissaire européenne estime que ce que demandent les femmes afghanes est le plus important : “Ce qu'elles nous demandent, c'est de rester parce qu'elles ont besoin de notre aide. Nous resterons tant que nous pouvons travailler et faire parvenir notre soutien humanitaire à toutes les femmes.”
Au sein même de l’Union, les pays peuvent bénéficier d’un mécanisme de protection civile en cas de crise humanitaire. “Ce n’est pas parce qu'on est un pays riche que nous savons faire face à une catastrophe aussi vaste qu'un cyclone ou une pandémie. Nous ne pouvons pas faire face à des catastrophes de telle ampleur seul dans son coin”, rappelle la commissaire à la gestion de crise. Elle explique qu’après le passage du cyclone dévastateur à Mayotte, “la contribution de plusieurs États membres a permis d’obtenir plus d'abris pour les personnes qui ont perdu leur logement”.
“Régression" de la protection des droits des femmes dans l’UEHadja Lahbib est également chargée de l’égalité entre les citoyens européens et notamment entre les hommes et les femmes. Une égalité qui semble progresser trop lentement, notamment au sein de la nouvelle Commission européenne, moins paritaire que la précédente. “Le Parlement est aussi moins féminin que le précédent, donc c'est un mouvement général”, ajoute la commissaire. “Nous devons être vigilants. Je suis très heureuse d'avoir ce portefeuille qui est construit autour de valeurs de diversité, d'inclusivité et de principes de solidarité et d'humanité”, note Hadja Lahbib.
Poursuivant sur le sujet de la protection des droits des femmes dans l’UE, Hadja Lahbib affirme que nous faisons face à “une régression”. D’un point de vue économique, elle se demande : “Comment assurer la compétitivité de l'UE si nous gardons cette chape qui maintient les femmes dans des métiers mal payés ?”
En termes de santé mentale, elle explique que les femmes et les minorités sont “les premières victimes du cyberharcèlement”. “Nous avons pris des directives pour obliger les plateformes à repérer quand il y a du cyberharcèlement, de la désinformation massive ou quand l'intelligence artificielle est utilisée aussi pour nuire”, détaille la commissaire européenne. “Cela va être mon pari dans les deux ans à venir : avoir un contrôle de toute cette nuisance”, conclut-elle.
Emission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz, Luke Brown et Perrine Desplats
Un homme déstabilise l’Europe en ce début d’année 2025 : le milliardaire Elon Musk, patron du réseau social X et homme fort du gouvernement de Donald Trump qui entre en fonction le 20 Janvier. En effet, le magnat a décidé de soutenir haut et fort dans les élections allemandes du 23 février le parti d’extrême droite AfD, ce qui pose des problèmes d’ingérence et de démocratie. Il soutient globalement toute l'extrême droite européenne, à commencer par le Hongrois pro-russe Viktor Orban et l’Italienne Giorgia Meloni, avec qui il s'apprête à passer un contrat de cybersécurité à plus d'un milliard d'euros avec SpaceX. L’Union européenne reproche en outre à Elon Musk de participer à la propagation de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.
Émission préparée par Isabelle Romero, Luke Brown et Perrine Desplats.
Changement d’ambiance en ce début d’année 2025 pour l’Europe qui démarre un nouveau cycle. Après 6 mois d’une très controversée présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne, la Pologne a pris le relais le 1er janvier, avec le très pro-européen Donald Tusk, qui fut président du Conseil européen de 2014 à 2019. Nous recevons pour en parler l’ambassadeur de France en Pologne, Etienne de Poncins, qui était en poste à Kiev lorsque Vladimir Poutine a déclenché sa guerre contre l’Ukraine.
La Pologne a succédé à la Hongrie de Viktor Orban à la présidence du Conseil de l’UE. Pendant les 6 mois de sa présidence, le dirigeant hongrois a multiplié les voyages polémiques - en Russie ou en Chine, par exemple - et "la Hongrie n'a pas joué collectif. Elle n'a pas joué son rôle de présidence qui est d'essayer de faire converger les positions. Au contraire, ils ont joué leur rôle en individualiste", déplore Etienne de Poncins, ambassadeur de France en Pologne.
La passation de pouvoir entre les deux États a été chaotique, en raison de différends politiques de longue date entre Viktor Orban et Donald Tusk, mais également de l’asile politique accordé par la Hongrie à l’ancien vice-ministre de la Justice polonais, membre du parti d’opposition Droit et Justice (PiS), et qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen émis par son pays : "Cela ne se fait pas entre États européens. Viktor Orban joue le jeu de l’opposition à Donald Tusk !", estime Etienne de Poncins.
"Avec la présidence polonaise, nous sommes contents de retrouver une vraie présidence européenne. C’est une bonne nouvelle et un bon timing. Un moment important pour l'Europe parce que ce sera la première présidence utile", qui sera, selon l’ambassadeur, "en soutien de la Commission von der Leyen 2, avec des vues qui correspondent assez largement, et c’est satisfaisant, aux vues françaises", se réjouit-il.
Coalition avec des partis conservateurs, centristes et libérauxLa Pologne a été en conflit avec Bruxelles pendant huit ans lorsqu’elle était dirigée par le PiS ultra-conservateur, pour manquement à l’État de droit. Le Premier ministre Donald Tusk a "la volonté de sortir de cette période-là, et ça a été validé par la Commission européenne qui a rétabli les fonds européens très vite après son arrivée au pouvoir en décembre 2023. Mais il y a les difficultés rencontrées pour faire passer ce retour à l'État de droit, notamment en raison d’une cohabitation très dure, due au fait que le président polonais Alexander Duda, de l'ancien parti au pouvoir, dispose d'un droit de veto et peut donc bloquer les lois", explique Etienne de Poncins.
De plus, Donald Tusk a dû former une coalition avec des partis conservateurs, centristes et libéraux, "donc sur tous ces sujets de société qui ont beaucoup mobilisé l'électorat en faveur de Donald Tusk, que ce soit sur l'adoption de l'équivalent de notre PACS, par exemple, l’union des homosexuels, ou sur l'avortement, il faut bien reconnaître que les progrès n'ont pas été aussi rapides qu’on pouvait l’espérer".
Depuis le retour au pouvoir de Donald Tusk il y a un an, la Pologne est en train de s’imposer sur la scène européenne, alors même que la France et l’Allemagne sont fragilisées par les échéances électorales.
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Etienne de Poncins parle d’un "moment polonais en Europe", car non seulement l’ancien Président du Conseil Donald Tusk "connait très bien les arcanes de Bruxelles", mais la Pologne, "qui avait eu raison en alertant pendant des années sur le danger russe, apparaît comme le soutien principal ou très en pointe sur la guerre en Ukraine".
Enfin, le pays a un remarquable résultat économique, avec un chômage à 2,5 %, et sa croissance est la plus forte d’Europe. Vingt ans après leur entrée dans le club européen, "c'est très probablement l'un des succès les plus remarquables d’une adhésion" à l’UE.
Craintes d'une augmentation de la désinformationPour la première fois lors de la conférence des ambassadeurs, Emmanuel Macron a invité l'Ukraine à mener des discussions réalistes sur les questions territoriales.
“C'est la prolongation de ce qu’il dit depuis le début de la guerre : il appartient aux Ukrainiens eux-mêmes de décider du moment et des conditions dans lesquelles ils considéreront que le moment est venu de faire la paix ou d'accepter un cessez-le-feu et que nous ne nous substituons pas à leur propre décision", explique Etienne de Poncins.
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, qui veut imposer un cessez-le-feu très rapide en Ukraine, n’inquiète pas le diplomate : "Du côté des Européens, il y a beaucoup de concertations pour voir comment maintenir ce soutien à l'Ukraine. Il y a des échanges à tous les niveaux, en divers formats, pour faire en sorte que l'Europe soit entendue, qu'elle soit à la table des négociations".
Mais le risque est que la Hongrie s’allie avec d’autres pays de l’UE comme la Slovaquie, très pro-russe, ou encore l’Autriche, bientôt dirigée par l’extrême droite, afin de former une minorité de blocage : "Pour l'instant, la tendance très largement majoritaire, c'est quand même le soutien à l'Ukraine", nuance l’ambassadeur, "Celui-ci se manifeste et va se remanifester encore pendant la présidence polonaise, avec l'adoption très vraisemblablement d'un nouveau paquet de sanctions, le 16ᵉ paquet de sanctions envers la Russie, et le maintien de ce soutien aussi longtemps qu'il le faudra".
Donald Trump emmène Elon Musk dans ses bagages à Washington, faisant craindre une augmentation de la désinformation.
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Paris a exhorté la Commission européenne à une plus grande fermeté vis-à-vis du milliardaire, qui soutient fermement le parti d'extrême droite AfD en Allemagne.
L’Europe "cherche à se réarmer dans ce domaine-là pour faire face à des guerres hybrides dans un monde où c’est la loi de la force qui s’impose, et il n’est pas trop tard", confirme Etienne de Poncins.
"Il faut se préparer, se réarmer, également militairement, et c'est l'objet des programmes que nous conduisons", ajoute-t-il.
Avec sa participation à l’OTAN à hauteur d’au moins 4 % de son PIB, la Pologne fait figure d’exemple : "Elle nous montre le chemin avec cette volonté de réarmement parce qu'elle est en première ligne, avec les pays baltes".
Emission préparée par Isabelle Romero, Luke Brown et Perrine Desplats
2025, année européenne de tous les dangers, que doivent affronter des gouvernements souvent affaiblis, à l’image de l’Allemagne et de la France. La nouvelle Commission européenne s’est donné cent jours pour lancer des réformes décisives - mais ça commence mal pour Ursula Von der Leyen, elle-même très grippée en ce début janvier.
La présidence tournante de l’UE revient au 1er janvier 2025 à la Pologne de Donald Tusk, qui a énoncé ses priorités : sécurité et défense européenne rehaussées, soutien indéfectible à l’Ukraine, durcissement de la politique migratoire surtout quand elle est utilisée comme arme hybride à la frontière Est par Vladimir Poutine.
Cependant, cette présidence polonaise pro-européenne du premier semestre risque de souffrir des divisions des 27 et de la montée en puissance de partis ultranationalistes voire pro-russes.
Bien que la Pologne s’affirme sur la scène européenne, plusieurs gouvernements en Europe - et non des moindres (France, Allemagne, Autriche, Belgique, Roumanie, Bulgarie) - sont en pleine crise. Cette instabilité pourrait avoir un impact au niveau européen.
Ursula von der Leyen s’est donné 100 jours - jusqu’à mi-mars - pour lancer les grandes réformes de son second mandat, avec en premier lieu un grand “Pacte d’industrie propre”.
Tout cela a lieu sur fond de changement d'ère aux États-Unis : les Européens sont suspendus aux lèvres de Donald Trump pour leur diplomatie et économie. Le président américain entre en fonction le 20 janvier.
Emission préparée par Perrine Desplats, Luke Brown et Agnès Le Cossec
Le dernier Conseil européen de la présidence hongroise, le 19 décembre, a porté sur la place de l’Europe dans le monde. Le ministre des Affaires étrangères de Belgique, Bernard Quintin, issu du parti Mouvement Réformateur, qui est libéral (Renew), estime que les Vingt-Sept sont unis dans leur soutien à l’Ukraine, où ils veulent peser ; discutent de leur future relation avec les États-Unis sans envisager une guerre commerciale ; et observent l’évolution de la Syrie.
Sur le dossier syrien, les Vingt-Sept ont réaffirmé les conditions d'une reprise de leurs relations avec Damas, à savoir une Syrie plurielle respectant les minorités, y compris le droit des femmes : "Il faut d'abord se réjouir de la fin d'un régime dictatorial exécrable et criminel vis-à-vis de sa propre population. C'est un pays relativement morcelé, et nous appelons les nouvelles autorités syriennes à respecter l'intégrité et la souveraineté du pays, donc à respecter les droits fondamentaux !"
Mais l’interdiction des bases militaires russes ne doit pas conditionner le dialogue : "Il ne faut pas qu'on multiplie les conditions préalables", juge le diplomate, en concédant : "Quand on voit le rôle extrêmement négatif que la Russie a pu jouer avec un soutien inconditionnel à un régime criminel, on peut en tirer des conclusions : ces bases servent d'acheminement et même d'entraînement pour un certain nombre de milices russes qui sont envoyées sur des théâtres en Afrique."
Le gouvernement belge a gelé les demandes d'asile syriennes, dont 35 000 Syriens ont bénéficié depuis dix ans. C'est une "suspension de l'examen des dossiers en cours, car il y a quand même un changement fondamental sur le terrain", justifie-t-il. "Mais le retour des réfugiés répond à trois principes. Il faut qu'ils soient volontaires, sûrs, et dignes."
"Respecter la volonté des Ukrainiens"Lors du dernier sommet hongroise de la présidence rotative, le premier du nouveau président du Conseil Antonio Costa et de la nouvelle cheffe de la diplomatie Kaja Kallas, les Européens ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine : "Rien à propos de l'Ukraine ne peut être décidé sans les Ukrainiens", prévient le Ministre belge. "Il faut quand même fondamentalement respecter la volonté des Ukrainiens… Est-ce que demain il y aura des négociations entre les Américains ou sous l'égide des Américains, entre le président Zelensky et le président Trump ou entre les Ukrainiens et les Russes ? Nous le verrons. Mais il y a une chose qui est certaine, c'est que nous resterons toujours, nous les voisins de l'Ukraine."
Fait rare, le président français ne participait pas au sommet européen, mais a rencontré Volodymyr Zelensky en amont pour discuter de l'envoi de troupes sur le sol ukrainien pour garantir un éventuel cessez-le-feu : "Si on parle d'une mission de maintien de la paix, c'est trop tôt pour l'évoquer, tout simplement parce qu'il n'y a pas la paix", estime le chef de la diplomatie européenne, tout en se félicitant de la capacité des Vingt-Sept à discuter de tout sans tabou.
Le piège de l'"isolationnisme"Quand Donald Trump menace les Européens de droits de douane intempestifs, en particulier s'ils n'achètent pas assez de gaz naturel ou de pétrole aux États-Unis, Bernard Quintin s’inquiète que "10 % de droits de douane plus élevés représentent 1 % du PIB européen. Le piège serait de tomber dans une forme de guerre d'isolationnisme ou de droits de douane. Nous devons nous préparer, comme je le disais, nous devons diversifier aussi nos partenariats, comme par l’accord avec le Mercosur", avance-t-il, même s’il va regarder de près cet accord et ses clauses de sauvegarde sur l’agriculture, sous pression du monde rural belge.
Dans une Belgique qui n’a pas formé de coalition gouvernementale depuis les élections de juin, le chef de la diplomatie se veut rassurant : les Belges parviennent à gouverner "non seulement avec différents partis, mais même dans différentes langues. Je le dis pour rassurer mes amis français, c'est faisable. Pour ceux qui connaissent la Belgique, avec ou sans coalitions formées, il y fait quand même bon vivre."
Une émission préparée par Agnès Le Cossec, Perrine Desplats, Luke Brown et Oihana Almandoz
Alors que l’Union européenne fait face à des défis anxiogènes, nous avons choisi de vous présenter ses principales réussites, en tout cas celles qui ont un impact positif sur votre vie de citoyen européen. Club de démocraties au modèle social développé, l’UE se distingue notamment par la protection de ses 450 millions de consommateurs.
Par exemple, les Européens bénéficient d’une garantie minimale de deux ans sur tous les produits, obligeant les commerçants à les réparer, les remplacer ou les rembourser. L’Union européenne garantit une traçabilité alimentaire et des normes de production parmi les plus exigeantes au monde sur l’origine des produits que nous consommons.
L’UE se targue aussi de préserver notre vie privée par un arsenal inédit de mesures de protection de nos données personnelles mis en place il y a 5 ans. Et puis bien sûr, cet espace de libre-circulation des personnes a ouvert les portes du continent aux jeunes étudiants européens à travers des programmes d’échanges Erasmus, dont 14 millions de personnes ont bénéficié depuis 37 ans.
Une émission préparée par Isabelle Romero, Luke Brown et Perrine Desplats
Accord avec le Mercosur, immigration et conflits dans diverses régions du monde, José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères au sein du gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, revient sur les défis auxquels l’Union européenne doit faire face.
Alors que l’Espagne pourrait bientôt devenir le dernier grand pays social-démocrate d’Europe, son gouvernement adopte des politiques singulières sur plusieurs dossiers.
Tandis que de nombreux États membres durcissent leur politique d’accueil, notamment vis-à-vis des Syriens, l’Espagne vient d'adopter une réforme : elle entend régulariser 900 000 étrangers sans-papiers d'ici trois ans. "L'Afrique est le continent du futur et c'est pour cela que nous adoptons ces stratégies", explique José Manuel Albares, sur le plateau de France 24. "Nous voulons une migration maîtrisée, sûre, ordonnée, avec nos frontières bien contrôlées. Mais en même temps, nous voulons aussi une migration humaine, qui respecte les droits de l'homme", précise-t-il.
Le chef de la diplomatie espagnole souhaite également "ne pas mentir aux citoyens" et explique que "l'immigration irrégulière est un tout petit pourcentage de tous les mouvements migratoires". Il assure que son gouvernement socialiste mène "une forte politique de développement dans certains pays africains pour pouvoir proposer à la jeunesse, des formations et des emplois" dans leurs pays d’origine, pour "lutter contre les mafias qui trafiquent des êtres humains". "Il ne faut pas oublier que la meilleure façon de décourager l'immigration irrégulière, c'est de proposer des filières d'immigration légale", estime José Manuel Albares.
"Le plus grand marché de libre-échange de la planète"L’autre dossier sur lequel l’Espagne compte peser est celui de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur.
"Une large majorité des pays européens est en faveur du Mercosur qui va donner lieu au plus grand marché de libre-échange de la planète. Les avantages sont beaucoup plus importants que les inconvénients", estime le ministre espagnol.
Pour lui, les supposés problèmes peuvent "être très facilement nuancés par des mesures de la Commission européenne". D’un point de vue environnemental, "des mesures ont déjà été inscrites dans le traité afin que les accords de Paris et la préservation de la biodiversité soient mieux respectés par l'Amérique latine".
Selon lui, ce traité porte aussi des ambitions géopolitiques : "Nous avons besoin d’amis et d'alliés dans le monde. L'Amérique latine est la région la plus eurocompatible de la planète", juge le ministre espagnol. "Si nous ne leur tendons pas la main, ils vont se tourner vers d'autres partenaires". José Manuel Albares pense que pour défendre la préservation de l’environnement, les États membres devraient vouloir que l’Amérique latine s’associe à l’UE plutôt qu’à des pays qui n’ont pas à cœur la question écologique.
Reconnaissance officielle de l’État de PalestineFace au conflit israélo-palestinien, l’Espagne se démarque à nouveau. Le pays a officiellement reconnu l’État de Palestine en mai dernier : "Nous l‘avons fait par justice envers le peuple palestinien qui ne doit pas être condamné à être éternellement un peuple de réfugiés", s’émeut José Manuel Albares. "Nous l’avons également fait en pensant à la sécurité d'Israël car seul un État palestinien vivant en bon voisinage avec l'État d'Israël peut garantir prospérité et sécurité à tous les deux".
La Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre Benyamin Netanyahou pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
À la différence de la France, qui estime qu’il jouit s’une certaine immunité, le chef de la diplomatie espagnole explique qu’en tant que pays fondateur de la CPI, ils suivront "toutes les obligations que ce statut [leur] impose".
En Syrie, le pouvoir de Bachar al-Assad a été renversé par des groupes rebelles. Alors qu’un gouvernement de transition se met en place, José Manuel Albares salue la chute de la dictature mais appelle à surveiller les actions des nouvelles autorités. "Nous devons nous assurer que le futur de la Syrie sera un futur pluriel, comme l'est la société syrienne, avec différentes religions, différents peuples. Nous devons garantir l'intégrité territoriale de la Syrie. Il faut que le pays devienne une source de stabilité pour le Moyen-Orient".
"La désinformation est là pour diviser nos citoyens et nos sociétés"Au sujet de la guerre en Ukraine, José Manuel Albares rappelle que "si la Russie gagne cette guerre d'agression, le monde et l'Europe seront moins sûrs demain". Alors que la Russie est accusée d’ingérence lors des récentes élections en Roumanie et en Géorgie, il apporte son soutien à ces deux pays. "Nous souhaitons que la Géorgie revienne sur le chemin européen. La Roumanie est un pays essentiel pour l'Union européenne", affirme-t-il. La Russie est également fréquemment accusée de pratiquer la désinformation sur le continent européen, ce qui représente "le plus gros danger pour nos démocraties" selon José Manuel Albares. "La désinformation est là pour diviser nos citoyens et nos sociétés", prévient-il.
Concernant la politique intérieure espagnole, et alors que le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez ne dispose pas d’une majorité absolue au Parlement, José Manuel Albares rappelle que "chaque fois qu’ils ont été appelés à voter, les Espagnols ont renouvelé leur confiance dans le gouvernement actuel". "Pourquoi ? Parce que les résultats sont là. Nous sommes le pays d'Europe où la croissance est la plus élevée. Nous créons le plus d'emplois et nous prouvons que nous pouvons arrêter l'extrême droite".
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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