Ici l'Europe

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By FRANCE 24
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Ici l'Europe episodes

  • Pierre Moscovici : "Il se peut que les États-Unis essaient de prospérer sur les divisions de l’UE"

    Cette semaine, nous recevons Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes et ancien commissaire européen. Il commente la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine et ses conséquences pour l'Union européenne. Il revient également sur le déficit record de la France et les efforts financiers à réaliser dans les prochaines années.

    À la suite de l'élection de Donald Trump, l'Union européenne (UE) s'inquiète des conséquences de cette victoire. "On a espéré conjurer cette victoire et je pense que c'est tout de même une nouvelle difficile pour le monde, pour la France, pour l'Europe", explique Pierre Moscovici. "Ce sera difficile, peut-être même très difficile", ajoute-t-il à propos du mandat à venir de Donald Trump.

    S'il est sceptique face aux actions à venir du futur président américain, il explique qu'"il ne faut jamais condamner un président par avance". "Lors de son élection, Donald Trump a été un peu plus apaisé dans ses propos. Il a manifesté la volonté d'unir les Américains", ajoute le Premier président de la Cour des comptes. 

    Pierre Moscovici rappelle les liens qui unissent les États-Unis et l'UE. "Ils sont nos alliés. Ce sont nos amis", dit-il. S'il estime que Joe Biden avait renoué des liens avec le Vieux continent, il rappelle l'attitude beaucoup plus isolationniste de Donald Trump. "Depuis quelque temps, l'Europe n'est plus la priorité des États-Unis", explique Pierre Moscovici. "Donald Trump est un businessman, donc il fait ce qu'il dit. Les risques sont multiples", estime l'ancien commissaire européen. "Espérons le mieux, mais le mieux, c'est une sorte de neutralité, d'amitié un peu contrariée", insiste-t-il.

    En ce qui concerne le conflit en Ukraine, que Donald Trump affirme pouvoir régler en 24 heures, Pierre Moscovici reste prudent. "Si c'est aux conditions de Vladimir Poutine, c'est difficile", explique-t-il. Il rappelle les conséquences désastreuses qu'aurait un arrêt du soutien américain à l'Ukraine et, ainsi, l'importance de renforcer une défense européenne. "Il faut montrer que nous sommes capables de nous défendre, non pas sans les Américains, car nous resterons dans l'Otan, mais éventuellement par nous-mêmes si la situation l'exige", explique Pierre Moscovici.

    Le défi climatique est aussi à l'ordre du jour. "Donald Trump est un climato-sceptique", dit-il. Il rappelle que lors de son premier mandat, le futur président américain avait retiré son pays des Accords de Paris, un traité international sur l'adaptation au changement climatique. "C'est un problème si les États-Unis décident que le climat n'est plus un défi mondial qui doit être assumé par tous", ajoute Pierre Moscovici.

    D'un point de vue économique, Pierre Moscovici rappelle que la politique de Donald Trump impliquera un protectionnisme plus appuyé du pays. Le républicain souhaite taxer l'Union de 10 % de droits de douane supplémentaires. "Cela peut générer de l'inflation et créer des difficultés pour nos entreprises", explique-t-il. "C'est pour cela que je parle de sursaut existentiel de l'Europe, parce que ça veut dire que dans cette situation-là, nous n'avons pas d'autre alternative que de nous construire, de regarder le monde", ajoute-t-il.

    Face à l'élection de Donald Trump, les Vingt-Sept sont divisés. L’ancien commissaire européen rappelle que des "illibéraux tels que le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, ou le Slovaque, Robert Fico, prospèrent en Europe", et que Donald Trump est leur "inspirateur". "Il se peut que les États-Unis aient l'intention de prospérer sur nos divisions", ajoute Pierre Moscovici. "Si nous sommes divisés, si nous ne sommes pas capables de bâtir une réaction ensemble, alors nous serons affaiblis", affirme-t-il. 

    Face à la menace de plusieurs puissances mondiales, il insiste sur le fait "d'avancer ensemble". "La Chine est une puissance hégémonique qui vise la première place dans le monde. La Russie est fauteur de guerre sur notre continent et les États-Unis opèrent un isolationnisme nationaliste", rappelle le Premier président de la Cour des comptes.

    En France, le déficit record, qui risque de dépasser les 6 % du PIB à la fin de l'année, alarme Pierre Moscovici. "Nous ne maîtrisons pas notre dette, elle est aujourd'hui la troisième de l'Union européenne en pourcentage du PIB, à plus de 110 %, et elle continue d'augmenter", explique-t-il. En ce qui concerne l'influence de la France dans l'UE, la situation économique du pays agit comme "un facteur d'affaiblissement objectif dans la mesure où nous avons connu une année noire en 2024", ajoute Pierre Moscovici. Sans parler d'austérité, il évoque "une phase d'effort qui va durer plusieurs années". "Il y a eu une phase expansionniste. Il faudra basculer dans un mode d'économie sur la dépense publique avec la réforme des services publics et une qualité de la dépense publique qui permet de réduire notre déficit", détaille-t-il.

     

    Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Luke Brown

    18 min
  • Ukraine, Moldavie, Géorgie candidates à l’UE : élargir le club pour contrer la Russie ?

    Quel avenir pour notre front est : non seulement l'Ukraine essuie depuis deux ans et demi une guerre sans merci de Vladimir Poutine, mais la Russie a multiplié les opérations de déstabilisation lors des dernières élections en Moldavie et en Géorgie, deux anciennes républiques soviétiques qui ont le statut de candidat à l’Union européenne. La Moldavie a choisi la voie européenne avec la présidente Maia Sandu, tandis que la Géorgie penche nettement plus vers Moscou à l’issue d’un scrutin législatif marqué par des “irrégularités” selon la Commission. 

    C’est dans ce contexte que s'est tenu le jeudi 7 novembre le cinquième sommet de la Communauté politique européenne (CPE) – assemblée de 49 chefs d’État et de gouvernement du continent européen (à l'exception de la Russie et de la Biélorussie) – organisé par la Hongrie, ce qui ne manque pas de piquant, puisque le remuant leader souverainiste hongrois Viktor Orban est réputé plus proche du Kremlin que ses homologues, ayant bloqué l’aide à l’Ukraine, entre autres provocations. Il a été l'un des premiers à féliciter Donald Trump pour son élection, alors que ce dernier a promis de régler la guerre en Ukraine en 24 heures. Une intégration de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie au club européen est-elle encore possible et à quelle échéance ?

     

    Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Luke Brown

    18 min
  • Jean-Claude Trichet : "En terme de déficit public, la France n’a plus de cartouches"

    Nous accueillons cette semaine Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne. Il revient sur le déficit record et l’endettement de la France, les fragilités du couple franco-allemand au sein de l’UE, ainsi que sur les conséquences de l'élection américaine pour l’Union.

    Avec un déficit record qui risque de dépasser les 6 % du PIB à la fin de l'année, la France est dans le viseur de l’Union européenne. "Elle est vraiment très endettée et elle est, de ce point de vue, le plus mauvais pays d'Europe", explique Jean-Claude Trichet. Si l’ancien président de la BCE se dit rassuré de voir le gouvernement français prendre le problème à bras-le-corps, il confirme qu’il faut "absolument redresser la barre". "Il me semble que les marchés font pour le moment confiance au nouveau gouvernement", explique l’économiste, qui pense que le pays évitera le pire si le déficit est ramené à 5 % l’année prochaine.

    Alors que la règle au sein de l’UE est de ne pas dépasser les 3 % d'endettement par rapport à son PIB, la France fait figure de mauvais élève. La gestion des finances au cours de ces dernières années est à présent questionnée. "Je pense que nous aurons un début d'explication avec la commission qui a été créée et qui devrait nous permettre de mieux comprendre ce qui s'est passé", explique Jean-Claude Trichet.

    Le pays doit aujourd'hui réaliser 60 milliards d'économie, ce qui implique un effort collectif de la part des Français. "Les Français parlent de rigueur, d'efforts considérables, alors que c'est un pays qui n'est pas rigoureux", estime l’économiste. "Les Français se plaignent en permanence d'une absence de dépenses publiques et en fait, ils dépensent plus que tous les autres", ajoute-t-il. "La France n’a plus de cartouches", constate Jean-Claude Trichet au sujet du déficit public.

    "Pour que l'Europe fasse des progrès, il faut qu'il y ait un bon accord franco-allemand"

    Président de la Banque centrale européenne au moment de la crise des subprimes, Jean-Claude Trichet félicite l’institution d’avoir "gagné contre la spéculation". Il prend l’exemple de la Grèce, qui "était dans une situation épouvantable". "Elle avait 15 % de déficit budgétaire et 15 % de déficit du commerce extérieur. Maintenant, elle est dans une situation qui est objectivement bonne", détaille-t-il.

    En Allemagne, l’économie est également en berne. Un vaste plan de licenciements est à l'étude chez le constructeur automobile Volkswagen et la récession menace le pays tout entier. "L’Allemagne est particulièrement touchée sur le plan de la croissance, mais c’est en même temps un pays sain qui inspire confiance et donc je ne crois pas qu'il faille dramatiser le problème allemand", estime l’ancien président de la Banque centrale européenne.

    Face aux difficultés économiques de la France et de l’Allemagne, le couple franco-allemand, souvent considéré comme le moteur de l’UE, est mis à mal. "Il y a une chose qui est sûre : la condition nécessaire pour que l'Europe fasse des progrès, c'est qu'il y ait un bon accord franco-allemand sur les progrès à faire", explique Jean-Claude Trichet. Il ne s’agit pas de la seule condition car, selon lui, "il faut convaincre les autres pays d'aller dans cette direction".

    "Quel que soit le nouveau président américain, nous aurons à défendre nos intérêts avec acharnement"

    À quelques jours de l’élection présidentielle américaine, Jean-Claude Trichet estime que "quel que soit le nouveau président des États-Unis, les problèmes entre l'Europe et les États-Unis demeureront". "Les États-Unis sont très orientés sur leurs propres intérêts. Ils ont la capacité d'imposer beaucoup de choses au reste du monde pour des tas de raisons, et notamment à cause du fait qu'ils ont une fédération politique achevée", poursuit-il.

    L’économiste explique que la force la force des États-Unis reposent sur l'existence d’un marché, d’une monnaie, d’une armée et d’une diplomatie unifiée. "Quel que soit le nouveau président, nous aurons à défendre nos intérêts avec acharnement", dit-il. "L’UE a besoin de faire encore beaucoup de progrès dans la voie de la fédération politique", conclut Jean-Claude Trichet.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Luke Brown.

    18 min
  • La Commission von der Leyen sur le grill : 26 commissaires auditionnés par les eurodéputés

    Nous discutons cette semaine d'un grand oral très attendu : celui des 26 commissaires européens désignés par les États-membres et dont Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, a défini les portefeuilles.

    Chacun d’entre eux va être auditionné par les commissions parlementaires concernées et devra démontrer ses compétences. Traditionnellement, certains commissaires candidats sont retoqués pour leur manque d’expérience ou pour des conflits d’intérêt. Au final, l’ensemble de ce collège de commissaires devra obtenir une majorité de voix lors d’un vote dans l’hémicycle.

    Certains profils posent déjà question. L’Italien Rafaelle Fitto, proche de Giorgia Meloni, a obtenu une vice-présidence exécutive – la première de l’histoire attribuée à un parti de droite radicale. Le Hongrois Olivier Varhelyi, envoyé par Viktor Orban, est soupçonné de défendre avant tout les intérêts de son Premier ministre et de manquer de loyauté vis-à-vis du projet européen. De l’autre côté de l’échiquier politique, la socialiste espagnole Teresa Ribera, première vice-présidente chargée de la transition écologique, est critiquée par les Français pour ses positions anti-nucléaire. Des Français qui ont quant à eux dû renoncer à leur commissaire expérimenté pour présenter Stéphane Séjourné, novice dans ce collège de commissaires.

    Pour en parler, nous accueillons trois députés européens, Ana Catarina Mendes, vice-présidente du groupe S&D, l'Italien Paolo Borchia, du groupe Patriotes pour L'Europe, et Fabienne Keller, eurodéputée française du groupe Renaissance.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Elitsa Gadeva.

    17 min
  • Donald Trump-Kamala Harris, un choix existentiel pour l’Europe : le lien transatlantique en jeu

    Les élections américaines auront un impact déterminant sur l’Union européenne. Kamala Harris ou Donald Trump, c’est un choix existentiel pour les Américains mais aussi les Européens : on sait que Donald Trump a une approche isolationniste des relations internationales et se targue de résoudre la guerre en Ukraine en 24 heures, mais ce sera au détriment des Ukrainiens, se récrie Kamala Harris.

    Tous les chef d’États des pays membres de l'Union européenne – à quelques exceptions près – et les deux-tiers du Parlement voteraient Kamala Harris. Mais les Européens doivent-ils se préparer à des changements dans la politique de défense et l’investissement américain dans l’Otan ? La relation transatlantique de confiance sera-t-elle resserrée, ou au contraire, distendue ? Une guerre commerciale est-elle possible et une victoire de Donald Trump favorisera-t-elle une montée de la droite plus radicale en Europe ?

    Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Oihana Almandoz

    17 min
  • Josep Borrell : "Israël a une occasion de finir la guerre et faire libérer les otages"

    Nous recevons cette semaine Josep Borrell, Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Sécurité, dont le mandat prendra fin dans les semaines à venir. Il revient sur le rôle de la diplomatie européenne dans la résolution des conflits au Proche-Orient et en Ukraine. C’est également l’occasion pour Josep Borrell de faire le bilan de son mandat et d'envisager les priorités futures de l’UE.

    Au lendemain de la mort du chef du Hamas, Yahya Sinouar, Josep Borrell appelle à la paix dans la région. "C'est l’occasion de finir la guerre et de faire libérer les otages", explique-t-il. "C'est le moment de dire 'assez' et de regarder vers le futur", ajoute le chef de la diplomatie européenne. Il reconnait que "parmi les Vingt-Sept, il y a des positions très différentes vis-à-vis de ce conflit", notamment face à la reconnaissance d’un État palestinien ou du droit à la défense de la part d’Israël. "Quelles sont les limites du droit à la défense ? Le droit humanitaire", répond Josep Borrell. "Le droit à la défense, comme tous les droits, a des limites. Quand on voit ce qu'on voit dans la destruction de Gaza, la question est pertinente", ajoute-t-il.

    Cette semaine, l'Union européenne invitait à Bruxelles les États du Golfe à l’occasion d’un premier sommet. Josep Borrell rappelle sa volonté de travailler main dans la main avec les pays arabes, notamment afin de soutenir un processus de paix au Proche-Orient. "La volonté de travailler ensemble est là", explique-t-il, pour travailler à la mise en place d'un État palestinien.

    Sur le chapitre de l'Ukraine, le président Volodymyr Zelensky a également présenté cette semaine son "plan de victoire" face à la Russie. Un plan que le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères juge "tout à fait logique, car le but final de l'Ukraine est l'adhésion à l'UE et à l'Otan". S’il reconnaît des divergences parmi les Vingt-Sept vis-à-vis du soutien à apporter aux Ukrainiens, Josep Borrell explique que l’Ukraine "ne pourra pas avoir la victoire sans l'aide occidentale des États-Unis et de l'Europe". Sur ce sujet, il reconnaît un blocage de certains pays, et notamment du Premier ministre hongrois, Viktor Orban : "J'ai encore la tâche de trouver des solutions pour que la Hongrie ne bloque pas l'aide militaire à l'Ukraine. Je pense que nous allons y arriver au prochain Conseil de l’UE."

    L’immigration est également au cœur des débats. Alors que la position de l’Union européenne se durcit et que la question de la sous-traitance des demandes d’asile à des pays tiers est à présent sur la table, celui qui se définit comme "un homme de gauche" dit ne pas partager cette approche. "Certes, il faut protéger nos frontières" et faire en sorte "que les migrants arrivent d'une façon ordonnée". Il prône cependant "une approche plus équilibrée", comme celle du Premier ministre Pedro Sanchez en Espagne. "La dynamique de la peur ne peut pas dicter la politique migratoire. Il faut savoir que dans beaucoup des pays européens, sans un certain nombre de migrants, de jeunes et de leur capacité de travail, nos sociétés ne marcheraient pas", explique-t-il. Le chef de la diplomatie appelle également à renforcer la coopération avec l’Afrique sur d’autres sujets que la migration. "L’Afrique, c’est beaucoup plus que ça", dit-il. "Il ne faut pas oublier sa dynamique économique et sa capacité à produire tout ce qu'il nous faut, à commencer par des matériaux critiques".

    Puis, à quelques semaines de l’élection présidentielle américaine, le chef de la diplomatie européenne juge la position de Kamala Harris "beaucoup plus réaliste" notamment au sujet de la résolution du conflit en Ukraine : "Qui peut imaginer que nous pouvons arrêter une guerre en une semaine ?", fustige Josep Borrell à la suite des propos de Donald Trump qui affirme qu’il réglerait le conflit en un jour s’il était élu.

    Alors que son mandat touche à sa fin, Josep Borrell regrette le repli sur soi de certains pays européens. "Les Européens, chacun de leur côté, sont trop petits. Il faut absolument que nous ayons une politique beaucoup plus intégrée et je trouve que les réflexes nationaux sont encore beaucoup trop forts", conclut-il.

     

    Émission préparée par Luke Brown, Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Isabelle Romero

    18 min
  • Les Européens taxent les voitures électriques chinoises : vers une guerre de l’auto avec la Chine ?

    Le Parlement européen espère que nous pourrons tous bientôt carburer à l'électricité, sans l’aide trop appuyée de la Chine. L'augmentation de la production de la voiture électrique est en effet un enjeu majeur pour l’Europe dans sa lutte contre le changement climatique. Mais elle ne doit pas se faire au détriment de son indépendance. Or, les constructeurs européens ont pris du retard face aux Chinois qui bénéficient de subventions à hauteur de 21 % de leur chiffre d’affaires, ce qui leur permet de proposer des modèles moins chers. Et cela soulève les inquiétudes de l'industrie automobile européenne : la part de marché des véhicules fabriqués en Chine est passée de 12 % à près de 25 % en quatre ans, et pourrait continuer de grimper en flèche.

    En réaction, la Commission européenne a annoncé que les importations de véhicules électriques chinois se verraient dorénavant imposer entre 27 % et 48 % de droits de douane, contre 10 % aujourd’hui. Cela reste néanmoins beaucoup moins que les États-Unis qui ont fait grimpé à 100 % les droits de douane. Mais c'est une décision que n’ont pas réussi à bloquer les plus craintifs, à savoir l'Allemagne, la Slovaquie, la Slovénie, Malte, et la Hongrie, qui redoutent des représailles chinoises avec des taxations intempestives sur les secteurs automobiles et agroalimentaires européens.

     

    Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Luke Brown

    18 min
  • Un an de conflit depuis le 7-Octobre : la diplomatie européenne impuissante

    Nous évoquons cette semaine un triste anniversaire, celui du 7 octobre 2023, marqué par l’attaque terroriste menée par le Hamas en Israël. Depuis ces massacres d’une ampleur inédite, la réplique de l’Etat hébreu, à Gaza, puis plus récemment au Liban, alarme la communauté internationale, qui paraît impuissante. L’entrée dans le jeu de l’Iran, qui a tiré des missiles supersoniques sur Israël pour la première fois, fait craindre un embrasement régional. Dans ce conflit, l’Europe a particulièrement du mal à faire entendre sa voix, elle qui appelle en vain à un cessez-le-feu depuis des mois.

    Sur le papier, l’Union européenne a des cartes à jouer. Elle est ainsi le premier partenaire commercial de la région, liée par un accord d’association avec Israël depuis plus de 20 ans. Par ailleurs, Bruxelles a versé 1,2 milliard d’euros aux Palestiniens entre 2021 et 2024 : des sommes qui permettent à l’Autorité palestinienne, de payer ses fonctionnaires et de financer des secteurs-clés. Mais les Européens sont très partagés sur le fond du dossier et les leviers d’influence à actionner.

    Douze Etats-membres pays parmi les Vingt-Sept reconnaissent l'Etat de Palestine : six Etats d’Europe centrale, issus de l’ère communiste, ainsi que Malte, Chypre, la Suède et, depuis cet été, l'Espagne, l'Irlande et la Slovénie. Cette reconnaissance récente est présentée à tous les autres comme un moyen de pression sur Israël pour avancer plus vite vers la solution de paix à deux Etats. Mais Tel-Aviv compte aussi de fervents soutiens, comme la Hongrie et la République tchèque, ainsi que, dans une certaine mesure, l'Autriche et l’Allemagne, encore traumatisées par le poids de l’histoire.

    Emission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Luke Brown

    À voir, Reporters7-Octobre : la faillite du renseignement israélien

    18 min
  • Pierre Vimont : "Viktor Orban est déloyal et fait du chantage"

    Nous accueillons cette semaine Pierre Vimont, chercheur associé à la fondation Carnegie Europe et ancien secrétaire général du Service européen pour l'action extérieure. Il revient sur le grand oral du Premier ministre hongrois Viktor Orban devant le Parlement européen, qui a mis à jour les divisions sur  l‘Ukraine, ainsi que sur les défis à venir de la nouvelle mandature.

    Pour Pierre Vimont, la position controversée du Premier ministre hongrois Viktor Orban sur l’Ukraine, tient pour une part de la "provocation". Mais il estime aussi que Viktor Orban dit haut et fort ce que beaucoup de dirigeants européens pensent tout bas. "Depuis longtemps, il appelle ses partenaires européens à avoir entre eux une vraie discussion sur l'Ukraine et sur l'objectif final que nous souhaitons atteindre", explique Pierre Vimont. "Actuellement, sur le terrain, c'est devenu beaucoup plus difficile. La vérité, c'est que nous sommes un peu dans une impasse", admet-il. Le chercheur appelle à une "très grande fermeté quand Orban ignore les règles européennes, fait du chantage et bloque pratiquement toutes les décisions d'aide à l'Ukraine".

    En matière d’immigration, celui qui a été en charge d’un grand sommet UE-Afrique se désole des tragédies et noyades en mer qui touchent les migrants. Il conseille de signer de grands accords avec les pays de transit, mais aussi et surtout coopérer avec l’Afrique globalement, sur des questions autres que la migration. "Il faut s'attaquer à la source des problèmes et aller vers les pays d'origine en Afrique, dans le Sahel et dans d'autres pays encore, pour voir avec eux comment nous pourrions les aider à régler leurs problèmes de fond." Il loue la politique migratoire de l’Espagne qui, selon lui, "essaie de manière très concrète de faire avancer les choses".

    L'Europe a disparu de la scène du Moyen-Orient depuis 10 ans

    L’ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis évoque les conséquences d’une possible victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. Selon les proches du candidat républicain, "il faudrait plus ou moins accepter la situation actuelle et donc reconnaître que la Russie occupe une partie du territoire ukrainien (…) et qu'il ne faut pas accepter que l'Ukraine entre dans l'OTAN", s’inquiète-t-il. "Nous voyons bien que ce sont des positions qui ne sont pas du tout celles des pays européens !"

    Face à l’embrasement du conflit au Proche-Orient, il reconnait "l’impuissance" de l’Europe : "Elle a disparu de la scène du Moyen-Orient depuis 10 ans", dit-il. Alors qu’elle fait les bonnes analyses et pèse économiquement, "ce qui lui manque, c'est le passage à l'action", détaille l’ancien ambassadeur.

    Enfin, au sujet du déficit et de l’endettement de la France, Pierre Vimont ne croit pas en une cure d’austérité comparable à celle de la Grèce, mais appelle le pays à "revenir dans les clous de Maastricht". "Nous n'avons pas été capables de le faire depuis des dizaines d'années, alors que chaque fois que l'un de nos partenaires européens se retrouvait dans cette difficulté, nous lui demandions immédiatement de faire le nécessaire. Donc il est temps pour la France de revenir à un peu de rigueur", ajoute-t-il.

    Le chercheur connaît bien Michel Barnier pour avoir été son directeur de Cabinet au Quai d’Orsay, et il reconnaît la situation affaiblie du pays : "Quand vous êtes dans une situation de difficultés financières et plus généralement de difficultés économiques, les autres pays membres ne vous regardent plus tout à fait de la même manière. Un gouvernement sans majorité ne passe pas non plus inaperçu à Bruxelles !..." Selon lui, la France est supplantée par d’autres pays, plus à l’Est et au Nord, qui font preuve de moins d’initiatives et d’idées : "l'affaiblissement de la France n'est pas forcément une bonne chose pour l'Europe", conclut-il.

    Emission préparée par Perrine Desplats, Luke Brown, Isabelle Romero et Oihana Almandoz

    18 min
  • Charles Michel : "Je suis favorable au financement de murs aux frontières extérieures de l'UE"

    Nous recevons cette semaine Charles Michel, Premier ministre belge de 2014 à 2019 et actuel président du Conseil européen, dont le mandat se terminera fin novembre. Il s’inquiète du sort de l’Europe dans un monde impitoyable : "Ces dernières années, on voit bien qu'il y a un cocktail d'incidents, de crises et de guerre, ce qui est extrêmement dangereux. Je lance au nom de l'Union européenne un appel à se ressaisir."

    Face à l'embrasement du Proche-Orient depuis un an, Charles Michel estime "qu'il faut faire plus". Appelant l’Europe à ne pas sous-estimer les leviers diplomatiques dont elle dispose, il assène : "L'obsession maintenant doit être de stopper cette escalade. Il y a évidemment une très forte condamnation de la part de l'Union européenne de ces attaques terroristes immondes qui ont été perpétrées par le Hamas contre le peuple d'Israël. Et dans le même temps, Israël a le droit de se défendre et doit le faire dans le respect du droit international."

    Charles Michel croit aussi que l’expérience européenne et la construction du projet européen dans l’après-guerre peuvent servir d’exemple : "Dans le passé, les leaders politiques ont montré qu'on pouvait changer le cours de l'histoire et faire face à des obstacles, à des défis. Le projet européen est un très bel exemple pour montrer la capacité à prendre des décisions qui amènent à la stabilité, à la sécurité. Nous voyons bien qu'il y a un moment dangereux pour le monde et lors de ce moment dangereux, c'est le moment de la lucidité."

    En Ukraine, avant un hiver redouté, la présidente de la Commission a annoncé que 35 milliards d'euros d'aide seront garantis par les bénéfices exceptionnels provenant des avoirs russes gelés : "Le message est très simple", explique-t-il. "L’Union européenne tient et tiendra ses engagements. Et d'ailleurs, il pourrait y avoir une voix discordante, celle peut-être du Premier Ministre hongrois Viktor Orban. Cela n'empêchera pas de prendre la décision puisque nous pourrons, sur un sujet pareil, agir à la majorité qualifiée [...]. Orban a eu beau rencontrer Vladimir Poutine, 26 États membres sur les 27 se sont soudés pour réaffirmer avec encore plus de force et plus de détermination le soutien à l'Ukraine."

    Sortir de l'impasse économique

    Le rapport de Mario Draghi demande aux dirigeants de l'Union européenne de mobiliser des fonds supplémentaires – à hauteur de 800 milliards d'euros par an – pour financer des investissements essentiels, mais les pays "frugaux" ne veulent pas de nouvelle dette en commun : "L’Union européenne est une démocratie", juge Charles Michel. "Nous devons être fiers de cela. Et qui dit démocratie dit, effectivement, des sentiments et des opinions qui ne sont pas spontanément convergentes. Nous l'avons démontré malgré des positions au départ divergentes, on a réussi à être dans l'unité à force de dialogue et à force de négociation, à force de discussion." Une piste de réflexion ? "Il y a de l'épargne en Europe qui va trop, selon moi, financer d'autres économies, notamment les États-Unis, et c'est un peu absurde !"

    D’ailleurs, selon lui, c’est sous l’actuelle présidence hongroise du Conseil de l’Union Européenne que l’UE a dessiné la feuille de route pour sortir de l’impasse économique, car "nous avons pris connaissance de deux rapports importants [le rapport d'Enrico Letta et le rapport de Mario Draghi, NDLR]. Ces rapports ont le mérite de bien cadrer et de bien préciser le chemin à suivre pour renforcer de manière massive la compétitivité européenne et le développement économique en Europe."

    Mener une "bataille pour le récit"

    Sur l’immigration, le président du Conseil européen se prononce en faveur du financement des clôtures aux frontières de la Grèce et de la Pologne : "J'ai pris position, il y a plusieurs années déjà, en faveur du soutien de l'Union européenne pour sécuriser les frontières extérieures de l'Union européenne. J’y suis favorable dès lors que c'est compatible avec le fait qu'il y a des points de passage sécurisés pour permettre une immigration régulière contrôlée. Je n'accepte pas que ce soient les passeurs, les trafiquants, les criminels qui décident qui a le droit de rentrer sur le sol européen". Pour Charles Michel, ces restrictions aux frontières ne sont pas les seules solutions, et l’UE s’est dotée des outils politiques et diplomatique pour lutter contre l’immigration irrégulière : "Nous avons conclu un accord pour plus de solidarité entre les États membres : le Pacte pour la migration et l'asile, qui entrera en vigueur. Nous avons bien progressé dans l'engagement avec des États tiers, avec des pays d'origine, des pays de transit, pour développer des coopérations larges, pour tenter de s'attaquer aux causes profondes de la migration irrégulière."

    Charles Michel ajoute que la question migratoire a aussi eu un effet politique en Europe. "Sur le plan de la migration, le débat est évidemment difficile, avec beaucoup d'émotion et parfois la tentation d'instrumentalisation par des groupes populistes", reconnaît-il. Contre cette poussée des extrêmes "droite et gauche", précise-t-il, "il faut avoir nos valeurs européennes chevillées au corps et ne pas être honteux, ne pas être gênés. Dans le narratif, dans la bataille pour le récit, nous devons être plus offensif et ne pas rester sur le terrain défensif !" En effet, pour Charles Michel "les partis raisonnables, sérieux, les partis pro-européens ont une double responsabilité de démontrer que nous sommes effectifs, démontrer que nous pouvons apporter des solutions pour rencontrer les préoccupations en termes de développement économique, en termes de pouvoir d'achat, mais également les préoccupations sur le plan identitaire, en termes de protection de nos frontières, en termes de sécurité, et c'est une bataille toujours inachevée."

    Un "décalage entre les capacités de l'Union européenne et son influence"

    Pour Charles Michel, les inquiétudes économiques des citoyens européens doivent être au cœur des objectifs de la nouvelle Commission européenne, dirigée par Ursula von der Leyen, pour les cinq prochaines années : "Il y a trois priorités absolues. La première, c'est bâtir une défense européenne, c'est-à-dire renforcer des capacités, y compris dans le domaine industriel. Et nous voyons que le deuxième mandat d’Ursula von der Leyen a de l'ambition sur ce sujet. Deuxième point, c'est la prospérité. Et enfin, nous avons besoin d'une Europe qui interagit plus avec le reste du monde. Veut-on le retour de la guerre froide ? Non, ce n'est pas ce que nous voulons. L'Union européenne doit interagir avec l'Afrique, l'Asie, et l'Amérique latine, pour favoriser plus de stabilité et plus de prévisibilité."

    L’année 2024 marque aussi un tournant pour Charles Michel lui-même. Après cinq ans au poste de président du Conseil européen, il passe la main au Portugais Antonio Costa : "La principale réussite, c'est l'unité. Le Conseil européen est devenu, par rapport à il y a dix ans, une enceinte fondamentale. Nous nous réunissons beaucoup et traitons des sujets les plus difficiles, les plus stratégiques [...]. On a vu que durant les cinq dernières années, sur tous les sujets, nous avons à chaque fois réussi et en général relativement rapidement, à faire preuve d'unité."

    Cependant, il reconnait tout de même des actions manquées : "Il y a un regret sur le plan du Proche-Orient, parce que je vois que malgré nos efforts importants, il y a un décalage entre les capacités de l'Union européenne et son influence. Nous sous-estimons nos capacités à influencer positivement la situation dans cette région. Et trop souvent, il y a peut-être la tentation facile de considérer que d'autres en portent la responsabilité comme les États-Unis ou les pays de la région."

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Luke Brown

    18 min

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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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