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Or


Ursula von der Leyen fera un second mandat la tête de la Commission européenne. Les eurodéputés ont réélu l’Allemande pour cinq ans. Avec 401 voix en sa faveur sur 720, elle s’est appuyée sur la majorité du Parlement européen, constituée de son groupe du Parti populaire européen (PPE) au centre-droit, des Sociaux et démocrates, et des centristes de Renew. Mais elle a perdu des voix dans son propre camp et a eu besoin des voix des écologistes pour être réélue.
Pour convaincre les différents groupes, elle a présenté la politique qu’elle comptait mener durant ces cinq prochaines années : première préoccupation de la droite européenne, elle a affiché une volonté de renforcer la compétitivité de nos entreprises, et pour obtenir les suffrages des Verts, elle a annoncé un "Pacte pour une industrie propre".
L’Allemande s’est montrée ferme sur le développement de la défense européenne et le soutien à l’Ukraine et a critiqué la soi-disant mission de paix lancée par le Premier ministre hongrois pro-russe, Viktor Orban, qui est récemment allé à Moscou discuter avec Vladimir Poutine, sans prévenir ses partenaires européens. Beaucoup d’enjeux pour cette commission von der Leyen 2 !
Émission préparée par Sophie Samaille, Perrine Desplats, Isabelle Romero et Elitsa Gadeva
Alors que les élections législatives françaises n’ont pas porté le Rassemblement national au pouvoir, elles n’ont pas non plus été remportées par le parti présidentiel, Renaissance. Un nouveau revers pour le parti d’Emmanuel Macron après les mauvais résultats électoraux des élections européennes, où le groupe Renew Europe est tombé de 103 à 77 élus. Il devient la cinquième force politique du Parlement européen, derrière un nouveau groupe d’extrême droite "les Patriotes pour l’Europe". La présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, Valérie Hayer, revient sur ces élections et l’avenir de son groupe au sein de l'hémicycle.
"L'enjeu principal de ces élections et du résultat des élections législatives du 7 juillet était de faire barrage à l'extrême droite", rappelle l'eurodéputée française du groupe Renew Europe. "Je vois les dégâts causés par l'extrême droite partout en Europe : en Hongrie, avec Viktor Orban ou dans d'autres pays en Pologne avec le PiS, donc on avait un enjeu majeur pour notre pays, pour notre République, pour notre engagement européen, à s'assurer que l'extrême droite n'accède pas au pouvoir."
Mais alors qu’aucun bloc n’a remporté la majorité à l’Assemblée nationale, Valérie Hayer reste prudente : "Tout reste à faire", estime-t-elle. "J'appelle toutes les forces républicaines, démocratiques, pro-européennes à se mettre autour de la table et à travailler sur un programme commun, par-delà leurs divisions, par-delà leurs divergences, par-delà leurs différences, dans l'intérêt du pays. C'est absolument nécessaire" : elle appelle à des coalitions dans l’Hexagone, en rappelant que c’est de cette manière que les groupes travaillent quotidiennement au sein du Parlement européen.
Pour la présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, il en va de l’impact de la France sur la scène européenne : "l'influence de la France se joue à trois niveaux. D'abord le Parlement européen, et c'était important pour nous de préserver la présidence du groupe Renew. Parce que nous sommes le groupe centriste, central. Aucune majorité ne peut se faire sans nous. Donc on a une influence française qui est importante dans ce groupe en particulier, il y a l'engagement du président de la République. Et Emmanuel Macron est vu, indépendamment de la situation politique française, partout en Europe par les pro-européens comme le leader européen, le seul à avoir une vision du projet européen. [...] Mes collègues européens sont inquiets de la situation politique française, mais ils attendent encore beaucoup d'Emmanuel Macron, de la voix qu'il porte et de son leadership", estime-t-elle.
Celle qui n’a réussi à mobiliser que 14 % des Français lors des élections européennes du 9 juin le reconnaît : "Évidemment que j'aurais aimé que le score soit meilleur. Évidemment que j'aurais aimé que l'écart avec l'extrême droite soit bien inférieur et que j'aurais même aimé qu'on soit devant. Évidemment, la réalité politique, c'est celle-ci, il faut en tirer les enseignements, tant au niveau européen qu'au niveau national. Ça a été une immense responsabilité, une immense fierté, un immense honneur pour moi que de mener cette liste."
Quelques jours après la création du groupe "Patriotes pour l’Europe", composé de 84 eurodéputés d’extrême droite et mené par le président du Rassemblement national en France, Jordan Bardella, Valérie Hayer reste ferme : "Ils ne seront jamais en capacité de former une majorité au Parlement européen. Ils n'ont même pas une minorité de blocage. Donc en termes d'influence concrète sur les politiques publiques qu'on va mener, ça ne change absolument rien. Par ailleurs, Jordan Bardella s'est fait élire président de son groupe sans même avoir mis les pieds au Parlement européen. [...] Et ce groupe, quand on regarde ses alliés pendant toute la campagne des européennes et même pendant la campagne des législatives [...] il s'allie avec les pires eurosceptiques, avec des pro-Poutine assumés, avec Viktor Orban qui, alors même qu'il assure la présidence tournante de l'Union européenne depuis quelques jours, va faire une tournée et va voir Vladimir Poutine pour une soi-disant mission de paix alors qu'on sait ses accointances avec Vladimir Poutine et son absence de soutien à l'Ukraine", fulmine la présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen.
Valérie Hayer poursuit avec véhémence à propos de Viktor Orban, alors que la Hongrie a pris la présidence tournante du Conseil de l’UE pour six mois le 1er juillet dernier : "On savait que cette présidence allait être particulière au Parlement européen. On avait déjà alerté. J'avais alerté mon groupe en disant qu'on ne peut pas laisser Viktor Orban présider parce qu’il piétine l'État de droit. [...] À peine cinq jours après le début de sa présidence, il est déjà aux responsabilités et il se permet, au nom de l'Europe d'aller voir Vladimir Poutine, Donald Trump, Xi Jinping. Il porte des messages opposés à la position formelle de l'Union européenne. C'est scandaleux." Serait-il possible de boycotter des réunions informelles de l'UE prévues en Hongrie ? "Oui, on peut envisager ça", acquiesce-t-elle, "mais moi, je pense d'abord qu'il faut une décision politique des États en disant à Viktor Orban 'vous ne pouvez pas assumer la présidence de l'Union européenne' et on met quelqu'un d'autre à la place", tranche-t-elle.
À quelques jours de la session constitutive à Strasbourg durant laquelle les 720 nouveaux députés européens seront amenés à voter la confiance sur la présidence d’Ursula von der Leyen à la Commission européenne, la députée européenne Renew Europe détaille ses exigences : "On a des demandes qui sont fortes. [...] D'abord aucun lien de près ou de loin avec l'extrême droite, quelle qu'elle soit : il y a le groupe de Giorgia Meloni, dans lequel siègent une partie des élus Reconquête! mais aussi les Polonais du PiS, qui ont saccagé l'État de droit à l'époque où ils étaient en responsabilité en Pologne. On exige d'Ursula von der Leyen qu'elle ne fasse aucun deal, aucune alliance politique avec eux, donc qu'on soit vraiment sur une coalition, une plateforme de soutien qui soit celle des pro-européens pour continuer de prolonger le projet." Ce projet, Valérie Hayer le précise et l’affirme, il s'agit "d'avancer sur la protection de l'État de droit, sur les enjeux de compétitivité, de réindustrialisation, de défense et de soutien à l'Ukraine. Donc, on a demandé à Ursula von der Leyen des engagements forts. Parmi les demandes qu'on lui a faites : ne pas détricoter le Pacte vert et prolonger pour accompagner socialement le Pacte vert. [...] Mais on a aussi une responsabilité collective à ce qu'on n'ait pas de chaos institutionnel dans les prochains jours. Et pour ça, il faut qu'elle prenne des engagements très fermes à la fois sur l'absence de deal avec l'extrême droite et aussi sur les priorités politiques", conclut-elle.
Émission préparée par Sophie Samaille, Perrine Desplats, Isabelle Romero et Elitsa Gadeva
Les élections législatives en France ont révélé un paysage politique coupé en trois blocs : la gauche du Nouveau Front populaire, le bloc central autour d’Emmanuel Macron et l’extrême droite du Rassemblement national de Jordan Bardella. La gauche est arrivée en tête, mais sans majorité pour gouverner. Quelles sont les conséquences de ces résultats en France sur le fonctionnement de l’Union européenne ? La paralysie française va-t-elle freiner les projets européens ? Et qu'en sera-t-il du nouveau groupe à l’extrême droite du Parlement européen, Les Patriotes pour l'Europe, créé par le Premier ministre hongrois Viktor Orban, rassemblant plusieurs partis proches de Vladimir Poutine et qu'a rejoint le Rassemblement national ?
Émission préparée par Isabelle Romero, Sophie Samaille et Perrine Desplats.
"Ici l’Europe" se tourne vers l’extérieur cette semaine avec Philippe Etienne, président de la Mission de célébration des 80 ans de la Libération, mais surtout, ancien ambassadeur de France en Allemagne ou plus récemment aux États-Unis, et qui fut également conseiller diplomatique de nombreux gouvernements français. Que pense-t-il de la campagne américaine et de ce duel Trump-Biden ? Doit-on craindre pour l’Europe à l’heure où la Hongrie du populiste Viktor Orban prend la présidence tournante du Conseil de l’UE ? Quel impact l’élection du Travailliste Keir Starmer au Royaume-Uni aura sur les relations de l’Union européenne avec son voisin d’outre-Manche ?
Certains pensent que le président américain Joe Biden n’a plus les capacités de rempiler pour un deuxième mandat et devrait céder sa place. "Le débat télévisé a été totalement manqué", nous dit Philippe Etienne, "il y a actuellement de grosses interrogations au sein du camp démocrate et les interventions du président Biden ces jours-ci vont être très importantes". Mais pour l’Ambassadeur de France, l’avenir outre-Atlantique est incertain : "Joe Biden a dit qu'il se maintenait, mais on ne peut pas exclure que la pression pour désigner un autre candidat se fasse encore plus forte. Mais il ne s’agit pas seulement de changer de candidat, il faut aussi savoir quel autre candidat et selon quelle procédure. Ce n'est pas si simple."
Philippe Etienne ne croit pas à une victoire inéluctable de Donald Trump : "les États-Unis sont une très grande démocratie et même si le système électoral américain peut sembler étrange à certains, cette démocratie américaine fonctionne, et le résultat du scrutin de novembre ne sera pas faussé, mais peut-être de nouveau contesté".
L’Union européenne émet des inquiétudes dans le cas d’une victoire de Donald Trump et l’ancien Ambassadeur en convient : "si l'on se fie au précédent mandat de Donald Trump, il avait une attitude beaucoup plus critique vis-à-vis de l'Union européenne que les démocrates et Joe Biden depuis qu'il est président. Mais quel que soit le résultat de cette élection, les Européens doivent faire face à leurs propres sujets. Nous avons, nous, Européens, nos propres contraintes, nos propres défis. La défense en est un et il faut que nous développions cette défense européenne". Pour stopper la guerre en Ukraine, Donald Trump a parlé d’instaurer la négociation entre Moscou et Kiev : "Il n'a pas dit qu'il interromprait immédiatement le soutien à l'Ukraine mais, implicitement, le soutien à l'Ukraine serait en quelque sorte lié à cet effort de négociation. Les Américains ont tort de considérer que la guerre en Ukraine est un problème européen, parce que l'agression par un membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU sur un pays voisin est une menace à l'ordre international en général", affirme-t-il.
Inquiétude au sein de l’Union européenne, depuis que la Hongrie du pro-russe Viktor Orban a pris la présidence tournante du Conseil de l’UE pour six mois après que celui-ci s’est rendu à Moscou pour discuter avec Vladimir Poutine. Mais Philippe Etienne se veut rassurant : "La Hongrie a clairement cherché à s'opposer ou à ralentir des décisions européennes sur le soutien à l'Ukraine mais n'a jamais réussi. Et depuis 2012 et le traité de Lisbonne, le pays qui tient la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne ne préside aucune autre institution, ce qui limite son rôle dans le domaine de la politique étrangère". Viktor Orban s’est aussi rendu à Kiev, pour la première fois depuis douze ans, pour "jouer un rôle d'honnête courtier comme certains de ses conseillers ou ministres l'ont dit", nous précise Philippe Etienne, "il veut montrer qu'il est un facteur de paix. Mais les autorités hongroises actuelles disent que ça ne change pas pour autant la position de la Hongrie sur le fond, et le gouvernement hongrois cherchera clairement à jouer de cette présidence pour favoriser telle ou telle de ses positions".
Le Premier ministre hongrois profite par ailleurs des récentes élections européennes pour tenter de créer une alliance politique de droite radicale au Parlement européen, cherchant à rallier à lui certains partis. C’est un objectif établi de Viktor Orban, selon Philippe Etienne : "Le résultat des élections au Parlement européen l'aide parce qu'il manifeste une poussée des forces eurosceptiques à droite nettement plus en ligne avec lui dans plusieurs pays", avec par exemple le FPÖ autrichien ou le parti ANO du Premier ministre tchèque Andrej Babis, alors que d’autres ont d’ores et déjà refusé cette alliance, comme le parti Droit et Justice en Pologne.
Ce jeudi 4 juillet, les Britanniques étaient appelés aux urnes pour un scrutin qui s’est révélé historique mais dont le résultat "n’a étonné personne" : après 14 ans de gouvernement conservateur, les travaillistes l’ont emporté à la Chambre des Communes avec une très large majorité de 410 sièges sur 650. Keir Starmer succède donc à Rishi Sunak au 10 Downing Street, et ce sera "extrêmement intéressant à suivre", nous dit Philippe Etienne, qui est optimiste sur l’avenir des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne qui vont être "beaucoup plus paisibles", même si revenir sur le Brexit ou réintégrer le Marché unique semble être totalement exclu. "Il y a un domaine où elles peuvent gagner de la substance sans revenir sur les grandes décisions économiques, c'est les questions de défense et de sécurité", prédit Philippe Etienne.
En tant que président de la Mission de commémoration des 80 ans de la Libération, Philippe Etienne rappelle que la Russie n’a pas participé au Débarquement, "par leur faute, en raison de la guerre en Ukraine qu’ils ont déclenchée : mais il a tout de même été largement question du rôle de l’Armée Rouge lors des discours et événements". Mais ce qu’il tient surtout à souligner, c’est que ces commémorations "ont clairement rappelé à notre opinion, et surtout à notre jeunesse, le prix de la liberté, ne serait-ce que par la présence de ces vétérans américains, britanniques, français et autres, des personnes âgées d’une centaine d’années qui sont quand même venus, qui ont voulu rencontrer les jeunes. Et c'était un privilège extraordinaire pour notre pays de les accueillir et de pouvoir leur dire merci, mais aussi de pouvoir les mettre en contact avec les jeunes générations", conclut-il.
Emission préparée par Sophie Samaille, Elitsa Gadeva et Perrine Desplats
Longtemps considérée comme un partenaire stratégique, aidant les Européens à produire et acheter à bas prix, la Chine est désormais traitée comme un rival systémique. L'épisode du Covid nous a enjoints de diminuer notre dépendance à l'égard de ce pays, et la guerre en Ukraine a confirmé qu'il n'était pas un allié de l'Union européenne (UE) dans la condamnation de la Russie. Le 12 juin, la Commission européenne a annoncé que les droits de douane sur les importations de véhicules électriques chinois dans l'UE seraient augmentés : après neuf mois d'enquête, Bruxelles estime que la Chine fausse la concurrence par des aides d'État. En rétorsion, Pékin ouvre une grande enquête anticoncurrentielle sur la viande de porc. Nos relations avec la Chine sont-elles en phase de refroidissement ?
Émission préparée par Sophie Samaille, Anaïs Boucher, Isabelle Romero et Elitsa Gadeva
Nous recevons cette semaine Alexander Stubb, président finlandais depuis février 2024, ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères et ex-député européen. Il y a un peu plus d’un an, la Finlande rejoignait l’Otan, mettant ainsi fin à des décennies de neutralité et de non-alignement militaire. La guerre en Ukraine et les inquiétudes qu’elle a suscitées en Europe ont provoqué ce tournant historique.
Alexander Stubb estime que l’entrée de son pays dans l’Otan apportera "plus de valeur ajoutée" à l’organisation grâce au "million de Finlandais ayant effectué leur service militaire" et à la position stratégique du pays, qui double la frontière de l’Otan avec la Russie. "L'Otan a beaucoup gagné et la Finlande a gagné aussi", souligne-t-il. Si la Finlande "n'est pas provocatrice" vis-à-vis de la Russie, elle ambitionne d’"être dans le noyau dur de l'Otan".
Alexander Stubb accueille de manière "très positive" le choix de nommer l'ancien Premier ministre néerlandais Mark Rutte à la tête de l’Otan. "Il va être un très bon chef pour l'Otan", se réjouit-il, "je suis très content pour lui et pour l'Otan".
Avec la Suède, également récemment entrée dans l’Otan et la Norvège, la Finlande a annoncé la création d’un corridor militaire en Arctique, d’une grande importance stratégique pour Helsinki. Alexander Stubb rappelle que sans connexion à la mer Baltique, la Finlande est coupée du monde et qu’il s’agit donc d’une question sécuritaire et économique.
Depuis plusieurs mois, la Finlande a fermé ses frontières avec la Russie face à l’arrivée de migrants, originaires pour la plupart du Moyen-Orient et d’Afrique, et accuse Moscou d’orchestrer ce flux migratoire pour influencer la politique finlandaise. Selon Alexander Stubb, "Poutine utilise les gens comme un instrument, il essaie de déstabiliser la Finlande" et mène "une guerre hybride". Le président finlandais espère "trouver une solution qui est sécure et humaine".
L'Union européenne (UE) a officiellement lancé mardi des négociations d’adhésion avec l’Ukraine. La Finlande, qui a dû céder 10 % de son territoire à la Russie en 1940, "comprend exactement ce que si passe en Ukraine en ce moment et c’est pour ça qu’on donne un soutien assez fort" à la candidature de Kiev. La perspective de voir arriver Viktor Orban à la présidence de l’UE à partir du 1er juillet et les conséquences éventuelles sur le soutien des 27 à l’Ukraine n'inquiète pas Alexander Stubb, malgré la proximité affichée du Premier ministre hongrois avec Vladimir Poutine. "Je crois que le chemin de l'Ukraine pour l'Union est clair", déclare Alexander Stubb. Le président finlandais reste optimiste, estimant qu’en dépit des crises, "on trouve toujours des solutions en Europe". Il cite l’exemple de l’accord financier pour une aide à l’Ukraine que Viktor Orban avait bloqué avant de finir par plier sous la pression des 27.
Il ne s’inquiète pas non plus d’un possible second mandat de Donald Trump et de son impact sur les relations transatlantiques, pourtant fragilisées lors de la première présidence du candidat républicain à l’élection américaine. Alexandre Stubb affirme que l’Europe est incontournable pour Washington car "les États-Unis voudraient bien rester un pouvoir mondial". Or, "pour rester un pouvoir mondial, pour contrer la Chine, il faut avoir des alliances et les alliances, c'est nous les Européens".
Alors que l’attribution des postes clés de l’UE est en discussion, Alexander Stubb salue le bilan d’Ursula von der Leyen, "une grande présidente de la Commission, un peu comme Jacques Delors". Il lui apporte son soutien pour un second mandat à la tête de la Commission européenne, qui serait "une bonne chose pour l’Europe". Il espère également que la présidente du Parlement européen Roberta Metsola sera reconduite et approuve le choix de la Première ministre estonienne Kaja Kallas comme future nouvelle cheffe de la diplomatie européenne. "Je suis sûr qu'elle va être un super bon ministre des Affaires étrangères de l'Europe", affirme-t-il, car c’est "très important d'avoir un ancien chef d'État" à ce poste et "c'est bien aussi de trouver un équilibre entre l'Est et l'Ouest".
Alexander Stubb considère qu’en matière d’Europe géopolitique, "on a bien avancé pendant les cinq dernières années mais il faut aussi comprendre que l'Europe est jamais parfaite, jamais, surtout parce qu'on a 27 États membres, de temps en temps, avec des intérêts un peu différents". À l’heure où le multilatéralisme est en déclin, il pense que "l'intégration régionale va être plus forte" et l’Europe sera "assez forte" dans ce nouveau contexte mondial. "L’Europe ne va pas être les États-Unis, l’Europe ne va pas être la Chine mais quelque chose entre les deux et si on comprend ça, si on n’est pas perfectionniste, je crois qu’on va avoir une vue un peu plus positive de l’Europe", conclue-t-il.
Au Royaume-Uni, les travaillistes de Keir Starmer sont les grand favoris des élections du 4 juillet et devraient reprendre les rênes du pays après plus de 14 ans de pouvoir conservateur. Comment cette alternance politique pourrait-elle impacter les relations entre Bruxelles et Londres, huit ans après le vote du Brexit ?
Une émission préparée par Isabelle Romero, Sophie Samaille, Anaïs Boucher, Elitsa Gadeva et Paul Guianvarc'h.
Quelques jours après un scrutin européen déterminant pour l'avenir de l’Europe et lors duquel les partis d’extrême droite eurosceptiques ont gagné des sièges, nous recevons celle qui est encore Commissaire européenne à la Cohésion et aux Réformes, la Portugaise Elisa Ferreira, chargée du rattrapage des régions les plus reculées et en difficulté. Deuxième enveloppe du budget européen après la Politique agricole commune, la politique de cohésion bénéficie pour l’exercice 2021-2027 de 390 milliards d’euros à distribuer aux États membres pour qu’ils mettent en place des projets d’aide aux plus démunis ou liés à la transition écologique, entre autres.
Elisa Ferreira voit dans cette montée de l’extrême droite lors des élections du 9 juin la conséquence du sentiment d’exclusion de certaines régions pauvres, qui sont "inquiètes, et donc s’attachent à quelqu'un qui leur dit : 'Je te protège', même si cette personne veut seulement arriver au pouvoir". Elle le reconnaît, il y a des disparités de richesse au sein de l’Europe qui est, rappelle-t-elle, "fondée sur la libre concurrence" au sein de l’Union, mais "la situation serait bien pire si la politique de Cohésion n’existait pas", soutient-elle. C’est pourquoi "il faut que tous les agendas politiques, y compris au niveau national, se préoccupent de la cohésion pour donner des opportunités à tous les territoires".
Dans une récente tribune co-écrite avec Nicolas Schmit, actuel Commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux, elle appelait les Européens à aller voter "en faveur des partis pro-européens, qui ont confiance dans l'Europe et qui donnent confiance à l'Europe". Elle espère que le résultat du scrutin, qui voit tout de même une large majorité pour le "centre élargi" se dégager, permettra de "maintenir la politique de cohésion au centre de notre future politique commune".
"Sans la politique de cohésion, l'Europe va se fractionner, soutient Elisa Ferreira. Surtout quand on pense que l'Europe doit s'élargir. Et le succès de tous les élargissements précédents s’est fait grâce à un renforcement de la politique de cohésion." Preuve en est, selon elle, l’augmentation du PIB par habitant des pays qui ont intégré l’Union sont, en moyenne, passés de 50 % de la moyenne européenne à 80 % : "C'est une croissance incroyable !"
Redistribuer les opportunités à l'échelle européennePour Elisa Ferreira, la politique de cohésion n’est pas simplement affaire de redistribution d’argent. Il s'agit d'"une redistribution d'opportunités pour que tout le monde puisse contribuer à la richesse commune. Bien sûr, pour ça, il faut avoir de l'argent. Mais l'argent n'est pas un but en soi, c'est une condition pour que le rattrapage puisse se faire." La politique de cohésion est là pour aider les États membres mais, précise la Commissaire, "on ne peut pas décider de ce qui est fait au niveau des régions, on dépend des propositions qui nous sont faites. On refinance, on aide, mais c'est en partenariat. Bien sûr, il y aura toujours partout des gens démunis, mais le travail qui a été fait avec les fonds européens en termes de création d'emploi, de formation, d'éducation, d'accès à la santé, est reconnu partout."
La Politique de cohésion accorde une part très importante aux objectifs écologiques, mais le Green Deal a récemment engendré beaucoup de protestations à travers l’Europe. Elisa Ferreira le reconnaît : "On a besoin d'adapter ce qu'on a décidé aux circonstances spécifiques de chaque région, et si on n’organise pas une politique d’aide à la transition écologique, le choc est immense, parce qu'il y a naturellement des usines très polluantes qui ferment. Cette transition demande une aide spécifique, c'est pourquoi on a établi un fonds supplémentaire dans la politique de cohésion, qu'on appelle fonds de transition juste et qui touche une centaine de régions dans tous les pays d'Europe."
Une émission préparée par Sophie Samaille, Isabelle Romero et Anaïs Boucher
Reportage de Johan Bodin et Luke Brown
Financé par l’Union européenne. Les points de vue et avis exprimés n’engagent toutefois que leur(s) auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture (EACEA). Ni l’Union européenne ni l’EACEA ne sauraient en être tenues pour responsables.
Deux semaines après les élections européennes, 720 eurodéputés ont été élus pour les cinq prochaines années. Ils sont en train de former les groupes politiques de l’Hémicycle et de postuler pour rejoindre les diverses commissions thématiques. Politiquement, la majorité sortante se maintient autour de trois groupes pro-européens : à droite, le Parti populaire européen ; à gauche, les Socialistes et Démocrates ; et au centre, le groupe Renew, qui a perdu quelques voix. Pour autant, l’avenir des institutions européennes est-il tout tracé ? La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, candidate à sa succession, va-t-elle obtenir une majorité de voix au Parlement européen ? Et quels seront les autres visages au plus haut niveau de l’UE comme à la tête du Parlement, du Conseil et de la diplomatie ?
Une émission préparée par Isabelle Romero, Sophie Samaille, Anaïs Boucher et Perrine Desplats
Nous recevons cette semaine Pascal Lamy, ancien Commissaire européen pour le commerce et directeur général de l’Organisation mondiale du commerce de 2005 à 2013. Aujourd’hui président émérite de l’Institut Jacques Delors, Pascal Lamy commente depuis le siège de la Commission européenne ces élections pleines de surprise, et marquées en France par la dissolution inattendue de l’Assemblée Nationale.
Les résultats de ces élections "hybrides" car capitales sur le plan européen mais aussi au niveau national marquent selon Pascal Lamy "une légère poussée à droite au Parlement européen mais qui reste contenue" et moins forte que ce que prévoyaient les sondages. Reste à savoir si cette droite portée par Ursula von der Leyen parviendra à maintenir une majorité, nécessaire pour faire voter les textes que la Commission proposera. Selon Pascal Lamy, le Parti Populaire Européen d’Ursula von der Leyen est fort de sa "coalition de partis pro-européens centristes, avec les sociaux-démocrates" : "il est probable que madame von der Leyen aura la majorité suffisante pour être élue".
La difficile mise en œuvre du Pacte VertMais pas sûr que cette potentielle majorité d’Ursula von der Leyen lui permette de faire voter tous les textes, quand certains fustigent le Pacte Vert par exemple, difficilement défendu par des Verts au plus bas. Mais selon l’ancien commissaire, "il y a une grande majorité d'Européens qui sont en faveur du Pacte vert. Et le fait que les Verts aient fait un mauvais score ne veut pas dire que les Européens ne pensent pas à la crise environnementale, écologique, aux émissions de carbone et à la biodiversité". Quid des manifestations massives d’agriculteurs européens contre ce Pacte Vert ? Selon Pascal Lamy, "les agriculteurs ne sont pas contents parce qu'ils ne gagnent pas leur vie correctement en faisant leur métier. Et ça, ce n'est pas à cause de l'environnement". Mais l’essentiel de ce Pacte Vert ne réside plus, selon Pascal Lamy, dans son vote, qui "a été acquis pendant les cinq dernières années", mais c’est sa "mise en œuvre" qui pourrait bien se voir "ralentie en raison de ce qui s'est passé dans les élections nationales et notamment en France".
Il est fini le temps de la social-démocratie"On va avoir une commission dont la composition sera plus influencée par les forces de droite qu'avant", prédit-il. À peine trois ou quatre commissaires sur 27 pourraient être de la famille sociale-démocrate. "Il est fini le temps où la Commission avait plus de sociaux-démocrates que de chrétiens démocrates ou de centre droit". Il souligne d’ailleurs l’importante porosité entre "ce qui se passe dans les États membres" et la composition de la Commission européenne : "les élections nationales ont des conséquences européennes" et vice versa.
Mais même si les partis d’extrême droite et les groupes de droite radicale chez les non-inscrits totalisent 25 % des sièges du Parlement, cela ne constitue pas une "minorité de blocage" pour Pascal Lamy. La raison est simple : "ils ne sont pas d’accord sur l'Ukraine, ils ne sont pas d'accord sur l’Otan, ils ne sont pas d'accord sur l'environnement, ils ne sont d'accord sur rien". Impossible pour l’extrême droite de se mettre d’accord selon Pascal Lamy, comme d’ailleurs à l’extrême gauche. Mais c’est sans compter sur les "tentations à la droite du Parti populaire européen". On a déjà vu des alliances de circonstance entre le PPE et l’extrême droite, notamment lors de certains votes sur le Pacte Vert, "parce que les agriculteurs votent beaucoup plus à droite qu'à gauche et parfois à l'extrême droite".
"C'est quand l'extrême droite est au pouvoir qu'alors elle recule"Si l’extrême droite est au plus haut en France, elle recule déjà dans les pays nordiques ; et même en Hongrie, le parti de Viktor Orban n’a pas obtenu le résultat escompté. Selon Pascal Lamy, l’explication est simple : "là où ils sont au pouvoir, ils baissent". Le populisme atteint donc ses "limites" dès son arrivée au pouvoir : "parce que quand on est élu, on devient responsable. On est obligé de se confronter à la différence entre ce qu'on a dit et ce qu'on a fait, à des difficultés dans lesquelles il faut arbitrer et qui sont celles de l'exercice du pouvoir politique".
Ce n’est toutefois pas ce qui est observé dans l’Italie de Giorgia Meloni, "mais elle est arrivée de manière relativement récente et [...] elle a très habilement réussi à séparer ses positions européennes et mondiales sur la guerre en Ukraine, sur l'Otan, sur l'Europe", estime Pascal Lamy. La Première ministre italienne a donc opéré à un revirement de sa stratégie, et "après avoir tenu des positions du type extrême droite, pro-russe, anti-américaine, anti-Europe, elle a complètement changé de pied" et a choisi de séparer "ce qui se passe au niveau européen et au niveau mondial", car l’Italie a besoin du soutien et de l’argent de l’Europe. Ce qui ne l’empêche pas de "prendre la main sur un certain nombre d'institutions, notamment culturelles, et sur la télévision publique !".
Quant à la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée Nationale, elle a "surpris les Européens et les Français", explique Pascal Lamy. Il suppose le raisonnement suivant : "un gouvernement dominé par le Rassemblement national pendant trois ans, serait moins propice à une élection du Front national en 2027 à l'Élysée". En revanche, un échec du RN à la bataille des législatives supposerait "une très forte mobilisation des partis qui ne sont pas au RN" dont il doute.
Les élections européennes marquent aussi une redistribution des "top jobs", les hautes fonctions de l’Union européenne. Compte tenu du "gain parlementaire du PPE", la reconduction de Roberta Metsola à la tête du Parlement européen et celle d’Ursula von der Leyen à la Commission européenne semble "vraisemblable" pour Pascal Lamy. Un social-démocrate pourrait bien se voir attribuer la présidence du Conseil européen : Pascal Lamy avance le nom d’Antonio Costa, l'ancien Premier ministre portugais, ou encore celui de Kaja Kallas, Première ministre estonienne centriste, comme cheffe de la diplomatie. "Il est assez normal que l'Europe centrale et orientale soit représentée, comme d'ailleurs elle l'a été avec le président polonais Donald Tusk qui maintenant est Premier ministre en Pologne", conclut-il.
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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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