Ici l'Europe

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Ici l'Europe episodes

  • Maros Sefcovic : "La transition doit être juste et verte, mais respecter la compétitivité"

    Nous recevons cette semaine le numéro 2 de la Commission européenne, le Slovaque Maros Sefcovic, qui termine son troisième mandat de Commissaire, et dont le portefeuille déjà large s’est étendu au Pacte Vert après la démission de Frans Timmermans en août 2023. Les négociations avec les agriculteurs et les industriels ont contraint la Commission à de nombreux ajustements, que certains considèrent comme une marche arrière. Il en appelle à un soutien public pour mener à bien une transition écologique qui doit être juste, sans pour autant oublier les défis de compétitivité de l'Union européenne.

    Lorsque Maros Sefcovic a repris le Pacte Vert sous sa responsabilité, les processus étaient déjà bien engagés. "Nous sommes à une étape plus compliquée de ce Pacte. Beaucoup, beaucoup plus difficile, parce qu'on est en pleine mise en œuvre. Comment on peut faire cette mise en œuvre d'une manière juste, efficace, à l'écoute aussi de nos collègues industriels et agricoles."

    Il justifie les mesures d’assouplissement des règles agroécologiques de la Politiques agricole commune : "Nos agriculteurs ont perdu presque 20 milliards d'euros seulement dans le domaine des céréales", souligne celui qui a "entamé un dialogue stratégique avec la monde agricole, complétées en août pour présenter les recommandations pour la prochaine Commission européenne". Il entend par ailleurs "pousser pour des objectifs plus verts, et en même temps garder notre compétitivité".

    Un prix de l'énergie trop élevé en Europe

    Concernant l'industrie, Maros Sefcovic estime que les prix de l’énergie sont encore trop élevés par rapport à ceux dont jouissent les concurrents de l'Europe aux États-Unis et en Chine : "C'est pourquoi je crois qu'il sera très important de trouver une solution, de rechercher toutes les possibilités qu'on a en Europe, parce que c'est un facteur très, très important, spécialement pour notre industrie lourde et notre industrie verte". Il suggère une réduction des taxes nationales.

    Sur le discours de la Sorbonne du président Macron, il s’inquiète lui aussi du caractère "mortelle" de l'Europe : "Nous sommes dans une situation vraiment précaire. D'un côté, on a démontré une résilience au cours des quatre dernières années, avec l'inflation élevée, le problème du Covid, de l'énergie, et ces deux guerres, très proches de nous : bien sûr que nous sommes beaucoup plus impactés que la Chine ou les États-Unis."

    L’État de droit est mis en cause dans son pays, la Slovaquie, par le populiste Robert Fico, et c’est ce gouvernement qui décidera de son avenir politique. Il rempilerait bien pour un 4e mandat, "dans le domaine de l'énergie ou de l'industrie, je suis disponible. Je suis prêt à servir l'Europe", conclut-il.

    Une émission préparée par Agnès Le Cossec, Isabelle Romero et Perrine Desplats

    18 min
  • De nouvelles normes qui font tousser les écologistes : bientôt l’Europe respirera mieux ?

    Ouvrez bien vos poumons, car nous allons parler de leur santé. Dans l'Union européenne, quelque 300 000 décès prématurés sont imputables chaque année à la pollution atmosphérique. Lors de la dernière session parlementaire avant les élections, les eurodéputés ont adopté la directive sur la qualité de l’air. Son but : renforcer les normes d'ici 2030 en vue d'atteindre l'objectif "zéro pollution" en 2050, sans toutefois les aligner sur les recommandations plus ambitieuses de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

    Le texte adopté au Parlement européen durcit les seuils de pollution aux particules fines, au dioxyde d’azote ou encore au dioxyde de soufre : les valeurs maximales autorisées chaque année seront abaissées de plus de moitié en 2030.

    Une étape majeure pour certains, mais insuffisante pour les écologistes, qui dénoncent de trop nombreuses dérogations et un lobbying industriel intense.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Agnès Le Cossec, Isabelle Romero et Sophie Samaille

    18 min
  • Arancha Gonzalez Laya : "Nous avons un problème avec la gestion de la migration"

    Nous recevons cette semaine Arancha Gonzalez Laya, économiste espagnole, ancienne ministre des Affaires étrangères du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez et doyenne de l'École des affaires internationales (PSIA) de Sciences Po. Guerre Israël-Hamas, pacte sur la migration et l'asile, changement climatique : elle nous éclaire sur les préoccupations des Européens, à quelques semaines des prochaines élections.

    Interrogée sur la volonté de l’Espagne de reconnaître l’État de Palestine au 1er juillet, Arancha Gonzalez Laya estime que cette reconnaissance pourrait contribuer à maintenir la solution de deux États pour Israël et la Palestine : "Peut-être que le moment est venu de le faire. En tout cas, c'est clairement le point de vue qu'on a en Espagne. Il y a d'autres États membres qui voient aussi avec sympathie l'idée de le faire maintenant, et je crois que c'est une question qui va se poser aux autres membres de l'Union européenne."

    À quelques mois de la prochaine élection présidentielle aux États-Unis, l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères interpelle les Européens pour qu’ils se préparent à une éventuelle réélection de Donald Trump et à l’abandon de l’Union européenne par les États-Unis. "Je crois qu'on est à un moment de notre histoire – un peu à un carrefour – et il faut décider quels chemins, nous Européens, nous prenons", assure-t-elle.

    Elle rappelle aussi que l’histoire a prouvé que l’Europe peut devenir plus forte : "Quand nous avons fait des pas supplémentaires d'intégration européenne, nous sommes devenus plus forts à travers l'intégration européenne. Cela montre que nous sommes capables de prendre notre destin en main." L’occasion aussi, selon elle, d’étoffer la politique de sécurité et de défense européenne. "Ça veut dire être capable de prendre plus de responsabilités européennes à l'intérieur de l'Otan et intégrer plus notre industrie de défense et de sécurité. [...] Toute l'industrie en Europe est très bonne et très compétitive, mais trop fragmentée pour être capable aujourd'hui d'être un concurrent face aux grandes industries au monde, que ce soit les États-Unis ou que ce soit la Chine", déplore-t-elle.

    Le pacte migration et asile, un "signal clair" d'entente européenne

    Le dialogue se poursuit sur les défis de la gestion de la migration en Europe et le récent pacte asile et migration, adopté par le Parlement européen le 10 avril dernier. Arancha Gonzalez Laya souligne la nécessité de trouver un équilibre entre responsabilité et solidarité européennes. "Nous avons un problème. Pas avec la migration, mais nous avons un problème avec la gestion de la migration, et je trouve que ce pacte a trouvé un point d'équilibre sur des sujets majeurs : celui de la responsabilité. La responsabilité des États membres de l'Union européenne et pas simplement celle de pays qui sont ceux des premières entrées dans l'espace européen.

    Ce pacte a aussi trouvé, selon elle, le point d'équilibre dans la solidarité européenne : "Comme pour toute politique européenne, ce n'est pas parfait, mais je trouve qu'on donne un signal clair de la capacité des États membres de l'Union européenne à s'entendre pour assurer une meilleure gouvernance des flux migratoires. C'est certainement mieux que de ne pas avoir une gouvernance pour la migration en Europe", temporise la doyenne de l'école des affaires internationales de Science Po.

    Alors que la hausse des demandes d'asile est bien là, avec plus d'un million de demandeurs d’asile en 2023 et le renvoi possible à un pays d'un demandeur d'asile vers un pays tiers considéré comme sûr, Arancha Gonzalez Laya pointe le fait que "ce n'est pas l'Union européenne qui définit les règles. L'Union européenne les met en place. Les règles en matière d'asile, ce sont des règles internationales. Il y a des engagements que l'Union européenne et tous ces États membres ont pris au sein de l'ONU. Il s'agit simplement de trouver la meilleure manière de le mettre en place. Encore une fois, on n'est pas dans le domaine du parfait. Nous avons aussi été capables de trouver un compromis sur un sujet qui est difficile. [...] Mais soyons clairs : on est arrivé à mettre de l'ordre dans un domaine qui va rassurer nos citoyens et qui va aussi nous rendre un peu plus responsables vis-à-vis de nos partenaires internationaux", se félicite-t-elle. 

    "Il faudrait être plus sensible aux préoccupations de nos citoyens"

    Le thème de la migration en Europe est par ailleurs au cœur de la campagne des élections européennes du mois de juin 2024. À tel point qu’Arancha Gonzalez Laya estime que les principales préoccupations des Européens ont été oubliées, et que les conséquences sont déjà visibles. "Ce qui me préoccupe, c'est qu'il y a une forte baisse de la participation attendue des citoyens européens dans les élections européennes. On est à 44 % des participations des citoyens français. C'est en baisse par rapport à la dernière fois, où on avait vu l'effet contraire. Et pourquoi ? Parce que les citoyens français avaient comme priorité le Pacte vert. C'est de ça dont on avait parlé pendant la campagne électorale. Cette fois-ci, ce qu'on voit, c'est une diminution de la participation des citoyens. Et pourquoi ? Peut-être parce qu'on n'est pas en train de parler des vraies préoccupations des citoyens", explique-t-elle.

    "Il faudrait être un peu plus sensible aux préoccupations de nos citoyens. Je crois que ce qui les intéresse, c’est l'économie, le pouvoir d'achat, la sécurité. On voit bien qu'il y a une guerre à côté de l'Union européenne et ça préoccupe les citoyens européens. Pour les jeunes, la préoccupation c'est le changement climatique. [...] Mettons aussi l'accent sur les interrogations des citoyens et on verra peut-être augmenter les taux de participation", propose-t-elle.

    Enfin, l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères revient sur la situation en Catalogne, alors que des élections régionales auront lieu le 12 mai prochain. Le gouvernement Sanchez a fait voter une loi d'amnistie pour les indépendantistes et le président catalan a déclaré qu'un référendum sur l'indépendance est inévitable. Arancha Gonzalez Laya pense que le choix des électeurs est assez clair. "Si on regarde les sondages en Catalogne, on a une majorité des citoyens qui est en train de demander aux partis politiques de s'occuper de leurs problèmes. Quels sont les problèmes de la Catalogne aujourd'hui : c'est les très mauvais scores en matière d'éducation dans les derniers rapports de l'OCDE-Pisa. La Catalogne est l’un des territoires espagnols avec la moindre quantité d'énergies renouvelables, un système sanitaire qui n'a pas très bien fonctionné pendant la crise. [...] Laissons les citoyens catalans parler, je crois qu'ils vont être assez clairs. Et si j'étais un parti politique qui prônait l'indépendance, j'essaierai d’être très à l'écoute de ce qu'ils disent", conclut-elle.

    18 min
  • L'Europe en campagne : la fin du généreux modèle nordique ?

    Ici l'Europe poursuit sa série de débats consacrés aux enjeux des élections européennes de juin prochain dans les pays et les régions de l’Union européenne. Direction l’Europe du Nord pour parler du Danemark, de la Suède et de la Finlande, deux mois à peine avant le début du scrutin. Le modèle nordique a longtemps été un système érigé partout en exemple, avec trois éléments phares : une économie ouverte et prospère, une protection sociale étendue et une démocratie vigoureuse. Mais ce même modèle social fait aussi couler beaucoup d'encre ces derniers mois.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Sophie Samaille et Isabelle Romero

    18 min
  • Markus Beyrer : "Il faut montrer au monde qu'on peut décarboner tout en restant compétitifs"

    À l’approche d’un sommet européen consacré à l’économie européenne et la façon de la stimuler, nous recevons Markus Beyrer, directeur général de Business Europe, l’association patronale de l’UE. Il déplore une surcharge de bureaucratie pour les investissements au niveau européen, limitant le développement des entreprises et leur faisant perdre en compétitivité sur les marchés mondiaux.

    "Les procédures prennent beaucoup trop de temps"

    Face à la concurrence des entreprises chinoises et américaines, le directeur général de Business Europe estime que les sociétés européennes manquent d’attractivité : "Les prix de l’énergie sont beaucoup plus élevés en Europe qu’aux États-Unis ou dans d’autres pays du monde", assure le dirigeant de l’association patronale européenne.

    Mais il y a surtout, selon Markus Beyrer, beaucoup trop de bureaucratie dans les institutions européennes pour renforcer la compétitivité sur les marchés mondiaux. "Les procédures pour permettre l’investissement dans des sites industriels ou dans les infrastructures prennent beaucoup trop de temps", explique-t-il. "Beaucoup d’entreprises qui investissent dans d’autres pays nous disent que la démarche est plus simple, plus claire." Cette régulation "excessive" réfrène les investissements étrangers dans les entreprises européennes, ce qui freine leur développement, assure-t-il.

    Appel à un "Industrial Deal"

    Un rapport sur le futur du marché unique européen – qualifié d’encore trop national et segmenté par son rapporteur – sera rendu aux dirigeants des 27 pays les 17 et 18 avril. Un rapport très attendu par Markus Beyrer, qui déplore un "déclin ces dernières années de ce bijou de l’intégration européenne auquel il faut remédier."

    Habituellement opposé aux aides des États qui viendraient perturber le marché européen, le dirigeant du syndicat patronal européen reconnaît "qu’elles peuvent être justifiées pour aider les entreprises pour faire face à la concurrence mondiale mais aussi pour les accompagner dans leur programme de décarbonation." Des aides "temporaires qui doivent être contrôlées au niveau européen" pour permettre de renforcer la compétitivité du marché unique.

    Markus Beyrer appelle pour cela à l’établissement d’un "Industrial Deal" en complément du Green Deal mis en place au début de la présidence d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne.

    Émission préparée par Sophie Samaille, Perrine Desplats, Paul Guianvarc'h et Isabelle Romero.

    18 min
  • L'Europe en campagne : la Roumanie freinée par la corruption

    À l'occasion des débats sur les enjeux des élections européennes dans les différents pays de l’Union, direction la Roumanie où 33 eurodéputés seront élus en juin prochain. Marqué par des décennies de communisme sous la dictature de Ceausescu, le pays est entré – avec la Bulgarie – dans l’UE en 2007. Depuis, la Roumanie a atteint certains résultats.

    Le revenu moyen a notamment doublé ces cinq dernières années, mais le pays reste miné par une forte pauvreté – un tiers de la population est sous cette menace, triste record en Europe – et son développement économique a été freiné par la corruption. Quant à son intégration dans le club européen, la Roumanie vient tout juste d’accéder à l’espace Schengen de libre circulation mais dans des conditions limitées. Alors l’adhésion à l’UE a-t-elle changé la donne en Roumanie ?

    Émission préparée par Isabelle Romero, Sophie Samaille et Perrine Desplats

    18 min
  • Charles Michel : "Vladimir Poutine a ouvert les yeux des Européens sur leur défense"

    Nous recevons Charles Michel, le président du Conseil européen, dont la lourde tâche est d’accorder les Vingt-Sept de sommet en sommet. Il revient avec nous sur celui des 21 et 22 mars, qui a culminé par l'appel des États membres à un cessez-le-feu "nécessaire" à Gaza,  l'octroie des fonds russes gelés à l'Ukraine, et un sursaut européen sur le sujet d'une défense commune.

    Le président du Conseil européen en convient : "On a eu besoin de plusieurs semaines pour réussir à dégager une position détaillée, unie, parce qu'on sait que sur un sujet pareil, les 27 États membres peuvent avoir des relations avec Israël ou avec la Palestine qui sont inspirées par l'histoire, et c'est cela qui nous a amené à avoir besoin d'un peu de temps avant d'être en mesure d'exprimer une position unique et unie sur ce sujet".

    Mais le président du Conseil européen tient à saluer le "message d’unité" des Vingt-Sept sur la situation à Gaza lors du dernier sommet européen, qui a, selon lui, démontré l’absence de "double standard" européen en aboutissant à une "condamnation ferme de l’attaque terroriste menée par le Hamas le 7 octobre et [un] appel à Israël de respecter le droit international humanitaire […], dans le respect du comportement qui doit être celui d'un État démocratique."

    Un "pas supplémentaire" dans le soutien à l'Ukraine

    Quant au conflit en Ukraine, Charles Michel se félicite d’avoir "pris le Kremlin et le reste du monde par surprise, parce que l'Union européenne, traditionnellement vue comme un projet exclusivement économique et fondé sur des valeurs, est en train de devenir un projet qui a une ambition de puissance et de développement de capacités militaires". Les États membres ont "fait un pas supplémentaire" dans leur aide à l’Ukraine lors du dernier conseil, "en s'attaquant aux revenus des avoirs russes gelés" dans les banques européennes – qui s’élèvent à quatre milliards d’euros – "afin de soutenir l'Ukraine, y compris avec de l'équipement militaire".

    La guerre en Ukraine a par ailleurs obligé Kiev à exporter via les pays européen des denrées agricoles. Pour satisfaire les agriculteurs européens, l’Union voudrait plafonner ces exportations d'œufs, poulets ou encore de blé ukrainiens : "Il faut trouver une solution qui soit à la fois bonne pour les agriculteurs européens, mais qui permette aussi à l'Ukraine de continuer à exporter – d’ailleurs principalement hors de l'Union européenne – et à utiliser l'UE pour permettre un transit […]. Le Conseil européen a demandé à la Commission et à nos ministres de l'Agriculture de travailler dans les jours qui viennent à trouver des accords pragmatiques avec l'Ukraine, afin qu’on veille à ce qu’il n’y ait pas d'injustice."

    L’Union européenne importe également beaucoup de céréales et d’oléagineux de Russie, jusque-là exemptés de droits de douane. "La Commission européenne vient de faire une proposition afin que les États membres examinent la possibilité de déterminer des droits de douane relativement élevés contre des produits agricoles russes", rappelle Charles Michel, "mais il est certain que l'on doit y aller avec précaution, afin que cette mesure n'ait pas d’effets collatéraux négatifs pour la sécurité alimentaire dans le monde entier."

    Dénonciation de "l'irresponsabilité" de Vladimir Poutine

    L’attentat du Crocus City Hall, à Moscou le 25 mars dernier, a fait plus de 140 morts. Vladimir Poutine a fini par reconnaître qu’il avait été commis par des islamistes radicaux, tout en continuant de sous-entendre un lien avec l'Ukraine. "Une fois encore – on est habitués –, on fait face à du mensonge, de la propagande, de la désinformation", dénonce Charles Michel. "On voit qu'il est apparemment impossible pour le Kremlin […] de ne pas tomber dans la tentation du mensonge en tentant de faire de l'escalade rhétorique, en accusant de manière saugrenue l'Ukraine […]. Ça montre qu'on a raison, comme Européens, avec de nombreux partenaires dans le monde, de défendre la démocratie, la liberté et la souveraineté de l'Ukraine."

    Il dénonce également "l’irresponsabilité" de Vladimir Poutine qui, depuis deux ans, se livre à "une escalade verbale, rhétorique, avec des menaces de recours à l'arme nucléaire, des multiplications des attaques par des missiles, y compris ces derniers jours". "Il y a un agresseur, rétablit Charles Michel, c'est la Russie, avec des comportements qui s’apparentent à des crimes de guerre, et il y a un agressé, c'est le peuple ukrainien, et ce sont tous ceux qui croient dans ces valeurs de démocratie incarnée par la souveraineté de l'Ukraine, qui a fait le choix libre d'arrimer son destin à l'Union européenne […]. Nous devons être absolument déterminés à ne pas laisser la Russie l'emporter, parce que laisser la Russie l'emporter, ça veut dire plus de fragilité, plus d'instabilité, plus d'insécurité."

    La justice russe a d'ailleurs émis un avis de recherche contre 700 ressortissants étrangers qui auraient, selon ses termes, "insulté l'histoire". Parmi ces personnalités se trouve la Première ministre estonienne Kaja Kallas. "C’est un exemple de plus sur une longue liste d'un cynisme absolu du Kremlin", juge Charles Michel.

    Quid, enfin, d’un grand emprunt de 100 milliards d’euros pour renforcer la défense européenne ? Le président Emmanuel Macron et l’Estonie le réclament, mais l’Allemagne reste sceptique. Charles Michel en a la certitude : "Que ce soit à travers un grand emprunt européen ou par d'autres types de mécanismes de financement, nous sommes déterminés à changer de paradigme […]. Vladimir Poutine a ouvert les yeux des Européens sur leur défense : être un projet de prospérité, c'est bien, c'est nécessaire, mais c'est insuffisant. On a besoin d'un pilier de sécurité et de défense."

    Défense du bilan européen des cinq dernières années

    Le 6 janvier 2024, Charles Michel avait annoncé qu’il mènerait, à l'occasion des élections européennes, la liste du Mouvement réformateur en Belgique. Une telle décision aurait automatiquement entraînée sa démission du poste de président du Conseil européen, et il s'était rétracté trois semaines plus tard. "Il n'y a pas eu de pression de mes pairs, en aucun cas", affirme l’intéressé. "J’ai fait un choix en conscience […]. Ce qui compte pour moi, c'est la stabilité du Conseil. Et à un moment comme celui-ci, on a besoin d'un ancrage. Avec les 27 chefs d’États et de gouvernement, on va continuer à travailler pour réussir la transition institutionnelle qui sera nécessaire après les élections européennes du mois de juin."

    Des élections pour lesquelles forte progression de l’extrême droite est pronostiquée. Mais Charles Michel reste "très prudent avec les sondages" et se veut "assez optimiste [quant au fait] que, partout en Europe, ceux qui croient dans l'intégration européenne comme pilier pour plus de prospérité, pour plus de développement économique, pour plus de stabilité, vont faire entendre leur voix. Et la responsabilité des leaders européens, c'est de démontrer qu'il y a une valeur ajoutée, qu'il y a des résultats." Il défend par là le bilan européen des cinq dernières années : la crise Covid, la lutte contre le réchauffement climatique, le soutien à l’Ukraine… "Ce projet européen, qu'il est facile de décrier quand on regarde les résultats, on voit que c'est plutôt un élément qui donne de la stabilité, de la sécurité", conclut-il.

    Une émission préparée par Isabelle Romero, Sophie Samaille et Perrine Desplats

    18 min
  • L'Europe en campagne – Portugal : miracle ou mirage social ?

    Nous poursuivons notre série de débats sur des pays ou groupes de pays. Aujourd'hui, place au Portugal, où le parti social-démocrate (de centre-droit) a remporté les dernières élections législatives, mettant un terme aux huit ans de règne du parti socialiste. Aux élections européennes de juin prochain, les Portugais éliront 21 eurodéputés. Nous nous intéressons aux questions sociales, dans ce pays comptant deux millions de pauvres – soit 20 % de la population –, et où la pauvreté a encore augmenté ces dernières années. Il connaît par ailleurs une grave crise du logement. Une situation de précarité paradoxale, alors que le gouvernement de gauche d’Antonio Costa avait retrouvé le chemin de la croissance, redressé les comptes publics, instauré des minima sociaux et s’approchait du plein emploi, au point qu'on parlait même d'un "miracle économique" portugais.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Sophie Samaille et Isabelle Romero

    18 min
  • Rafael Grossi : "le nucléaire n’est pas la panacée, mais essentiel pour tenir les accords de Paris"

    Cette semaine européenne est marquée par deux sommets importants à Bruxelles : l'un consacré à l’Ukraine, l'autre à l’énergie nucléaire. Ce dernier, le premier du genre, est coorganisé par la Belgique et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Nous recevons Rafael Grossi, directeur général de cette institution internationale placée sous l’égide de l’ONU dont les attributions sont non seulement le contrôle et la limitation du développement des applications militaires de l’atome, mais aussi la promotion de ses usages civils et pacifiques, qui font l'objet de ce sommet.

    Rafael Grossi se réjouit de la tenue de ce sommet : "Le fait que les leaders du monde se retrouvent ici autour du nucléaire civil, de l’énergie nucléaire, en dit long sur les nombreux défis liés à l’énergie auxquels le monde fait face actuellement, comme la décarbonation ou le mix énergétique." Mais il en convient, "il y a un consensus global sur le fait que le nucléaire n’est pas la panacée, mais sans le nucléaire, nous ne pourrons pas arriver au niveau des accords de Paris [sur le climat]", conclus en 2015. Il souligne à ce propos "l’hostilité" historique des COP à l’encontre du nucléaire, mais rappelle que lors de la dernière édition – à Dubaï au mois de novembre 2023 –, "on est arrivé à un consensus pour dire que le nucléaire doit être accéléré. C’est selon moi un retour au réalisme."

    Pour pouvoir financer la production de cette énergie décarbonée, Rafael Grossi se montre très clair : "les financements publics sont indispensables, mais on est devant un paradoxe, parce que ces institutions de financement international interdisent dans certains cas le financement du nucléaire. [...] Elles sont en décalage par rapport au marché, aux décisions politiques et à la société. [...] Je suis en consultation avec la Banque mondiale et avec d'autres instances pour faciliter l'accès aux financements publics pour des projets nucléaires."

    Le reste de l'Europe n'a pas suivi l'Allemagne dans sa sortie du nucléaire

    Le 15 avril 2023, les dernières centrales allemandes encore en service ont été arrêtées, 21 ans après la décision de l'Allemagne de sortir du nucléaire. Rafael Grossi "respecte" cette décision, mais observe qu'"aucun autre pays n’a suivi cette voie et, au contraire, on voit que les pays s'engagent de plus en plus. [...] La réalité, c’est que le nucléaire a un record de sécurité et de sûreté assez remarquable et la technologie a énormément évolué. [...] On sait qu'on ne pourrait pas s'en sortir avec une seule source d'énergie propre et l'énergie nucléaire est reconnue comme une énergie très efficace et très très stable."

    La question du traitement des déchets, qui restent dangereux pendant des milliers d’années, fait également polémique. Rafael Grossi l’affirme : "Les déchets ne se détruisent pas complètement, mais ils sont gérés d'une manière sûre. Et il faut faire des compromis. [...] L'alternative serait de continuer avec des activités énergétiques qui nuisent à la planète de manière immédiate, vérifiable, constante et permanente". Avec l’énergie nucléaire, "on a des endroits sûrs où on peut déposer ces déchets et qui ne posent pas un problème réel sur l'environnement".

    Zaporijjia : une centrale nucléaire au cœur des combats

    Après deux ans de guerre en Ukraine, aux portes de l'Union européenne, le Kremlin se livre à des cyberattaques contre des pays ou des institutions publiques. Le risque que ces attaques se dirigent contre des installations nucléaires soulève des inquiétudes. L’AIEA "surveille" ce risque, mais il précise que "les attaques, cyber ou autres, sont un problème militaire qui peut influencer non seulement le nucléaire, mais toute autre activité. Ce n'est pas parce qu'une centrale nucléaire a été occupée militairement que la technologie nucléaire a un problème. Le problème, c'est la guerre, c'est la confrontation."

    Il fait bien sûr référence à la centrale ukrainienne de Zaporijjia, au cœur de la guerre en Ukraine, dans laquelle l’AIEA "a réussi à avoir une présence permanente. Nous avons nos experts sur place et nous dialoguons en permanence – un dialogue qui n'est pas facile – avec le président Vladimir Poutine", nous dit Rafael Grossi. Mais les Ukrainiens accusent l’institution de ne rien imposer à la Russie. "Mon rôle, c'est d'éviter un accident nucléaire. Et je parle évidemment aussi au président Zelensky. [...] Je ne peux pas, en tant que chef d'une organisation, faire pression sur un État."

    Du nucléaire civil au nucléaire militaire, il n’y a qu’un pas, et la communauté internationale s’inquiète de la volonté de l'Iran de se doter de l'arme nucléaire, en particulier dans le cadre d'un conflit entre Israël et Gaza. L’AIEA a constaté une augmentation des stocks d'uranium du pays, ce qui remet en cause l'accord international signé en 2015. L’Iran a par ailleurs restreint la coopération avec l’agence internationale : "l'activité nucléaire en Iran augmente, et j’ai toujours dit qu’ils pouvaient faire cela. [...] Mais ce qu’il se passe dans le pays n'est pas anodin : ils ont un stock d'uranium enrichi à un niveau très proche du niveau militaire, qui est à 90 %, et ils sont à 60 %. Cela ne veut pas dire qu'ils ont déjà automatiquement l'armement nucléaire, mais c'est quand même inquiétant. C'est pour ça que je leur dis que s’ils n’ont rien à cacher, alors qu’ils permettent à nos inspecteurs de faire leur travail."

    La menace nucléaire russe

    Autre pays, autre risque : le président Vladimir Poutine a averti l'Occident que la Russie était techniquement prête à une guerre nucléaire et qu’elle était dotée de meilleures armes, après avoir sorti son pays du traité interdisant les essais nucléaires en novembre 2023. "On sait que les pays dotés de l'arme nucléaire sont en principe prêts à l’utiliser, sinon à quoi servirait la théorie de la dissuasion. [...] Ma mission, ce n'est pas de désarmer, mais d'éviter la prolifération, c'est-à-dire que davantage de pays se lancent dans des projets d'armement nucléaire [...] et je m’inquiète de cette surenchère", nous dit Rafael Grossi, car "plus on brandit la menace de l'arme nucléaire, plus les pays seront tentés [de s’en doter]. Certains en parlent déjà", nous dit-il.

    L’Europe est liée à la Russie dans le secteur du nucléaire : l’entreprise Rosatom, qui échappe aux sanctions européennes, occupe une place clé dans les approvisionnements de l’Union européenne en uranium enrichi. Environ 30 % des centrales européennes en dépendent, et cette situation ne peut pas être changée à moyen terme. Rafael Grossi rappelle à ce propos que "plusieurs projets à long terme préexistaient à la guerre. On ne peut pas tout arrêter du jour au lendemain, cela nuirait énormément à certains pays d’Europe de l’Est qui dépendent complètement des réacteurs nucléaires, qui datent pour la plupart de l’époque soviétique. [...] Ce n’est pas faisable politiquement." Il souligne que les États-Unis et la France, notamment, "développent des capacités de fabrication de combustible nucléaire" pour s’émanciper de la Russie, "mais ça prendra un peu de temps", conclut-il.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Sophie Samaille (images Luke Brown et Alix Le Bourdon)

    17 min
  • Menace sur les élections européennes : l'UE cible d'intox et de cyberattaques

    L'hémicycle européen craint d’être la cible d’opérations de désinformation et de cyberattaques à l’approche des élections européennes, en juin prochain. En pleine guerre en Ukraine, la Russie intensifie son entreprise de déstabilisation, mais d’autres puissances étrangères, comme la Chine entre autres, sont également à la manœuvre pour affaiblir l’Europe. Et leurs fausses informations sont souvent relayées à l’intérieur du club européen par des partis extrémistes.

    Face à cette menace, l'Union européenne a mis en place un arsenal législatif important : un code de conduite et une directive européenne sur le numérique pour obliger les grandes plateformes à lutter contre la désinformation. Les cyberattaques, quant à elles, se multiplient contre les institutions publiques des pays membres.

    Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Sophie Samaille

    18 min

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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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