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Or


Alors que la Commission "von der Leyen 2" entre en fonction, après avoir été validée par le Parlement européen, elle a dévoilé son plan pour ses cent premiers jours, avec deux priorités : le Pacte pour une industrie propre et une simplification administrative. Mais qu’en est-il des ambitions environnementales de cet exécutif qui penche plus que jamais à droite ? Le Pacte vert, initié par la présidente de la Commission il y a cinq ans pour atteindre la neutralité carbone en 2050, va-t-il être détricoté ? Ursula von der Leyen assure que non.
Il existe néanmoins des craintes sur l’avenir du Pacte vert alors qu’au Parlement, le PPE – le grand parti de droite d'Ursula von der Leyen – joue sur deux tableaux : officiellement, il forme une majorité avec les sociaux-démocrates et les centristes, mais il allie aussi ses voix à celles de l’extrême droite pour s’opposer à certains textes du Pacte vert. Très récemment, cette majorité alternative a tenté de vider de sa substance un texte crucial luttant contre la déforestation et l'a finalement repoussé d’un an.
Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Luke Brown
Cette semaine, nous recevons Aurore Lalucq, députée européenne de l’alliance des socialistes et démocrates et présidente de la Commission des Affaires économiques et monétaires au Parlement européen. Elle revient sur la motion de censure qui a fait tomber le gouvernement en France et sur la manière dont Bruxelles perçoit cette crise politique.
En France, l’Assemblée nationale a voté cette semaine une motion de censure contre le gouvernement de Michel Barnier. Cette instabilité politique préoccupe nos voisins européens. "Il y a une grande inquiétude parce que nous connaissons le rôle de la France dans la construction européenne et son importance d'un point de vue économique", explique Aurore Lalucq.
La députée européenne justifie le vote de la motion de censure par son camp : "Il est très compliqué, quand on est un social-démocrate, de soutenir un gouvernement qui ne va chercher que du soutien du côté de l'extrême droite", note-t-elle. "Le responsable de cette situation, c'est Emmanuel Macron car il a dissous l'Assemblée nationale", ajoute Aurore Lalucq. Dans une tribune écrite avec le député européen Raphaël Glucksmann, elle appelle à présent toutes les forces opposées au Rassemblement national à travailler ensemble pour trouver un accord de non censure et à mettre en place un gouvernement provisoire.
"Les Français ont fait un effort et se sont mobilisés pour faire barrage au Rassemblement national, nous, les politiques, devons être à la hauteur", rappelle la députée. "Il y a cependant une réalité arithmétique qui fait que la gauche n'est pas majoritaire. Je le regrette, mais c'est ainsi. Notre responsabilité, c'est donner de la stabilité au pays", affirme-t-elle.
Une "vague idéologique d'extrême droite"En pleine crise politique, la France est également secouée par un mouvement social, marqué cette semaine par une grève nationale des enseignants. "Dans les pays de l'OCDE, nous faisons partie des pays qui payent le moins dans le domaine de l'éducation nationale. Nous sommes dans un pays où il y a très peu de dialogue social. Investir dans l’éducation, c'est une question sociale, mais c’est aussi une question économique d'investissement dans l'avenir du pays", ajoute-t-elle.
Alors que les agences de notation pourraient dégrader la note de la France, qui affiche un déficit budgétaire record de 6,1 %, la présidente de la Commission des Affaires économiques et monétaire estime qu’"elles n’ont pas à définir quelle doit être la politique économique et publique du pays". Si elle reconnaît la nécessité d’adopter "une trajectoire crédible" en termes d’économies, elle explique que "la capacité de la France à emprunter reste toujours forte".
Aurore Lalucq s'inquiète également de "la vague idéologique d'extrême droite" en Europe : "La social-démocratie doit se renouveler, être forte et avoir un discours clair. Elle doit protéger les Européens sur la question du pouvoir d'achat ou de la réindustrialisation."
"Non nous n’avons pas été assez engagés à l’Est"Au sujet de l’accord de libre-échange entre l’Union et les pays du Mercosur, que la France refuse de signer, Aurore Lalucq dit ne pas souhaiter "l'approfondissement de la mondialisation". "À la base, je n'ai rien contre les accords de commerce international", dit-elle. "Cependant, je pense que l'urgence aujourd'hui, c'est de réindustrialiser le pays." Alors qu’elle demande à la France de ne pas signer cet accord qui va, selon elle, engendrer des problématiques d'un point de vue environnemental et social, elle doute de la capacité d’Emmanuel Macron à parvenir à le bloquer : "La parole de la France est très dégradée au niveau européen", juge-t-elle.
En Géorgie, des manifestations ont lieu chaque jour depuis que le gouvernement du parti Rêve géorgien a suspendu le processus d'adhésion à l'Union européenne jusqu'en 2028. La députée européenne regrette : "Non nous n’avons pas été assez engagés à l’Est. Nous devons être plus présents. Pour moi, l’avenir de la Géorgie est en Europe".
Une émission préparée par Oihana Almandoz, Luke Brown, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Nous nous intéressons cette semaine à l’est de l'Europe, et plus précisément à la guerre hybride qu'y mène Vladimir Poutine. Ingérence dans les élections, financement de partis pro-russes, désinformation en ligne, sabotages d'infrastructures européennes, cyberattaques... tous les coups bas semblent permis dans cette phase de basse intensité du conflit qui oppose le Kremlin aux Européens alliés de l’Ukraine. Le 18 novembre, des câbles de télécommunication ont été endommagés en mer Baltique, six pays ont réagi en pointant la Russie du doigt.
Non seulement Moscou organise de vastes opérations de démoralisation des Ukrainiens via des fake news, mais cette désinformation intense s'étend aux pays voisins que Vladimir Poutine considère comme son pré-carré : la Moldavie qui, peu impressionnée, a réélu l'europhile Maia Sandu ; et surtout la Géorgie, où le parti qui clame la victoire au élections de fin octobre, Rêve Géorgien, a renoncé brutalement à l’adhésion à l’Union européenne.
Et au sein même du club des Vingt-Sept, que l’on croyait protégé de la propagande russe, celle-ci marque des points. En Roumanie, l’extrême droite connait une progression fulgurante, favorisée par le réseau chinois Tik Tok, et amplifiée par les robots russes.
Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Luke Brown
Cette semaine, nous recevons Mariya Gabriel, ancienne commissaire européenne et ancienne ministre bulgare des Affaires étrangères. Actuellement présidente de l'Institut Robert Schuman, le think tank du Parti populaire européen, elle revient sur la validation de la nouvelle Commission européenne et les défis qui l'attendent.
Le Parlement européen a validé cette semaine la nouvelle Commission européenne menée par Ursula von der Leyen, avec 370 voix pour et 282 contre. "C'est une Commission qui affirme des ambitions mais qui, au vu de la diversité de la majorité du vote, doit opérer avec beaucoup de minutie", explique Mariya Gabriel. "À cause des différentes sensibilités politiques, nous pourrions nous attendre à ce que la majorité soit relativement flottante. Or, aujourd'hui plus que jamais, l'Europe a besoin d'une majorité stable où chaque institution assume sa responsabilité de maintenir l'Europe unie", ajoute celle qui a siégé dans la précédente Commission.
Pour la première fois de l’histoire, un membre d’un parti d’extrême droite est nommé au poste de commissaire européen. Raffaele Fitto, un proche de la dirigeante italienne Giorgia Meloni, accède au poste de vice-président de la Commission européenne. Alors que les partis de gauche dénoncent la fin du "cordon sanitaire" qui empêchait jusqu'à présent l’extrême droite d’accéder à la Commission, Mariya Gabriel, une femme politique issue des rangs du PPE, rappelle que cette dernière "doit prendre en considération les résultats des élections européennes" de juin dernier : "C’est le respect démocratique de pouvoir respecter ce vote."
"Il faut laisser la chance à cette Commission, au moins en ce qui concerne les ambitions qu'elle affiche pour ses cent premiers jours", estime Mariya Gabriel. Compétitivité, emploi, innovation : les défis sont multiples selon l’ancienne commissaire européenne.
"Défendre l'Ukraine, c'est défendre notre propre sécurité"Au chapitre de la défense européenne, elle affirme "qu’aujourd'hui, plus que jamais, l'Europe a besoin d'investir massivement [dans ce secteur] pour ne pas avoir à compter sur d'autres pour assurer sa propre sécurité". Sur l'Ukraine en particulier, Mariya Gabriel appelle l’Union Européenne à "rester unie". "Défendre la sécurité de l'Ukraine, c'est défendre notre propre sécurité", détaille-t-elle. "Il faut éviter les erreurs faites par le passé, comme des appels entre différents pays sans prendre en considération l’avis des autres."
Au sujet de l’accord de libre-échange entre l’Union et les pays du Mercosur, que des pays comme la France ou la Pologne refusent de signer, Mariya Gabriel rappelle que "l'agriculture est un secteur-clé". Si elle agrée que "nous ne pouvons pas ignorer les demandes et les préoccupations de nos agriculteurs", elle ajoute que "la question n’est pas de s'opposer à tout traité de commerce et de libre-échange car l'Europe doit se positionner". "Face aux États-Unis ou à la Chine, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre de nouveaux marchés. Ceci doit se faire sur la base de la réciprocité et de la protection des intérêts des Européens", défend-elle.
Instabilité européenneEn Roumanie, le candidat d'extrême droite pro-russe, Calin Georgescu, est arrivé en tête du premier tour de l'élection présidentielle. La campagne du candidat menée sur l'application TikTok suscite aujourd'hui des suspicions. L'ancienne Commissaire en charge du Numérique rappelle qu'"aucun État européen n'est à l'abri de ce qui vient de se passer en Roumanie. Il faut trouver un équilibre entre la préservation de la liberté d'expression, le droit à l'accès à l'information sur les réseaux sociaux […] et la lutte contre la désinformation". "Il faut également prendre ses responsabilités par rapport aux contenus et avoir de la transparence algorithmique".
Son pays, la Bulgarie, a connu sept scrutins législatifs et cinq Premiers ministres en moins de quatre ans. À cela s’ajoute la menace de la propagande russe. "La Bulgarie a une position géostratégique extrêmement importante", souligne Mariya Gabriel. "Il est important d'avoir dans le pays des responsables politiques qui tiennent parole, qui ont le sens du dialogue et du compromis car quand ces forces pro-européennes, pro-Otan ne s'entendent pas, cela ouvre une brèche aux forces pro-russes, et aux populistes de toutes sortes."
Même remarque dans le cas de la France. Alors que le pays connaît un déficit budgétaire record et que son gouvernement risque d’être visé par une motion de censure, Mariya Gabriel estime que "l’UE a toujours eu et a toujours besoin d'une France qui soit stable et solide. Il faut outrepasser ces petits calculs politiciens ou strictement liés à des élections afin de gouverner pour le bien des citoyens et pour le bien de l’Europe", conclut-elle.
Une émission préparée par Oihana Almandoz, Luke Brown et Perrine Desplats
En 2024, 22 millions d’Européens, soit environ 8 % des adultes, ont consommé du cannabis, 4 millions de la cocaïne et près de 3 millions de l’ecstasy, et ces chiffres sont amenés à augmenter. Le trafic de stupéfiants génère des dizaines de milliards d’euros de chiffre d'affaires en Europe, où les États membres détiennent toutes compétences sur la question de la drogue. Certains ont légalisé le cannabis dans l’espoir d’assécher ce marché illégal juteux : le Luxembourg, Malte et l’Allemagne depuis avril 2024. Quel en a été impact sur le narcotrafic, alors qu’on constate que la violence des gangs a augmenté considérablement ces dernières années ?
Une émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Luke Brown
À voir aussiBruxelles, nouvelle plaque tournante du trafic de drogue en Europe
Cette semaine, nous recevons Stefano Sannino, secrétaire général du Service européen d’Action extérieure – qui dirige les ambassadeurs de l’Union européenne (UE) à travers le monde –, et ancien diplomate italien. Guerre en Ukraine, conflit au Proche-Orient ou élection de Donald Trump, il commente les multiples crises auxquelles l’UE doit faire face.
Face à la multiplication des crises et des conflits dans le monde, l’Union européenne se trouve dans une période d’incertitude. Selon Stefano Sannino, la situation est inédite : "Nous sommes dans une situation dans laquelle nous vivons des crises presque permanentes. Nous parlons de permacrises. Nous passons d’une crise à l’autre."
Le conflit en Ukraine est au cœur des préoccupations des Vingt-Sept. "Il y a une volonté de continuer à soutenir l'Ukraine", affirme le secrétaire général du Service européen d’Action extérieure. "Le soutien à l'Ukraine, ce n'est pas seulement un soutien à ce pays, c'est aussi une ligne de défense pour l'UE en tant que telle", ajoute-t-il. Le diplomate reconnaît la situation critique dans laquelle se trouvent les Ukrainiens qui s'apprêtent à vivre leur troisième hiver de guerre. "Les armements commencent à être moins présents. Il y a un déséquilibre très fort entre les capacités militaires de la Russie et les capacités militaires de l'Ukraine", dit-il.
À la suite de la décision des États-Unis d’autoriser l’Ukraine à utiliser les armes longue portée contre la Russie, Stefano Sannino explique : "La décision de [Joe] Biden est une réponse à celle de Vladimir Poutine d’envoyer des soldats nord-coréens sur le front ukrainien. L'escalade militaire a commencé à Moscou", martèle-t-il. "Maintenant, les Ukrainiens peuvent aussi attaquer. Il y a une volonté encore très forte de leur part de défendre leur territoire", estime-t-il. Cette décision des États-Unis a entraîné une riposte de Vladimir Poutine qui menace à nouveau d’avoir recours à l’arme nucléaire. À ce sujet, Stefano Sannino appelle à la prudence : "Nous ne pouvons pas sous-estimer ces risques dans le contexte d'une guerre".
L’embrasement du conflit au Proche-Orient est un autre défi pour l’Union européenne qui tente de peser dans l’établissement d’un processus de paix. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, appelle à la suspension du dialogue politique entre l'UE et Israël. Proposition à laquelle s’opposent plusieurs pays tels que la République Tchèque. "Ce n’est pas facile de trouver un terrain d’entente entre les Vingt-Sept", admet Stefano Sannino. S’il y a un point sur lequel s’accordent les pays membres, c’est la mise en place urgente d’un cessez-le-feu. "Tout le monde est d'accord pour cela. La souffrance du peuple palestinien est terrible et tous nos efforts doivent aller dans cette direction. Il faudra aussi faire tous les efforts possibles pour libérer les otages", ajoute Stefano Sannino.
En ce qui concerne l’accord de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur, que des pays comme la France ou la Pologne refusent de signer, Stefano Sannino "espère que l’on va trouver un accord : cela pourrait également nous donner un coup de pouce politique dans nos relations avec ces pays", commente-t-il.
Autre défi pour l’UE : l’élection de Donald Trump. Le diplomate rappelle que les États-Unis sont "peut-être le partenaire le plus important de l'Union européenne". Face à l’attitude très isolationniste du futur président américain qui souhaite imposer des droits de douane supplémentaires à l’UE, Stefano Sannino estime que "Donald Trump est un négociateur qui comprend ce que représente un deal". S’il reconnaît que chaque État membre à ses propres relations bilatérales avec les États-Unis, "il faut parler ensemble et avec une voix unique car cela nous donne beaucoup plus de force dans la négociation".
Au sujet des relations avec l’Afrique, continent où l’influence de l’UE diminue au profit de celle de la Russie ou de la Chine, le patron des ambassadeurs européens veut voir en l'Afrique "une grande opportunité et pas seulement un défi, un problème". "La question est comment faire en sorte que l'Afrique puisse avoir un poids beaucoup plus grand dans sa capacité de décision, dans la résolution de ses propres crises et à travailler avec l'UE de manière plus utile pour les deux parties. Il faut être sur un pied d'égalité avec l'Afrique, voir quels sont leurs intérêts et quels sont nos intérêts", conclut-il.
Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Luke Brown
Nous parlons aujourd'hui de commerce international alors que l’Union européenne s’apprête à signer l’accord de libre-échange le plus important de son histoire. Un accord avec le Mercosur qui regroupe certains pays d’Amérique du Sud, comme le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. Cette levée des droits de douane sur de nombreux produits concerne plus de 700 millions de consommateurs des deux côtés de l’Atlantique et représente 45 milliards d’euros d’échanges commerciaux.
Mais cet accord ne fait pas l’unanimité au sein des 27 États membres de l’Union européenne. En tête, la France s’oppose à ce traité qui fragiliserait ses agriculteurs, alors que l’Allemagne veut doper ses exportations. Un accord de libre-échange d’autant plus désiré par la Commission européenne qu’elle s’inquiète, après l’élection de Donald Trump, d’une hausse des droits de douane américains de 10 à 20 %, ce qui pourrait provoquer une guerre commerciale.
Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Luke Brown
Cette semaine, nous recevons Younous Omarjee, vice-président français du Parlement européen, membre du groupe de La Gauche (LFI). Il commente les auditions des futurs commissaires européens, notamment celle du Français Stéphane Séjourné qui a porté sur le Mercosur. Younous Omarjee s'exprime aussi sur les conséquences de l’élection de Donald Trump pour les Européens.
À la suite des auditions des futurs commissaires européens à Bruxelles, plusieurs nominations pourraient être retoquées par les eurodéputés, sur fond de conflits politiques entre les différents partis : "C'est un moment qui doit être envisagé très sérieusement et nous regrettons évidemment la manière dont cela se déroule depuis le début, cela affaiblit considérablement le Parlement européen", explique Younous Omarjee, vice-président du Parlement sur France 24. Il regrette les considérations politiques "qui entrent en ligne de compte et qui viennent parasiter ces auditions. Il y a encore une incertitude [sur leur issue, ndlr] car les grands groupes n'arrivent pas à se mettre d'accord. C’est une crise politique", regrette-t-il.
Au cœur de la polémique, l'Italien Raffaele Fitto, nommé par Giorgia Meloni et issu de son parti de droite radicale Fratelli d'Italia : "Il aurait été surprenant que Giorgia Meloni nomme un gauchiste à la Commission européenne", reconnaît Younous Omarjee. "Raffaele Fitto a été poussé dans ses retranchements sur la question de sa maîtrise des enjeux en matière de politique de cohésion, mais également sur un certain nombre de dimensions politiques. Chaque commissaire doit en réalité porter des valeurs de l’UE et des droits fondamentaux. Il est évident que notre groupe ne va pas accepter ce candidat", explicite-t-il. Le vice-président du Parlement européen questionne les intentions de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen :"Il y a une nouvelle possibilité de majorité dans le Parlement européen qui se dirige à droite toute", regrette-il. "Il y a un risque très élevé que nous entrions dans un moment de déconstruction de toutes les avancées obtenues en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de défense des droits fondamentaux et de défense des droits des femmes."
"Organiser une minorité de blocage sur le Mercosur"En ce qui concerne l’audition du Français Stéphane Séjourné, candidat au poste de commissaire européen à la stratégie industrielle, "elle s'est passée dans les formes acceptables". Elle a notamment porté sur la question de la signature des accords du Mercosur alors que le Premier ministre français Michel Barnier a dit qu’il ne l'accepterait pas. Le vice-président du Parlement critique la toute-puissance de la Commission européenne qui négocierait directement ces accords, sans consulter ni les États membres ni le Parlement européen. "Les affirmations du Premier ministre qui consistent à dire que la France refusera le Mercosur doivent véritablement être suivies d'effet. La France doit organiser au sein du Conseil européen une minorité de blocage de cet accord. C'est le seul moyen de pouvoir faire reculer la Commission européenne qui a fait le choix de tuer une partie de l'agriculture européenne", estime Younous Omarjee.
Concernant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, l’eurodéputé insoumis estime que "c’est le moment pour l'Union d'exister en tant que puissance. Il y a une ambiguïté stratégique chez Donald Trump et une très grande imprévisibilité dans la manière dont il va conduire sa politique internationale". Il rappelle la responsabilité des Européens à continuer de soutenir l’Ukraine face à la Russie. Le vice-président concède tout de même des divergences d’opinion au sein des Vingt-Sept au sujet de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. "Nous ne sommes pas du tout préparés", ajoute-t-il à propos de cette possible adhésion.
Enfin, interrogé sur le procès des assistants parlementaires du Rassemblement national, accusé de détournement de fonds du Parlement européen, Younous Omarjee estime qu’il n'y a pas de procès politique, alors que le parquet réclame une peine d'inéligibilité pour tous les prévenus, dont Marine Le Pen. "Il y a eu la constatation par le Parlement européen de la violation des règlements du Parlement européen qui s'imposent à l'ensemble des groupes politiques”, conclut le vice-président de l'institution, qui s’est portée partie civile.
Emission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Luke Brown
Agenda chargé pour le nouveau ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères : Jean-Noël Barrot, en poste au Quai d’Orsay depuis moins de deux mois, est déjà confronté aux nombreuses conséquences de la victoire de Donald Trump, ainsi qu’une crise diplomatique avec Israël. Le nouveau chef de la diplomatie française nous propose un tour d’horizon.
Sur l’élection de Donald Trump, Jean-Noël Barrot rappelle que "le choix du peuple américain est souverain". Et même si l’arrivée d’un Trump comme locataire de la Maison Blanche change la donne, "nous avons survécu à 59 élections présidentielles américaines. Nous survivrons évidemment à la 60e".
Pour le ministre, les pays européens ont changé depuis le premier mandat de Donald Trump en 2016 : "Nous nous préparons à cette transformation du monde qui est à l'œuvre, en appelant l'Europe à se donner les moyens de sa souveraineté et de son indépendance, comme le président de la République l'a fait dès 2017 dans son premier discours de la Sorbonne."
Risque de guerre commerciale transatlantiquePremier point de rupture avec la prochaine administration Trump, la possibilité d’une guerre commerciale entre l’Union européenne et les États-Unis, qui ont élu le candidat dont le slogan de campagne était "America First". Pour le ministre français des Affaires étrangères, le bloc des Vingt-Sept doit faire valoir ses atouts commerciaux : "L'Union européenne est le premier partenaire commercial des États-Unis d'Amérique. C'est pourquoi, pour les États-Unis, appliquer des droits de douane de manière indiscriminée et massive à l'Europe serait une erreur de calcul majeure [...]. Si l'administration Trump devait persister, alors nous défendrons nos intérêts agricoles, industriels et commerciaux avec une volonté de fer et sans trembler."
En effet, Jean-Noël Barrot se félicite d’une unité retrouvée et renforcée au niveau européen : "L'Europe a changé [...]. L'Europe a décidé d'appliquer elle-même des droits de douane sur les véhicules électriques chinois, considérant que les subventions dont bénéficient les entreprises chinoises aujourd'hui sont désavantageuse pour les entreprises européennes. Donc, nous avons construit des moyens de rétorsion."
"Conséquences extrêmement lourdes"Sur la politique de Donald Trump envers l'Ukraine, Jean-Noël Barrot veut croire que le président-élu est "trop avisé pour devenir celui qui avalise la plus grande annexion territoriale depuis 75 ans". Un retrait du soutien américain aux Ukrainiens aurait des "conséquences extrêmement lourdes", car "ce serait consacrer définitivement la loi du plus fort", selon le ministre, qui "ne crois pas qu’il voudra faire des cadeaux à Vladimir Poutine".
Sur le risque que la nouvelle administration Trump se détourne de la sécurité du Vieux Continent, Jean-Noël Barrot réclame un sursaut de la part des partenaires européens : "Il y a quelque chose qui doit évoluer. Si les États-Unis ont d'autres priorités stratégiques que la défense de l'Europe, c’est qu'il nous faut donc progresser dans la direction que nous indiquons depuis des années, c'est-à-dire le développement d'une industrie de défense, le relèvement de nos dépenses et une intimité toujours plus grande entre les armées européennes."
Il insiste également sur la nécessité, pour des pays comme la France, l'Allemagne ou la Pologne, qui augmentent leurs dépenses de défense, de privilégier l'industrie européenne. "Il serait inacceptable que nous augmentions les dépenses en matière de défense si cela ne crée pas des emplois et des entreprises", a-t-il souligné.
"Une situation inacceptable" entre la France et IsraëlAprès l'incident diplomatique sur un site français à Jérusalem, la France a convoqué l'ambassadeur israélien au Quai d'Orsay. Le ministre estime avoir apporter une réponse ferme et mesurée : "Dans l'échelle des sanctions diplomatiques, la convocation d'un ambassadeur est le premier degré [...]. Nous considérons cet incident comme extrêmement grave ; la France n’acceptera pas qu'un tel acte se reproduise." Il se félicite par ailleurs des sanctions de l’UE contre le processus de colonisation israélienne en Cisjordanie, et prévient que qu'"un troisième round de sanctions contre les colons" est en préparation.
Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Luke Brown.
Pour marquer la semaine pour l'emploi des personnes handicapées dans l'Union Européenne qui se tient du 18 au 24 novembre, notre débat pose la question : l’Union européenne est-elle à la hauteur de ce rendez-vous ? Environ 100 millions de personnes présentent un handicap sur le Vieux continent, avec des inégalités encore très fortes : trois personnes valides sur quatre ont un emploi, contre à peine la moitié des personnes handicapées.
Plus touchés par la précarité et faisant face à des difficultés de mobilité, une personne en situation de handicap sur deux s’estime victime de discrimination.
Début octobre, le Conseil a adopté deux nouvelles directives portant sur la carte européenne du handicap et sur la carte de stationnement européenne. Deux documents qui leur permettront d’avoir les mêmes droits dans tous les pays de l’Union.
Mais ces avancées mettront près de trois ans à entrer en vigueur. Alors le handicap sera-t-il vraiment une priorité de la nouvelle Commission et du nouveau Parlement ?
Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Luke Brown
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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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