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À l’occasion de la Journée de l’Europe, célébrée place de la République, à Paris, le samedi 9 mai, nous vous proposons un grand débat public et télévisé, réalisé en partenariat avec le bureau en France du Parlement européen, la représentation de la Commission européenne et la mairie de Paris.
Il y a 76 ans, à la sortie d’une guerre fratricide, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, proposait la création d'une Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), pour réconcilier les pays et les peuples.
Depuis, l’Europe a bien grandi, mais elle est de nouveau confrontée à la guerre, cette fois à ses portes, en Ukraine. Alors que pour son second mandat, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, voulait une Union plus géopolitique, quelle est la place de l'Union européenne dans le monde ?
Emission préparée par Isabelle Romero, Agnès le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Luke Brown
À l’occasion de la Journée de l’Europe célébrée place de la République, à Paris, samedi 9 mai, nous vous proposons un grand débat public et télévisé, réalisé en partenariat avec le bureau en France du Parlement européen, la représentation de la Commission européenne et la mairie de Paris.
Il y a 76 ans, à la sortie d’une guerre fratricide, Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères français, proposait la création d'une Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), pour réconcilier les pays et les peuples.
Depuis, l’Europe a bien grandi, mais elle est de nouveau confrontée à la guerre, cette fois à sa porte, en Ukraine. Alors que pour son second mandat, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen voulait une Union plus géopolitique, quelle est la place de l’UE dans le monde ?
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Agnès le Cossec et Luke Brown
Cette semaine, nous recevons Marcos Perestrello, président de l'Assemblée parlementaire de l'Otan. Il encourage les investissements européens dans sa défense et croit possible un maintien des bonnes relations transatlantiques.
Face aux multiples conflits dans le monde, Marcos Perestrello explique que l'OTAN est actuellement confrontée à "l'environnement de sécurité le plus dangereux et le plus imprévisible depuis des générations." Au-delà d'une "situation très instable et imprévisible", les alliés de l'OTAN, principalement l'Europe et le Canada, font face, selon lui, à une forte pression pour accroître leurs investissements dans la défense : "La pression est très forte et ce depuis quelques décennies. Cela ne date pas d'aujourd'hui et ne vient pas que du président Trump. C'est une pression qui date d'il y a bien plus longtemps".
Il reconnaît cependant que la pression s'est accrue sous la présidence de Donald Trump : "La pression a été plus forte et plus verbale. Les mots choisis sont plus forts et souvent pas diplomatiques." Selon lui, cette pression a permis de se mettre d'accord sur "l'objectif final" : "Créer une OTAN plus forte du point de vue militaire et avoir une Europe des alliés européens capable de soutenir sa défense, au moins dans les moyens conventionnels."
"Plus de capacité militaire aux Ukrainiens"
Marcos Perestrello, également ancien secrétaire d'État portugais socialiste à la défense nationale, estime que "pour mettre fin à la guerre en Ukraine, il faut mettre plus de pression économique sur la Russie [...] et donner plus de capacité militaire aux Ukrainiens." La coopération militaire entre l'Union européenne (UE) et l'Ukraine est essentielle selon le président de l'assemblée parlementaire de l'Otan : "L'Ukraine et les pays alliés de l'OTAN travaillent ensemble au développement de nouvelles technologies capables de faire la différence sur le champ de bataille. [...] Les pays alliés ont des choses à apprendre de l'expérience militaire des Ukrainiens."
Selon lui, même si "l'OTAN ne prend pas part aux combats en Ukraine", les pays européens jouent un rôle important dans le soutien militaire au pays "avec les armes, les munitions, les équipements fournis pour résister à l'invasion de la Russie." Alors que les Etats-Unis de Donald Trump ont réduit leur soutien à l'Ukraine, Marcos Perestrello estime qu'il existe "une liste d'équipement prioritaire que les Américains mettent à disposition, indispensables pour les Ukrainiens."
"J'espère que le retrait de soldats ne va pas être une réalité"
Le président des Etats-Unis a annoncé vouloir retirer au moins 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne, voire plus dans le reste de l'Europe. Marcos Perestrello s'inquiète de ce désengagement : "Ce n'est pas dramatique mais ce n'est pas une bonne nouvelle. [...] Pour que l'Europe acquiert son autonomie en termes de défense et réduise sa dépendance aux États-Unis, il faudrait au moins cinq ou dix ans et de grands investissements, notamment pour le recrutement de nouveaux personnels."
Il tempère néanmoins ces annonces : "La rhétorique politique répond souvent à des objectifs de politique interne. Mais cette rhétorique politique a des effets négatifs pour la sécurité européenne. Tous les chefs d'État doivent être plus prudents dans leurs déclarations. [...] J'espère que cette annonce d'un retrait de soldats ne va pas se transformer en réalité. Mais ce que dit le président américain n'a pas toujours des conséquences en pratique. Parfois, la rhétorique est différente de l'action politique des pays."
"Les Européens sont en train de faire des investissements dans la défense"
Face à la pression américaine, les dirigeants européens ont accepté d'augmenter leurs dépenses militaires jusqu'à 5 % de leur PIB d'ici 2035. Alors que les dépenses militaires ont diminué aux États-Unis en 2025, elles ont augmenté de 14 % en Europe, pour atteindre 735 milliards d'euros. Selon Marcos Perestrello, tout le monde "a besoin de faire plus d'investissement" dans la défense : "Les Européens sont en train de faire cet investissement et c'est important de le montrer aux Américains, de le leur dire."
Dans le conflit au Moyen-Orient, après les frappes américano-israéliennes en Iran, les Etats-Unis ont reproché aux Européens leur manque de soutien, ce que réfute Marcos Perestrello : "Le soutien que les Américains ont demandé aux Européens a été donné, à quelques petites exceptions près. Mais globalement, les Américains ont été soutenus par les Européens dans cette opération. L'opération est compliquée et très préjudiciable pour l'Europe, mais c'est positif que les pays européens soient disponibles pour faire des opérations de manutention dans le détroit d'Ormuz par exemple. [...] Nous ne savons pas très bien comment les choses vont évoluer mais il faut stabiliser la situation et c'est positif d'avoir une disponibilité des pays européens."
Emission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Agnès Le Cossec
9 pays sont dans une procédure d'adhésion à l'Union européenne : Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Moldavie, Ukraine, Géorgie, Turquie. Le club européen semble faire de plus en plus envie, à tel point que l’Islande pourrait également réintroduire une demande d’adhésion.
Si la popularité renouvelée de l'Union réjouit ses membres, ils sont tout de même inquiets des conséquences possibles d'un élargissement. Plusieurs voix s'élèvent ainsi pour qu'un pays ravagé par la guerre comme l'Ukraine ou d'autres menés par la corruption n'aient pas accès à une procédure accélérée et incomplète pour des raisons géopolitiques.
Vous pouvez lire ici l'intégralité du débat sur la stratégie d'élargissement de l'UE lors de la session plénière du 10 mars 2026 au Parlement européen.
Émission préparée par Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Perrine Desplats.
L'Europe est toujours sous le coup des injonctions et manœuvres contraires de la Russie, des États-Unis et même de la Chine, alors qu'elle cherche la voie de l'émancipation et de l'indépendance. Pour en parler, nous recevons Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne et commissaire français chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle.
L’Union européenne a approuvé un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, destiné à couvrir ses besoins jusqu’en 2027. Un soutien massif, mais qui ne masque pas les divisions persistantes entre États membres sur la question de son adhésion. Le chancelier allemand a même laissé entendre que Kiev pourrait devoir concéder certaines parties de son territoire pour parvenir à un accord de paix, voire ouvrir la voie à une future intégration européenne.
"Il faut continuer à soutenir l’Ukraine. C’est l’engagement qu’on a pris au niveau européen, [...] et on a trouvé les voies et les moyens de pouvoir continuer à soutenir l’Ukraine sans argent public européen, mais avec un prêt qui est garanti sur des avoirs russes", explique Stéphane Séjourné.
Sur le front diplomatique, la situation reste bloquée : les discussions entre Kiev et Moscou sont aujourd’hui "au point mort". Dans ce contexte, "la question de l’adhésion apparaît trop anticipée du côté de la Commission. Les modalités d'une éventuelle adhésion sont en réalité très liées aux garanties de sécurité qu’on doit à l’Ukraine."
Autre sujet de tension : l’offensive israélienne au Liban relance le débat sur une possible suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. L’Espagne, l'Irlande, la Slovénie poussent et réclament cette suspension ainsi qu'une grande pétition citoyenne.
"Ce n’est pas à la Commission de s’exprimer sur ce sujet", affirme Stéphane Séjourné, tout en reconnaissant que "le fait d’avoir mis le sujet sur la table est déjà un signal de mécontentement d’une partie des États membres". Faute d’unanimité entre les Vingt-Sept, une suspension semble aujourd’hui hors de portée : "La Commission disposera, s’il y a une unanimité, pour revenir sur cet accord, mais à ce stade, ce n’est pas le cas", précise-t-il.
Vers une "préférence européenne"Le 4 mars dernier, Stéphane Séjourné a présenté son projet de loi sur l'accélération industrielle (IAA) pour voir l'industrie remonter à 20 %, comme elle était en 1990, contre 14 % aujourd'hui. "On est inondés de produits chinois sur le marché européen, souvent dans des secteurs qui sont clés et qui sont stratégiques, avec des dépendances qui ne sont pas aujourd'hui acceptables au vu de la géopolitique, des incertitudes que nous vivons", détaille Stéphane Séjourné. "Sur ces questions, nous proposons de rajouter une clause de préférence européenne [...] pour éviter que cette industrie ne disparaisse dans les cinq ou dix prochaines années si nous ne faisons rien", poursuit-il.
Le commissaire français à la prospérité et à la stratégie industrielle propose également de se doter de règles sur les investissements étrangers en Europe, qui exigeraient le transfert de technologie et un partenariat avec les industries du continent. "C'est en quelque sorte remettre aux standards internationaux un marché de 450 millions de consommateurs qui est l'Union européenne, avec des marchés comparables comme les États-Unis ou la Chine", détaille-t-il.
Une démarche "Made in Europe" qui a provoqué la colère de Pékin. La Chine a menacé de riposter si l’Union européenne adoptait son projet d’accélérateur industriel sans tenir compte de ses intérêts. "Nous ne le faisons pas contre la Chine, nous ne le faisons pas contre les États-Unis, nous le faisons pour nous-mêmes, pour réduire nos dépendances stratégiques et pour garantir aux États membres l'ensemble des industries qui sont nécessaires à leur souveraineté énergétique", répond Stéphane Séjourné, avant d’ajouter que "la Chine reste un partenaire commercial, mais il faut rétablir une forme d'équilibre de nos relations".
Mercosur, Australie : des accords contestés au sein de l’UELes accords avec le Mercosur entrent en application provisoire le 1ᵉʳ mai 2026, mais ils sont déjà contestés. La Pologne prévoit un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne. En parallèle, un projet d’accord avec l’Australie ravive les inquiétudes du monde agricole.
Derrière ces tensions, une question de fond : l’Union européenne peut-elle encore conclure de grands accords internationaux tout en obtenant l’adhésion en interne ?
Pour Stéphane Séjourné, "il nous faut des accords commerciaux pour diversifier les secteurs d’exportation et aller chercher d’autres marchés, afin de réduire la part d’influence des marchés américains et des marchés chinois à l’importation".
Émission préparée par Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Aline Bottin
En Hongrie et en Bulgarie, les récents résultats des élections législatives promettent de chambouler la dynamique de l'Union européenne. Les Hongrois ont mis fin au règne de Viktor Orban, dont les 16 années au pouvoir ont été synonymes de mainmise sur la justice, les médias, l'économie et la société civile. La Bulgarie a quant à elle fait le choix de Roumen Radev, président pendant dix ans devenu Premier ministre sur un discours anti-corruption, mais aussi pro-russe.
En Italie, Giorgia Meloni, qui a perdu son référendum sur une réforme controversée de la justice, est accusée de contrôler de plus en plus les médias. Incertitude aussi en Pologne, où Donald Tusk peine à réformer un État de droit verrouillé par le parti ultraconservateur Droit et Justice, au pouvoir avant lui.
Alors, quelles sont les perspectives de l'État de droit dans l'Union européenne ?
Émission préparée par Oihana Almandoz, Isabelle Romero, Perrine Desplats et Aline Bottin
Cette semaine, nous recevons Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur et ancien ministre français de l’Economie. Il commente la position de l’UE sur le conflit au Moyen-Orient et salue la victoire de Peter Magyar en Hongrie, signe de renouveau pour le pays.
Alors qu’un cessez-le-feu est en cours entre l’Iran et les États-Unis, Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur estime que "les Européens ne sont pas concernés" car n’ayant pas été "informés de cette guerre, ni consultés."
Selon lui, "Benjamin Netanyahu tente depuis des années de convaincre les présidents américains successifs de le rejoindre dans une guerre contre l’Iran". "Il a essayé avec Barack Obama, cela n'a pas marché. Il a essayé avec Donald Trump pendant son premier mandat, puis Joe Biden, cela n'a pas marché. Puis, il a convaincu Trump."
"C'est un choc des prix, temporaire et artificiel"Les prix du gaz ont bondi de 70 % et ceux du pétrole de 60 % dans l’Union européenne (UE) en conséquence des frappes américano-israéliennes sur des infrastructures énergétiques et du blocage du détroit d’Ormuz. 22 États membres ont déjà introduit plus de 120 mesures non coordonnées, pour un coût de plus de 9 milliards, afin de faire face à cette hausse des prix de l’énergie. Ce que déplore la Commission européenne qui souhaite faire adopter une posture commune.
Thierry Breton incite les États membres à ne pas "gagner d’argent grâce à cette situation" car il s’agit d'"un choc des prix, temporaire et artificiel" selon lui : "Cette situation est la conséquence du choix d'un homme, Donald Trump, d'avoir rejoint cette guerre. Pour les Européens, il me semble qu'aucun pays ne doit gagner de l'argent de façon indue."
Il prend l’exemple de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en France, payée par les consommateurs sur les achats de carburant : "Cette TVA va générer des revenus supplémentaires. À chaque tranche de 10 dollars d'augmentation du prix du baril de pétrole, l'État engrange entre 30 et 60 millions d'euros supplémentaires par mois en TVA. [...] Il faut redistribuer l'intégralité de ces montants à ceux qui en ont le plus besoin, qui sont le plus impactés. Par exemple les agriculteurs, les marins-pêcheurs, les transporteurs, ou tous ceux qui ont besoin de leur voiture, notamment dans le domaine de la santé et de l'accompagnement des personnes." Il salue le cessez-le-feu : "Il est normé et donc dans le cadre, il y a encore des négociations."
"Je propose d’imposer une sorte de rigueur en France"Avec un déficit public à 5,1 % du produit intérieur brut en 2025, la France dépasse largement la règle européenne instaurant que celui-ci ne doit pas excéder les 3 %. Thierry Breton, ancien ministre français de l’Economie, prône "une discipline nouvelle, comme les Allemands l'ont fait en 2009" : "L’Allemagne s’est interdit d'avoir des budgets en déficit. [...] Je propose d’imposer une sorte de rigueur en France, non pas à zéro, mais à 1 % de déficit car nous avons des dépenses supplémentaires par rapport à d'autres pays, notamment le financement de la dissuasion nucléaire, qui peut être utile à d'autres États."
ll propose, à l’horizon 2032, d’atteindre les 1 % du PIB en termes de déficit et de ne plus dépasser cette limite après cette échéance : "C'est tout sauf de l'austérité, il s’agit seulement de reprendre le contrôle. Nous payons les intérêts de notre dette beaucoup trop cher. [...] Je parle à l'ensemble des chefs de partis politiques pour les convaincre que c'est la bonne solution."
"Nous n’avons jamais vu une telle ingérence dans une élection"En Hongrie, la victoire écrasante de Peter Magyar aux élections législatives va mettre fin aux 16 ans de règne du nationaliste Viktor Orban. Le futur Premier ministre a annoncé vouloir restaurer un État de droit fonctionnel notamment en termes de justice ou de liberté de la presse avec pour objectif de récupérer une partie des fonds européens gelés à cause des manquements de Viktor Orban.
À lire aussiHongrie : Péter Magyar, l'ancien disciple de Viktor Orban devenu le visage de l'alternance
Thierry Breton s’insurge de l'implication des États-Unis dans cette élection, notamment de la venue du vice-président JD Vance pour soutenir le candidat du Fidesz : "Nous n’avons jamais vu une telle ingérence d'un pays étranger dans une élection. C'est absolument inédit. [...] A quelques jours des élections, le vice-président s’y est rendu pour dire comment il fallait voter."
Selon lui, cela n’a pas suffi à faire basculer le vote en faveur de Viktor Orban : "Qu'ont dit les Hongrois aujourd'hui ? Être soutenu par le mouvement 'MAGA' (Make America Great Again), cela ne marche plus. [...] Tous ceux qui se sont revendiqués précisément de cette connexion, de cette amitié, aujourd'hui s'en mordent les doigts parce qu'ils voient bien comment réagissent les citoyens européens à cette volonté de vassalisation absolue de l'Europe, qui est totalement inacceptable pour nous."
Il est optimiste quant à l’avenir de la Hongrie : "Ce sera compliqué évidemment de changer plusieurs années de Fidesz en Hongrie mais Peter Magyar à la majorité des deux tiers au Parlement, ce qui va lui donner le moyen de faire beaucoup. Nous sommes dans une nouvelle phase politique."
Emission préparée par Aline Bottin, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Nous respirons, buvons et ingérons quotidiennement des microparticules nocives pour notre santé : les Pfas, ou polluants éternels. Utilisés pour leurs propriétés antiadhésives, leur résistance à l’eau à la chaleur, les Pfas sont omniprésents dans les produits que vous utilisez, des cosmétiques aux ustensiles de cuisine, en passant par les vêtements. 10 000 substances de ce type sont recensées ! Elles mettent énormément de temps à se décomposer, ne sont pas recyclables, d’où leur nom courant de "polluants éternels".
En mars dernier, un rapport de l’agence européenne des produits chimiques alerte sur leur dangerosité pour notre santé, à l’origine de cancers et de problèmes de reproduction. Alors que 100 000 sites industriels en Europe rejettent ces polluants éternels, ce rapport préconise une interdiction large de ces substances.
L'industrie – de la santé, la tech ou l’énergie – redoute une interdiction totale et menace de délocaliser faute d'alternatives crédibles. La Commission privilégie une restriction progressive débutant par la consommation courante, avec une loi attendue pour 2027.
Si rien n’est fait, la dépollution des Pfas pourrait coûter aux États européens jusqu’à 1 700 milliards d’euros d’ici à 2050.
Retrouvez la procédure du Parlement européen sur la protection des eaux souterraines contre la pollution et les normes de qualité environnementales dans le domaine de l'eau ici.
Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
Les eurodéputés observent avec attention les prix de l’énergie depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Le cessez-le-feu conclu par Donald Trump et les Iraniens va-t-il mettre fin au spectre d’un choc pétrolier et gazier majeur, subi par les Européens ?
Malgré ses efforts, l’Union européenne dépend toujours des importations pour 55 % de sa consommation énergétique. Ses États membres cherchent à être plus indépendants, notamment du pétrole et du gaz russe depuis la guerre en Ukraine. Même si certains pays comme la Hongrie et la Slovaquie s’alimentent toujours avec le pétrole de Moscou.
Parmi les pistes pour atteindre la souveraineté énergétique se trouvent les renouvelables et le nucléaire, qui font débat entre les Vingt-Sept, chaque État membre défendant son mix énergétique idéal.
Regarder l'intégralité du débat du Parlement européen sur la sécurité énergétique de l'UE (25 mars 2026) ici.
Émission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Perrine Desplats
Face aux crises qui secouent le monde agricole - colère contre le Mercosur et hausses de carburant liées à la guerre du Moyen-Orient - le Luxembourgeois Christophe Hansen, Commissaire européen à l’Agriculture et à l’Alimentation, s’exprime sur l’impact que l’actualité a sur ce secteur bousculé. S’il défend les accords commerciaux, il détaille les solutions de la Commission pour accompagner les agriculteurs et l’importance de la Politique agricole commune. Il réagit aussi aux récentes épidémies qui ont touché les bovins et donne son point de vue sur les conditions d'une réelle sécurité alimentaire et de l'éventuelle adhésion de l'Ukraine à l'UE.
Après plus d’un mois de guerre en Iran, la flambée des prix du diesel mais aussi des engrais impacte directement les agriculteurs et leurs moyens de production. "Sans compter les flux commerciaux", explique Christophe Hansen "parce qu'on exporte beaucoup de nos biens agricoles vers ces pays qui sont en guerre actuellement. On suit de très près les marchés évidemment. La crise en cours peut avoir un impact très grave sur notre production européenne".
Sur la question très sensible du Mercosur, le Commissaire Hansen justifie la décision d’Ursula Von der Leyen de mettre en œuvre provisoirement cet accord de libre échange avec des pays d’Amérique du Sud, malgré le vote du Parlement européen pour saisir la cour européenne de justice. "Ursula von der Leyen agit sur mandat des États membres". Si la France, comme d’autres Etats étaient contre, "la majorité est là, les traités sont là aussi pour être respectés". Par ailleurs, le Commissaire Hansen met en avant les clauses de sauvegarde spécifiques négociées et l’opportunité pour des secteurs en crise comme les vins et spiritueux d’y trouver de nouveaux débouchés.
"Augmentation des maladies animales"Sur l’accord commercial signé avec l’Inde Christophe Hansen rappelle : "Nous avons décidé d'exclure par exemple la viande bovine, mais aussi des produits comme le riz ou encore le sucre qui sont des secteurs sensibles pour l'Union européenne". Idem pour le récent accord avec l’Australie où les négociations ont tenu compte, pour les quotas de viande, du niveau d’absorption possible pour les marchés européens.
Le Commissaire Hansen revient sur les difficultés du monde agricole comme la dermatose nodulaire qui a décimé les troupeaux de bovins en début d’année. "Je crois qu’on a une augmentation des maladies animales à travers toute l'Union européenne. On a la fièvre aphteuse, la dermatose, la peste porcine africaine, la grippe aviaire... Et quand je parle aux vétérinaires, ils me disent qu'ils n'ont pas eu connaissance d’une telle fréquence et intensité de maladies animales". Selon lui, la mondialisation n’est pas le problème.
Pour relever la sécurité alimentaire, il faut se poser des questions sur une chaîne de transfert plus courte : "Parce qu'on a de moins en moins d'abattoirs, par exemple. Dans certains États membres, il est encore possible d'avoir des abattoirs mobiles ou des abattoirs à taille réduite. Si effectivement on transporte moins les animaux vivants, le risque déjà est minimisé". Selon lui, ces maladies animales ont un impact sur la sécurité alimentaire.
Face à la crise qui frappe de plein fouet les agriculteurs et en particulier les viticulteurs, le Commissaire Hansen a annoncé en Février, lors du dernier salon de l’agriculture l’attribution de 40 millions d'aides de l'Union européenne aux viticulteurs français pour aider cette filière viticole à distiller ses surproductions. "J'ai libéré 10 % de cette réserve agricole prévue pour les 27 États membres juste pour le secteur viticole français : c'est considérable. Mais ça me fait quand même un peu mal au cœur de voir qu'on détruit des vins de qualité, qu'on procède aussi à l'arrachage, et détruit en quelque sorte nos paysages historiques."
Adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne ? "Loin d’être acquise"Le Commissaire Hansen récuse aussi les critiques sur le nouveau budget de la Politique agricole commune qui stagne et constitue à peine un quart du budget européen. "On parle de quasiment 400 milliards d'euros dans une situation où on a aussi d'autres priorités. C'est déjà une grande victoire et on n'est pas encore au bout des discussions et de la volonté des États membres à contribuer à ce budget."
Quant aux craintes et fake news sur la possible future adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, un pays céréalier, le Commissaire relativise. "C’est vrai que pendant la libéralisation temporaire en 2023-2024, on a eu des perturbations considérables sur nos marchés. Mais maintenant on a des quotas très fixes qui sont contrôlés et qui sont aussi fortement liés à l'alignement des standards de production de l'Ukraine. Sinon, l'Union européenne a aussi le droit de l'interrompre". Quant à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne elle est, selon le Commissaire, "loin d’être acquise. Cela demandera beaucoup de temps pour y parvenir et s’y préparer".
Sur la ligne de son groupe politique - le Parti populaire européen qui demande beaucoup de simplification et revient sur certaines clauses du pacte vert en matière agricole en particulier les nouvelles techniques génomiques, les NGT (que l'on n'appelle pas OGM) - le Commissaire Christophe Hansen refuse la polémique. "Ces nouvelles techniques génomiques nous permettent aussi d'utiliser moins d'engrais et moins de produits phytosanitaires, d'être plus résilients aux sécheresses, par exemple. Donc, il ne faut pas diaboliser les produits qui donnent aux agriculteurs les moyens de produire. Et ça, effectivement, la productivité et la compétitivité a été négligée et nos agriculteurs en souffrent encore aujourd'hui".
Emission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Perrine Desplats
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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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