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Or


Le Parlement européen scrute avec intérêt des élections nationales qui pourraient changer le destin de l'Europe : les législatives du 12 avril en Hongrie. Après 16 ans au pouvoir pour le parti souverainiste Fidesz du Premier ministre Viktor Orban, l’heure de l'alternance a-t-elle sonné ? Même si les écarts se resserrent, le chef de file du centre-droit et député européen Peter Magyar est donné favori dans les sondages, et ce malgré des campagnes de désinformation et une hystérisation des enjeux dans les dernières semaines. Les tensions entre le gouvernement hongrois et l’Union européenne ont atteint leur apogée.
Depuis 2022, le gouvernement de Viktor Orban est sanctionné au portefeuille par l'UE et a vu 18 milliards de subventions européennes gelées pour manquement à l'état de droit : mainmise sur la justice, non-protection des minorités ou de la liberté d’expression.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche de Moscou, a exercé son droit de veto à tout-va pour bloquer les décisions des Vingt-Sept et débloquer des fonds. Dernier épisode en date, il a empêché lors des deux derniers le versement de 90 milliards de prêts à l’Ukraine et exige des Ukrainiens la réparation de l'oléoduc Droujba pour importer du gaz russe, faisant du président Zelensky sa bête noire pendant toute la campagne.
Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Chocs pétroliers, guerre tarifaire, pressions sur le Groenland, désengagement en Ukraine… Jamais l’Europe n’a été autant bousculée par son allié américain, ni autant incitée à repenser sa puissance. Au cœur de cette réponse, la Banque européenne d’investissement (BEI) joue un rôle clé : lever des fonds pour financer les priorités européennes, de la transition écologique à la souveraineté énergétique, en passant par l’innovation, le logement, la défense et la sécurité. Face à un contexte international plus instable, l’institution a élargi son action. Sa présidente, Nadia Calviño, est l’invitée d’Ici l’Europe.
Longtemps centrée sur la transition écologique et le développement économique, la Banque européenne d’investissement (BEI) élargit désormais son action aux enjeux de sécurité et de défense. Une évolution assumée par sa présidente, l'Espagnole Nadia Calviño : "Il est indispensable que l’Europe renforce ses capacités et son indépendance dans ces domaines." Les chiffres illustrent cette réorientation : les financements dédiés sont passés d’environ un milliard d’euros en 2024 à quatre milliards l’an dernier.
La BEI finance désormais des groupes comme Thalès et soutient les PME du secteur, tout en maintenant une ligne rouge claire. "On donne du financement surtout pour que les banques puissent prêter aux petites et moyennes entreprises dans les domaines de la sécurité et de la défense, en excluant l'armement", explique la présidente de l’institution. La banque se concentre sur les infrastructures de mobilité militaire, la recherche et les fonds d'investissement spécialisés, laissant le financement direct des armes à d'autres acteurs.
Réduire les dépendances énergétiques
Sur le front énergétique, la présidente de la BEI se veut rassurante. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, l'Europe a progressé : "L'Europe est plus indépendante maintenant qu'elle ne l'était il y a quatre ans. Le poids du gaz était beaucoup plus important dans la production d’électricité. Maintenant, ça s'est réduit, il y a beaucoup plus de renouvelables, et on a aussi renforcé nos capacités nucléaires", explique-t-elle. Face à la guerre tarifaire lancée par les États-Unis, elle souligne la résilience européenne : "L'économie européenne est beaucoup plus résistante qu'on ne le croyait, mais il faut continuer à investir pour qu'on puisse jouer le rôle qui correspond à une économie de 450 millions de personnes."
Ukraine : reconstruire sous les bombes
En Ukraine, la BEI poursuit ses opérations malgré les destructions continues. La stratégie ? Adapter les infrastructures pour résister aux attaques russes. "Quand on reconstruit une infrastructure, on crée des éléments de protection. Dans le domaine de l'énergie, on est en train d'avoir des systèmes plus décentralisés pour que ce soit beaucoup plus difficile de détruire toute la capacité du pays", explique Nadia Calviño. Elle salue "la résilience du peuple ukrainien, vraiment impressionnante" et se dit convaincue qu'une "relance très forte" suivra la fin des hostilités.
Le logement, nouvelle priorité européenne
Depuis 2013, les prix des logements à l’achat et à la location ont bondi en Europe. Pour la première fois de son histoire, l'UE vient de se doter d’un plan pour le logement abordable et d’un commissaire au logement. Flambée des loyers, chute de l’offre locative et détournements vers la location saisonnière… Que fait et que peut réellement faire l’UE sur ce dossier alors que c'est aux pays membres de décider de leur politique du logement ?
Nos équipes se sont rendues à Barcelone, l’un des symboles de cette crise du logement, à la rencontre de ses habitants dont beaucoup connaissent des difficultés pour se loger. Ils visitent également des initiatives locales de rénovation ou de construction de logements, en partie financées par des fonds européens.
La BEI a doublé ses financements dans ce secteur et s'est fixé un objectif ambitieux : "On a un objectif très clair de financer un million de logements d'ici 2030. Cette année, on a prévu d'investir six milliards d'euros." La France est le premier bénéficiaire de ces financements, avec plus de 3,4 milliards d'euros investis ces cinq dernières années dans le logement social et intermédiaire.
La présidente de la BEI insiste sur la force de frappe de l'institution lorsqu'elle agit de concert avec les autres acteurs européens : "Pour chaque euro du budget communautaire, on mobilise 15 euros d'investissements publics et privés. C'est un effet de levier qui est unique." Un message clair à l'heure où l'Europe cherche à mobiliser l'épargne dormante des ménages : "Notre unité, c'est notre force", ajoute-t-elle.
Émission préparée par Paul Guianvarc'h, Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Aline Bottin et Isabelle Romero
Les eurodéputés observent avec inquiétude les différents conflits qui éclatent dans le monde et notamment la guerre au Moyen-Orient menée par Donald Trump et ses alliés israéliens contre l’Iran. Les dirigeants européens ne veulent pas prendre part à cette guerre, décidée sans eux, et n’ont pas cédé aux pressions du président américain qui leur demandait d’intervenir militairement dans le détroit d’Ormuz pour rouvrir la circulation des navires pétroliers.
L’Union européenne adopte plutôt une stratégie défensive pour protéger ses intérêts dans la région. Elle réclame une fin de guerre rapide et privilégie la solution diplomatique. Ce conflit provoque une flambée des cours des hydrocarbures qui se ressent dans le portefeuille de ses citoyens. Il enrichit par ailleurs la Russie qui profite de la hausse des prix du pétrole et donc fragilise l’Ukraine qui souffre sous les bombardements russes désormais sous les radars médiatiques.
Par sa prudence, l’UE n’est-elle pas en train de se mettre hors jeu des relations géopolitiques remises en question par Donald Trump et ses alliés ?
Émission préparée par Oihana Almandoz, Isabelle Romero, Perrine Desplats et Paul Guianvarc'h
Cette semaine, nous recevons Rafał Trzaskowski, maire de Varsovie et candidat battu de peu au second tour de l'élection présidentielle polonaise de 2025. Pro-européen, il défend les réformes du gouvernement de Donald Tusk et fustige les veto répétés du président Karol Nawrocki.
En juin 2025, Rafał Trzaskowski, proche du Premier ministre Donald Tusk au sein du parti Coalition civique, a perdu de peu le second tour de l’élection présidentielle face à Karol Nawrocki du parti conservateur Droit et justice, qui l’emporte avec 50,89 % des voix.
Depuis, ce président souverainiste a mis son veto sur de nombreuses lois et pratique une cohabitation très dure avec le gouvernement pro-européen de Donald Tusk. "C’est un président souverainiste populiste", commente le maire de Varsovie. "Il est en train de mettre son veto sur plusieurs initiatives du gouvernement, juste pour créer de l'imprévisibilité avant les élections parlementaires de 2027."
"Nous avons introduit beaucoup de mesures vraiment importantes"
La Commission européenne a débloqué un montant de 137 milliards d’euros de fonds pour la Pologne après l’arrivée au pouvoir de ce nouveau gouvernement pro-européen. La somme avait initialement été gelée pour non-respect de l'État de droit du précédent gouvernement. Pourtant, les réformes se font attendre à cause des multiples blocages du président.
Le maire de Varsovie nuance la situation : "Nous avons introduit beaucoup de mesures vraiment importantes, comme par exemple l’accès gratuit aux crèches pour les familles. Nous menons une politique très pro-européenne. [...] Mais il est vrai que les présidents Andrzej Duda puis Karol Nawrocki ont mis leur veto sur toutes les lois pour réformer le système judiciaire."
"Nous devons avoir la meilleure relation possible avec les États-Unis"
Le pays effectue un effort sans précédent pour se réarmer en consacrant 5 % de son budget à la défense. Pourtant, le président Karol Nawrocki a rejeté la participation de son pays au mécanisme de financement européen SAFE, qui prévoyait de lui accorder 40 milliards d’euros pour renforcer sa défense.
Un refus que déplore le maire de Varsovie : "C’est vraiment triste, car cela était dans notre intérêt pour notre armée et notre industrie. [...] Karol Nawrocki pense que les États-Unis défendront seuls la Pologne. Le gouvernement de Donald Tusk et moi-même, nous pensons que nous devons avoir la meilleure relation possible avec les États-Unis et investir dans l'Otan, mais en même temps investir dans l'Union européenne pour avoir la capacité de défense la plus forte possible. Il faut faire les deux. [...] En Pologne, Karol Nawrocki veut se placer comme l’un des plus anti-européens, c’est pourquoi il prend toutes ces décisions anti-européennes."
Face à l’imprévisibilité du conflit au Moyen-Orient, Rafał Trzaskowski défend une Europe forte : "Il faut se battre pour la position de l'Europe. Cela nécessite de la détermination afin de la renforcer d’un point de vue politique ou sécuritaire."
Selon lui, la Pologne n’est pas directement ciblée par ce conflit, bien que le Centre national de recherche nucléaire polonais ait récemment été victime d'une cyberattaque, attribuée pour le moment à l'Iran : "C’est la seule expérience que nous ayons eue avec les Iraniens. La propagande et les cyberattaques viennent généralement des Russes."
"Nous développons un plan pour avoir notre propre mix énergétique"
La Pologne, dont la production d’énergie repose en grande partie sur le charbon, cherche à "développer un plan pour avoir son propre mix énergétique", basé notamment sur les énergies renouvelables. "Nous sommes également en train de décider si nous allons avoir une ou deux installations nucléaires ou bien un réseau de petits réacteurs modulaires."
"La plupart des Polonais soutiennent l'Ukraine"
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Pologne a accueilli plus d’un million d'Ukrainiens, principalement des femmes et des enfants. Une nouvelle loi a cependant restreint les prestations sociales, les soins médicaux ou encore le séjour légal accordés aux Ukrainiens. Rafał Trzaskowski reconnaît qu’"une partie de la société polonaise est fatiguée par la guerre. [...] Cependant, la plupart des Polonais soutiennent l'Ukraine dans sa lutte contre l'agresseur russe. Mais les partis populistes ont décidé d’avoir un discours anti-Ukrainien pendant leur campagne électorale."
La Pologne affiche une croissance de 3,6 % en 2025, bien au-dessus de la moyenne européenne, ainsi qu'un taux de chômage très bas, à environ 3 %. Un miracle économique notamment porté par les fonds de l’UE : "En effet, l'investissement européen a soutenu notre miracle économique. Par exemple, à Varsovie, cinq milliards d’euros ont été investis dans divers projets : le métro, le tramway, les navettes électriques. [...] Nous avons beaucoup investi dans des projets écologiques. [...] Il y a beaucoup de programmes d'innovation, notamment des start-up soutenues par l'argent européen."
Émission préparée par Charlotte Prudhomme, Luke Brown, Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Isabelle Romero
La crise du logement est aujourd'hui visible à l'échelle européenne. L’habitat relève essentiellement de la compétence des États, mais la Commission et le Parlement s’en saisissent désormais, car l’heure est grave. Ces huit dernières années, les prix des logements dans l’Union ont enregistré une hausse de 48 % en moyenne, tandis que les loyers ont augmenté de 18 %.
Des chiffres qui font trembler les murs de la maison européenne et qui s’expliquent en grande partie par une pénurie de constructions urbaines. La hausse des locations de courte durée ou touristiques est aussi pointée du doigt. Pour répondre à cette problématique, la Commission européenne a dévoilé, pour la première fois de son histoire, un plan au logement. Elle a également nommé un commissaire dédié au logement, le Danois Dan Jorgensen.
Pour en savoir plus sur la Commission spéciale sur la crise du logement dans l'Union européenne, cliquez ici.
Une émission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Aline Bottin
Cette semaine, nous recevons Pierre Vimont, chercheur associé à Carnegie Europe, ambassadeur aux États-Unis de 2007 à 2010 et ancien secrétaire général du Service d'action extérieure de l'Union européenne jusqu'en 2015. Il revient sur le conflit au Moyen-Orient et la position de l’Union européenne, dont il déplore la passivité.
L'Union européenne ne sait que faire ni penser des bombardements décidés par Donald Trump et Benjamin Netanyahu contre l'Iran, sans qu'elle ait eu son mot à dire dans l'embrasement de la région. Elle doit subir de lourdes conséquences géopolitiques et économiques, et peine à réagir. "Face à cette réalité qu'est l'Iran, les 27 États membres n'ont pas toujours les mêmes positions. Ça prend beaucoup de temps pour se mettre d'accord et plus encore pour passer à l'action", explique Pierre Vimont, chercheur associé à Carnegie Europe. "Ce dont on a besoin aujourd'hui, c'est d'une Europe un peu plus active, un peu plus agile sur le plan diplomatique et capable de se faire entendre", poursuit-il.
Si l’Espagne a été la première à critiquer l’opération israélo-américaine, plusieurs pays européens lui ont ensuite emboîté le pas. Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont tous deux souligné qu’il y avait eu violation du droit international. "Peu à peu, une certaine ligne européenne se dessine et c'est utile", commente Pierre Vimont.
La posture européenne est-elle comparable à celle de la France en 2003, qui s’était vivement opposée au conflit décidé par les États-Unis en Irak ? "La comparaison est toujours un peu difficile", nous explique l’ancien ambassadeur. "Si la France avait pris cette position qu'on connaît en 2003, c'est précisément parce que nous estimions que les États-Unis ne respectaient pas les termes d’une résolution adoptée par les Nations unies et sur laquelle on avait réussi à avoir un consensus", développe-t-il. Ici, les États-Unis et Israël ont agi de manière unilatérale, sans prendre la peine de consulter l'ONU.
Crise de l'énergie en EuropeLe blocage du détroit d’Ormuz a par ailleurs affolé les marchés financiers. Le cours du Brent a dépassé les 100 dollars le baril à deux reprises cette semaine, obligeant l’Agence internationale de l’énergie à débloquer des stocks d’urgence. Quelque 400 millions de barils ont été mis à disposition du marché par les 32 pays membres de l’organisation. "C'est un effort considérable qui visiblement a eu l'effet d'apaiser un peu les marchés. [...] Mais la pression demeure, et il faut continuer à mettre l'accent sur ce qui est le plus important, c'est-à-dire essayer d'arrêter ce conflit le plus vite possible", analyse Pierre Vimont.
La crise au Moyen-Orient rappelle la fragilité des économies dépendantes des énergies fossiles. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a qualifié d'"erreur stratégique" la réduction du nucléaire dans le mix énergétique européen, à l’occasion du deuxième sommet consacré à la relance du nucléaire civil qui s’est tenu à Paris. "La France n'avait cessé de plaider que c’est une solution, et on se réjouit que madame von der Leyen revienne à de meilleurs sentiments vis-à-vis du nucléaire", réagit l’ancien secrétaire général du Service d'action extérieure de l'Union européenne. L’Allemagne, qui a fermé ses dernières centrales en 2023, a quant à elle opposé une fin de non-recevoir à la présidente de la Commission.
La Russie, seule gagnante du conflitLa flambée des hydrocarbures est une aubaine pour un acteur international : le Kremlin. Antonio Costa, président du Conseil européen, a déclaré que la Russie de Vladimir Poutine est, pour l'instant, le seul "gagnant" de la guerre au Moyen-Orient. "Les sanctions qui avaient été prises par les Américains contre le pétrole russe ont été suspendues, donc oui, la Russie se retrouve dans une meilleure position", explique Pierre Vimont.
Le conflit au Moyen-Orient a aussi eu pour effet de détourner l’attention d’un autre conflit, central pour les Européens, celui de l’invasion russe en Ukraine. "On voit bien que Volodymyr Zelensky est un peu frustré de cette situation", constate Pierre Vimont. Alors que Budapest bloque toujours le prêt européen de 90 milliards d'euros destiné à Kiev, "il faut que les Européens restent attentifs à la situation en Ukraine", ajoute-t-il.
Émission préparée par Aline Bottin, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
Les Vingt-Sept sont prudents dans leur réaction aux frappes américano-israéliennes en Iran et au Liban. Confrontée à ce conflit qu'elle n'a pas voulu mais qu'elle subit, l'Union européenne montre des hésitations dans son analyse et sa réponse.
Faut-il des initiatives de défense forte contre l'Iran ? Faut-il faire pression sur les États-Unis pour parvenir à une issue rapide ? Une chose est sûre : les prix du pétrole et du gaz flambent et l’Union européenne cherche les moyens de limiter les dégâts de ce nouveau choc énergétique.
Certains dirigeants, à l’image du chancelier allemand conservateur Friedrich Merz, commencent à s’inquiéter d’une vague de réfugiés iraniens fuyant les bombes et le régime des mollahs en pleine répression.
Comment les Vingt-Sept peuvent-ils relever le défi de l'apaisement alors qu’ils ont si peu l’oreille de Donald Trump ?
Émission préparée par Perrine Desplats, Aline Bottin, Oihana Almandoz, Paul Guianvarc'h et Isabelle Romero
Cette semaine, nous recevons Arancha González Laya, ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères et actuelle doyenne de la Paris School of International Affairs à Sciences Po. Elle revient sur le conflit au Moyen-Orient et le risque d'embrasement de la région ainsi que sur la brouille diplomatique entre les États-Unis et l'Espagne, seul pays européen à avoir ouvertement condamné les frappes américaines et israéliennes comme une violation du droit international.
Le 28 février, les États-Unis et Israël bombardent la République islamique d'Iran. De son côté, Téhéran lance des missiles contre des bases américaines et contre les alliés de Washington dans la région. Ni prévenus, ni partie prenante, les Européens sont pris de court et craignent un embrasement du Moyen-Orient. "L'escalade est déjà là", estime Arancha González Laya, ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères. "L'Iran a décidé que la manière de se défendre était d'étendre le conflit à d'autres pays de la région. On est donc dans un conflit à dimension régionale avec des conséquences globales", dit-elle en référence au blocage du détroit d'Ormuz par les Gardiens de la révolution, entraînant un ralentissement de l'économie mondiale.
La doyenne de la Paris School of International affairs à Sciences Po Paris dénonce le "choix" de Washington et Tel-Aviv d'attaquer l'Iran "sans l'accord des alliés, notamment ceux de l'Otan". "Ce n'est pas une guerre de nécessité, dénonce Arancha González Laya. Il n'y avait pas une urgence ou un risque imminent qui demandait une riposte de la part des États-Unis et d'Israël. Et ce n'est pas non plus une intervention à caractère humanitaire car chaque jour qui passe, on voit bien les conséquences de cette guerre sur les populations civiles."
Si la communauté internationale et une partie de la population iranienne ont pu se réjouir de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, dans les frappes américaines, Arancha González Laya s'interroge sur les conséquences à long terme sur la société iranienne et son peuple. "Nous avons vu dans notre histoire récente comment des interventions militaires, dont l'objectif était d'apporter un peu plus de libertés et de droits aux populations, se sont terminées en fiasco", explique-t-elle en faisant référence à l'Afghanistan où la situation des femmes notamment est encore pire qu'avant. "Nous devons nous poser la question sur la meilleure manière d'aider à changer ces pays, par une intervention militaire ou en le changeant de l'intérieur."
En Europe, les Vingt-Sept sont partagés sur ces frappes. Pourtant, certains pays font partie du théâtre des opérations, à l'image de Chypre, visée par des missiles iraniens lancés sur une base militaire britannique installée sur l'île. "L’Europe se retrouve à devoir réagir, mais elle réagit de manière prudente, en disant ne pas vouloir rentrer dans l'offensive, explique Arancha González Laya. Mais il est aussi clair qu'ils sont prêts à se défendre quand ils sont attaqués, d'où l'envoi par certains pays européens, y compris l'Espagne, de moyens militaires, surtout navals, en Méditerranée."
Seule l'Espagne condamne les bombardements et dénonce clairement une violation du droit international. Une position qui déplaît au président américain Donald Trump et qui l’a fait savoir en s’en prenant vertement au Premier ministre espagnol Pedro Sanchez lors d’un point presse en compagnie du chancelier allemand Friedrich Merz. "Ce n’est pas la première fois que le président des États-Unis a une posture dure vis-à-vis d’un leader européen", nuance l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, prenant en exemple les brouilles avec l’Ukraine, le Danemark ou le Royaume-Uni. "Les leaders de ces pays ont eu des postures non-alignées avec les intérêts des États-Unis, donc Donald Trump les menace d’embargo. Le langage de la force est le seul que comprend Trump. Là où il voit de la faiblesse, il s’acharne. C’est une leçon que nous avons appris depuis son retour à la Maison-Blanche et qu’il nous faut garder à l’esprit quand nous avons un sujet sur lequel nous ne voulons pas transiger."
Interrogée sur le manque de soutien de Friedrich Merz lors des invectives de Donald Trump contre l’Espagne, Arancha González Laya botte en touche : "On lave le linge sale à la maison. Si nous avons des désaccords, nous les traitons en privé. L’erreur la plus grave qu’on pourrait commettre aujourd’hui serait de trouver des divisions entre Européens. L’Europe doit rester unie."
Parmi les reproches du président américain envers le Premier ministre espagnol, le refus de prêter des bases militaires comme base arrière dans le conflit au Moyen-Orient. "Il y a des règles concernant l’usage des bases militaires. Tout ce que demande l’Espagne, c’est que ces règles soient respectées", se défend l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères.
Un manque de solidarité supposé qui concerne également l’Otan, où l’Espagne consacre 2 % de son PIB, refusant catégoriquement un objectif de 5 % en 2035 fixés par les ministres de la Défense otaniens en juin 2025 sous la pression de Donald Trump. "L’Espagne pense que ces 5 % ont été décidés arbitrairement par le président des États-Unis. Elle questionne ces 5 %, mais pas le principe de solidarité." "L’Espagne est solidaire de ses voisins et de ses alliés, assure Arancha González Laya, malgré tout. Le principal objectif en matière de défense du territoire européen est la guerre en Ukraine. L’Espagne soutient l’Ukraine, elle fournit une aide militaire et financière."
En conclusion, Arancha González Laya s’interroge sur les conséquences économiques du conflit en cours au Moyen-Orient. "On est face à un choc économique sérieux, alerte-t-elle. Cela va dépendre de la durée du conflit mais il y a un risque d’inflation en Europe comme en Asie très important qui pourrait déstabiliser nos sociétés." Elle rappelle l’importance de la voie diplomatique, promue par l’Union européenne, notamment en prenant en exemple l’accord de 2015 sur la non-prolifération du nucléaire iranien. "C’est peut-être le moment pour l’Europe d’ouvrir cette voie et d’en prendre le leadership, sinon il pourrait y avoir des conséquences importantes."
Une émission préparée par Paul Guianvarc'h, Aline Bottin, Oihana Almandoz et Isabelle Romero
L'Union européenne (UE) est souvent perçue comme un rempart en matière d'égalité entre les femmes et les hommes. Pourtant, un examen plus attentif révèle qu'elle connaît également une forme de régression. Le droit à l'avortement est en recul dans plusieurs pays, comme l'Italie, la Hongrie et surtout la Pologne, où il est quasiment interdit, tout comme à Malte. Malgré une initiative populaire reprise par la Commission européenne pour garantir un accès à l'IVG à toutes les Européennes, la bataille idéologique bat son plein.
Une certaine droite radicale en Europe voudrait ainsi renvoyer les femmes dans leur foyer, à faire des enfants et s'occuper d'eux. Par ailleurs, le problème des violences reste une réalité : 50 millions d'Européennes – soit une femme sur trois – ont déjà été victimes de violences physiques ou sexuelles, souvent commises au sein de la famille et rarement déclarées. Enfin, l'Union européenne a bien du mal à exporter ses valeurs d'égalité entre les hommes et les femmes, et à protéger l'émancipation féminine à travers le monde.
L'égalité entre les femmes et les hommes est-elle aujourd’hui acquise en Europe, ou reste-t-elle menacée ?
Pour en savoir plus sur l'action du Parlement en faveur des droits de femmes, rendez-vous ici.
Une émission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz, Aline Bottin et Paul Guianvarc'h
Cette semaine, nous vous proposons une émission spéciale sur les quatre ans de guerre en Ukraine avec un reportage long format dans le pays et un entretien avec Charles Michel, ancien président du Conseil européen. Il revient sur ce conflit qui s'est déclenché alors qu'il était en poste au Conseil.
Alors qu'il était président du Conseil européen quand la guerre a éclaté le 24 février 2022, Charles Michel en garde un souvenir fort. "La nuit de l'invasion russe, Volodymyr Zelensky m'a téléphoné pour me dire que la guerre avait démarré sur l'ensemble du territoire. Un homme qui était traqué : on avait peur qu’il soit capturé ou éliminé par les Russes. C’était un des objectifs de Poutine !"
Il salue la fermeté et la rapidité des Européens. Selon lui, Vladimir Poutine a été pris par surprise, car il pensait que l'Ukraine allait "s'effondrer en quelques jours et que l'Europe allait se diviser". Or il y a eu unité chez les Européens pour livrer des armes. Des regrets ? Charles Michel estime que l'Otan "n'a pas eu assez de courage, au début peut-être intimidée par la rhétorique du Kremlin, en refusant un parapluie aérien pour protéger les Ukrainiens des missiles."
Mais le 24 février 2022, les leaders européens ont compris que s'ouvrait une nouvelle ère. Pourtant, quatre ans après et avec le 20ᵉ paquet de sanctions européennes, quel est leur impact sur le pouvoir russe ? Selon Charles Michel, "ces sanctions font du mal économiquement à Poutine" et "la levée des sanctions de l'UE peut être un levier de pression lors des négociations".
Après la guerre en Ukraine et l'arrivée de Trump au pouvoir, "on a changé de monde", constate l'ancien président du Conseil. Si Donald Trump a baissé sa contribution envers l'Ukraine, l'UE prend le relais avec une aide financière de 90 milliards. "Il faut faire plus encore, c'est un investissement pour nous, pour notre paix, soutenir les Ukrainiens, c'est soutenir notre propre avenir."
Il faut néanmoins que les Européens s'affranchissent des Américains en développant des projets de défense industriels et les programmes de surveillance satellitaire comme Starlink, mais cela prendra du temps.
Concernant les négociations de paix ou de cessez-le-feu, Charles Michel estime que "c’est une honte que les Européens soient mis à l'écart". Selon lui, Emmanuel Macron a raison de vouloir reprendre le dialogue avec Poutine sans naïveté. "Comme Giorgia Meloni, d’ailleurs sur les mêmes positions. C’est un conflit qui va impacter le sort de nos enfants et petits-enfants. On ne peut pas accepter les bras ballants que les Américains et les Russes jouent à la roulette russe avec notre avenir."
Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz.
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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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