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Or


Les eurodéputés sont aux premières loges des manifestations d’agriculteurs, organisées depuis des semaines devant le Parlement, place du Luxembourg. Les éleveurs de toute l’Europe protestent contre l’accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et les pays du Mercosur en Amérique du Sud. Un accord en discussion depuis 25 ans, qui prévoit la suppression de 90 % des droits de douane entre les deux continents, créant un immense marché de 700 millions de consommateurs.
Si cette zone de libre-échange va profiter à l’industrie européenne, et notamment les secteurs automobile, pharmaceutique et chimique, les agriculteurs de l’Union s’inquiètent des importations de bœuf, de volaille mais aussi de sucre en provenance des pays du Mercosur. Des denrées sud-américaines qui ne sont pas produites selon les mêmes normes sanitaires et environnementales que celles en vigueur dans l’Union européenne.
Parmi les 27, la France, l’Irlande, la Hongrie, la Pologne et l’Autriche ont voté contre ce traité, mais ont échoué à former une minorité de blocage. Un traité qui s’appliquera d’ailleurs provisoirement, avant le vote du Parlement européen au printemps.
Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz
Cette semaine, nous recevons Gaël Veyssière, ambassadeur de France en Ukraine. Il décrit les dures conditions de vie des Ukrainiens et appelle à l’union des États membres pour soutenir le pays financièrement et militairement.
L’Ukraine vient de vivre son quatrième Noël sous la menace russe. Pour Gaël Veyssière, ambassadeur de France en Ukraine depuis 2023, ce début d’année est "difficile" pour les Ukrainiens : "Il y a des coupures d'électricité pendant les deux tiers de la journée. Il y a de plus en plus de frappes russes avec un nombre important de vecteurs, c'est-à-dire des drones et des missiles."
Pourtant, selon lui, les Ukrainiens sont "extraordinairement résilients". "Ils tiennent le coup. Ils savent pourquoi ils se battent et continuent", explique l’ambassadeur. "Les Ukrainiens sont déterminés à ne pas se laisser faire et à ne pas se laisser imposer un ordre russe ou des concessions territoriales."
"La Russie progresse, mais très lentement"À ce jour, la Russie occupe 20 % de la superficie totale de l’Ukraine. Selon les chiffres de la carte interactive en ligne DeepState, la Russie a conquis moins de 1 % du territoire en 2025, alors que Vladimir Poutine affirme être en train de gagner la guerre. "C'est faux", rétorque Gaël Veyssière. "Ces chiffres le montrent très clairement. La Russie progresse militairement, c'est vrai, mais très lentement. [...] L'Ukraine n'est pas en train de s'effondrer. Le narratif russe n'est pas fondé. Vraisemblablement, dans six mois, la situation ne sera pas tellement pire sur le plan militaire en Ukraine qu’elle ne l’est maintenant. Ce que cherchent les autorités russes, c'est à créer une situation dans laquelle on dirait que ce n'est plus la peine de soutenir l'Ukraine, puisqu'elle est en train de perdre."
En 2025, l’avancée russe a été particulièrement notable dans l'oblast de Donetsk, avec 78 % de cette région occupée. L'oblast de Louhansk, quant à lui, est presque entièrement occupé. "L’avenir de l’Ukraine est en jeu", explique Gaël Veyssière. "La viabilité de l'Ukraine est en jeu ainsi que le fait qu’elle puisse être une puissance souveraine et que nous respections ses frontières."
Il ajoute qu’il est aujourd’hui "militairement impossible" pour l’Ukraine de reprendre les territoires du Donbass ou bien de la Crimée. "Le président Zelensky le reconnaît. Il est prêt à signer un accord dans lequel nous arrêterions les combats et où l'Ukraine ne chercherait pas à reprendre militairement ces territoires par la force. Les Ukrainiens considéreraient que ces territoires sont ukrainiens, ce qu'ils sont juridiquement et ce que nous, Européens, reconnaissons comme tels. Les Russes considéreraient évidemment que, pour partie, ils sont russes."
FocusEn Ukraine, le quotidien des habitants de Kiev hanté par les attaques russes
"Il y a une intense activité diplomatique pour trouver un accord"Alors que les pourparlers continuent entre l’Ukraine, les États-Unis et les membres de la "Coalition des volontaires", Volodymyr Zelensky estime que l’accord de paix pour mettre fin au conflit est "prêt à 90 %", ajoutant que les 10 % restants "contiennent tout, en fait".
"Il y a une intense activité diplomatique en ce moment pour essayer de trouver un accord. Pas forcément avec les Russes pour l'instant, mais au moins entre les Ukrainiens, les Américains et les Européens, pour ensuite aller voir les Russes", poursuit l’ambassadeur de France en Ukraine. "Les choses ont beaucoup progressé. Il y a des textes, c'est discuté avec les Américains et les Européens de façon très approfondie. [...] Il y a des discussions intenses pour arriver à un point d'équilibre qui engagerait les Ukrainiens, les Américains, les Européens et qu'il faut ensuite que les Russes acceptent."
"Il faut former l'armée ukrainienne"Les 35 pays membres de la "Coalition des Volontaires" – essentiellement européens – se sont accordés à Paris pour déployer une force multinationale en Ukraine et participer à une surveillance d'un potentiel cessez-le-feu sous "leadership" américain, une fois un accord de paix trouvé avec la Russie.
Cette garantie est indispensable, selon Gaël Veyssière : "Des garanties de sécurité doivent permettre aux Ukrainiens de se projeter dans le futur, en se disant que les Russes les ont attaqués en 2014 et en 2022, mais qu’ils ne les rattraperont pas demain parce qu'il y aura suffisamment de garanties pour que cela ait lieu." Outre une force multinationale de la "Coalition des volontaires" soutenue par les Américains, il appelle à "former l'armée ukrainienne" afin qu’elle soit "robuste et équipée" et puisse "jouer un rôle de dissuasion".
Emmanuel Macron a récemment exprimé la possibilité d’une reprise du dialogue avec le président russe, une position que partage l’ambassadeur de France à Kiev : "Aujourd'hui, ce sont les Américains qui négocient de fait avec les Russes. Il faudra, à un moment, que les Ukrainiens négocient avec les Russes. Les Européens auront sans doute vocation à négocier avec les Russes. La question c'est quand, comment et dans quelles conditions."
"Il y a eu division mais on a réussi à trouver une solution"Au sommet européen du 18 décembre dernier, les États membres ont peiné à trouver une solution afin d’accorder une aide financière à l’Ukraine. La Commission européenne et certains pays plaident pour avoir recours aux avoirs russes gelés en Europe, majoritairement immobilisés en Belgique. Cependant, les Belges s’y opposent, notamment par peur de représailles russes.
Pour financer l’effort de guerre ukrainien, les Européens ont finalement décidé de réaliser un emprunt en commun de 90 milliards d'euros. "Cela aurait été mieux si nous avions pu nous mettre d'accord sur les avoirs gelés, mais en réalité, il y avait un besoin à très court terme et il fallait trouver des financements pour l'Ukraine. Cette solution financière a été trouvée", tempère Gaël Veyssière. Selon lui, la question des avoirs russes "n’est cependant pas oubliée" : "Au contraire, selon les conclusions du Conseil européen, nous allons continuer à essayer de mettre sur pied une formule pour pouvoir utiliser plus directement ces avoirs gelés."
À voir aussiL'Europe se résigne à financer l'Ukraine sans recourir aux avoirs russes
La Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque, toutes trois réticentes à soutenir financièrement l'Ukraine, ont accepté de ne pas opposer leur veto à ce prêt en échange d'une exemption d’y participer. "C'est évidemment inquiétant", commente Gaël Veyssière, également ancien membre de la Représentation permanente de la France auprès de l’UE. "Plus l'Union européenne est unie et plus elle est à même de peser et de devenir cette puissance géopolitique et géostratégique qu'elle aspire à être. Cela aurait été encore plus inquiétant si la division avait mené à la paralysie. Là, il y a eu division mais on a réussi à trouver une solution. [...] Ce n’est pas la meilleure solution possible mais il n'empêche qu’il faut être pragmatique, il faut que les choses avancent. Et là, les choses ont avancé."
"Il y a de la désinformation dans nos propres démocraties"La Bulgarie a adopté la monnaie unique le 1er janvier dernier, ancrant ainsi davantage le pays dans le club européen. Pour Gaël Veyssière, le passage à l’euro est "plus facile pour le fonctionnement du marché unique européen et cela renforce l'UE". "L’UE garde cette capacité à progresser et à avancer dans la voie de l'intégration européenne telle qu'elle est prévue par les textes et les traités."
S’il est optimiste au sujet de cette intégration européenne, il reconnaît cependant la montée du populisme et l’influence de forces pro-russes dans certains pays européens : "Nous sentons cette désinformation dans nos propres démocraties avec la reprise d’un discours russe."
"L'Ukraine est déterminée à rejoindre l'UE"Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a nommé un nouveau chef de cabinet, Kyrylo Boudanov, en remplacement d’Andriy Yermak qui avait démissionné à la suite d’un scandale de corruption. Selon Gaël Veyssière, ce nouveau chef de cabinet est "une légende en Ukraine pour ses hauts faits militaires". "C'est un homme avec lequel les services compétents, en France et dans tous les autres pays, collaborent étroitement. [...] La fonction de directeur de cabinet du président était jusque-là extraordinairement politique. Désormais, elle sera beaucoup plus concentrée sur la gestion de la guerre, des questions de renseignement et des questions de sécurité."
À savoir si le président Volodymyr Zelensky ressort durablement affaibli des différentes affaires de corruption impliquant plusieurs de ses ministres ou proches, Gaël Veyssière préfère noter les progrès réalisés par l’Ukraine en la matière : "Sous l’autorité de Zelensky, il y a eu beaucoup de progrès qui ont été faits dans la lutte contre la corruption. [...] Cela reste un problème évident dans ce pays mais il y a beaucoup d'efforts qui sont faits. [...] L'Ukraine est sincèrement déterminée à rejoindre l'UE avec tout ce que cela veut dire comme reprise des normes et continuation du combat contre la corruption. [...] C’est quand même assez extraordinaire d’avoir un pays qui parvient à faire des réformes en temps de guerre."
"La Russie en porte-à-faux"La semaine passée, les États-Unis ont attaqué le Venezuela et capturé son président, Nicolas Maduro, l’accusant notamment de narcoterrorisme. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, cette intervention en rupture avec le droit international "met en porte-à-faux la Russie", selon Gaël Veyssière. "Elle est le grand allié de Nicolas Maduro et de son régime corrompu. La Russie est assez embêtée parce qu'il faut à la fois qu'elle défende son allié et en même temps qu’elle essaie de ne pas trop braquer le président Trump. Toute action qui est faite en dehors des règles du droit international n'est pas bonne pour ceux qui sont attachés à son respect. De ce point de vue, cette intervention n'est pas forcément une bonne nouvelle, ni pour nous, ni pour l'Ukraine."
Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Isabelle Romero et Paul Guianvarc’h
L’Europe doit-elle craindre les États-Unis ? D’allié et protecteur, l’Amérique de Donald Trump s'est muée en rival agressif. De guerre commerciale, on en vient aujourd’hui à évoquer la guerre tout court. Les menaces américaines sur le Groënland font entrer les relations diplomatiques dans une nouvelle phase, avec le scénario d’une annexion militaire d’un territoire contrôlé par un pays de l’Union, le Danemark. Nouvel épisode d’une confrontation, voire d’une escalade, aux multiples volets.
Au mois de décembre, l’administration Trump a ciblé une liste de personnalités européennes, dont l’ancien commissaire Thierry Breton, déclaré persona non grata aux États-Unis en rétorsion à la régulation européenne sur le numérique.
L’Europe est aussi accusée d’avoir renoncé à sa politique migratoire et d’avancer vers un "effacement civilisationnel", selon les termes très rudes employés par le gouvernement Trump dans un document stratégique. Une doctrine américaine de sécurité nationale qui appelle même à une forme d’ingérence dans les élections européennes. Alors les États-Unis veulent-ils la peau de l’Europe ? Et face à ces menaces multiformes, la réponse des pays membres est-elle appropriée ?
Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Cette semaine, nous recevons Elli Tsiforou, secrétaire générale du Copa-Cogeca, organisation syndicale et professionnelle agricole au niveau de l'Union européenne. Elle réitère son opposition au traité du Mercosur et demande une simplification des normes imposées aux agriculteurs européens.
En marge du sommet européen, des milliers d’agriculteurs ont manifesté ce jeudi à Bruxelles pour protester, entre autres, contre la réforme des subventions de la Politique agricole commune (PAC) dans le budget 2028-2034 de l’UE. Ils accusent la Commission européenne de vouloir réduire le budget qui lui est accordé.
"Il y a un danger pour la communalité de la PAC"
Pour le Copa-Cogeca, organisation syndicale et professionnelle agricole ayant participé à ces manifestations, cela constitue l’une des principales causes de mécontentement : "L'enveloppe de la PAC dans cette nouvelle proposition va être réduite de moitié en comparaison du budget actuel. L'agriculture va représenter un peu moins de 15 % de l'enveloppe totale du budget européen", explique Elli Tsiforou, sa secrétaire générale, également ancienne conseillère politique dans les domaines de l’agriculture au Parlement européen et hellénique.
La Commission européenne prévoit par ailleurs de fusionner les budgets dédiés aux fonds de cohésion et aux subventions agricoles sous un seul canal, ce à quoi s’oppose le Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen : "Nous n’avons pas seulement des coupes budgétaires importantes, [...] mais aussi un changement radical de la structure qui porte vers une renationalisation de la politique. Nous considérons cela comme un danger pour la communalité de la PAC. Cela va mener à 27 politiques agricoles au sein de l'Union européenne et va briser le marché unique et le fonctionnement de la chaîne alimentaire. [...] La PAC est un pilier de la construction européenne et du marché unique."
"Cet accord est injuste pour les agriculteurs européens"
Les agriculteurs manifestaient également contre l’accord avec le Mercosur, un traité de libre-échange entre l'UE et plusieurs pays d’Amérique latine, éliminant la quasi-totalité des droits de douane industriels entre les deux blocs. Cet accord prévoit de faciliter l'entrée en Europe de produits agricoles sud-américains non contraints aux normes environnementales et sociales imposées aux agriculteurs européens.
Les filières concernées sont inquiètes et le Copa-Cogeca considère cet accord comme injuste : "Le Copa-Cogeca a une position très claire là-dessus, soutenue à l'unanimité par tous ses membres. [...] La question de la réciprocité des standards est en jeu, car avec les pays du Mercosur, l'écart est énorme. C'est quelque chose qui ne peut pas être accepté par notre communauté", précise Elli Tsiforou.
En réponse au mécontentement de certains pays européens au sujet de cet accord, le Parlement européen a voté pour l’ajout de mesures de sauvegarde qui prévoient un suivi des produits sensibles comme le bœuf, la volaille ou le sucre et une possible réintroduction de droits de douane en cas de déstabilisation du marché. Si elle reconnaît "les efforts" des députés européens pour offrir des garanties aux agriculteurs européens, Elli Tsiforou affirme que cela "n'apaise pas leur inquiétude" : "Cela ne change pas notre position concernant cet accord commercial. La question de la réciprocité reste toujours ouverte. Nous ne sommes pas protégés sur cet aspect-là. Cet accord est injuste pour les agriculteurs européens."
"Nous demandons aux législateurs de bloquer cet accord"
Elli Tsiforou dénonce également le fait que les agriculteurs subissent déjà la pression d’autres accords commerciaux : "Il faut aussi tenir compte de l'aspect cumulatif du commerce international. Certains secteurs sont déjà sous la pression d'autres accords, comme celui avec l'Ukraine ou de futurs accords. Les secteurs visés doivent être protégés."
Sous la pression de la France et de l'Italie qui sont contre cet accord, la Commission européenne n’a pas eu d'autre choix que de reporter la signature de ce traité. En effet, l’adoption de l’accord nécessite une majorité qualifiée, soit le ralliement d’au moins 15 États sur 27. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, espère à présent pouvoir conclure l’accord en janvier. "Nous avons vu des manœuvres de la part de la Commission et aussi du Parlement afin de tout faire pour que l'accord passe. C’est un manque de transparence dans le fonctionnement démocratique des institutions. [...] Pour nous, rien ne change. Notre position est très claire : nous demandons aux législateurs de bloquer cet accord et de résister aux manœuvres de la Commission", réitère la secrétaire générale du Copa-Cogeca.
"Nous ne devons pas mettre à risque la productivité"
Le Conseil européen a approuvé la simplification de la bureaucratie et des normes réglementaires s’appliquant aux agriculteurs. L'objectif, selon les Vingt-Sept, est d'accroître la compétitivité en réduisant les formalités administratives. Pour les défenseurs de l’environnement, la flexibilité offerte aux agriculteurs concernant l’application des normes environnementales va à l’encontre du Pacte vert, dont le but est de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Une simplification saluée par le Copa-Cogeca : "La simplification est un exercice très important pour les agriculteurs. Il faut se rendre compte que nous sommes face à une surrégulation qui vient de l'UE qui empêche les agriculteurs de produire. [...] Nous ne devons pas mettre à risque la productivité. [...] Ces règlements qui ne font pas sens dans plusieurs cas et ne sont pas pratiques doivent être allégés."
Elle affirme que les agriculteurs "ne se sont jamais opposés" aux objectifs du Pacte vert. "Nous nous sommes opposés aux moyens et à la manière dont ce pacte a été implémenté", explique Elli Tsiforou. "Il faut un peu de sens commun et il faut que le cadre réglementaire européen soit allégé. Nous avons besoin de stabilité, pas d'un cadre réglementaire qui change tous les ans. Les agriculteurs doivent investir dans la transition écologique et cela demande de la profitabilité et de la clarté politique et réglementaire de la part de l'UE."
"Il faut avoir confiance en la science"
Les députés européens et les États membres de l'UE se sont mis d’accord pour autoriser des plantes issues de nouvelles techniques génomiques dans l'agriculture au sein de l'Union. Cette technique permet notamment de créer des variétés résistantes à la sécheresse ou aux maladies, ou moins gourmandes en pesticides. Une innovation soutenue par le Copa-Cogeca : "Si nous voulons avancer en Europe, il faut avoir confiance en la science. [...] C'est un des outils nécessaires aux agriculteurs pour faire face aux changements climatiques qui ont un impact très sévère et qui risquent de vraiment entraver la productivité et de mettre à risque la sécurité alimentaire en Europe. [...] Le Copa-Cogeca a soutenu ce type d'innovation dès le début."
Les organisations environnementales qualifient ces produits de "nouveaux OGM", les jugeant risqués pour les écosystèmes et la santé. Des critiques que réfute Elli Tsiforou : "Il ne faut pas tromper les consommateurs. Il ne faut pas leur faire peur. Ce ne sont pas des OGM. C'est une technique qui est très claire, qui renforce la résistance des plantes. C'est un outil qui est nécessaire pour les agriculteurs."
En France, des éleveurs bovins sont touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie qui entraîne l'abattage du troupeau dans lequel évolue l'animal infecté. La façon dont le gouvernement gère la crise est critiquée et entraîne la colère des agriculteurs. La secrétaire générale du Copa-Cogeca ne se prononce pas sur ce sujet qu’elle considère comme "une problématique française". Elle fait cependant part de son "empathie" et son "soutien" aux agriculteurs français.
Émission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Perrine Desplats
À quelques jours de Noël, combien de petits colis ont été livrés à votre domicile en provenance de Chine ou d’ailleurs ? Trop, répond l’Union européenne. Car ce sont quelque 4,6 milliards de colis qui entrent sur le sol européen chaque année, et jusqu'à présent, ceux d’une valeur de moins de 150 euros étaient totalement exonérés de droits de douane, ouvrant grand notre marché à la déferlante des plateformes chinoises du commerce à bas coût, comme Shein, Temu et autres Alibaba.
Plusieurs États membres sont en train d’adopter des mesures de rétorsion contre les plateformes chinoises, notamment la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France, qui va imposer une taxe de quelques euros par paquet. À ces taxes nationales viendra bientôt s'ajouter une taxe européenne de 3 euros, à compter de juillet 2026.
Ces pays européens qui favorisent un prélèvement fixe estiment que la Chine triche sur le montant déclaré du contenu. Plus largement, c’est la question des normes européennes et de la sécurité qui est posée. La découverte de la vente de poupées à caractère pédosexuel par Shein et d’armes en France a servi de détonateur. Les géants chinois du e-commerce sont désormais dans le viseur de la Commission. Alors faut-il les suspendre ?
Émission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Isabelle Romero
Retrouvez l'intégralité du débat sur les plateformes de e-commerce au Parlement européen ICI
Cette semaine, nous recevons Nicușor Dan, président de la Roumanie. Récemment élu, il commente les défis à mener par son pays en termes de budget et de corruption et réitère son alignement aux valeurs européennes.
Nicușor Dan a été élu président en mai dernier avec 53,6 % des suffrages face au candidat d'extrême droite George Simion, pro-Trump, populiste et eurosceptique. Le président, de son côté, l’a emporté avec un programme pro-européen et anticorruption. Ce suffrage a fait suite à l’élection présidentielle de novembre 2024, annulée du fait de l'invalidation des résultats du premier tour. La Cour constitutionnelle du pays avait alors invoqué l'usage irrégulier de TikTok comme outil de campagne permettant au candidat pro-russe Calin Georgescu d’arriver en tête au premier tour du scrutin.
Avec plus de recul, Nicușor Dan affirme aujourd’hui que la Cour constitutionnelle a eu raison d’annuler cette élection : "Il y a eu une influence russe et les règles de financement de la campagne électorale n’ont pas été bien respectées. [...] Nous pouvons aujourd’hui dire que la campagne de désinformation russe a commencé il y a dix ans. Les autorités roumaines ont pris cela à la légère. Pourtant, une technologie très sophistiquée a impacté les dernières semaines de la campagne électorale."
"L'année prochaine, nous serons entre 6 et 6,5 % de déficit"
La Roumanie, pays de 19 millions d’habitants, a connu une progression de 134 % de son pouvoir d'achat moyen en vingt ans, la plus importante d’Europe. Cependant, le déficit du pays atteint 9 %, trois fois la limite autorisée par les règles de l’Union européenne (UE). Pour remédier à cela, le gouvernement a mis en place des mesures d'austérité : "Ces mesures seront reconduites l’année prochaine, il n’y aura pas de mesures supplémentaires dont les gens ne sont pas encore au courant. L’année prochaine, nous serons entre 6 et 6,5 % de déficit. Ces mesures sont difficiles mais nous n’avons pas le choix car nous avons une dette publique. Nous devons montrer aux investisseurs, aux fonds d’investissement et aux banques que la Roumanie va régler son déficit."
Une situation budgétaire qui ne permet pas encore à la Roumanie de rejoindre la zone euro, contrairement à la Bulgarie qui adoptera la monnaie unique au 1er janvier 2026. "La Roumanie est en bonne voie pour intégrer l’OCDE l’année prochaine", tempère le président roumain.
"Il y a de la corruption à tous les niveaux"
Alors que la Bulgarie voisine a vu son gouvernement chuter après de grandes manifestations anti-corruption, Nicușor Dan a fait de la lutte contre la corruption son fer de lance dans un pays particulièrement touché par celle-ci : "En Roumanie, il y a de la corruption à tous les niveaux. Pour lutter contre, nous avons besoin de prendre des mesures administratives mais aussi agir au sein du système de justice. Il y a une volonté de lutter contre la corruption mais cela va prendre du temps."
Le 7 décembre, le libéral Ciprian Ciucu a été élu maire de Bucarest devant la candidate d’extrême droite Anca Alexandrescu. Cette dernière figurait cependant en tête des sondages, alors que Bucarest n'est traditionnellement pas une place forte de l'extrême droite. "Nous avons un parti anti-européen et même pro-russe, qui, en s’alliant à d’autres petits partis, atteint 35 à 40 % des votes", indique Nicusor Dan, ancien maire de Bucarest, en référence au parti Alliance pour l'unité des Roumains (AUR). "Mais les gens qui votent pour ces partis ne sont pas forcément anti-européens ou pro-russes. Il se sentent abandonnés par les autres, par les politiques des partis disons classiques, qui sont pro-européens. Nous devons regagner leur confiance dans les prochaines années."
"Stimuler notre économie de défense européenne"
Dans un contexte de tension sécuritaire au niveau européen, la Roumanie, qui partage 650 kilomètres de frontière commune avec l'Ukraine, a fortement augmenté ses dépenses militaires ces dernières années. Celles-ci représentaient 2,2 % de son PIB en 2024 et devraient atteindre 2,5 % en 2025. L’Union européenne (UE) a d’ailleurs alloué 16,7 milliards d'euros au pays dans le cadre de son programme SAFE, un instrument de prêt à prix compétitif pour le secteur de la défense. S’il dit ne pas craindre une confrontation directe avec la Russie, il affirme que les positions européennes doivent être claires : "Nous devons faire savoir à la Russie que nous sommes prêts. Bien sûr, nous ne souhaitons pas avoir une guerre sur le territoire européen mais nous devons leur dire : 'Si vous voulez attaquer, nous sommes prêts'."
Nicușor Dan explique que, par le passé, la défense n’était pas un secteur parmi d’autres, pas plus important que celui de la santé par exemple. "Avec le contexte géopolitique actuel, l’Europe doit agir pour être capable, dans un laps de temps le plus court possible, de se défendre." En matière d’achat d’armement, le président roumain reconnaît avoir conclu des contrats avec des entreprises américaines valables "jusqu’à 2033". Il incite aujourd’hui à "stimuler notre économie de défense européenne" et rappelle que son pays investit également dans des armes européennes. "En France, nous avons déjà signé le contrat avec Mistral. Pour l’achat d’hélicoptères, Airbus a de bonnes chances. Thales opère déjà en Roumanie et pourrait obtenir d’autres contrats. De toute manière, pour les achats faits avec l’argent reçu par le programme SAFE, nous nous tournerons vers l’Europe."
Le président roumain réitère son soutien à l’Ukraine : "Ce qui se passe est terrible pour le peuple ukrainien. [...] Nous devons continuer à aider l'Ukraine. Il faut montrer aux Russes que nous soutiendrons les Ukrainiens sur le long terme, avec notamment un soutien financier inconditionnel."
"Avec les États-Unis, nous avons des valeurs très proches"
Les États-Unis ont récemment publié un document définissant leur nouvelle "stratégie de sécurité nationale", résolument nationaliste. Elle fustige, au passage, une Europe jugée en déclin et salue la montée en puissance des partis européens patriotiques, situés à l’extrême droite de l’échiquier politique. Une ingérence dans les affaires européennes que Nicușor Dan relativise : "En matière de sécurité, ces annonces ne sont pas une surprise. Depuis son premier mandat, Trump a annoncé qu’il dirigerait sa politique externe vers le Pacifique. En ce qui concerne la question idéologique, ils veulent appliquer à l’Europe ce qu’ils font aux États-Unis. [...] Sur cette question idéologique, nous devons avoir notre propre débat. C'est une des faiblesses de l'UE, le fait que nous avons beaucoup de débats à l'intérieur de notre pays mais qu’ils ne se transposent pas au niveau européen." Il reste "très optimiste" sur le fait que la relation future avec l'administration américaine "va continuer" : "Nous avons des différends sur beaucoup de choses mais les États-Unis ont besoin de l’Europe et l'Europe a besoin des États-Unis. Dans l’ensemble, nous avons en fait des valeurs très proches."
Alors que l’UE a infligé une amende de 120 millions d'euros à X, le réseau social d'Elon Musk, pour avoir enfreint le règlement européen sur les services numériques, le président roumain insiste sur la nécessité de "défendre nos démocraties" : "Les démocraties européennes doivent décider. [...] S'il y a des menaces qui viennent des réseaux sociaux, nous devons prendre des mesures."
"Nous devons renforcer l'UE"
Les Vingt-Sept ont entériné cette semaine un net durcissement de leur politique migratoire, ouvrant notamment la voie à l'envoi de migrants dans des centres situés hors des frontières de l'Union européenne. Selon le président roumain, "l’UE doit trouver un bon équilibre entre le respect des droits de ceux qui ont des problèmes dans leurs pays d’origine et la capacité d’accueil de ces personnes dans nos pays". "La Roumanie est prête à avoir ce débat au sein de l’Union", indique-t-il.
Il appelle à cesser le discours de défiance envers l’UE véhiculé par la classe politique des Vingt-Sept : "Quand un dirigeant roumain présentait une mesure impopulaire, il disait : 'Je ne suis pas d’accord mais ça vient de l’Europe.' Nous avons inculqué à nos citoyens que l’Europe, ce n’est pas vraiment eux. Cela doit cesser. Dans un contexte géopolitique extrêmement compliqué, nous devons renforcer l'UE", conclut-il.
Emission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Isabelle Romero, Agnès Le Cossec, Charlotte Prudhomme et Luke Brown
Les Vingt-Sept s’apprêtent à donner leur feu vert à l’accord commercial avec les pays du Mercosur : le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et l’Argentine. Cela représente un marché de 270 millions d’habitants qui s’ouvrirait à l’Union européenne (UE) avec des droits de douane réduits. L'accord pourrait accroître les exportations annuelles de l'UE vers ces pays de près de 40 % pour atteindre 49 milliards d'euros par an.
Cependant, l'opposition se fait entendre à travers les États membres. Certains pays comme la France craignent un dumping environnemental et l’importation de produits traités aux pesticides interdits dans l’Union européenne. De leur côté, les agriculteurs craignent une concurrence déloyale sur les prix et promettent de grandes manifestations lors du Conseil européen du 18 décembre à Bruxelles. La Commission européenne assure qu’elle multipliera les contrôles et les clauses de sauvegarde. L’accord avec le Mercosur est-il un bon deal pour l’Europe ?
Emission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Agnès le Cossec
Cette semaine, nous accueillons Pierre Moscovici, qui quitte la présidence de la Cour des comptes française pour rejoindre la Cour des comptes européenne. Cet ancien député et commissaire européen tire la sonnette d’alarme sur l’état des finances de la France et appelle l’Union européenne (UE) à être unie face au plan de paix des États-Unis pour l’Ukraine.
La dette française s’élève à un niveau record de 115,6 %, la troisième la plus haute des Vingt-Sept, derrière la Grèce et l'Italie. Son déficit représente 5,4 % de son PIB, faisant de la France l’un des plus mauvais élèves de l’Union européenne. Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes en France et ancien ministre, rappelle que la France "n'est pas n'importe quel pays, ni dans le monde, ni dans l'UE. Elle a un rôle moteur dans la construction européenne".
Bien que le pays soit la deuxième plus importante économie de l’Union, il reconnaît ses difficultés budgétaires : "Si la France n'est pas capable de balayer devant sa porte, sa crédibilité est atteinte. [...] La dynamique de notre dette est mauvaise. Nous sommes les seuls dont la dette croît autant. Notre déficit est le plus élevé de la zone euro".
Pierre Moscovici, également ancien député et commissaire européen, évoque les difficultés budgétaires passées de la Belgique, l'Espagne, le Portugal ou la Grèce : "À l’époque où j’étais commissaire, penser que nous aurions des taux d'intérêt plus élevés que ces pays était inimaginable. [...] En se retrouvant dans cette situation, nous ne pouvons pas faire face aux défis du futur que sont le financement de la transition écologique, de la transition numérique, que sont l'effort de défense ou le renforcement de notre capacité d'innovation et de recherche. [...] La France s'affaiblit et a un nœud coulant autour du cou, qui, petit à petit, la rend impuissante et l'empêche d'agir pour le bien de ses citoyens".
"C'est aux États de réduire leur dette"
Alors que la France est en plein vote de son budget pour l’année 2026, Pierre Moscovici met en garde : "Si nous voulons rester sur une trajectoire qui nous amène à moins de 3 % de déficit en 2029, et c'est fondamental pour inverser le cours de la dette, il faut que le budget voté nous emmène sous les 5 % de déficit".
Au niveau européen, la moyenne de la dette s’élève à 81,9 %. Les dettes sont à des niveaux très disparates entre les États membres. "La plupart des pays de la zone euro ont quand même fait un effort pour réduire leur dette après la crise du Covid", sauf la France repartie à la hausse, souligne-t-il. "Entre le Danemark et le Luxembourg qui sont autour de 25 % de dette, la Grèce à 150 %, et nous à 115 %, l'Union est toujours faite d’États et ce sont les États qui, à des degrés divers, doivent réduire leurs dettes", poursuit-il pour expliquer ces disparités.
"Ne la condamnons pas avant de savoir"
Federica Mogherini, ancienne cheffe de la diplomatie européenne, a été inculpée dans une enquête concernant l'attribution par l'Union européenne d'un contrat de formation de fonctionnaires européens, au Collège d'Europe, en 2022. Elle est soupçonnée d’avoir été avertie, à l'avance, des critères de sélection à remplir pour décrocher un futur appel d’offre. Alors que l’enquête est toujours en cours, l'ancien commissaire réagit à l’affaire : "J'aime beaucoup Federica Mogherini. C'est une amie. [...] Nous verrons ce que révèle l'affaire. Son comportement, à savoir démissionner dès lors qu’il y a suspicion, va dans la sens de l’exemplarité. Ne la condamnons pas avant de savoir".
"La paix ne peut pas se faire aux conditions de Vladimir Poutine"
Les États-Unis tentent de négocier un plan de paix entre l’Ukraine et la Russie et semblent peu se préoccuper de l’avis des Européens. "Nous ne pouvons pas avoir des négociations purement russo-américaines et traiter du sort des Ukrainiens sans eux et sans leur président légitime, monsieur Zelensky. [...] Nous ne pouvons pas non plus discuter de l'avenir de l'Ukraine sans les Européens, parce qu'elle est sur notre continent et que les garanties de sécurité, le moment venu, doivent être européennes. La paix doit préserver les intérêts des Ukrainiens et ne peut pas être une paix aux conditions de Vladimir Poutine".
La Commission européenne a présenté cette semaine un plan pour financer l’Ukraine sur deux ans. Pour ce faire, l’une des options retenues est d’avoir recours aux avoirs russes gelés en Europe, dont l’immense majorité est immobilisée en Belgique. Par peur de représailles russes, les Belges s’opposent pour le moment à cette option. S’il explique ne pas avoir un éclairage complet sur la légalité de la réquisition de ces avoirs, il n’est pas contre l’idée proposée par la Commission : "Il me paraîtrait bon que la volonté exprimée d'utiliser ses avoirs russes gelés aille jusqu'au bout pour financer ce que nous devons à l'Ukraine. Il faut naturellement limiter les risques. Il faut offrir des garanties aux États membres".
"Pour être entendu, il faut être soi-même volontaire"
Il appelle les Vingt-Sept à "aller de l’avant" au sujet de ces avoirs russes : "Si nous sommes trop timides, trop repliés sur nos intérêts nationaux et pas suffisamment actifs, alors il ne faut pas s'étonner d'être une étape qu'on rate. Pour être entendu, il faut être soi-même volontaire".
L'autre option envisagée par la Commission pour financer ce prêt est le recours à un emprunt européen, mais cela nécessite l’accord à l'unanimité des États membres. Certains d’entre eux, comme la Hongrie, s’opposent à cette proposition. Un système de vote à l’unanimité remis en question par l’ancien ministre français des Affaires européennes : "Il faut avancer. Le problème de l'Europe, c'est ce consensus que nous devons chercher. J'ai toujours respecté tous les États membres. Il faut les traiter comme tous égaux mais il ne faut pas non plus accepter cette logique du véto. Il faut aller vers davantage et même la totalité des décisions qui soient prises au vote à la majorité qualifiée".
Il dénonce le fait que certains dirigeants comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban ou le Slovaque Robert Fico "ont parfois de la sympathie pour Vladimir Poutine". Selon lui, l’Europe doit pouvoir "avancer" sans eux. "Si le spectacle que nous offrons au monde, alors que nous sommes sur notre territoire et que cette guerre est européenne, est celui de l'impuissance, de la division et de la paralysie, alors ne nous étonnons pas que les décisions soient prises sans nous", conclut-il.
Emission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
La guerre en Ukraine représente le sujet le plus brûlant pour les Européens, alors que le président américain Donald Trump a remis un coup d’accélérateur ces dernières semaines en proposant un plan de paix, prévoyant l’abandon de certains territoires ukrainiens à la Russie. Même remanié par les Européens, ce plan ne convient finalement à personne et les négociations avec Moscou patinent. Dans ce contexte, les Vingt-Sept s’interrogent sur la meilleure manière de refinancer une Ukraine au bord de la banqueroute. La présidente de la Commission européenne propose de garantir un "prêt" de 165 milliards d'euros à l’Ukraine en utilisant les avoirs russes, présents surtout en Belgique mais aussi un peu en France. Pas satisfaisant pour les Belges qui craignent de payer la facture tous seuls.
L’autre solution consiste à un grand emprunt en commun sur les marchés pour aider Kiev, mais là, c’est la Hongrie de Viktor Orban qui met son véto. Réputé proche du Kremlin, le Premier ministre hongrois s’est d’ailleurs rendu à Moscou fin novembre pour négocier, avec le président russe Vladimir Poutine, la prolongation de son contrat pétrolier et gazier, se félicitant des prix très bas obtenus. Viktor Orban, qui va à l’encontre de la stratégie de l’Union européenne qui a trouvé un accord pour devenir indépendante de l’énergie en russe en 2027.
Emission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Face au plan de paix de Donald Trump pour l'Ukraine qui laisse encore l’Union Européenne à la traine, Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, s’exprime sur ce conflit au cœur de l’Europe. Il évoque les enjeux de défense : réarmement, service national et la question sensible des avoirs russes gelés. Il commente aussi les questions de politique intérieure.
Maxime Prévot regrette que, pour Gaza comme pour l’Ukraine, l’UE qui est pourtant au cœur de son territoire, les Européens soient laissés de côté. S’il salue par principe les efforts des Américains pour la paix, il remarque ironiquement que "les USA choisissent le restaurant, commandent le menu, mais c’est l’Union européenne qui doit payer la facture". Une situation inacceptable : "Il ne peut pas y avoir de solution de paix durable qui concerne l'Ukraine sans l'Ukraine et sans l'Europe, nous sommes nous-même des acteurs clés qui doivent être autour de la table."
Il faudrait selon lui "que les Européens eux-mêmes soient en capacité d'offrir une contre-proposition pour un plan de paix". Il souhaite participer à l'édification d'une stratégie qui ne discrédite pas l'Ukraine. "L'objectif n'a jamais été de veiller à ce que celle- ci mette un genou en terre ou abdique. Je rappelle qu'elle est la victime de cette guerre."
Le ministre rappelle que les questions de l’intégrité territoriale sont essentielles, non seulement par rapport à l'Ukraine, mais aussi eu égard droit international. Il ne peut pas y avoir de place non plus pour l'impunité pour des actes d'agression posés par la Russie, et ajoute-t-il, "c'est la raison pour laquelle un scénario de paix avec la force comme moteur qui tord le bras aux Ukrainiens n'est pas acceptable".
Selon le Ministre Maxime Prévot, malgré les scandales de corruption dans l’entourage du président ukrainien, Volodymr Zelensky reste le plus à même de défendre les intérêts des Ukrainiens. Il fait confiance à la justice ukrainienne pour tirer cela au clair, mais refuse que cette question soit instrumentalisée pour fragiliser la présidence, et donc le peuple ukrainien.
Sur la question sensible des avoirs gelés russes que les Européens voudraient utiliser à hauteur de 140 milliards d’euros pour financer les réparations en Ukraine, Maxime Prévot reste inflexible. Il évoque des problèmes juridiques liés à toute démarche qui pourrait être assimilable à une confiscation et aux mesures de rétorsion auxquels la Belgique seule ne pourrait faire face.
Selon lui, pour aider l’Ukraine : "Il nous semble que la meilleure voie à suivre est celle d'un emprunt directement contracté par l'Union européenne", même si Viktor Orban, proche du Kremlin, y mettrait son veto.
Toujours en matière de défense, la Belgique comme la France se soucie de son réarmement et a décidé elle aussi de rétablir un service militaire volontaire.
"Avec l'espoir", explique Maxime Prévot, "de susciter des vocations qui permettront d'accroître l'enrôlement dans nos forces armées par la suite." Il reconnait, que la Belgique a souvent été l'un des mauvais élèves de l'Otan pour ses investissements en matière de défense. "Le gouvernement a décidé de changer cet état de situation. Avec des financements à plusieurs dizaines de milliards d'euros qui vont être mobilisés pour rattraper notre retard et continuer d'être un partenaire fiable de l'Otan."
Sur la situation économique en Belgique, avec une dette publique brute de 107 % du PIB en 2025 , un déficit de 5,3 % du PIB et une grève qui a paralysé le pays plusieurs jours, le ministre estime que l'Union européenne a eu raison de tirer la sonnette d'alarme. "Nous avons fait œuvre de pédagogie auprès de nos populations en expliquant qu'on ne pouvait plus vivre au-dessus de nos moyens, que ces dernières décennies, des réformes indispensables qui devaient être prises, fussent-elles impopulaires, ne l'ont pas été. On se trouve maintenant au pied du mur, avec le risque d'être potentiellement l'un des plus mauvais élèves de la zone euro. Et donc, explique -t-il, "en un an, nous avons fait un effort de redressement structurel de nos finances de 32 milliards d'euros. C'est du jamais vu depuis ces 50 dernières années. Ça se fait évidemment avec des grincements de dents. Nous en sommes conscients, nous l'assumons."
Maxime Prévot appartient à la coalition gouvernementale "Arizona", composée de cinq partis et dirigée par le Premier ministre belge Bart De Wever, figure historique du nationalisme flamand, qui a d'ailleurs relancé l'idée d'unir la Belgique et les Pays-Bas.
"Alors il n’a pas lance l’idée de permettre cette union historique", commente le ministre. "Il a rappelé, comme historien du reste, combien il regrettait qu'à l'époque il y ait eu cette division. Ma foi, c'est son droit. Chacun met ses sentiments où il le souhaite. Mais toujours est-il qu’avoir un renforcement des démarches du Benelux, ça nous semble important. Le Benelux, c'est quand même trois pays fondateurs parmi les six de l'Union européenne, et c'est aussi une structure forte qui préexistait à l'existence de l'Union européenne."
Le Ministre Prévot rappelle par ailleurs "que la Belgique est connue pour son sens du compromis. Nous avons un gouvernement composé de cinq partis, un socialiste, deux centristes, deux libéraux et conservateurs. Mais nous arrivons à faire bouger le pays parce que de longue date, nous avons compris que faire un compromis, ce n'était pas se compromettre. Je pense que ça peut probablement inspirer d'autres pays qui nous sont proches."
Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero.
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