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Or


Les inégalités économiques n’ont jamais été aussi fortes en Europe. Selon la Banque centrale européenne, 5 % des plus fortunés détiennent 45 % de la richesse totale. En France, une possible instauration de la taxe Zucman – une taxation de 2 % sur les patrimoines des ultra-riches – enflamme le débat. Si elle était étendue à l’échelle des Vingt-Sept, elle pourrait rapporter 67 milliards d’euros au budget de l'Union européenne (UE).
Pourtant, la tendance est plutôt inverse en Europe ces dernières années : la quasi-totalité des pays membres ont supprimé les impôts sur les grandes fortunes.
Les multinationales sont aussi dans le viseur en matière d'imposition, notamment celles qui ont fait des bénéfices avec la flambée des prix de l’énergie à la suite de la guerre en Ukraine. Même si l’UE s’est montrée favorable à un impôt minimum de 15 % sur les multinationales, ces dernières n’ont jamais été aussi peu taxées en 30 ans. En cause, une compétition fiscale toujours d’actualité entre les Vingt-Sept pour attirer les sièges des grands groupes.
Alors, faut-il plus taxer les grandes fortunes et les multinationales ?
Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero.
Cette semaine, nous recevons Bartjan Wegter, coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme. Dix ans après les attentats qui ont frappé la France, il détaille les mesures mises en place en Europe pour contrer le terrorisme et alerte sur un risque d’attaque toujours élevé.
La France a récemment commémoré les dix ans des attentats du 13 novembre 2015, lors desquels 132 personnes ont perdu la vie. Bartjan Wegter, coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme – un poste créé en 2004, après les attentats de Madrid –, qualifie ces hommages de "très émouvants". "C’était impressionnant d'entendre les témoignages et de voir les survivants de ces attentats horribles qui ont choqué la France", s'émeut-il.
Selon lui, si la France a été la cible de ces attaques, c'est parce qu'elle est "un pays exemplaire en termes de liberté d’expression" : "C’est une société multiculturelle dont les Français sont fiers. La France représente toutes les valeurs de la société européenne, tout ce que visent les djihadistes."
"Il faut rester vigilant"Après ces attentats, Bartjan Wegter parle "d’un tournant historique dans la lutte contre le terrorisme dans l’Union européenne" : "Nous nous sommes rendus compte qu'il fallait mieux s'organiser au niveau européen, qu'il fallait penser au-delà du niveau national."
Il explique que les auteurs de ces attaques ont "profité de la libre circulation en Europe" afin de commettre ces attentats. "Nous avons renforcé nos frontières extérieures et nous avons établi des bases de données interopérables. [...] Nous avons aussi renforcé la coopération de la police et de la justice grâce à Europol et Eurojust, deux agences impliquées dans le domaine. Nous avons fait en sorte de renforcer leur rôle. [...] Nous avons créé une task force sous le nom de fraternité franco-belge afin de mener les enquêtes nécessaires dans le contexte de ces attentats. [...] L’Europe s'est mieux organisée de façon stratégique pour appréhender le futur et prendre en considération les menaces à venir."
S’il évoque des progrès réalisés en matière de contre-terrorisme, Bartjan Wegter explique qu’il "faut rester vigilant". "Je dirais que nous sommes mieux placés aujourd'hui qu'il y a dix ans. [...] Beaucoup d'attentats ont été déjoués. [...] Mais la menace numéro un en Europe reste toujours le djihadisme", selon lui.
"Daech recrute désormais en Europe, parmi les plus jeunes"Selon le coordinateur pour la lutte contre le terrorisme, les tactiques d’attaques ont évolué : "Daech s'est réorganisé et a maintenant décentralisé son commandement dans différentes régions : en Afrique occidentale par exemple, en Afrique centrale et en Asie du Sud ou centrale. [...] Avant, nous observions une organisation basée hors de l'Europe et qui visait à attaquer l'Europe de l'extérieur. Maintenant, c'est devenu une menace endogène dans le sens où Daech recrute au sein de l’UE, ce qui est beaucoup plus efficace de leur point de vue."
En Europe, un suspect de terrorisme sur trois porte est un mineur ou un jeune adulte. Selon Bartjan Wegter, cela s’explique par le fait que cette population soit "particulièrement vulnérable". "Ils sont victimes de désinformation et notamment de la propagande de Daech, qui a été très ciblée et très efficace dans de multiples langues et qui visait justement les mineurs. Ils utilisent par exemple des plateformes de gaming pour atteindre les jeunes", détaille-t-il.
"Une diminution des efforts de modération en ligne"Pour lutter contre la radicalisation en ligne et les méfaits des réseaux sociaux sur les jeunes, la France réfléchit à l'interdiction de leur usage avant quinze ans. Des menaces provenant des réseaux sociaux que Bartjan Wegter observe également : "Il y a plusieurs mouvements qui influencent tout ce qui se passe en ligne et qui influencent nos jeunes et risquent de les radicaliser. Il y a l'ultra droite, l'ultra gauche." Il note un risque particulier pour les "jeunes garçons", qui peuvent être "attirés par l'ultraviolence."
Selon lui, les grandes entreprises de la tech détenant ces réseaux sociaux doivent jouer un rôle : "Nous voyons une diminution des efforts de modération de la part de la plupart de ces compagnies. [...] Derrière tout cela, il y a les algorithmes qui amplifient le genre de contenus qui posent problèmes et qui risquent de radicaliser nos jeunes."
Les grandes plateformes américaines qui détiennent la majorité de ces réseaux sociaux sont en effet de plus en plus hostiles aux réglementations européennes sur le digital. "Nous voyons un changement de politique des entreprises à ce propos, mais nous sommes en contact avec les autorités américaines et nous constatons que pour les Américains aussi, la radicalisation en ligne pose des problèmes."
S’il se félicite de la possibilité pour les utilisateurs d’utiliser des messageries cryptées afin de protéger leur vie privée, il déplore une difficulté pour les enquêteurs d’accéder à ces données : "Il faut avoir un débat clair et honnête qui reconnaît le besoin de permettre à nos enquêteurs de mener à bien leurs enquêtes, toujours dans le respect de la loi, comme ils l'ont toujours fait depuis des années, par exemple quand il y avait des paquets suspects ou des lettres à ouvrir. [...] C'est la même chose pour tout ce qui est digital, car nous constatons que plus de 80 % des enquêtes sont maintenant dans le domaine digital. Il faut permettre à nos enquêteurs de faire leur travail. Pour cela, il faut une coopération de l'industrie et des plateformes."
"Ce qui se passe en Afrique va toucher notre sécurité intérieure"Dans la région du Sahel, en Afrique de l’Ouest, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), lié à al-Qaïda, gagne du terrain. Bartjan Wegter explique que l’UE collabore avec de nombreux pays africains au sujet de cette menace terroriste : "Les pays en Afrique occidentale ont besoin de notre soutien et de notre expérience pour lutter contre le terrorisme. [...] C'est une région qui nous préoccupe. [...] Tout ce qui se passe hors de nos frontières risque, à un certain moment, de toucher notre sécurité intérieure."
Face aux conflits en Ukraine ou à Gaza, il alerte sur le fait que l’instabilité internationale "donne des opportunités aux groupes terroristes d’amplifier leur message" : "Nous voyons beaucoup de faux narratifs et de désinformation qui circulent en ligne. [...] Les terroristes, mais parfois aussi certains États, essaient de bouleverser notre société ou de détruire sa cohésion."
Émission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Perrine Desplats.
Loin des yeux, loin du cœur, a-t-on usage de dire. Mais est-ce vrai pour l’Ukraine après trois ans et demi de guerre ? Les Européens ont engagé des discussions difficiles sur leur soutien à l’Ukraine, et les Vingt-Sept ont promis de répondre au besoin de financement ukrainien, estimé à 135 milliards d’euros sur les deux prochaines années. Mais les États-membres sont divisés sur l’utilisation des avoirs russes gelés – 210 milliards d’euros –, dont une grande partie est hébergée en Belgique. Les autres solutions examinées sont un financement direct de l'Ukraine sous forme de dons ou d'un emprunt européen, qui aurait l'avantage de limiter l'impact direct sur les budgets nationaux.
La période est difficile pour les Ukrainiens sur le front alors que l’armée russe continue à progresser dans l’est de l’Ukraine. Dans ce contexte, Volodymyr Zelensky est venu à Paris signer un accord sur le futur achat par Kiev de 100 avions de combat français Rafale. Il entendait aussi redorer l’image de son gouvernement fragilisé par une affaire de corruption, ses proches étant en effet accusés d’avoir détourné 86 millions d’euros dans le domaine de l’énergie.
Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Retrouvez ici le récapitulatif du soutien de l'Union européenne à l'Ukraine en 2025
Après les négociations entre le présidents américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, un deal éloigne la perspective d’une guerre commerciale entre ces deux pays. Mais cet accord n’est pas nécessairement favorable aux Européens. L'Union européenne est le premier partenaire commercial d'une Chine qui ne partage pas ses analyses géopolitiques. Elle soutient la Russie contre l’Ukraine et tente de séduire l’Afrique et l'Amérique latine et certains pays européens aux dépens de l’UE.
La Chine est même allé plus loin en menaçant directement nos économies en annonçant début octobre durcir le ton sur les terres rares, ces métaux indispensables à beaucoup de nos industries. Globalement nos économies subissent l’afflux massif de produits chinois et un dumping intensif.
Sûr de sa force, Pékin ouvre même la porte à un accord de libre-échange avec les Européens. Alors, l’Union européenne a-t-elle les moyens de reprendre son indépendance vis-à-vis de la Chine ?
Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Agnès Le Cossec.
Le Brésil s'apprête à accueillir la Conférence des Nations Unies sur le climat (COP30) alors que cette année marque les 10 ans de la conférence de Paris sur le climat, accord phare pour limiter l'augmentation de la température mondiale à 2 °C, d'ici la fin du siècle.
L'Union européenne avait amorcé une baisse des émissions de gaz à effet de serre grâce au Pacte vert, un ensemble de lois écologiques lancé en 2019. Pourtant, les ambitions écologiques de l'Union sont aujourd'hui revues à la baisse sous la pression de l'extrême droite et de la droite qui demandent un assouplissement des législations.
L’Union européenne se présente-t-elle toujours comme la championne du climat ? Est-elle capable de tenir les objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’est fixés pour atteindre la neutralité carbone en 2050 ?
Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Oihana Almandoz.
Au lendemain d’un Conseil européen centré sur la question de l’aide à l’Ukraine, José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, revient sur ce contexte international. Il évoque aussi la situation de son pays, dirigé par le socialiste Pedro Sanchez, à la tête d’une coalition des gauches qui fait figure d’exception et de contre-modèle dans de nombreux domaines.
Le dernier Conseil européen a voté un 19e paquet de sanctions contre la Russie et une interdiction des importations de gaz russe, mais la question des avoirs financiers russes reste bloquée. Cette fois, c'est la Belgique qui refuse de piocher sur les 193 milliards d’euros russes, par crainte des représailles – les banques étant majoritairement sur son sol. Une situation que regrette José Manuel Albares : "Nous avons été les premiers à dire que les avoirs gelés russes pouvaient être utilisés pour aider l'Ukraine et que le droit international nous permettait de considérer que cela constituait des réparations par anticipation".
Le ministre réaffirme d'ailleurs le soutien sans faille de son pays à l'Ukraine, qui s'exprime par l'aide humanitaire, l'accueil de 250 000 refugiés ukrainiens mais aussi l'aide militaire. Car, si l'Espagne refuse d’investir 5 % de son PIB dans la défense via sa participation dans l'Otan, "elle est passée de 0,9 % à 2 %" rappelle José Manuel Albares, qui précise que son pays est "un partenaire, un allié fiable avec une contribution historique : 3 000 soldats espagnols déployés dans plusieurs pays de l'Europe de l'Est et nos avions qui participent à assurer la sécurité du ciel de la Baltique et contre les drones russes".
Face au revirement du président américain Donald Trump qui impose désormais des sanctions sur le pétrole russe, tout comme les Européens, José Manuel Albares prône l'union des alliés : "Pour l'Ukraine comme pour Gaza, il faut travailler à la paix. Pour l’Ukraine, travailler sur la paix signifie faire pression sur les seuls qui ne veulent pas la paix ! Le président Zelensky a proposé un cessez-le-feu sans conditions mais les Russes et Vladimir Poutine ne le veulent pas". Envers la Chine, qui utilise la guerre commerciale contre l'Europe et ne souhaite pas la victoire de l'Ukraine, le ministre Albares estime qu'il faut utiliser l'arme diplomatique : "Il faut leur faire comprendre que le meilleur moyen de vivre en bon voisinage, c'est à travers la paix. Si le droit international est bafoué, si la Russie a finalement du succès, on donne un prix à l'agresseur et la guerre peut être un autre moyen de politique étrangère, comme jadis au XIXe siècle. Je pense que nous avons tous intérêt à travailler ensemble pour que cela ne se produise pas".
Croissance économique et paix sociale
Sur le plan intérieur, l'Espagne affiche de belles réussites avec un taux de croissance de 2,9 % – bien au-dessus de ses voisins comme la France (0,7 %) ou l'Allemagne (0,2 %). "Il y a beaucoup de travail derrière ces chiffres", explique le ministre Albares. "C’est la plus forte croissance de toutes les économies les plus avancées". Il se félicite aussi de la réduction du chômage, du contrôle du déficit et de la dette. "Mais surtout, ce qui est très important pour nous, c'est que nous avons fait cela avec de la paix sociale, grâce au dialogue social avec les syndicats et le patronat. Et ça nous permet, en même temps que la croissance macroéconomique et le contrôle des déficits et de la dette, une croissance du salaire minimum en Espagne de 60 % depuis qu'on est au gouvernement et des pensions minimum de 12 %". Le ministre souligne aussi que les fonds structurels européens aident le pays dans sa transformation vers une économie digitale, verte et sociale.
Sur la question migratoire, José Manuel Albares explique combien son pays se distingue de l'Italie de Giorgia Meloni : selon Frontex, sur les routes migratoires, l'Espagne a eu une réduction de 40 % du trafic cette année par rapport à l'année dernière, et de 60 % à travers les îles Canaries, la route la plus dangereuse pour arriver en Europe. "Je pense que face à l'immigration irrégulière, il faut dire la vérité aux citoyens. Les problèmes conjoncturels ont une solution. Les problèmes structurels ont une gestion. Tant que l'Afrique et l'Europe sont la frontière la plus inégale au monde, peu importe si c’est le PIB, la santé, l'éducation, il y aura toujours une migration irrégulière envers l'Europe".
Mais selon le ministre Albares, le modèle espagnol repose sur trois piliers : "Le premier, c'est un dialogue politique de très haut niveau avec nos partenaires africains comme le Maroc, le Sénégal, la Mauritanie ou la Gambie, pour citer quelques-uns des plus importants. Le deuxième, c'est une aide au développement que nous avons triplée envers les pays de l'Afrique de l'Ouest pour étayer leurs programmes de réformes économiques, pour donner des opportunités à sa jeunesse. Et le troisième, une coopération avec ces pays pour être terriblement durs avec les mafias qui pratiquent le trafic d'êtres humains".
Il conclut sur ce sujet : "Il faut dire la vérité, l'Europe a besoin d'une main d'œuvre qui vient d'ailleurs, et la plupart des étrangers rentrent en Europe de façon légale. L'immigration irrégulière est minoritaire et certainement faire l'amalgame immigration et délinquance est faux".
Sur ce sujet comme sur d’autres, le gouvernement espagnol s’oppose aux mouvements et partis d’extrême droite qui montent en Europe. Le ministre Albares fustige aussi les complaisances voire les alliances de la droite envers ces mouvements populistes, comme l’alliance de la droite radicale et du Parti populaire européen au Parlement européen ou au sein des différents pays de l'UE : "Chaque fois que la droite court derrière l'extrême droite, elle finit phagocytée par l'extrême droite. Quand elle copie ses méthodes, quand elle épouse ses valeurs, c'est l'Europe qui se détruit un peu parce que l'Europe repose sur des valeurs et ces valeurs ne sont pas de belles idées philosophiques. Ces valeurs sont les moteurs des années les plus grandes de l'Europe, de la paix et de la croissance. Si on nie l'égalité, la diversité, la justice sociale, on est en train de nier l'existence même de l'Europe. Et ils détruiront l'essence même, le cœur de l'Europe".
Emission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Perrine Desplats
Nous regardons cette semaine à la droite toute de l'hémicycle du Parlement européen, et de ceux des 27 pays de l’Union européenne, car les rangs de l'extrême droite grossissent d’élection en élection. Le 29 octobre, les Néerlandais pourraient renvoyer en première position le PVV de Geert Wilders, qui a fait échouer sa propre coalition conclue il y a un an avec le centre droit. Il y a quelques semaines, la République tchèque a vu le retour au pouvoir du milliardaire populiste Andrej Babis dont le parti ANO a opéré un net virage à droite. Il rejoint d’autres gouvernements de droite radicale en Europe, avec l’Italie de Giorgia Meloni, la Hongrie de Viktor Orban, et la Slovaquie de Robert Fico. Tous s’affirment trumpistes et les deux derniers sont aussi des amis du président russe Vladimir Poutine.
À Strasbourg, l’extrême droite européenne représente désormais plus d’un quart de l’hémicycle mais elle est divisée en trois groupes : L’Europe des Nations souveraines, avec l’AfD allemande ; les Conservateurs et réformistes, emmenés par Giorgia Meloni ; et les plus nombreux, les Patriotes pour l’Europe, troisième groupe du Parlement, groupe créé par Viktor Orban, Marine Le Pen et Geert Wilders.
Émission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Isabelle Romero
Cette semaine, nous recevons Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur et ancien ministre français de l’Économie. Crise budgétaire française, relations avec les États-Unis et conflits en Ukraine et à Gaza, il commente les dossiers qui divisent les Vingt-Sept.
La France, en pleine crise politique, connaît également une crise budgétaire sans précédent avec une dette record de 115% de son PIB. En Europe, la confiance en la France s’effrite. Thierry Breton, ancien ministre français de l’économie estime que "les Français, ou en tout cas ceux que les Français ont envoyés à l'Assemblée nationale, ne veulent pas vraiment voir l'origine de ce mal français".
Il rappelle qu’en 2007, à son départ du ministère de l’Économie, l'endettement de la France s’élevait à 63 % alors que celui de l'Allemagne était à 67 %. "Nous avons eu les mêmes crises des deux côtés du Rhin : la crise des subprimes, des dettes souveraines, du Covid," explique-t-il. "Alors pourquoi l'Allemagne, qui a eu les mêmes crises que nous, est à 62 % du PIB d’endettement aujourd'hui et la France à 116 % ? Qu'est-ce qu’il s'est passé ? Avons-nous l’impression de mieux vivre depuis 2007 ? Est-ce que le fait d’avoir doublé notre taux d’endettement [...] a bénéficié au bien-être des Français ? Nous devons nous poser la question du financement de notre État providence."
"La France fait partie des élèves au fond de la classe"Pour respecter le Pacte de stabilité et de croissance européen, les Vingt-Sept doivent maintenir leur déficit public sous le plafond de 3 % du PIB, et leur dette publique sous les 60 % du PIB. "Au sein de l’UE, la France fait partie des élèves au fond de la classe. En 2024, nous avons tous décidé, France y compris, que les pays se trouvant au-dessus de 90 % d'endettement auraient une obligation de baisser leur endettement d’un point de PIB par an. Aujourd'hui, nous l’oublions. Puis, d’ici à 2029, la France doit revenir sous la barre des 3% de déficit public en accord avec ce que le pays a négocié avec Bruxelles."
Pour lui, l’ancien Premier ministre français François Bayrou avait pris en compte ces engagements dans sa feuille de route : "Est-ce la faute de François Bayrou ? Est-ce la faute du Parlement ? Est-ce la faute des Français ? Une fois de plus, la France ne va pas tenir les objectifs fixés par l'Europe. Je souhaite vraiment que ce ne soit pas le cas. Aujourd’hui, en Europe et un peu partout, nous disons qu'un pays qui ne compte pas, c'est un pays qui ne compte plus. La France a cessé de compter."
Thierry Breton appelle au changement : "Nous ne pouvons pas continuer comme cela. D'abord pour l'équilibre de nos finances publiques, mais aussi parce que la voix de la France est nécessaire au sein des Vingt-Sept. Nous sommes un grand pays mais un grand pays doit donner l'exemple sur ses finances publiques. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas."
"Il y a une fragmentation au sein du Parlement européen"Cette semaine, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a de nouveau échappé à deux motions de censure déposées par l’extrême droite et la gauche radicale. Une situation qui traduit "une fragmentation au sein du Parlement européen", selon Thierry Breton, ancien commissaire au marché intérieur dans la Commission von der Leyen I.
"Le socle sur lequel repose la coalition qui soutient la Commission et donc sa présidente, est un socle qui est assez fragile. Plus elle est fragile, plus les extrêmes vont vouloir enfoncer des coups de boutoir. Les trois partis qui soutiennent cette coalition doivent démontrer une cohésion à toute épreuve. Et ce n'est pas le cas. Les sociaux-démocrates et les Renew se plaignent du fait que par moment, le PPE oscille", en référence à certains votes du Parti populaire européen aux côtés des droites radicales. "Il faut vraiment mettre en garde contre ce type d'attitude qui, à un moment, risque précisément, sous ces coups de boutoir, non seulement de fragiliser, mais de faire tomber la Commission. Nous sommes dans un moment très singulier. Ce n'est pas le hasard. Cela doit rappeler à tout le monde ses responsabilités."
"C'est un très mauvais accord"Les États-Unis et l'UE sont parvenus à un accord sur les droits de douane, après des discussions très difficiles entre Ursula von der Leyen et Donald Trump. Un taux plafond de 15 % a été décidé pour la majorité des exportations européennes vers les États-Unis. Ces derniers n’auront pas à s’acquitter de droits de douane pour leurs exportations vers l’UE. "Pour les entreprises européennes et pour nous ? C'est un très mauvais accord, c'est une évidence", estime Thierry Breton. Selon lui, le Canada et le Mexique sont parvenus à négocier leurs droits de douane à 4 % grâce à leur fermeté. "En ce qui concerne l’UE, nous avons à présent une zone de libre-échange unique, à l'envers. Les États-Unis vont exporter sur le premier marché économique mondial, l'Europe, avec zéro droit de douane. [...] Puis en plus de cela, nous nous sommes engagés sur les trois ans qui viennent à acheter pour 750 milliards d'hydrocarbures aux États-Unis. [...] Enfin, nous avons acté d’investir à hauteur de 500 milliards par an dans l’économie américaine. Donc est-ce que c'est un bon accord ?", ironise l’ancien ministre des finances.
Donald Trump réclame également des exemptions dans plusieurs législations clés pour l'UE, notamment en ce qui concerne la régulation environnementale et celle qui encadre les géants du numérique. Des législations que défend Thierry Breton : "Cela a été voté par nos législateurs, c'est-à-dire par notre démocratie européenne. Prenez l'exemple de la régulation du numérique. Elle a été votée par plus de 90 % des députés européens et 100 % des États membres."
En acceptant ces droits de douane et les pressions de la Maison Blanche sur divers sujets, "nous nous sommes dit que nous pouvions supporter l'humiliation pour peu qu'on ait la stabilité. Nous nous rendons compte que nous avons l'humiliation et aussi l'instabilité. Maintenant, ce sont nos lois qui sont attaquées. Des lois qui sont là pour protéger nos enfants, protéger nos concitoyens, protéger notre démocratie, protéger nos entreprises."
"Nous devons montrer notre force sur le marché intérieur"La Commission européenne a proposé cette semaine de doubler les droits de douane sur l'acier de 25 % à 50 %, tout en diminuant de moitié les quotas d'acier étranger pouvant être importés sans surtaxe dans l'UE. Une décision saluée par l’ancien commissaire européen au marché intérieur : "C'est très important car c'est un secteur qui est à la fois stratégique, mais qui, comme beaucoup de secteurs aujourd'hui, est attaqué. Désormais, nous sommes dans des logiques de rapport de force. [...] Nous devons montrer notre force sur le marché intérieur. Faute de quoi, nous savons que nous avons des surplus absolument massifs en Chine. [...] La fermeté, ça marche. Il ne faut pas le faire de façon hégémonique. Nous ne voulons pas d'escalade, bien entendu, surtout par nous, Européens. Mais enfin, il y a un moment où il faut dire : ‘Enough is enough'."
"À Gaza, il va falloir entrer dans la deuxième phase"Si Donald Trump n’a pas obtenu le Nobel de la paix, décerné par "un comité indépendant", Thierry Breton salue néanmoins le cessez-le-feu obtenu dans la bande de Gaza : "Nous avons clos cette phase. Il va falloir entrer dans la deuxième phase et il faut s'en féliciter. Je crois que nous pouvons clairement féliciter, notamment le président des États-Unis, parce que cela nous démontre ce que nous savons depuis toujours, c'est qu'il n'y avait qu'une personne qui pouvait vraiment peser de tout son poids pour imposer un cessez-le-feu et le retour des otages. Cette personne s'appelle Donald Trump. Certains se demandent pourquoi ceci n'a pas été fait avant."
"Nous avons des objectifs communs pour nous protéger"En Ukraine, le conflit se poursuit et la menace russe pèse sur le reste de l’Europe. Pour se défendre, les États Membres souhaitent la mise en place d'un "mur anti-drone" destiné à protéger le continent des intrusions d'appareils non-identifiés. "Cela n'a pas de sens de faire un mur de drones. Les drones peuvent traverser les frontières mais ils sont, pour beaucoup d'entre eux, envoyés aussi directement des États membres d'un camion sur ces espaces dits contestés comme l'espace maritime, aérien, cyber et spatial. [...] Nous avons des objectifs communs pour avoir des infrastructures et des équipements pour nous protéger dans ces quatre espaces. Les outils et les instruments sont là. Il faut avoir une démarche globale et maintenant la mettre en musique de façon collective," conclut-il.
Émission préparée par Isabelle Romero, Oihana Almandoz et Perrine Desplats
Les élus européens sont de plus en plus attentifs à cette drôle de guerre que mène Vladimir Poutine pour nous punir de notre soutien à l’Ukraine : une guerre hybride, mélange d’intimidation et de manipulation. Le Kremlin est clairement à l’origine de campagnes de désinformation intense à l’occasion des différentes élections en Europe : des médias pro-russes arrosent les réseaux sociaux, situation observée encore récemment en République tchèque, où le sulfureux Andrej Babis l’a emporté. Auparavant, c’était en Roumanie et en Allemagne, sans oublier la Moldavie, aux portes de l’UE.
Les cyberattaques ou actes de sabotage orchestrés par la Russie sont désormais récurrents dans l’Est de l’Europe. Sans compter la flotte fantôme russe, qui inquiète dans les eaux européennes.
Mais ces dernières semaines, le principal facteur de déstabilisation est devenu le survol sauvage d’une douzaine de pays de l’UE par des drones, et même un avion de chasse russe. Des aéroports ont été mis à l’arrêt. Face à cette menace de plus en plus concrète, les Européens tentent d’orchestrer une réponse commune.
Émission préparée par Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Perrine Desplats
Plus d'informations sur les travaux du Parlement européen sur la page de la Commission spéciale sur le bouclier européen de la démocratie
Cette semaine, nous recevons Nicu Popescu, ancien vice-Premier ministre moldave tout juste élu député du parti pro-européen PAS. Il commente la récente victoire de son parti aux élections législatives en dépit des soupçons d’ingérences russes et accuse Vladimir Poutine de chercher à déstabiliser l’Union européenne
Lors des élections législatives moldaves du 28 septembre dernier, le parti pro-européen action et solidarité, le PAS, a raflé 50,2 % des voix face aux partis proches du Kremlin. Cette victoire permet au pays, ancienne république soviétique de deux millions et demi d’habitants, de contrer l'influence russe et de poursuivre ses négociations d’adhésion à l’entrée dans l’Union européenne (UE) entamées en 2022. "C'est une victoire exceptionnelle", s’enthousiasme Nicu Popescu, élu député du parti gagnant lors de ces élections.
"Les Moldaves ont fait un choix historique""Nous voyons que ces dernières années, en Europe, la plupart des gouvernements qui étaient au pouvoir ont perdu des élections car les gens étaient mécontents à cause de l'inflation ou des effets économiques liés à la guerre en Ukraine. [...] La Moldavie a été encore plus affectée économiquement que ces pays. Nous avons eu encore plus d'inflation qu'en France ou en Allemagne. Le choc économique a été encore plus fort. [...] La guerre a fait peur aux investisseurs."
Il salue, malgré cela, le choix de ses compatriotes : "Les Moldaves ont fait ce choix historique parce qu'ils se rendent compte qu’il ne s’agit pas juste de l'économie, mais aussi de la paix. C'est aussi la stabilité et l'avenir européen et démocratique de notre pays qui comptent."
"ll y a eu beaucoup d'ingérence"Face à la victoire du PAS, le Bloc patriotique, principal parti d’opposition conteste les résultats et ne cache pas sa complaisance envers Moscou. "ll y a eu beaucoup d'ingérence", estime l’ancien vice-Premier ministre moldave. "Il y a eu des opérations russes avec des bots, des trolls, des algorithmes sur les réseaux sociaux pour promouvoir leur candidat. Mais il y a eu plein d'autres types d'ingérence physiques et financières. La police a trouvé des millions d'euros qui ont été injectés dans la politique moldave. La Russie a payé des centaines de gens, des activistes, des partis, des journalistes et experts corrompus pour faire la promotion des partis pro-russes."
En Transnistrie, une région séparatiste du pays, pro-russe et russophone, l’opposition affirme que des citoyens auraient été empêchés de voter. Le député du PAS fustige ces allégations : "La Russie a organisé l'entraînement des gens pour provoquer des violences. C’est très connu en Moldavie. Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées car elles ont eu des entraînements organisés par les Russes pour attaquer la police, pour faire des explosifs, pour occuper des bâtiments publics. [...] Cela va bien au-delà des réseaux sociaux. Ils veulent provoquer des violences. Après les élections, on a arrêté 31 personnes qui sont venues depuis la Transnistrie pour provoquer des violences."
Nicu Popescu insiste sur la légitimité de ces élections : "C'est une majorité ferme, même écrasante, je dirais. Ce sera un gouvernement stable. [...] La formation du gouvernement est en cours de discussion."
"Nous avons déjà beaucoup fait pour développer l'infrastructure"La Commission européenne considère le pays comme un bon élève et lui a accordé une aide de 1,9 milliard d'euros sur trois ans conditionnée à la mise en place de réformes économiques et institutionnelles. Les investissements sont visibles dans les grandes villes mais moins dans le reste du pays : "Nous avons vraiment ce plan de croissance pour le pays. Nous avons déjà beaucoup fait pour développer l'infrastructure. [...] Notre infrastructure énergétique a permis de sécuriser l'électricité et le chauffage dans les maisons moldaves alors que cette sécurité énergétique a été vraiment menacée à cause des attaques hybrides russes."
Le système judiciaire du pays, qui nécessite des réformes afin que la Moldavie poursuive sa route vers une intégration européenne, souffre toujours d’une importante corruption. Le pays se place à la 76e place sur 180 pays au classement de l’indice de la corruption de Transparency International. "Il y a quatre ans, la Moldavie était à la place 115 de ce classement", se défend Nicu Popescu. "Il y a du progrès. Il nous reste beaucoup de travail, c'est évident. Mais le progrès dans la lutte contre la corruption est incontestable."
Il cite en exemple le cas du puissant oligarque moldave Vladimir Plahotniuc qui vient d’être extradé vers Chisinau afin d’être jugé pour fraude bancaire. "C'est sans précédent pour la Moldavie d'avoir arrêté, détenu et mis un oligarque très corrompu en prison. Maintenant, les juges doivent faire leur travail. Les citoyens se réjouissent de cela. Il y a du progrès. Ce n'est pas fini, la lutte pour une justice qui fonctionne bien, c'est une lutte assez longue, mais le progrès est incontestable", réitère-t-il.
Au sein des Vingt-Sept, la Hongrie de Viktor Orban bloque l’adhésion de la Moldavie ou de l’Ukraine à l’Union. Une situation que tempère Nicu Popescu, ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Maia Sandu : "Ce n'est pas la première fois qu'il y a un certain ralentissement du processus technique d'adhésion. Je crois que nous allons surmonter cela."
"La Russie a intérêt à fragiliser l'Europe"La Russie est également accusée de chercher à déstabiliser l’UE. Cela passe par l'utilisation d’une flotte fantôme dont un navire a été arraisonné dans les eaux territoriales de la France : "Si tu es agressé, même si ça n’est pas une agression militaire, il faut que tu te défendes."
À cela s'ajoutent les récentes incursions de drones présumés russes dans l'espace aérien d'États membres. "La Russie a intérêt à fragiliser l'Europe et les opinions publiques européennes. Ils veulent faire peur aux gens afin que les États européens ne veuillent plus soutenir ni l'Ukraine ni l’augmentation des dépenses pour la défense, et qu’ainsi elle n’ait plus les moyens de se défendre. [...] Le but est de désolidariser la France de la Pologne, de l'Italie, de l'Ukraine et que l’Europe, au lieu d’être unie, se compose de petits États influençables et à qui on peut faire du chantage." Nicu Popescu explique qu’il y a eu "un effort de modernisation militaire russe énorme depuis plus de quinze ans : les Européens ont ignoré cela. Cela a été une erreur stratégique des gouvernements français, allemands, britanniques entre 2008 et 2022", critique-t-il.
"Nous ne sommes pas dans l'inaction"Face à la menace russe, les États membres ainsi qu’une vingtaine d’autres dirigeants européens, se sont réunis à l’occasion d’un sommet de la Communauté politique européenne. L’augmentation des capacités de défense de l’UE peine pourtant à progresser. "Nous ne sommes pas dans l'inaction", se défend le député moldave. "Les dépenses militaires se conjuguent à une modernisation des moyens, mais il faut faire beaucoup de rattrapage. [...] Il faut vraiment accélérer pour être en position de protéger la paix des Européens", reconnaît-il.
L’Union envisage de lever 140 milliards d'euros provenant des avoirs de la Banque centrale de Russie immobilisés au sein de l’UE pour financer un prêt à Kiev qui sera remboursé si la Russie verse des réparations de guerre. Une initiative que soutient Nicu Popescu : "C'est une bonne idée de s'assurer que l'Ukraine tient bien parce que l'Ukraine protège l'Europe. [...] Sans une Ukraine forte au niveau militaire et financier, toute l'Europe sera en danger militaire immédiat. [...] Le seul moyen de garder la paix, c'est d'être fort", conclut-il.
Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Paul Guianvarc'h
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