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  • «Furcy, né libre»: quand Abd Al Malik filme l’Histoire pour parler d’aujourd’hui

    Artiste aux multiples casquettes - rappeur, écrivain, metteur en scène, réalisateur -, Abd Al Malik revient au cinéma avec la sortie de son deuxième long-métrage, Furcy, né libre, ce mercredi 14 janvier, dans lequel il exhume une affaire judiciaire méconnue de l’histoire coloniale française. À travers le combat obstiné d’un homme né libre mais réduit en esclavage, le film interroge la loi, la mémoire et notre rapport contemporain à la justice. 

     

    À écouter aussi« Furcy, né libre » d'Abd Al Malik porte de le combat de la liberté et de l'injustice au cinéma

    4 min
  • «Ressac», la tragédie migratoire dans laquelle Gabriel Gozlan-Hagendorf partage son traumatisme transgénérationnel

    Alors qu'il est lui-même porteur d'une histoire familiale marquée par l'exil - celle des juifs d'Europe et de la Shoah - qui l'a conduit à s'intéresser à la question des apatrides, le comédien, auteur et metteur en scène Gabriel Gozlan-Hagendorf raconte dans sa pièce Ressac la quête des migrants qui tentent de traverser la Manche depuis Calais, en France, pour rejoindre la Grande-Bretagne. Le spectacle est présenté dans le cadre de L’Envolée, un dispositif mis en place par le théâtre Nanterre-Amandiers pour soutenir la jeune création. 

    RFI : Ressac, c'est l'histoire de Camille, un jeune bénévole qui tente de venir en aide à des personnes qui attendent de franchir la manche confrontées à la dureté de leurs conditions. Pourquoi avoir choisi ce titre Ressac ?

    Gabriel Gozlan-Hagendorf : J'ai longuement réfléchi au titre. J'ai ajouté des couches au-delà de l'histoire de cet exilée. Il y a aussi mon point de vue de jeune bénévole parisien avec mon histoire et ma judéité. Je voulais montrer comment mon histoire, mon héritage m'offraient une clé de lecture. Quand je me suis interrogé sur pourquoi j'ai voulu partir à Calais, pourquoi je suis autant fasciné par les apatrides, j'ai eu comme un éclair, avec cette part d'héritage. C'est aussi parce que j'ai ce traumatisme transgénérationnel que j'ai cette appétence, que je suis parti à Calais. Donc c'est aussi comment on lit le présent à travers le prisme de notre passé. Ma manière de lire le présent avec mon héritage. C'est pour ça que j'ai trouvé dans le mot « ressac » un intérêt : à la fois il y a tout cet univers marin et en même temps la violence de la première vague et de son retour sur elle-même tout aussi violent. La violence qui est infligée aux personnes exilées aujourd'hui, le retour de cette violence-là sera dans les générations futures au travers des traumatismes. La violence n'est jamais finie, elle laisse des traces sur des générations, sur des êtres.

    Pour écrire cette histoire, vous êtes allé à Calais en 2022 pour accompagner des bénévoles de l'association Utopia 56. Ça a duré trois semaines. Est-ce que vous aviez déjà une idée de ce que vous vouliez raconter avant ou est-ce que c'est venu à l'issue de ces trois semaines?

    J'ai aussi voulu aller à Calais parce que j'en savais très peu, j'avais l'expression jungle de Calais en tête, comme beaucoup de gens. Et quand je suis arrivé là-bas, ça a été très étrange parce que il y a tout cet imaginaire qu'on en a, et puis on arrive dans la ville, et ne voit pas grand-chose au premier abord. 

    En rentrant, on se confronte à une situation qu'on n’imagine pas être à une heure et demie de chez nous, avec un nombre assez ahurissant de personnes à Calais. Aussi, le but de ce voyage était de faire des croquis de voyage. On devait partir trois semaines sans téléphone dans le lieu de notre choix en France, j'ai choisi Calais. J'ai été confronté à deux violences :  celle concrète, réelle, et en même temps une violence qui était de dire, comme beaucoup de bénévoles : « mais à quoi rime ma vie ? Comment à côté je peux faire du théâtre ? »

    Vous êtes-vous fait aider pour l'écriture et la mise en scène ? 

    Quand je suis rentré, on a tiré des croquis une première version de ce texte qui durait quinze minutes. Puis quand je l'ai repris en carte blanche, j'ai compris que je ne pouvais pas à la fois être au plateau, écrire et diriger. Donc j'ai pensé à un ami, Pierre-Thomas Jourdan, que je connais depuis dix ans.

    Entre le moment où vous êtes allé à Calais et le moment où la pièce est présentée au théâtre des Amandiers, il y a eu plus de trois ans. Que s'est-il passé pendant ces trois ans ?

    Il y a eu beaucoup de réécriture et je continuais à écrire de loin, loin du concret. Finalement, j'ai pris le parti aussi de ne pas y retourner simplement pour écrire, parce que je voulais aussi écrire avec ce qui m'en restait et avec cette distance-là.

    Il y a trois personnages, vous avez évoqué Camille qui est un peu votre double sans l’être complètement, et puis il y a le personnage d'Amna, cette jeune femme exilée qui rêve de traverser la manche.

    Il y a énormément d'histoires. J'ai pris un peu de l'un, un peu de l'autre. Après, il y a quand même beaucoup de récits qui se rejoignaient sur certains points, notamment tous les passages par la Libye étaient traumatiques. Je me suis inspiré à la fois de récits mais aussi de choses que je constatais sur l'envie d'aller en Angleterre parfois même sans savoir pourquoi, parce que c'était vraiment un rêve avec lequel ils étaient partis. Amna n’a pas d'origine claire parce que l'idée, c'était d'en faire un personnage symbolique qui puisse regrouper des récits variés.

    Même question pour le dernier personnage, ce policier particulièrement complexe. Vous n’en avez pas du tout fait une caricature.

    Ce qui m'a donné le point de départ de ce projet, c'es quand à Calais, j'ai entendu des mots résonner dans le vocabulaire de la police : « gazer », parler de « camp » de migrants et de l'incrimination des citoyens, des bénévoles qui offrent de l'aide, de l'eau, un logement. Ce vocabulaire, avec les bottes, il y a un truc assez frappant pour moi. La police est omniprésente à Calais, elle est absolument maîtresse. C'est aussi ça que j'essaie de montrer puisque c'est le seul personnage qui a une sorte de liberté absolue au plateau, qui peut rentrer et sortir du décor. J'ai constitué son discours avec les arguments du Rassemblement National. La question était aussi de voir comment la séduction opère par ce genre de discours, d’apparence logique. On se rend compte que cette logique est séductrice, c'est une réalité : la police séduit, l'extrême droite séduit et ses arguments séduisent. Donc c'était aussi l'idée de les confronter au plateau à un discours d'espoir, à un discours humain et voir lequel gagne.

    Tout se passe sur cette espace qui est la plage. C'est presque une forme de huit-clos. Il y a une volonté de nous montrer qu'on est coincé, on est face à un mur ?

    Il y a une double volonté, c'est d'abord de montrer l'enfermement. Et la deuxième, c'est que le plateau de mousse insonorisée montre que c'est un lieu qu'on passe sous silence. Nous n'entendons rien de ce qui se passe là-bas.

    Il y a un quatrième personnage dans cette pièce, c'est l'impuissance, à la fois celle d’Amna et celle de votre personnage Camille. Pour vous, il n’y a pas d'espoir, on ne peut vraiment pas aider ?

    J'ai voulu montrer quelque chose de la réalité : la police n’est pas inquiétée, les violences sont de plus en plus fréquentes, les conditions de passage sont de moins en moins sûres, donc les dangers sont de plus en plus grands. Ce n’est pas tant que je n’ai pas d'espoir, mais plutôt je me rends compte que les structures sont si fortes que j'ai du mal à voir les possibilités d'un changement radical de cette situation par la seule force de nos volontés. C'est pour ça aussi que j'ai voulu montrer ce personnage du policier qui représente l'État. C'est aussi montrer comment, en créant de la violence, il s'abîme lui-même.

    8 min
  • «Pianosong»: la chanson française au bout des doigts d'Alexandre Tharaud

    Il fait chanter le piano sous ses doigts : fort d'une carrière longue de plus de 25 ans, auteur d'une soixantaine d'albums, Alexandre Tharaud, l'un des plus grands ambassadeurs du piano en France, présente son nouveau disque à la Philharmonie de Paris, ce lundi 12 janvier 2026. Intitulé Pianosong, il s'apparente à une déclaration d'amour sans paroles à la chanson française, d'Édith Piaf à Michel Jonasz en passant par Serge Gainsbourg, Léo Ferré et Barbara, dans lequel musique classique et musique populaire dialoguent avec virtuosité. 

     

    À écouter aussiLes variations d'Alexandre Tharaud

    6 min
  • Ferdinandea entre mythe et réalité: Clément Cogitore rêve sa Méditerranée au Mucem

    On se croirait dans un récit de Jules Verne et pourtant c'est la réalité. Une île, surnommée Ferdinandea, est apparue au 19e siècle au large de la Sicile durant quelques mois avant d'être à nouveau immergée sous les flots de la Méditerranée. Clément Cogitore, artiste contemporain et cinéaste, est parti de ce fait et a construit une exposition entre documentaire et fiction. Ferdinandea, l'île éphémère, c'est au Mucem, le musée consacré aux cultures méditerranéennes à Marseille. Un beau livre aux éditions Atelier EXB accompagne l'exposition. 

    4 min
  • «Animus femina»: Éliane de Latour filme quatre femmes face au monde sauvage

    Anthropologue et cinéaste, Éliane de Latour a construit une œuvre marquée par de longs séjours en Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire et au Niger. Ses films et ses recherches s’attachent à des mondes souvent invisibilisés — en cherchant toujours à filmer depuis l’intérieur. Avec Animus femina, elle déplace ce regard vers le monde animal, tout en poursuivant la même interrogation centrale : comment se fabriquent nos relations de domination, et comment certain.e.s peuvent les déplacer.

    Pour aller plus loin : Animus Femina

    4 min
  • Avec «Les petites filles modernes», Joël Pommerat met en scène la fin de l'enfance

    Après avoir adapté sa version de Cendrillon et du Petit Chaperon rouge, l'auteur et metteur en scène Joël Pommerat revient avec une nouvelle pièce, Les petites filles modernes, clin d'œil aux Petites filles modèles de la comtesse de Ségur.

    RFI : Votre pièce Les Petites filles modernes raconte l'histoire de deux jeunes filles qui nouent un pacte d'amitié si fort qu'il en devient, en quelque sorte, surnaturel. Qu'avez-vous voulu raconter ?

    Joël Pommerat : J'avais envie de me perdre un peu moi-même dans un certain nombre de questions. La question du pacte d'amour – amour au sens aussi, pourquoi pas, de l'amitié –, du serment du lien indestructible. Mais l'idée n'était pas d'avoir un projet de départ et de l'appliquer, c'était de vraiment faire une sorte de voyage avec des personnages d'enfants, ou d'adolescents en l'occurrence.

    Vous avez écrit et mis en scène plusieurs pièces qui étaient adaptées de contes dans lesquels vous partiez d'un univers imaginaire pour aller ensuite vers le réel. Là, c'est plutôt l'inverse. On part du réel pour aller vers l'imaginaire. Pourquoi et comment cela s'est fait ?

    Ce qui est certain avec ce spectacle, c'est que le surnaturel, j'avais envie de le représenter « en vrai », si on peut dire cela ainsi. Alors que dans certains autres spectacles qui partaient d'un conte très identifié comme Cendrillon, je crois que j'étais plutôt dans un travail de déconstruction de tout ce qui appartenait au surnaturel, voire au merveilleux. Je ramenais du trivial, je ramenais du réel. Là, il y avait cette idée de venir incarner le surnaturel, le rendre quasiment premier degré. Comment rendre compte de ce qui, normalement, dépasse le réel et comment le rendre visible ?

    D'ailleurs, on ne fait pas que le voir, on le ressent. Il y a le jeu des comédiennes, mais il y a aussi les vibrations, beaucoup de choses autour du jeu, pour nous faire ressentir ce surnaturel. Avec une volonté de nous y immerger.

    Il y a la volonté aussi de mettre le spectateur à contribution de cette incarnation, de cette représentation. Il y a une forme de co-réalisation. Cela utilise tout un tas de suggestions qui sont sensibles, qui sont de l'ordre du visuel et de l'auditif.

    Vous explorez beaucoup, dans vos spectacles précédents, l'enfance et l'imagination de l'enfance. Là, plutôt que cette idée générale, il s'agit plutôt de la période de la pré-adolescence. Qu'a-t-elle de particulièrement intéressant à vos yeux ?

    Nous avons, à peu près, entre douze et treize ans. C'est une période de rupture. C'est une période où, justement, il y a la question de l'enfance qui est posée comme la fin d'un chemin. Une mort, ou en tout cas la délivrance du poids que peut représenter l'idée d'être un enfant, d'être ligoté à l'intérieur de tout un tas d'injonctions. Finalement, d'un manque à vivre, d'un manque à exister par soi-même, presque un moment de combat pour aller récupérer, comme les personnages peuvent le dire, du pouvoir.

    Concernant le titre de la pièce, Les petites filles modernes, est-ce une référence aux Petites filles modèles de la comtesse de Ségur ?

    Je crois que, d'une façon assez lointaine, il y a une référence à cette autrice, la comtesse de Ségur, et à son univers, à sa façon à elle aussi de raconter cette période de la vie.

    La pièce Les petites filles modernes, de Joël Pommerat, se joue au théâtre des Amandiers, à Nanterre, jusqu'au 24 janvier 2026.

    4 min
  • Béatrice Dalle à l'affiche du premier long métrage «Laurent dans le vent»

    Connue pour son franc-parler et révélée par le personnage explosif de Betty dans 37°2 le matin de Jean-Jacques Beineix, l'actrice iconique Béatrice Dalle est actuellement à l'affiche d'un premier long métrage. Elle tient un rôle secondaire dans le film Laurent dans le vent et vient d'achever une tournée avec le spectacle Come As You Are.

    RFI : Vous êtes à l'affiche du premier long métrage Laurent dans le vent pour lequel vous avez été contactée par un trio de jeunes réalisateurs : Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon. Qu'est-ce qui vous a plu ? Est-ce le personnage de Sophia, une mère célibataire exilée à la montagne avec son grand garçon ?

    Béatrice Dalle : Ce personnage, je n'en ai absolument rien à foutre. Ce qui m'a séduit ici, c'est leur vision. D'un seul coup, ils m'ont interpellé, je les ai trouvé intelligents, intéressants et je ne regrette pas de les avoir suivis.

    Vous avez tourné avec de grands réalisateurs « consacrés » tels Abel Ferrara, Claire Denis ou Jean-Jacques Beinex. Mais vous avez aussi souvent donné leur chance à de jeunes réalisateurs. Comment fait-on pour vous contacter ?

    C'est moi qui décide, c'est moi qui rencontre. Cette fois, je me dis qu'un jeune réalisateur ou une jeune réalisatrice, c'était mieux, parce qu'ils ont plus envie, qu'ils ont les crocs. Pour un jeune méconnu, c'est difficile de faire un film et d'avoir les financements. Quoique : en parlant d'Abel Ferrera, je suis restée très amie avec lui. Or aujourd'hui, Abel peine à monter ses films alors qu'il est le plus grand réalisateur au monde : c'est dingue ! C'est pour cela que j'étais si contente lorsque Jim Jarmusch a eu le Lion d'or à Venise.

    Jim Jarmusch pour qui vous avez tourné dans Night on Earth...

    Je me dis que c'est dingue. Des mecs aussi incroyables que lui galèrent pour produire leurs films alors que d'autres comme celui qui a fait les personnages bleus... James Cameron, Avatar... c'est différent. Ce n'est pas parce que ce n'est pas mon genre de cinéma que je vais critiquer ce qu'ils font, mais le fait qu'ils trouvent des milliards et des milliards pour tourner un film alors que des personnes talentueuses mais qui ne rapportent pas de millions galèrent, je trouve cela triste.

    On peut monter un film sur votre nom ?

    Je ne suis pas un cheval, tu ne montes pas sur moi. Crois-tu que Pasolini aurait pu faire Salo aujourd'hui ? Parce que c'est inspiré des 120 journées de Sodome, ce serait impossible. Et on se priverait aujourd'hui du plus grand film antifasciste qu'on n'ait jamais tourné : c'est triste parce que maintenant tout est censuré. Pour les scènes d'amour...

    On vous voit effectivement avec ce jeune Laurent qui a l'âge d'être votre fils.

    Oui, et dans toutes les interviews que j'ai faites, j'ai été interpellée à chaque fois parce qu'on n'avait jamais vu de scène d'amour ainsi. L'inverse en revanche, on l'a toujours vu : des mecs bien plus âgés que moi, qui ont 70 ans, se tapent des meufs de 20 ans et cela n'a jamais heurté personne.

    Par rapport au film Laurent dans le Vent et à votre personnage Sophia, qu'est-ce qui est de l'ordre de la composition ? Qu'est-ce qui est de vous ? Qu'apportez-vous de votre vécu ?

    Je joue telle que je suis dans la vie. Il n'y a jamais aucun calcul. Dans ma vie, il n'y a aucun calcul. Pour moi, calculer quelque chose, cela veut forcément dire mensonge.

    N'est-ce pas l'art du comédien, malgré tout ?

    Peut-être, mais c'est pas le mien. Dans la Grèce antique, acteur, cela se disait « hypocrite ». Je ne suis pas une actrice, je ne suis pas une « hypocrite ».

    Vous êtes encore en tournée avec Come As You Are.

    Honnêtement, j'ai fait beaucoup de choses depuis 40 ans, mais c'est le spectacle que j'ai le plus de plaisir à faire.

    Il s'agit d'un spectacle sur Kurt Cobain.

    C'est un hommage. Je lis le journal intime de Kurt Cobain en choisissant des textes entrecoupés de chansons. Comme elles sont toutes emblématiques, c'était difficile d'en chercher une plus que les autres. Si j'ai choisi ce titre, c'est parce que le morceau Come As You Are en fait évidemment partie, comme Smells LikeTeen Spirit. Mais ça a été compliqué, parce que tous les morceaux sont extraordinaires.

    Laurent dans le vent, un long métrage d'Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon, avec Baptiste Perusat, Béatrice Dalle, Thomas Daloz, Djanis Bouzyani, sorti le 31 décembre 2025 (durée: 1h52)

    7 min
  • Jeanne Cherhal: la confiance de Benjamin Biolay «m'a redonné le goût d'écrire»

    Des Nuits de Fourvière, à Lyon, au festival Un piano sous les arbres, à Lunel, dans le sud-est de la France, en passant par les Francofolies de La Rochelle, la chanteuse, autrice et compositrice française a sillonné l'Hexagone en 2025 pour y défendre son dernier album, Jeanne, produit en toute indépendance. Une liberté qu’elle savoure. (Rediffusion du 21 août 2025)

    RFI : C'est presque une nouvelle Jeanne Cherhal que le public découvre sur scène. Vous aviez l'habitude d'un corps à corps avec votre piano. Là, vous allez encore plus loin. À quoi ressemble ce drôle de piano siamois que la scénographe Laura Léonard a conçu pour vous ?

    Jeanne Cherhal : Laura Léonard a imaginé un piano d'un seul tenant, avec deux claviers à ses extrémités. C'est comme si c'était un piano en miroir. Elle y a ajouté un petit escalier en me disant : « Tu pourras monter sur l'escalier de temps en temps, si tu le sens. » Je monte carrément sur le piano. Cela me donne une telle liberté. Le piano est vraiment devenu ma piste de danse.

    Dans les festivals, il y a beaucoup d'artistes, le public ne vient pas forcément pour vous. C'est un challenge supplémentaire ?

    Je crois que c'est ce que je préfère. J'aime toutes les configurations, mais c'est vrai qu'attraper des gens qui ne me connaissent pas, c'est un challenge que j'adore.

    Cinq ans séparent votre nouvel album du précédent, L'An 40. Le covid vous avait privé de tournée. Une période que vous avez mal vécue. Qu'est-ce qui vous a redonné l'envie de composer et d'écrire des chansons ?

    C'est Benjamin Biolay qui m'a secouée en me disant que c'était le moment pour moi de refaire un disque et qu'il en avait tellement envie qu'il allait l'arranger et le réaliser. Quand il m'a proposé cela, je n'avais rien écrit, je n'avais pas une seule chanson. Sa confiance m'a donné des ailes. Cela m'a redonné le goût d'écrire. Je lui dois cet album.

    Dans cet album, il y a une chanson, « Sous les toits », qui évoque les violences conjugales. Vous l'avez écrite en pensant au drame de Vilnius, à Marie Trintignant battue à mort par Bertrand Cantat.

    C'est en pensant à Marie Trintignant que j'ai écrit cette chanson le 1er août 2023, le jour anniversaire des 20 ans de sa mort. C'est une histoire qui m'a hantée. Je me suis rendu compte à quel point j'étais encore marquée et en colère. Cela ne passe pas. C'est une horreur qui est devenue un symbole, mais qui reste inacceptable, 20 ans après.

    Jeanne Jeanne Cherhal (Decibels production) 2025

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    À lire aussi«Jeanne»: le nouvel album flamboyant de Jeanne Cherhal

    6 min
  • Les rêves colorés de la plasticienne nigériane Otobong Nkanga au musée d'Art moderne de Paris

    « J'ai rêvé de toi en couleurs », c'est le titre de l'exposition monographique que le musée d'Art moderne de Paris consacre jusqu'au 22 février 2026 à l'artiste plasticienne Otobong Nkanga, née à Kano au Nigeria, et qui réside en Belgique depuis une vingtaine d'années. Otobong Nkanga travaille sur le thème du lien brisé et à recréer entre l'humain et son environnement. (Rediffusion du 28/10/2025)

     

    RFI : Bonjour Otobong Nkanga, vous présentez ici, au musée d'Art moderne de Paris, une monographie rétrospective de votre œuvre. Qu'est-ce que ça vous fait de revisiter ce que vous avez produit au fil des ans ? 

    Otobong Nkanga : Cela me fait vraiment plaisir, comme j'ai fait mes études ici en France, à Paris. Et de rentrer dans ce musée pour montrer la sélection de mon travail, c'est réellement quelque chose qui me touche. Je suis à la fois étonnée, émue et fière, car c'est un musée que je venais visiter quand j'étais à Paris. J'allais y regarder des expositions, par exemple de Dominique Gonzalez-Foerster ou Pierre Huyghe. Et à cette époque-là, je regardais ces artistes avec un immense respect, et de constater que je suis moi aussi entrée dans l'un des plus grands musées de France... Oui, c'est incroyable ! 

    Qu'est-ce que vous avez choisi de montrer aux visiteurs français ou étrangers qui viendront ici ? 

    D'abord des pièces que j'ai réalisées ici à Paris, comme celle qui s'appelle Keyhole. Il y a plusieurs pièces qui datent de ce temps-là, et d'autres plus actuelles, afin de montrer l'étendue des choses. C'est aussi la première fois que je montre des pièces que j'ai faites à l'école. C'est important de pouvoir les montrer, car il y a des jeunes qui créent et travaillent, et ils peuvent ainsi constater que les œuvres tracent une certaine ligne qui va être suivie dans le futur. 

    On peut voir beaucoup de choses, on peut voir du tissage, des collages, des céramiques, des installations. Mais au final, quelle est la forme d'expression plastique qui vous correspond le plus ? 

    Tout commence avec les dessins, l'installation, les sculptures, les tapisseries, les performances. Tout cela commence vraiment par une esquisse ou un dessin. Et à partir de là, je commence à voir mes idées dans un espace. Et à partir de là, pour moi, il n'y a pas une médium qui me semble plus importante qu'une autre. C'est en fonction de l'idée que j'ai, en fonction de la manière que je trouve la meilleure pour exprimer quelque chose. 

    Votre travail questionne beaucoup le rapport entre l'humain et la nature… Ces liens que l'on crée, ces liens que l'on détruit, ces liens que l'on aimerait pouvoir recréer. Je pense notamment à toute la partie sur les industries extractives. Est-ce que l'action de l'homme sur la nature est toujours négative ?

    Je ne crois pas que c'est l'action de l'homme qui est négative sur la planète, parce que, nous aussi, nous venons de cette planète, de cette nature-là. Mais ce que je crois en revanche, c'est que la manière de développer et de structurer nos entreprises extractives ne prend pas en compte une partie « dormante ». Je veux dire, le fait de laisser les choses reposer, repousser, se régénérer. Tout ce que l'on fait, c'est de sortir, sortir des choses. On a toujours été extractifs, nous les humains, mais la manière dont nous le faisons aujourd'hui est marquée par le capitalisme. On le fait pour le capital et non pas pour l'humain. C'est pourquoi nous entrons dans des guerres. C'est pourquoi nous entrons dans un système qui n'est pas favorable aux humains, surtout pour les gens qui habitent sur les terres qui possèdent ces ressources minières. 

    ► Exposition I Dreamt of you in Colours, d'Otobong Nkanga au Musée d'art moderne de Paris jusqu'au 22 février 2026. 

    4 min
  • «Le Pays d'Arto» : enquête posthume en Arménie, avec Camille Cottin

    Elle est l’une des actrices françaises les plus singulières de sa génération, capable de passer d’une production hollywoodienne à un tournage intime en Arménie, sans jamais perdre sa précision ni sa liberté de jeu. Camille Cottin revient aujourd’hui avec Le Pays d’Arto, en salles ce mercredi 31 décembre. Un rôle qui la plonge dans un voyage de deuil et de vérité. Dans ce premier film signé Tamara Stepanyan, elle traverse des ruines, parle à des inconnus, affronte la mémoire d’un pays. Camille Cottin est au micro d’Elisabeth Lequeret.

    À lire aussi«Si le vent tombe» et la tragédie du Haut-Karabakh

    4 min

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Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

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