Invité culture

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Invité culture episodes

  • Théâtre: Ahmed El Attar adapte «Every Brilliant Thing», «un texte qui donne de la force pour vivre»

    Passer du rire aux larmes en parlant de dépression et de suicide, c'est l'étonnant pari réussi d'Every Brilliant Thing, du Britannique Duncan Macmillan. Cette pièce jouée dans le monde entier raconte comment une enfant tente de remonter le moral de sa mère en listant toutes les choses merveilleuses de la vie. L'œuvre n'avait jamais été traduite en arabe. Le metteur en scène égyptien Ahmed El Attar y a remédié. Depuis 4 ans, la pièce voyage désormais dans le monde arabe et elle a été présentée pour la première fois en France, à Aurillac, entre le 18 et le 22 août derniers.

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    4 min
  • «Chronique d’un royaume perdu», réinventer l'histoire de l'île Maurice avec l'autrice Ananda Devi

    Vivre sans maître, ni chaîne, c'est ce que recherchent les cinq personnages inventés par Ananda Devi dans Chronique d'un royaume perdu. Dans ce roman, publié chez Grasset, l'autrice réinvente l'histoire de son île natale, l'île Maurice, à travers le destin de ces personnages qui, à l'abolition de l'esclavage, partent créer un nouveau monde au cœur de la forêt.

    Ananda Devi est l’autrice d’une œuvre récompensée par de nombreux prix et traduite en une douzaine de langues. Parmi ses livres les plus marquants, Ève de ses décombres (2006, prix des Cinq continents de la francophonie, prix RFO), Le sari vert (2009, prix Louis-Guilloux), Le rire des déesses (2021, prix Femina des lycéens) et Le jour des caméléons (2023, prix de la Langue française). Elle a reçu le prix Neustadt 2024 des États-Unis pour l’ensemble de son œuvre. 

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    4 min
  • Avec «L'Inconnue», Arthur Harari livre une fable étrange sur l'identité et l'aliénation

    David, un photographe trentenaire et solitaire, est attiré dans une soirée par une femme blonde, une inconnue. Après une nuit d'amour, il se réveille dans son corps à elle et va se lancer dans une quête pour la retrouver. Voilà l'intrigue d'un thriller étranger qui sort ce mercredi sur les écrans français après avoir été projeté en compétition au dernier festival de Cannes. Intitulé L'Inconnue, il s'agit du troisième long métrage d'Arthur Harari.

    L'Inconnue d'Arthur Harari, avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Lilith Grasmug, au cinéma le 26 août 2026.

    À lire aussiArthur Harari questionne l'identité et le genre avec «L'Inconnue»

    4 min
  • Pierpoljak, infatigable visage du reggae français, en tournée pour «Skabadeng»

    Propulsé sur le devant de la scène à la fin des années 1990, Pierpoljak a tout connu : les hauts de la célébrité et du succès, les bas de la prison et des problèmes de santé. A un peu plus de soixante ans, le chanteur conserve un profond amour du reggae et revient sur scène pour défendre son quinzième album, Skabadeng. Rencontre à l'occasion du festival No Logo BZH, en Bretagne. 

    RFI : Vous défendez en ce moment en tournée votre album Skabadeng. Sur votre disque précédent, La Roue tourne Igo, vous expérimentiez plutôt du côté électro-reggae ; cette fois au contraire, vous revenez à un reggae plus proche des racines. D'où est venue cette envie ?

    Pierpoljak : Sur ce disque, j'ai travaillé avec Clive Hunt, un producteur avec lequel j'ai déjà fait beaucoup d'albums dans le passé. Il m'a appelé à un moment où je préparais des maquettes, sans trop savoir ce que je faisais. Je lui ai envoyé mes titres et c'était parti. Donc cet album est très roots car je suis parti là-bas, à Kingston, pour l'enregistrer avec lui. C'est pour ça que c'est très différent du disque précédent, que j'avais enregistré en France et qui était plus disparate artistiquement. Celui-ci parle plutôt de chansons d'amour finalement. C'est tout bête, mais cela correspond à ce que je vis au moment où j'écris – avec toujours un ou deux ans de décalage, le temps que l'on fasse l'album. 

    Vous avez toujours évoqué votre quotidien dans vos chansons, mais, avec ce disque, vous basculez aussi sur un terrain plus politique avec un titre comme En tenue camouflée qui parle d'environnement. Pourquoi ?

    Moi, je ne fais pas de politique. La seule politique que je fais, c'est avec les chansons que j'écris depuis le début – mon tout premier titre, c'était Sauver la nature. Donc c'est vraiment un de mes thèmes de prédilection. J'ai plus de chansons sur ce sujet que sur l'herbe, alors que je n'arrête pas de fumer ! (rires) Je n'en parle pas parce que je me dis que c'est nécessaire aujourd'hui pour être intéressant : c'est vraiment ce que je pense, ce qui me tient à cœur, et j'ai toujours été comme ça ! 

    Je ne suis pas donneur de leçons – d'ailleurs je le dis dans En tenue camouflée. Mais, quand on prend un Bob Marley, il a su faire des chansons qui ont dépassé la chanson, qui ont pu agir sur l'esprit des gens. Donc, sans me comparer à lui, je me dis que si quelqu'un peut piocher quelque chose dans mes titres, c'est déjà cela de gagné. 

    Que représentent, pour vous, l'écriture et la musique ?

    J'imagine que c'est un exutoire – je dis j'imagine, parce que j'en ai fait vraiment beaucoup, donc je n'ai plus vraiment une idée précise. En tout cas, j'ai toujours aimé faire ça, et j'aime toujours faire ça. Même si je vieillis, je vais avoir 62 ans le mois prochain [en septembre 2026, ndlr]. Donc à ce stade, je n'ai pas tout dit, mais cela me prend plus de temps d'écrire, j'imagine.

    On fête cette année les 50 ans du punk – or, vous avez vous-même fondé un groupe de punk quand vous étiez très jeune, avant de devenir un artiste de reggae. Y a-t-il selon vous des points communs entre ces deux courants ? 

    Bien sûr ! Pour commencer, le fait d'être un peu à part, de ne pas s'inscrire dans le sillon tracé. Et il y a aussi une histoire géographique : le punk vient d'Angleterre. Or là-bas, il y avait aussi les émigrés caribéens, des îles anglophones. Nous, les Français, on est arrivés là-bas et on a suivi le truc. Aujourd'hui d'ailleurs, j'adore toujours le punk rock ! 

    Pierpoljak Skabadeng (Pekah Machine/Universal) 2025

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    À lire aussiPierpoljak, retour reggae avec «Skabadeng»

    6 min
  • Avec son roman «Abdallah superstar», Iman Ahmed électrise l'histoire de Djibouti

    Iman Ahmed découvre un jour le passé de son père. Ce Djiboutien exilé en France et menant une vie tranquille fut en fait l'un des promoteurs de la scène musicale djiboutienne dans les années quatre-vingt-dix. S'ensuit une électrisante quête des origines qui débouche sur le récit romanesque truculent Abdallah superstar publié aux éditions Actes Sud.

    RFI : Imane Ahmed, vous êtes autrice et vous publiez en cette rentrée littéraire un premier roman, un roman autobiographique intitulé Abdallah Superstar. On découvre rapidement dans ce texte que ce n'est pas seulement Abdallah la star, mais c'est aussi votre père. C'est votre pays d'origine, Djibouti. Vous partez en quête de votre histoire familiale entre Poitiers et Djibouti. Une quête des origines, donc. Cette quête fut-elle pour vous un long processus de maturation ?

    Iman Ahmed : Oui, complètement. La période de l'enquête m’a pris à peu près deux-trois ans, et il a fallu à peu près trois ans supplémentaires pour écrire, trouver la voix de ce livre. Donc je l'ai commencé à 25 ans. J'ai 31 ans. Voilà. Cela prend un peu de temps pour arriver à un livre qui me semble vrai et qui raconte bien cette histoire. 

    RFI : Cette histoire justement, c'est l'histoire de votre père. Vous avez découvert après son décès qu'il avait créé une chaîne YouTube, et sur cette chaîne YouTube, vous avez découvert plein de choses extraordinaires. Racontez-nous. 

    Quelques années après son décès, je découvre cette chaîne YouTube sur laquelle il y a des clips, des enregistrements de concerts, des enregistrements en studio, donc de l'image et du son. Le tout est visiblement daté des années 1990 à Djibouti. Très vite, je réalise que j'ai devant moi un matériau assez magique. C’est de la pop-musique djiboutienne, musique que je découvre, bien que j’aie grandi à Djibouti. Les artistes que je vois me fascinent. Il y a Abdallah Lee, dont le roman porte le prénom. Je découvre sa voix, sa manière de faire le show, je découvre l'ambiance des concerts à Djibouti dans ces années-là. À la fois, la musique me touche parce que c’est une musique électronique avec des synthétiseurs, des boîtes à rythmes qui, même si elle est basée sur des rythmes traditionnels et toute une culture musicale de la région, possède une modernité qui devient obsédante à mes oreilles. Sur les images, je découvre une ambiance qui tout de suite enclenche le début d'une quête pour comprendre qui sont ces gens, ce qui se passe à ce moment-là dans ce pays, Djibouti, quelques années après l'indépendance [acquise en 1977, NDLR]. Aussi, pourquoi mon père possède ces vidéos sur son compte YouTube ?

    Vous découvrez que votre père a joué un rôle dans l'émergence de cette scène musicale djiboutienne. C’est quelque chose que vous étiez loin d'imaginer. 

    Exactement. En appelant des gens, en me déplaçant, en allant voir soit des spécialistes de la musique, soit des anciens amis, soit des personnes dont je vois le nom apparaître sur les vidéos, je comprends que durant cet âge d'or musical à Djibouti, mon père a eu un studio de musique, studio dans lequel j'ai même habité d’ailleurs quand j’étais petite. Je comprends donc qu'il a fait partie des ingénieurs, des producteurs de musique, qu'il y a cru, qu’il l'a faite rayonner, qu'il l'a enregistrée et qu'il a été au cœur de cette histoire, de ce moment musical djiboutien. 

    Votre père s'appelait Galal, et pour bien comprendre le fait que cette histoire musicale paternelle est demeurée secrète, il faut expliquer qu’il a été victime d'un AVC. Il est venu en France se faire soigner et il était quasi mutique, donc il n'avait pas partagé avec vous cette histoire. 

    Il n’était pas tout à fait mutique, mais il était, disons, entré dans une nouvelle vie à Poitiers. Une vie bien différente de celle que l’on menait à Djibouti. En effet, toute une part de son passé a été placée sous silence. Je pense que c'est à cause de la douleur d'une vie. Vous savez, on a 34 ans, on vit un âge d'or, on est au cœur d'une émergence musicale qui est hyper riche et on doit ensuite, parce que l'on a eu un accident, venir en France. C'est aussi cet accident-là que j'essaie d'approcher avec ce roman. Il y a en moi l’envie de m'approprier cette histoire. C'est vrai qu'il ne m'avait pas transmis ce bagage-là. Je n'avais pas cru non plus que mon pays de naissance pouvait avoir une musique électronique de ce type. Et donc il y a aussi tout un exercice de déconstruction de ma part sur la question de savoir pourquoi est-ce que l'on n'imagine pas que Djibouti puisse avoir des synthétiseurs et des boîtes à rythme et produire des sons qui nous touchent pendant des dizaines d'années.  

    À un moment, vous découvrez un caméscope, c’est le caméscope de votre père. Vous retrouvez ce caméscope et vous faites comme lui, c’est-à-dire que vous filmez tout ce que vous pouvez filmer. Un peu comme si vous aviez besoin de retrouver les traces de votre père en imitant ses gestes. 

    C’est exactement ça. Reprendre son caméscope, le remettre en service et puis aussi filmer des choses, que ce soient des lieux, Marseille ou Paris. Je demande aussi à des gens de jouer devant la caméra. En fait, je crois qu'il a fallu mettre un peu de jeu et de fiction pour que ce soit un exercice que je puisse m'approprier. 

    Et ce jeu dont vous parlez, vous le mettez aussi dans votre narration et dans votre plume. Ce qui est très beau dans le texte, c’est que parfois, quand vous parlez de l'absurdité de la mort, on retrouve un style, des phrases qui sont parfois dénuées de sens, qui sont elles-mêmes un peu absurdes. Ou alors, au contraire, quand vous découvrez Djibouti, votre style devient un kaléidoscope d'impressions couchées sur le papier. Et je me suis demandé si vous aviez longuement retravaillé vos phrases ?

    En fait, dans les six ans de travail sur ce texte, j'ai écrit des phrases. J'ai eu besoin à un moment de poser des choses, des images que j'avais notées dans des carnets, des phrases. Et ensuite, j'ai eu besoin de plusieurs années pour comprendre pourquoi j'avais écrit ça, comment elles s'imbriquaient. Et en effet, je pense que c'est un livre assez kaléidoscopique parce que c'est un livre assez visuel. Je pense qu'il y a plein de choses que j'ai vues, il y a eu des évidences. Et j’ai laissé aux phrases le temps de trouver leur place dans le récit. 

    Un kaléidoscope, mais aussi un conte. Dans la fin du texte, vous avez cette expression qui revient plusieurs fois, « on s'en fout, c'est un conte ». Le passé est un conte, mais pour vous, c'est un conte fondamental, si ce n'est fondateur. 

    J'ai cette formule pour rappeler aussi que la fiction et que les histoires qu'on se raconte sont tout aussi importantes qu'une vérité. Je trouve qu'il y a plein de romans de retour au pays traversés par une sorte de nécessité à raconter la vérité des choses, l'exactitude de ce qu'on voit. Et moi, je me suis plutôt dit que Djibouti a aussi droit à la fiction. Il y a certes les personnages historiques évidemment, il y a une histoire qui est réelle, des vidéos réelles, elles-aussi. Il y a Abdallah, mon père etc. Mais j'ai le droit de mettre de la fiction dans ça. Et c'est vrai que c'est un conte fondateur. Parce que, comme plein de contes, il nous guide avec ses préceptes, ses vérités que j'ai essayé d'approcher, sur le fait de retrouver une histoire qui n'est pas la nôtre, ou sur ce que signifie de trouver un ami qui raconte l’histoire de votre père. Et je pense que c'est un livre qui va m'accompagner et qui, je pense, peut accompagner aussi énormément de lecteurs, parce qu'on y parle du deuil, on y parle du retour, on y parle d'obsession. 

    Abdallah Superstar d'Iman Ahmed, éditions Actes Sud, 150 pages, 2026.

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    9 min
  • Quinze ans après sa naissance, le groupe Feu! Chatterton atteint l'«âge de raison»

    Né en 2011 de la rencontre entre cinq copains de lycée, le groupe Feu! Chatterton fait aujourd'hui figure de tête de pont de la musique francophone, avec leur rock aux multiples influences, porté par des textes tout autant poétiques que mordants. À l'occasion de leur quatrième album, Labyrinthe, les cinq larrons parcourent les scènes de la France entière. L'occasion de revenir sur leur parcours, leurs engagements, et leur évolution musicale.

    RFI : Sébastien Wolf, Arthur Teboul, vous fêtez cette année le 15ᵉ anniversaire de Feu ! Chatterton. 15 ans, à quoi cela correspond-il pour vous ? L'âge d'or ?

    Sébastien Wolf (SW) : J'aime bien l'idée que ce soit l'âge de raison. On a commencé en 2014, sans vraiment savoir ce que l'on allait faire. Jamais on n'imaginait qu'on deviendrait des professionnels de la musique, on faisait ça dans notre chambre, dans notre coin, et maintenant on joue sur énormément de scènes. Et je pense qu'au fil des albums, on a aussi appris beaucoup de choses sur ce qu'était le métier de musicien, de compositeur, d'auteur. On a appris à accepter une forme d'inconnu, d'inutilité de notre métier aussi. On a maintenant atteint, peut-être, une forme de sagesse là-dessus : accepter de ne pas tout comprendre, de ne pas tout savoir, de ne pas avoir trouvé de recette. Aujourd'hui, c'est un peu en contradiction avec les valeurs que porte notre société, qui cherche du sens partout : utilité, efficacité, accélération. Notre métier, c'est tout l'inverse. Et cela, on a mis tout ce quatrième album, toute sa création à le comprendre, et ça nous a fait du bien.

    Vous parlez d'inutilité de ce que vous faites, pourtant, vous avez des textes assez engagés. Est-ce important pour vous, dans le contexte politique tel qu'il est aujourd'hui en France et plus largement dans le monde ?

    Arthur Teboul (AT) : C'est important, mais ce n'est pas programmatique. Quand on fait des chansons, c'est notre manière à nous de consigner nos interrogations sur le monde. On ressent cette nécessité et cette urgence de parler de notre monde, de parler de notre environnement. De fait, ça devient politique. On se pose des questions, comme beaucoup en fait. Aujourd'hui, plus que jamais, parce qu'on sent qu'on arrive à la fin d'un monde. Sauf que vivre la fin d'un monde, c'est désagréable, c'est angoissant, c'est inquiétant. On a la chance d'être cinq, donc on se pose ces questions en tant qu'hommes. Simplement, on est des amis, et on discute. Après, ça rejaillit dans nos chansons. On ressent une nécessité de faire des chansons. C'est notre manière d'évacuer nos peines, nos doutes ; de transformer nos colères et nos interrogations en mains tendues, en appels, pour essayer de faire corps avec l'autre. De fait, ça devient un engagement.

    SW : La question, c'est beaucoup : qu'est-ce qui est à l'origine de cet engagement ? Parce qu'au début, on ne faisait pas de chansons sociétales. C'est l'état du monde qui nous pousse à créer cette forme de bouclier. J'ai le sentiment que nous sommes toute une génération d'artistes qui posons des questions sur l'écologie, le genre, des questions d'antiracisme. On ne s'est pas dit, d'un coup, qu'on allait faire des chansons engagées. Mais on a commencé à se poser des questions, et je pense que, comme le dit Arthur, tout un chacun, s'il regarde vraiment le monde autour de lui, dans une société à problèmes, il est obligé de trouver des solutions en lui-même. Nous, on en fait des chansons, il y en a d'autres qui font des mouvements politiques.

    AT : J'ai l'espoir que les chansons dépassent les clivages. J'ai l'impression qu'une chanson, ça peut être quelque chose qui rassemble. C'est la manière que nous on a trouvée de construire quelque chose.

    SW : Je pense qu'il y a aussi peut-être une forme d'optimisme. Quand on s'engage, quand même, on croit qu'on peut changer des choses. Nos chansons, comme Allons voir, mais aussi plusieurs autres de l'album, sont en fait profondément optimistes. Elles portent l'idée qu'on peut faire évoluer le monde dans une bonne direction et en partant d'une idée déjà simple. Essayons de nous rassembler, de discuter. Ce message d'espoir qu'on essaie de porter dans le dernier album, au fond, il est déjà une forme de petit mouvement vers la joie.

    Effectivement, le disque est plus optimiste et peut-être plus sincère, ou plus naïf, que les précédents. Il y a moins ce côté ironique, mordant. D'où est venu ce changement-là, que l'on ressent aussi bien dans l'écriture que dans les instrumentations ?

    AT : C'est un mélange à la fois de désir et de confiance, d'avoir moins peur d'être vulnérable et le désir d'être plus direct. On s'est rencontrés dans un lycée prestigieux, etc. Il y a une part de nous qui vient de la tête, qui vient de l'intellect. Mais plus on a fait notre métier, plus on est descendu dans notre corps et dans notre cœur, et ça nous a fait du bien. On a senti une urgence à parler du cœur au cœur. Ce n'est pas facile ! Cela fragilise beaucoup plus que d'essayer d'être intelligent. On arrive aussi à un âge où on a beaucoup plus confiance en qui on est. On a grandi, on s'occupe moins du regard des autres, certains d'entre nous sont devenus parents, ce qui décentre. Et de l'autre côté, il y a ce désir d'aller plus droit, plus direct. L'époque a changé et cette ironie, ce mordant qu'on pouvait se permettre il y a quelques années, est devenu un luxe que l'on peut moins s'autoriser. On s'est débarrassés de toute forme de cynisme.

    SW : Pour parler aussi de musique, c'était un vrai désir. Depuis toujours, on est fascinés par la pop, qui est à la fois d'une simplicité extrême et très sophistiquée. Essayer de trouver une épure dans la composition, dans les mélodies et dans le texte, c'était un vrai chemin, qu'on essaye de suivre depuis longtemps. Ça fait trois albums qu'on essaye de faire ça, et je pense que là on y est peut-être plus arrivés. Et encore ! Je pense que pour faire passer des messages, être capable d'aller à l'os, c'est fondamental. Moi, c'était un vrai défi sur ce disque.

    Vous avez beaucoup dit que le processus de création de Labyrinthe avait été un moment difficile pour vous en tant que groupe. Le fait de voir cet album sortir et maintenant de le défendre, est-ce aussi un moyen d'achever le processus de guérison et de réconciliation ?

    AT : Si tu attends la récompense pour régler ton problème, ce n'est pas bon signe. On a réglé ça avant que l'album ne sorte. En revanche, c'est un cadeau. Qu'est-ce qui crée des tensions dans un groupe, ou dans un couple, ou dans une famille ? C'est les doutes et ce qu'on projette sur l'autre. Quand on est en pleine création, alors là c'est explosif ! C'est le moment où chacun doute de soi et de l'autre. Donc ça crispe tout. Ce qui nous arrive maintenant, c'est pure joie. C'est plus facile, on est dans un moment de grande certitude finalement. Mais avec cette joie particulière de savoir savourer, parce qu'on sait que c'est fragile, qu'on sait qu'on est passé par des moments difficiles. 

    À écouter dans De vive(s) voixMusique : le groupe Feu ! Chatterton pour son nouvel album «Labyrinthe»

    9 min
  • Avec «Un corps indocile», Osvalde Lewat ausculte la vulnérabilité masculine

    Quand le doute s'insinue entre les cuisses. Tel pourrait être le résumé, très succinct, du deuxième roman d'Osvalde Lewat, cinéaste, photographe et depuis quelques années autrice multi-récompensée pour son roman Les Aquatiques, paru en 2022. Avec ce deuxième roman, Un corps indocile, la Franco-Camerounaise nous plonge dans les doutes existentiels de Deffo, grand couturier africain vivant à Paris et victime d'un coup du sort qui va bouleverser ses certitudes. Un roman épique et intimiste à la fois qui questionne la quête de sens. 

    RFI : Vous sortez en cette rentrée littéraire votre deuxième roman, Un corps indocile, aux éditions Philippe Rey et conjointement aux éditions Jimsaan du Sénégal. Et vous m'avez dit en préparant l'interview : « C'est un roman de désapprentissage. » Qu'est-ce que vous entendez par là ? 

    Osvalde Lewat : Un roman de désapprentissage, c'est un roman qui prend le contrepied du roman initiatique, puisque dans le roman initiatique, le héros est dans une quête qui lui permet d'acquérir des savoirs. Dans Un corps indocile, le personnage central de Deffo, personnage de couturier, est quelqu'un qui a une très belle réussite, dont la vie est épanouie, il est inséré socialement. Et sa vie va basculer parce qu'il a une maladie, une douleur s'installe au niveau de l'aine. Et partant de là, son monde se disloque, et il finit par tuer quelqu’un, par commettre un crime. Et Deffo va entreprendre une quête. Cette quête-là, ce sera une quête pour retrouver son intégrité physique et rendre à nouveau le monde intelligible pour lui. Il est donc malade et il essaie de guérir, d’abord à travers la médecine traditionnelle française, qui présente ses limites, et au fur et à mesure qu'il va avancer, il sera confronté à plusieurs systèmes de sens qui, à chaque fois, vont montrer leurs limites. Et Deffo, qui était bardé de certitudes, va les perdre au fur et à mesure, et il va devoir se débarrasser de couches entières d'illusions. 

    Et tout au long du roman, Deffo ne trouve pas la solution à ce problème existentiel. Il reste divisé. Il dit d'ailleurs de lui-même : « Je suis parfaitement imparfait »… 

    Deffo est un homme qui s'est construit sur une idée de la virilité, de la force, de la puissance, et de la performance sexuelle. C'est quelqu'un qui coche toutes les cases. Et quand son système de sens s'effondre, quand sa vie se disloque et qu'il se rend compte que les certitudes qu'il avait sont finalement très fragiles, à ce moment-là, il s'interroge sur sa masculinité. Et au fur et à mesure, il se rend compte que l’on peut être un homme, que l’on peut être un homme vulnérable, un homme qui n'a pas de puissance au sens où socialement on l'admet en parlant de la virilité, mais on peut néanmoins rester un homme. Et c'est ça qui m'intéressait. En fait, le parcours de Deffo montre que l’on peut se débarrasser d'une idée finalement très construite socialement de ce que c'est qu'un homme tout en restant un homme malgré tout. 

    Et c'est un personnage très intéressant dans le sens où il a une très haute idée de lui-même, il refuse de jouer le jeu social qu'on lui présente en permanence. Il refuse d'être un grand couturier parisien dans le système. Il refuse d'être un Zambouenais (le roman se déroule dans un pays imaginaire baptisé Zambouena, NDLR) de la haute bourgeoisie. C'est un personnage orgueilleux en fait. 

    Oui et non. Je pense que Deffo est surtout quelqu'un qui pense qu'on peut être heureux dans sa vie sans forcément jouer le jeu social, sans jouer le jeu mondain. C’est plutôt quelqu'un qui veut être authentique. En fait, il ne comprend pas ce qui lui arrive parce qu'il se dit : « Je ne me suis pas pavané, je n’ai pas eu d’ambition, je n'ai même pas eu d'ambition, je n'ai pas de prétention, l'univers n'a pas de raison de me punir. Pourquoi Dieu me punit alors que j'étais un mec finalement assez cool et qui ne voulait pas tuer père et mère pour réussir ? » 

    En vous lisant, il y a deux références qui me sont venues. Votre personnage est dostoïevskien et camusien à la fois. Est-ce que ces références font partie de votre univers ? Est-ce que vous avez pensé à Camus et à Fiodor Dostoïevski en écrivant ? 

    Au départ, je ne les avais pas en tête quand j'ai commencé à écrire, et quand j'ai fini, ce sont mes éditeurs qui m'ont dit : « C'est très camusien ce que tu as écrit. » C’est vrai et en même temps, ça ne l’est pas parce que Camus, dans l'absurde, montre les limites de la quête de sens et le silence du monde. Alors que moi, ce que je fais dans Un corps indocile, c'est de montrer un personnage qui n'arrive pas à trouver de réponse satisfaisante aux questions existentielles qu'il se pose, ni à son rapport à la vie, mais qui en même temps accède à une forme de lucidité nue qui ne l'empêche pas de croire qu'il y a autre chose. Donc là, c'est là où je prends un peu de distance avec Camus. 

    C'est un roman très intéressant dans le sens où il ne verse pas du tout dans les clichés ou dans les habitudes de la « littérature du retour ». On glisse d'un pays à un autre et, à chaque fois, le personnage glisse un peu plus loin. Finalement, il ne trouve pas la voie du salut par un retour au pays natal. C'est d'abord un retour sur lui-même qui lui permet de guérir.  

    Je voulais éviter le schéma classique du personnage africain qui vit à Paris et puis qui, vingt ans après, retourne au pays, écarquille de grands yeux, etc. Dans le roman, Deffo est attaché à son pays, le Zambouena, il y va souvent, donc quand il arrive, il est dans un univers familier même s’il est confronté à une réalité assez brutale qui est celle de la présence de la Chine en Afrique et des élites prévaricatrices. Je me rappelle d'une psychologue qui disait un jour : « Quel que soit le lieu où l’on va, on est toujours avec soi-même. » Et Deffo, quand il se déporte d'un lieu à un autre, finalement, il ne se détache pas de ce qu'il est. Il se rend compte que tout ce qu'il porte en lui, toutes les contradictions qu'il porte en lui, tout le drame qu'il est en train de vivre, ne le quitte pas et l'accompagne. 

    Un mot sur la densité et la richesse de ce livre. On est à la fois dans un roman psychologique, on l'a compris, un roman de mœurs, un roman policier. Et même un roman politique. Il fallait tout ça pour rendre compte de la complexité de votre personnage et de la complexité de la vie ?

    J'ai pensé le roman comme une pièce de couture. Et ce que j'ai fait, c'est que j'ai suivi le personnage. En fait, je partais de sa faille, et avec cette faille intime, j'ai ouvert le roman sur le monde. Donc en réalité, c'est le monde qui vient rejoindre le personnage. Quand j'ai commencé à écrire, je ne me suis pas dit : « Ah ben voilà, je vais aborder tel thème et tel thème et tel thème. » Ce n'est pas un catalogue de thèmes. Non, c'est vraiment quelque chose de très organique qui part du parcours du personnage et puis qui finalement le confronte aux réalités du monde. Et il traverse ces univers, et nous tous nous vivons cela. C'est-à-dire qu'au quotidien, on est à la fois un mari, parfois un enfant, on est un collègue et on est différentes personnes. Et donc tous ces univers-là viennent rencontrer Deffo pour former un tout assez organique. 

    Vous avez mis trois ans à écrire ce roman. Quand vous avez mis le point final, qu'est-ce que vous avez ressenti, mis à part une forme de soulagement, bien sûr ?  

    Est-ce que je suis soulagée quand je finis mes romans ? Non. Et quand je les finis, est-ce qu’ils sont même finis d'ailleurs ? Est-ce que j'ai fini d'écrire ? J'ai l'impression que mes éditeurs m'arrachent les livres de la main en disant : « Ça suffit maintenant, tu mets un point final ! » En réalité, j'ai ressenti un manque. Un grand manque. Le manque de Deffo et des personnages aussi, parce qu'il y en a plusieurs dans le roman, sa compagne, ses parents, ses amis, les Chinois. Donc j'ai ressenti un grand manque et un sentiment d'incomplétude.

    Et est-ce que vous rêvez encore de votre personnage, Deffo ?

    Parfois la nuit… En réalité, je vis avec Deffo. Donc, je ne rêve pas de lui, je vis avec lui, il habite ma vie, je l'entends, je le vois, je pense à lui sans cesse. Il me hante complètement.

    À écouter dans Littérature sans frontièresOsvalde Lewat, révélation et métamorphoses d'une femme en Afrique centrale

    9 min
  • Cristian Mungiu (Palme d'or 2026): «J'utilise le cinéma pour lutter contre ces politesses qui empêchent de nous exprimer»

    Le film Fjord, Palme d'or 2026, sort en salles ce mercredi 19 août. Réalisé par le cinéaste roumain Cristian Mungiu et inspiré de plusieurs faits divers réels qui ont marqué la Roumanie, Fjord raconte l'arrivée en Norvège d'un couple d'évangéliques roumains et de leurs cinq enfants. Tout bascule lorsque les parents se voient soupçonnés de maltraitance et se heurtent à la justice norvégienne. Un drame social tout en nuances, qui ne prend jamais parti.

    RFI : Votre film Fjord raconte l'histoire d'un couple d'évangéliques qui s'installe dans un village en Norvège. Le père est roumain, la mère norvégienne. Et tout bascule quand les différents adultes de l'école découvrent des bleus sur le corps de l'aîné des enfants. Comment est née l'idée de ce film ?

    Cristian Mungiu : J'ai lu dans la presse un article sur ce cas. Après ça, c'est devenu vraiment très important chez nous. On avait beaucoup, beaucoup d'articles sur ces cas et j'ai commencé par essayer de les documenter un peu et j'ai vu que ce n'était pas un cas particulier, ça faisait partie d'une sorte de système, une sorte de faits divers qui se répétaient avec des familles qui venaient de pays avec une éducation très, très différente. Je crois que ce cas s'est passé il y a une dizaine d'années. Peu à peu, pendant ces dix ans, je crois que la société s'est radicalisée dans ce sens où il est devenu vraiment très compliqué de partager la société avec les autres, parce que nous n'avons pas du tout les mêmes idées sur l'avenir, sur l'éducation des enfants. Alors je me suis dit à la fin que pour cette histoire, je peux parler de ce qui se passe aujourd'hui, de cette intolérance que nous avons pour les autres qui ne partagent pas les mêmes valeurs avec nous. Et même si le film est basé surtout sur un de ces cas, j'ai pris des détails de plusieurs cas et j'ai fictionnalisé à la fin pour avoir un discours qui parle plutôt de l'état du monde d'aujourd'hui et de la société contemporaine globalisée, et divisée, dans laquelle on vit aujourd'hui.

    Vous l'avez dit, Fjord raconte la polarisation grandissante des sociétés occidentales, tiraillée entre les idées conservatrices d'un côté, progressistes de l'autre. Pourtant, tout est toujours très nuancé dans votre film, surtout dans la deuxième partie du film. Comment avez-vous construit le récit pour éviter de désigner un coupable trop rapidement et maintenir cette ambiguïté ?

    Pour moi, c'est important que les jugements ne m'appartiennent pas, que je responsabilise le spectateur, parce qu'à la fin, ce qui est important, ce n'est pas de trouver des coupables pour le cas qui existe dans le film, mais de comprendre quel est ton point de vue dans ta vie réelle, comme spectateur. Je ne veux pas faire un film idéologique qui défend une idéologie particulière. J'essaye de comprendre et c'est pour ça que dans le film, j'essaye toujours de respecter la volonté de chaque personnage, d'exprimer ses opinions, ses arguments. Ce que je cite dans le film, ce ne sont pas mes idées à moi. J'essaie de comprendre quels sont les arguments de ce personnage que je représente ici, et j'ai une sorte de responsabilité.

    Qu'est-ce qui vous a intéressé dans l'opposition entre les deux familles ?

    Ils se découvrent d'une façon très humaine. Quand tu entres en contact de façon très proche avec une autre personne, tu commences à comprendre que tu n'es pas si différent. À la fin, tu as les mêmes problèmes, même si les solutions ne sont pas toujours les mêmes. Tu peux vraiment avoir une sorte de communication. La communication commence quand tu donnes à l'autre l'espace et le temps d'avoir des idées qui ne correspondent pas à ce que tu crois toi-même. Sinon, si on n'écoute pas l'autre, ce n'est pas un dialogue, ce n'est pas une conversation. On n'arrive nulle part. Quand on juge les autres à partir d'une sorte de stéréotype et d'une idéologie, on perd ce côté humain. On applique des jugements qui ne correspondent pas du tout à chaque situation, on simplifie les choses et ce n'est pas vraiment du tout une bonne façon de rouvrir ce chemin qui devait nous mettre ensemble dans une société qui aujourd'hui est vraiment très, très, très partagée et très radicalisée.

    Il y a plusieurs scènes où des jeunes filles semblent marcher sur l'eau, quelle est la symbolique derrière ces images ?

    Quelle est la symbolique que vous trouvez dans ces scènes ?

    Une référence biblique ?

    C'est possible, oui. La question pour moi est : est-ce que nous sommes assez convaincus de toutes nos idées, qu'on peut dire que le monde est toujours tout à fait rationnel ? Est-ce que nous, nous sommes des personnes tout à fait rationnelles, toujours ? Je ne sais pas. Je ne suis pas si sûr de ça, même si je suis une personne très rationnelle. Mais même comme ça, je trouve qu'on doit laisser la liberté aux autres. Et c'est pour ça que le film inclut plusieurs moments où la tolérance va jusqu'à ce niveau, où on doit comprendre qu'il y a des choses qui ne s'expriment pas mais qui existent et que nous, on doit être aussi tolérants avec ça. C'est difficile. Nous n'avons pas d'explications, mais à la fin, quand on parle de l'amour, de l'affection, est-ce que ça, c'est tout à fait rationnel ? Je ne crois pas. C'est un mélange d'intuition. Ce n'est pas toujours un signe de supériorité de considérer que toutes les choses ont une explication rationnelle.

    Les deux rôles principaux sont incarnés par Renate Reinsve et Sebastian Stan. Pourquoi eux ? Pourquoi ce duo ?

    Pour Sebastian, c'est très simple, il n'y a pas un autre comédien américain qui peut parler roumain, alors je n'avais pas trop le choix. Et après ça, parce que même si les faits divers se passent dans plusieurs pays du Nord, la plupart d'entre eux se passaient en Norvège. Je me suis décidé à tourner en Norvège. Et si tu arrives en Norvège, dans le cinéma norvégien, quelqu'un comme moi qui a vu surtout les films de Joachim Trier, tu veux rencontrer Renate. C'est la première comédienne que j'ai rencontrée. Nous avons lu ensemble plusieurs scènes pour plusieurs personnages dans le film, et elle a une sensibilité assez particulière, j'ai trouvé qu'elle correspondait beaucoup à l'esprit un peu religieux de ce personnage qu'elle devait interpréter.

    Est-ce que le fait de placer l'action dans un décor norvégien, dans un fjord, était aussi une manière de mettre l'isolement, l'étouffement de cette communauté en images ?

    C'est aussi une sorte de calme apparent qui existe dans un fjord, avec cette eau plate. Mais en dessous de ça, il y a beaucoup de choses. Nous avons beaucoup de conflits, beaucoup d'opinions qui s'expriment, et nous avons des avalanches comme ça, avec beaucoup de sentiments, parce que même si tu vis dans une société où la politesse est une valeur extraordinaire, le respect pour l'autre, ça ne veut pas dire que tu n'as pas d'opinions sur les autres, c'est seulement ta manière de rester poli. Moi, je ne suis pas poli. Moi, j'utilise le cinéma pour dire qu'on doit lutter contre ces politesses, contre ce politiquement correct qui nous empêche d'exprimer ce qu'on pense. Aujourd'hui, je ne suis pas du tout pour ces sortes de films qui se répètent et qui te confirment que tu partages de bonnes valeurs avec les autres. Oui, ça j'ai compris, c'est très bien, mais c'est trop simple de faire ça.

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    Aux Rencontres de la photographie d'Arles, place à une nouvelle génération de photographes africains. Parmi les sept finalistes du prix Découverte de la Fondation Louis Roederer, le Sénégalais Souleymane Bachir Diaw présente Sutura, une série qui interroge la masculinité à travers boubous, tissus et gestes hérités de l'enfance. Il y met en scène ce que la tradition impose de taire aux hommes. 

    L'exposition du photographe sénégalais Souleymane Bachir Diaw est à voir aux Rencontres de la photographie d’Arles jusqu'au 4 octobre 2026.

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Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

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