Le monde en questions

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Le monde en questions episodes

  • Gaza, quelles sorties de crise possibles?

    Cette semaine le monde en questions revient sur le terrible conflit qui se poursuit entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. Et la question posée est la suivante : quelles sont les options possibles pour une sortie de crise ?

    Eh bien, elles sont toutes compliquées et, pour certaines d'entre elles, difficilement envisageables dans l'immédiat, alors que les combats font rage et que la situation humanitaire de la population gazaouie atteint un point de quasi-non-retour.

    La première option justement, à très court terme, serait de parvenir à un cessez-le-feu humanitaire pour permettre aux habitants de Gaza de souffler, de se nourrir et de connaître un minimum d'apaisement. Option irréaliste pour l'instant en dépit du vote massif en ce sens, mais non contraignant, de l'assemblée générale de l'ONU. C'est que, pour l'instant, les États-Unis maintiennent leur soutien à Israël. Mais, et c'est la 2ᵉ option, ils mettent la pression sur Benyamin Netanyahu pour cesser les bombardements sur l'enclave et passer à des opérations ciblées contre les infrastructures et les responsables du Hamas. Option rejetée pour l'instant par le Premier ministre israélien, ce qui crée d’ailleurs des tensions avec Joe Biden.

    Troisième évolution, plus probable malheureusement, de cette guerre : c'est qu'elle dure, tant l'objectif d'éradication du Hamas apparaît difficile. Un enlisement qui ne ferait qu'accroître les souffrances des Gazaouis et pèserait de plus en plus sur l'économie israélienne, dont les forces vives sont massivement mobilisées sur le front.

    On peut aussi redouter, et c'est la 4ᵉ évolution possible du conflit, un embrasement régional, même si l'Iran semble ne pas vouloir pousser ses alliés, Hezbollah et Houthis, à aller au-delà d'une politique de harcèlement d'Israël. Embrasement qui pourrait aussi concerner la Cisjordanie.

    On réfléchit aussi aux scénarios envisageables, en partant de l'hypothèse, hors de portée pour l'instant, d'une cessation des combats. Avec cette question : que devient ensuite l'enclave palestinienne, détruite aux deux tiers ? Il y a d'abord le scénario d'une réoccupation par Israël, 18 ans après l'évacuation des colons. Benyamin Netanyahu reste très vague sur ce point - insistant surtout sur le contrôle sécuritaire autour de l'enclave. Car une réoccupation poserait de nombreux défis sécuritaires et, surtout, elle n'offre aucune perspective politique, ni pour les Palestiniens, ni pour les Israéliens.

    Autre scénario : le déploiement d'une force internationale et/ou régionale dans l’enclave, pour assurer une transition vers un règlement du conflit et permettre aussi de débuter la reconstruction de Gaza. Mais les pays arabes potentiellement concernés, ainsi que l'ONU, sont réticents à une telle solution - tant le transitoire peut durer.

    Enfin, on arrive sur le scénario longtemps oublié, à savoir le retour de la solution à deux États. Mais il suppose plusieurs conditions, le retour de l’Autorité palestinienne à Gaza, l’organisation d’élections dans tous les territoires palestiniens et sans doute aussi en Israël. Le meilleur et pour l’instant, le plus inatteignable.

    4 min
  • Quel enjeu pour l’élection présidentielle en Égypte?

    Cette semaine, Le monde en questions évoque l’élection présidentielle qui se déroule en Égypte du 10 au 12 décembre. Avec à la clef une très probable reconduite au pouvoir du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, qui dirige le pays d’une main de fer depuis 2014. Et la question posée est la suivante : quel est l'enjeu d'un scrutin dont le résultat est écrit d'avance ?

    D'un point de vue strictement politique, l'enjeu est effectivement inexistant. Il est absolument certain que Abdel Fattah al-Sissi sera réélu pour un troisième mandat à l'issue de cette élection présidentielle. Pour rappel, lors des deux précédents scrutins, en 2014 et 2018, il avait obtenu respectivement 97 et 96 % des suffrages exprimés. On sera sans doute dans cet ordre de grandeur pour celui qui débute ce 10 décembre.

    Presque 13 ans après la révolution qui avait chassé du pouvoir Hosni Moubarak, l'Égypte, ce géant du monde arabe avec une population de 105 millions d'habitants, se retrouve dans une situation comparable, voire pire selon certains experts, en termes de gouvernance et de non-respect des droits de l'homme. Des milliers de personnes sont détenues pour des motifs politiques. Les candidats qui voulaient, malgré une forte répression, se présenter contre al-Sissi en ont été empêchés, à l'exception de trois candidats fantoches proches du régime. En bref, on est dans un scrutin organisé par une dictature qui fait à peine semblant de préserver une façade démocratique. Un bilan politique préoccupant, mais la situation est également critique en économie.

    Les secteurs rentables toujours contrôlés par l'armée

    La monnaie égyptienne a été plusieurs fois dévaluée cette année. Le FMI reste réticent à débloquer une nouvelle tranche de trois milliards de dollars sans la mise en œuvre de réformes libérales, qui dans premier temps vont aggraver la précarité de millions de personnes. L'équation est délicate...

    D'autant qu'en Égypte, c'est l'armée qui a conservé la mainmise sur les secteurs rentables de l'économie comme le commerce fluvial – après l'élargissement du canal de Suez en 2015 – ou encore le tourisme, sans parler des projets pharaoniques lancés par al-Sissi. Notamment la construction en cours d'une capitale administrative à moins de 50 km du Caire, surnommée ironiquement « Sissi City » par de nombreux Égyptiens.

    Une absence d'alternative politique

    Qu'en est-il du positionnement diplomatique de l'Égypte ? C'est l'un des points forts du maréchal al-Sissi, et il en joue abondamment. L'Égypte demeure un pays incontournable dans la région et les événements de Gaza ont encore renforcé ce statut. Du coup, les grandes puissances ménagent ce dictateur par souci de realpolitik. D'abord parce que c'est lui ou le retour au pouvoir des Frères musulmans, proches du Hamas – inenvisageable pour les capitales occidentales. D'autant que l'activisme des groupes islamistes reste problématique dans le Sinaï. Ensuite, parce que les intérêts économico-militaires restent trop forts entre le Caire et l’Occident.

    En résumé : une élection jouée d'avance et dont le véritable enjeu sera le taux de participation plus que le résultat lui-même, qui reconduira al-Sissi au pouvoir jusqu’en 2030. Les libertés publiques et individuelles, ainsi que le niveau de vie de millions d'Égyptiens, attendront. Sauf si cette marmite sociale se met à déborder.

    À lire aussiCampagne présidentielle en Égypte: pas de changement politique à l'horizon

    4 min
  • Israël-Hamas, quelle influence pour les États-Unis?

    Cette semaine, Le monde en question s'intéresse au rôle que jouent les États-Unis dans le conflit en cours entre Israël et le Hamas. Un rôle important, au vu des liens qui unissent Washington et Tel-Aviv depuis la création de l’état hébreu en 1948. Et la question posée est la suivante : le conflit entre Israël et le Hamas met-il la diplomatie américaine dans une position délicate ? 

    La réponse est oui. Pour preuve, la tournée qu'effectue en ce moment le secrétaire d'État américain Anthony Blinken. Il s'est rendu ce jeudi en Israël pour la troisième fois depuis le massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023.

    C'est dire l'importance que Washington accorde à ce conflit et la difficulté à laquelle il est confronté : manifester un soutien sans faille à l'État hébreu, comme les États-Unis l'ont toujours fait depuis 1948, notamment dans les périodes difficiles, et en même temps faire pression sur l'actuel gouvernement israélien, engagé dans une guerre sans pitié contre le Hamas, au prix de bombardements massifs dans la Bande de Gaza, accompagnés de milliers de morts parmi les civils gazaouis, et d'une situation humanitaire catastrophique pour les plus de deux millions d'habitants de l'enclave, dont les deux tiers environ ont fui l'enfer du nord du territoire et se retrouvent dans le sud, un peu moins exposés – mais dans des conditions de vie dramatique. 

    Une évolution de la position américaine

    Face aux condamnations grandissantes de la communauté internationale et des organisations humanitaires, Joe Biden a infléchi son positionnement de départ, qui revenait à un appui sans réserve de l'action du gouvernement et de l'armée israélienne. Cet argument tient toujours. Pour les États-Unis, après les horreurs du 7 octobre dernier, Israël a le droit de se défendre et de vouloir anéantir le Hamas à Gaza. 

    À lire aussiGaza: selon le «New York Times», Israël connaissait le plan d’attaque terroriste du Hamas

    Mais désormais, il y a aussi une véritable pression exercée par Washington sur le gouvernement de Benyamin Netanyahu, sur plusieurs points : d’abord sur la nécessité de réduire au maximum le nombre de pertes civiles pendant les opérations de Tsahal. À voir si ce point sera respecté, avec la reprise du conflit ce vendredi 1ᵉʳ décembre 2023. Les Israéliens ont annoncé un plan pour permettre aux civils de se réfugier dans des zones sécurisées et ont même communiqué une carte interactive en ce sens. Mais la mise en œuvre de cette mesure, dans un territoire aussi exigu que le sud de la bande de Gaza, sera compliquée.

    Accélération du flux de l’aide humanitaire vers Gaza

    Il s’agit aussi d’aider les populations civiles à traverser cette période terrible. Ils ont augmenté leur propre aide. De ce point de vue, rien n’est joué : durant la trêve, quelques centaines de camions d’aide ont pu traverser le poste frontière de Rafah. Que va-t-il se passer maintenant que la trêve est terminée ?

    C’est pourquoi Washington reste déterminé à tout faire pour qu’un nouvel arrêt des combats permette de nouvelles libérations d’otages et un acheminement massif d’aide. Les négociations se poursuivent et les Américains y jouent un rôle important. Ces discussions déboucheront-elles ? Là encore, pas de réponse pour l’instant.

    Enfin, les Américains demandent à Israël de renoncer à sa politique colonialiste en Cisjordanie. Demande non suivie d’effet pour l’heure.

    On le voit : les États-Unis font pression, obtiennent quelques résultats, mais sont confrontés à un gouvernement israélien qui refuse d’envisager l’après conflit et un règlement politique comprenant la perspective d’un État palestinien. Soutenir Israël, mais faire pression aussi et obtenir des avancées politiques : l’équation reste très compliquée pour la diplomatie américaine. 

    À écouter aussiLes États-Unis ne peuvent plus négocier seuls avec Israël et le Hamas

    4 min
  • Israël–Hamas, une «guerre de civilisations»?

    Cette semaine, Le monde en questions se demande si le conflit entre Israël et le Hamas peut être qualifié, au-delà de son aspect local, de manifestation d’un affrontement entre deux types de conceptions morales, identitaires et religieuses. Et la question est la suivante : avec ce conflit, sommes-nous en train d'assister, comme l'affirment certains commentaires, à un nouvel épisode d'une « guerre de civilisations » entre l'Occident et ce qu'on appelle aujourd'hui « le Sud global » ? 

    La réponse à cette question n'est pas évidente. Pour certains, le constat est clair : avec le conflit entre Israël et le Hamas, nous sommes bel et bien dans une nouvelle manifestation de ce choc des civilisations, théorisé il y a 26 ans par l'historien américain Samuel Huntington.

    Pour faire court, sa thèse est la suivante : après l'effondrement de l'URSS en 1991, ce sont aussi les grandes idéologies qui se sont évanouies. Le communisme, le socialisme, le capitalisme, le libéralisme, toutes ces écoles de pensées auraient cessé d'être pertinentes pour rendre compte des rapports de force dans le monde. Après une période où l'on a pu croire à la toute-puissance des États-Unis, de nouvelles forces sont apparues, avec en particulier la montée en puissance de l'islamisme radical. Du coup, il ne s'agit plus d'une guerre idéologique, mais d'une guerre de civilisations qui repose sur l'adhésion ou le rejet d'un modèle culturel, économique, identitaire ou religieux. 

    Comment cela se traduit-il concrètement ?

    Cela se manifeste par l'opposition grandissante et de plus en plus violente entre, d'une part, les pays occidentaux (États-Unis, Canada, Union européenne, Israël, Japon, Corée du Sud, Taïwan…) et d'autre part, de nouvelles puissances émergentes en Asie, au Proche-Orient, en Afrique et en Amérique latine. Puissances qui proposent des modèles alternatifs au modèle occidental (démocratie politique et libéralisme économique) ou qui sont critiques de ce modèle. Quant aux organisations qui se réclament d’un islam intégriste, elles souhaitent carrément détruire ce monde occidental corrompu, arrogant et amoral.

    Cette grille de lecture peut sembler séduisante et contient indéniablement une part de vérité.

    Elle permet à certains acteurs de la scène internationale de lire sous ce prisme les grands événements de ces 20 dernières années : les attentats du World Trade Center, les attentats en France et en Europe dans les années 2010, le conflit syrien, et plus récemment la guerre en Ukraine et donc le conflit Israël - Hamas depuis les terribles exactions du 7 octobre 2023 et la réponse musclée d'Israël.

    Mais elle trouve aussi ses limites, car il s’agit d’une approche trop simpliste, trop binaire dans le monde d’aujourd’hui, très multipolaire. Certes, de nombreux pays non-occidentaux partagent une forme d’envie ou de ressentiment vis-à-vis de l’Occident, et plus précisément des États-Unis. Mais les intérêts, les différents territoriaux, les liens économiques ou militaires rendent les choses bien plus complexes. En revanche, l’Occident, obligé de lutter contre des organisations extrémistes, doit apprendre à davantage prendre en compte ces nouveaux acteurs étatiques et à coopérer plutôt qu’à imposer.

    À écouter aussiIsraël-Gaza: quels risques de contagion?

    4 min
  • Conflit Israël-Hamas: quelles sont les options pour le «Jour d’après» à Gaza?

    Cette semaine, vous nous parlez du conflit en cours dans la bande de Gaza, avec déjà des interrogations sur la suite des événements dans cette enclave palestinienne et dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Et la question que l’on se pose est la suivante : « Quelles sont les options sur la table pour l'après-conflit à Gaza ? »

    Les options commencent à se dessiner même s’il peut paraître un peu prématuré d’y penser alors que les combats font rage dans l’enclave palestinienne. Mais à ce stade, personne ne sait combien de temps va durer la guerre entre le Hamas et l’armée israélienne.

    Ces options concernent d’abord le sort et le statut de la bande de Gaza à l’avenir, et ensuite la question plus large de la question palestinienne, avec le retour de la solution à deux États, laissée sous le tapis depuis des années. 

    Concernant la bande de Gaza, il y a ce que disent les Israéliens et ce que souhaitent les Américains car ce sont les seuls acteurs qui ont une influence sur le gouvernement de Tel-Aviv. Dans l’immédiat, les États-Unis sont sur la même ligne que le gouvernement israélien sur l’impossibilité d’établir un cessez-le-feu sans libération de tous les otages détenus par le Hamas. En revanche, ils ont fortement poussé à ce qu’Israël accepte au moins d’instaurer des pauses tactiques de quatre heures par jour, ce qui devrait se faire désormais.

    Pour l’avenir de Gaza, après la fin des opérations de l’armée israélienne, le Premier ministre israélien n’a pas été très clair. Il estime que seul Israël, après avoir éradiqué le Hamas, devra à l’avenir assurer la sécurisation de la bande de Gaza, mais sans réoccuper ni gouverner le territoire comme c’était le cas avant 2005. Pas question notamment de réinstaller des colonies juives dans l’enclave.

    Les États-Unis sont d’accord pour que Gaza ne puisse plus servir de bastion pour le terrorisme, ils souhaitent, eux aussi, qu’il n’y ait pas de réoccupation de Gaza par Israël. Mais ils préviennent également Benyamin Netanyahu : il ne doit pas y avoir un nouveau blocus de Gaza. Pas question non plus d’une réduction du territoire Gazaoui. Telles sont les lignes rouges tracées par la diplomatie américaine.

    À lire aussiDessiner un avenir pour la bande de Gaza, une tâche bien compliquée

    Tout cela laisse dans le flou la question de savoir qui gouvernera la bande de Gaza après le désastre. Le plus réaliste, mais pas le plus facile, serait sans doute de réinstaller l’Autorité palestinienne dans le territoire. Sans savoir comment elle sera accueillie, si elle arrive dans les valises de l’armée israélienne. Au-delà du statut du territoire, les événements du 7 octobre ont remis sur le devant de la scène la question plus politique de la solution à deux États. Et notamment l’avènement - enfin – d’un véritable État palestinien, 75 ans après le plan de partage de l’ONU.

    Mais là aussi, la tâche s’annonce plus que compliquée, sauf à organiser des élections dans tous les territoires palestiniens, et encore. Le résultat ne serait pas reconnu par Tel Aviv si le Hamas pouvait y participer. Côté israélien, il faudrait aussi des élections générales et une autre coalition si l'on veut sérieusement discuter d’une paix durable. On ne sait jamais : des ténèbres surgit parfois la lumière

    À suivre aussi le direct [En direct] Guerre Israël-Hamas: le plus grand hôpital de Gaza cible d'une frappe meurtrière

    4 min
  • Diab el-Loh, ambassadeur de Palestine au Caire: «Nous tenons à rester sur notre terre»
    C'est le 28ᵉ jour de guerre dans la bande de Gaza, les bombes israéliennes continuent de frapper le territoire et ses habitants. Depuis le territoire palestinien, la seule voie vers l'extérieur est le poste frontière de Rafah, par lequel quelques dizaines de blessés sont sortis pour se faire soigner en Égypte. Mais au Caire, les autorités sont fermes depuis le début du conflit : pas question d'accueillir un afflux massif de réfugiés. Rencontre avec l'ambassadeur de Palestine en Égypte, Diab el-Loh, représentant de l'Autorité palestinienne.
    3 min

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Le monde en questions, une chronique hebdomadaire qui met en valeur, en contexte et en perspective un fait marquant de l’actualité internationale. Elle sera assurée par Bruno Daroux.

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