
Sign up to save your podcasts
Or


C’est une course contre-la-montre qui est engagée pour tenter de décrocher une cessation des combats et des bombardements à Gaza quelques jours avant le début du ramadan, sur fond de pressions internationales montantes devant l’étendue du drame humanitaire dans l’enclave palestinienne. Pourquoi les partis ne parviennent-ils pas à se mettre d’accord comme la fois précédente fin novembre 2023 ?
Il y a déjà une question technique d’importance : si les deux belligérants sont au centre d’une énorme mobilisation des intermédiaires internationaux au Caire, à Doha, Paris ou Washington, la réalité sur le terrain dans l’enclave palestinienne au cinquième mois du début de la riposte israélienne fait que les communications sont souvent difficiles, téléphone ou internet fréquemment coupés de longues heures durant.
Aussi, de l’aveu même des négociateurs du Hamas, il faut parfois 24 à 48 heures au bureau politique au Qatar pour entrer en contact avec son aile militaire dirigée par Yayha Sinouar et Mohammed Deif, chef des brigades Ezzedine al-Qassam, ceux-là mêmes qui ont lancé l’opération « Déluge d’al-Aqsa » sur Israël le 7 octobre, toujours introuvables, et sans doute retranchés dans les tunnels de Khan Younès dans le sud de l'enclave. Ensuite, bien sûr, la pression constante de l’offensive israélienne terrestre, navale et surtout aérienne rend la situation extrêmement volatile.
À lire aussiGuerre à Gaza: après 150 jours de guerre, la population suffoque
Un plan de trêve existe pourtantLe paradoxe tragique face à l’urgence est que les deux partis sont presque d’accord. C’est le « Plan de Paris » qui a été mis sur la table mi-février sous impulsion française avec le concours du cheikh Tamim ben Hamad al-Thani du Qatar, l’intermédiaire numéro un dans tous les conflits au Proche-Orient, qui a, un temps, laissé planer un vent d’optimisme parmi les protagonistes des services de renseignement comme William Burns de la CIA ou David Barnea du Mossad, jusqu’à pousser le président américain Joe Biden à annoncer un peu vite une trêve imminente.
Ce plan prévoit trois périodes successives de cessez-le-feu de 45 jours. La première permettrait la libération d’un otage par jour, femmes et personnes âgées, en échange de plusieurs prisonniers palestiniens. La seconde impliquerait la libération des réservistes et la dernière, sans doute la plus compliquée, les soldats israéliens... Et qui sous-entend bien entendu une hausse des enchères dans le ratio otage contre prisonniers. Mais le véritable point de discorde reste l’exigence du Hamas : obtenir un cessez-le-feu définitif. Impensable pour le cabinet de guerre du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, qui joue lui-même sa survie politique avec une guerre qu’il n’a donc pas l’intention de cesser.
À écouter aussiGaza: les chiffres, les images et les mots
Gaza livré au chaos, à la mort et à la famineCinq mois ont passé. Le calvaire des otages continue, alors que Gaza se transforme en un champ de ruines. Les rares témoignages qui sortent de la bande de Gaza renvoient, jour après jour, une image d’horreur. L’un des territoires les plus densément peuplés de la planète, livré au chaos, à la mort et à la famine. Dans sa fuite en avant vengeresse, l’armée israélienne applique la stratégie de la terre brûlée, abolissant la distinction entre combattants et civils.
Gaza n’a plus d’avenir. Et alors que les centaines de milliers de déplacés internes redoutent la grande offensive sur Rafah et le sud de l’enclave, le Hamas n’est même pas en mesure de confirmer combien d’otages du 7 octobre sont encore en vie parmi les 130 encore captifs.
Cette semaine, Le monde en questions revient sur la situation dans le territoire sécessionniste de Moldavie, la Transnistrie. Une région qui s’est autoproclamée indépendante et qui est très proche de Moscou. Et la question posée est la suivante : ce territoire peut-il devenir un nouveau pôle de tensions entre la Russie de Vladimir Poutine et l’Occident ?
La réponse est oui. Il faut d’abord rappeler ce que représente la Transnistrie. C’est un territoire de 200 kilomètres de long sur environ 20 kilomètres de large, une bande de terre qui appartient officiellement à la Moldavie. Sauf que, en 1990, juste avant l’effondrement de l’URSS, la Transnistrie, qui est majoritairement russophone, a rompu avec la Moldavie.
Une menace pour l'Ukraine ?Il y a eu un conflit armé, qui s’est achevé en juillet 1992, avec cette situation de facto : la Transnistrie s’est autoproclamée indépendante et n'est pas reconnue par la Moldavie et la communauté internationale. À l’époque, l’armée russe est intervenue pour soutenir les combattants de Transnistrie. Et élément important, elle y a laissé des troupes. Moscou, aujourd’hui encore, dispose d’environ 1 500 à 2 000 militaires en Transnistrie.
Le territoire de 4 000 km2 environ, qui compte environ 450 000 habitants, est donc resté dans l’orbite de Moscou. Et cette situation est devenue encore plus stratégique depuis février 2022. Alors quel pourrait être l’impact d’une plus grande implication de Moscou ? Il serait important. Depuis l'invasion russe de l'Ukraine, il y a régulièrement des inquiétudes sur l'ouverture d'un nouveau front à partir de la Transnistrie en direction du grand port ukrainien d'Odessa, sur la mer Noire.
À lire aussiÀ la Une: la Transnistrie demande sa «protection» à la Russie
Moscou est également accusée de chercher à déstabiliser la Moldavie, dirigée par des autorités résolument pro-européennes. L'Union européenne lui a d'ailleurs accordé en juin 2022 le statut de candidat à l'entrée dans l'Union, en même temps qu'à l'Ukraine.
De leur côté, les autorités prorusses de Transnistrie accusent Kiev de vouloir attaquer le territoire qu'elles administrent, ou comme cette semaine, de pressions économiques insupportables de la part du gouvernement moldave donc des règles douanières demandant aux entreprises du territoire de verser les droits d’importation au budget moldave.
La Russie silencieuseDonc, les députés de Transnistrie appellent la Russie à l’aide. Ils demandent à la Russie de prendre des mesures pour les protéger de ce qu’ils appellent une pression croissante de la Moldavie. Pas de réponse officielle pour l’instant à Moscou. Vladimir Poutine n’en a pas parlé dans son discours fleuve cette semaine. Mais la menace pour la Moldavie et pour l’ouest de l’Ukraine, en particulier la région d’Odessa, reste bien réelle, comme une épée de Damoclès.
C’est pourquoi les États-Unis et l’Union européenne expriment ouvertement leurs craintes et préviennent qu’ils ne laisseront pas Vladimir Poutine déstabiliser la Moldavie en instrumentalisant la Transnistrie. Il faudra voir dans les prochaines semaines si ce dernier en tient compte – ou pas.
À écouter aussiLes ambitions européennes de la Moldavie à l'épreuve de la Transnistrie
Deux ans après le déclenchement de l'invasion russe en Ukraine lancé par Vladimir Poutine, quels sont les principaux changements géopolitiques engendrés par cette guerre ?
Il y a plusieurs changements, tant on peut désormais dire qu'il y a un avant et un après 24 février 2022. Le plus frappant, bien sûr, c'est la rupture totale entre la Russie de Vladimir Poutine et les pays occidentaux. Assez logique en somme, puisque au fond l'argument justifiant l'intervention russe en Ukraine est précisément le rapprochement trop fort entre ce pays et l'Occident au détriment des intérêts russes. Résultat : Kiev fait aujourd’hui partie du camp occidental aujourd'hui, même s'il n'en fait pas partie intégrante au sens propre du terme. En effet, l'adhésion de Kiev à l'Otan est toujours en suspens, et pour l'Union européenne, on en est aux prémices d'une candidature, même si le pas que voulait éviter la Russie a été franchie. En ce sens d’ailleurs, on peut parler d'échec stratégique pour Moscou.
D'autant que le conflit a eu un effet contraire à celui attendu par le Kremlin – du moins dans un premier temps : un resserrement du camp occidental, une aide militaire et des financements importants pour l'Ukraine. Qui se révèlent aujourd'hui insuffisants malgré tout. Alors que deux ans après le début de la guerre, les opinions et la classe politique s'interrogent plus ou moins selon les pays sur la nécessité de poursuivre ce soutien à Kiev.
Une fracture qui continue de se creuser entre Occident et RussieCe renforcement des liens occidentaux s'est accompagné, d’un autre changement notable qui était en germe, mais qui a été accéléré par le conflit, d'un relatif isolement de l’Occident sur la scène internationale. En clair, les pays du Sud et les grands émergents, Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, ont oscillé selon les cas entre une prudente neutralité et un soutien plus ou moins explicite à la Russie. Attention toutefois : l’attitude de certains États et dirigeants relève aussi de la posture. Quand il s’agit concrètement de voter à l’ONU sur le conflit actuel, une large majorité de pays a choisi de condamner l’action de Moscou.
Alors que le conflit entre dans sa troisième année, ces changements géopolitiques majeurs creusent donc la fracture entre la Russie et l’Occident. Avec, au milieu, une Ukraine qui compte plus que jamais sur le soutien des Américains et des Européens pour résister à la pression russe et, plus tard peut-être, repousser cette agression insensée et sans réel fondement. Ce soutien est donc décisif.
Les Américains hésitent en ce moment à débloquer une aide cruciale pour Kiev pour des raisons de basse politique. Ceux qui bloquent, les républicains trumpistes qui ont tort. Quant aux Européens, ils doivent poursuivre et accentuer leur effort de soutien. Faute de quoi, les prochains mois s’annoncent très difficiles pour l’Ukraine. C’est l’aide occidentale qui a permis à Kiev de tenir deux ans et à l’armée russe d’échouer sur son objectif initial, qui était d’envahir l’Ukraine entière.
Le moment est décisif. Européens et Américains ont une responsabilité historique face à l’hubris de Vladimir Poutine, dans ce combat qui est aussi un combat de valeurs démocratiques et autoritaires. Un choc de volonté. Il faut tenir bon. Pour l’Ukraine. Pour l’Europe. Pour la démocratie. Pour notre liberté.
À lire aussiAprès la mort de Navalny, les États-Unis dévoilent un arsenal de nouvelles sanctions contre la Russie
Cette semaine, zoom sur le vote qui s’est déroulé ce jeudi 15 février à Athènes. L’Assemblée nationale a adopté à une large majorité, mais après des débats houleux, le droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels. Et la question de cette chronique est la suivante : avec ce vote, la Grèce est-elle en train d’opérer une petite révolution sociétale ?
La Grèce est un pays méditerranéen, membre de l’Union européenne, mère historique de la démocratie. Mais la Grèce contemporaine est aussi un pays où le modèle de société, notamment en ce qui concerne la famille, reste assez traditionnel, avec une Église orthodoxe encore très puissante, et il n’y a pas d’ailleurs de véritable séparation entre l’église et le pouvoir politique.
Certes, il y avait eu en 2015 une première avancée avec la possibilité d’une union civile entre personnes de même sexe. Mais le mariage, et à fortiori le droit à l’adoption et la reconnaissance de droits homoparentaux, c’était une autre histoire.
Un projet de loi porté par un Premier ministre de droiteEt le paradoxe, c’est que c’est un Premier ministre conservateur, Kyriakos Mitsotakis, qui a porté ce texte. Il l’a fait en partie pour ancrer un peu plus la Grèce dans le camp des pays les plus progressistes en termes de valeurs européennes au sein de l’Union. À un moment où le Parlement européen vient de s’alarmer « des menaces très graves qui pèsent sur la démocratie, l'État de droit et les droits fondamentaux en Grèce », en particulier la liberté de la presse.
C’est donc un Premier ministre de droite qui fait adopter un texte progressiste avec les voix de la gauche, un peu comme cela s’était produit en France avec la loi Veil sur l’avortement. C’est notamment le parti Syriza qui a permis l’adoption du texte, une formation dont l’actuel dirigeant est le premier politique grec ouvertement homosexuel.
À lire aussiLe Vatican se justifie pour les bénédictions de couples homosexuels
Les débats ont été longs, houleux et passionnés entre les opposants et les partisans de cette « loi pour l’égalité civile », y compris au sein même du parti de Monsieur Mitsotakis, Nouvelle démocratie. Une partie des députés a même refusé de voter.
Premier pays chrétien orthodoxeAu final, le texte a été largement adopté par le Parlement monocaméral, la « Vouli ». L’opposition acharnée de l’Église orthodoxe, dont se réclament plus de 90 % des Grecs, n’aura rien pu empêcher. Et au-delà de ce texte, c’est aussi une forme d’émancipation laïque du pays qui se manifeste.
En tout cas, une décision courageuse pour le Premier ministre grec, qui songe aussi à en tirer profit sur le plan européen, pour l’image de son pays à l’étranger, et pour la sienne sans doute, au cas où il penserait à des fonctions européennes à l’avenir.
Pour toutes les personnes concernées, c’est bien sûr un moment historique. Désormais, elles ont non seulement les mêmes obligations, mais aussi les mêmes droits que les autres citoyens. Et la Grèce devient le 17ᵉ pays de l’Union européenne à autoriser le mariage pour les couples de même sexe, le 37ᵉ dans le monde, et, plus symboliquement, le 1ᵉʳ pays chrétien orthodoxe.
À lire aussiGrèce: adoption au Parlement du droit au mariage pour les homosexuels
Le président américain, âgé de 81 ans, est actuellement en campagne pour sa réélection. Il a multiplié ces derniers jours les faux-pas en confondant plusieurs dirigeants étrangers, vivants ou même morts. Chez les démocrates, doit-on s'inquiéter de l'âge du capitaine Biden ?
La réponse est oui. Cette inquiétude d'ailleurs est déjà perceptible chez les sympathisants démocrates. Il y a l'âge et surtout les manifestations de l'âge. Le problème, qui s'accentue dangereusement depuis quelques mois, c'est que Joe Biden semble avoir une mémoire qui flanche de plus en plus. Une élocution parfois difficile, et surtout ce phénomène remarqué ces derniers jours : le président américain se souvient de certains événements, mais confond les intervenants de manière troublante, comme s'il était resté figé entre les années 1980 et 2000. C'est ainsi que, évoquant le sommet du G7 dans les Cornouailles en juin 2021, il se souvient d'une conversation avec… François Mitterrand, décédé en 1996... au lieu, bien sûr, d'Emmanuel Macron.
Il remet ça quelques jours plus tard, toujours à propos de ce sommet qui l'a marqué, dit-il, car les dirigeants européens exprimaient leurs inquiétudes sur l'état de la démocratie américaine après le mandat de Donald Trump. Il parle cette fois d'une conversation qu'il a eue avec le chancelier allemand Helmut Kohl, mort en 2017, en lieu en place d'Angela Merkel, bien présente, elle, au sommet du G7.
À lire aussiÀ la Une: la mémoire défaillante de Joe Biden
Joe Biden, un « homme âgé, sympathique, mais qui a une mauvaise mémoire »Et les choses ne se sont pas arrangé en cette fin de semaine… Mis hors de cause dans une affaire de documents confidentiels conservés par lui, Joe Biden se trouve confronté à la publication du rapport du procureur, qui certes le met hors de cause, mais rend aussi publics ses commentaires sur cet « homme âgé, sympathique, mais qui a une mauvaise mémoire », et souligne que, notamment, il n’a pas pu se souvenir de la mort de son fils aîné Beau.
Fureur de Joe Biden, qui convoque la presse pour dire que oui, il est âgé, mais que non, il n’a pas problèmes de mémoire. Avant de répondre à une question sur la situation à Gaza, et là, patatras : il parle du président du Mexique, Al Sissi, qui en fait dirige l’Égypte. L’effet est désastreux et fait les délices du camp trumpiste.
À lire aussiDocuments confidentiels: aucune charge contre Joe Biden en raison de sa «mauvaise mémoire»
Trop tard pour remplacer Joe BidenDans le camp démocrate, la situation devient sérieuse. Trois Américains sur quatre estiment que Joe Biden n’est pas en mesure d’effectuer un second mandat à la tête du pays, quand ils ne sont que 60 % à penser que les ennuis judiciaires de Donald Trump sont un problème pour sa candidature.
L’état-major démocrate se trouve face à la quadrature du cercle : il est trop tard pour remplacer Joe Biden, et par qui d’ailleurs ? En même temps, il faut tenir la longueur avec un candidat dont le bilan est plutôt bon, mais dont la fatigue, les gaffes et les trous de mémoire deviennent un sujet de campagne.
Trouver la meilleure parade possible, c’est donc désormais la priorité. Car, si rien n’est fait, Joe Biden pourrait devenir le meilleur et le pire des candidats face à Donald Trump.
Que pourrait-il se passer et qui est déjà en train de s’esquisser dans la perspective du « Jour d’après », dans la bande de Gaza où les combats continuent entre l’armée israélienne et le Hamas ? Et au-delà d’une éventuelle trêve, actuellement en négociation, y a-t-il des pistes sur l’après-conflit, notamment en termes de projets et de personnalités des deux côtés ?
Il y a sur la table plusieurs options pour l’avenir de la bande de Gaza, en termes de gouvernance notamment. Car, une fois le conflit terminé et le Hamas « éradiqué », selon la terminologie israélienne, que va-t-il advenir du statut de l’enclave et des plus de 2 millions de personnes qui y vivent ? Une réoccupation par Israël semble exclue, même si l’armée israélienne aurait la possibilité à tout moment de réinvestir le territoire en cas de nécessité sécuritaire.
L’enclave pourrait être placée sous contrôle international de l’ONU pendant une certaine période, ou sous la responsabilité de pays arabes de la région. Ces deux options sont étudiées, ainsi qu’une gestion de l’enclave par une Autorité palestinienne rénovée, selon le qualificatif de l’administration Biden.
De part et d’autre, on reparle de personnalités qui pourraient permettre de relancer le dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Côté israélien, c’est Benny Gantz qui a de plus en plus la cote dans les sondages d’opinion. L’ancien chef d’état-major et ministre de la Défense a finalement accepté de rejoindre le cabinet de guerre de Benyamin Netanyahu. Et il fait de l’ombre à ce dernier, de plus en plus critiqué dans la société israélienne pour sa gestion de la crise. L’après-Netanyahu, ce pourrait donc être lui lors des prochaines élections.
À lire aussiGouvernement Netanyahu: comment l'extrême droite israélienne arrive à imposer son agenda
Côté palestinien, on reparle beaucoup de Mohammed Dahlan, l’ancien homme fort du Fatah à Gaza,qui a lutté férocement contre le Hamas dans les années 2000. Très critique de Mahmoud Abbas qui le lui rend bien, il est aujourd’hui réfugié aux Émirats arabes unis. C’est un homme d'affaires richissime, proche du dirigeant émiratien « MBZ » Mohammed Ben Zayed, qui le décrit comme un frère. Après un long silence ces dernières semaines, Mohammed Dahlan a accordé une interview au site web français Politique internationale. Il y préconise un gouvernement de technocrates à la fin du conflit pour une période de deux ans. Puis des élections dans tous les territoires palestiniens pour choisir un successeur au vieux et très impopulaire Mahmoud Abbas.
Est-ce que ce serait lui ? Non, dit-il, tout en précisant qu’il est prêt à œuvrer pour sa patrie. Mohammed Dahlan, pourrait donc être l’artisan de la rénovation de l’Autorité palestinienne voulue par Washington. Mais rien n’est fait pour l’instant. Et puis il y a aussi une autre figure palestinienne très populaire, actuellement emprisonnée par Israël, Marwan Barghouti.
En tout cas, de part et d’autre, on sent que les lignes commencent à bouger un peu. Et c’est un début de bonne nouvelle.
Près de trois ans jour pour jour après le coup d’État en Birmanie qui a renversé un gouvernement élu et mis brutalement fin à une parenthèse démocratique de dix ans, le pouvoir birman montre les premiers signes de faiblesse sur fond de vastes offensives rebelles. Peut-on déjà parler d’un tournant ?
Si l’on en croit la rumeur, seul indicateur de l’opinion dans un pays sans presse libre et fermé au monde extérieur depuis trois ans, les jours au pouvoir du général putschiste Min Aung Hlaing seraient comptés. Une manifestation de centaines de soldats mécontents dans les rues de plusieurs villes du nord birman la semaine dernière a même laissé se murmurer qu’un contre-coup d’État était en cours.
Chose impensable il y a encore quelques mois dans une Birmanie tenue d’une main de fer et repris par ses vieux démons dictatoriaux, le pouvoir militaire est entré dans une profonde zone de turbulences opérationnelles et structurelles depuis le déclenchement d’une série d’audacieuses offensives rebelles aux quatre coins de cet immense pays d’Asie du Sud-Est. L’opération « 1027 » de la résistance armée, lancée en novembre dernier, a déjà provoqué la chute de 35 villes, dont certaines proches de Naypidaw, la capitale, sans compter les centaines de bases abandonnées par une troupe en retraite et, du jamais vu dans l’histoire de la Tatmadaw, l’armée birmane, la reddition de milliers de soldats et de dizaines d’officiers supérieurs dont certains n’ont eu d’autres choix que de fuir en franchissant illégalement et piteusement les frontières indienne et chinoise.
Si le vent semble progressivement tourner en faveur de la résistance armée, c’est d’abord grâce à une audace politique : celle du gouvernement de l’ombre constitué après le putsch et composé de parlementaires ou d’activistes entrés en clandestinité. Ainsi, pour la première fois depuis l’indépendance en 1948, les Birmans, issus d’une gigantesque mosaïque ethnique et sociale, ont décidé de parier sur l’unité et d’en faire une force contre la dictature.
Depuis novembre 2023, c’est en effet une alliance inédite de rebelles ethniques et de militants de la Force de défense populaire, étudiants, ouvriers, femmes et hommes, qui a conjointement mis en branle des attaques tous azimuts. Du lointain État d’Arakan dans l’Ouest frontalier du Bangladesh, à l’Extrême Nord des États Shan et Kachin qui bordent le Yunan chinois, en passant par les bastions karens et karennis le long des quelque 2 000 kilomètres qui séparent l’est birman de la Thaïlande, les insurgés ont frappé fort, déstabilisant les forces gouvernementales, provoquant désertion en masse comme le ralliement de plusieurs milices pro-junte. Jusqu’à politiquement fragiliser le chef suprême du pouvoir militaire…
Si la junte birmane a traditionnellement pu compter sur des appuis de taille, à Pékin et Moscou notamment, tant au Conseil de sécurité des Nations unies pour bloquer des votes de sanctions que pour, aussi, renforcer son arsenal – les avions de combats chinois et les hélicoptères russes sont l’un des derniers grands atouts des militaires birmans sur le terrain face aux rebelles – une page, là aussi, est en train de se tourner sur la frontière nord. Les récents bombardements qui ont débordé du côté chinois et ont touché des villes frontalières ont provoqué la colère de Pékin qui a toujours cultivé une ambiguïté diplomatique en soutenant le pouvoir birman, mais en commerçant aussi avec des rebelles exportateurs de précieuses ressources naturelles.
L’ancien président Donald Trump part largement favori, pour l’instant, dans le cadre des primaires républicaines lancée depuis le 8 janvier. Quelles seraient les conséquences internationales d'une élection de Donald Trump à la Maison Blanche en novembre prochain ?
On peut parler de conséquences importantes. Car par rapport à son premier mandat qui déjà avait fait turbuler le système international, les choses pourraient être encore plus déstabilisantes en cas de deuxième mandat de Donald Trump.
Entre 2016 et 2020, ce dernier avait déjà posé des mesures disruptives comme ses foucades contre l’Otan, sa proximité avec la Russie de Vladimir Poutine, ses mesures protectionnistes contre la Chine et l’Union européenne ou encore sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État hébreu.
Alors à quoi s’attendre si Donald Trump l’emporte à la prochaine présidentielle ? Les mêmes thèmes seront mis en avant, mais en pire si l’on peut dire. Autour des slogans « MAGA » (« Make America Great Again ») et America first, l'Amérique d'abord, Trump va de nouveau dire tout le mal qu'il pense des organisations de coopération multilatérales telles que le G7, le G20 ou l'Otan. Au-delà de déclarations intempestives ou d'actions inattendues, on peut s'attendre à des sommets pénibles ou vains.
À lire aussiÀ la Une: le match Biden-Trump a déjà commencé
Quid de l'OtanOn s'interroge surtout sur le sort de l'Otan, voué aux gémonies entre 2017 et 2021, Trump estimant que ce n'était pas le rôle des États-Unis de payer autant pour assurer la sécurité de ses alliés européens. Que pourrait-il faire cette fois-ci ? Par précaution, deux sénateurs américains ont d'ailleurs fait adopter un amendement législatif empêchant un président de procéder au retrait unilatéral des États-Unis de l'organisation. Il vaut mieux prévenir que guérir.
La question est encore plus préoccupante en pleine guerre d'Ukraine. Trump, même s'il doit rester dans l'Otan, pourrait décider de stopper l'aide militaire et financière à Kiev, une catastrophe pour l'Ukraine et les Européens, et une aubaine pour Vladimir Poutine.
À lire aussiPrésidentielle 2024 aux États-Unis: Trump se dit sûr de gagner... pour la «troisième fois»
Les inquiétudes économiques et politiques des EuropéensLes Européens ont d'autres motifs d'inquiétude avec un Trump de nouveau à la Maison Blanche. Des inquiétudes économiques tout d'abord. Avec une crispation quasi certaine des relations commerciales. Et inquiétude politique, avec un encouragement pour les partis ou mouvements populistes en Europe et leurs critiques acérées du fonctionnement actuel des démocraties. Critiques qui se verraient encouragées par une administration Trump.
Enfin, un retour de Donald Trump aurait aussi un impact en Asie et au Proche-Orient. En effet, les Chinois redoutent à la fois un durcissement des relations économiques bilatérales et une attitude de totale protection de Taïwan. Enfin, au Proche-Orient, Benyamin Netanyahu doit rêver secrètement de la victoire de Trump, allié indéfectible d'Israël et pas du tout enclin à encourager la solution à deux États.
Pour toutes ces raisons, une éventuelle victoire de Trump aux États-Unis représenterait l'un des plus grands défis géopolitiques pour le monde en 2024.
Retour sur la tournée qu’effectue actuellement le secrétaire d’État américain Antony Blinken au Proche-Orient, la quatrième depuis les attaques meurtrières du Hamas en Israël le 7 octobre dernier. Peut-on dire que cette tournée est à la fois nécessaire et risquée ?
Cette visite est nécessaire, car les États-Unis veulent continuer à jouer un rôle de premier plan dans la région. Ils sont soucieux de maintenir leur soutien à Israël, mais aussi d’entendre les frustrations – et le mot est faible – des dirigeants arabes et turcs sur ce qu’il se passe depuis trois mois dans la bande de Gaza.
Le secrétaire d’État tentera de faire passer le message suivant : les États-Unis sont certes un soutien indéfectible de l’État d’Israël, surtout lorsque sa sécurité existentielle est mise en danger, et c’est pourquoi ils soutiennent le refus de Tel Aviv d’instaurer un cessez-le-feu dans l’enclave palestinienne, mais ils entendent aussi œuvrer, à la faveur de cette crise extrême, au retour sur le devant de la scène internationale de la solution à deux états.
À écouter aussiIsraël-Hamas, quelle influence pour les États-Unis ?
Et c’est là que les choses se compliquent, car pour le gouvernement israélien actuel, cette perspective n’est pas du tout à l’ordre du jour.Pour Netanyahu, seule domine la volonté d’éradiquer le Hamas. Mais c’est beaucoup plus dur que prévu. Et le Premier ministre a donc prévenu : ce conflit va durer. Non seulement parce qu’il lui permet de rester au pouvoir, mais aussi peut-être parce que, s’il n’est pas terminé au moment de l’élection présidentielle aux États-Unis, et si Donald Trump l’emporte, ce sera une très bonne affaire pour Benyamin Netanyahu, beaucoup plus en phase avec Trump. Cela fait beaucoup de « si » néanmoins.
Dans l’immédiat, la destruction du Hamas est là encore un objectif partagé par Washington, mais les deux alliés divergent de plus en plus sur la façon d’y parvenir. Les Américains, qui restent l’indispensable soutien financier et militaire à la poursuite de l’offensive de Tsahal, demandent des efforts, notamment un arrêt des bombardements massifs sur les populations civiles au profit d’opérations plus ciblées, et un acheminement massif et immédiat de l’aide humanitaire dans le sud de la bande de Gaza.
Le problème, c’est que ces demandes à Israël restent sans réelle réponse pour l’instant.Autant dire que pour l’administration Biden, la gestion de cette crise par le gouvernement de Tel Aviv est source de bien des complications. En interne, où les jeunes générations démocrates dénoncent ce soutien jugé excessif à Israël. Et pourraient donc rester à la maison le jour de la présidentielle, en novembre prochain. Et en externe, où les gouvernements des pays arabes accusent Washington de parti pris délibéré en faveur de Tel Aviv et croient très mollement à une action de médiation américaine. C’est bien pour cela que cette tournée de Monsieur Blinken, si elle est nécessaire, est également à haut risque.
Cette semaine, le monde en questions revient sur les déboires judiciaires divers et variés de Donald Trump, qui concernent aussi bien des accusations de manipulation électorale que fiscales. Donald Trump court-il le risque de ne pas pouvoir se présenter à l’élection présidentielle de novembre prochain aux États-Unis ?
Le risque est réel, mais rien n’est joué, car Donald Trump et ses avocats ont bien l’intention de se battre sur tous les fronts. Désormais, on compte cinq dossiers judiciaires contre l’ancien président. Il y a d’abord une enquête pénale au niveau fédéral pour son rôle dans l’assaut du Capitole en janvier 2021. Ensuite, une enquête au niveau de l'État de Géorgie, en fait une tentative pour inverser de manière frauduleuse le résultat de l’élection dans cet État. À cela s'ajoute l’enquête sur le recel d’archives classifiées du gouvernement emmenées par Trump dans sa villa de Mar-A-Lago en Floride.
Viennent ensuite deux accusations fiscales, la première sur des paiements secrets pendant la campagne de 2016, notamment pour faire taire l'actrice Stormy Daniels en échange de la somme juteuse de 130 000 dollars. La seconde accuse Trump et des membres de sa famille d'avoir gonflé frauduleusement les actifs de la Trump Organization pour obtenir des prêts avantageux. Sur ce dossier, la fraude a été établie, le procès est terminé et un juge doit se prononcer sur la peine encourue par l’ex-président dans un mois environ.
Nouvel épisode dans le dossier de l'assaut du CapitoleAprès l’État du Colorado, le Maine vient de décider en la personne de Shenna Bellows, sa secrétaire démocrate, que Donald Trump n’est plus apte à la fonction de président. Dans ces deux États, l’argument invoqué pour le disqualifier des élections primaires est que son attitude lors de l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021, s’apparente à des actes d’insurrection, ce qui est interdit selon le 14e amendement de la Constitution à toute personne briguant un mandat public. Dans l’immédiat, cela signifie que Trump ne pourrait pas se présenter aux primaires dans ces deux États, sauf en cas d’injonction contraire de la Cour suprême fédérale vers laquelle se sont tournés ses avocats.
L'issue de ces déboires judiciaires va donc se jouer en grande partie sur le timing et les décisions de la Cour Suprême. Donald Trump compte sur le talent de ses avocats pour retarder la tenue de ses procès, actuellement prévus entre mars et mai 2024, en pleine campagne des primaires. Il y a donc un grand risque de parasitage entre les calendriers politiques et juridiques.
L’idée est, bien évidemment, de décaler ces rendez-vous judiciaires après le scrutin de novembre. Côté stratégique, les décisions de la Cour suprême vont en effet décréter si Donald Trump peut ou non se présenter à l’élection présidentielle. Il convient de rappeler que la plus haute instance juridique des États-Unis est dominée par les juges conservateurs, notamment en raison des trois nominations de Donald Trump durant son mandat.
Qui l’emportera de la proximité partisane ou de l’examen plus impartial du droit ? C’est une des questions importantes pour ce scrutin qui en 2024 aura un impact essentiel, pour les États-Unis, mais aussi pour le reste du monde.
À lire aussiÉtats-Unis : Donald Trump bientôt inéligibles dans d'autres États ?
From the publisher's feed
Le monde en questions, une chronique hebdomadaire qui met en valeur, en contexte et en perspective un fait marquant de l’actualité internationale. Elle sera assurée par Bruno Daroux.

4 Listeners

0 Listeners

13 Listeners

0 Listeners

25 Listeners

3 Listeners

2 Listeners

0 Listeners

20 Listeners

0 Listeners

2 Listeners

4 Listeners

1 Listeners

4 Listeners

0 Listeners

1 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners