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Or


Les cérémonies qui viennent de marquer le 80e anniversaire du Débarquement allié en Normandie étaient-elles plus politiques que d’habitude ?
La réponse est oui. Certes, la mémoire des dizaines de milliers de combattants qui ont participé au Débarquement a été largement honorée. La détermination des nations démocratiques, États-Unis et Royaume-Uni en tête, aussi.
Mais, dans les discours des présidents français et américains, les tensions géopolitiques actuelles étaient bien présentes. C’est Joe Biden qui parle du combat de la liberté contre la tyrannie, de l’invasion de l’Ukraine par un tyran, du rôle prééminent de l’Otan, « plus unie que jamais pour défendre la paix et la liberté dans le monde », Emmanuel Macron qui évoque le combat juste contre les idéologies mortifères.
Des symboles forts pour marquer la situation géopolitiqueL’un des symboles de cette cérémonie du souvenir rattrapée par les tourments du présent, c’était d’abord l’absence de toute délégation russe, contrairement à ce qu’il s’était passé en 2014, où Vladimir Poutine avait été invité alors même qu’il venait d’annexer la Crimée.
Et en contrepoint, l’invitation en Normandie du président ukrainien Volodymyr Zelensky, très applaudi. Le rôle de l’Armée Rouge sur le front est pour battre le nazisme en 1944 a néanmoins été évoqué par le chef de l’État français. Comme pour rendre hommage au peuple russe, et non à ses dirigeants, Staline hier, et Poutine aujourd’hui.
Une réunion du camp occidental ?En effet, avec la certitude que la paix et la liberté ne sont jamais acquises, qu’il faut parfois se battre pour les préserver. Joe Biden a été très clair. Montrant les croix blanches du cimetière de Colville, il a lancé : « La paix n’est pas gratuite ». Une façon pour lui de souligner que la mobilisation en faveur de l’Ukraine ne doit pas faiblir. Et Biden a ensuite estimé que « l’isolationnisme n’est pas la solution », façon de critiquer le camp républicain et en particulier son adversaire à l’élection présidentielle Donald Trump.
Quatre-vingts ans après le Débarquement, l’Europe est de nouveau confrontée à la guerre. Et à un combat qui oppose une nouvelle fois un pays dictatorial à des nations certes imparfaites, mais décidées à défendre leur liberté et leur modèle démocratique. Comme si, malheureusement, les leçons de l’Histoire, peu à peu s’effacent.
Le président chinois Xi Jinping et son homologue russe Vladimir Poutine en visite chez son hôte chinois viennent de signer ce jeudi une déclaration scellant l'approfondissement du partenariat stratégique entre leur deux pays. Cette visite de Poutine en Chine est-elle aussi un message aux Occidentaux et à ce qu’on appelle le sud global ?
Et bien la réponse est oui. Certes l’aspect bilatéral de cette visite est très important. Elle symbolise l’importance de ce lien ancien et parfois complexe entre Pékin et Moscou. Longtemps, c'était la Russie ou plus exactement l’URSS qui tenait le rôle-titre dans cette association duale. La situation s’est inversée.
Aujourd’hui c’est Pékin qui domine cette relation. Sa puissance économique et diplomatique est sans commune mesure avec celle de la Russie. Mais en même temps, la Chine apprécie d’avoir pour allié un pays qui reste important et surtout qui a adopté un régime politique similaire à celui de l’Empire du milieu - un régime autoritaire, voire dictatorial, qui veut s’ériger en contre-modèle du système des démocraties libérales occidentales.
Un message à l'OccidentC’est un message très clair envoyé à l’Occident. Il proclame que, contrairement à ce qui a longtemps été dit, le développement économique ne débouche pas forcément sur une libéralisation politique. Qu’une économie peut prospérer sans pour autant tomber dans les travers des démocraties - selon les dirigeants russes et chinois : changements trop fréquents de gouvernements, individualisme forcené, et abandon des traditions qui selon eux tiennent une société, le respect, l’obéissance et l’observation des bonnes mœurs, loin de ce qui est décrit comme la décadence occidentale.
Ce qui n’est pas dit bien sûr, c’est que ce discours convient parfaitement à des élites élues dans des conditions plus que douteuses et qui voient dans l’attachement à ce système le moyen de se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir.
S'adresser au Sud global.Xi Jinping et Vladimir Poutine veulent montrer à ces pays qu’il existe une autre alliance que celle des États-Unis et de l’Europe. Une alliance qui porte un rejet du modèle occidental, accusé de vouloir dominer le monde et lui imposer ses valeurs plus que discutables selon eux. Ce message est bien reçu dans de nombreux pays du Sud global - notion discutable, mais qui trouve précisément une de ses justifications dans cette rhétorique anti-occidentale.
Soit qu’il s’agisse de grands pays émergents qui veulent jouer un rôle autonome sur la scène internationale, comme le Brésil, l’Inde ou l’Afrique du Sud. Soit de pays moins importants, mais qui veulent sortir du modèle postcolonial auquel ils estiment être encore trop assujettis. C’est le cas en particulier en Afrique.
En ce sens, cette visite de Vladimir Poutine en Chine consacre aussi une nouvelle forme de guerre froide avec le monde occidental, mais plus protéiforme et moins binaire que la précédente.
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Le « Jour de la victoire » a été célébrée jeudi 9 mai à Moscou. Une cérémonie qui a permis à Vladimir Poutine de réitérer sa vision de l’Histoire. En quoi cette journée de la victoire est-elle un outil de propagande pour Vladimir Poutine ?
Cette cérémonie est une des occasions qui permettent au président russe de pousser son narratif sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de réécrire l’Histoire pour ce qui concerne 1945 et aussi le présent. Sur la victoire de la Russie en 1945, Vladimir Poutine est en fait sur la même ligne que son prédécesseur Staline. Ce dernier estimait, à juste titre, que son pays avait payé le tribut le plus lourd à la victoire. Pour rappel, 27 millions de Soviétiques sont morts dans leur lutte contre Hitler. Aucun autre pays n’a connu autant de victimes.
Mais surtout, et là on peut dire que Vladimir Poutine est le digne héritier de Staline, il affirme que l’Armée rouge a vaincu seule les troupes nazies. Les Russes certes ont été les premiers à atteindre Berlin, mais le rôle joué par les Alliés, en particulier les Américains, a été également déterminant dans la chute du IIIe Reich.
L’Histoire comme outil de propagandeJeudi 9 mai, il a rappelé les efforts et les sacrifices consentis par la population et l’armée russes en 1945. C’est pourquoi il parle de cette cérémonie du 9-Mai comme la fête la plus importante, la plus sacrée. Nos pères et nos grands-pères ont libéré l’Europe, martèle-t-il. Mais, sans qu’on sache vraiment s’il y croit lui-même ou pas, « il y a aujourd’hui une vérité erronée sur la Seconde Guerre mondiale. On veut faire oublier notre rôle ».
Surtout, il instrumentalise l’Histoire pour expliquer que le combat mené à l’époque par la Russie Soviétique contre le nazisme est toujours d’actualité. Car l’ennemi qualifié de nazi aujourd’hui, et bien c’est le régime ukrainien. Ce qui lui permet de justifier en partie l’intervention militaire contre son voisin, l’autre élément d’explication étant que l’Ukraine est une création artificielle datant de 1991 et qu’il n’y a pas de nation ukrainienne – l’Ukraine est historiquement selon lui une partie de la Russie, qu’il s’agit donc légitimement de récupérer. Là encore, une réécriture de l’Histoire.
Des avancées indéniables de l’armée russe en Ukraine ces dernières semainesEn ce 9 mai 2024, la Russie est en meilleure posture en Ukraine et Vladimir Poutine reste menaçant. Pour preuve, l’offensive terrestre lancée, vendredi, par la Russie, dans la région de Kharkiv, dans le nord-est de l’Ukraine. Une attaque que l’Ukraine redoutait depuis des semaines car en fait, les choses sont fragiles. Certes, à la différence de l’an dernier, où la Russie était sur la défensive en Ukraine, les choses se présentent mieux cette année. C’est l’armée russe qui est à la manœuvre face à une armée ukrainienne qui, faute d’armements suffisants, se retrouve en position délicate. Pas de grande percée mais des avancées indéniables russes ces dernières semaines.
Pourtant, le président russe, qui vient de rempiler jusqu’en 2030, ne paraît pas serein. Il s’en prend à ces « élites occidentales revanchardes qui créent des clivages ». Et il prévient : personne ne nous menacera. Renversement là encore d’une situation où c’est la Russie qui menace et annonce des essais nucléaires tactiques. Poutine promet la victoire à son peuple sur un mode agressif. Preuve, en creux, que rien n’est gagné.
En Géorgie, des milliers de personnes manifestent depuis presque trois semaines pour empêcher l’adoption d’une loi sur le financement des organisations non gouvernementales et des médias. Pourquoi cette loi provoque-t-elle une aussi grande opposition ?
Pour les dizaines de milliers de personnes qui manifestent chaque jour devant le Parlement, cette « loi sur l'influence étrangère » est en fait un moyen déguisé utilisé par le parti au pouvoir, Rêve géorgien, pour brider la liberté d'expression, les ONG et les partis d'opposition dans le pays, à quelques mois d'élections législatives qui s'annoncent périlleuses pour l'actuelle majorité. Plus grave, cette loi est vue comme un moyen de replacer la Géorgie dans l'orbite russe. Elle est en tous points semblable à une loi adoptée en Russie en 2012 et qui a permis de faire taire peu à peu les opposants à Vladimir Poutine.
Ce projet de loi stipule que les ONG et les médias bénéficiant de plus de 20% de financements étrangers doivent s'enregistrer comme des « organisations agissant pour le compte d'une puissance étrangère ». Ce qui ensuite, dans un climat de manipulation nationaliste, peut conduire une justice pas vraiment indépendante à les interdire et donc à les réduire au silence. C'est exactement ce qui s'est passé en Russie. La menace est réelle pour l'État de droit et les libertés démocratiques, notamment la liberté d'expression et d'association.
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Bras de fer sur l'avenir de la GéorgieOn assiste donc, avec cette loi, à un véritable bras de fer sur l'avenir de la Géorgie. Au-delà de la loi elle-même, il s'agit en effet de décider si ce petit pays du Caucase, longtemps une république de l'URSS, qui a donc connu la férule soviétique, et qui a été envahi en 2007-2008 par les troupes de Moscou stationnant toujours dans deux provinces du pays passées sous contrôle russe, à savoir l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.
Le pays doit-il retourner dans la sphère d'influence russe, ou au contraire continuer à s'intégrer dans le modèle occidental et plus précisément dans l'Union européenne ? C'est le souhait d'une très grande majorité de la population, notamment chez les jeunes. Et c’est donc le cœur du problème. D’autant que la Géorgie a obtenu le statut de candidat officiel à l’adhésion à l’Union européenne, en précisant que des réformes étaient nécessaires avant de lancer toute négociation. Mais cette initiative a fortement déplu au camp pro-russe et à Moscou.
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Des soupçons d'ingérence russe, mais pas de preuvePeut-on pour autant parler d'une ingérence directe de Moscou ? Pour l’instant, il n'y a aucune preuve avérée de cela. Mais on sait que le parti au pouvoir, et surtout son président d'honneur Bidzina Ivanichvili, un milliardaire, véritable homme fort du pays, sont proches de Moscou. Surtout, les moyens employés, avec cette loi, ressemblent trop à ceux de la Russie poutinienne.
Bref, le soupçon est là. La loi a été validée en deuxième lecture au Parlement, elle doit encore faire l’objet d’une troisième lecture dans les quinze jours. D’ici là, tout peut arriver : un retrait de la loi, ou au contraire l’adoption définitive du texte et un vrai risque d’embrasement interne – et peut-être, alors, une implication de Moscou. Plus que jamais, la Géorgie reste sur le fil du rasoir.
Retour sur le discours prononcé cette semaine par le président Macron à l’université de la Sorbonne à Paris, consacré à l’avenir de l’Union européenne, sept ans après un premier discours sur le même thème et dans le même lieu. Avec ce discours de la Sorbonne, acte II, Emmanuel Macron fait-il avancer la cause de l'Union européenne ?
La réponse est affirmative, à condition que les paroles du président Français convainquent l'ensemble des 27 États membres de l'Union – ce qui est tout sauf évident – et ensuite que ces paroles se traduisent en actes. En tout cas, le chef de l'État a voulu frapper les esprits avec sa formule : « Notre Europe est mortelle ». Un cri d'alarme pour souligner que l'Union européenne est menacée par différents périls qu'il faut affronter dès maintenant si on ne veut pas en payer le prix fort, l'éclatement de l'UE.
Il est temps de faire des choix, de tracer un chemin pour les cinq à dix ans qui viennent. Il est temps de réarmer l'Europe, sur les plans politiques, diplomatiques, économiques et écologiques. Voilà la conviction du dirigeant français.
L'objectif d'une « Europe puissance »L'objectif est clair : en 2017, Emmanuel Macron appelait à une Europe souveraine. Dans ce domaine, l'Europe a progressé, sans doute plus sous l'effet de crises extérieures, le Covid, la guerre en Ukraine, la flambée des prix de l'énergie, que d'impulsions volontaristes des dirigeants européens. Bref, l'Europe a réagi, s'est adaptée, pas trop mal finalement.
Mais il faut aujourd'hui aller plus loin et bâtir, selon les termes du président, une « Europe puissance ». Non seulement autonome, mais capable par elle-même de tracer les objectifs qui servent ses intérêts. Europe puissance pour mieux affronter les autres puissances, américaine, chinoise, russe et autres, afin de se faire respecter – et de se protéger.
Cela passe, selon le président, par la fin d'une forme de naïveté dans nos politiques commerciales avec les blocs qui nous concurrencent. Américains et chinois ne respectent plus vraiment les règles de l'OMC, notamment en subventionnant massivement leurs entreprises, y compris à l'exportation ? Bien, faisons pareil en exigeant plus de clauses de réciprocité.
Cela passe aussi, selon Emmanuel Macron, par un doublement des investissements en Europe – autour de 1 000 milliards par an. Avec quel argent ? C'est une autre question.
L'objectif en tout cas est de rattraper notre retard dans le numérique, l'intelligence artificielle et dans la réindustrialisation. Tout en développant un modèle décarboné, où le renouvelable, mais aussi le nucléaire, sont clairement assumés.
Frontières et défense européenneUn autre objectif d'Emmanuel Macron : affirmer clairement nos frontières pour absorber la crise migratoire et résister à des tentations d'agression militaire. Il faut pour cela renforcer la défense européenne. Un vieux mantra du président français, qui a progressé avec la guerre en Ukraine, mais qui reste insuffisant. Problème : beaucoup de pays européens se satisfont de l'Otan, dominé par Washington. Mais pour Emmanuel Macron, il faut poursuivre ce but. Procéder déjà à des achats militaires auprès des européens, et bâtir un bouclier antimissile – concession faite à l'Allemagne réticente sur ce dossier de la défense.
Belles perspectives pour les dix ans à venir, si Paris est entendu et suivi par le reste de l'Europe. Cela dépendra en partie du résultat des élections européennes en juin – or pour l’instant, il ne s’annonce pas brillant pour la majorité présidentielle.
Le Parlement Européen a adopté le pacte migratoire, aboutissement de longs mois de négociations entre les différents groupes représentés à Bruxelles. Cette adoption marque-t-elle une avancée historique pour l’Union européenne ?
La réponse est oui, car jamais auparavant l'Union européenne n'avait réussi à adopter un ensemble de textes aussi complet sur la difficile question des migrations. Oui, mais à condition que le texte soit d'abord validé par chacun des États membres de l'Union européenne, et ensuite qu'il soit réellement appliqué, dans la vraie vie en quelque sorte, normalement à partir de 2026.
Jusqu'au dernier moment, l'incertitude a régné dans les couloirs du Parlement pour savoir si le pacte serait adopté. Il l'a donc été ce mercredi 10 avril, grâce aux voix des trois grandes formations qui dominent le Parlement aujourd'hui, à savoir Parti populaire européen (PPE), de centre-droit, Renew, la formation libérale, et Socialistes et démocrates, le parti de centre-gauche. Mais même au sein de ces organisations favorables au projet européen, les divisions ont été fortes.
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Certains trouvaient que le contrôle des flux migratoires à l'entrée du territoire européen était trop peu respectueux de la dignité humaine. D'autres que les contraintes en termes de solidarité entre États membres étaient trop fortes. Quant aux formations plus à droite ou à gauche, elles ont critiqué certaines des mesures du pacte, pour des raisons diamétralement opposées parfois.
Des critiques à gauche, mais aussi à droiteLes formations de gauche dénoncent une politique trop dure vis-à-vis des demandeurs d'asile. Dans le futur pacte, en effet, on décidera à l'arrivée des migrants ceux qui ont une chance ensuite de bénéficier du droit d'asile. Ceux dont les chances n'excéderont pas 20% seront reconduits hors d'Europe. À condition, bien sûr, que les pays d'origine de ces migrants acceptent leur retour, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Autre critique formulée à gauche : les accords qui seront passés avec des « pays tiers sûrs » pour qu'ils prennent en charge la migration chez eux – une façon, pour les opposants à cette mesure, de sous-traiter le problème de manière indigne.
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Plus à droite, on met en cause le laxisme du pacte et les contraintes imposées à tout le continent. Les formations de droite et d'extrême droite estiment que ce pacte est insuffisant. Ces partis dénoncent aussi les mesures prévues en situation de crise, comme lors de la vague migratoire de 2015. Pour soulager les pays d'entrée – Grèce, Espagne et surtout Italie, il est en effet prévu que chacun des 27 membres de l'UE leur viendra en aide, en proportion de sa richesse et de sa population. Il y a aura des installations de migrants dans toute l'Union, des relocalisations ou une aide financière conséquente aux pays d'entrée.
Ce mécanisme de solidarité forcée est contesté par ces formations, qui y voient une attaque à la souveraineté des États. En dépit de toutes ces critiques, le pacte a quand même été adopté. C'est un succès. Reste maintenant à transformer l'essai pour doter véritablement l'Europe d'une politique migratoire digne de ce nom, entre fermeté et humanisme. Ce sera de toutes façons compliqué.
Retour sur la situation plus que préoccupante en Haïti. Le pays peut-il espérer retrouver un peu de stabilité ?
La réponse est plutôt non, malheureusement. Du moins, pas à court terme. Haïti est gangréné depuis des années par la corruption, la délinquance extrême de gangs violents, l’instabilité politique, la pauvreté et les catastrophes naturelles. Une situation qui n’a cessé d’empirer ces derniers mois, avec un phénomène marquant : la montée en puissance, qui semble irrépressible, de gangs de plus en plus armés et qui ont accru leur domination territoriale. Accru et même transformé en une domination sociale, économique et même policière ou militaire.
Ce phénomène n’est pas nouveau, mais désormais, il est omniprésent, interdisant l’essentiel des quartiers de Port-au-Prince, la capitale, aux forces de l’ordre. Depuis l'époque des Duvalier père et fils, la classe politique et les milieux d'affaires ont utilisé, instrumentalisé ces groupes délinquants pour asseoir leurs intérêts politiques et économiques.
Pendant des années, la relation, perverse et cynique, était donc relativement claire. Une relation en quelque sorte employeur-employé. Mais le ver était dans le fruit, et peu à peu, la relation s'est inversée, pour en arriver à la situation ubuesque que nous observons aujourd'hui.
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Des gangs professionnalisés et qui visent la conquête du pouvoirCes gangs haïtiens se sont professionnalisés, d'un point de vue logistique, organisationnel et opérationnel. Et désormais, ils ont un objectif clairement politique. Après la démission contrainte du Premier Ministre Ariel Henry il y a trois semaines, ils veulent non seulement imposer leur agenda politique, mais même participer concrètement au pouvoir politique, voire à l'exercer tout simplement.
C'est notamment l'ambition du groupe « Viv Ansanm » (« Vivre ensemble », en créole haïtien), qui a fédéré plusieurs gangs puissants et dont le leader, Jimmy Chérizier, surnommé Barbecue, explique sans rire que ce sont eux qui pourront rétablir la sécurité et la prospérité des Haïtiens.
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Forts de ces atouts, ces gangs ont désormais un objectif qui va au-delà de la défense de leurs intérêts ; la conquête du pouvoir politique, ni plus ni moins. Et pour l’instant, les admonestations de la communauté internationale, notamment les États-Unis et la France, n’y changent rien. Ni non plus les sanctions adoptées il y a plus d’un an par l’ONU contre les leaders de ces groupes, ou en tentant d’imposer un embargo sur les ventes d’armes en Haïti.
Le pays, dont les institutions sont à terre, risque de passer en coupe réglée sous la férule impitoyable des gangs.
Presque six mois après les massacres commis par le Hamas dans le sud du pays le 7 octobre dernier, les critiques se concentrent de plus en plus sur le Premier Ministre Benyamin Netanyahu, en interne comme en externe. Avec cette intervention militaire brutale dans la bande de Gaza, est-il devenu un obstacle pour son propre pays ?
Depuis l'odieux massacre commis par le Hamas le 7 octobre dernier, la riposte militaire d'Israël sous la conduite du Premier ministre israélien ne cesse de poser question et de créer des remous non seulement sur la scène internationale, mais aussi en interne, au sein de la société civile en Israël.
Le choix d'une riposte massive pour éradiquer le Hamas, avec des bombardements intensifs des localités de l'enclave palestinienne, la décision de n'autoriser l'acheminement de l'aide humanitaire qu'au compte-goutte, le casse-tête des négociations pour obtenir la libération des otages israéliens encore retenus par le Hamas, tout cela a conduit à des critiques de plus en plus acerbes sur les modalités d'une intervention qui a déjà causé la mort de plus de 30 000 civils et placé plus de la moitié des Gazaouis dans une situation alimentaire catastrophique. Sans pour autant que l'éradication du Hamas soit achevée après plus de 5 mois d'intervention ni que ses principaux chefs, à commencer par Yahya Sinouar ou Mohamed Deïf, deux des principaux organisateurs des massacres du 7 octobre, ne soient neutralisés — ce qui est aussi un des objectifs de l'opération de Tsahal.
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Bilan plus que mitigéLe bilan, plus que mitigé, est de plus en plus critiqué à l'étranger. D’abord dans les pays arabes et chez les soutiens de l’Iran. Et aussi dans de nombreux pays de ce qu’on appelle aujourd’hui le « Sud global ». Les critiques sont aussi de plus en plus prononcées dans les pays occidentaux, et notamment aux États-Unis. On sait que les relations sont exécrables entre Benyamin Netanyahu et Joe Biden. Ce dernier n'hésite plus à critiquer ouvertement le dirigeant israélien.
Et, pour la première fois depuis le 7 octobre, les Américains se sont abstenus au Conseil de sécurité de l'ONU, permettant l'adoption d'une résolution qui demande à Israël un cessez-le-feu immédiat.
En fait, Joe Biden est pris en étau entre son soutien à Israël - pas question à ce stade de remettre en cause l'aide militaire indispensable pour Tsahal - et la prise en compte, en pleine campagne électorale, des réticences et indignations d'une partie de son électorat : les jeunes et une grande partie des américains musulmans et/ou d'origine arabe.
D'où cette intervention inédite du patron de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui pense que les Israéliens devraient se rendre aux urnes pour élire un nouveau gouvernement. Une forme de désaveu cinglant pour Netanyahu de la part de ce proche de Joe Biden. Mais il sait lire les sondages. Les critiques contre le Premier Ministre sont féroces en Israël. À la fois pour avoir négligé les renseignements de ses services avant le 07 octobre, et aussi pour le coût élevé de l’offensive de Tsahal et l’impasse sur la libération des otages.
Les sondages sont donc rudes pour Netanyahu : entre 15 et 20% de cote de popularité, et surtout une majorité écrasante d'israéliens qui souhaite son départ. Et des élections anticipées — comme l'a bien noté donc Chuck Schumer. Un scrutin qui sonnerait le glas de la coalition très à droite actuellement au pouvoir, et aussi sans doute la fin de la carrière politique de Benjamin Netanyahu.
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La reconduite de Vladimir Poutine à la tête de la Russie cette semaine a de quoi donner des sueurs froides à l’État major ukrainien alors que le conflit entre dans sa troisième année, mais les appétits de conquête du Président russe ne pourraient-ils pas mener le pays bien au-delà de ses frontières ?
C’est un scénario catastrophe redouté, qui pourrait dépasser le seuil de la politique fiction. Au même titre que très peu d’analystes croyaient, quelques heures avant son déclenchement, à la possibilité de l’invasion de l’Ukraine à l’aube du 24 février 2022, la fuite en avant guerrière de Vladimir Poutine pourrait continuer de surprendre et, effectivement, mener son pays, à court et moyen terme, vers des contrées lointaines réparties aux quatre coins de la planète, au gré de guerres multidimensionnelles et hybrides qui changeraient assurément le monde tel que nous le connaissons. Bien entendu, le premier des sujets de préoccupations reste l’Ukraine, aux avant-postes de l’Europe, qui, au-delà des revers militaires récents sur le terrain, redoute l’échéance électorale américaine en novembre prochain qui pourrait, brutalement, en cas de retour au pouvoir de Donald Trump, laisser Kiev bien seule face à la soldatesque russe, soudain privée de milliards de dollars d’aide militaire de Washington.
Mais le fantasme expansionniste du maître du Kremlin lui fait clairement lorgner en direction des anciennes républiques soviétiques d’Europe Orientale, la petite Moldavie en tête, considérée comme composante de la zone d’influence naturelle de Moscou qui s’ingénie à contribuer à sa déstabilisation politique en attendant de passer, qui sait, à la vitesse supérieure.
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Dans le viseur de Vladimir Poutine, ce sont aussi les frontières de l’Otan et même le continent africain.
Les pays Baltes, la Finlande, la Géorgie et même l’Arménie. Tout est prétexte pour Moscou à engager une tectonique de la confrontation avec l’Occident et ses valeurs quitte à se lancer, bien au-delà d’une économie de guerre, vers une véritable mondialisation de la guerre sur fond d’un narratif et d’une propagande implacablement bien huilée.
D’ailleurs, bon nombre de soldats russes faits prisonniers sur le front ukrainien révélaient dans leurs interrogatoires qu’ils étaient persuadés de venir se battre contre des militaires de l’Otan, américains et européens. Et ce commentaire lapidaire du chef de l’armée française, le général Thierry Burkhard : « La Russie est déjà un peu en guerre avec les pays occidentaux. Une guerre informationnelle pour déstructurer nos sociétés ».
En Afrique, difficile de ne pas reconnaître les succès de l’influence russe. Avec des années d’avance, la Russie a eu la vision et l’intuition de l’énorme potentiel de la guerre hybride. Dévastatrice et peu coûteuse. Le continent africain en a été le laboratoire. La France, la cible privilégiée, dont la sphère post-coloniale s’est écroulée de manière fulgurante, en deux ou trois ans. De l’Afrique centrale à l’effet domino des coups d’État militaires au Sahel. Syrie, Soudan, Libye... L’hydre russe continue de montrer au monde sa profonde volonté de conquête.
Quels sont les moyens de se défendre ?Les récentes déclarations du président français Emmanuel Macron à l’encontre de l’expansionnisme de Moscou enjoignant l’Europe, elle aussi, à se mobiliser dans une économie de guerre, ont reçu un accueil mitigé en Occident, mais ont fait redoubler les attaques et invectives russes à l’égard de Paris. Ce qui montre, peut-être, que le chef de l’État français ne se trompe pas. « Vous, les Français, êtes en train de provoquer la Troisième Guerre mondiale » a même lancé le francophone vice-président de la Douma et propagandiste-en-chef, Piotr Tolstoï.
Soutenir l’Ukraine coûte que coûte, assurer la souveraineté et la cohésion européennes comme celle de l’Alliance atlantique, mais aussi utiliser les mêmes armes de la guerre hybride sont les options qui semblent avoir été choisies par Paris et ses alliés pour contrecarrer les plans de Vladimir Poutine. Ne reste plus qu’à espérer qu’il ne soit pas trop tard.
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C’est un revirement stratégique qui a fait couler beaucoup d’encre : les déclarations du président français Emmanuel Macron en faveur de l’Ukraine semblent dessiner les contours d’un nouvel axe anti-Poutine. Mais comment expliquer une telle rupture ?
Le président Emmanuel Macron est connu pour être très rodé à la pratique des réseaux sociaux, aussi a-t-il tenu à enfoncer le clou et exprimer le fond de sa pensée lors d’un échange avec des internautes français cette semaine : « Vouloir la paix, ce n’est pas choisir la défaite ou laisser tomber l’Ukraine », a-t-il martelé face à la petite caméra de son téléphone portable.
Dernier pavé jeté dans la mare diplomatique de l’une des bascules stratégiques les plus spectaculaires depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine il y a deux ans et dont l’avenir dira un jour s’il relevait d’une intuition historique, d’un instinct de survie européen ou d’un coup de bluff sans lendemain.
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Tollé chez les puissances alliéesBascule, revirement ? Oui, car si Emmanuel Macron évoque l’envoi de troupes en Ukraine aujourd’hui, il n’y avait bonne presse à l’été 2022 alors que les défenseurs ukrainiens lançaient leur contre-offensive fracassante à Kharkiv et que lui, de son côté, continuait de téléphoner au président russe Vladimir Poutine souhaitant « ne pas humilier » la Russie.
Le chemin a été long, mais le chef de l’État français a sans doute fini par comprendre qu’il tournait en rond face aux attaques de plus en plus systémiques de Moscou et de progressivement tenter de réchauffer ses relations personnelles avec son homologue ukrainien. Volodymyr Zelensky analysant d’ailleurs avec une indulgence maîtrisée qu’Emmanuel Macron avait « compris que Poutine l’avait personnellement trompé. Qu’il avait fallu un certain temps, mais que le résultat était là. » L’essentiel donc, quitte – sur le coup – à provoquer un tollé chez les puissances alliées mais de commencer, seul ou presque pour l’instant, à mener l’Europe vers une économie de guerre.
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Emmanuel Macron dos au murIl faut dire que 2024 est une année d’élections importantes aux quatre coins de la planète et l’ombre des scrutins russe et américain plane sur le conflit. Si le président français a choisi de défendre cette nouvelle équation « renforcer l’Ukraine, c’est défendre l’Europe », c’est qu’il se sait dos au mur. Comme l’est l’Ukraine. En difficulté sur son front est après l’échec des offensives de 2023 et le défaut de livraisons de munitions et de missiles, bloquées depuis des semaines au Congrès à Washington. Et précisément, les projections et les perspectives électorales aux États-Unis donnent des sueurs froides à bon nombre d’experts militaires occidentaux.
La rupture nette de la doctrine Pax Americana ou gendarme du monde, en cas de retour aux affaires de l’isolationniste populiste Donald Trump en novembre prochain, signifierait le retrait du « second front » en Ukraine incarné par le formidable soutien militaire américain sous l’impulsion du président Biden. Et cette perspective effrayante pour la sécurité mondiale a largement dépassé le stade de la politique fiction… D’autant que le maître du Kremlin, galvanisé par sa probable reconduite au pouvoir, pourrait continuer et aller même encore plus loin dans sa fuite en avant guerrière. L’Ukraine et l’Europe, donc, se retrouveraient bien seuls.
Le pari de cette nouvelle donne stratégique française est-il gagnable ?Sur le terrain, l’enlisement du front en Ukraine ne signifie pas pour autant effondrement. Loin de là. « L’opération spéciale militaire » russe censée durer trois jours avec la prise de la capitale et la chute du gouvernement ukrainien entre dans sa troisième année et le président Zelensky est bien vivant et en place.
Les forces russes ne contrôlent que 18% du territoire, exactement comme en 2022. Le défi de Paris est de tordre le cou à l’idée que le temps long serait nécessairement favorable à Moscou, alors que son économie de guerre a provoqué une surchauffe inflationniste et une profonde dépendance à des partenaires comme la Chine. Seule certitude, l’année 2024 va être déterminante. Pour le meilleur ou pour le pire.
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Le monde en questions, une chronique hebdomadaire qui met en valeur, en contexte et en perspective un fait marquant de l’actualité internationale. Elle sera assurée par Bruno Daroux.

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