Afrique, mémoires d'un continent

Afrique, mémoires d'un continent

Download on the App Store

Afrique, mémoires d'un continent episodes

  • FLN : l’emblème de la libération de l’Algérie

    Né officiellement le 1er novembre 1954, le FLN s’impose comme le principal acteur de la lutte pour l’indépendance algérienne. De Ben Bella à Ferhat Abbas, il se structure politiquement, militairement et diplomatiquement jusqu’aux accords d’Évian. Devenu parti au pouvoir après 1962, il marque durablement l’histoire, la mémoire et l’identité politique de l’Algérie. « Afrique, mémoires d’un continent » raconte, avec les archives, la naissance, l’ascension et l’héritage du FLN, matrice de l’Algérie indépendante. 

     

    Pour aller plus loin :

    Le FLN ne naît pas de rien. Il s’inscrit dans une longue histoire de résistances à la colonisation française et dans la montée du nationalisme algérien au XXè siècle. De Messali Hadj à Ferhat Abbas, plusieurs courants politiques préparent le terrain. En 1954, le CRUA puis le « groupe des 22 » accélèrent le passage à l’action armée. Le 1er novembre marque l’entrée du FLN sur la scène politique et militaire.

    Huit années de guerre et de structuration

    De 1954 à 1962, le FLN devient bien plus qu’un mouvement insurrectionnel. Il organise ses combattants, structure le territoire en wilayas, développe une diplomatie internationale et se dote d’institutions politiques.

    Le congrès de la Soummam en 1956, la bataille d’Alger, puis la création du GPRA en 1958 illustrent cette montée en puissance. Face à la France, le mouvement finit par s’imposer comme l’interlocuteur central des négociations qui conduisent aux accords d’Évian.

    De l’indépendance à l’héritage politique

    L’indépendance de 1962 ouvre une nouvelle période. Le FLN passe du statut de mouvement de libération à celui de force dominante du nouvel État algérien. Les rivalités entre figures de la révolution, de Ben Bella à Boudiaf ou Boumédiène, montrent cependant que la victoire ne met pas fin aux divisions. Au-delà du pouvoir, le FLN laisse un héritage durable : une mémoire, un récit national et une légitimité révolutionnaire qui continuent de structurer l’histoire politique algérienne.

     

    Bibliographie sélective : 

    Livres : 

    • Mohammed Harbi, Aux origines du Front de Libération Nationale : la scission du PPA-MTLD. Contribution à l’histoire du populisme révolutionnaire en Algérie, éditions Bouchène, 1975 
    • Benjamin Stora, Histoire de l'Algérie coloniale (1830-1954), éditions La Découverte, 2004

    • Emmanuelle Colin-Janvoine et Stéphanie Derozier, Le financement du FLN pendant la guerre d’Algérie 1954-1962, éditions Bouchène, 2008.

    Articles : 

    • Gilbert Meynier, « Le FLN/ALN dans la guerre d'indépendance : un monopole de la violence ? », in Histoire de l'Algérie à la période coloniale, éditions la Découverte, 2014
    • Malika Rahal, « Du PPA-MTLD au FLN ? », in Histoire de l'Algérie à la période coloniale, éditions la Découverte, 2014

    • Vincent Jacquet, « D’instrument de propagande à miroir de la guerre d’Algérie : l’équipe de football du Front de Libération Nationale, 1954-1962 », in Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, 2018.

    Archives sonores :

    Avec les témoignages d'Ahmed Ben Bella, Ferhat Abbas, Mohamed Boudiaf, Houari Boumédiène, Mohammed Harbi, Louisette Ighilahriz, Benjamin Stora, François Mitterrand et Charles de Gaulle.

    39 min
  • Le Congo colonial, terre d’Islam : écrits, savoirs, talismans

    Le Congo, fin du XIXe siècle. Si l’histoire de la colonisation belge de ce vaste territoire béni par son ascendance royale avec le royaume Kongo a été très étudiée, celle des chemins de l’Islam dans ces terres est, elle, méconnue. Et pourtant elle est réelle. Par quelles routes l’Islam a-t-il pu élire domicile au Congo ? Quels en ont été les véhicules et quels en sont les héritages ? 

    Avec la participation de Xavier Luffin, professeur de langue et de littérature arabes à l'Université libre de Bruxelles, membre de l'Académie royale de Belgique et de l'Académie royale des sciences d'Outre-mer, auteur de Savoirs musulmans au Congo colonial : textes occultes, écriture arabe et talismans (éd. Académie royale des sciences lettres).

    Pour aller plus loin :

    Notre invité Xavier Luffin revient sur la présence ancienne de l’écriture arabe et des savoirs musulmans en Afrique centrale, notamment au Congo. En étudiant des lettres, des manuscrits et des livres conservés dans les musées et les archives belges, notamment au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, il met au jour un patrimoine documentaire largement méconnu.

    Ses enquêtes l’ont également conduit en République démocratique du Congo, notamment à Kindu, Kasongo, Kisangani et dans la province de la Tshopo, où il a retrouvé des documents anciens rédigés en caractères arabes. Si les plus anciens manuscrits congolais conservés remontent aux années 1880, leur circulation aurait commencé dès les années 1860.

    Cette diffusion s’explique principalement par trois voies : l’arrivée de commerçants arabo-swahilis depuis la côte est-africaine, l’installation de commerçants soudanais, tchadiens et égyptiens dans le nord-est du Congo, et la présence de soldats musulmans ainsi que de travailleurs lettrés originaires d’autres régions d’Afrique, mobilisés durant la période coloniale. Ces échanges ont contribué à l’implantation de l’écriture arabe et à la diffusion de savoirs religieux bien avant la généralisation de l’écriture latine dans certaines régions.

    Coran, talismans et traditions orales : des savoirs pluriels

    Les documents retrouvés comprennent des exemplaires du Coran, des divisions destinées à faciliter son apprentissage, des ouvrages juridiques, des textes expliquant comment utiliser des versets coraniques, des lettres sacrées pour confectionner des talismans, des formules de protection ou des remèdes.

    Xavier Luffin souligne que ces pratiques existaient également dans d’autres régions du monde musulman, notamment au Maghreb, en Égypte et dans l’Empire ottoman. Elles témoignent de la coexistence, au sein de l’islam, de conceptions plus rigoristes et d’autres qui intègrent certaines pratiques ésotériques à la vie religieuse. Au Congo, les mêmes lettrés pouvaient enseigner le Coran et transmettre des connaissances relatives aux talismans.

    La colonisation belge et la mémoire d’un patrimoine dispersé

    Les relations entre les autorités coloniales belges et les communautés musulmanes ont évolué au fil du temps. Au début de la colonisation, les Européens empruntaient les routes commerciales des Swahilis et sollicitaient même l’aide du sultan de Zanzibar. Mais les conflits des années 1892-1894, désignés dans les sources belges comme la « campagne arabe », ont profondément modifié cette relation.

    Dès lors, les communautés musulmanes sont progressivement perçues par l’administration coloniale comme une menace politique et comme des concurrentes des missions chrétiennes, auxquelles une place centrale est accordée dans l’enseignement. Dans les années 1930 à 1950, plusieurs publications coloniales présentent ainsi l’islam comme un « problème » ou un « danger ».

    Cette histoire soulève également la question de la conservation et de la restitution des archives. Certains documents conservés en Belgique y sont arrivés par des voies légitimes, notamment lorsqu’il s’agissait de correspondances adressées aux autorités coloniales. D’autres livres ont cependant été récupérés après des batailles, dans des villes vaincues, puis emportés comme trophées par des officiers. 

    39 min
  • Zeinab Badawi : «L’Afrique doit raconter sa propre histoire»

    « Tout le monde est originaire d’Afrique, aussi ce livre s’adresse-t-il à toutes et à tous ». Telle est la devise de Zeinab Badawi, l’invitée ce dimanche de la mémoire du continent, auteure de Une histoire africaine de l’Afrique. Plus de 500 pages pour raconter l’histoire d’un continent, de l’aube du l’humanité aux indépendances.

    Avec la participation de Zeinab Badawi, présidente de la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres et auteure de Une histoire africaine de l’Afrique (éd. du Faubourg).

    Pour aller plus loin

    L'ouvrage de Zeinab Badawi retrace plus de cinq siècles d’histoire africaine en s’appuyant sur les travaux de chercheurs africains : l’histoire du continent a longtemps été racontée à travers le regard occidental, notamment celui des explorateurs, des missionnaires et des administrateurs coloniaux mais cette approche a souvent négligé les traditions orales, les langues locales, les chants, les danses et les découvertes archéologiques. Son objectif est donc de redonner aux Africains la place qu’ils méritent dans le récit de leur propre histoire, sans pour autant rejeter les travaux des chercheurs occidentaux.

    Des civilisations africaines puissantes et des échanges qui ont façonné le continent

    L’auteure met en lumière la richesse des civilisations africaines, souvent éclipsées par les récits historiques traditionnels, comme par exemple le royaume de Kouch, au Soudan actuel, qui a construit plus de mille pyramides et dont les souverains ont conquis l’Égypte au VIIIe siècle avant notre ère. Elle évoque aussi la vallée du Nil qui a également favorisé la sédentarisation, l’agriculture, l’écriture et le développement des sociétés.

    Afrique mémoires d'un continent aborde ensuite la diffusion de l’islam à partir du VIIe siècle, qui a contribué aux échanges culturels et intellectuels. Des érudits africains ont écrit et conservé des textes, notamment dans les bibliothèques de Tombouctou. En Afrique de l’Ouest, l’Empire du Mali illustre cette prospérité : Mansa Moussa, mondialement célèbre pour son immense richesse en or, a marqué les esprits lors de son pèlerinage à La Mecque en 1324-1325. Son règne témoigne du rayonnement international des royaumes africains.

    Traites négrières, domination et enjeux de mémoire

    L'auteure rappelle également les conséquences des traites négrières orientale et transatlantique : souffrances, pertes humaines, et affaiblissement démographique et économique durable du continent. Elle explique également que la fin de l’esclavage est liée, selon son analyse, à la transformation du capitalisme marchand en capitalisme industriel, davantage intéressé par l’exploitation des ressources africaines et le maintien de la main-d’œuvre sur place que par le commerce des esclaves.

    Nos remerciements aux Rendez-vous de l'histoire de Blois pour leur accueil. 

    39 min
  • Les Suds à l’épreuve des pensées décoloniales : de l’Amérique à l’Afrique

    Dans les années 1990, une idée émerge. Celle de déconstruire la colonisation et sa domination à travers ce qui reste comme la matrice, à savoir la colonialité du savoir. Ces pensées décoloniales ont leurs théoriciens. Ils s’appellent Anibal Quijano, ou encore Walter Mignolo, et ils reprennent un ouvrage ancien, politique, philosophique qui puise aussi dans les révoltes antérieures des colonisés pour proposer un nouveau chemin de résistance.

    Avec la participation de Lissell Quiroz, historienne péruvienne, enseignante à l’université de Cergy et co-auteure de « Les pensées décoloniales – Une introduction aux théories critiques d’Amérique latine » (éd. La découverte).

    Pour aller plus loin

    À la fin des années 1990, les pensées décoloniales apparaissent en Amérique latine. Elles cherchent à déconstruire les héritages de la colonisation et la domination occidentale en appuyant notamment leur réflexion sur la notion de « colonialité du pouvoir » développée par Aníbal Quijano.

    L’année 1492, date à laquelle les Européens ont découvert l'existence de l'Amérique, est présentée par l'historienne Lissell Quiroz comme un moment fondateur de cette histoire coloniale. Les puissances espagnole et portugaise vont imposer progressivement leur domination sur le continent américain, entraînant génocide, destruction des cultures et bouleversements démographiques majeurs : en 70 ans, 90% de la population est exterminée. 

    Une réflexion nourrie par les luttes sociales

    Les pensées décoloniales s’inscrivent dans une longue histoire intellectuelle. Tandis que Frantz Fanon cherche à comprendre les effets psychologiques, culturels et politiques de la domination coloniale, Edward Saïd analyse la construction de l’opposition entre Occident et Orient.

    Les penseurs décoloniaux reprennent certaines de ces analyses tout en reprochant aux études postcoloniales de ne pas remonter suffisamment aux débuts de la colonisation américaine. Ils sont également influencés par la pensée marxiste, les théories de la dépendance, la théologie de la libération et les mouvements sociaux.

    La décolonialité ne se contente pas d'étudier le passé : elle cherche aussi à transformer les structures actuelles de domination et interroge notamment les musées, les systèmes éducatifs, les savoirs et la manière dont l’histoire est racontée et transmise.

    Des résonances entre l’Amérique latine et l’Afrique

    Il existe de nombreux points communs entre les expériences latino-américaine et africaine. Néanmoins, selon Lissell Quiroz, l’Afrique conserve davantage de langues, de traditions et de traces culturelles anciennes que l’Amérique latine.

    Enfin l'historienne revient sur les critiques émises à l'encontre des pensées décoloniales, accusées selon leurs détracteurs d’essentialisme ou de « wokisme ».

    39 min
  • Almoravides au XIème siècle : conquête, piété et naissance de l’empire des sables

    Au XIème siècle la dynastie berbère musulmane des Almoravides, appelés également Mourabitounes, règne sur une grande partie de l’ouest du Sahara et du Maghreb jusqu’au sud de la péninsule ibérique. Vers 1070, ils fondent Marrakech et en font leur capitale, avant de conquérir une grande partie d’Al-Andalus. Batailles emblématiques, identité composite, place des femmes, ascétisme religieux … L’histoire des Almoravides est à retrouver ce dimanche dans Afrique, mémoires d’un continent.

    Avec la participation de Elemine Ould Mohamed Baba, historien et géographe mauritanien spécialisé dans l'histoire du sud-ouest saharien et de la période médiévale.

    Pour aller plus loin

    Au XIᵉ siècle, le monde musulman connaît de profondes divisions politiques et religieuses. L’affaiblissement du califat de Bagdad favorise l’apparition de pouvoirs régionaux et de nouvelles dynasties. Progressivement islamisées, les tribus berbères Sanhaja deviennent le cœur du mouvement almoravide, un mouvement porté par le prédicateur Abdellah Ibn Yassine associant rigueur religieuse, ascétisme et puissance militaire.

    La construction et l’expansion d’un empire

    Progressivement les Almoravides construisent un vaste empire reliant le Sahara, le Maghreb et l’Andalousie. Ils fondent Marrakech au XIᵉ siècle, ville qui deviendra rapidement un important centre politique, religieux et commercial, avec ses mosquées et ses écoles coraniques.

    Les Almoravides développent également les échanges transsahariens, notamment grâce au commerce de l’or. Ils frappent leur propre monnaie, dont le dinar almoravide alors réputé pour sa qualité et sa valeur.

    Leur expansion les conduit vers le sud, notamment dans la région du Ghana, mais les sources historiques y sont beaucoup plus rares. Au nord, ils interviennent en Andalousie à la demande de princes musulmans menacés par la Reconquista.

    En Mauritanie, pays de notre invité Elemine Ould Mohamed Baba, l’héritage almoravide reste particulièrement présent dans la mémoire historique. Des villes anciennes comme Chinguetti, Ouadane ou Tichitt revendiquent notamment des liens avec l’héritage andalou.

    39 min
  • La revue Présence africaine, carrefour des mondes noirs

    À l’occasion du 70ème anniversaire du 1er congrès des écrivains et artistes noirs organisé par Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, Afrique mémoires d’un continent retrace l’histoire de cette revue qui a joué un rôle majeur dans la diffusion des idées liées à la négritude, aux indépendances africaines et au dialogue entre l’Afrique, les Caraïbes et le reste du monde.

    Avec la participation de :

    • Boniface Mongo-Mboussa, essayiste et critique littéraire, rédacteur en chef de la revue Présence africaine
    • Sarah Frioux-Salgas, archiviste au musée du Quai Branly-Jacques Chirac
    • Diana Alima Cissé, chercheuse associée au programme Afriques de Noria et fondatrice du Festival International du Film documentaire Gëstu de Dakar.
      Pour aller plus loin

    La revue Présence africaine naît à Paris en 1947 autour d’Alioune Diop, dans un contexte de réflexion sur les mondes noirs et la décolonisation.Le premier numéro, qui paraît en novembre-décembre 1947, constitue rapidement un espace majeur de publication et de débat. Des initiatives comme La Revue du Monde noir et L’Étudiant noir avaient déjà favorisé le rassemblement des intellectuels africains et afro-descendants, mais Alioune Diop reprend cet héritage en cherchant à créer un lieu de dialogue entre différentes générations, langues et sensibilités. Il s’entoure de parrains intellectuels européens de sensibilités diverses, tout en conservant un comité de rédaction essentiellement africain.

    Une revue au cœur des combats intellectuels

    Présence africaine devient à la fois une revue, une maison d’édition, un réseau et une véritable tribune intellectuelle. Elle rassemble des écrivains, chercheurs et militants aux positions parfois très différentes, notamment autour des questions coloniales et culturelles. Sa fonction d’archive est essentielle : elle conserve des textes, poèmes, débats, comptes rendus de livres et témoignages sur les décolonisations. En 1958, la revue publie notamment Le Sang de Bandung, qui dénonce la guerre d’Algérie et les violences coloniales.

    De Bandung aux indépendances : un héritage durable

    En effet la conférence de Bandung en 1955 marque profondément Alioune Diop et nourrit le projet d’un rassemblement culturel des peuples noirs. Cette dynamique conduit au premier Congrès des écrivains et artistes noirs, organisé à la Sorbonne en 1956. Avec 70 participants venus de différentes régions du monde noir, le congrès est présenté comme un "Bandung culturel" dans le prolongement de l’affirmation politique des peuples colonisés.

    Présence africaine accompagne également les indépendances africaines en publiant des numéros spéciaux et des textes consacrés aux nouveaux États, et contribue à faire connaître les interventions des dirigeants africains à l’ONU, otamment grâce à des collections consacrées à l’Afrique et aux dirigeants politiques.

     

    39 min
  • Tchad : Idriss Déby, le dernier front

    Le 20 avril 2021, le président tchadien Idriss Déby meurt au front où il s’était rendu pour remobiliser ses troupes face à l’avancée fulgurante de la rébellion. Au Tchad, la stupeur est immense : celui qui venait d’être proclamé vainqueur de l’élection présidentielle disparaît brutalement, les armes à la main, au cœur même du conflit. En quelques heures, le pays bascule dans l’incertitude, face à la disparition soudaine du dirigeant qui le gouvernait d’une main de fer depuis plus de trente ans.

    Pour aller plus loin 

    Le 20 avril 2021, le président tchadien Idriss Déby est annoncé mort alors qu’il se trouve sur le front. Il aurait succombé à des blessures reçues lors des combats contre la rébellion du Fact (Front pour l'alternance et la concorde au Tchad). La version officielle présente sa mort comme celle d’un chef mort « les armes à la main » mais les circonstances exactes de sa mort restent entourées de mystère.

    Les circonstances controversées de sa disparition

    Après l’annonce officielle, plusieurs hypothèses circulent sur les causes réelles de sa mort : certains évoquent un tir ennemi lors des affrontements avec les rebelles du Fact tandis que d’autres avancent l’hypothèse d’un règlement de comptes au sein de son clan ou de son armée. Une autre théorie évoque même un complot organisé par des responsables proches du pouvoir. Des journalistes de RFI ayant travaillé sur le sujet soulignent l’absence d’éléments suffisamment solides pour confirmer ces hypothèses. Le contexte des combats, le faible nombre de témoins directs et le silence de l’entourage compliquent l’enquête. Le récit officiel est également fragilisé par les trente années de pouvoir autoritaire de Déby. Les investigations journalistiques concluent donc que la vérité définitive reste difficile à établir, même si certains éléments recueillis tendent à confirmer la version d’une mort au front.

     

     

    Un héritage politique et militaire

    Idriss Déby était arrivé au pouvoir en 1990 après une longue carrière militaire et une rébellion contre Hissène Habré.

    Pendant trente ans, il dirige le Tchad d’une main ferme en s’appuyant largement une armée réputée courageuse et efficace, mais traversée par des rivalités et des appartenances communautaires.

    Après la mort de Déby, son fils Mahamat Idriss Déby prend la tête d’un Conseil militaire de transition, et reprend ainsi une partie de l’héritage politique et militaire de son père.

    39 min
  • Anjanamasina : une histoire coloniale de la folie à Madagascar

    Dans son ouvrage, l’historien Raphaël Gallien revient sur une découverte archivistique majeure effectuée en 2019 : celle des archives et des dossiers relatifs aux personnes internées à Anjanamasina, considéré comme le premier établissement psychiatrique créé par l’administration coloniale française à Madagascar. Cette découverte apporte un éclairage nouveau sur l’histoire de la psychiatrie dans le contexte colonial ainsi que sur les pratiques d’internement mises en place dans l’île Rouge.

    Avec l’historien Raphaël Gallien, chargé de recherche au CNRS et auteur de À en perdre la raison : Folies et colonisation à Madagascar (éd. La Découverte). 

     

    Pour aller plus loin 

    Ouvert en 1912, l’asile psychiatrique d’Anjanamasina à Madagascar constitue le premier établissement de ce type dans l’Empire colonial français.

    L’asile devient un véritable laboratoire des politiques coloniales de santé, marquées par de fortes inégalités sociales et raciales. Son architecture reflète cette hiérarchie : les Européens disposent de pavillons plus confortables, tandis que les Malgaches sont placés dans des bâtiments plus éloignés et souvent surpeuplés.

    Notre invité l’historien Raphaël Gallien s’appuie sur près de 1 500 dossiers d’internés pour étudier cette histoire.

    Ces archives, longtemps reléguées dans un pavillon, ont été classées et numérisées afin d’être conservées.

    Elles permettent de découvrir les parcours individuels, les diagnostics, mais aussi les effets de la colonisation sur les personnes internées.

    La folie comme expression des tensions sociales et coloniales

    Les dossiers montrent que les délires des patients sont souvent liés à leur histoire personnelle et aux bouleversements provoqués par la colonisation. Les anciennes hiérarchies malgaches, notamment les lignages et les références à la royauté, restent très présentes dans les discours des internés. Certains utilisent ainsi la folie pour réaffirmer une origine prestigieuse ou contester leur déclassement social.

    La folie peut aussi parfois constituer une forme de résistance à l’ordre colonial.

    1947, la révolte et les traces de la décolonisation

    La révolte malgache de 1947 constitue un moment essentiel de l’histoire de l’asile et de la colonisation. La répression provoque des milliers de morts, des arrestations, des détentions et des traumatismes durables. Certains internés ont été torturés et arrivent à l’asile profondément détruits psychologiquement. La peur et les rumeurs liées à l’insurrection continuent également à influencer les comportements plusieurs années après les événements.

    Raphaël Gallien rappelle aussi que la société malgache possédait ses propres manières de comprendre et de prendre en charge la folie avant l’arrivée de la psychiatrie occidentale. La folie pouvait être associée à la religion, à la parenté, aux interdits ou à une forme de malédiction touchant l’ensemble du groupe.

    Aujourd’hui, l’ancien asile est devenu un hôpital universitaire qui cherche à dépasser son héritage carcéral.

     

     

     

    39 min
  • L'histoire de Boko Haram : racines, expansion et divisions

    Né en 2002 dans le nord-est du Nigeria sous l'impulsion de Mohamed Yusuf, Boko Haram s'est développé dans un contexte de profondes inégalités sociales, de fragilité économique et de tensions religieuses. Radicalisé à partir de 2009, le mouvement jihadiste a plongé la région dans une insurrection marquée par des massacres, des attentats et des enlèvements de masse, avec l'objectif d'imposer un État fondé sur une interprétation rigoriste de la charia.

    Malgré les offensives militaires, les scissions et l'émergence de groupes rivaux, Boko Haram continue de déstabiliser le bassin du lac Tchad. Comment expliquer la résilience de cette organisation plus de vingt ans après sa création ? 

    Avec la participation de Vincent Foucher, historien et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

     

    Pour aller plus loin 

    Groupe djihadiste apparu dans le nord-est du Nigeria, l'organisation Boko Haram s’inscrit dans une histoire ancienne marquée par les différences religieuses, politiques et sociales entre les régions du Nigeria.

    Dans les années 1970 à 1990, les courants salafistes et wahhabites gagnent progressivement en influence et un certain

    Mohamed Yusuf, influencé par le prédicateur salafiste Ja’afar Mahmud Adam, devient un orateur particulièrement populaire. Il critique les élites musulmanes jugées trop proches du pouvoir et développe un mouvement religieux de plus en plus radical.

    De la radicalisation aux violences de masse

    Au début des années 2000, Yusuf se rapproche progressivement du djihadisme. En juillet 2009, des affrontements opposent les partisans de Yusuf aux autorités nigérianes, provoquant plusieurs centaines de morts. Mohamed Yusuf est arrêté puis exécuté par la police, ce qui accélère la transformation du mouvement en organisation armée. Abubakar Shekau prend alors la direction du groupe et lance une campagne de vengeance contre les policiers, les responsables locaux et les opposants. Entre 2010 et 2013, Boko Haram développe un terrorisme urbain marqué par les attentats-suicides et les attaques contre les églises.

    Le groupe s'étend au-delà du Nigeria, notamment au Cameroun, au Niger et au Tchad, grâce aux liens sociaux et commerciaux transfrontaliers.

    Les combattants associent convictions religieuses, volonté de créer une société jugée plus juste et intérêts matériels liés au pillage et aux extorsions. Les massacres de Baga, Bama et d'autres localités deviennent particulièrement meurtriers en 2013-2015, tandis que l'enlèvement des lycéennes de Chibok en 2014 internationalise le conflit.

    La scission 

    Une divergence importante apparaît autour du traitement des civils, Shekau considère même certains musulmans comme des « infidèles » lorsqu'ils ne soutiennent pas son mouvement.

    Cette doctrine provoque des dissidences, notamment la création d'Ansaru, puis rapproche certains dirigeants de Boko Haram de l'État islamique. En 2015, Shekau prête finalement allégeance à l'État islamique, mais refuse ensuite d'appliquer pleinement ses directives. L'année suivante, une faction dirigée notamment par Abou Moussab al-Barnawi

    se sépare et forme l'ISWAP qui privilégie une organisation plus structurée et limite les attaques contre les civils musulmans.

    Depuis la mort de Shekau en 2021, les deux factions continuent d'exister.

    39 min
  • David Diop : avec son héros Bilal Seck, 3 500 ans d'histoire du Sénégal à l'Égypte antique

    Dans Où s'adosse le ciel, l’auteur David Diop ne déroge pas à sa belle tradition de confesser l’histoire. À travers le voyage du griot Bilal Seck, son héros, de retour de La Mecque à la fin du XIXᵉ siècle, le récit fait dialoguer le Sénégal et l'Égypte ancienne. Le roman invité à réfléchir sur la transmission, l’exil et la quête des origines.

    Avec l’écrivain David Diop, auteur de Où s’adosse le ciel (éd. Julliard) et professeur de littérature à l’université de Pau.

     

    Pour aller plus loin

    Le roman Où s’adosse le ciel ? de David Diop mêle fiction, histoire et mémoire africaine. L’auteur, écrivain franco-sénégalais et professeur de littérature, nourrit son œuvre d’une profonde passion pour l’histoire qui lui vient notamment de son adolescence à Dakar et de son enseignante d’histoire. 

    Il cite également l’influence majeure de Cheikh Anta Diop, dont les travaux ont contribué à réinscrire l’Égypte ancienne dans son contexte africain.

    David Diop explique qu’il utilise une documentation historique importante, mais qu’il préfère ensuite « oublier » les détails pour laisser place aux émotions des personnages, une méthode qu'il appelle la « mémoire affective » et qui permet de transformer les faits historiques en matière romanesque.

    Son héros, Bilal Seck, est présenté comme le 72ᵉ passeur d’une mémoire transmise de génération en génération.

    Le voyage de Bilal Seck

    L’histoire commence au Sénégal, à la fin du XIXᵉ siècle, dans le contexte de la colonisation française.

    Bilal Seck appartient à une famille de griots et possède un rôle essentiel de gardien et de transmetteur de la mémoire.

    Il entreprend un pèlerinage à La Mecque avec Yérim Tchao, un homme issu de la noblesse avec lequel il a grandi.

    Malgré leur amitié, les différences sociales et les préjugés liés à la « pureté du sang » finissent par provoquer une rupture entre eux.

    En 1893, une importante épidémie de choléra frappe les pèlerins et fait environ 30 000 victimes en un mois.

    Abandonné à Djeddah, Bilal doit alors entreprendre seul son retour vers l’Afrique, souvent à pied et en travaillant pour financer son voyage.

    Son périple le conduit notamment par la péninsule Arabique, l’Égypte et Djenné, avant son retour au Sénégal.

     

    L’Égypte, les origines et la transmission

    En Égypte, Bilal cherche à comprendre les récits qui relient les peuples sénégalais à l’Égypte antique.

    David Diop s’appuie sur des traditions orales rapportant plusieurs migrations anciennes depuis l’Égypte vers l’Afrique de l’Ouest.

    Le roman interroge ainsi les liens entre histoire écrite, traditions orales et mythes des origines. La figure du griot y occupe une place centrale. À travers Bilal et ses descendants, la transmission devient un véritable flambeau qui doit passer d’une génération à l’autre.

    Le roman pose enfin une question politique majeure : comment raconter l’histoire de l’Afrique sans la réduire aux récits construits par la colonisation ?

     

    39 min

About Afrique, mémoires d'un continent

From the publisher's feed

Afrique, mémoires d'un continent explore l’histoire à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui. Historiens, universitaires et spécialistes expliquent et racontent, sans tabous et à…

More shows like Afrique, mémoires d'un continent

Affaires étrangères by France Culture

Affaires étrangères

104 Listeners

Affaires sensibles by France Inter

Affaires sensibles

227 Listeners

Les Pieds sur terre by France Culture

Les Pieds sur terre

228 Listeners

Les Enjeux internationaux by France Culture

Les Enjeux internationaux

34 Listeners

Cultures monde by France Culture

Cultures monde

55 Listeners

L'Esprit public by France Culture

L'Esprit public

74 Listeners

Entendez-vous l'éco ? by France Culture

Entendez-vous l'éco ?

34 Listeners

Conflits, géopolitique by Conflits revue de géopolitique

Conflits, géopolitique

6 Listeners

Comprendre le monde - par Pascal Boniface by Pascal Boniface

Comprendre le monde - par Pascal Boniface

28 Listeners

C dans l'air by France Télévisions

C dans l'air

133 Listeners

Code source by Le Parisien

Code source

64 Listeners

Dans la peau by RFI

Dans la peau

3 Listeners

100 % création by RFI

100 % création

1 Listeners

8 milliards de voisins by RFI

8 milliards de voisins

13 Listeners

Afrique économie by RFI

Afrique économie

0 Listeners

Nota Bene by Benjamin Brillaud

Nota Bene

16 Listeners

Journal Monde by RFI

Journal Monde

25 Listeners

Le conseil santé by RFI

Le conseil santé

3 Listeners

Musiques du monde by RFI

Musiques du monde

2 Listeners

Si loin si proche by RFI

Si loin si proche

0 Listeners

Géopolitique by RFI

Géopolitique

28 Listeners

Priorité santé by RFI

Priorité santé

21 Listeners

Sur le pont des arts by RFI

Sur le pont des arts

0 Listeners

Reportage Afrique by RFI

Reportage Afrique

2 Listeners

Parents, enfants, d’ici et d’ailleurs by RFI

Parents, enfants, d’ici et d’ailleurs

4 Listeners

Le goût du monde by RFI

Le goût du monde

1 Listeners

Le coq chante by RFI

Le coq chante

4 Listeners

Ondes de choc by RFI

Ondes de choc

0 Listeners

07H15 by RFI

07H15

1 Listeners

Au fil de l'Histoire by Initial Studio

Au fil de l'Histoire

11 Listeners

La Traque by Bababam

La Traque

12 Listeners

Les mots des JO by Français Facile - RFI

Les mots des JO

0 Listeners

La fabrique des fake news by RFI

La fabrique des fake news

0 Listeners

Cinéastes d’Afrique by RFI

Cinéastes d’Afrique

0 Listeners

Invité Afrique Midi by RFI

Invité Afrique Midi

0 Listeners