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Cette semaine, nous recevons Stéphane Séjourné, vice-président exécutif chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle à la Commission européenne. Simplification administrative et négociation des droits de douane, il présente les mesures pour relancer la compétitivité des Vingt-Sept et nous parle du défi démocratique en Roumanie et Pologne.
La Commission européenne a dévoilé sa nouvelle «stratégie pour le marché unique» européen ayant pour objectif de lever les barrières internes et d’inciter les entreprises européennes à investir sur le continent. «Le contexte international fait du marché intérieur une valeur refuge pour les entreprises européennes. Or, elles sont plus facilement internationalisées qu’européanisées», explique Stéphane Séjourné, vice-président exécutif chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle à la Commission européenne et également ancien député européen du groupe Renew. Selon lui, les barrières réglementaires empêchent certaines entreprises européennes de se développer dans d’autres pays européens.
«Il faut de la flexibilit黫Nous avons mis en place des dispositifs pour simplifier et harmoniser l'ensemble des règlements. Il y aura un objectif, y compris celui d’un 28ᵉ régime pour les entreprises qui veulent opérer sur le marché européen», détaille-t-il. Face aux tensions commerciales actuelles entre l’Union européenne (UE) et la Chine ou avec les États-Unis, Stéphane Séjourné appelle à «réduire nos dépendances» envers ces pays. «Le marché européen de 450 millions de consommateurs doit [...] offrir des perspectives de croissance pour nos entreprises européennes et notamment pour les entreprises françaises.»
Cette stratégie prévoit notamment d’exempter les petites et moyennes entreprises d'être inscrites au portail de la gestion des émissions carbones. Les ONG environnementales dénoncent une dérégulation déguisée qui irait à l’encontre des engagements pris par les Vingt-Sept en faveur de la protection du climat. «Nous avons décidé de garder les standards que nous avions fixés lors de la dernière mandature, c’est-à-dire la décarbonation de notre économie d’ici 2050. [...] L'objectif est intangible», se défend Stéphane Séjourné.
«Nous sommes pragmatiques dans le contexte international qui a changé le contexte d'incertitude économique au sein du marché intérieur et donc de notre propre économie européenne. Il faut donner des flexibilités. Cela ne veut pas dire déréguler notre système, mais c'est retirer le papier, harmoniser les règles, pousser les États membres à justement faire des convergences fiscales et administratives sur un certain nombre de secteurs», tempère le commissaire européen. Face au climat d'incertitude économique, il insiste sur la nécessité d’être flexible : «Si vous rendez fixe le chemin, vous perdez toute marge de discussion et de négociation, et notamment d'adaptabilité économique».
«Il faut défendre l'intérêt européen au fur et à mesure des soubresauts de l'administration Trump»Donald Trump a brandi de nouvelles menaces sur les droits de douane en ciblant l'UE, visée par une surtaxe de 50% sur ses produits exportés aux États-Unis. Depuis le début des discussions, les Vingt-Sept sont partagés entre une réponse forte basée sur des représailles douanières et sur une volonté de continuer la négociation. «Pendant cette période, il ne faut pas de doctrine. Il ne faut pas choisir une option ou une autre. Je pense qu'il faut défendre l'intérêt européen au fur et à mesure des soubresauts de l'administration Trump et du contexte international», explique Stéphane Séjourné. «Je prône de ne surtout rien noter de définitif dans les propositions que nous pouvons faire tant que nous n'avons pas une proposition américaine sur la table», détaille-t-il. Selon lui, certains secteurs de production nécessiteront une «réciprocité complète» en termes de droits de douane appliqués aux produits américains, comme l’aéronautique : «S’il y a 10 % sur Airbus, il faut qu’il y ait 10 % sur Boeing». Dans d’autres secteurs, la réciprocité n’est pas dans l’intérêt de l’UE selon lui. «L'Europe a bien entrepris cette négociation. Elle a été moins vocale que les Américains, mais également unie dans la période», affirme le vice-président exécutif à la Commission.
«Une partie de la réglementation pourrait affaiblir la demande de véhicules»En Europe, le marché de l’automobile représente 13 millions de travailleurs directs et indirects. Une industrie automobile européenne que Stéphane Séjourné estime «en danger de mort» notamment à cause de l’imposition de nouveaux droits de douane américains, de mauvais choix stratégiques et d’un excès de normes européennes. «Il y a un risque commercial fort puisque nous exportons des véhicules. Des constructeurs ont aussi décidé de produire en dehors de l'UE, pour d'autres marchés, pour des marchés domestiques sur lesquels ils comptent se développer. Il faut qu'on continue à pouvoir les aider», prévient le commissaire européen.
L’UE a voté l’interdiction de la vente de voitures à essence et diesel à partir de 2035. Une décision qui pourrait être remise en question par la Commission européenne afin de relancer le secteur automobile. «Une partie de la réglementation pourrait affaiblir la demande de véhicules si nous n'avons pas des critères d'achat européen de voitures électriques dans les flottes professionnelles d'entreprise, nous n'arriverons pas à booster la demande et nous n'arriverons pas à sortir par le haut», explique Stéphane Séjourné. «Dans un deuxième temps, il faut trouver de nouveaux marchés et de nouveaux accords commerciaux. [...] Si nous souhaitons réduire notre dépendance par rapport à la Chine et se préserver d'un futur marché américain qui peut fermer, il faut absolument trouver des nouveaux débouchés».
«L'Europe n'a pas l'arsenal réglementaire et la protection des démocraties nécessaires»En Roumanie, le pro-européen Nicusor Dan a été élu président face au nationaliste George Simion. Ce dernier a contesté sa victoire auprès de la Cour constitutionnelle qui a rejeté ce recours. Le candidat perdant demandait l'annulation du scrutin au motif «d'ingérences extérieures» de la France. Stéphane Séjourné dément toutes ces infox, et appelle à «faire attention» : «Je pense que cela va se multiplier dans beaucoup d'élections. L'Europe n'a pas l'arsenal réglementaire et la protection des démocraties nécessaires à hauteur de ses ambitions», estime le commissaire, également ancien ministre de l'Europe et des Affaires étrangères français. Rappelant que le chinois Tik Tok est en effet intervenu dans la première élection présidentielle roumaine en décembre 2024, en propulsant un candidat pro-russe, il insiste : «Il faut maintenant qu'on puisse s'adapter, y compris aux nouvelles technologies, aux fake news et à l'ingérence étrangère de manière collective. Des mesures doivent être mises à disposition des États membres pour se protéger également et avoir une honnêteté et une liberté de parole parfaite dans ces élections».
L’élection présidentielle à venir en Pologne pourrait également être menacée par l'ingérence étrangère : «Il y a une campagne, elle est libre, à priori. Nous n’avons pas de retour d'ingérence massive qui pourrait changer les comportements électoraux des Polonais de manière artificielle ou avec des fausses informations», commente Stéphane Séjourné. La présidence pourrait être remportée par les ultra-conservateurs qui menacent de bloquer l’agenda de retour à l’État de droit voulu par l'UE ainsi que le soutien à l'Ukraine. «C'est le risque en réalité d'avoir un retour sur des garanties de liberté de la presse, d'indépendance de la justice, de liberté d'expression, des oppositions. Il faut qu'on garantisse ces libertés, nous, Européens, mais nous ne devons pas nous mêler du débat national des partis politiques. C'est le choix des peuples souverains d'élire leur président. Il faut que nous le respections, même si cela ne nous convient pas», conclut-il.
Cette semaine, nous accueillons Roxana Minzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne. En charge des emplois de qualité, des compétences et de la préparation aux changements, elle commente les défis à relever en 2025.
Grâce à de multiples plans de relance de l’emploi au sein de l’UE, le taux de chômage atteint aujourd’hui le niveau historiquement bas de 5,8%. Ces progrès n’empêchent pas les Européens de s’inquiéter pour leur avenir sur le marché de l’emploi.
Roxana Minzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, chargée des droits sociaux, des compétences et des emplois de qualité, reconnaît que «la pauvreté est malheureusement plus sérieuse» de nos jours. «Il est vrai que nous avons des emplois mais nous devons nous demander s'ils sont des emplois de qualité. [...] Nous devons réfléchir à comment faire pour qu’un emploi offre les ressources nécessaires à une personne pour pouvoir payer tout ce dont elle a besoin. Mon rôle dans la Commission européenne est de travailler avec les partenaires sociaux, les employeurs et les syndicats afin de prendre les mesures nécessaires pour soutenir les emplois de qualité dans tous les secteurs», explique la Commissaire, issue du Parti social-démocrate roumain.
«Le niveau des jeunes n'est pas le même que celui des générations précédentes»Si le nombre de personnes sans emploi dans l’UE a baissé, le taux de chômage chez les jeunes s’élève à 15 %, soit deux fois plus que l'ensemble des travailleurs. Des chiffres qui montrent la difficulté à intégrer la nouvelle génération sur le marché de l’emploi. «Nous avons investi dans ce domaine mais ce n'est pas suffisant», admet la commissaire européenne. «Nous voyons que le niveau de compétences des jeunes n'est pas le même que celui des générations précédentes.» Elle explique notamment cela par leur fascination des réseaux sociaux, et un manque de professeurs au niveau européen. «Nous devons travailler sur toutes ces dimensions : la qualité de l'emploi, le niveau de salaire et les moyens de rendre l'apprentissage plus accessible à tous», détaille-t-elle.
«Ils trouveront ici un endroit où ils sont libres de faire leur métier»La France, en partenariat avec la Commission européenne, a accueilli le 5 mai dernier la conférence Choose Europe for Science dont l’objectif est d’attirer des scientifiques du monde entier sur le Vieux Continent. Alors que l’administration américaine ampute le budget réservé à la recherche scientifique, l’UE appelle les chercheurs outre-Atlantique à «choisir l’Europe». Pour ce faire, elle met à disposition une enveloppe budgétaire de 500 millions d'euros pour la période 2025-2027.
«L'Europe est un endroit où nous avons la liberté pour rechercher, penser, créer», explique Roxana Minzatu. «Ce n'est pas seulement un message pour les Américains, c'est un message pour tous les chercheurs et chercheuses qui veulent choisir l'Europe pour leur travail. Ils trouveront ici un endroit où ils sont libres de faire leur métier, où ils auront un soutien financier aussi.»
«Nous aurons des kits de survie spécifiques à chaque pays»Roxana Minzatu est également chargée de la préparation et de l’anticipation des crises. L’Europe est-elle prête à faire face ? «Non, je crois que la réponse très courte est non», reconnait la commissaire. «Tout le monde dit que la préparation c'est seulement pour la guerre, mais non, c'est également pour tous les événements de tous types - climatiques, économiques - qui impliquent la survie des individus», poursuit-elle.
Dans ce sens, l’UE a présenté un kit de survie que tous les Européens devraient avoir chez eux pour être autonomes pendant 72 heures en cas de crise. Il contient une liste d'une dizaine de produits jugés indispensables comme une bouteille d'eau, une lampe torche ou des allumettes. Une initiative qui a provoqué de l’anxiété chez de nombreux citoyens. «Les réactions sont différentes en fonction des pays», admet Roxana Minzatu. «Nous allons travailler ensemble avec chaque État membre afin de comprendre les spécificités de chaque pays. [...] Les pays n’ont pas tous les mêmes défis. Nous devons impliquer les citoyens, les entreprises, les autorités locales. Toutes les institutions doivent avoir un rôle dans la préparation. Investir dans la préparation à la crise et pas dans la réaction à la crise coûte moins cher. Cela est plus efficace et sauve des vies», estime-t-elle.
«Nous avons besoin de plus d'éducation»Autre sujet de crise, celui de la désinformation, qui touche les Vingt-Sept de différentes manières. En Roumanie par exemple, la Cour constitutionnelle a annulé en décembre 2024 le premier tour du scrutin présidentiel sur fond de soupçons d’ingérence russe. «Nous ne sommes pas préparés à la désinformation», s'inquiète la commissaire européenne. «Nous avons besoin de plus d'éducation. Nous voulons travailler avec les écoles, les universités, les États membres, afin de comprendre ce que sont les fake news.» Avec cette idée en tête, la Commission européenne a présenté l'«Union des compétences», un projet regroupant plusieurs initiatives dans les domaines de l'éducation et de la formation. «L’une des compétences de base, c’est celle de la citoyenneté», conclut Roxana Minzatu.
Premier groupe de médias français sur l’actualité européenne, France Médias Monde s’associe à la « Journée de l’Europe », célébrée à Paris le samedi 10 mai 2025. Pour l’occasion, Caroline de Camaret, rédactrice en chef Europe à France 24, et Valérie Gas, cheffe du service politique de RFI, on a animé un débat en public Place de la République sur le thème du logement et du climat, organisé en partenariat avec le Parlement européen, la Commission européenne et la mairie de Paris.
Cette semaine, nous recevons François-Xavier Bellamy, député européen (LR) et vice-président du Parti populaire européen au Parlement européen. Renforcement de la défense européenne, politique migratoire et unité des Vingt-Sept, il commente les défis à relever par l’Union européenne.
L’Allemand Friedrich Merz, président du Parti démocrate-chrétien, parti de droite, a été élu chancelier dans la douleur. À la surprise générale, un second tour de scrutin au Bundestag a été nécessaire pour que les députés le portent au poste de chef du gouvernement. Cette situation inédite illustre la fragilité du chancelier allemand et de sa coalition.
« Il a été élu assez largement pour avancer »François-Xavier Bellamy, député européen au sein du Parti populaire européen (PPE), dans lequel le parti de Friedrich Merz siège, voit cette élection comme un tournant dans la relation franco-allemande : « Il a été élu assez largement pour avancer. Comment est-ce que nous avançons dans la reconstruction d'un dialogue franco-allemand solide et sérieux ? Olaf Scholz avait été extrêmement en deçà de ce que nous devrions pouvoir attendre d'un chancelier allemand. Il a été très peu engagé dans cet échange franco-allemand. » Il critique la gestion politique du précédent chancelier : « Il s'agissait d’une Allemagne qui avait décidé, d'une certaine façon, de privilégier de manière très inconséquente ses intérêts de court terme. »
Le couple franco-allemand est considéré comme le moteur économique de l’UE. Le futur chancelier a décidé d’investir massivement dans la réfection des infrastructures et la défense de son pays avec un plan à hauteur de 1 000 milliards d'euros. « Un mouvement très audacieux », selon François-Xavier Bellamy. « L'Allemagne va relancer son économie et pour nous Français, c'est un défi », affirme le député européen, également vice-président exécutif du parti Les Républicains en France.
« L'Allemagne peut faire ce travail car elle a aujourd'hui 64 % de dette sur son PIB. La France, elle, ne peut évidemment plus s'autoriser un endettement supplémentaire. Elle s'endette depuis trop longtemps avec une dette qui ne sert qu'à fonctionner, pas à investir, à faire tourner un modèle social structurellement déficitaire et un État structurellement impécunieux », ajoute-t-il.
À savoir si la France sera toujours le maillon faible du couple franco-allemand, il reste optimiste : « Je ne l’espère pas. Je crois qu'il faut demain une alternance en France pour permettre d'installer à la direction de notre pays un gouvernement qui soit enfin lucide sur ces enjeux budgétaires. [...] Je ne crois pas, comme le disait Emmanuel Macron, que la France ait un problème de manque de recettes. Je crois qu'elle a un problème d'excès de dépenses publiques. [...] La relation avec l'Allemagne va être marquée par la tension très forte que représente cette divergence profonde de notre trajectoire budgétaire. »
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« Il faut apporter des réponses à la crise migratoire en Europe »Lors de sa campagne comme candidat à la chancellerie, Friedrich Merz a tenté de s’appuyer sur les voix de l’extrême droite pour faire adopter une proposition de loi visant à restreindre l’immigration, une première depuis l’après-guerre. Une alliance qui aurait poussé certains députés sociaux-démocrates à ne pas voter pour lui. « Ce qui lui a été reproché, c'est que l'AfD vote en faveur d'un texte que la CDU (le parti de Friedrich Merz) avait proposé. Il y a quand même un moment où nous rentrons dans une relation à la démocratie qui me paraît au moins discutable. Cela veut dire que nous devrions nous sentir coupable que des gens qui ont été élus par les citoyens et qui siègent valablement au sein d'un parlement votent en faveur du texte que vous proposez ? », s’indigne François-Xavier Bellamy. « C'est absolument scandaleux que cela puisse devenir un sujet d'accusation politique. »
Il défend également la possibilité de voter des textes proposés par l’extrême droite : « Au Parlement européen, le PPE a voté en faveur de plusieurs amendements qui étaient déposés par le groupe du Rassemblement national. » Cela s’applique notamment au sujet de l’immigration : « Quand le contenu est le même que celui que nous défendons, nous n'allons pas faire semblant de voter contre nos propres positions lorsqu'il s'agit, par exemple, d'amendements qui disent la nécessité de financer avec le budget européen des infrastructures physiques de protection des frontières. »
Le député européen préconise une politique migratoire stricte : « Le déni de réalité pèse encore de tout son poids sur les questions migratoires. Il faut apporter des réponses à la crise migratoire que l'Europe connaît depuis longtemps maintenant et à l'impuissance de l'Europe sur ces questions. » « Nous défendrons au Parlement européen, comme, je l'espère, la nouvelle coalition allemande défendra en Allemagne, des mesures déterminées pour renforcer nos pays sur le sujet migratoire. [...] C'est ce que je défendrai en étant représentant de mon groupe sur la directive retour », prévient-il.
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« Si nous voulons une alliance forte, il faut que nous soyons des alliés forts »Alors que le sujet du renforcement de la défense européenne est au cœur des discussions dans l’UE, François-Xavier Bellamy travaille sur le programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP). Le texte a été adopté par le Parlement, avec un budget proposé de 1,5 milliard d’euros. « Nous proposons que l'Europe investisse dans des équipements de défense pour soutenir nos armées nationales, à condition que ces équipements soient au minimum fabriqués à 70 % de composants européens. Nous souhaitons que les Européens aient une autorité de conception, que les produits soient conçus en Europe et que ces produits ne soient pas soumis à des licences juridiques extra européennes », détaille-t-il, après ce constat de dépendance : « L'an dernier, les pays européens ont collectivement acheté 79 % de leur équipement militaire en dehors de l'UE, dont une partie massive aux États-Unis. [...] Peut-être un peu par paresse collective. L'idée était que nous n'avions pas besoin d'investir nous-mêmes dans notre sécurité, puisque s'il nous arrivait quoi que ce soit, les États-Unis viendraient nous défendre », poursuit-il.
Face à des Américains qui menacent de se désengager de l'Otan et qui mènent une guerre commerciale à l'encontre de leurs principaux partenaires économiques, François-Xavier Bellamy reste sur ses gardes : « L'élection du président Trump et le discours qu'il tient désormais met l'Europe toute entière devant sa responsabilité. Les Américains sont nos alliés. Je crois qu'ils le resteront. Mais ils ne sont pas nos suzerains et nous ne sommes pas leurs vassaux. Si nous voulons une alliance forte, il faut que nous soyons des alliés forts et que nous soyons capables de nous défendre par nous-mêmes. »
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« L'État de droit, c'est d'abord le respect de la démocratie »Alors que le manque d’unité est de plus en plus criant au sein des États membres, il rappelle sa vision de l’UE : « L'État de droit, c'est d'abord le respect de la démocratie. C'est fondamental. [...] L'Europe, c'est une civilisation qui a 25 siècles d'histoire et qui porte avec elle un engagement autour de principes essentiels qui lient nos pays de manière absolument déterminante », conclut le vice-président du Parti populaire européen.
Cette semaine, nous accueillons Pascal Lamy, coordinateur des instituts Jacques Delors et ancien commissaire européen au commerce. Il commente la guerre commerciale menée par les États-Unis et les défis à relever par l’UE dans ce contexte.
Les multiples revirements de Donald Trump au sujet de l’augmentation des droits de douane effraient les marchés financiers mondiaux. Pascal Lamy, également ancien directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), estime que ce protectionnisme « ne marchera pas et que Donald Trump va être obligé de reculer, comme il a d'ailleurs commencé à le faire ».
« Ce n'est pas un grand désordre commercial mondial »Il critique les volte-face répétées du président américain : « Il impose des droits de douane à tout le monde. Le lendemain, il en retire une partie. Le lendemain, il tape un gros coup sur la Chine. » Face à cette instabilité, il relativise le poids des États-Unis : « Ce n'est pas un grand désordre commercial mondial. C'est une confrontation entre un pays qui représente 13 % des importations mondiales, qui sont les États-Unis, et ses partenaires commerciaux. »
En guise de réponse, il évoque deux options possibles pour l’Union européenne (UE) : « La première, c'est de négocier un deal commercial avec les Américains s'il y a quelque chose à négocier. Une négociation commerciale, en général, c'est gagnant-gagnant. » Il rappelle que la Commission européenne a proposé aux États-Unis une exemption de droits de douane totale et réciproque pour les produits industriels afin de tenter d'éviter une guerre commerciale.
« L’autre option consiste à prendre des mesures de rétorsion au cas où [...] cette négociation ne marche pas et si les Américains maintiennent leurs tarifs. À ce moment-là, nous sommes tout à fait dans notre droit vis-à-vis de l'OMC de prendre des contre-mesures à la taille de la pénalité que les Américains nous imposent », détaille-t-il. « Nous avons les moyens de faire face, y compris si le marché américain se fermait aux exportations chinoises et si cela se traduisait par un reflux des exportations chinoises sur le marché européen. »
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« Nous ne voyons pas assez bien ce qu'il est en train de faire sur le plan politique »Au-delà de l'aspect économique, le coordinateur des instituts Jacques Delors appelle à la vigilance au sujet des politiques menées par l'administration Trump : « Nous sommes un peu trop obnubilés par cette hyperactivité, ce show permanent et quotidien de Monsieur Trump sur les histoires de droits de douane. Nous ne voyons pas assez bien ce qu'il est en train de faire derrière sur le plan politique aux États-Unis et dans le système international. C'est probablement plus grave, plus profond, plus systémique. »
« Le protectionnisme de Trump est un vrai sujet, mais il ne faut pas qu'il cache ce qu'il y a de plus grave : l'extension du pouvoir exécutif américain. Nous n’entendons plus parler du Congrès. Les tribunaux judiciaires ne vont pas contrôler l'autorité du président sur les questions de commerce international et il est en train de prendre des décisions qui sont en violation complète des accords internationaux que les États-Unis ont souscrits depuis 150 ans », poursuit Pascal Lamy. « Il y a une entreprise de démolition systématique de tout ce qui contraint l'exercice de la puissance qui, à mon avis, est très grave. »
« Tout cela ne sent pas bon, cela sent même très mauvais »Au sujet de la guerre qui sévit sur le continent européen, les États-Unis affirment être sur le point d’obtenir un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie. Les Ukrainiens et les Européens, quant à eux, craignent des concessions territoriales en faveur de la Russie. « Un arrangement à la Trump avec monsieur Poutine, si on en croit ce qu'ils sont en train de discuter, serait assez catastrophique pour l'Ukraine et donc pour l'Union européenne. Cela voudrait dire que nous reconnaissons l'usage de la force sur le continent européen pour conquérir des territoires », alerte Pascal Lamy.
Il rappelle que l’UE n’est pas à la table des négociations, quand bien même « l’Ukraine est un pays européen candidat à l'accession à l'UE ». « Tout cela ne sent pas bon, cela sent même très mauvais », insiste Pascal Lamy, également vice-président du Forum de Paris sur la paix. « Est-ce que ceci impliquerait un retrait du soutien militaire américain à l'Ukraine ? Ce qui voudrait dire que toute la charge du maintien de la paix après un accord de cessez-le-feu reposerait sur des épaules européennes. Il y a là une inconnue », explique Pascal Lamy.
Face à ces questionnements, il défend un renforcement de la défense européenne : « L’Europe doit maintenant investir dans une défense commune. Ça ne veut pas dire une armée commune. [...] Je pense que le tournant est pris afin de reconstruire un système de sécurité en Europe qui nous mette à l'abri de nouvelles tentatives russes », conclut-il.
Alors que les Européens continuent à s'interroger sur leur place et leur puissance dans un monde très mouvant et que la France s'efforce d'être au cœur du réacteur européen, Benjamin Haddad, ministre délégué à l’Europe s’exprime sur la présidence Trump, la guerre en Ukraine et la nouvelle donne géopolitique.
À l’approche des 100 jours de la présidence de Donald Trump à la Maison Blanche, Benjamin Haddad, qui a travaillé plusieurs années à Washington dans des think tanks politiques, estime que « nous sommes à un moment de bascule historique pour notre continent et qu’il faut en tirer les conclusions ».
« Sur l’Ukraine, la Russie a des visées maximalistes et inacceptables »
Benjamin Haddad évoque la guerre d'agression de la Russie contre l’Ukraine « qui a un impact sur la liberté, la démocratie et la souveraineté des Ukrainiens, mais plus profondément sur notre sécurité à nous, Européens, puisque les Ukrainiens se battent aussi pour la sécurité de l'Europe et c'est pour cela que nous les soutenons ».
Il pointe clairement la responsabilité de la Russie : « La vérité, c'est que le président Zelensky, il y a plus d'un mois déjà, a dit qu'il souhaitait une trêve inconditionnelle, qu'il y était prêt. La Russie n'a pas répondu. […] La Russie continue de frapper les civils, les infrastructures, les militaires ukrainiens. Elle continue d'avoir des visées maximalistes et inacceptables : la neutralisation et la démilitarisation de l'Ukraine, le renversement du président Zelensky. Fondamentalement, ce que la Russie cherche depuis le début, c'est d'effacer l'Ukraine en tant qu'État-nation, en tant que nation souveraine et indépendante. Et ça, c'est inacceptable. »
Benjamin Haddad rappelle les initiatives diplomatiques prises par les Européens comme la rencontre avec le secrétaire d'État américain et le négociateur Steve Witkoff à Paris. « C'était la première fois que nous avions autour de la table les Ukrainiens, les Européens et les Américains pour dire que nous souhaitions un cessez-le-feu. »
Face la guerre commerciale, « l’Union européenne a les moyens d'imposer un rapport de force »
Pour Benjamin Haddad, les droits de douane imposés par Donald Trump sont complètement injustifiés et ne correspondent en rien à la réalité des relations économiques entre l'Union européenne et les États-Unis. « Déjà, cela n'inclut pas les relations sur les services. Et les Européens sont importateurs de services, en particulier de services numériques américains. On y compte des taxes qui sont imposées à toutes les entreprises, y compris européennes, comme la TVA, la taxe sur la valeur ajoutée, cela n’a aucun sens. Ce que nous constatons aussi, c'est que cette guerre commerciale n’est dans l'intérêt de personne. Elle va avoir un impact inflationniste sur les États-Unis, les marchés boursiers sont en train de dévisser et donc l’impact économique est très négatif. »
Face à cette situation, l’Europe a les moyens de réagir, souligne le ministre délégué à l’Europe : « Aujourd'hui, la Commission européenne mène une négociation pour mener à la désescalade avec les États-Unis. Nous la soutenons. Nous, ce que nous avons dit aussi, c'est que nous devons être prêts à utiliser des instruments de réponse que nous avons développés ces dernières années. Je pense par exemple à l'instrument anti-coercition qui permettrait d'élargir la palette d'instruments dont dispose l'Union européenne […] La présidente de la Commission elle-même a dit que la taxation des services numériques était une possibilité. Nous avons des instruments et l'Europe n'est pas faible. L’Europe, c'est 450 millions d'individus. C'est un grand marché intégré. C'est le premier partenaire commercial des États-Unis. Donc, nous avons les moyens d'imposer un rapport de force et de défendre nos intérêts. »
Benjamin Haddad rend aussi hommage au pape François, pour les catholiques et « tous ceux qui ont vu dans ce pape une source d'inspiration dans la voie vers le dialogue, vers la paix, vers la tolérance ». Il rappelle aussi les positions du souverain pontife sur la question de l'immigration et ajoute : « Il y a dans tous nos pays une exigence normale, naturelle, de maîtriser nos frontières, d'avoir des politiques migratoires démocratiques, de pouvoir faire respecter la loi. Mais ce qu’il nous a rappelé, c'est que derrière ces principes, il y a des individus, il y a des parcours de vie, il y a des femmes, des hommes, des enfants. Nous avons vu les drames humains en Méditerranée avec des centaines de morts dans des conditions absolument atroces. Et donc nous avons encore une fois l'exigence, en tant que dirigeants politiques, de faire respecter le droit de faire respecter la loi et de le faire avec humanité. »
Cette semaine, nous recevons Alain Berset, Secrétaire général du Conseil de l'Europe. Défense de la démocratie, reconstruction de l’Ukraine, résilience face aux ingérences étrangères : il commente les missions menées par son organisation.
Le Conseil de l'Europe, organisation internationale instituée en 1949, compte 46 pays signataires de la Convention européenne des droits de l'homme. L’institution est garante de l'État de droit sur le continent. Face à la guerre en Ukraine et aux conflits dans d’autres régions du monde, son Secrétaire général, Alain Berset, explique qu'« aujourd'hui, la force, la violence, la destruction, la guerre et l'impunité semblent dominer l'agenda ».
« Nous devons réfléchir à la création d'un tribunal dédié »Au chapitre de la guerre en Ukraine, Alain Berset, également ancien conseiller fédéral et président de la Confédération suisse en 2018 et 2023, confirme la volonté du Conseil de l’Europe de se battre contre l’impunité : « Nous avons créé un registre des dommages pour enregistrer les destructions des maisons privées. Nous enregistrons aussi maintenant les décès des proches et les conséquences de la guerre. L’idée est d’avoir la plus haute qualité possible d'enregistrement pour pouvoir un jour envisager la réparation et la reconstruction. »
Le Secrétaire général du Conseil de l'Europe explique qu’il « n’y a pas de cour internationale compétente pour se saisir du sujet de l’impunité ». « Si nous ne voulons pas que l'impunité l'emporte, nous devons réfléchir à la création d'un tribunal dédié. Avec le Conseil de l'Europe, nous sommes prêts à mettre tout cela en place si cela est souhaité par les États membres du Conseil », poursuit-il.
« La liberté d'expression est absolument garantie en Europe »Face à la montée du populisme, de l’autoritarisme et de la désinformation, Alain Berset estime que « la démocratie recule un peu partout ». Alors que les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle sont parfois accusés de nourrir la désinformation, il appelle à « adapter le fonctionnement de nos démocraties à ce monde dans lequel la diffusion de l'information, la manière de mener le débat a complètement changé ». « C'est un monde dans lequel il y a beaucoup plus de fragmentation et de polarisation qu’avant », ajoute-t-il. « Nous devons réfléchir ensemble à une architecture de sécurité démocratique sur le continent européen. Pas seulement dans l'Union européenne, mais avec les 46 membres du Conseil de l'Europe, ce qui représente une immense diversité. »
En ce qui concerne les réseaux sociaux, les géants du numérique américains refusent toute réglementation européenne au nom de la liberté d’expression. « La liberté d'expression est absolument garantie en Europe ainsi que la diversité des opinions. Nous devons toujours faire attention à ce que cela ne recule pas. Mais la liberté d'expression, ce n'est pas la liberté à dessein, avec des objectifs politiques, comme faire exprès de diffuser des fausses informations. Donc évidemment, il faut un certain contrôle. Celles et ceux qui dirigent ces entreprises [du numérique] doivent être attentifs, sinon, nous minons les conditions même d'exercice de la démocratie », détaille le Secrétaire général du Conseil de l'Europe.
« Les ingérences étrangères sont de plus en plus courantes »Le Conseil de l’Europe a également pour objectif de renforcer la résilience du continent face aux ingérences étrangères. « La démocratie, c'est vivant. Nous votons souvent, mais c'est un système qui est très fragile. Ce système, parce qu'il fait participer les masses à des décisions communes, est très sensible aux manipulations de l'opinion ou de l'information. Nous devons nous adapter. Nous devons être capables de poser des conditions pour que la démocratie fonctionne dans un monde qui n'est plus celui d'il y a 30 ans », note Alain Berset. « Les ingérences étrangères sont de plus en plus courantes », poursuit-il.
« Il ne faut pas se laisser déstabiliser »Au sujet des multiples volte-face de Donald Trump concernant l’instauration de droits de douane supplémentaires, Alain Berset critique la « création d’incertitude » de la part de l’administration américaine. « Il ne faut pas se laisser déstabiliser par cela. C'est très négatif pour tout le monde et je pense que les premiers concernés seraient les consommateurs américains », estime le Secrétaire général du Conseil de l'Europe. Face à cette situation d’instabilité, il appelle à « penser à long-terme » : « Nous devons penser pour les générations qui vont nous suivre », conclut-il.
Cette semaine, nous accueillons Luuk van Middelaar, philosophe et historien néerlandais, ancien conseiller du Conseil européen et à la tête du think tank Brussels Institute for Geopolitics. Face à la menace russe et à l’hostilité des États-Unis envers l’Union européenne, il commente les défis majeurs que les Vingt-Sept doivent relever.
Cette semaine, Donald Trump a annoncé qu'il suspendait pour 90 jours une salve de droits de douane « réciproques » qu'il avait dévoilée une semaine plus tôt à l'encontre de dizaines de pays, dont les États membres de l'Union européenne (UE). Le président américain maintient cependant une surtaxe générale à l'importation de 10%. « Aujourd’hui, nous ne savons plus très bien si ces droits de douane ont pour but de négocier de meilleurs accords avec les partenaires commerciaux des États-Unis ou s’ils sont destinés à rester à long terme », explique Luuk van Middelaar.
En revanche, l’administration américaine porte à 125% les droits de douane contre les produits en provenance de Chine. « Il y a une intensification de la guerre commerciale avec la Chine et un apaisement avec tous les autres. La vraie obsession des Américains, c’est l'émergence de la Chine comme rival stratégique, qui risque de prendre la première place dans le monde au niveau économique, stratégique et militaire », détaille Luuk van Middelaar, également ancien conseiller du premier président du Conseil européen. « Les États-Unis veulent se repositionner dans cette rivalité stratégique avec la Chine et pour cela, ils sont prêts à tout détruire, même l'ordre mondial qu'ils ont construit. »
« Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du continent européen »Au chapitre de la guerre en Ukraine, les États-Unis mènent des négociations avec la Russie, sans inclure les Européens. Une stratégie que déplore le directeur du think tank Brussels Institute for Geopolitics : « Ce qui est en jeu dans ces négociations entre Américains et Russes, c'est l'avenir du continent européen. Il s'agit également de l'Ukraine qui est le premier concerné, mais plus largement, il en va de l'architecture de sécurité du continent européen. »
Il qualifie d'« humiliant » le fait que l’UE ne soit pas à la table des discussions. « Trump et Poutine préfèrent traiter de grande puissance à grande puissance, voire d'homme à homme », pense Luuk van Middelaar. S’il salue les récentes initiatives menées par Emmanuel Macron pour réunir une « coalition de volontaires », il martèle que les Européens doivent « s’organiser ».
« Un vrai effort au niveau de l'UE »Il reconnaît la nécessité d’un renforcement de la défense européenne : « Trump met un terme à une période de 80 ans pendant lesquels les États-Unis nous ont protégés en Europe : il faut s'armer, savoir mieux se défendre en tant qu’Européens. » Au chapitre du financement, il reconnaît « un vrai effort au niveau de l'UE », se référant au plan de la Commission européenne baptisé « réarmer l’Europe » qui ambitionne de mobiliser près de 800 milliards d’euros pour sa défense et fournir une aide immédiate à l’Ukraine. En ce qui concerne le possible envoi de militaires en Ukraine en cas de cessez-le-feu, il explique que les décisions ne relèvent pas que des Vingt-Sept mais d’une « coalition de pays » comme le Royaume-Uni ou le Canada.
Dans son pays, les Pays-Bas particulièrement rigoristes, le premier ministre Dick Schoof a essuyé un vote négatif pour une rallonge budgétaire « Ream Europe » : « Les Pays-Bas ne sont pas toujours les partenaires les plus constructifs à ce sujet, mais ils ont finalement voté pour », explique le philosophe et écrivain néerlandais. « Les Pays-Bas sont très actifs dans le soutien à l'Ukraine et ont donné beaucoup d'argent en bilatéral », tempère-t-il. « Les Pays-Bas ne sont pas des grands fans des emprunts collectifs, mais une fois que l'Allemagne changera de position, je pense qu’ils suivront le mouvement. »
En effet, en Allemagne, la nouvelle coalition de Friedrich Merz a voté un plan de dépense de 500 milliards pour investir dans les infrastructures du pays et a l’intention d’investir massivement dans la défense. « Face au double choc de Poutine et de Trump qui nous tombent dessus, Friedrich Merz saisit l'occasion pour changer de ligne. C'est peut-être l'une des décisions les plus importantes qui ont été prises cette année au niveau européen », explique Luuk van Middelaar. « Il ne faut pas sous-estimer l'effet que cela peut avoir, car l'argent qui est investi en Allemagne aura un effet sur tous les voisins, y compris la France », conclut-il.
Cette semaine, nous recevons Andrej Plenkovic, Premier ministre croate. Il réaffirme son soutien indéfectible à l'Ukraine et commente un possible élargissement européen aux pays des Balkans.
La Croatie, pays balkanique de 3 900 000 habitants, est un fervent soutien de l’Ukraine. Andrej Plenkovic, Premier ministre du parti de droite de L’Union démocratique croate, rappelle que son pays a été occupé à la suite de l’agression du président serbe Slobodan Milošević dans les années 1990 : «Nous savons ce que c’est d’être victime d’une agression». «Notre expérience est unique. Pour cette raison, nous soutenons l’Ukraine d’un point de vue politique, financier, technique, humanitaire et militaire», poursuit le Premier ministre.
La Croatie fait partie de la «coalition des volontaires», les alliés de l’Ukraine qui discutent actuellement des garanties de sécurité à apporter au pays et notamment de la possibilité d’envoyer des soldats européens sur le terrain en cas de cessez-le-feu. «Nous souhaitons une paix juste et durable. Certains pays sont prêts à envoyer des soldats en Ukraine. La Croatie n'est pas prête», tempère le Premier ministre.
En effet, le gouvernement d’Andrej Plenkovic est en situation de cohabitation avec le socialiste Zoran Milanović, reconduit comme président en janvier 2025. Le président croate, chef des armées, s’oppose à un envoi de ses troupes en Ukraine. «Mon gouvernement n’a jamais proposé que l’armée croate participe aux opérations sur le sol ukrainien une fois la paix établie», se défend le Premier ministre. Il estime cependant que son pays pourrait tout de même jouer un rôle significatif dans la recherche de la paix : «La coalition des volontaires signifie que chaque pays qui en fait partie peut trouver un mode de participation pertinent pour atteindre le but recherché.»
«Il y a 26 pays d'un côté et un autre à part»
En ce qui concerne l’aide apportée à l’Ukraine, la division est réelle au sein des Vingt-Sept. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche de Vladimir Poutine et Donald Trump, refuse à présent de signer en faveur d'une aide financière rapide pour le pays en guerre. «Il y a 26 pays d'un côté et un autre à part. Le Premier ministre hongrois a une stratégie complètement différente», reconnaît Andrej Plenkovic. «Il est tout à fait aligné avec l'administration Trump et n’est pas d’accord avec notre modèle de sanctions contre la Russie.» «Mais les 26 autres ont toujours été pour l'Ukraine», rappelle le Premier ministre croate.
Le président socialiste croate Zoran Milanović a régulièrement dénoncé le soutien de l’Union européenne (UE) envers l’Ukraine. S’il reconnaît que le président a été élu démocratiquement, Andrej Plenkovic rappelle qu’il a lui-même été reconduit trois fois à son poste et estime «qu’une grande partie de la population croate soutient la ligne politique du gouvernement en ce qui concerne les questions internationales». «La Croatie est aujourd’hui à la table des discussions au sujet de l'architecture nouvelle et de la sécurité de l’Europe ou de l’aide apportée à l'Ukraine», explique-t-il.
«Il faut discuter de la situation dans les Balkans occidentaux»Alors que les Vingt-Sept envisagent l'élargissement de l’Union à de nouveaux États, notamment à l’Ukraine, Andrej Plenkovic salue cette «nouvelle volonté politique au sein de l'UE». La Croatie est le dernier pays à avoir rejoint le club des 27 en 2013 et aspire à être un pont entre l'UE et les pays candidats des Balkans : «Les pays de l'Europe du Sud-Est sont en première ligne pour entrer dans l’UE. Nous les soutenons tous, notamment la Bosnie-Herzégovine, où les Croates représentent une partie de la population avec les Serbes et les Bosniaques.» «Il faut que tous nos voisins, nos amis, remplissent les critères d'adhésion», nuance-t-il.
Au moment où certains pays des Balkans sont marqués par de fortes manifestations et où l’influence russe est présente, Andrej Plenkovic insiste sur la nécessité de «discuter de la situation dans les Balkans occidentaux au prochain Conseil européen». Il cite la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Kosovo, le Monténégro, l'Albanie ou la Macédoine du Nord qui, selon lui, «sont prêts à accélérer leur intégration dans l'UE». Il en appelle notamment à la prudence de l’Union : «Il existe une situation politique et des tensions auxquelles l'Europe doit d'abord faire attention. Il faut agir pour la stabilité, soutenir les forces politiques qui sont pour la stabilité et l’intégration européenne.»
«Des relations de bon voisinage»
En Serbie, des manifestations secouent le pays à la suite d’un accident ayant fait quinze victimes dans la gare de Novi Sad. Un mouvement de jeunesse transpartisan fait vaciller Aleksandar Vučić, le nationaliste au pouvoir depuis 2014. «Ces manifestations sont portées par des groupes très hétérogènes de la société serbe. La balle est maintenant dans le camp du président Vučić afin de proposer un nouveau gouvernement et de rechercher une stabilité. Nous sommes pour la stabilité et les processus démocratiques», explique Andrej Plenkovic.
La Serbie, qui a signé un accord de coopération militaire avec la Croatie en 2010, a parfois adopté un discours très pro-russe. «Le jour arrivera quand la Serbie devra choisir si elle est du côté de l'Europe ou de la Russie», déclare le Premier ministre croate. «S'il y a une vraie volonté d'être au sein de l'UE, il faut faire des choix stratégiques», poursuit-il.
S’il reconnaît des relations «de bon voisinage» avec ce pays, notamment en termes de commerce, il évoque «des questions qui restent ouvertes depuis l’agression de la Serbie il y a trente ans». «Nous aimerions régler toutes les questions au sujet de la minorité croate [qui vit en Serbie] alors que nous soutenons la minorité serbe en Croatie», lance-t-il.
Cette semaine, nous recevons Alexander Stubb, président de la République de Finlande. Fervent soutien à l’Ukraine, il commente le renforcement de la défense européenne et la menace russe qui pèse tout particulièrement sur son pays.
Le 27 mars 2025, la France a organisé une réunion de la coalition des États soutenant Kiev. Le Royaume-Uni et la France ont avancé le projet de déploiement futur d'une «force de réassurance» en Ukraine. Pour Alexander Stubb, «l'Ukraine a l’armée la plus moderne avec beaucoup d'expérience et 400 000 soldats». «Si nous pouvons participer avec une vingtaine ou trentaine de milliers de soldats, cela va aider un peu, mais ce n’est pas pour être en première ligne. Nous nous focalisons trop sur l’envoi de troupes mais il y a beaucoup d'autres choses que nous pouvons faire. Ce n'est pas qu’une question de soldats. L'envoi de soldats est plutôt symbolique.»
«Nous sommes marginalisés»Les États membres refusent toujours de nommer un envoyé spécial de l’UE à la table des négociations, ce que le président finlandais déplore : «Il y a beaucoup de bons Européens qui peuvent le faire (…) Mon ambition, c'est d'avoir une équipe européenne. Alors que les Ukrainiens, les Russes et les Américains disposaient d’une équipe de négociation lors des dernières discussions en Arabie Saoudite, l’UE était présente mais pas avec une position forte : nous sommes marginalisés», déclare-t-il.
«Il faut avoir une stratégie européenne pour l'Ukraine»Alors que la Russie agrée à un cessez-le-feu partiel, le président finlandais rappelle qu’un cessez-le-feu complet de 30 jours est nécessaire : «Les Ukrainiens, les Européens et les Américains voulaient un cessez-le-feu complet. Les Russes ont accepté un cessez-le-feu partiel et ont posé d’autres conditions. Poutine ne veut pas de paix, il ne veut pas de cessez-le-feu.» Et d’ajouter : «Il faut avoir une stratégie européenne pour l'Ukraine. L’accession à l’UE est très importante. Il y a déjà beaucoup de progrès dans les négociations.» Alors que son pays a rejoint l’OTAN il y a deux ans, il voudrait «bien voir l'Ukraine dans l'OTAN un jour… mais un compromis aujourd’hui consisterait à donner la possibilité pour l’Ukraine d’adhérer immédiatement à l’OTAN, si les Russes violent brutalement un futur traité de paix».
Les pays alliés de l'Ukraine, réunis à Paris, ont exclu toute levée des sanctions contre la Russie. «Il faut continuer les sanctions et utiliser tous les moyens que nous avons. La seule chose que Poutine comprend, c'est le pouvoir. Si nous sommes faibles, il va l'utiliser contre nous», estime-t-il. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche de Vladimir Poutine et Donald Trump, a refusé de signer en faveur d’une aide financière rapide pour le pays en guerre. Alexander Stubb relativise : «Nous trouvons toujours des mécanismes pour éviter un blocage qui vient de la Hongrie, au sujet des sanctions par exemple. En ce moment, c’est une Europe à la carte, un peu intergouvernementale sur quelques sujets. C'est la réalité de l'Europe».
«Il faut trouver des solutions pour pousser à la Défense»La Commission européenne a annoncé un investissement dans la Défense pouvant atteindre les 800 milliards d’euros : «Nous sommes une union de paix mais nous avons toujours de grands projets, comme le marché intérieur ou l'euro. Maintenant, ce sera la Défense ! » assène le chef d'État finlandais. La France propose de contracter un grand emprunt européen en commun, un projet désormais soutenu par son pays nordique, jadis très rigoriste : «La Finlande a changé sa position à ce sujet : il faut tous ensemble trouver des solutions pour pousser à la Défense. Il faut trouver des instruments financiers.»
Au chapitre des droits de douane imposés par l’administration Trump sur certains produits européens, Alexander Stubb prône «plus de libre-échange mondial». «Si Donald Trump pousse pour des droits de douane supplémentaires, l'Europe va répondre», conclut-il.
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