Neuf pays riverains de la mer du Nord se retrouvent à Hambourg pour un sommet stratégique consacré à l’éolien offshore, devenu un pilier de la souveraineté énergétique et industrielle européenne. La sécurité maritime et les tensions géopolitiques, avec en toile de fond le Groenland, s’invitent aussi à l’agenda. Explications.
Hambourg accueille le troisième sommet sur l’avenir énergétique de la mer du Nord, après un premier rendez-vous au Danemark en 2022, puis un second en Belgique en 2023. Autour de la table : l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la France, l’Irlande, le Royaume-Uni et la Norvège.
L’objectif est clair : accélérer sur l’éolien offshore pour sécuriser l’approvisionnement, réduire les dépendances et tenir les engagements climatiques. La mer du Nord est déjà le cœur de cette stratégie : elle concentre environ 40 gigawatts d’éolien en mer installés, soit plus de 80 % des capacités européennes.
Des objectifs colossaux, un défi industriel
À Hambourg, les pays participants entendent tripler les capacités d’ici 2030, à 120 gigawatts, puis dépasser les 300 gigawatts en 2050. À terme, l’éolien offshore pourrait fournir jusqu’à un quart de l’électricité consommée dans l’Union européenne.
Mais l’ambition a un prix : près de 800 milliards d’euros d’investissements sont évoqués pour financer les parcs, les fondations, les turbines, les câbles sous-marins et surtout les réseaux électriques offshore nécessaires pour acheminer l’énergie vers le continent. Ces infrastructures doivent aussi préparer, à terme, le développement d’une filière d’hydrogène vert.
Un enjeu industriel et social
Au-delà de l’énergie, le sommet met en avant l’enjeu industriel et social. Selon des estimations européennes, la filière pourrait soutenir jusqu’à 300 000 emplois en Europe d’ici 2030, dans la construction navale, l’ingénierie, la maintenance, les ports spécialisés ou la fabrication de câbles et de turbines.
Le contexte est aussi politique. La France, longtemps en retard, n'a inauguré son premier parc éolien offshore qu'il y a un peu plus de trois ans, au large de Saint-Nazaire, dans l'Atlantique, tandis que l’opposition locale reste vive dans plusieurs pays. Et à l’international, la dynamique contraste avec la politique américaine : Donald Trump a récemment coupé les soutiens fédéraux à l’éolien et multiplie les attaques verbales contre cette filière.
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Enfin, la question de la sécurité en mer du Nord s'impose : protection des parcs, surveillance des câbles de communication, risques d'approches hostiles ou de survols de drones près d’infrastructures stratégiques. Un volet qui donne à ce sommet une dimension géopolitique assumée, au moment où les débats sur le Groenland et l’Arctique montent en puissance en Europe du Nord.