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Or


Une mère démunie face à son bébé, voilà l'histoire de la pièce Orso et moi. Géraldine Martineau part d'une histoire personnelle et raconte une expérience peu avouée d'une maternité qui commence mal. Être mère est un apprentissage de tous les instants. Justine Heynemann met en scène Orso et Moi au Théâtre National de la Colline et s'empare de cette pièce dramatique pour en faire une ode à la vie, entre conte et esprit festif. Géraldine Martineau, actrice de haut niveau, nous livre son texte avec une énergie débordante.
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Notre Invité culture ce 12 octobre est le directeur de la maison d'édition Riveneuve, Gilles Kraemer. Il publie en cet automne le tout premier roman du grand penseur africain-américain W.E.B. Du Bois : La Quête de la Toison d'Argent. Un texte exceptionnel pour mieux comprendre la lutte d'émancipation des Africains-Américains.
RFI : Gilles Kraemer, vous êtes le directeur des éditions Riveneuve et vous publiez le premier roman du sociologue, essayiste, poète et romancier africain-américain, W.E.B. Du Bois (William Edward Burghardt Du Bois), Le Quête de la Toison d'Argent, traduit par Florence Canicave. C'est un roman qui a été écrit en 1911. Nous sommes aujourd'hui en 2026. Pourquoi ce roman n'a-t-il jamais été publié auparavant en France, selon vous ? Et pourquoi avez-vous choisi de le publier ?
Gilles Kraemer : Effectivement, c'est très surprenant. Nous avons eu cette chance inouïe un peu par hasard. Nous avons publié une revue consacrée à la Harlem Renaissance, le grand mouvement des fiertés noires dont on célèbre le centenaire. Et cela nous a permis d'entrer en contact avec la traductrice du roman de W.E.B. Du Bois, Florence Canicave, qui nous a proposé cette traduction qui aurait dû être initialement publiée par les éditions de la Cheminante, il y a presque une dizaine d'années. Depuis, la Maison de la Cheminante a fermé brutalement et ce livre, qui était prêt à être publié, ne l'a jamais été.
Un siècle après la parution aux États-Unis de ce roman, personne en France n'avait songé à le publier ?
Dubois a été publié. Mais les traductions qui ont été faites de ses œuvres concernent essentiellement ses travaux théoriques et ses travaux engagés. Mais pas du tout ses romans – il en a pourtant écrit cinq –, ni non plus ses écrits poétiques, alors que c'est quelqu'un qui est arrivé à l'écriture par la poésie.
W.E.B. Du Bois est historien, penseur, sociologue... Pourquoi, à un moment, a-t-il choisi de bifurquer vers la fiction pour exprimer ses idées d'émancipation, d'égalité, de panafricanisme ?
La fiction, c'est quelque chose qui est accessible. Et c'est vrai que W.E.B. Du Bois s'adressait à un public à la fois éduqué et pas très éduqué, aux Noirs et aux Blancs. Le roman était effectivement une formule plus accessible pour mettre en scène ses théories, et c'est ce qu'il fait à travers cet ouvrage. C'est un roman qui se passe juste après la guerre de Sécession. Il s'agit de reconstruire les États-Unis avec le Sud, donc des grands propriétaires terriens du coton notamment qui s'associent avec les hommes d'affaires du Nord. Des hommes relativement sans foi ni loi, puisqu'au final, il s'agit de construire un capitalisme musclé, sévère, rude qui est celui des États-Unis et qui n'est pas sans rappeler aujourd'hui l'Amérique de Trump, avec le suprématisme blanc et aussi avec une certaine violence. Et tout cela est mis en scène dans un roman où l'on suit un jeune couple qui a réussi grâce à l'éducation et qui espère se faire une place au soleil grâce à la richesse que permet la culture cotonnière. Et ces deux êtres vont se fracasser contre un mur de verre. Et c'est tout cela qui est mis en scène dans un roman beaucoup plus accessible, beaucoup plus compréhensible par son public. Finalement, les classes populaires noires et les classes populaires blanches ne se rapprochent pas. C'est à dire qu'en fait, par le biais racial, il y a cette cassure qui fait qu'il n' y a pas de cohésion qui permettrait de renverser la tendance de ce capitalisme radical qui est à l'œuvre. Et ça, c'est aussi très moderne et très contemporain.
Rappelons à nos auditeurs l'importance de ce personnage W. E. B. Du Bois dans l'histoire de la pensée politique des Africains-Américains...
C'est un homme du XIVe siècle, et c'est le premier Noir qui sort de Harvard avec un doctorat. C'était en 1895. Il est mort presque centenaire, dans les années 1960. Il a effectivement inspiré grandement tous les mouvements, et notamment les mouvements d'émancipation et celui des droits civiques aux États-Unis. Il est même à l'origine de ces mouvements, par exemple le grand mouvement de la Harlem Renaissance, des Fiertés noires dont on a fêté le centenaire l'année dernière. Et dans Harlem, dans ce quartier de New York, les intellectuels, les jazzmen, les artistes noirs se sont réunis pour revendiquer, après la Première Guerre mondiale, des droits politiques, civiques, culturels. Et ça a été ce grand mouvement qui a essaimé jusqu'en France, également à Marseille et à Paris. Le premier grand congrès panafricain s'est tenu d'ailleurs avec W.E.B. Du Bois à Paris en 1911. C'est un mouvement qui rayonne encore aujourd'hui et qui a a beaucoup d'héritiers.
Peut-on dire que la figure tutélaire de ce mouvement et, d'une façon générale, de la pensée africaine américaine actuelle, c'est W.E.B. Du Bois ?
Oui. On le connaît en France uniquement à travers trois livres traduits et publiés, et nous ne lui avons pas rendu tous les honneurs qu'on lui doit. Donc, chez Riveneuve, nous sommes ravis de participer à faire connaître mieux ce grand personnage qui est un théoricien, certes, mais était aussi un grand romancier.
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Paradis Plage (une vie comme dans du miel) est la deuxième création de l'artiste marocaine Kenza Berrada présentée au Théâtre de Gennevilliers dans le cadre du Festival d'Automne à Paris. Après s'être penchée sur la question du consentement dans sa première pièce, elle affronte cette fois la pédophilie dans la fratrie. Au sein d'une famille bourgeoise marocaine, le secret éclate au grand jour, libérant une souffrance trop longtemps tue. Kenza Berrada s'entoure pour cette pièce d'artistes du Kabaret Cheikhates de Casablanca qui endossent des rôles de femmes et excellent dans tous les arts scéniques : musique, chant, danse, théâtre.
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À Lyon, Kokou Ferdinand Makouvia met la matière en mouvement au musée des Tissus. Remarqué à la Foire internationale d'art contemporain (Fiac) en 2021, l'artiste togolais investit la 18e Biennale d'art contemporain avec Tectonique des ombres, une installation monumentale dont les formes semblent chercher leur équilibre dans l'espace temps .
Pour Kokou Ferdinand Makouvia, la matière n'a rien de neutre. Bois, caoutchouc, papier, cuivre, il les assemble, jusqu'à les métamorphoser, et chacun garde ses cicatrices, ses souvenirs, parfois une puissance mystique qu'on peine à nommer. Son enfance togolaise et la culture mina nourrissent sa démarche, sans que l'artiste fige cette mémoire en image folklorique.
C'est précisément là que l'œuvre gagne en acuité. Elle parle d'héritage autant que de déplacement dans un monde qui ne cesse de bouger. A la fois tendu et poétique, son assemblage alterne objets détournés, sculptures polymorphes et vestiges des jours révolus. Le visiteur n'est pas laissé sur le seuil non plus. car il y circule, pouvant changer d'angle et découvrir ses œuvres sous des éclairages toujours renouvelés. Et surtout, l'artiste développe un processus de création collaboratif pour impliquer le public.
Son choix artistique multi-supports, trouve un écho dans l'intitulé de la Biennale de Lyon, « Passer d'un rêve à l'autre », consacrée aux circulations, aux échanges et à l'économie au sens large. Avec Kokou Ferdinand Makouvia, le passage s'opère d'abord dans la matière, entre ce qui subsiste et ce qui se transforme. C'est sans nul doute, le plus frappant dans Tectonique des ombres. Le Togolais ne raconte pas uniquement la mémoire, il lui donne chair. Et même une âme.
La Biennale d’art contemporain de Lyon se tient jusqu’au 13 décembre 2026.
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La Fashion Week de Paris a refermé ses portes ce mardi 6 octobre. Une semaine de vêtements de luxe, de paparazzis et de célébrités…, mais derrière le glamour et les paillettes se cache une autre réalité : celle des travailleurs et travailleuses de la mode, systématiquement exploités, peu voire pas rémunérés, et dans une grande précarité. C'est ce que raconte l'anthropologue Giulia Mensitieri dans La mode : le plus beau métier du monde, avec Dani Collaterale, un roman graphique paru jeudi dernier aux éditions La Découverte / Delcourt, une enquête aussi dense que documentée qui braque les projecteurs sur les contradictions du capitalisme.
RFI : Vous enquêtez depuis de nombreuses années sur le milieu de la mode : d'où est né votre intérêt pour ce matériau ?
Giulia Mensitieri : Pour moi, la mode est une espèce de condensé du capitalisme contemporain. Il y a de nombreux aspects qui me paraissent fascinants, notamment l'articulation entre, d'un côté, la face étincelante du capitalisme, les imaginaires désirables, la production de ces images qu'on voit partout et qui font vendre ; et, de l'autre côté, les réalités de production qu'il y a derrière ces imaginaires étincelants, glamour, c'est-à-dire diverses formes d'exploitation, d'auto-exploitation, de prédation et de précarité.
Effectivement, vous décrivez un milieu où l'argent est présent, mais ne circule jamais jusqu'à ceux qui font la mode, ceux que l'on appelle « les petites mains » : les couturières, les brodeuses, systématiquement et largement sous-rémunérées.
L'argent circule en masse, oui, mais pas auprès des masses. L'accumulation de la richesse est très inégalitaire, ce qui est typique du capitalisme contemporain. C'est une des industries les plus riches, en France en tout cas, mais cette richesse – qui se base, rappelons-le, sur du travail et sur de la consommation – est faite aussi du fait qu'il y a énormément de travail très mal rémunéré, pas rémunéré, ou rémunéré, comme je le documente, en autre chose que de l'argent.
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Il y a notamment la rémunération par le prestige et la visibilité. Un cas frappant de cela, c'est celui des mannequins. Vous dites que non seulement ces derniers ne sont pas payés, mais en plus, leur travail produit de la dette. Comment est-ce possible ?
Pour vous donner des exemples très concrets, faire, par exemple, ce qu'on appelle des pages éditos – c'est-à-dire des pages avec des photos de mode –, pour un magazine qui est prestigieux, c'est une opération professionnelle qui ne va pas vous amener de rétribution. Un mannequin qui fait un édito n'est pas payé, ça c'est certain. Défiler pour une grande marque aussi va très probablement ne pas être payé ou bien être payé vraiment en moindre mesure, ou alors par un objet : un rouge à lèvres, un sac, un tee-shirt.
Sauf que les agences de mannequins anticipent tous les frais liés à l'exercice de la profession. Les mannequins paient pour être sur les sites des agences, il y a les billets d'avion, les visas, les taxis, les mototaxis, les avions pour les castings, les appartements, tout. Tout cela est avancé par les agences – et les mannequins, très souvent, ne le savent pas. Et ce qui se passe, c'est que, comme leur travail ne produit pas de l'argent, mais coûte, eh bien ce travail va produire de la dette. Cela va sans dire, ce système qui a lieu dans toutes les agences du monde, c'est totalement illégal.
Un autre élément que vous rapportez dans votre ouvrage, ce sont ces castings organisés dans des camps de réfugiés...
Nous vivons une époque où les mots de diversité ou d'inclusivité sont à l'ordre du jour, en tout cas dans la communication des marques. Donc, la mode a commencé à chercher davantage de mannequins racialisés. Vous n'ignorez pas que les mannequins sont grandes et minces. Eh bien, les Soudanaises aussi. La mode a donc commencé à organiser des castings dans le camp de Kakuma, au Kenya [l'un des plus grands du monde, NDLR], où se trouvent pléthore de réfugiées soudanaises. Les agences font marcher des filles dans les allées du camp, puis les amènent ici, en Europe.
Il y a le cas de Nyabalang, dont je parle dans le livre. Elle a défilé ici, puis l'agence a estimé que ça ne marchait pas assez. Ils l'ont renvoyée dans le camp, avec une dette. Au-delà du dégoût moral que cela génère, c'est pour moi emblématique des décalages du capitalisme que l'industrie de la mode permet de mettre en lumière. D'un côté, il y a un imaginaire désirable ; de l'autre, les réalités. Cet exemple montre qu'au sein du capitalisme, la violence et la désirabilité peuvent coexister.
Comment expliquez-vous que ce système continue, malgré tout, de tenir ?
Il est possible de mettre en place ce type de système parce qu'il y a une forme de rhétorique, que j'ai résumée par une phrase que j'ai entendue tellement de fois dans mon enquête : « la chance d'être là. » Ces univers produisent, certes, des objets désirables – mais ce sont aussi des univers désirables en eux-mêmes. Travailler dans la mode, et ce, à toutes les échelles, crée une forte désirabilité dans l'espace social.
Donc, la mode paye autrement qu'en argent et paye aussi par une économie de la promesse et de l'espoir – qui, par ailleurs, régit de nombreux mondes professionnels, dont celui auquel vous et moi appartenons. C'est-à-dire, « je travaille aujourd'hui gratuitement parce que demain, j'espère pouvoir avoir ce poste. » Le rêve est par définition inatteignable. C'est pour ça que le capitalisme fonctionne, quelque part.
Il existe pourtant un syndicat, la Fédération de la haute couture et de la mode. Comment explique-t-on que ce syndicat ne mette pas fin à ce système d'exploitation et d'oppression ?
D'abord, c'est un syndicat patronal. Et puis, la mode a une puissance politique inouïe. Bernard Arnault [le patron du groupe LVMH, NDLR] n'est pas seulement l'homme le plus riche de France, et même d'Europe. C'est aussi quelqu'un qui parle régulièrement de la politique fiscale française, qui a été soutenu par l'État très largement lorsqu'il a fondé sa holding. Il est très proche du président de la République. La mode, ce sont les conglomérats de luxe, donc ce sont ces personnes-là, le grand patronat. Et ce grand patronat est inscrit dans la réalité économique et politique.
Il faut arrêter de penser ces univers comme des mondes à part, de paillettes. Cette idée de rêve a aussi une fonction politique, quelque part, qui fait qu'on ne pense pas ces univers comme des univers de travailleurs et travailleuses. D'ailleurs, les travailleurs et travailleuses elles-mêmes ne se représentent pas en tant que tels. Et du point de vue politique, il n'y a absolument aucun intérêt à aller voir ce qu'il se passe : cette industrie brasse des millions, des millions et des millions.
Donc qu'est-ce que cela nous amène à penser ? Eh bien que l'exploitation, l'illégalité, la prédation sont le cœur du capitalisme. Ce sont ses conditions d'existence, et pas des déviations périphériques qui auraient lieu aux marges.
Vous élargissez effectivement la focale à la fin de votre livre. Selon vous, ce système que vous venez de décrire se retrouve en fait à de nombreux échelons de l'économie française ?
Bien sûr, et pas que française, mais dans le journalisme, les médias, le cinéma, la musique, les séries, les jeux vidéo, l'architecture, l'illustration. Il y a cette logique selon laquelle on ne paye pas les gens, ou on les paye très très mal, et les gens sont là pour autre chose que pour l'argent. Or, quand on arrive – et cela, c'est politique, historique et documenté – à faire que le travail est fait pour autre chose que le salaire, eh bien c'est une énorme économie pour l'État. Et c'est un projet politique.
Cela signifie-t-il que l'économie s'effondrerait si tous ces secteurs-là commençaient à payer correctement leurs salariés ?
Je ne crois pas qu'elle s'effondrerait. En revanche, les très très riches seraient moins riches.
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Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

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