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Importante infrastructure portuaire du golfe de Guinée sur la côte atlantique, le port de Pointe-Noire va bénéficier à partir de 2028 d’un nouveau terminal, construit par le groupe Abu Dhabi Ports. Les Émiriens comptent investir au moins 200 millions de dollars (plus de 100 milliards de FCFA) dans ce projet destiné à moderniser et à agrandir le port de Pointe-Noire.
De notre correspondant à Brazzaville,
C’est en 2023 que les responsables d’Abu Dhabi Ports ont bénéficié de l’accord des autorités congolaises, en vue de construire ce terminal dans la partie est du port de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo.
Récemment, ces responsables ont signé trois agréments en vue notamment de l’obtention du matériel, pour débuter les travaux de réalisation de cette infrastructure. « Nous avons signé trois accords. Le premier avec ZPMC s’élève à environ 50 millions de dollars. Nous achetons des grues spécialisées afin de pouvoir recevoir les navires Supramax parmi les plus grands du monde. Les deux autres contrats portent sur des travaux maritimes et des travaux de superstructure pour un montant de 150 millions de dollars », a expliqué Mohammed Menhali, le directeur général d’Abu Dhabi Ports.
Le groupe ADP souhaite construire ce terminal en respectant les normes environnementales, développer l’économie congolaise et créer un nombre important d’emplois. Le terminal à construire pourrait mesurer jusqu’à 400 mètres de long, pouvant recevoir 250 000 conteneurs par an. Une quantité qui devrait augmenter avec la mise en place, à venir, de la Zone de libre-échange continentale (ZLECAF).
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« Un nouvel acteur dans l’écosystème de Pointe-Noire »ADP est en partenariat avec le groupe CMA-CGM, une alliance qui réjouit Innocent Dimi, secrétaire permanent des partenariats public-privés en République du Congo. « Ce partenariat stratégique avec le groupe CMA-CGM va permettre en effet au port de Pointe-Noire d’entrer dans une nouvelle ère, une nouvelle ère technologique, de capacité de traitements, avec les autres partenaires qui sont déjà présents. En réalité, il s’agit d’un nouvel acteur dans l’écosystème de Pointe-Noire », s’est-il félicité.
Le groupe ADP s’engage dans ce projet, alors que le monde vit une crise à travers la fermeture du détroit d’Ormuz, pouvant ralentir le rythme d’importation de certains matériaux. De son côté, Innocent Dimi loue la main tenue par les autorités congolaises aux investisseurs. « Il y a des investissements nombreux qui sont faits au port de Pointe-Noire. C’est la vision de vouloir justement accélérer le développement de notre pays. Plusieurs initiatives ont été amorcées dans ce sens dans la ville de Pointe-Noire. C’est donc un des outils (avec ADP) qui viendra parachever cela », précise-t-il. Outre ADP, le groupe AGL – Bolloré bien avant – participe depuis 2009 à la modernisation du port de Pointe-Noire avec un coût d’investissements estimé à 450 millions d’euros jusqu’en 2025.
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Dakar, Abidjan ou encore Douala… C'est au tour de la Sierra Leone de se doter d'un grand moulin grâce au groupe guinéen Sonoco. Objectif : devenir autosuffisant ou presque dans la production de farine. Aujourd’hui le pays importe la majorité de sa farine. Son grand moulin en cours de finalisation va entrer en fonction à la fin du mois. Un investissement de 50 millions de dollars en partie financé par un prêt d’aide publique de Proparco. Un investissement concordant avec les ambitions du pays, mais est-ce stratégique économiquement ?
De notre envoyée spéciale à Freetown,
Halimou Barry est le directeur financier de Sonoco. Aucun doute pour lui, produire de la farine sierra-léonaise est rentable : « Aujourd'hui, produire localement coûte moins cher qu'importer. Au-delà de ça, il y a la création d'emplois. Il y a toutes les taxes et les impôts aussi qui sont payés en toute transparence. »
Et cela, même si la Sierra Leone reste dépendante des importations en blé. Jean Charzat, administrateur du groupe Sonoco. « Il y a des périodes où on peut acheter du blé pas très cher et maintenir un prix de farine cohérent pour qu'on ait une marge de production. Il y a des périodes où on n'a pas cette marge, où on est même en perte. Et donc en fait, le principe de cette industrie, c'est toujours d'équilibrer les pertes et les gains pour être toujours présent dans le marché et nourrir la population », détaille-t-il. L’avantage comparé à l’importation de farine, c’est de toujours produire, insiste-t-il. « On fait la moyenne des bonnes années avec la moyenne des mauvaises années. Donc, on va toujours produire. On ne va pas arrêter le moulin », souligne Jean Charzat.
« C'est rentable si on l'intègre dans une logique de filière »Abidjan, Dakar, Douala, les projets minotiers se développent. Ali Bouchahda est spécialiste du secteur. S’il y a des critères très précis pour déterminer la rentabilité d’un moulin – les rendements, les coûts de l’énergie, le taux de perte… –, pour lui, l’important est le développement d’un écosystème. « C’est une évolution très positive parce que ça structure la filière céréalière localement. Un moulin aujourd’hui ne fait plus seulement de la mouture de farine, il permet de sécuriser l’approvisionnement pour les boulangers, de produire ou d'avoir une capacité de production régulière, met en avant Ali Bouchahda. Ça peut être mieux adapté pour des usages locaux. Et puis à partir d’un moulin on peut développer tout un écosystème céréalier. »
Pour Marc Debets, fondateur d’Apexagri, société de conseil experte dans le développement de filières agricoles en Afrique, l’attention doit être portée sur l’intégration de cet outil industriel. « C’est un maillon essentiel entre la production de céréales et l'utilisation, soit pour l'alimentation de bétail, soit pour l'alimentation humaine. Donc, ce sont des outils nécessaires », pointe cet expert. « L'important, c'est d'intégrer ces outils dans une filière agricole avec un amont de production végétale, de production de céréales et un aval avec des débouchés clairs. Et c'est cette intégration qui permettra de saturer l'outil et donc de le rentabiliser. Donc, oui, c'est rentable si on l'intègre dans une logique de filière », argumente-t-il. Filière d’aliments pour bétail, boulangeries et formations aux métiers de la pâtisserie… Sonoco, acteur déjà majeur en Guinée, compte bien s’imposer dans le paysage en Sierra Leone.
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Depuis le 1ᵉ mai, la Chine a supprimé les droits de douane sur les importations venant de 53 pays africains. Une mesure présentée par Pékin comme un moyen de renforcer encore les échanges avec le continent. Et à Yiwu, gigantesque plateforme du commerce mondial dans l’est de la Chine, commerçants chinois et africains voient déjà les affaires s'accélérer.
De notre envoyée spéciale à Yiwu,
Des kilomètres de couloirs, des milliers de boutiques et des acheteurs venus du monde entier. À Yiwu, dans l’est de la Chine, l’Afrique occupe une place de plus en plus importante. Steve Umba est Congolais. Cela fait près de vingt ans qu’il travaille à Yiwu dans le fret maritime entre la Chine et plusieurs pays africains : « Ça a quand même aidé, zéro taxe, c’est avantageux. Ça a boosté beaucoup de marchés, beaucoup de jeunes entreprises, tout le monde s'y retrouve. Les Chinois, ils sont ouverts. Ils gagnent, vous gagnez aussi. Et vous évoluez ensemble », explique-t-il.
Selon les autorités chinoises, les échanges entre la Chine et l’Afrique ont atteint un niveau record sur les quatre premiers mois de l’année. Et à Yiwu, les exportations vers le continent augmentent constamment, selon Zhu Shun, président de la Chambre de commerce Chine-Afrique à Yiwu : « Les exportations de Yiwu vers l’Afrique augmentent chaque année. Les acheteurs africains aiment venir faire leurs achats tout-en-un ici. Un conteneur peut contenir des dizaines, voire des centaines de références différentes », explique-t-il.
Yiwu est aujourd’hui le plus grand marché de petits articles au monde : bijoux, jouets, décorations, ustensiles de cuisine ou matériel de construction. Selon Steve Umba, c'est une plaque tournante : « Ici il y a tout. Ce genre de marché, vous ne le trouvez nulle part ailleurs. »
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« Les importations africaines en Chine devraient augmenter »Dans certains secteurs, les commerçants chinois disent voir la demande africaine progresser rapidement. Sally a 20 ans, elle vend des bijoux : « On voit que l’économie africaine se porte de mieux en mieux. Les consommateurs ont plus de pouvoir d’achat, ils peuvent acheter plus de choses. C’est un peu la Chine des années 1980 : avec l’enrichissement de la population, la demande augmente, analyse-t-elle. Aujourd’hui, la Chine a l’une des chaînes d’approvisionnement les plus performantes au monde et l’Afrique représente un marché immense. Alors pourquoi ne pas coopérer pour répondre ensemble à ces besoins ? »
Pour Pékin, cette politique de franchise douanière doit permettre d’augmenter les importations africaines vers la Chine – notamment agricoles – mais aussi de renforcer les investissements chinois sur le continent. Zhu Shun est convaincu du potentiel de cette mesure : « On voit déjà de plus en plus d’entrepreneurs chinois se rendre en Afrique pour acheter des produits agricoles, souligne-t-il. Les importations africaines en Chine devraient fortement augmenter une fois que les procédures seront bien en place. Car la Chine est un immense marché de consommation. »
Et dans les allées de Yiwu, beaucoup y voient surtout une opportunité commerciale appelée à grandir encore, y compris Steve Umba : « Foncez avec des ambitions, Yiwu, c’est l’idéal pour le business. »
À écouter dans Invité Afrique midi«En supprimant les droits de douane, la Chine ambitionne d'exporter massivement vers l'Afrique»
L'Afrique du Sud veut que ses pistaches sortent de l'ombre. C'est une activité assez marginale dans le pays, plutôt connu mondialement pour ses agrumes, ses oranges ou encore ses citrons. Mais le secteur veut capter 5 à 8% du marché mondial de pistaches d'ici dix ans. Quand les principaux producteurs font face à de nombreux défis, les acteurs sud-africains de la pistache y voient une opportunité. Car la région du Cap-du-Nord offre un climat propice à sa culture.
Avec notre correspondant à Johannesburg,
Quatre pays dominent la production mondiale de pistaches. Mais à en croire David Muller, PDG de Karoo Pistachios, les principaux producteurs sont confrontés à des défis de taille. « Les principaux producteurs actuels – les États-Unis, l'Iran, la Turquie et la Syrie – subissent tous des pressions sur leur production, qu'il s'agisse de la disponibilité de l'eau, du changement climatique, de l'instabilité politique ou de l'accès aux marchés. Cette situation nous offre une opportunité : la demande est croissante, l'offre ne parvient pas à suivre », explique-t-il.
Un événement comme la guerre en Iran permet donc à son entreprise en Afrique du Sud d'afficher de grandes ambitions : multiplier sa production par trois d'ici dix ans. Cela signifie produire 20 000 tonnes annuelles de pistaches aujourd'hui, et 60 000 dans dix ans. « Selon les prévisions, la demande devrait croître d'environ 5 à 6% par an. Notre objectif n'est pas de devenir le premier producteur, ni le deuxième ou le troisième, car personne ne peut vraiment rivaliser avec ces gros producteurs. Nous pouvons néanmoins jouer un rôle significatif sur le marché mondial en produisant des pistaches de qualité supérieure », met en avant David Muller.
C'est aussi une revanche sur le passé. Dans les années 1990, un projet gouvernemental était lancé pour développer l'industrie de la pistache en Afrique du Sud, avec de nombreux investissements et la promesse de créations d'emplois. Mais le projet fut un échec, les investissements s'arrêtèrent rapidement, la plupart des arbres furent arrachés.
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« Nous fournissons le capital, sans remboursement pendant ces six années sans production »Aujourd'hui, c'est avec le gestionnaire d'actifs sud-africain Fedgroup que Karoo Pistachios s'associe. Le but : obtenir des financements adaptés, explique Warren Winchester, de Fedgroup. « Il faut environ six à sept ans avant que les arbres ne commencent à produire des noix. Pendant ces six années, il faut également prendre en compte les coûts liés à l'acquisition des arbres, à leur entretien et à leur mise en condition optimale », détaille-t-il.
Warren Winchester propose des facilités pour développer ce type de marchés : « Concrètement, nous fournissons le capital, sans remboursement durant ces six années sans production, et nous apportons un soutien aux agriculteurs. Ensuite, lorsque les arbres produisent des noix, le remboursement du capital est directement lié à la performance de ces arbres. En résumé, nous avons modélisé un dispositif permettant de proposer un instrument d'une durée de 10 à 12 ans et de collaborer étroitement avec les agriculteurs afin d'aligner le montant de la dette sur les flux de trésorerie générés par les arbres. »
Fedgroup espère s'associer avec de nombreux producteurs locaux et prévoit d'investir 50 millions d'euros d'ici trois ou quatre ans, pour étendre la superficie consacrée à la culture de pistaches en Afrique du Sud.
Avec environ 500 millions d'euros versés en 2025, les investissements européens en Éthiopie sont à leur plus haut niveau depuis 2021, encouragés par la croissance robuste du pays de la Corne. Mais si l'Éthiopie est un marché prometteur, elle reste minée par l'insécurité et les conflits. Dans ce contexte, comment l'Union européenne peut-elle encourager les investissements économiques ?
De notre correspondante à Addis-Abeba,
L'hymne européen retentit au premier jour du « EU-Ethiopia Business Forum », comme le symbole du retour de l'Union européenne (UE) en Éthiopie. Devant une salle bondée, Jozef Sikela, commissaire européen aux partenariats internationaux, liste les points forts de l'Éthiopie : une croissance robuste, espérée à 9% en 2026, et un marché immense de 120 millions d'habitants. Pour Sofie From-Emmesberger, ambassadrice de l'UE en Éthiopie, les réformes de libéralisation menées par le gouvernement éthiopien ces deux dernières années sont aussi des arguments convaincants. « On constate désormais des opportunités pour le secteur privé, la banque, l'assurance et le commerce de détail », détaille-t-elle.
Dynamique sur le plan économique donc, l'Éthiopie reste pourtant l'un des pays les plus instables du continent : des conflits sont toujours en cours en Amhara et en Oromia, ses deux régions les plus peuplées. Les tensions restent très fortes aussi entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes, faisant même craindre ces derniers mois un nouveau conflit. Une situation sécuritaire très dégradée qui ne dissuade pas l'UE. « C'est un sujet que nous abordons de près avec le gouvernement. Mais heureusement, c'est un immense pays, il y a donc des zones de violence, mais également d'immenses opportunités d'investissement », assure la diplomate.
« Une stratégie de ''realpolitik'' »Une vision que partage Claudio Pasqualucci, commissaire de l'Agence italienne du commerce à Addis-Abeba. « Certaines régions sont en plein essor, comme Jimma, par exemple, ou encore Dire Dawa, à la frontière de Djibouti. Et je dois dire que le gouvernement déploie des efforts considérables pour pacifier ces zones. Je suis donc très optimiste quant à l'avenir », s'enthousiasme-t-il.
D'après Ladji Ouattara, enseignant-chercheur et directeur de l'Institut d'études géopolitiques Cauris, les investissements européens en Éthiopie illustrent bien le récent tournant pris par l'UE en matière de politique économique. « Cela s'inscrit dans une stratégie de ''realpolitik'', analyse-t-il. D'une part, nous avons aujourd'hui en Europe la montée des partis extrêmes, des courants xénophobes, anti-immigration. Donc, il est vraiment important pour les Européens d'agir au plus près du terrain, de limiter au maximum les impacts. Et d'autre part, nous sommes dans un contexte international de compétition stratégique entre les grands acteurs et de bouleversement géopolitique, notamment avec l'imprévisibilité des États-Unis. De fait, l'Europe a besoin d'être là », développe le chercheur. L'Union européenne a récemment annoncé un investissement de 559 millions d'euros pour financer les infrastructures énergétiques éthiopiennes.
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Fin du pré carré et partenariat renouvelé. La France voulait afficher ses ambitions en Afrique dans le cadre du sommet Africa Forward à Nairobi, qu'elle co-organisait avec le Kenya. Les deux journées du sommet ont été très denses, avec de nombreux chefs d'État africains présents et un important forum d'affaires. Le bilan de ce sommet est avant tout économique.
Avec notre envoyé spécial à Nairobi,
Pour Paris désormais, la relation avec l'Afrique sera gagnant-gagnant ou ne le sera pas. Emmanuel Macron s'est exprimé, galvanisé, devant un parterre d'entrepreneurs français et africains : « C'est un continent où il y a plus d'un milliard de jeunes de moins de 30 ans. Il faut juste que nous, Français et Européens, on se réveille. Et on s'est réveillé. On veut reconquérir des parts de marché dans l'Afrique francophone, mais on veut aussi en conquérir dans l'Afrique lusophone, anglophone, parce que l'Afrique n'est qu'un continent. »
Le logiciel a changé, clament en chœur les chefs d'entreprises présents. William Ruto, le président kényan, s'en est félicité : « Ce que vous avez fait est la bonne chose à faire pour rééquilibrer notre relation. En tant que dirigeants de ce continent, nous ne cherchons plus de l'aide. Nous ne cherchons plus de prêts. Nous voulons avoir une discussion équilibrée. Nous voulons avoir une discussion bénéfique. »
De nombreux contrats ont été signés : 23 milliards d'euros ont été annoncés lors d'un forum d'affaires foisonnant et parfois un peu bruyant. Emmanuel Macron est monté sur scène pour rappeler à l'ordre une partie de l'assistance. La séquence est devenue virale sur les réseaux.
« C'est la fin du cycle macronien »Mardi 12 mai, il fut question d'économie, toujours d'économie, lors du sommet des chefs d'État. Une coalition de PDG français et africains de grandes entreprises ont été invités à donner des orientations à la trentaine de présidents et Premiers ministres présents. Parmi eux, il y avait Christel Heydemann, PDG d'Orange, qui veut accélérer les investissements et lever les barrières : « On a beaucoup d'échanges avec les décideurs politiques dans les pays où l'on opère, parfois des débats qui ne sont pas simples. Quel doit être le bon niveau de taxation sur des profits générés quand notre enjeu, c'est de gagner, de permettre d'investir dans les infrastructures de demain ? »
Il y a eu très peu de voix critiques à Nairobi. Pour beaucoup, ce sommet a marqué le début d'une relation claire et solide. Pour l'économiste togolais Kako Nubupko, c'est aussi la fin d'un cycle. « C'est la fin du cycle macronien. C'est la fin d'une décennie qui est partie avec un postulat : dépasser l'économie d'empire pour aller vers une économie d'entreprise. C'est en même temps le début d'un nouveau cycle qui, de toutes les façons, va engager le prochain ou la prochaine présidente de la République française. En même temps, ça engage tous les chefs d'État africains », décrypte-t-il. Un succès par le nombre d'acteurs présents a fait de ce sommet Africa Forward un succès. Il n'y a pas grand-chose de neuf à en retenir d'un point de vue politique, mais d'un point de vue économique, un nouveau pari a été pris : celui d'un redéploiement vers l'Afrique de l'Est désormais complètement effectif.
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Portefeuille lié à l’identité numérique, identification biométrique, signature électronique ou encore cartes multifonctions. Les innovations autour des papiers d'identité nouvelle génération évoluent rapidement et plusieurs pays en Afrique sont leaders en la matière. Au Ghana, il sera bientôt possible de payer avec sa carte d'identité. Un outil efficace pour améliorer l'inclusion financière des citoyens et leur accès au service public.
Après la carte d’identité biométrique, voici la carte d’identité « portefeuille ». Au Ghana, l’Autorité nationale d’identification (INA) est sur le point de fabriquer une carte d’identité qui permettra aux citoyens d’effectuer des paiements en magasin et en ligne dans plus de 200 pays, ainsi que de retirer de l’argent. Une innovation présentée comme un outil clé pour lutter contre la fraude et formaliser une économie où les transactions se font encore majoritairement en liquide ou via le paiement mobile.
Selon Patrick Asuming, économiste et professeur à l’université du Ghana, ce dispositif pourrait transformer le paysage économique du pays. « Ça permettrait de réduire l’argent liquide en circulation. Ça peut aussi aider à mieux piloter la politique monétaire. Moins il y a de cash qui circule en dehors du système, plus l’activité économique devient visible. Et ça permet à l’État de mieux cibler ses politiques et de mieux collecter l’impôt », explique-t-il.
Cependant, cette avancée soulève une préoccupation majeure : la protection des données financières et biométriques contre les cyberattaques et les abus. « Les normes de sécurité ne sont pas encore au niveau requis. Des intrusions sont possibles, et les protections restent insuffisantes, notamment face à un usage des données par les autorités », avertit Patrick Asuming. Renforcer le cadre légal apparaît donc indispensable pour obtenir la confiance des usagers. Des négociations sont en cours entre l’INA, les banques et les autorités publiques afin de répondre à ces enjeux.
Des retombées économiques majeuresAu-delà des défis sécuritaires, les retombées économiques potentielles de cette initiative sont considérables. Selon un récent rapport publié par IN Groupe, le groupe public français spécialiste des solutions d’identité numérique, l’investissement dans ces nouveaux systèmes pourrait générer entre 3 et 13 % de PIB supplémentaire, en permettant aux pays de « sauter des étapes » technologiques. « Il y a une opportunité d’investissement qui est extrêmement forte », souligne Agnès Diallo, présidente-directrice générale d’IN Groupe. Il y a une possibilité de faire un grand bond en avant, un phénomène de "leapfrog" (« saut de grenouille », en anglais) qui permet finalement de se libérer des contingences de ressources contraintes, de capacités techniques contraintes, et d’aller chercher à libérer ce potentiel de croissance économique et d’inclusivité à travers l’identité numérique et, d’une manière générale, les infrastructures numériques qui permettent de porter l’économie », précise-t-elle.
IN Groupe collabore déjà avec plusieurs États africains, dont le Kenya, le Maroc, le Rwanda et Madagascar, pour développer leurs systèmes d’identité numérique. Selon le groupe, 35 % des pays du continent en sont déjà équipés, et plus d’un tiers sont en train de les mettre en place. Parmi les pays leaders dans ce domaine figurent l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, le Kenya, le Nigeria et l’Égypte, qui ont chacun déployé des solutions d’identité numérique à grande échelle.
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Dans le cadre de l’initiative Food and Agricultural Resilience Mission (FARM), la France développe ses investissements dans les projets agricoles et dans le domaine de l’agro-industrie. À l’occasion du sommet de Nairobi, RFI s'est rendue en Sierra Leone où plus de la moitié de la population souffre encore d’insécurité alimentaire. Là-bas, Proparco, la branche secteur privé de l’Agence française de développement, finance différents projets. C’est le cas de Jolaks, l’industrie qui fabrique l’huile de table sierra-léonaise.
De notre envoyée spéciale à Freetown,
Des camions-citernes déversent l’huile de palme brute rouge et bouillonnante. « Toute l’huile de palme que nous achetons, nous la testons ici. Elle vient d’ici, de Sierra Leone et nous en importons aussi du Liberia et parfois de Côte d’Ivoire. Nous essayons d’acheter le plus localement possible pour des questions environnementales, pour rapprocher nos chaînes de valeur et cela réduit les coûts », détaille Mohamed Sow, le directeur de Jolaks.
L’usine a une capacité de raffinage de 9 000 tonnes d’huile de palme par mois, ceci avant d’être conditionnés dans l’usine de Jolaks qui emploie plus de 400 personnes. Sadio Dicko est le directeur régional de Proparco. En visite, il se félicite de l’investissement français de 20 millions d’euros : « Très clairement, quand on parle d'une huile qui est alimentaire et qui est un élément essentiel pour la population sierra-léonaise, on ne se trompe pas de combat. On sait qu'on accompagne une société qui est dans le panier de la ménagère, ici en Sierra Leone, et donc ça, pour nous, c'est essentiel. Et on a vraiment cette fierté de se dire qu'on est avec la population sierra-léonaise. »
« Il ne s’agit pas seulement d’un prêt »Connue sous le nom de PADI (« amis », en créole), cette marque est une véritable institution. Jolaks est une branche du groupe de l’agro-industriel Pee-cee – un poids lourd dans le pays. Le prêt de Proparco doit servir notamment au fonds de roulement de l’entreprise. Mais là n’est pas forcément l’essentiel, pointe Mohamed Sow : « Il ne s’agit pas seulement d’un prêt. Un groupe comme Pee-Cee a besoin de ce regard extérieur et de ces conseils pour atteindre un niveau de gouvernance qui mérite d'être reconnu mondialement. Pee-Cee pourrait fournir ce prêt. Ce sont les structures de gouvernance, environnementales et sociales de Pee-Cee qui vont véritablement en bénéficier. Par exemple sur le droit des travailleurs, la durabilité des fournisseurs, les mécanismes d’approvisionnement, etc. Tout cela va permettre de générer des revenus pour le groupe sur du long terme. »
L’usine est aujourd’hui dépendante de deux gros générateurs qui tournent au diesel. Les coûts ont explosé ces derniers mois. Grâce aux 20 millions d’euros de prêts français, Jolaks prévoit l’installation prochaine d’une centrale solaire pour alimenter son usine.
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Au Kenya, 91 % de l’électricité générée en 2024 provenait du renouvelable : la géothermie en tête (44 %), puis l’hydraulique (28 %) et enfin l’éolien (14 %) et le solaire (3 %). Le pays compte produire 100 % d’électricité renouvelable d’ici 2030. Le secteur attire les investisseurs, notamment la France. L’entreprise française Meridiam, aux côtés de Proparco, institution française de financement du développement, a investi dans le parc éolien de Kipeto, le deuxième plus grand du pays.
De notre correspondante à Nairobi,
Les turbines éoliennes tournent à plein régime à Kipeto, au milieu des collines de la région de Kajiado, à 70 kilomètres de Nairobi. « La pale de la turbine est le composant principal. C’est elle que nous utilisons pour capter le vent et obtenir un mouvement de rotation qui entraîne la boîte de vitesses, explique Stephen Nyoru, le responsable du site. Cette dernière augmente la vitesse de rotation jusqu’à un niveau élevé, adapté à l’alimentation du générateur, qui convertit cette énergie en énergie électrique. »
Le parc éolien compte 60 turbines, pour une capacité totale estimée à 100 mégawatts. De quoi alimenter 250 000 foyers, selon des chiffres de Kipeto. Un projet d’expansion est déjà en discussion selon Simon Wade, PDG de Kipeto Energy : « Il s’agirait d’installer la même capacité mais avec moins de 20 turbines car elles seront bien plus grandes. Le réseau électrique kényan a la capacité de l’absorber et le pays a la demande énergétique, estime-t-il. Le contrat actuel nous oblige à vendre l'électricité produite au distributeur d’électricité kényan, mais le contrat pour l’expansion n’est pas encore signé donc on ne sait pas encore quelles en seront les modalités. »
À écouter dans Grand reportageObjectif 100 % d'électricité renouvelable dès 2030 : le modèle kenyan
La France face à une concurrence internationale intenseLe projet intéresse les investisseurs français. Paris affirme déjà être le premier bailleur bilatéral dans le secteur de l’énergie kenyan. L’Agence française de développement y a investi plus de deux milliards d’euros en 15 ans. Au sommet franco-kényan Africa Forward des 11 et 12 mai prochain, de nouveaux contrats vont être négociés. Mais la compétition est intense. « La stratégie du Kenya est en quelque sorte agnostique : le pays ne fait pas le tri entre ses partenaires et accueille quiconque souhaite s'y installer, analyse Churchill Ogutu, responsable recherche pour la banque d’investissement Capital A, ce qui explique la diversité des nations que l'on voit aujourd'hui affluer vers le Kenya. »
Face aux concurrents asiatiques, les Européens peinent parfois à s’imposer : « J'ai eu des échanges avec des acteurs européens qui expriment une préoccupation commune, poursuit Churchill Ogutu, bien qu'ils soient enclins à développer des projets au Kenya, dès qu'un appel d'offres public est lancé, il y a une forte probabilité que les Chinois le remportent en raison de leurs prix. »
Un exemple : le projet d’autoroute reliant Nairobi au Mau Summit, dans le centre du pays. D’abord accordé à un consortium français, le contrat a finalement été résilié. Au profit d’entreprises chinoises.
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En Tunisie, le vote parlementaire de plusieurs projets de concessions d'énergies renouvelables pour des centrales solaires photovoltaïques a fait polémique, aussi bien au Parlement que dans la société civile. Le pays est confronté à un déficit énergétique très élevé de 65% de ses besoins et dépend de l’importation de gaz naturel. Pour sortir de cette dépendance, les autorités souhaitent donc développer le renouvelable. Pour inciter les investissements, ils proposent notamment des concessions. Une mesure qui inquiète syndicats et associations, à la fois sur le plan de la souveraineté énergétique du pays et sur le coût pour la Société tunisienne d'électricité et de gaz (Steg).
Avec notre correspondante à Tunis,
Au Parlement tunisien, le 28 avril 2026, le débat a duré près de huit heures avant le vote final. Certains dénoncent une forme de « colonialisme économique » comme le formule le député Bilel Mechri lors de son intervention en plénière : « Voter en faveur de ce projet signifierait approuver que des compagnies étrangères profitent de la lumière de notre soleil, la vendent en devises avec peu de taxes et aucun engagement douanier, des avantages dont même la société tunisienne d'électricité et de gaz ne bénéficient pas. »
La Société tunisienne d'électricité et de gaz - entreprise publique - ne serait pas en mesure à elle seule de construire et d’exploiter les centrales photovoltaïques qui permettraient d’atteindre en 2030 l’objectif des 35% de production d’énergie renouvelables fixés. Ce qui explique ce projet de concession à des entreprises étrangères, défend le ministre de l'Économie Samir Abdelhafidh auprès des députés : « Pour nous, il n'y a rien qui viole la souveraineté nationale. Vous dites qu'une concession de 20 à 30 ans représente une menace, alors que c'est la norme pour n'importe quelle concession. Nous espérons que les investisseurs tunisiens pourront aussi participer à ces projets, les syndicats du patronat nous ont confirmés qu'ils sont en discussion avec les investisseurs pour créer des opportunités. »
« Nous n'avons pas accès à suffisamment d'informations »Pour la société civile, le problème reste qu'il n'y a pas eu de consultation globale sur l'impact de ce type de loi dans le pays. « Il y a un problème qui n'a pas été suffisamment discuté, à savoir l'impact sur la société tunisienne d'électricité et de gaz et le coût sur la facture électrique finale. Certaines concessions ont déjà été données en 2019, nous ne savons même pas ce que ça a donné », a déclaré, lors d'une conférence de l'Observatoire de l'économie sur le sujet, l'ingénieur Ilyes Ben Ammar, membre du syndicat de la société de l'électricité et du gaz.
Selon Achref Chibani, chercheur et activiste, spécialiste du changement climatique, le manque de transparence sur ces contrats reste un problème. « Ces projets peuvent peut-être aider l'économie et créer de l'emploi mais nous n'avons pas accès à suffisamment d'informations pour le savoir. Il n'y a pas eu de vraies discussions, ni de dialogue sur la question. même pour le débat au Parlement, nous l'avons su en dernière minute », regrette-t-il. Les cinq projets de concession ont été adoptés sans faire l’unanimité. Ils doivent encore passer devant la seconde chambre, le conseil des districts et des régions, avant d'être promulgués.
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