
Sign up to save your podcasts
Or


Les autorités de Kinshasa veulent muscler les recettes fiscales de la capitale congolaise. En déplacement à Paris et Bruxelles, une délégation officielle a rencontré la diaspora pour l’inciter à mieux s’acquitter de ses impôts. Car malgré des investissements importants, notamment dans l’immobilier, les recettes fiscales restent largement insuffisantes.
« Il y a déperdition. Nous l'avons quantifiée à plusieurs milliards de francs congolais. » Le constat est sans détour. Ces milliards manquants pèsent directement sur les finances de la ville-province de Kinshasa, en RDC. Pour tenter d’y remédier, Gérard Kaja Kambowa, chargé de mission à la Direction générale des recettes de Kinshasa, a fait le déplacement en Europe. Objectif : convaincre les Congolais de l’étranger de renforcer leur contribution fiscale.
« Nous devons contribuer pour faire évoluer la fiscalité à Kinshasa vers une fiscalité tournée vers le développement. Et pour y parvenir, chacun doit être fier de participer à cet élan en payant impôts et redevances », plaide Gérard Kaja Kambowa.
« À quoi bon payer les impôts si on ne sait pas où va l’argent ? »Un message entendu par la diaspora, mais qui se heurte à une défiance persistante. Jean Mulumba Butshie Mutuakashala, président de la plateforme COACOF (associations congolaises de France), reconnaît l’ampleur du problème. « C’est un réflexe naturel. Les gens se demandent pourquoi payer alors qu'on ne sait pas où va l’argent. Entre les affaires, la gabegie, cela alimente la méfiance. Ce sont des pratiques installées depuis longtemps », explique-t-il.
Impôt foncier, taxes sur les revenus locatifs ou encore sur les véhicules : autant de prélèvements encore largement contournés, y compris par des propriétaires vivant à l’étranger. Pour simplifier les démarches, les autorités mettent en avant la plateforme numérique IRMS-DGRK. Elle permet de déclarer et payer ses impôts à distance, depuis n’importe quel pays.
Selon Gérard Kaja Kambowa, le système est conçu pour lever les obstacles administratifs : « Chaque contribuable peut accéder à son compte fiscal, centraliser ses obligations et payer en toute sécurité. Il n’y a plus de tracasseries et plus d'excuses quand il faut contribuer au développement de notre nation »
Au-delà de la modernisation administrative, l’enjeu est crucial : financer le programme « Kin Ezo Bonga », lancé l’an dernier. Ce vaste plan de transformation de la capitale, étalé sur cinq ans, représente plus de 10 milliards de dollars d’investissements.
À lire aussiRDC: l’Union sacrée de la nation ouvre le débat sur la révision de la Constitution
En 2020, la Société financière internationale – la branche secteur privé de la Banque mondiale – et Google ont estimé que l’économie numérique africaine pourrait atteindre 712 milliards de dollars, soit 8,5 % du PIB d’ici à 2050. La zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) doit permettre de favoriser ces échanges et de les sécuriser. Avec un protocole signé en 2024, l’organisation panafricaine travaille actuellement à l’accélération de sa mise en œuvre.
Dans le domaine de l'économie numérique, le continent africain dispose déjà de ses champions. « Un certain nombre de pays ont déjà harmonisé leurs réglementations. Par exemple, l'Afrique du Sud, le Kenya, le Nigeria, l'Égypte et le Ghana », met en avant Talkmore Chidede, expert du commerce numérique au secrétariat de la Zlecaf. En mission à Bruxelles dans le cadre d’une mission technique conjointe, il concède cependant que les défis ne manquent pas. « En Afrique, nous sommes face à une situation unique. Nous travaillons avec 55 États membres qui ont différents niveaux de développement, de langues, de systèmes juridiques. Et nous avons réussi à les rassembler. Et maintenant, en termes de défis, ce à quoi nous sommes confrontés, nous avons toutes ces disparités en termes d'infrastructures, en termes d'harmonisation réglementaire », détaille-t-il.
En déplacement en Belgique, il souligne qu’il a fallu deux décennies à l’Union européenne pour s’acquitter de ces tâches « Mais en Afrique, nous ne comptons pas prendre 25 ans », assure Talkmore Chidede. Nshuti Mbabazi est la directrice de « Better than cash alliance » – une organisation hébergée par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Elle promeut la transition vers l’économie numérique. Pour elle, la Zlecaf peut s’inspirer de l’Union européenne dans des secteurs très précis : « Il y a de grands domaines de collaboration, comme la cybersécurité, la gestion de la fraude, les paiements numériques, l'identification numérique, de sorte que nous puissions réaliser en Afrique les mêmes choses. En Belgique, par exemple, vous pouvez acheter un soda au distributeur que vous payez avec votre compte qui est en France. C’est ce que nous pouvons réaliser en Afrique. »
Un travail avec la Commission européenne qui vise à échanger dans des domaines techniques tels que la gouvernance numérique, l’interopérabilité ou encore les flux de données transfrontaliers. Les objectifs sont eux très pratiques. « Il s'agit simplement de faire en sorte que lorsque je quitte le Malawi par exemple pour aller au Ghana, je puisse utiliser mon compte du Malawi pour payer au Ghana sans avoir besoin d'y ouvrir un nouveau compte », explique l’experte. Reste également des défis très concrets qui vont du manque d’infrastructures tel que les centres de données par exemple au prix des datas encore très élevé dans certains pays.
À lire aussiZlecaf: où en est le pari de l’intégration économique africaine ?
Pour la première fois, le secteur bancaire a franchi un seuil historique de revenus en Afrique : 100 milliards de dollars. C'est le cabinet de conseil McKinsey qui le révèle dans une étude. Au-delà de ce chiffre et de cette bonne performance, se cachent en réalité des disparités et des déséquilibres sur le continent.
Avec 107 milliards de dollars l'an dernier, jamais le secteur bancaire n'avait généré autant de revenus sur le continent, d'après le cabinet McKinsey. Il affiche même l'un des niveaux de rentabilité parmi les plus élevés au monde, avec un retour sur fonds propres de 19 % en 2024, contre environ 10 % à l'échelle mondiale. « C'est une combinaison de marges d'intérêt qui sont assez confortables, explique Xavier Jopart, conseiller exécutif chez McKinsey, mais aussi d’un développement de sources de revenus qui viennent beaucoup plus d'activités de paiement, d'activités plutôt transactionnelles ou de services. Et puis, on a un effet de réduction de la base de coûts parce que le secteur grandit et donc capture des économies d'échelle. »
« Il est incontestable que le nombre d'acteurs africains a profondément augmenté, estime Benoît Chervalier, ancien haut fonctionnaire à la Banque africaine de développement et directeur exécutif de la chaire Afrique de l'Essec. On parle souvent de la cession d’un certain nombre de filiales de banques internationales. Elles ont toutes été rachetées par des opérateurs africains. »
À lire aussiEn Afrique, le secteur financier entre dans l’ère de la rentabilité, de l’IA et de la cybersécurité
5 pays concentrent 70 % des revenusLe secteur bancaire reste pour l'heure très déséquilibré sur le continent. L'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Égypte, le Maroc et le Kenya concentrent à eux seuls près de 70 % des revenus. Pour Xavier Jopart, « cela s'explique par la taille de l’économie dans ces pays, mais aussi par la taille de la population et la maturité du secteur bancaire sur place ».
En plus de ce déséquilibre géographique, le marché bancaire africain présente aussi un certain nombre de fragilités. « Il est soumis aux aléas macroéconomiques, à la volatilité des prix des matières premières et à l'inflation, souligne Xavier Jopart. Pour un nombre croissant de pays, l'augmentation de la dette publique pose aussi des limites quant à la possibilité pour l'État d'emprunter, d'initier des développements en infrastructures importants ». D'autant que malgré ces bons résultats, le marché africain reste modeste : il génère par exemple 10 fois moins de revenus que le secteur européen.
À lire aussiSidi Ould Tah: la BAD veut «d'aller au-delà de l'aide publique au développement, vers l'investissement»
Après des décennies marquées par des crises politiques et sécuritaires ayant freiné l'essor économique de son pays, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, affiche une ambition claire : faire de l'agriculture le pilier stratégique du développement national. L'objectif est de stimuler la création de richesses, générer des emplois durables, accroître les recettes d'exportation et garantir la sécurité alimentaire. Dans un pays où la majorité de la population vit essentiellement de l'agriculture, la modernisation du secteur apparaît désormais comme une priorité incontournable.
Avec notre correspondant à Bangui,
Au cœur de ces champs de maïs, d'arachides et de manioc, la saison des récoltes marque, en Centrafrique, l'aboutissement de longs mois de patience et d'efforts, où le travail accompli prend enfin tout son sens. Pour Gustave, propriétaire de la plantation, cette période représente non seulement un moment pour tirer profit de son travail, mais aussi une occasion d'envisager des améliorations concrètes afin d'optimiser les conditions de travail : « Cela fait 20 ans que je suis dans l'agriculture, mais rien ne change vraiment pour nous. Nous avons des terres en abondance, mais nous n'avons pas la capacité d'augmenter les superficies cultivées. Il nous manque des crédits agricoles et du matériel, pour mieux faire. »
Sous la surface du sol, l'arachide dissimule sa richesse. Pour la récolter, il faut extraire la plante, la débarrasser de la terre qui l'enveloppe. Ici, les familles travaillent collectivement, avec des méthodes simples et traditionnelles. « Nous vendons nos produits à l'état brut après la récolte. Il n'existe pas de stratégie efficace de transformation locale. Trop souvent, nous les vendons à bas prix, puis ils nous reviennent transformés à un coût plus élevé. Le travail est pénible, car nous travaillons manuellement », regrette Élodie, qui est cultivatrice.
« Notre priorité est d'investir dans la mécanisation, l'irrigation et l'accès à des intrants de bonne qualité »Confronté à de multiples défis, le gouvernement affiche de grandes ambitions. Lors de sa première prise de parole après sa réélection pour un nouveau mandat de sept ans, le président Faustin-Archange Touadéra a réaffirmé sa volonté de faire de l'agriculture le pilier stratégique de l'économie nationale : « Notre priorité est d'investir dans la mécanisation, l'irrigation et l'accès à des intrants de bonne qualité. Il s'agit de promouvoir une agriculture moderne afin d'augmenter les rendements. De nombreux agriculteurs ont des projets viables, mais manquent de moyens financiers. Nous allons les former aux bonnes pratiques agricoles et créer un fonds national de crédit agricole. Les banques locales nous aideront à renforcer ce dispositif. »
Pour des économistes tels que Lorenzo Ganazoui, une seule solution s'impose : relancer de vastes activités agricoles dans les zones contrôlées par l'État. « Il fut un temps où la croissance du produit intérieur brut était à 55% portée par l'agriculture. Et aujourd'hui, quand vous posez la question aux décideurs, ils disent que c'est l'insécurité répétitive qui fait en sorte qu'il y a eu délaissement de ce secteur », détaille cet expert. Il s'interroge sur la lenteur des investissements malgré l'amélioration sécuritaire dans certaines régions du pays : « Pourquoi est-ce qu'on n'a pas pris le temps de commencer à intensifier l'agriculture dans ces zones-là, en attendant de pacifier les autres zones ? Attendre à ce qu'on puisse pacifier tout le territoire avant de penser à porter l'économie agricole, c'est attendre une éternité qui n'existerait jamais. »
Aujourd'hui, la sécurisation des zones agricoles demeure un enjeu majeur. De nombreux villages continuent d'être la cible d'attaques des coupeurs de route. Ces incursions répétées entravent momentanément les activités agricoles des populations du nord-ouest et du sud-est.
À lire aussiCentrafrique : les défis du président Faustin-Archange Touadéra, investi pour un nouveau mandat
En Éthiopie, le business du khat, cette plante aux effets proches des amphétamines, est devenu au fil des années un eldorado économique pour la population de l'est du pays. De plus en plus d'agriculteurs de la région délaissent même la culture historique du café pour celle du khat, jugée plus rentable. Reportage au marché de khat d'Aweday, l'un des plus grands au monde.
Ce dimanche matin, le marché au khat d'Aweday est en pleine effervescence. Les clients se bousculent sur l'allée principale et se frayent un chemin au milieu des camions venus chercher la marchandise.
Dans cette région de l'est de l'Éthiopie, le business du khat est florissant et fait vivre des milliers de producteurs, dont une majorité de femmes, comme Halima. Foulard rouge sur la tête, elle trie les fines branches à même le sol : « Tous les jours, je viens au marché vendre ma marchandise. Je fais ça depuis 20 ans. Ce n'est pas un métier stable. Un jour ça va, le lendemain, ça peut être compliqué, en fonction des cultures, explique-t-elle. On n'a pas d'autre opportunité, c'est le seul travail qu'on peut faire ici. Tout ce que je gagne pour ma famille vient du khat, c'est ma seule ressource financière. »
La production du khat génère beaucoup d'emplois dans cette zone où les opportunités économiques sont minces. Après cinq ans d'études à l'université de Jijiga, en région Somali, Hamsa est devenu revendeur de khat : « Quand j'ai obtenu mon diplôme, à l'époque, je n'ai vu aucune opportunité offerte par le gouvernement. Alors, j'ai commencé à travailler dans ce secteur. Mon travail quotidien consiste à acheter le khat, puis à l'envoyer en région Somali. C'est très difficile, car nous travaillons, tous les jours, jour et nuit. »
La culture historique du pays, le café, remplacée par celle du khatCes dernières années, le business du khat, porté par plus de deux millions de producteurs, a explosé en Éthiopie. Dans certaines zones, jusqu'à 64% des agriculteurs ont même remplacé la culture, historique, du café par le khat, bien plus rentable.
Seneshaw Tamru, économiste au sein de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, analyse : « Le café n'est récolté qu'une fois par an et son rendement varie d'une année à l'autre en raison notamment de facteurs physiologiques. Le café est également l'une des cultures les plus sensibles au climat, il est donc aussi vulnérable aux maladies et aux ravageurs. Contrairement au café, le khat peut être récolté trois ou quatre fois par an. Il est considéré comme une excellente culture de rente. »
À long terme en revanche, la production de khat s'avère moins avantageuse. « La plupart des agriculteurs sont impatients et ils veulent donc des bénéfices immédiats et à court terme, nuance-t-il. Pour cela, le khat est tout à fait approprié. Mais certaines études montrent qu'à long terme, même pour les agriculteurs, le café est plus rentable que le khat, notamment en termes de revenus par hectare. »
Au marché d'Aweday, un kilo de khat est vendu entre 1 000 et 15 000 birrs le kilo, soit entre 5 et 80 euros.
À lire aussi«Du jamais vu!»: les coffee shops d'Addis-Abeba face à l'explosion des prix du café
En Tunisie, la centrale syndicale de l'UGTT (Union générale tunisienne du travail) est appelée à se repositionner politiquement après le renouvellement de sa direction lors d'un congrès électif anticipé fin mars. Une première grève sectorielle dans l'enseignement secondaire, le 7 avril, a donné le ton. Assiste-t-on au retour de cette organisation historique au premier plan ?
« Une grève en présentiel » : les enseignants se sont tout de même retrouvés dans les écoles, l'habituel rassemblement des enseignants devant le ministère de l'Éducation n'a pas eu lieu. Mohamed Essaifi est le secrétaire général de la fédération de l'enseignement secondaire, basé dans la ville de Sfax, à l'est de la Tunisie. Il explique ce changement de stratégie après une année de tensions :
« Malgré la campagne de diffamation dont nous sommes souvent victimes, la participation à la grève a atteint entre 60 et 70%, ce qui reste significatif dans un contexte où le gouvernement déduit maintenant les jours de grève des salaires, comme on l'a vu en février dernier lors des mouvements de grève précédents. D'où la décision de rester désormais présent dans les établissements pendant la grève. »
Parmi les raisons de la grève, des augmentations salariales promises depuis des accords de 2019 et 2023 de 100 dinars par enseignant soit 30 euros, toujours pas appliquées, ainsi qu'une absence totale de dialogue avec le ministère de tutelle : « Nous avons énormément d'autres problèmes, la violence à l'école, le décrochage scolaire, la surcharge de travail, mais il n'y pas de dialogue social depuis des mois, et donc pas de communication entre le ministère de l'Éducation et le syndicat enseignant. Ce qui témoigne aussi d'un problème plus large à l'échelle nationale, où nous sommes totalement exclus de toutes les réformes. »
Le 23 mars 2026, à une semaine du congrès de la Centrale syndicale, le président Kaïs Saïed a réuni ses ministres pour parler des augmentations salariales dans plusieurs secteurs, sans l'UGTT. Aujourd'hui, deux semaines après le congrès électif de la Centrale, et malgré ses appels à la reprise d'un dialogue, les demandes sont restées lettre morte selon le chercheur en sciences politiques Mohamed Dhia Hammami : « Jusqu'à maintenant, il n'y a pas eu d'indicateur d'apaisement entre l'UGTT et la présidence. L'objectif de Kaïs Saïed est d'isoler politiquement l'UGTT, et donc d'affaiblir son levier qui est essentiellement basé sur la représentation de la place des travailleurs. »
L'UGTT devait profiter du congrès pour se renforcer après une crise en interne de plusieurs années, mais un repositionnement en force sur la scène politique reste encore incertain.
À lire aussiTunisie: Slaheddine Selmi prend la tête de l'UGTT avec la promesse de relancer le dialogue social
Avec des prix de l’électricité parmi les plus bas d’Afrique de l’Est, le marché des véhicules électriques décolle en Tanzanie. Une opportunité saisie par l’entreprise JTP, parmi les premières à proposer des modèles utilitaires 100 % électriques, avec l’ambition de verdir les transports tout en réduisant les coûts.
Un tour de clé, quelques bips à peine audibles : le camion de deux tonnes est en marche. Le modèle Sasa EV, entièrement électrique, se distingue par son silence. Mais au-delà de l’argument écologique, c’est surtout son coût d’exploitation qui séduit. « Comparé à un camion traditionnel, avec la crise du pétrole et les prix actuels, on économise jusqu’à 90 % du coût par kilomètre », affirme Amar Shangavi, directeur et fondateur de JTP.
Une recharge complète coûte environ 4 euros pour une autonomie de 250 kilomètres. À titre de comparaison, avec un litre d’essence à 1,25 euro à Dar es Salaam, parcourir la même distance reviendrait à plus de 28 euros pour un véhicule thermique.
JTP propose une gamme variée, de la voiture compacte au van en passant par les SUV, tous importés de Chine. « Le marché chinois est aujourd’hui saturé. Les constructeurs cherchent donc à exporter, et l’Afrique est bien placée pour bénéficier de ces prix compétitifs », explique Amar Shangavi.
Des infrastructures encore limitéesDes prix attractifs, mais également une expertise désormais reconnue dans l’électrique : des arguments qui ont convaincu Matthew Haden, fondateur de l’entreprise de recyclage The Recycler, parmi les premiers clients de JTP. Mais des interrogations subsistent : « La Tanzanie n’est pas la Chine. Nous avons des pluies intenses, des routes abîmées… Il faut voir comment les véhicules tiennent ici, et surtout comment accéder aux pièces détachées et assurer les réparations rapidement. »
Autre obstacle majeur : le réseau de recharge, encore embryonnaire. Le pays ne compte qu’une quinzaine de bornes, principalement dans les grandes villes, et les coupures de courant restent fréquentes.
« Nous développons actuellement des stations de recharge à Dar es Salaam. L’objectif est de permettre des recharges rapides, même en cas de coupure nocturne », assure Amar Shangavi. Le gouvernement tanzanien vise 500 bornes d’ici 2030.
Avec plus de 60 % de son électricité issue de sources renouvelables, la Tanzanie dispose d’un atout majeur pour accompagner cette transition.
À lire aussiPrix des carburants: la guerre au Moyen-Orient souligne la vulnérabilité de la RDC
Le Maroc importe directement 88 % de ses besoins en hydrocarbures, pétrole ou gaz, pour une facture qui se situe entre 10 et 13 milliards de dollars. Déjà impacté par la montée des prix des carburants de 25 % à 35 %, Rabat craint une nouvelle poussée inflationniste qui pourrait peser fortement sur le porte-monnaie des ménages.
De notre correspondant à Casablanca,
Le 1er avril, les prix à la pompe ont augmenté pour la deuxième fois en deux semaines au Maroc. Au total, le gasoil a bondi de près de 35 % et l’essence de 25 %. Une situation difficile à gérer pour Yehia. Ce chauffeur de taxi de 68 ans se rend à la station-service tous les jours. Il témoigne : « Chaque jour 15 litres, le prix s’élèvera à 15 dirhams. Ça va mal aller si ça augmente encore, parce que tous les citoyens vont laisser leur voiture. Ils vont circuler en transports [en commun] car ils n'ont pas les moyens de consommer. »
Mais Yehia se rassure, l’État a promis une aide directe pour les chauffeurs de taxi dans les semaines à venir. En revanche, pour ce ressortissant ivoirien, à la tête d’une petite entreprise de livraison en scooter, l’augmentation des prix du carburant affecte directement ses marges. « On est obligé de laisser les mêmes prix de livraison parce que les clients sont déjà habitués. Quand tu veux augmenter, ils disent que tu es trop cher, qu’ils vont aller voir ailleurs », confie-t-il.
À lire aussiPrix des carburants: la guerre au Moyen-Orient souligne la vulnérabilité de la RDC
Un risque inflationnisteSi la guerre se poursuit et que le prix des hydrocarbures reste élevé ou, pire, continue d’augmenter, le Maroc pourrait connaître une poussée inflationniste, selon Mohammed Jadri. « Bien évidemment, on va rentrer dans une vague inflationniste. Il ne faut pas oublier qu’en 2022, on a fait l'année avec un taux d’inflation de 6,6 %. Et en 2023 aussi, on a clôturé l’année avec un taux d’inflation de 6,1 %, explique l’économiste marocain. Donc, une nouvelle vague inflationniste n’est pas loin de l’économie marocaine. Surtout que l’impact des produits pétroliers ici, au Maroc, c’est un impact direct sur le coût de production, sur le coût du fret, des transports et de la logistique. Et puis à la fin, c’est le simple citoyen qui va payer les pots cassés. »
Selon Mohammed Jadri, cette crise énergétique pourrait en revanche bénéficier à moyen terme au pays : les pays européens importateurs de pétrole choisiraient les ports de Tanger ou de Nador pour constituer leurs réserves stratégiques. En attendant ces hypothétiques investissements, il y a quelques jours, la ministre de l’Énergie, Leïla Benali, a tenu à rassurer en indiquant que le royaume avait constitué des stocks de 47 jours de gasoil et de 52 jours d’essence. Ce qui est insuffisant, cependant, pour réguler les prix.
À lire aussiGaza face aux conséquences de l'explosion des prix et de la pénurie de carburant
Du 7 au 9 avril s'est tenue à l’OCDE, à Paris, la réunion annuelle du Réseau de prévention des crises alimentaires (RCPA). Elle a réuni les principaux acteurs gouvernementaux et ONG d’Afrique de l’Ouest et du Sahel dans le domaine. Si le bilan agricole de la dernière campagne a permis de franchir la barre des 80 millions de tonnes de céréales produites, 50 millions de personnes sont néanmoins encore touchées par l’insécurité alimentaire. Le conflit au Moyen-Orient pourrait aggraver la situation.
Le conflit au Moyen-Orient – même si un cessez-le-feu a été décrété – risque de faire basculer près de 10,5 millions de personnes en plus dans l'insécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest et au Sahel, selon le PAM. Parmi les pays les plus à risque dans la région, la Gambie. « Si l’on considère la situation, c’est alarmant. D’abord, les prix de l’énergie ont augmenté et, dans le même temps, ce sont aussi les prix des engrais qui ont augmenté. Tout cela va avoir des effets sur la production, surtout sur les petits exploitants. Donc, si la situation ne change pas, cela va avoir de sérieux impacts sur nos moyens de subsistance », s'inquiète Saikou Sanyang, secrétaire général du département gambien de l’Agriculture.
Car s'il y a un cessez-le-feu en Iran, la normalisation du trafic maritime est encore loin d'être effective. Le Comité inter-État de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) – une organisation régionale dédiée notamment à la recherche sur les questions alimentaires – guette les possibles difficultés de production liées au contexte international. Sy Martial Traoré, le coordinateur régional d’appui à la sécurité alimentaire du CILSS : « La majorité des importations sont toujours en cours, donc cela risque vraiment d'affecter la disponibilité d'engrais si la situation n'est pas bientôt réglée. La campagne au niveau de la zone humide a déjà commencé. La grande saison a déjà commencé. Pour la zone du Sahel, on a encore un mois. Donc, on se dit qu'à partir de mai, on sera au début de la saison et les engrais doivent être déjà disponibles. Donc, on se dit qu'il y aura vraiment un impact sur la campagne en termes de disponibilité et de coût pour les engrais. »
À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: l’insécurité alimentaire dans le monde pourrait atteindre un nouveau record, avertit l'ONU
Anticipation et production localeUn secteur très sensible aux chocs. Le Bénin a lui trouvé la parade. « Actuellement, on parle de la guerre au Moyen-Orient, mais le Bénin n'a pas ce souci-là puisque les intrants, notamment les engrais, sont déjà sécurisés par le Bénin », assure Dominique Dédégbé, en charge des questions de sécurité alimentaire au ministère béninois de l’Agriculture.
« Le Bénin a déjà lancé des commandes depuis octobre 2025. On a déjà anticipé sur la commande des engrais qui sont déjà pratiquement là. Depuis des années, le Bénin anticipe sur ces commandes, ce qui fait que même pendant la crise russo-ukrainienne, on n'a pas eu trop de problèmes par rapport à l'approvisionnement en engrais », détaille-t-il.
Autre piste de solution : la production d’engrais au niveau local. La disponibilité de l’industrie nigériane de Dangote fait espérer une plus grande indépendance face aux importations extérieures dans la région.
À lire aussiNigeria: la raffinerie Dangote répond, en Afrique, aux conséquences pétrolières de la guerre au Moyen-Orient
Le conflit au Moyen-Orient se répercute sur l'économie africaine. C'est particulièrement le cas en ce mois d'avril sur le marché du bétail, durement touché. Les pays de la Corne exportent pratiquement toute leur production vers les pays du Golfe. Malgré le cessez-le-feu, les animaux sont toujours bloqués au port de Berbera, au Somaliland, principal point d'exportation du bétail. Le marché représente de quatre à cinq millions de têtes par an.
La période est cruciale. La fin du ramadan, l'Aïd el-Fitr et la fête du sacrifice, le Hadj fin mai, représentent pour beaucoup d'exportateurs de bétail pratiquement l'intégralité de leur chiffre d'affaires sur l'année. Mais au port de Berbera, au Somaliland, de nombreux animaux restent à quai. « Beaucoup de monde parle uniquement du pétrole, explique Ridwan Ibrahim, directeur des opérations chez l'exportateur de bétail Qabyo Tire. Évidemment, le pétrole, c'est ce qui fait tourner le monde. Mais il y a aussi le bétail, l'alimentation qu'on oublie. Depuis le début de la guerre, nous n'avons pas exporté vers les pays du Golfe, à l'exception de l'Arabie saoudite, car nous pouvons passer par Bab-el-Mandeb. Mais pour des pays comme Bahreïn, le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis, nous avons eu beaucoup d'annulations et nous n'avons pas pu y exporter à cause de la fermeture du détroit d'Ormuz. »
Les prix des transporteurs ont aussi doublé, passant de 100 euros la tonne exportée à 200. Les éleveurs qui ont acheminé les animaux à pied ou en camion restent coincés au port en attendant que les bateaux repartent. Une situation difficile pour de nombreuses communautés de la région qui en dépendent. « Le bétail converge de très loin vers Berbera, c'est-à-dire de l'intérieur des espaces pastoraux de l'Éthiopie, de Somalie, y compris de Somalie du Sud, parfois même du nord du Kenya. affirme Géraldine Pinauldt, chercheure associée au Centre français des études éthiopiennes. Une partie du bétail va être exportée vers le Kenya, pour approvisionner les commerces et les villes en bétail vivant. Il y a une partie de ce bétail qui va également être exportée depuis le Kenya vers les pays du Golfe. »
Selon la spécialiste, le marché représente 85% des exportations dans la région séparatiste de Somalie, le Somaliland. Pour la Somalie, c'est plus de la moitié. Pour l'Éthiopie, les exportations représentent officiellement beaucoup moins, mais une grande partie du marché demeure "informelle".
Les infrastructures se développent pour abattre les animaux et exporter leur viande. Il existe une dizaine d'abattoirs modernes en Éthiopie tournés vers l'export. Pour Kelifa Hussein, président de l'Association éthiopienne des exportateurs de viande, il faut diversifier le marché : « Ethiopian Airlines dessert plus de 60 villes dans différents pays d'Afrique. Nous essayons donc d'exporter vers plusieurs pays africains pour moins dépendre des pays du Golfe. On a essayé de diversifier même avant le conflit. Nous avons exporté des échantillons vers certains pays pour tester le marché. Nous essayons de vendre en Guinée et au Sénégal. »
Principal obstacle : les protocoles sanitaires. Pour obtenir une certification, il faut un accord bilatéral avec le pays destinataire. Un processus long à mettre en place. L'annonce du cessez-le-feu en Iran est une bonne nouvelle pour les acteurs du secteur, même s'ils restent prudents. Mais il faudra de nombreuses semaines avant un retour à la normale, si le détroit d'Ormuz s'ouvre durablement.
À lire aussiCessez-le-feu au Moyen-Orient: «Un rapport de force se joue entre Israël et les États-Unis»
From the publisher's feed
Chaque jour sur RFI, vivez la mutation de l'économie africaine. Chefs d'entreprises, décideurs, africains de tous bords et de toute condition témoignent dans Afrique Économie, votre rendez-vous de…

34 Listeners

203 Listeners

6 Listeners

8 Listeners

32 Listeners

5 Listeners

28 Listeners

4 Listeners

7 Listeners

1 Listeners

9 Listeners

95 Listeners

15 Listeners

3 Listeners

13 Listeners

17 Listeners

25 Listeners

3 Listeners

2 Listeners

0 Listeners

28 Listeners

20 Listeners

0 Listeners

2 Listeners

4 Listeners

1 Listeners

4 Listeners

0 Listeners

1 Listeners

4 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners