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Des appartements devenus fournaises, des champs brûlés par le soleil, des poulets d'élevage et des poissons sauvages morts par centaines, des ponts qui se bloquent et des rails qui se tordent... Beaucoup d'Européens ont compris, à l'occasion de la récente vague de chaleur historique, que le monde qui commence, transformé par le changement climatique d'origine humaine, pourrait ne plus être habitable. Que la vie puisse continuer à produire de la vie sur Terre, voilà l'enjeu des crises environnementales. Et c'est pourquoi un philosophe et un juriste français proposent d'adopter l'habitabilité comme valeur fondamentale, aux côtés de la liberté et de l'égalité.
Le philosophe Baptiste Morizot et le juriste Laurent Neyret sont partis d'un constat : le droit environnemental est devenu pléthorique mais il reste souvent inopérant, car jugé secondaire. Dans leur texte Liberté, Dignité, Habitabilité, paru chez Gallimard, ils citent un exemple : face à une interdiction d'épandre des pesticides à proximité d'une source d'eau, on fera valoir la liberté d'entreprendre de l'agriculteur, une valeur cardinale. De l'autre côté, la protection des eaux souterraines, indispensables à la vie, n'est appuyée que sur une règle administrative. Elle manque d'un poids symbolique. « Parce qu'on n'a jamais nommé les raisons pour lesquelles ces lois sont prises, les raisons pour lesquelles on doit respecter l'habitabilité, en l'occurrence pour préserver les enjeux essentiels de l'humanité », explique Laurent Neyret à RFI.
Aujourd'hui nous considérons l'environnement comme un décor autour de nous. Pourtant, la vie sur Terre, notamment humaine, dépend intrinsèquement de la diversité et de l'activité de millions d'autres vivants. Pour que nous puissions respirer, il faut des arbres qui produisent de l'oxygène. Pour que les plantes donnent des fruits à manger, il faut des insectes qui pollinisent les fleurs. Ces interdépendances sont infinies.
Garantir les conditions nécessaires à l'existence de la vieOr, notre modèle de développement actuel porte atteinte à ce qui permet la vie sur Terre. De façon massive, cumulative et souvent irréversible. Voilà pourquoi Baptiste Morizot et Laurent Neyret proposent de donner à l'habitabilité la même place que nous donnons à la liberté, à l'égalité, à la dignité, tout en haut de la hiérarchie des normes. Il ne s'agit pas d'un nouveau droit individuel, mais d'affirmer un attachement commun, d'adopter une obligation collective, celle de garantir les conditions nécessaires à l'existence de la vie.
Les sociétés ont déjà adopté de nouvelles valeurs à protéger par le passé. « Chaque siècle a nommé ce qu'il ne pouvait plus tolérer, et a forgé la valeur capable de le rendre inacceptable », écrivent les deux auteurs. « À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, quand on découvre les atrocités nazies, au moment du procès de Nuremberg les juges vont nommer ce qui ne doit plus être fait à l'humanité, ces crimes contre l'humanité qui doivent être sanctionnés, explique le juriste de l'environnement Laurent Neyret. Et ces crimes sont là pour protéger en creux une valeur innommée de cette manière jusque-là : la dignité humaine. Notre idée est la suivante : aujourd'hui, au XXIᵉ siècle, face à un autre risque existentiel, l'humanité est convoquée pour reconnaître l'habitabilité et permettre là aussi, une vie digne ». Car nos autres valeurs cardinales - liberté égalité, sécurité des nations notamment - dépendent de la protection de l'habitabilité.
Comme il y a aujourd'hui des crimes contre l'humanité, il pourrait y avoir demain, pour les atteintes à l'environnement les plus graves, un qualificatif de crimes contre l'habitabilité.
Et qu'est-ce que cela changerait ?De grandes cours internationales (Cour Internationale de Justice, Cour Interaméricaine des Droits Humains, Cour Pénale Internationale) et certains jugements contre des multinationales ont ouvert la voie en utilisant un langage qui s'en approche. Le concept d'habitabilité pourrait devenir la boussole des juges à l'échelon local, national, international. Dans les procès climatiques, cela donnerait plus de force aux plaignants face aux États et aux entreprises. Nous pourrions l'intégrer à nos constitutions, à nos traités internationaux et les citoyens pourraient s'en saisir pour accélérer les transformations, espère Laurent Neyret, « du lac Tchad à la Creuse ». Objectif : qu'il devienne, comme la dignité humaine, une évidence pour les générations futures.
À ceux qui trouveraient cette idée utopiste à l'heure des reculs environnementaux, des droits humains piétinés et face aux intérêts économiques puissants, le juriste rétorque : « ces règles ne suppriment pas le mal, mais elles suppriment la banalité du mal ».
À lire aussiCanicules: l'ombre sera-t-elle demain un service public local?
By RFIDes appartements devenus fournaises, des champs brûlés par le soleil, des poulets d'élevage et des poissons sauvages morts par centaines, des ponts qui se bloquent et des rails qui se tordent... Beaucoup d'Européens ont compris, à l'occasion de la récente vague de chaleur historique, que le monde qui commence, transformé par le changement climatique d'origine humaine, pourrait ne plus être habitable. Que la vie puisse continuer à produire de la vie sur Terre, voilà l'enjeu des crises environnementales. Et c'est pourquoi un philosophe et un juriste français proposent d'adopter l'habitabilité comme valeur fondamentale, aux côtés de la liberté et de l'égalité.
Le philosophe Baptiste Morizot et le juriste Laurent Neyret sont partis d'un constat : le droit environnemental est devenu pléthorique mais il reste souvent inopérant, car jugé secondaire. Dans leur texte Liberté, Dignité, Habitabilité, paru chez Gallimard, ils citent un exemple : face à une interdiction d'épandre des pesticides à proximité d'une source d'eau, on fera valoir la liberté d'entreprendre de l'agriculteur, une valeur cardinale. De l'autre côté, la protection des eaux souterraines, indispensables à la vie, n'est appuyée que sur une règle administrative. Elle manque d'un poids symbolique. « Parce qu'on n'a jamais nommé les raisons pour lesquelles ces lois sont prises, les raisons pour lesquelles on doit respecter l'habitabilité, en l'occurrence pour préserver les enjeux essentiels de l'humanité », explique Laurent Neyret à RFI.
Aujourd'hui nous considérons l'environnement comme un décor autour de nous. Pourtant, la vie sur Terre, notamment humaine, dépend intrinsèquement de la diversité et de l'activité de millions d'autres vivants. Pour que nous puissions respirer, il faut des arbres qui produisent de l'oxygène. Pour que les plantes donnent des fruits à manger, il faut des insectes qui pollinisent les fleurs. Ces interdépendances sont infinies.
Garantir les conditions nécessaires à l'existence de la vieOr, notre modèle de développement actuel porte atteinte à ce qui permet la vie sur Terre. De façon massive, cumulative et souvent irréversible. Voilà pourquoi Baptiste Morizot et Laurent Neyret proposent de donner à l'habitabilité la même place que nous donnons à la liberté, à l'égalité, à la dignité, tout en haut de la hiérarchie des normes. Il ne s'agit pas d'un nouveau droit individuel, mais d'affirmer un attachement commun, d'adopter une obligation collective, celle de garantir les conditions nécessaires à l'existence de la vie.
Les sociétés ont déjà adopté de nouvelles valeurs à protéger par le passé. « Chaque siècle a nommé ce qu'il ne pouvait plus tolérer, et a forgé la valeur capable de le rendre inacceptable », écrivent les deux auteurs. « À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, quand on découvre les atrocités nazies, au moment du procès de Nuremberg les juges vont nommer ce qui ne doit plus être fait à l'humanité, ces crimes contre l'humanité qui doivent être sanctionnés, explique le juriste de l'environnement Laurent Neyret. Et ces crimes sont là pour protéger en creux une valeur innommée de cette manière jusque-là : la dignité humaine. Notre idée est la suivante : aujourd'hui, au XXIᵉ siècle, face à un autre risque existentiel, l'humanité est convoquée pour reconnaître l'habitabilité et permettre là aussi, une vie digne ». Car nos autres valeurs cardinales - liberté égalité, sécurité des nations notamment - dépendent de la protection de l'habitabilité.
Comme il y a aujourd'hui des crimes contre l'humanité, il pourrait y avoir demain, pour les atteintes à l'environnement les plus graves, un qualificatif de crimes contre l'habitabilité.
Et qu'est-ce que cela changerait ?De grandes cours internationales (Cour Internationale de Justice, Cour Interaméricaine des Droits Humains, Cour Pénale Internationale) et certains jugements contre des multinationales ont ouvert la voie en utilisant un langage qui s'en approche. Le concept d'habitabilité pourrait devenir la boussole des juges à l'échelon local, national, international. Dans les procès climatiques, cela donnerait plus de force aux plaignants face aux États et aux entreprises. Nous pourrions l'intégrer à nos constitutions, à nos traités internationaux et les citoyens pourraient s'en saisir pour accélérer les transformations, espère Laurent Neyret, « du lac Tchad à la Creuse ». Objectif : qu'il devienne, comme la dignité humaine, une évidence pour les générations futures.
À ceux qui trouveraient cette idée utopiste à l'heure des reculs environnementaux, des droits humains piétinés et face aux intérêts économiques puissants, le juriste rétorque : « ces règles ne suppriment pas le mal, mais elles suppriment la banalité du mal ».
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