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Métal phare de l'électrification, le cuivre atteint des prix records. Le risque de pénurie est-il réel ? Les mines peuvent-elles répondre à l'explosion de la demande ?
Que ferait-on sans cuivre ? Le métal couleur rouge-orange est une matière première indispensable à la transition énergétique. Certains font même le parallèle avec le rôle qu'a eu le pétrole au XXe siècle. Aujourd'hui, le cuivre est partout, en raison de ses grandes qualités. « Le cuivre est très utile dans toute la transition énergétique, évidemment, parce que c'est un bon conducteur de chaleur et d'électricité. Donc on le trouve dans les pompes à chaleur, dans les échangeurs thermiques, dans les moteurs électriques, dans les transformateurs, dans les réseaux, on le trouve dans les panneaux photovoltaïques, dans les éoliennes… on le trouve absolument partout dans la transition », souligne Cédric Philibert, spécialiste de l'énergie et chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
Vols de cuivreMais ses qualités se paient. En raison de la forte demande, sans parler des phénomènes spéculatifs et des stocks gigantesques que font les États-Unis, le prix du cuivre a augmenté de 36 % en un an. Ce qui suscite d'ailleurs des convoitises. En France, il n'y a pas une semaine, voire un jour, sans qu'on évoque un vol de cuivre : des câbles de la SNCF, du réseau électrique, de l'éclairage public... Déjà en 2014, le journal de France 2 évoquait « le nouveau terrain de prédilection des voleurs de métaux : les éoliennes », un des symboles de la transition énergétique. « Quelques minutes ont suffi aux malfrats pour faire disjoncter l'éolienne et pour sectionner le long des parois 910 mètres de câble, une tonne de cuivre. »
Le risque de pénurie est ainsi régulièrement évoqué par des analystes et des experts. Mais « le cuivre n'est pas le métal le plus en tension, estime Cédric Philbert, de l'Ifri. C'est le plus important du point de vue de la transition par son volume. On prévoit toujours à cinq ans ou dix ans qu'on ne va pas avoir assez de ressources. Et en fait, quand on arrive au moment dit, on s'aperçoit qu'on a assez de ressources. Parce que quand les prix montent, on trouve des alternatives [comme l’aluminium, plus léger mais moins bon conducteur], on apprend des façons d'économiser le cuivre, on trouve des astuces. Si on regarde ce qui s'est passé, on s’aperçoit qu’on a toujours répondu à la demande de cuivre ».
Près de 15 000 dollars la tonneCertes, des usages et des besoins disparaissent, comme les fils du téléphone, remplacés par la fibre optique, mais la consommation de cuivre est en forte hausse. Pour un véhicule électrique, il faut quatre fois plus de cuivre que pour une voiture thermique. La Chine absorbe la moitié de la consommation mondiale de cuivre. Il y a aussi l'explosion récente de l'intelligence artificielle, qui a besoin de cuivre – mais là on n'est plus dans la transition énergétique, avec l'IA on est juste dans la surconsommation énergétique.
Il arrive que les mines de cuivre soient sous tension, comme la semaine dernière, dans la plus grande mine de cuivre au monde, la mine à ciel ouvert d'Escondida, au Chili, dans le désert d'Atacama. Après la mort d'un ouvrier, l'extraction a été interrompue, ce qui a immédiatement entraîné une flambée du cours du cuivre, qui a frôlé les 15 000 dollars la tonne. Mais pour l'essentiel, les mines de cuivre sont capables de répondre à la grosse demande. « On nous dit : "On ne va pas y arriver parce qu'il faudrait ouvrir des tas de mines nouvelles et ça prend 15 ans pour une mine". Je lis ça tous les jours sur les réseaux sociaux. La réalité, c'est que les mines procèdent par extension, soit en profondeur, soit latérale, et donc produisent plus si nécessaire en fonction de la demande et de la rentabilité. » Le cuivre est aussi 100 % recyclable. Il ne devrait donc pas menacer la transition énergétique, même si elle risque de coûter cher.
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Le bilan carbone de l'élevage est élevé. Mais sa disparition n'entrainerait pas forcément des gains climatiques incontestables, car l'élevage a aussi des vertus écologiques et environnementales.
Haro sur l’élevage. C’est l’un des secteurs identifiés comme étant fortement émetteurs de gaz à effet de serre, responsables de la crise climatique. L’élevage représentait, en 2023 selon les Nations unies, 12% des émissions de gaz à effet de serre. Un chiffre sans doute dépassé aujourd’hui alors que la consommation de viande ne cesse de croître dans le monde. Arrêter l’élevage permettrait-il de faire un grand pas dans la lutte contre le changement climatique ? La réponse n’est pas aussi simpliste.
Les vaches en particulier, et leurs rototos, émettent beaucoup de méthane, le gaz le plus polluant à court terme. Mais les prairies où elles broutent sont aussi d'excellents puits de carbone. « Ces prairies, c'est un sol assez intéressant du point de vue de la matière organique qu'il va stocker, du point de vue de son système racinaire, explique Grégory Loucougaray, chercheur en écologie végétale, pour l'INRAE, au Laboratoire Écosystèmes et Sociétés en Montagne de Grenoble. Selon les dernières études qui ont pu être menées, ces prairies permanentes ont des capacités de stockage de carbone dans leur premier mètre de sol qui sont quasiment équivalentes à ce qu'on observe en forêt ». Certains chercheurs pensent même que le bilan carbone de l'élevage pourrait être neutre, voire positif...
Engrais naturelL'élevage extensif, en plein air, a d'ailleurs d'autres vertus. L'élevage, c'est de l'engrais naturel et gratuit. « L'élevage, c'est du recyclage de matière organique, souligne Grégory Loucougaray. Les animaux vont manger de la végétation pour faire du lait, faire de la viande, pour leur croissance et leur survie. Ensuite, le reste va être excrété sous forme de bouse chez les vaches, de crottin chez les chevaux, etc. Et cette matière organique a un rôle d'engrais, de fertilisant naturel pour permettre à la prairie de refaire son cycle de végétation ».
Et si on cultivait des protéines végétales pour remplacer la viande ? Et si les légumineuses, comme le soja, les pois, le niabé en Afrique, remplaçaient toutes les prairies jusqu'ici destinées à l'élevage ? Le gain climatique ici, en termes d'émissions de gaz à effet de serre, n'est pas non plus évident. « Si on doit complètement compenser les apports de protéines animales par des apports de protéines végétales, on risque d'avoir besoin de retourner beaucoup de milieux, beaucoup de prairies. Si on laboure les prairies qui stockent du carbone, on libère le carbone. On modifie la matière organique présente dans le sol, qui va se dégrader beaucoup plus vite, ce qui va libérer du carbone dans l'atmosphère. En fait, quand on veut remplacer un système par un autre, ce n'est jamais aussi simple que de dire : "Si j'arrête ça, j'améliore tout d'un côté" ».
Le retour des arbresLa FAO, l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, estime que l'élevage fait vivre 1,3 milliard de personnes. Mais au-delà des questions économiques et alimentaires, le monde serait transformé. Aujourd’hui, le surpâturage peut entrainer de la désertification. La culture du soja, pour nourrir le bétail, provoque de la déforestation. Un monde sans élevage modifierait aussi les paysages. « Des espèces ligneuses, des arbrisseaux, des arbustes, des arbres à terme peuvent s'installer et ce sont des paysages qui se referment. Les paysages que l'on connaît actuellement [en milieu tempéré], les paysages ouverts avec des prairies, disparaîtraient. On aurait une dynamique d'enforestation, de progression de la forêt qui pourrait se mettre en place en fait dans plein d'endroits », prédit Grégory Loucougaray, de l'INRAE.
On a parlé ici principalement des vaches, des chèvres et des moutons. Mais en rajoutant la volaille, les porcs et les lapins, on compte 90 milliards d'animaux terrestres élevés sur la planète. C'est presque dix fois plus que les humains. Mais leur espérance de vie est beaucoup plus courte…
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Un tiers de la nourriture est jeté à la poubelle dans les sociétés humaines. Mais chez les plantes et les animaux, le gaspillage finit toujours en recyclage : rien n'est jamais perdu.
C’est l’un des fléaux de la société de consommation. Le gaspillage alimentaire se chiffre en milliers de tonnes chaque année. On jette un tiers de la nourriture produite dans le monde, « un drame écologique, constate le biologiste Marc-André Selosse. Si on gaspillait moins, on réduirait d'un tiers les intrants. Le poids écologique de l'agriculture serait trois fois moins important puisque c'est un tiers de la nourriture qui finit à la poubelle dans nos sociétés ».
Nos sociétés humaines, parce que dans la nature, le gaspillage n’est pas la règle. Les ressources alimentaires ne sont pas toujours abondantes, ni toujours disponibles – on n’a pas l’épicier du coin ouvert quand tout le reste est fermé. Donc quand on peut manger, on mange, on ne laisse rien, puisqu’on ne sait pas si un tel festin se représentera bientôt.
Mais le gaspillage existe bel et bien chez les animaux. Les perroquets, par exemple, peuvent gaspiller jusqu’à 80% de leur nourriture, en laissant tomber au sol les fruits qui ne semblent pas à leur goût (le gaspillage touche surtout les fruits qui ne sont pas assez murs). Les perroquets font la fine bouche, mais ce n’est pas perdu pour tout le monde : près d’une centaine d’espèces, principalement des oiseaux, se nourrissent de ces « déchets ».
Dans la nature, zéro déchetLe même phénomène est observé face au super killing, quand un prédateur tue beaucoup plus de proies qu’il n’en a besoin, comme le loup ou le renard. Non, ils n’ont pas les yeux plus gros que le ventre. Non, ils ne sont pas psychopathes. Leur instinct de prédateurs les pousse en fait à tuer tout animal qui s’enfuit. Mais là encore, la nature est bien faite : ces proies feront le bonheur d’autres animaux, comme les charognards, mammifères, oiseaux, insectes détritivores.
« Chaque fois qu'il y avait des restes, cela a sélectionné dans l'évolution des organismes qui allaient les consommer, explique Marc-André Selosse, professeur au Muséum d’histoire naturelle à Paris. Quand vous n’avez pas mangé toute votre viande, il y a des microbes qui vont les manger ou il y a d'autres animaux qui mangent des déchets de viande avariée. Depuis le temps que cela existe, il y a des mangeurs pour tous les déchets. Le vrai problème aujourd'hui, c'est que dans la nature, on met, nous, des déchets qui sont nouveaux comme des plastiques. Et là, il n’y a personne pour les manger ! »
Il peut aussi y avoir dans la nature de la surconsommation, comme dans les sociétés humaines. Certains animaux prélèvent plus qu’il n’en faut pour leur prochain repas et font des stocks : les écureuils, ou des oiseaux comme les geais, vont enterrer des graines. Mais parfois ils les oublient. Est-ce alors une forme de gaspillage ? Pas forcément, parce que ces graines ne sont pas perdues pour autant. Dans la terre, elles vont germer et donner naissance à de nouvelles plantes et de nouveaux arbres. Dans la nature, rien ne se perd, tout se transforme – et ne finit pas à la décharge.
Plus bêtes que les bêtesChez les plantes, comme chez les animaux, le système est bien fait. Prenons l’exemple d’un pommier. Il perd certains fruits au début de l’été parce qu’il sait qu’il n’aura pas assez d’énergie pour leur permettre d’arriver tous à maturité. C’est une forme de gaspillage, sauf que ces mini fruits qui tombent par terre, c’est de la matière organique qui va servir de repas à d’autres organismes. Et c’est la même chose pour les feuilles des arbres. « On peut dire que la plante gaspille du magnésium, de l'azote et du phosphore quand elle perd ses feuilles mortes. Mais celles-ci sont décomposées par des micro-organismes. En décomposent les feuilles mortes, ils relibèrent l'azote, le magnésium et le phosphore sur les racines des plantes pérennes », détaille Marc-André Selosse.
Rien ne se perd chez les plantes et les animaux, même si le gaspillage peut exister. Ce qui distingue les humains des autres animaux, c'est notre humanité, et c’est pour cela que nous, nous n’avons aucune excuse face au gaspillage. « Il ne faut pas voir que l'homme est contre-nature dans le gaspillage. Il faut juste voir qu’il gaspille énormément, plus que bien d'autres espèces, parce qu'il en a les moyens. Ensuite, il a la capacité à prendre conscience de cela et de s'organiser pour ne pas le faire. C'est humainement bête de gaspiller », conclut Marc-André Selosse. Nous sommes plus bêtes que les bêtes.
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À la différence d'une route, un joyau architectural ne peut pas être remplacé. Inondations, chaleurs ou incendies, amplifiés par la crise climatique, mettent en danger les biens culturels partout sur la planète.
Le sujet n’apparaît pas prioritaire, au regard des effets attendus et redoutés du changement climatique sur l’alimentation, la santé et la survie de l’humanité. Voire passe au-dessous des radars. Mais le patrimoine culturel mondial, qui raconte l’histoire de l’humanité, est tout aussi menacé par la crise climatique. Une étude que vient de publier l’EDHEC Climate Institute liste ainsi les dix sites les plus menacés en France.
L'abbaye de Fontenay, en Bourgogne, est en tête. Ce joyau monastique du XIIe siècle se situe près d'un ruisseau, ce qui est bien utile quand on n'a pas l'eau courante. Mais 800 ans plus tard, c'est une autre histoire. « C'est un site qui a été construit au fond d'un vallon, à proximité d'un ruisseau, mais c'est justement ce qui fait que c'est le site le plus exposé. Être au bord d'un ruisseau, qui était un avantage à l'époque médiévale, devient avec l'intensification du cycle de l'eau et l'augmentation des risques d'inondation un facteur de vulnérabilité », explique Anthony Schrapffer, le directeur scientifique de l’EDHEC Climate Institute.
Les inondations menacent un tiers des sites françaisLes crues, les submersions, représentent le principal risque pour le patrimoine français. Un site sur trois classé à l'Unesco en France est menacé par des inondations à l'horizon 2050. C'est le cas par exemple d'Avignon, la cité des papes, au bord du Rhône. Ou du Mont-Saint-Michel, en première ligne face aux événements que le changement climatique rend encore plus extrêmes.
« Avec une tempête, on a une submersion marine qui va inonder les côtes. C'est un événement qui est accentué par l'augmentation du niveau de la mer. Le Mont-Saint-Michel est un site culturel qui est déjà exposé à l'océan, aux tempêtes, etc. Mais avec l'augmentation du niveau de la mer, on a un risque de dommages sur ce site », souligne Anthony Schrapffer. Ce qui rend la menace plus aigüe, c'est lorsque des sites cumulent plusieurs aléas climatiques, comme le Pont du Gard : le célèbre aqueduc romain dans le sud de la France est menacé par les inondations, la chaleur et les incendies.
Mais il n'y a pas qu'en France que les sites de l'Unesco sont menacés. Le changement climatique ne connait pas de frontière. L'exemple sans doute le plus connu est Venise, menacée par la montée des eaux. Une autre étude, réalisée il y a deux ans par Climate X, a identifié les 50 sites de l'Unesco les plus menacés. En tête, le système d'irrigation Subak en Indonésie, et en Chine l’Emporium mondial Song-Yuan, l'ancien comptoir maritime des routes de la soie.
Sécheresses et tempêtes de sable au MaliL'Afrique n'est pas non plus épargnée, et notamment au Mali, avec Tombouctou, menacée par l'avancée du désert et les tempêtes de sable. Plus au sud, les 2 000 maisons en terre de Djenne sont fissurées par les sécheresses, et l'argile de qualité pour les entretenir est de moins en moins disponible. Plus que les guerres, désormais, c'est la crise climatique qui menace le patrimoine culturel mondial.
Il est important de le protéger, au même titre que le vivant. On peut ressentir la même émotion devant un chêne de 300 ans, un éléphant, ou une abbaye du 12e siècle. Le patrimoine culturel mondial, c'est notre histoire à tous, notre héritage. D'où la nécessité d'identifier les risques, pour tenter de les protéger. « On a réalisé en fait que le patrimoine culturel est un des secteurs qui peuvent être affectés et qui n’est pas suffisamment regardé. Une route, par exemple, peut se reconstruire si elle est endommagée, mais une abbaye du XIIe siècle ne pourra pas être remplacée. Si on ne montre pas que le patrimoine culturel peut être affecté, on ne pourra pas agir ensuite. On sera juste témoin d'événements extrêmes dans le futur qui affectent ces sites », relève Anthony Schrapffer. Plus que jamais, le changement climatique est une question de civilisation.
Pour éviter l'utilisation de pesticides, les agriculteurs disposent d'une main-d'œuvre parfois insoupçonnée : des insectes, des poissons ou des moutons sont introduits dans les cultures pour lutter contre les parasites ou les mauvaises herbes.
Il n'y a pas que les veaux, vaches et cochons qu’on peut rencontrer à la ferme. D'autres animaux sont de véritables alliés de l'agriculture. Des ouvriers agricoles d'un genre un peu spécial : ils n'ont pas choisi le travail à la ferme et ils ne sont pas payés. On connait bien sûr le rôle éminent des abeilles, pour la pollinisation des fleurs, qui permet d'obtenir des fruits. Chaque année aux États-Unis, au début du printemps, on transporte des milliards d'abeilles, dans leurs ruches, par camion, pour aller polliniser les amandiers de Californie qui assurent 80 % de la récolte mondiale d'amandes.
Des animaux permettent aussi d’éviter l'utilisation d'herbicides. Plutôt que de polluer la terre et l'air, on préfère l'écopâturage. Les moutons sont particulièrement utiles pour désherber. Ils vont où les tracteurs ne peuvent pas passer. On les utilise notamment dans les vignes, au printemps, où ils mangent les jeunes pousses inutiles au pied des ceps qui ne produiront pas de raisin. En passant, leurs crottes sont un excellent engrais naturel. On peut aussi citer les poules ou les canards, de plus en plus utilisés dans les vergers. Une poule gratte le sol, mange les limaces, les mauvaises herbes, et en plus elle fait caca, ce qui produit de l'engrais là encore. Cerise sur le gâteau, la poule pond aussi des œufs !
Guêpes parasites anti-parasitesD'autres animaux servent aussi à lutter contre les parasites, ce qui évite l'utilisation de pesticides. Il y a bien sûr tous les oiseaux, d'où l'importance de respecter leur habitat, les arbres, les haies, le long des champs. Mais les agriculteurs introduisent aussi des espèces. Des acariens par exemple, qui sont relâchés dans les serres où sont cultivées des fraises ou des tomates. Ils se nourrissent de l'araignée rouge, qui n'est pas une araignée mais un autre acarien, et qui suce la sève des plantes, ce qui provoque d'importants dégâts dans les récoltes.
On introduit aussi dans les champs de minuscules guêpes parasitoïdes, élevées en laboratoire : elles parasitent les larves des insectes ravageurs, en y pondant à l'intérieur – coucou c'est moi ! C'est très efficace par exemple contre la pyrale du maïs. Tous ces insectes minuscules, au poids plume, forment ainsi une armée silencieuse, invisible, engagée dans la lutte biologique, au service de l'humanité.
Poissons de rizièreCertains animaux ont même plusieurs fonctions. C'est par exemple le cas des poissons qu'on introduit dans les rizières. Leurs déjections sont un très bon fertilisant qui facilite la croissance du riz. Ces poissons mangent aussi les moustiques et les parasites. Et en ce moment, dans des rizières du Sénégal, on expérimente la présence de deux poissons pour lutter aussi contre la bilharziose, cette maladie qui tue près de 300 000 personnes par an sur la planète. Les poissons mangent l'escargot qui transmet le ver responsable de la bilharziose.
Enfin, même si l'on sort du domaine animal, il y a parfois un autre allié, contre-intuitif. C'est même le phénomène que redoutent par-dessus tout les agriculteurs : la sécheresse. Mais cette année, dans le sud de la France, après cet été historiquement chaud et sec, la récolte d'olives pourrait atteindre un niveau record, parce que la canicule a tué les larves d'une mouche qui s'attaque aux olives. Mais c'est bien la seule culture qui a profité de la sécheresse.
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Le film documentaire Oxygène montre le travail sans fin de plongeurs engagés à ramasser les tonnes de déchets jetés à la mer dans la région de Marseille. Canettes, plastiques et pneus tapissent les fonds marins et menacent la biodiversité et la beauté des profondeurs.
C’est une poubelle, invisible, sous-marine, insoupçonnée quand on est sur la plage. La mer Méditerranée est une véritable décharge, mais pas à ciel ouvert puisqu'il faut plonger dans les profondeurs pour s'en apercevoir. Le documentaire Oxygène, réalisé par les Marseillais Roxanne Perrot et Ugo Isoard, suit ainsi le travail bénévole de plongeurs apnéistes qui nettoient les fonds marins dans la région de Marseille.
« Je crois que ça m'étonnera toujours de voir des objets qu'on utilise tous les jours et qu'on retrouve dans des endroits qu'on pensait plutôt épargnés », témoigne dans le film l’une ces apnéistes, membre de l’association Oxygène. « Les gens ont vraiment pris l'habitude de balancer des trucs dans l'eau, mais dans l'eau, on ne voit plus rien en fait. Une fois que c'est sous l'eau, c'est sous l'eau. Pas vu, pas pris ! », souligne un autre. « C'est comme si on avait un joyau, quelque chose de, de magnifique. Et là, on vient le salir ».
Deux tonnes de déchets en une semaineLors du tournage du documentaire, deux tonnes de déchets ont été remontées à la surface, « un chiffre énorme, évidemment, constate Ugo Isoard, le coréalisateur du film. Le point de départ de ce documentaire, c'était un peu le mythe de Sisyphe. Les déchets reviennent toujours, et on a un peu l'impression que ces gens, ces bénévoles, reviennent chaque semaine et refont un peu les mêmes choses et récupèrent énormément de déchets. En période estivale, une ou deux tonnes, c'est assez commun, mine de rien ».
Ces déchets qui jonchent les fonds de la Méditerranée sont un véritable échantillon de la société de consommation. On y trouve de tout : des pneus, des sacs plastiques, beaucoup de plastique. Les apnéistes ont même retrouvé une voiture et un obus de la Deuxième Guerre mondiale. Mais la pollution la plus visible, c’est celle des canettes, par milliers. « À côté des plages du Prado, donc un endroit où énormément de gens vont se baigner, on met la tête à 4 ou 5 mètres sous l’eau, et ce sont des tapis de cannettes, raconte l'autre réalisatrice d'Oxygène, Roxanne Perrot. C'est vraiment la marque de la société, de la surconsommation de sucre, de sodas, etc. qui se retrouvent dans cet environnement qui n'a rien demandé ».
Un poulpe dans une canetteL'environnement est évidemment la première victime de ces déchets. Vous n'aimeriez pas vivre dans une poubelle ; les plantes et les poissons non plus. « Les apnéistes ne peuvent même plus retirer les déchets quand un poulpe va vivre dans une canette, souligne Roxanne Perrot. Après, ces déchets se désagrègent en des milliers de microparticules de plastique que les poissons mangent, que les êtres humains mangent après. Ce sont des microparticules de plastique qu'il est très compliqué de récupérer dans les océans. C'est une catastrophe écologique, évidemment ».
Les déchets qui peuvent être récupérés sont en revanche parfois difficilement recyclables. « C’est le truc un peu terrible des déchets sous-marins, constate Ugo Isoard. Au bout d'un moment, en fait, s’ils sont trop rongés par le sel, il y a une vraie difficulté à le recycler. Donc c'est un peu la double peine ». Et ça fait de la peine.
« La mer, le poumon de la planète »Un sentiment d’abattement peut d‘ailleurs envahir le spectateur de ce film où on voit moins de poissons que de déchets. Mais même si le travail de ces éboueurs de la mer peut sembler « une goutte d'eau dans la mer », comme le dit l'un d'entre eux, la force de l'engagement est plus fort que le découragement.
En dévoilant cette poubelle cachée, Oxygène veut nous alerter, nous, simples citoyens (pauvres buveurs de canettes), mais aussi pouvoirs publics et industriels. « Il n'y aura plus de mer. Qu'est-ce qu'on va faire ? La mer, au-delà des poissons, au-delà des beautés, c'est le poumon de la planète », rappelle l’un des héros du film. « Peut-être qu'il faut se rappeler qu'en la protégeant, on se protège nous-mêmes », espère une autre. Les Romains appelaient la Méditerranée Mare nostrum, notre mer à tous. Elle est notre mère aussi, mais ses enfants sont en train de la saccager.
Questions d'environnementSommet des océans: faut-il vraiment que les mégots de cigarette finissent dans la mer?
Ce mardi 22 septembre s'ouvre à New York la 81ᵉ assemblée générale de l'ONU, où plus de 130 chefs d’État et de gouvernement vont se succéder à la tribune, dans un monde en crise. Pour le Portugais Antonio Guterres ce sera le dernier de ces grands rendez-vous annuels. Après deux mandats, il quittera le poste de secrétaire général des Nations unies. Sept candidats sont en lice pour succéder à celui qui fut un défenseur infatigable de l'action climatique.
« Le climat mondial est en état d'urgence. La Terre est poussée au-delà de ses limites. Tous les indicateurs climatiques clés sont au rouge. La voie à suivre doit s'appuyer sur la science, le bon sens et le courage d'agir. » Comme dans cet extrait de mars, Antonio Guterres a fait de l'action climatique la priorité de ses deux mandats à la tête des Nations unies.
Après l'abandon de la Chilienne Michelle Bachelet le week-end dernier, ils sont encore quatre femmes et trois hommes dans la course à sa succession : Rebeca Grynspan du Costa Rica, Carolyn Rodrigues-Birkett du Guyana, deux Équatoriennes, Maria Fernanda Espinosa et Ivonne A-Baki, l'Argentin Rafael Mariano Grossi, le Sénégalais Macky Sall et Olara Otunnu de l'Ouganda.
Environnement et climat : les candidats n'affichent pas tous la même ambitionMais sur des questions climatiques, tous n'emboîtent pas le pas du patron de l'ONU sortant. Avant de faire carrière en politique, Maria Fernanda Espinosa, par exemple, s'est fait connaitre pour son engagement auprès des peuples autochtones en Amazonie équatorienne et en faveur de la biodiversité. L'Ougandais Olara Otunnu a qualifié le changement climatique de « l’un des plus grands défis de notre époque », mais compte le relever « sans sacrifier la prospérité économique ou la sécurité énergétique ».
« D'un côté, il y a Carolyn Rodrigues-Birkett, originaire du Guyana, qui a placé la sécurité alimentaire et le climat en tête de ses priorités », constate Erin Sikorsky, qui dirige le Center for Climate and Security à Washington et qui suit attentivement les positionnements des candidats sur les questions environnementales et climatiques. « D’un autre côté, il y a Rafael Grossi, actuellement à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui n’a pas du tout mentionné le climat dans sa déclaration liminaire. C’est donc un tableau contrasté. »
Trois tours de vote test ont déjà eu lieu au sein du Conseil de sécurité de l'ONU. Le dernier était le 18 septembre et Rebeca Grynspan est arrivée en tête. La candidate costaricaine dit avoir trois priorités si elle est élue : la paix, la sécurité et la réforme des Nations unies. Si à première vue la lutte contre le changement climatique ne semble pas un point central dans les programmes des candidats, cela est en partie dû au mode de désignation du prochain ou de la prochaine secrétaire générale de l'ONU, croit savoir Erin Sikorsky. Il ou elle doit obtenir neuf votes des 15 pays membres et aucun veto d'un des membres permanents du Conseil de sécurité. Les candidats tentent donc de faire consensus, alors que les États-Unis de Donald Trump ne veulent surtout pas entendre parler du réchauffement planétaire d’origine humaine.
« Parler trop de climat, c'est s'exposer à un veto américain »« Trop s’exprimer sur le climat pendant la sélection risque de mettre les candidats en danger », estime la politologue américaine. « Mais une fois élu, je ne vois pas comment on pourrait diriger l’ONU sans prendre le sujet à bras-le-corps qui touche tant de pays à travers le monde - nous l’avons encore vu cet été avec les vagues de chaleur en Europe ou les inondations au Népal. Les membres de l’Assemblée générale l’exigeront. »
Le nouveau ou la nouvelle secrétaire générale devra prendre ses fonctions le 1er janvier 2027. Le changement climatique et ses effets s’inviteront alors tout en haut de son agenda.
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Lancée le 26 août par le médiatique expert de la transition énergétique, elle réunit à partir de ce 19 septembre 150 citoyens à Paris et ouvre une plateforme en ligne. Elle compte bien peser dans la campagne électorale pour remettre au centre de l'agenda les grands enjeux socio-environnementaux. Elle s’inspire, sur la forme, de la Convention citoyenne pour le climat de 2020. Quel est ce projet et que peut-il en sortir ?
Ils sont 150, hommes et femmes, venus de toute la France. Ils ont été tirés au sort parmi 200 000 numéros appelés au hasard, qui n’avaient aucune connaissance du projet avant d’être appelés. Puis ils ont été sélectionnés selon la règle des quotas : âge, catégorie socio-professionnelle, niveau de diplôme, lieu de vie, etc., en théorie représentatifs de la diversité de la population française.
Enseignante et chercheuse à l’université de Bordeaux, la sociologue Sandrine Rui nuance la capacité de ces panels à refléter cette diversité : « En dépit du tirage au sort, les citoyens et citoyennes qui s’engagent dans ce type d’assemblée sont des volontaires qui n’ont pas de contraintes pour participer. Il y a souvent une surreprésentation de gens plus diplômés que la moyenne. Ils ont souvent plus conscience de l’enjeu que ça représente pour eux et ils s’autorisent surtout à prendre leur part de ce type d’expérience. »
Ceux qui le souhaitent et le peuvent prendront place ce samedi 19 et dimanche 20 septembre dans l’auditorium du Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. Ils reviendront cinq autres week-ends.
Les participants sont pris en charge et défrayés, selon le montant journalier d’un juré d’assises (une centaine d’euros), par un financement participatif. Le montant n’est pas connu, mais la cagnotte, qui démarre à « 1 euro symbolique », dépasse ce 17 septembre les 326 000 contributions – pour près de 175 000 contributeurs – dont la moitié dans les 24 premières heures.
En amont, le soutien est aussi venu de quelques personnalités et de particuliers. Une première levée de fonds qui a réuni d’emblée deux millions d’euros sur un budget prévisionnel initial de trois millions, indique à RFI Audrey Cerdan, du comité de pilotage : « On met en place les meilleures conditions possibles pour que 150 Français puissent se réunir et réfléchir aux sujets importants du moment et qu’on entende la voix citoyenne pendant la campagne présidentielle. » Une initiative inédite à cette échelle nationale durant cette période-clé, et qui se revendique apartisane.
« Se mettre d’accord »Les deux premiers week-ends seront consacrés à des auditions de scientifiques et d’experts, « avec une approche factuelle », précise Un commun accord. Les deux week-ends suivants, place au débat et à la réflexion en sous-groupe ou en assemblée, une animation confiée au cabinet Res publica. Les deux derniers jours, les 6 et 7 février, viseront à arbitrer les propositions et surtout à décider ce qu’il faut en faire…
Objectif fixé par le concepteur du projet, Jean-Marc Jancovici : « se mettre d’accord », explique-t-il dans le clip du projet, « sur quelques grands dilemmes de notre époque, nés du fait que nous commençons à toucher les limites de notre planète ». « On sait que [le climat] est un sujet important pour les Français, complète Audrey Cerdan. Mais pour s’attaquer aux enjeux climatiques, il faut aussi parler d’économie, des enjeux de souveraineté, de santé, des conflits d’usages, sur l’eau par exemple, des préférences sociétales. »
L’été qui s’achève en France a été le plus chaud jamais enregistré, avec cinq vagues de chaleur dont trois canicules, une sécheresse agricole violente et des incendies ravageurs. Environ 8 100 morts de plus que la moyenne ont été enregistrés, selon un bilan officiel encore provisoire communiqué mercredi 16 septembre. Les quatre derniers mois ont prouvé, s’il le faut encore, que nos villes et nos modes de vie ne sont pas adaptés au changement du climat, aux températures élevées comme à des manières de se déplacer plus durables.
Le fonctionnement de nos sociétés et de nos économies repose quasi-exclusivement sur les énergies fossiles, ressources non seulement polluantes mais finies, et qu’aucune alternative aussi abondante et qualitative ne peut remplacer, vouant nos sociétés à la décroissance. C’est la thèse que soutient depuis longtemps l'ingénieur et expert de la transition écologique Jean-Marc Jancovici. Personnalité médiatique en France, le fondateur de l’association The Shift Project est à l’origine de nombreuses études sur la manière de mener la transition dans différents secteurs. Nous entrons, explique-t-il dans une vidéo à la tonalité dramatique, « dans un monde nouveau, un monde déstabilisé pour lequel nous ne sommes à l’évidence pas prêts (…) parce que nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord, quelque part, sur une organisation qui permettrait de faire face à ces évènements pas totalement imprévus mais extrêmement déstabilisants (…). »
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Pour y remédier, il propose sa recette, imaginée bien avant l’été cataclysmique : une assemblée citoyenne sur les enjeux socio-environnementaux « compliqués », « sans solutions évidentes », mais qui dépassent largement la question du climat. En parallèle, Un commun accord déploie aussi une plateforme en ligne, ouverte aux contributions de tout un chacun.
Les conventions citoyennes, dispositifs d’échanges et de prises de décisionsJancovici part du constat qu’en campagne présidentielle, les candidats ont tout intérêt, pour se démarquer, à insister sur ce qui divise plutôt que sur ce qui rassemble. Or, en bon scientifique, il estime que c’est du consensus que naissent des solutions constructives.
Pour permettre à la société civile de prendre sa place dans cette campagne, il reprend le modèle des conventions citoyennes. Comme celle sur le climat, mise en place par Emmanuel Macron en 2020 dans le cadre du « grand débat national », après la crise des « gilets jaunes ». Celle-ci avait été déclenchée par l’instauration d’une taxe sur les carburants, qui se pensait écologique mais fut perçue comme anti-sociale. « Ce type de dispositif d’écoute de la parole citoyenne vient combler un manque clairement identifié par les Français, puisque 70% soutiennent le principe d’assemblées citoyennes, observe Audrey Cerdan. Dans les commentaires sur la cagnotte, dans les messages qu’on reçoit, on voit un espoir très important, un vrai désir d’espaces, dans un moment comme celui-ci. »
Même nombre de participants, même entreprise, Toluna Harris Interactive, spécialisée dans la constitution de panels, même esprit d’ouvrir le champ de la décision politique à l’ensemble de la société. Différence majeure : le projet citoyen n’est pas organisé par le pouvoir en place mais par la société civile pour faire connaitre ses doléances à ceux qui prétendent le prendre.
« Ces espaces, décrypte la sociologue Sandrine Rui, permettent à ces personnes de se former et de s'informer par des expertises sous forme de documents ou d’auditions pour nourrir leur réflexion et ensuite de délibérer entre elles pour rendre des avis, des propositions plus éclairées pour alimenter le débat public. »
« Des préférences » sur « des choix difficiles »Mais le temps imparti suffit-il pour rendre un avis pertinent sur des « dilemmes » ? « Dans le cas de cette initiative, six week-ends d’informations et d’échanges, cela fait un volume d’heures tout à fait conséquent, répond Sandrine Rui. Par ailleurs, un(e) citoyenn(e) qui s’engage dans une convention fait souvent beaucoup plus que ce qui est au programme. Ils lisent beaucoup, écoutent des podcasts. Cela ne les transforme pas en experts, mais cela les confronte à leurs propres opinions préalables. »
Les dilemmes, qui seront définis par les citoyens eux-mêmes, sont un peu des questions de repas de famille. Sur la voiture électrique par exemple : faut-il l’acheter moins chère à l’étranger ou plus chère en France pour soutenir l’emploi ? Faut-il ouvrir des mines de métaux sur le territoire, avec toutes les conséquences, pour réduire notre dépendance à la Chine ? Doit-on encore construire des autoroutes pour désenclaver des territoires et rapprocher les gens, mais au prix de la biodiversité qui s’effondre et des terres qui manquent ?
« C’est la raison d’être des conventions citoyennes de se saisir de dilemmes et d’objets qui font controverses, reprend Sandrine Rui. Ce qui permet de ne pas s’éterniser dans des débats sans fin, c’est qu’une convention citoyenne suppose à un moment des votes, c’est-à-dire des prises de positions. Dans le monde, de nombreuses assemblées citoyennes se saisissent de la question climatique qui se prête bien à ce type de délibération. »
Les réponses ne seront pas « noires ou blanches », développe de son côté Audrey Cerdan. « La science à elle seule ne peut pas résoudre ces problèmes-là, qui ne peuvent l’être que par la discussion collective. Le dilemme permet d’aller au cœur de ce qui préoccupe aujourd’hui les Français. Il ne s’agit pas de les résoudre entièrement, mais de proposer quelque chose de clair sur leurs préférences. On sait qu’on ne pourra pas tout avoir, et Un commun accord peut apporter des clarifications sur ces choix difficiles. Ces clarifications, une fois arrêtées, donneront des indications au grand public et aux politiques sur la manière dont ils veulent s’organiser pour l’avenir. »
Les conventions citoyennes
Jancovici l’assure, les « conventions citoyennes ont fait leurs preuves dans leurs capacités à réunir des gens qui viennent de tous bords, qui ne se connaissent pas, qui finissent par travailler ensemble, de se faire confiance et d’essayer de se mettre en position de responsabilité pour faire des propositions qui leur paraissent pertinentes ».
Le succès des conventions pour elles-mêmes ne présage cependant pas de la suite qui en sera donnée dans l’espace public, en particulier par les pouvoirs politiques, exécutif ou législatif. Les trois mises en place durant les mandats d’Emmanuel Macron ont connu une suite très différente.
Sandrine Rui confirme que « les conventions citoyennes ont pu faire leurs preuves et c’est particulièrement le cas de la convention citoyenne sur la fin de vie qui a permis à des citoyens de contribuer à l’élaboration de deux lois qui ont été votées ces derniers mois. Certes il s’est écoulé trois ans entre la fin de la convention et le vote des parlementaires, mais il y a un lien direct. » Elle pointe cependant le contre-exemple de la convention sur les temps de l’enfant, en 2025, dont le rapport n’a pas été remis officiellement à l’exécutif qui l’avait commandé.
Celle du climat (CCC) a laissé un goût amer. Les espoirs avaient été alimentés par le président lui-même qui avait juré de reprendre « sans filtre » toutes les propositions. Ils avaient été douchés par sa promesse non tenue. La CCC a tout de même abouti à une loi, Climat et résilience, en 2021. Mais celle-ci a peu à peu été détricotée, par les parlementaires cette fois. Au final, seulement 24 propositions citoyennes aujourd’hui sur 149 sont appliquées, vient de calculer l’ONG WWF pour le 5ᵉ anniversaire de la loi. « Tout ça pour ça ? Le résultat risque de nourrir exactement ce que la Convention devait combattre : la défiance envers la parole politique, le sentiment que les citoyens ne sont pas écoutés, l’impuissance climatique », déplore Jean Burkard, son porte-parole.
À écouter dans C'est pas du ventÉcologie, comment rassembler pour convaincre?
Nécessité d’un soutien massifPour parer à cette frustration qui pend au nez de ceux qui espéreraient trop d’« Un commun accord », « Janco » répond qu’il n’a rien promis, lui, contrairement à Emmanuel Macron. Quels seront alors les indicateurs du succès de cette initiative associative ?
L’écho qui sera entendu dans l’espace public en sera un. Les organisateurs comptent beaucoup sur une participation massive, à l’appel aux dons comme à la plateforme. Selon le soutien, faible ou massif, il sera plus ou moins difficile pour les candidats d'ignorer ce projet.
Mais le véritable marqueur sera bien la qualité des conclusions puis la manière dont elles seront reprises. D'abord par les candidats, mais comme elles seront rendues deux mois avant le premier tour, les programmes seront largement ficelés. Des législatives suivront la présidentielle, les futurs élus pourraient aussi s’en emparer.
Pour se ménager une porte de sortie face à un éventuel flop, Jancovici invite à considérer les effets de ce type de travail sur la durée : « Des dirigeants économiques, des hauts fonctionnaires qui ont un rôle dans le fonctionnement du pays peuvent regarder le travail et dire : c'est intéressant, je vais essayer d’en faire quelque chose. Il ne faut pas voir le résultat instantanément. »
À écouter dans L'invité cultureBD: «Le monde sans fin», de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici, «un objet à transmettre facilement»
C’est un moment très attendu par de nombreux chrétiens en France. La venue du pape Léon XIV du 25 au 28 septembre. Et à cette occasion, nous nous intéressons aux liens entre environnement et foi catholique avec cette question : existe-t-il un péché écologique ?
Cette question a été posée par le défunt pape François en 2022. Il a donc demandé à la Commission théologique internationale (CTI) de se pencher sur le sujet. Et le 2 septembre dernier, cette commission a publié un document intitulé Prendre soin de notre Maison commune : une réponse responsable et fraternelle au Dieu trinitaire.
Dans ce texte, la CIT apporte une réponse à cette question. Plutôt que d’utiliser les termes de péché écologique ou d’écocide, qui n’expriment pas suffisamment la dimension théologique, selon elle, la commission propose d’utiliser l’expression « péché contre la création et contre le Créateur » : détruire l’environnement est donc bien un péché pour l’Église.
« On est toujours un peu récalcitrant à parler de péché, parce que cela rappelle une époque où il y avait une dimension de peur liée au péché, je vais brûler en enfer si je fais ci ou ça, explique Laura Morosini, directrice Europe du mouvement Laudato si', dont l’objectif est de sensibiliser à l’écologie. Mais la question de savoir ce qui est bien ou mal, c’est une question fondamentale. On cherche quand même à savoir si je suis dans une vie bonne, ou si ce que je suis en train de construire, non seulement va se démolir mais va rendre la vie de mes descendants ou d’autres personnes plus pénible », affirme-t-elle.
Rejet d'anciennes conceptions écologistes chrétiennesLe document publié par la Commission théologique internationale rejette d’anciennes conceptions écologistes chrétiennes, comme l’anthropocentrisme prédateur et le biocentrisme. L’anthropocentrisme prédateur, c’est de considérer l’Homme comme le maître absolu de la création. Croire qu’il peut se servir de la nature à sa guise, comme si les ressources naturelles étaient intarissables.
Pour feu le pape François, c’est cette notion qui a abouti à la crise écologique. Et le biocentrisme, c’est de considérer que tous les êtres vivants sont égaux. Cette notion n’est plus d’actualité. Laura Morosini : « On ne dit pas qu’un ver de terre et un être humain, c’est la même chose, mais on dit que le rôle de l’être humain, c’est d’être le gardien de la création. Et ça, c’est dans le livre de la Genèse. »
Religion catholique et biodiversité : un rapport ancienLe lien entre la foi catholique et la Nature n'est pas nouveau, mais il a pris une place prépondérante avec le pape François qui avait une grande conscience écologique. C’est lui qui est à l’origine de l’encyclique du Laudato si' de mai 2015, sur la sauvegarde de la maison commune. L’encyclique, c’est une lettre solennelle envoyée par le pape aux évêques du monde entier et donc à tous les fidèles, pour insister sur la nécessité de préserver la nature. Et Laudato si', signifie « Loué sois-tu » en italien médiéval. C’est un hommage à un texte de saint François d’Assise, considéré comme l’un des premiers saints écologistes au XII-XIIIème siècle.
« Sainte Hildegarde de Bingen est avec François d’Assise une des grandes saintes, qu’on associe à la question écologique, une sainte allemande du XIIIe siècle, dit Laura Morosini. Elle dit, et c’était fréquent à l’époque, que Dieu se manifeste par deux moyens. L’un, c’est la Bible, le texte, et l’autre c’est la Création. »
La création, la Nature serait donc symboliquement l’égale de la Bible selon Hildegarde de Bingen. De quoi faire méditer certains puissants de ce monde qui se revendiquent chrétiens tout en détruisant l’environnement.
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Une nouvelle tour à flux doit être installée dans les forêts du Miombo, dans le sud de la République démocratique du Congo. Pendant plusieurs années, ses instruments mesureront les échanges de carbone et d’eau entre la végétation et l’atmosphère. L’objectif : mieux comprendre le fonctionnement et la résilience d’un immense écosystème africain encore très peu étudié, soumis à la fois au changement climatique et aux activités humaines.
Elle doit dépasser la cime des arbres et ausculter la forêt sans interruption, saison après saison. Dans le sud de la République démocratique du Congo (RDC), une nouvelle tour à flux doit permettre aux scientifiques de mesurer les échanges entre les forêts du Miombo et l’atmosphère.
Une infrastructure qui peut sembler modeste face à l'étendue de cette formation forestière, mais qui doit permettre de répondre à des questions essentielles : quelle quantité de carbone la forêt absorbe-t-elle ? Combien en rejette-t-elle ? Comment réagit-elle aux sécheresses ou aux autres perturbations ?
« Ces échanges vont mesurer directement les quantités de matière ou d'énergie, comme le carbone ou l’eau, qui vont rentrer ou sortir de l'écosystème qui est en dessous », explique Marc Peaucelle, chargé de recherche à L'INRAE et spécialiste de macroécologie forestière. La tour donnera ainsi accès aux « flux de carbone et aux flux d'eau de la forêt et de son écosystème dans son entièreté ».
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Une station de mesure au-dessus des arbresUne tour à flux ressemble à un grand pylône. Dans un écosystème forestier, elle doit être suffisamment haute pour placer ses instruments au-dessus de la canopée. Elle est notamment équipée d'une station météorologique et d'analyseurs capables de mesurer les concentrations de différents gaz. Le dispositif a d'abord été développé pour suivre le dioxyde de carbone et la vapeur d'eau, mais il peut également servir à mesurer d'autres gaz, comme le méthane ou l'ozone.
Le principe consiste à enregistrer très précisément et très rapidement les mouvements de l'air et la concentration des gaz transportés. Les chercheurs peuvent alors déterminer les échanges entre l'écosystème situé sous la tour et l'atmosphère. Pour le carbone, le résultat permet notamment de savoir si, sur une période donnée, la forêt en a davantage capté qu'elle n'en a libéré. Une forêt en croissance absorbe du dioxyde de carbone grâce à la photosynthèse. Mais elle en rejette également par la respiration des végétaux et des sols ou lorsque de la matière organique se décompose. À cela peuvent s'ajouter les effets des sécheresses, des incendies ou d'autres perturbations.
« Dans certaines conditions, potentiellement, la forêt va absorber du carbone ; dans d'autres, elle va en émettre », souligne Marc Peaucelle. L'intérêt de la tour est précisément de déterminer dans quelles conditions l'écosystème bascule d'une situation à l'autre.
Observer la forêt pendant plusieurs annéesImpossible cependant d'installer les instruments quelques semaines et de repartir avec une réponse définitive. L'intérêt scientifique d'une tour à flux réside dans la continuité de ses observations : « On ne peut pas avoir une information instantanée avec ce genre d'instrument », insiste Marc Peaucelle. Ces installations doivent fonctionner « sur le long terme, sur plusieurs années ». Les scientifiques peuvent alors comparer les échanges au fil des saisons et les mettre en relation avec les conditions météorologiques.
Dans le sud de la RDC, cela permettra notamment de comparer saison sèche et saison humide. Mais les séries de mesures deviennent particulièrement précieuses lorsqu'un événement inhabituel survient : une sécheresse intense, une saison des pluies atypique ou une période exceptionnellement chaude. Les chercheurs peuvent alors observer directement la réponse de l'écosystème. Continue-t-il à absorber du carbone ? Son bilan se dégrade-t-il ? Combien de temps lui faut-il pour retrouver son fonctionnement antérieur ? À terme, ces observations doivent permettre de mieux évaluer la résilience de la forêt face au changement climatique.
Le Miombo, une immense forêt encore méconnueC'est particulièrement important dans le cas du Miombo. Cette formation de forêts et de savanes boisées couvre une partie considérable de l'Afrique australe et centrale. « C'est plus de 10 % du continent africain qui est couvert par le Miombo », rappelle Marc Peaucelle. Les populations locales dépendent par ailleurs fortement de cet écosystème et des ressources qu'il fournit. En RDC, le Miombo se trouve dans le sud du pays, notamment dans la région du Katanga. Or cette zone concentre aussi d'importantes activités minières dans l'arc cuprifère. Aux pressions liées au climat viennent donc s'ajouter celles provoquées par les activités humaines et la déforestation : « C'est un écosystème où on ne connaît pas vraiment le fonctionnement, explique Marc Peaucelle, du fait qu'il y a très peu de recherches effectuées sur cet écosystème-là. »
Le manque de données dépasse d'ailleurs largement le seul Miombo. À l'échelle du bassin du Congo, les observations directes et continues des échanges entre les forêts et l'atmosphère restent extrêmement rares.
Une seule tour à flux dans le bassin du CongoLe contraste avec l'Amazonie est frappant : la forêt du bassin du Congo constitue le deuxième grand massif tropical de la planète après l'Amazonie. Pourtant, les deux régions ne disposent pas du tout du même historique d'observations : « En Amazonie, sur l'historique, il y a déjà à peu près plus d'une dizaine de tours qui ont été construites et qui mesurent la dynamique de cette forêt-là. Dans le bassin du Congo, il n'y en a qu'une », relève Marc Peaucelle.
Cette tour est installée à Yangambi, dans le nord de la RDC. D'où, selon le chercheur, « un réel manque d'information sur la dynamique de cette forêt » et « un réel besoin d'acquérir de la donnée » pour comprendre son fonctionnement.
La future installation du Miombo ne constituera donc pas simplement une deuxième station mesurant la même chose ailleurs. Elle documentera un écosystème différent de la forêt tropicale humide observée plus au nord. Cette diversité est essentielle : les mesures effectuées dans un type de forêt ne peuvent pas simplement être extrapolées à l'ensemble du bassin du Congo. Régime des pluies, durée de la saison sèche, végétation, sols ou pressions humaines diffèrent d'une région à l'autre.
Les enjeux dépassent également le seul bilan carbone. Le Miombo congolais se situe en amont du bassin hydrographique du Congo. La manière dont cette végétation capte, stocke puis restitue l'eau pourrait donc jouer un rôle dans le fonctionnement hydrologique régional. Marc Peaucelle souligne ainsi que la résilience de ces forêts est importante pour les services écosystémiques rendus aux populations locales, mais pourrait aussi avoir une influence sur « les régimes d'eau du fleuve ».
Mesurer simultanément les flux d'eau et de carbone permettra justement de suivre ces deux dimensions. Car le fonctionnement d'une forêt dépend étroitement de l'eau disponible. Lorsque les sols s'assèchent, les arbres peuvent réduire leurs échanges avec l'atmosphère afin de limiter leurs pertes d'eau. Cela affecte en retour leur photosynthèse et donc leur capacité à capter du carbone. Suivre ces échanges sur plusieurs années doit ainsi aider les scientifiques à comprendre comment le Miombo répond aux variations du climat et, surtout, ce qui se produit lorsque ces variations deviennent extrêmes.
Un projet porté avec l'université de LubumbashiLe projet de tour à flux est porté à l'initiative de l'université de Lubumbashi et accompagné dans le cadre de One Forest Vision et de l’initiative « La forêt, c’est nous », lancée par la RDC lors de la dernière COP30 sur le climat qui s’est tenue à Belém, dans l’Amazonie brésilienne en novembre 2025.
Le choix du Miombo s'inscrit dans une réflexion plus large menée en RDC. Un atelier de co-construction organisé à Kinshasa a réuni chercheurs congolais et internationaux, représentants des pouvoirs publics, ONG et acteurs économiques afin d'identifier les besoins scientifiques et les infrastructures nécessaires. Le Miombo a alors été identifié comme l'un des écosystèmes clés à mieux documenter. Le projet a depuis obtenu l'appui des autorités congolaises. Le site de la future tour a été identifié et le programme est désormais entré dans une phase plus concrète de préparation et de logistique.
Construire le pylône et installer les capteurs ne constitue cependant que la première étape. Une tour à flux n'a d'intérêt que si elle peut fonctionner pendant des années, avec des instruments entretenus, calibrés et des données continuellement vérifiées et analysées. Le projet prévoit donc également un important volet de formation : « Il va y avoir une grosse phase d'appui à l'université de Lubumbashi pour la formation des ingénieurs, des chercheurs et des étudiants », explique Marc Peaucelle. L'objectif est de leur permettre de prendre en charge « l'installation, la gestion et le maintien de cette infrastructure sur le long terme ».
Pour le Miombo, les premiers résultats ne livreront donc pas immédiatement un verdict définitif sur la quantité de carbone stockée ou sur la résistance de la forêt aux sécheresses. L'intérêt est précisément ailleurs : commencer une série d'observations appelée à durer. Saison sèche après saison sèche, saison des pluies après saison des pluies, la tour doit enregistrer les variations d'un écosystème dont une grande partie du fonctionnement échappe encore aux scientifiques.
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