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Or


C'est l'un des nouveaux moyens de transport emblématiques de la transition climatique. Mais la trottinette électrique, partagée ou personnelle, est-elle vraiment écologique ?
Elles filent parfois à toute vitesse, frôlant cyclistes et piétons. Les trottinettes électriques, qui font désormais partie du paysage urbain (mais pas que), ont parfois mauvaise réputation. En témoigne encore un article publié cette semaine en France par Le Figaro : « Comment la trottinette est devenue l’accessoire indispensable des narcotrafiquants lyonnais ».
Mais les voyous ne sont pas les seuls à plébisciter l’un des rares moyens de transport où l’on se tient debout (exceptés les transports en commun bondés). En quelques années, la trottinette électrique a fait des millions d'adeptes dans le monde. Les premières trottinettes à moteur, inventées il y a une centaine d'années, roulaient grâce à un moteur thermique, à essence. Ce n'est qu'au début de notre siècle que la trottinette électrique fait son apparition, aux États-Unis, avant de conquérir le monde, grâce au système des trottinettes partagées en libre-service.
Le boom de 2017« C'est parti de la Silicon Valley qui s'est dit : "Ah, il y a en fait un créneau pour la micromobilité". Il y avait déjà les vélos partagés depuis longtemps. La trottinette, c'était nouveau, même si la patinette est aussi vieille que le monde. C'était un nouveau business model qui s'est vite répandu », analyse Anne de Bortoli, chercheuse et professeur associée à Polytechnique Montréal.
Les trottinettes partagées explosent aux États-Unis en 2017, et un an plus tard le phénomène gagne Paris, avec ces nouveaux « engins de déplacement personnel motorisés », selon la classification officielle, qui envahissent la chaussée, les pistes cyclables mais aussi les trottoirs, avec pas moins de 13 opérateurs qui se partagent le marché à l'époque – c'est un peu l'anarchie au début... Cinq ans plus tard, un référendum local mettra un terme à l'aventure, en bannissant les trottinettes partagées, comme dans plusieurs villes européennes, Bruxelles étant la dernière à franchir le pas, en raison d'un trop grand nombre d'accidents.
La voiture résisteLe système de trottinette en libre-service permet de passer le pas et nombreux sont ceux qui achètent ensuite leur propre engin. En France, il s'en est vendu 5 millions en 10 ans, et plus de 600 000 rien que pour l'année 2025. Mais le succès des trottinettes électriques n’a eu qu’un effet marginal sur la circulation automobile.
On abandonne peu sa voiture au profit d’une trottinette, comme l’ont montré de nombreuses études, et notamment celle réalisée par Anne de Bortoli en 2019 à Paris : « Globalement, à Paris, la trottinette a surtout remplacé des kilomètres auparavant parcourus en transports en commun ainsi qu’en mobilité active, à savoir la marche et le vélo. En moyenne, on retrouve seulement 20% des kilomètres parcourus qui étaient auparavant réalisés avec des modes motorisés privés type voiture ou taxi, ceux qu'on veut éviter du point de vue environnemental ».
Un outil de la transition écologiqueDu point de vue environnemental, la trottinette électrique est avantageuse. On a fait beaucoup de progrès en dix ans. Fini le temps où des auto-entrepreneurs venaient ramasser les trottinettes en ville à bord d'une camionnette diesel, avant de les recharger sur un groupe électrogène à essence. L'empreinte carbone de la trottinette a fortement baissé. Leur durée de vie s'est allongée. D'ailleurs, dans le bilan carbone, ce sont moins les batteries qui pèsent que la fabrication du cadre en aluminium (comme pour les vélos électriques).
La trottinette électrique, partagée ou personnelle, est devenue un moyen de transport emblématique de la transition écologique qui « se focalise beaucoup, pour le secteur des transports, sur l'électrification de la voiture, relève Anne de Bortoli. C'est très pratique parce que ça ne nécessite pas un changement de système majeur, encore plus en Amérique du Nord où les villes sont très orientées autour de la voiture, un peu moins en Europe. Donc pour moi, tout ce qui est micromobilité personnelle ou partagée, bien gérée, va faire partie des solutions de transition climatique et écologique pour le secteur des transports ». Contrairement à la voiture, une trottinette (ou un vélo) ne prend pas de place, et elle a toute sa place.
Solaire, éolien et hydroélectrique subissent les vagues de chaleur à répétition qui les rendent moins performants. Le manque d'eau, de vent et les canicules ont un impact direct sur la production d'électricité propre.
C’est l’un des effets souvent méconnus de la chaleur et des canicules, et c’est aussi un drôle de paradoxe : les énergies renouvelables, qui permettent de lutter contre la crise climatique en limitant les émissions de gaz à effet de serre, sont aussi victimes du réchauffement climatique.
L’actualité de ces derniers jours en Europe l’a montré, avec des fleuves au plus bas, comme le Danube, ce qui a un impact sur l'énergie renouvelable la plus ancienne : l'énergie hydroélectrique.
Bas débitLes fleuves et les rivières permettent de fabriquer de l’électricité, mais encore faut-il qu’il y ait assez d’eau. En Serbie, deux centrales hydroélectriques installées sur le Danube, qui fournissent presque un cinquième de l'électricité du pays, sont en sous-production, à seulement 20% et 30% de leurs capacités.
La cause est le manque d’eau, résultat de sécheresses qui commencent de plus en plus tôt dans l’année, dès le printemps, si bien qu'en Serbie, dès le mois de mai, les centrales hydroélectriques n'ont jamais aussi peu produit. Moins de débit, c'est moins de puissance électrique. Quand le niveau des barrages baisse, la hauteur de chute d'eau est aussi moins importante, et c'est donc, moins de force dans les turbines et moins d'électricité. En Autriche, le mois dernier, on était ainsi à la moitié des capacités, et en France aux deux tiers. Mais il arrive qu'on doive carrément arrêter des centrales : le manque d'eau pourrait casser les turbines.
Panneaux solaires en surchauffeLe solaire souffre lui aussi de la chaleur. Il ne faut pas confondre lumière et chaleur ; ce n'est pas la chaleur que les panneaux solaires transforment en énergie, c'est bien la lumière du soleil. Ce qui tombe assez bien en été, la saison la plus ensoleillée. Mais de trop grosses chaleurs peuvent altérer la production photovoltaïque. À partir de 25°C – et c’est presque frais, 25°C aujourd'hui –, les panneaux solaires sont moins performants. À chaque degré supplémentaire, ils perdent près de 0,5% d'efficacité. Imaginez en plein cagnard, quand la température peut atteindre facilement les 50°C, sur un toit ou dans un champ... Mais la durée d'ensoleillement permet en partie de récupérer cette perte d'électricité.
L'énergie éolienne est aussi en souffrance face aux canicules. Quand il fait beau et chaud, il y a rarement du vent, en raison de la présence d'un anticyclone. Les éoliennes ne produisent donc pas. Il arrive aussi qu'on doive forcer l'arrêt des éoliennes pour éviter la surchauffe des composants électriques ; les systèmes de refroidissement ne sont pas assez efficaces quand la température de l'air approche des 40°C.
Au plus mauvais momentLes canicules n'ont d'ailleurs pas que des effets sur la production. Les vagues de chaleur affectent aussi la distribution d'électricité. Les lignes électriques sont moins performantes en période de canicule parce qu'elles chauffent.
C'est donc quand on en besoin de beaucoup d'électricité que les énergies renouvelables peuvent faire faux bond. En France, la consommation d'électricité a bondi de 20% pendant la canicule de juin pour faire tourner les climatiseurs. L’Allemagne a dû rallumer ses vieilles centrales à charbon pour faire face à la demande et à une moindre performance des énergies renouvelables. Mais ce n’est pas une raison pour jeter à la poubelle ses panneaux solaires ! Parce qu’on n'a pas trouvé jusqu'ici d'énergie aussi peu chère et aussi peu polluante.
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Les canicules à répétition depuis le début de l’été en France entrainent une sécheresse qui perturbe un modèle agricole qui a longtemps considéré l’eau comme une ressource infinie. Or aujourd’hui, plus de la moitié des départements sont touchés par des restrictions d’eau pour les agriculteurs. Les pluies restant abondantes l'hiver, alors ne faut-il pas tout simplement stocker cette eau pour pouvoir l’utiliser en été ?
Emmagasiner l’eau qui coule abondamment en hiver pour pouvoir l’utiliser en été, c’est une évidence pour Nicolas Brandy, agriculteur dans le département de la Haute-Vienne. Il a perdu 90 % de sa production de maïs à cause de la sécheresse. Il espère qu'en stockant l'eau il pourra continuer à produire malgré le changement climatique : « Aujourd’hui, l’une des solutions, c’est de stocker l’eau. On voit bien qu’au mois de février, on a eu plus d’eau que ce dont on avait besoin, et on l’a laissé partir. Aujourd’hui, en plein mois de juillet, on court après l’eau. Donc la solution est claire : fabriquer des réserves ».
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Évaporation et pollution de la ressourceDes retenues d’eau artificielles, il y en a 12 800 en Haute-Vienne : certaines servent à l’irrigation, d’autres à abreuver les bêtes et beaucoup sont des zones de loisir. Leur effet sur la sécheresse est catastrophique : l’eau qui stagne en plein soleil s’évapore et en quantité non négligeable. La surevaporation liée à ces étangs artificiels consomme chaque année plus d’eau que tous les autres usages réunis dans le bassin de Vienne, c’est-à-dire plus que pour l’industrie, l’eau potable, l’irrigation des champs ou l’abreuvement des bêtes.
Mais l’évaporation n’est pas la seule difficulté. L’eau qui stagne au soleil se réchauffe, sa concentration en oxygène diminue, des algues et des bactéries peuvent s’y développer. Comme dans cet étang du bassin de la Valoine que nous présente Gilles Villegier de l’association Sources et Rivières :
« Ce bassin c’est comme une flaque d'eau en train de croupir. Ces étranges couleurs qu’on peut y voir, ce sont des algues qui se développent, parce que dans cet étang, on a des sédiments qui contiennent du phosphore et de l’azote. Quand il y a de la luminosité et de la chaleur, cela peut entrainer la formation de cyanobactéries dangereuses pour la santé ».
Des réserves naturellesSans stockage, l’eau ne file d’ailleurs pas directement dans l’océan, car la nature la conserve naturellement et de manière beaucoup plus efficace qu’une retenue artificielle : dans ce qu’on appelle les zones humides. Ce sont des terrains qui se gorgent d’eau l’hiver, qui la gardent à l’abri du soleil sous une épaisse végétation, et qui la restituent petit à petit aux rivières en été. Un système que perturbe les retenues d’eau artificielles et le réchauffement climatique, qui va s'accentuer dans les prochaines années.
Adapter les exploitations à une ressource qui se fait rareFace au changement climatique, les exploitations agricoles doivent adapter leurs modes de production. Stocker l’eau c’est rester dépendant d'une ressource qui de toute façon va diminuer. Au contraire, il faut essayer de moins en consommer, c’est ce que fait depuis des années l'agriculteur bio Pascal Babaudou dans son exploitation : « On n’a pas d'issue de secours, pas de solution miracle, donc il faut travailler en amont. Avant de stocker de l'eau, on va essayer de ne pas en en utiliser. Un sol vivant emmagasine l'eau, ce qui permet au système racinaire de se développer et celui-ci peut aller très profondément chercher de l'eau. Lorsque durant une sécheresse le sol est complètement sec sur 20 cm, il reste de l'eau en profondeur ».
Et cela marche : dans son verger, malgré le sol très sec, les poiriers débordent de fruits. La récolte sera bonne cette année.
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L'Afrique de l'Ouest doit-elle dépenser 23 milliards d'euros pour construire un nouveau gazoduc et prolonger sa dépendance aux énergies fossiles ? À l'inverse, peut-on empêcher le continent de se développer alors qu'il n'est pas responsable de la crise climatique ? Voici les éléments du débat.
Le projet est gigantesque. Un gazoduc long de 7 000 kilomètres, le long des côtes de 13 pays d'Afrique de l'Ouest, entre le Nigéria et le Maroc, pour un budget prévisionnel de 23 milliards de dollars. Il y a huit jours, les pays de la Cédéao, la Communauté économique d'Afrique de l'Ouest, ont finalement donné leur feu vert à ce projet énergétique ancien, au nom du développement économique de l'Afrique.
Un moteur de croissancePour ses promoteurs, malgré son coût faramineux, le gazoduc sera un moteur de croissance et d'emplois. « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores, comme les industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz », a ainsi expliqué à Alexis Bédu du service Économie de RFI la directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc, Amina Benkhadra.
Mais dans un XXIe siècle traversé par des crises climatiques de plus en plus violentes, faut-il encore investir en faveur d'une énergie fossile ? Certes, le gaz est un peu plus « propre » que le charbon et le pétrole, deux fois moins émetteur de CO2 que le charbon pour la production d'électricité par exemple.
600 millions d'Africains sans lumièreLe problème de l'Afrique est-il aujourd'hui la production d'énergie renouvelable ou tout simplement l'accès à l'énergie, quelle qu'elle soit ? Et à condition encore que le gazoduc ne serve pas d'abord à l'exportation du gaz vers l'Europe... 600 millions d'Africains n'ont toujours pas d'électricité, la base pour avoir de la lumière, cuisiner sans charbon ou pouvoir utiliser un frigo... L'Afrique n'est aussi responsable que de 4% des émissions de CO2, loin, si loin derrière les pollueurs historiques. L'Afrique a droit à l'énergie pour se développer, comme le stipule l'ONU.
Mais ce gazoduc, s'il voit un jour le jour, ne risque-t-il pas d'enfermer les pays dans une dépendance au gaz, avec une conséquence, retarder le déploiement des énergies renouvelables ? C'est l'argument développé par certains experts et ONG, parce qu'un gazoduc à 23 milliards d'euros, il faut l'amortir.
Transition énergétique retardée« Ces infrastructures gazières, vu les montants d'investissements nécessaires, ont besoin de fonctionner sur plusieurs décennies pour être rentabilisées, au moins 20, 30, 40 ans ou plus. Et dans ce cas, le pays est bloqué dans sa transition puisqu'il doit continuer d'utiliser cette infrastructure gazière, estime Justine Duclos-Gonda, chargée de campagne pour Reclaim Finance, une ONG qui travaille sur le financement de la transition énergétique. C'est quand même préoccupant, voire alarmant, de voir qu'on dédie de telles sommes d'argent à ce type d'infrastructures. Ce sont des montants qui ne sont pas utilisés pour le développement des infrastructures renouvelables. »
Outre qu'elles permettent de lutter contre la crise climatique, les énergies renouvelables présentent plusieurs avantages pour l'Afrique. Prenons le cas du solaire : 7 des 10 pays dans le monde les plus ensoleillés sont en Afrique. Le soleil, c'est gratuit, alors que le prix du gaz est très volatil sur le marché des matières premières.
Le soleil, c'est gratuitL'un des freins à l'électrification de l'Afrique se trouve aussi au niveau des infrastructures. Mais avec le solaire, nul besoin de construire de lignes électriques. Le prix des batteries pour stocker l'énergie solaire s'est effondré et on peut construire n'importe où des mini-centrales solaires.
« L'intérêt aussi des énergies renouvelables, c'est qu'en parallèle de grosses infrastructures qui vont produire des grosses quantités d'énergie, on peut vraiment développer des petites infrastructures décentralisées au niveau des foyers, des villages ou des industries pour accélérer et massifier le déploiement des énergies renouvelables. Et c'est notamment le cas du solaire », poursuit Justine Duclos-Gonda. Gaz ou pas gaz, l'enjeu reste le même : que l'Afrique ne soit plus « le continent noir » comme on le voit de l'espace, la nuit, sans lumière.
La température de surface de la Méditerranée frôle par endroits les 30°C, ce qui menace la biodiversité. Les posidonies souffrent de la chaleur, alors qu'elles ont un rôle écologique majeur, notamment dans la lutte contre le changement climatique.
Une nouvelle vague de canicules frappe l’Europe et une partie de ses habitants. Mais il y a aussi des canicules en mer, et comme sur terre, elles se répètent de plus en plus. Actuellement, on frôle les 30°C à la surface de la Méditerranée autour de la Sicile et de la Tunisie notamment. Et partout les anomalies de température dépassent les 4 ou 5°C. Ce qui a un impact sur toute la biodiversité et notamment les herbiers marins. La posidonie, une plante méditerranéenne endémique, forme des prairies sous-marines, près des côtes. Les posidonies sont souvent confondues avec des algues, alors qu’elles sont des plantes à fleurs – oui on peut fleurir même sous l’eau, non il n’y a pas d’abeilles et ce sont les courants qui transportent le pollen.
Blanchiment et mortalitéLes effets des canicules marines à répétition se font chaque été sentir davantage. « Il n'y a quasiment pas une seule plongée où on ne constate pas les conséquences du changement climatique qui est en cours : des phénomènes de blanchiment des feuilles de posidonies, la mortalité d'herbiers. On peut aussi observer des invasions biologiques, d'espèces venues de mer Rouge, comme le poisson lapin qui peut surpâturer la végétation, les algues et la posidonie », témoigne Patrick Astruch, docteur en écologie marine au GIS Posidonie, le Groupement d'Intérêt Scientifique pour l'environnement marin, situé à Marseille.
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Carrefour écologiqueSi les posidonies disparaissaient, ce serait un problème. Malgré leur toute petite taille à l’échelle mondiale (seulement 0,15% des fonds marins), les herbiers marins jouent plusieurs rôles majeurs. « La posidonie est un véritable carrefour écologique en Méditerranée. Jusqu'à 25 % des espèces marines, à un moment donné de leur cycle de vie, fréquentent l'herbier de posidonies. Elles jouent un rôle d'abri, de zones de nurserie et de reproduction, de ressource en nourriture pour tout un tas d'espèces », détaille Patrick Astruch.
Championne du monde des puits de carboneLe rôle écologique des posidonies ne s’arrête pas là puisqu’elles permettent aussi de lutter contre le changement climatique. La posidonie est un puits de carbone souvent insoupçonné. « Elle a une capacité de séquestration du carbone cinq à sept fois plus importante qu'une forêt tempérée, par exemple une forêt de chênes, relève Patrick Astruch. Elle a la capacité d'édifier ce qu'on appelle une matte, tout un lacis de rhizomes et de racines sur des mètres d'épaisseur accumulés au fil des siècles. Cette matte est quasiment imputrescible à l'échelle de quelques millénaires et elle correspond à cette séquestration de carbone qui justifie le statut quasiment de championne du monde de séquestration de carbone. »
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Ancres destructricesOutre les canicules, d’autres menaces pèsent sur les herbiers marins. Dans le monde, en un peu plus d’un siècle, on a perdu 30 % des surfaces d’herbiers marins. La faute à l’urbanisation des côtes, la construction de ports, de jetées… Et puis il y a l’ancre des bateaux, à tel point qu’on a interdit en France aux bateaux de plus de 24 mètres de jeter l’ancre sur les aires de posidonies. « L’action d'une ancre d'un bateau de cette taille peut avoir instantanément des conséquences directes sur l'herbier avec la création de sillons avec l'ancre, avec les chaînes qui vont draguer aussi tout le fond. Il avait ainsi été observé des régressions de plusieurs centaines d'hectares en quelques années », souligne Patrick Astruch du GIS Posidonies. La perte d'un herbier marin, c'est presque invisible, évidemment beaucoup moins spectaculaire qu'un feu de forêt, mais c'est tout aussi dramatique.
Accusés d'avoir économisé sur les moyens dédiés aux sapeurs-pompiers, le gouvernement français et Emmanuel Macron, sur la défensive, peuvent aussi être mis en cause pour ne pas traiter suffisamment la raison principale des feux de forêt à répétition : le réchauffement climatique.
Huit jours déjà. L’incendie qui a détruit plus de 42 000 hectares de végétation en Gironde, près de Bordeaux dans le sud-ouest de la France, n’est toujours pas fixé. À l’échelle du territoire national, depuis le début de l’année, près de 120 000 hectares ont brûlé. Du jamais vu. La crise des incendies provoque de nombreuses polémiques, en particulier sur la responsabilité des politiques – responsables mais pas coupables, comme disait l’autre ?
Une chose est sûre, notre forêt brûle et nous regardons le feu, comme ces deux touristes allongés sur leurs transats, sur une plage du bassin d’Arcachon, avec pour horizon les flammes et la fumée noire. Une scène de vacances devenue ordinaire, immortalisée par une photo de l’Agence France-Presse (AFP) qui restera sans doute comme l’un des symboles de cet été où les Français ont approché l’enfer.
Le feu et les larmesLe feu, et les larmes de ceux qui ont tout perdu : leur maison, la forêt de leur enfance. « Ça va être dur pour beaucoup. C’est toute une vie. C’est de génération en génération que ces gens vivaient là. Ça va être terrible », lâchait dans un sanglot, en début de semaine, Alain Deyres, ancien maire du Porge, en Gironde, où la bataille du feu fait rage, au micro de l’envoyé spécial de RFI Nicolas Rocca.
Les incendies, qui se sont multipliés en même temps que les canicules, sont exceptionnels, à tel point que l’AFP qualifie l’incendie de Gironde de « mégafeu ». Leur ampleur est « historique », et c’est la ligne de défense du gouvernement depuis le début de l’été, et du président. « 116 000 hectares [ont brûlé] depuis le début de cette saison de feu, ce qui est inédit et un record depuis la Deuxième guerre mondiale et un feu particulièrement virulent ici en Gironde », déclarait Emmanuel Macron lundi lors d’un déplacement à Bordeaux auprès des sapeurs-pompiers.
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Inédits mais sans surpriseCes incendies sont peut-être inédits mais ils ne sont pourtant pas une surprise. Les scientifiques le disent et alertent depuis des années : le réchauffement climatique provoque beaucoup plus d’incendies beaucoup plus dévastateurs. C’est écrit dans les rapports du Giec (les experts internationaux du climat), et c’est aussi ce qu’on pouvait entendre ces jours-ci au Parc des expositions de Bordeaux, transformé en camp de déplacés – oui, c’est le terme. « On voit très bien qu’on subit de plus en plus les effets climatiques, constatait Mona Cadet, une sinistrée de Gironde, rencontrée par Nicolas Rocca. On a l’impression que c’est seulement maintenant que les gouvernements successifs commencent à prendre en compte l’ampleur des dégâts ».
Critiqué, mis en cause, le pouvoir est sur la défensive. Depuis une semaine, le gouvernement affronte les critiques sur le manque de moyens disponibles contre les incendies, les commandes de Canadair annulées, les pompiers sous-payés… « Je me félicite de ne pas avoir attendu ces feux et d’avoir dès 2017-2018 pris les premières décisions. Et donc on n’a jamais attendu, on a été en avance, on a investi. On a anticipé collectivement. Un très gros travail a été fait, la Nation a réinvesti dans tous les domaines civil et militaire », affirmait lundi Emmanuel Macron.
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Responsabilité climatiqueMais la responsabilité politique se situe peut-être à un autre niveau. Car au-delà des moyens, il faut s’interroger sur la cause des incendies. Et on ne parle pas ici des incendiaires, des pyromanes, des inconscients qui organisent un barbecue en pleine forêt – on en a vu. La vraie raison, c’est le réchauffement climatique qui provoque en France quatre canicules en deux mois, qui assèche les forêts et les rend hautement inflammables. Un feu de forêt, ce n’est pas un fait divers désormais, c’est un fait de civilisation.
Mais parce qu'est plutôt fort en termes d’écran de fumée, les écologistes sont aussi pris pour cible, accusés de s’opposer au débroussaillage pour préserver la biodiversité. Ce sont pourtant les écolos qui alertent, depuis 50 ans, sur le réchauffement climatique, avec les scientifiques, les climatologues, les ONG… Tous crient dans le désert que deviendra la planète Terre si on continue comme avant. Des cris ignorés, parfois niés ou moqués. On sait pourtant ce qu’il faut faire, et on sait que l’inaction a un prix. Les dirigeants politiques ont leurs responsabilités, sans oublier les citoyens, qui votent, ou ne votent pas, aux élections.
Certaines forêts françaises, lors de la vague de chaleur fin juin, ont émis plus de CO2 qu'elles n'en ont absorbé. Un véritable cercle vicieux : la canicule fragilise les arbres qui n'assurent plus leur fonction essentielle contre le réchauffement climatique qui met en péril les forêts.
Un été sans fin. La France affronte dès aujourd’hui une nouvelle vague de chaleur, la quatrième en deux mois, et ce n’est une bonne nouvelle pour personne, ni pour les humains ni pour la nature et notamment les arbres. Un phénomène inquiétant a été observé fin juin, lors de la deuxième canicule : des forêts n’ont plus joué leur rôle.
C’est beau, un arbre, ça fait de l’ombre, ça abrite de la biodiversité, et ça a une fonction essentielle : la photosynthèse, la capacité des arbres à produire de l’oxygène et à absorber du CO₂, le principal gaz responsable du changement climatique. Mais fin juin, en France, la machine s’est grippée, les arbres n’ont plus fait leur boulot, et dans certains territoires, les forêts ont émis plus de CO2 alors qu’elles sont censées en stocker.
Moins de photosynthèse« Lorsqu'il y a des épisodes caniculaires, l'activité photosynthétique des feuilles est ralentie par les brûlures et par les fortes températures, ce qui fait que l'arbre va émettre moins d'oxygène. En parallèle, la respiration de ces arbres, qui se produit généralement la nuit, va, elle, émettre du CO2. On observe un déséquilibre pendant les canicules et on peut avoir une forêt qui va ponctuellement émettre plus de CO₂ qu’elle ne va relarguer d'oxygène », explique l’agroclimatologue Serge Zaka.
Il y a un mois, ce fut un phénomène d’une ampleur inédite. De surcroît, la répétition des canicules, elle aussi inédite en France, épuise les arbres, ce qui risque encore d’aggraver le phénomène. « C'est plutôt inquiétant, estime Serge Zaka. Parce que même si l'eau revient, même si la canicule s'arrête, il peut rester des effets sur le long terme. Certains arbres vont mourir, donc ce seront des feuilles en moins qui permettaient de faire de la photosynthèse. Du bois va être décomposé par les micro-organismes et cette décomposition émet elle aussi du CO2. À tel point que dans certaines forêts du nord-est de la France et surtout en Europe centrale, on a quelques forêts tout le long de l'année qui commencent à relarguer plus de CO2, ce qui va aggraver le changement climatique ». C’est ce qu’on appelle une boucle de rétroaction, autrement dit, un cercle vicieux.
Du sud vers le nordEt les cercles vicieux se multiplient. Quand c’est l’automne en plein été, quand les arbres préfèrent perdre leurs feuilles pour économiser l’eau, c’est de l’ombre en moins, donc plus de chaleur. Même chose quand un arbre meurt. « Progressivement, les arbres dépérissant vont laisser le soleil passer à travers la forêt. Du coup, c'est le sol qui s'échauffe. Et le sol qui s'échauffe, c'est une forêt qui se réchauffe elle-même plus vite, donc des espèces qui vont mourir encore plus rapidement », déplore l’agroclimatologue.
Les humains peuvent agir, aider les forêts à s’adapter, en plantant des arbres. Mais un arbre met du temps à pousser. Il faut donc agir à long terme, ce qu’on a visiblement du mal à faire. « Actuellement, on a souvent des politiques court terme avec une vision à cinq ans maximum, déplore Serge Zaka. La vision d'adaptation sur une forêt, c'est trente ans, cinquante ans. L'Homme peut ramener des espèces du sud de la France et les planter dans les forêts du nord en respectant la biodiversité locale, donc aider les espèces du sud à remonter vers le nord. Ce que les arbres auraient fait naturellement en 20 000 ans, il faut le faire en 100 ans ». Dans 100 ans, nous serons morts, mais les arbres seront bien vivants, on l’espère, pour les générations qui viennent.
On construit plus vite une centrale solaire qu'une ligne électrique. De nombreuses installations photovoltaïques et éoliennes sont ainsi à l'arrêt faute de raccordement au réseau. Quand l'intendance ne suit pas, le « manque à gagner » peut être immense.
Le chiffre est énorme. En Inde, 50 gigawatts d'électricité issue des renouvelables ne sont pas utilisés. Soit l’équivalent de 50 réacteurs nucléaires. La raison est toute simple : ces centrales solaires et éoliennes ne sont pas connectées au réseau électrique pour transporter l'électricité d'un point à un autre, du producteur aux consommateurs.
Parce que la construction d'un réseau électrique et les raccordements prennent du temps. « Les réseaux actuels ont été conçus pour quelques dizaines de producteurs bien centralisés et des millions de consommateurs. Maintenant, on a des millions de consommateurs et des millions de producteurs, avec de nouvelles consommations qui apparaissent (comme les datacenters), ce qui fait énormément de raccordements à effectuer en même temps », explique Cédric Philibert, spécialiste de l'énergie et chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (IFRI).
Chantiers titanesquesPour avoir une idée de l'ampleur du chantier, ou plutôt des chantiers, rien qu'en Inde (un pays à la taille assez éloignée de celle du Luxembourg...), il faudra, d'ici 2030, construire 500 000 kilomètres de nouvelles lignes électriques. Un travail titanesque, qui demande entre trois et cinq ans selon la distance, alors qu'il faut quelques mois, moins de deux ans en tout cas, pour bâtir une centrale solaire. On n'est pas tout à fait dans la même temporalité, ce qui produit forcément un décalage.
En France, « on a un certain nombre de projets en file d'attente qui ont reçu la promesse de raccordement, mais cette promesse ne peut pas se réaliser avant un an, deux ans ou trois ans. Et effectivement, on a plus de projets en attente que d'options de raccordement à très court terme. C’est un problème qu'on a en France comme on l'a en Chine, en Inde, aux États-Unis ou un peu partout », estime Cédric Philibert. En Chine, à cause de cette pénurie de ligne électrique, jusqu'à 17% de l'énergie solaire n'a pas pu être utilisée de ligne. Ce qui maintient la dépendance de la Chine au charbon, la pire énergie qui soit.
Une course contre le tempsIl faudrait donc anticiper la construction des lignes électriques, et pourquoi pas, comme le suggère Cédric Philibert, prendre l'exemple du Texas, aux États-Unis, où on est pourtant les rois du pétrole : « En général, on ne construit pas le réseau quand le solaire n'est pas construit. On a peut-être tort. Au Texas, il y a quinze ans de cela, le gouvernement a dit : "On va développer les éoliennes et moi je construis les lignes à haute tension sans attendre les éoliennes". Donc ensuite quand on a construit les éoliennes, le raccordement était très rapide », raconte le chercheur.
D’autres pistes existent pour rattraper le retard, comme la colocalisation, en vogue au Portugal : on regroupe le solaire et l'éolien à un même endroit, pour faire des économies d'échelle et de réseau. « Dans beaucoup d'endroits, ils sont en train de rajouter une ferme solaire entre les éoliennes. Parce qu'en réalité, le solaire et l’éolien ne vont généralement pas produire en même temps. En gros, le solaire, c'est la journée et pas la nuit. L'éolien, c'est plus souvent en soirée ou la nuit, et c’est plutôt plus fort en hiver. Cela se complète bien. Si on les met à côté l'un de l'autre, on peut faire de grandes économies dans le développement du réseau et on peut gagner du temps », assure Cédric Philibert de l'Ifri. Et le temps, ça compte ; la lutte contre le changement climatique est une vraie course contre la montre, et contre la mort.
Dépourvus de cordes vocales, les insectes ne chantent pas, mais certains savent se faire entendre, notamment pour se reproduire et même pour s'alimenter.
C’est la BO de la nature, le son de la biodiversité qu’on peut entendre jour et nuit. Les chants des oiseaux dominent, mais les insectes ne sont pas en reste. Une expression d’abord involontaire, qui tient aux lois de la physique, à l’image des mouches. Ce qu’on entend, c'est le battement de leurs ailes, et plus la mouche est grosse, plus ses grosses ailes font du bruit, jusqu’à 500 battements par seconde.
Mais les vibrations des ailes peuvent avoir leur utilité. Chez certaines espèces d'abeilles (mais pas les abeilles domestiques), on pratique la pollinisation vibratile. Le bourdonnement fait vibrer la fleur et permet de libérer le pollen qui serait autrement inaccessible. Quelques 20 000 espèces de plantes à fleur sont principalement pollinisées de cette manière. C'est le cas notamment de la tomate. Aux États-Unis, on importe des colonies de bourdons d'Europe pour polliniser les tomates cultivées sous serre.
Des « chants » d'amourChez les moustiques, c'est le même principe que la mouche : le battement des ailes fait du bruit, et là aussi ça dépend de la taille. Si on n'entend pas de moustique, ça ne veut pas dire qu’on ne sera pas piqué. Les moustiques sont attirés par l'odeur de nos pieds, loin de nos oreilles. Les petits moustiques sont les plus discrets, comme le moustique tigre, vecteur de la dengue ou du chikungunya.
Mais le bruit que font les insectes a aussi un rôle dans la reproduction. Chez les moustiques, la femelle (celle qui pique) se signale ainsi au mâle. À l'inverse, chez les cigales, c’est seulement les mâles qu'on entend, pour attirer les femelles. Mais ce ne sont pas leurs ailes qui font du bruit. Les cigales ne chantent pas non plus, elles cymbalisent. Les cymbales sont deux membranes situées dans l'abdomen, qu'un muscle vient contracter. Ça va très vite, une centaine de mouvements par seconde, et ça peut être assourdissant : certaines espèces peuvent dépasser les 100 décibels et faire autant de bruit qu'une tondeuse à gazon – mais au moins les femelles sont prévenues...
Insecte thermomètreOn n'entend pas tout le temps les cigales, seulement au-delà de 22 ou 25°C, parce que la cigale est ectotherme (le bon terme pour qualifier les animaux à « sang-froid ») : la température du corps dépend de la température de l'air, et s'il fait trop froid, les cymbales se contractent et ne peuvent plus jouer. Voilà pourquoi, dans la fable de La Fontaine, « la cigale a[yant] chanté tout l'été ».
Chez les grillons, la température de l'environnement a aussi un impact sur leurs stridulations. Les grillons ne chantent pas, (eux non plus n’ont pas de corde vocale) mais stridulent, et ce peut être strident. Ils produisent du son en frottant leurs ailes, pour attirer les femelles, ou pour marquer leur territoire – en tout cas c'est une manière de communiquer. Et plus il fait chaud, plus ils stridulent. Les grillons peuvent ainsi servir de thermomètre. C'est la loi de Dolbear, du nom d’un physicien américain qui avait inventé une formule mathématique assez compliquée. Mais pour faire simple, il suffit de compter les stridulations pendant 8 secondes, et d'ajouter 5. Faites l’expérience. Sur l’enregistrement d’un « chant » de grillon, on a compté 23 stridulations, ce qui fait 28°C. Pas de doute, on est bien en été.
La nature est résiliente et les forêts victimes du feu n'ont pas forcément besoin des humains pour se régénérer.
Replanter des arbres après le passage des flammes semble, spontanément, la solution devant le spectacle morbide d’un arbre calciné, tué par le feu. Face à l’émotion, c’est bien souvent la réponse des dirigeants politiques. « Tout le problème qu'on a, c'est que le temps de la forêt n'est pas le temps du politique et que nos politiques adorent se précipiter après un incendie alors que les braises sont encore fumantes », regrette Sylvain Angerand, le directeur de l’association Canopée qui protège les forêts.
Appel aux dons pour replanterChaussé de ses plus belles lunettes de soleil, alors que l’incendie de Fontainebleau, au sud de Paris, n’était pas encore éteint, le président de la République française s’était rendu sur place pour lancer un appel aux dons pour replanter la forêt ravagée. « Cette forêt, on y tient, lançait Emmanuel Macron. Et dès maintenant, on va lancer la mobilisation pour permettre de collecter la solidarité nationale. Je compte donc sur chacune et chacun pour pouvoir donner pour la forêt de Fontainebleau et nous permettre de faire le travail de replanter. » Plus de 700 000 euros ont déjà été récoltés pour Fontainebleau, alors qu’une autre cagnotte mise en ligne par la Fondation du patrimoine, pour toutes les forêts de France, a recueilli moins de 160 000 euros.
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Les arbres reviennent tout seulsPlanter n’est pourtant pas forcément la bonne solution. Mieux vaut laisser la forêt se régénérer d’elle-même. « On n'a pas besoin de planter des arbres à Fontainebleau, s’agace Sylvain Angerand, de l’association Canopée. Les arbres vont revenir tout seuls. En 2022, quelques semaines après les grands incendies dans les Landes, on avait les chênes qui refaisaient des branches, des feuilles vertes. On avait les graines de pins maritimes qui commençaient à germer et donnaient des petits pins maritimes. Cette dynamique naturelle, il faut lui laisser le temps de s'installer quelques années et c'est seulement après qu'on va venir l'accompagner. C'est comme un corps : il y a eu un traumatisme, il faut accompagner, y aller doucement et ne pas se précipiter. Dire qu’on va replanter une forêt, c’est une illusion, ça n'existe pas. »
Les vertus du bois mortL’idée est d’intervenir le moins possible, de laisse faire ; une sorte de libéralisme appliqué à la nature. Par exemple, laisser sur place les arbres calcinés, « surtout les gros bois morts, poursuit Sylvain Angerand. Ils vont se décomposer et vont venir nourrir les sols. Ils vont même jouer un rôle d'éponge, parce que la matière organique va permettre de garder l'humidité de l'eau. Il n’ y a rien de pire que de tout exporter. La forêt est un écosystème vivant dans lequel les sols jouent un rôle colossal. » Et pour protéger ces sols, mieux vaut aussi éviter de rouler avec de gros engins qui vont tout tasser…
Agir sur les causes du réchauffementDans un deuxième temps, s’il faut replanter, il convient de ne pas le faire n’importe comment. Il faut choisir des arbres adaptés au changement climatique, en évitant la monoculture, pain béni pour les parasites. « On se dit que le pin maritime est intéressant parce que c'est un arbre qui est plutôt résistant à la sécheresse. Donc les forestiers se précipitent dessus. Sauf que le pin maritime est très sensible aux incendies. La réponse, c'est donc la diversification. Plus on parle de planter des arbres après un incendie, plus on donne l'illusion d'agir. Alors que le principal levier qu'on a, il est sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre », rappelle Sylvain Angerand de Canopée. En agissant sur la crise climatique, on aura moins de sécheresse et donc moins d'incendies. Et c’est l’assurance de ne pas (se) planter.
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