
Sign up to save your podcasts
Or


Depuis des décennies, les grandes compagnies pétro-gazières ont entretenu l'idée que le gaz naturel, composé principalement de méthane, est une énergie propre et même une solution climatique. En réalité, elles savaient qu'il s'agit d'une source importante de pollution de l'air et un contributeur majeur au changement climatique. Comment est né le mythe du gaz « propre » ?
C'est le Centre pour l'intégrité climatique, une organisation américaine qui a mené l'enquête. Leurs chercheurs ont épluché des centaines de documents, recueilli des témoignages… Ils se sont rendus compte que dès les années 1960, le secteur savait que lors de l'extraction du gaz, d'énormes quantité de méthane s'échappaient dans l'atmosphère. « Au cours des années qui ont suivi, le secteur du gaz a dû faire face à une prise de conscience croissante des enjeux environnementaux dans l'opinion publique et à la concurrence du secteur de l'électricité. Au point que le secteur du gaz a craint de perdre des clients. L'American Gas Association a alors lancé une vaste campagne publicitaire présentant le gaz comme une énergie propre "pour aujourd'hui et pour demain" », explique Rebecca Leber, l'une des chercheurs.
Le lobby gazier s'est aussi attaqué à la scienceDans les années 70 et 80, la recherche commence à accumuler des preuves montrant que le méthane est un puissant gaz à effet de serre et donc un problème pour le climat. « La réaction de l'industrie a parfois consisté à remettre en cause ces données scientifiques et à semer le doute sur ces résultats. Et lorsque l’Agence américaine de protection de l'environnement a lancé une étude pour examiner l'impact du secteur, les compagnies pétro-gazières ont influencé les résultats et nettement sous-évalué l'ampleur des émissions de méthane », explique Rebecca Leber.
Cette campagne d'influence a des retombées encore aujourd'hui : le gaz naturel est présenté comme une énergie propre, une énergie de transition. Résultat : l'Union européenne l'a inscrit dans sa taxonomie verte, sa liste de produits et activités économiques bas carbone.
Le Sénégal qui a découvert des gisements ces dernières années a lui mis le gaz au cœur de sa stratégie de transition énergétique, il y est considéré comme une énergie « plus accessible, plus propre et plus compétitive ».
Pourtant, on sait désormais que le méthane est un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans. Chaque année, nous continuons à en émettre toujours plus dans l'atmosphère. Aujourd'hui ce sont les États-Unis le premier producteur de gaz naturel au monde, devant la Russie et l'Iran.
Les mêmes méthodes que l’industrie du tabacEt si cela vous y fait penser ce n'est pas pour rien. « L'un des cabinets de relations publiques avec lesquels l'American Gas Association a collaboré a également travaillé avec des fabricants de tabac dans le cadre de sa campagne sur les cigarettes et la santé publique. Il ne s'agit donc pas seulement d'une histoire comparable. On parle bien des mêmes tactiques et des mêmes personnes », ajoute Rebecca Leber.
Les auteurs de cette enquête veulent maintenant demander des comptes au lobby gazier, qu'il arrête ces pratiques d'influence et réduise son impact sur la planète.
Un désert n'est jamais complètement désert. L'éco-acoustique permet d'y mesurer l'étendue de la biodiversité animale.
Connaissez-vous le chant des dunes ? Dans certains déserts de sable, on peut entendre les dunes « chanter » lors d'avalanche de sable, un chant provoqué par les grains de sable en mouvement ; ce sont leurs vibrations qu'on entend, et leur modulation. Le phénomène a été rapporté pour la première fois par Marco Polo au XIIIe siècle. Le silence du désert n'existe pas.
Il n'y a pas que le bruit du sable qu'on peut entendre dans les déserts et il n'y a d'ailleurs pas que des déserts de sable. Un désert n'est jamais complètement désert. Dans tous les déserts, il y a de la vie, même si la vie est plus rare quand les conditions sont extrêmes et quand rien ne pousse ou presque. « Quand on fait l'évaluation d'un écosystème pour la composante de vie, c'est un milieu dans lequel il y a de la végétation, explique l'écologue Hervé Jourdan, chercheur à l'IRD, l'Institut pour la recherche et le développement. Et plus votre végétation va être stratifiée, complexe, plus vous aurez l'opportunité d'avoir une faune qui va être riche. »
Entendre ce qu'on ne voit pasC'est donc cette faune qu'on peut entendre. Et pour savoir qu'il y a de la vie dans les déserts, pour la détecter, la qualifier et la quantifier, le son est plus efficace que la vue. « Le son est un bon indicateur, très intégrateur, là où la vue, finalement, ne nous permet pas de voir la présence par exemple d'oiseaux qui vont être cachés dans les arbres, et encore moins les insectes qui sont encore plus difficiles à voir. La vue, en fait, va se focaliser sur une zone spatiale très petite alors qu'un enregistreur disposé dans la forêt va capter des sons qui viennent de plein d'endroits différents à une distance beaucoup plus importante », détaille Etienne Thoret, psycho-acousticien, chercheur CNRS à l'Institut des neurosciences de la Timone à Marseille.
C'est ce qu'on appelle l'éco-acoustique : c'est en enregistrant les sons d'un écosystème qu'on peut déterminer sa richesse. « L'éco-acoustique est une science qui s'est fondée sur cette idée qu'une complexité de sons renvoie à une complexité de biodiversité. Vous pouvez donc calibrer la qualité d'un habitat à travers la complexité des sons enregistrés, des émissions des animaux enregistrées », précise Hervé Jourdan.
Les sons du Ferlo au SénégalL'éco-acoustique a ainsi des applications très concrètes face à l'avancée du désert. Hervé Jourdan et Etienne Thoret travaillent tous les deux sur un projet mené dans le nord du Sénégal, dans le Ferlo, une région semi-désertique, là où a été plantée la Grande muraille verte. Des micros enregistrent les sons de la nature pour déterminer à quel point les arbres permettent le retour des animaux.
« On se rend compte qu'il y a effectivement une présence biophonique le jour et la nuit, principalement la journée dans le sud Sahel. Les sons sont composés de sons d'oiseaux et la nuit principalement de sons d'insectes, témoigne Etienne Thoret. Effectivement, c'est une activité beaucoup moins intense que dans des forêts tropicales par exemple. Il y a un phénomène bien connu qui s'appelle le chorus du matin ou du soir, où les oiseaux et globalement toutes les espèces animales se mettent à chanter. Il y a une activité qui est même très forte en fait, bien que l'environnement soit relativement désertique ».
Il est encore trop tôt pour connaître l'impact réel de la Grande muraille verte sur la biodiversité. Les chercheurs vont continuer d'écouter la nature. Parce que la désertification, on la voit mais surtout on l'entend.
Crédits sonores : Chant des dunes : Stéphane Douady/Mathias Théry. Ferlo : CNRS MITI, Aix-Marseille Université, Institut de Recherche pour le Développement, OHMI Téssékéré, Labex DRIIHM, Université Cheikh Anta Diop.
Dernier volet de notre bilan des canicules, sécheresse et incendies en France et en Europe : la gravité de la crise climatique vécue par des millions de personnes peut-elle déboucher sur une prise de conscience politique ?
Le doux parfum de la pluie l’été, on l’avait presque oublié. La dernière vague de chaleur s’achève en France avec quelques gouttes d’eau et des températures enfin de saison, à l’issue d’un été brûlant et d’une succession inédite de canicules, de sécheresse et d’incendies. Mais le retour à un été normal va-t-il effacer le souvenir de la brutalité de la crise climatique, pour « repartir comme en 1940 » et reprendre nos vies d’avant ? Ou peut-on s’attendre à une véritable prise de conscience, voire à un débouché politique après cette crise climatique majeure ?
Cet été de l’enfer pourrait marquer durablement les esprits, parce qu’il a marqué durablement le corps des Français. « Ce n’est pas quelque chose qu'ils ont vu simplement à travers leur écran de télévision, leur poste de radio ou à la une des journaux. C'est quelque chose qu'ils ont éprouvé dans leur corps, dans leur chair, dont ils ont souffert personnellement, parfois avec des dégâts corporels ou matériels. Donc, il va y avoir des traces, j'allais même dire des cicatrices », estime Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller en communication de l’ancien président François Hollande, à la tête aujourd’hui de Gantzer Agency.
L'environnement, sujet politiqueLa crise climatique pourrait alors devenir un élément central du débat public, alors que se profile la présidentielle de l’an prochain. Dans tous les sondages réalisés cet été, la question environnementale est devenue une des préoccupations majeures des Français, en troisième ou quatrième position, avec par exemple un bond de 12 points en un mois dans l’enquête Ipsos-BVA, ce qui n’arrive presque jamais.
Gaspard Gantzer va même plus loin et voit le sujet s’imposer dans la campagne électorale : « Je pense que la question environnementale va devenir le premier de tous les sujets. Comment faire pour vivre en ville alors que les villes sont transformées en bouilloire thermique, en véritables planchas de goudron et de béton ? Comment fait-on pour vivre à la campagne ? Comment fait-on pour ne pas voir sa maison brûler dans une forêt ? Les Français vont donc avoir des demandes très précises à formuler aux politiques qui vont avoir le devoir d'y répondre. Ils veulent juste trouver un plan pour pouvoir s'en sortir et ne pas revivre l'enfer qu'ils auront vécu cet été ».
À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: comment les canicules ont-elles changé nos vies? [3/4]
Agir contre le pireDu pire naîtrait ainsi le meilleur, les catastrophes nous rendraient résilients et nous pousseraient à agir… Mais tout le monde n’est pas de cet avis. « Par le passé, les communautés humaines n'ont pas fait la démonstration de leur capacité à tirer des leçons durables de ce genre d'événement. Il n'existe pas de lien entre l'occurrence des phénomènes catastrophiques ou des aléas climatiques et l'apparition de politiques publiques plus pro-climatiques », souligne le sociologue Benoit Giry, maître de conférences à Sciences Po Rennes et auteur de Sociologie des catastrophes, aux éditions de La Découverte.
Comme l’ont montré plusieurs études réalisées à travers le monde, rien ne garantit que la conscience écologique progresse sur le terrain politique. « On ne sait pas véritablement s'il existe un lien entre les gens qui ont vécu une catastrophe d'origine climatique et le vote écologiste. Les gens qui ont vécu des catastrophes climatiques sont susceptibles aussi de moins voter écologiste. Les pays dans lesquels il y a eu le plus de catastrophes n'ont pas forcément développé les politiques de prévention des catastrophes les plus poussées », relève aussi Benoit Giry.
Pression citoyenneRien ne garantit donc que les politiques agissent après cet été brûlant en France. Pour cela, il faudrait que les citoyens partagent les mêmes préoccupations ; on ne vit pas la canicule de la même manière dans un appartement climatisé ou dans une passoire thermique. La pression et la mobilisation citoyenne apparaissent essentielles pour la suite. « Les victimes des incendies de Gironde peuvent contribuer, en occupant l'espace public, à mettre ce problème-là à l'agenda. Mais le réchauffement climatique, ce sont aussi des choses beaucoup plus insidieuses, l'occurrence de maladies ou de problèmes physiques qui sont plus étalés dans le temps et qui passent un petit peu sous les radars », rappelle Benoît Giry.
On se souvient du « monde d’après », promis pendant le Covid. Mais très vite, les belles promesses ont été oubliées. Il y a certes une différence aujourd’hui : contre la crise climatique, à part un changement radical de nos modes de vie, on n’a pas trouvé de vaccin.
À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]
Sueur et ventilateur. En enchaînant cinq canicules en trois mois, les Français ont expérimenté de plein fouet la vie sous réchauffement climatique.
Un « été pourri », il y a quelques années, c’était un été frais et pluvieux. Mais un « été pourri », aujourd'hui, c'est l'été que vous venez de vivre, où vous avez parfois eu l'impression de survivre – on exagère à peine. Les canicules que les Français viennent d’enchaîner - cinq en trois mois - n’impliquent pas qu’un changement de vocabulaire ; elles ont aussi changé la vie. Pour une très grande majorité des Français, à 77 %, les canicules ont eu un impact sur la qualité de la vie quotidienne, et même sur leur humeur, pour 51 % des sondés.
D'abord, vous avez explosé votre consommation d'eau. Pour remplacer la piscine que vous n'avez pas, vous n'avez jamais pris autant de douches, et vous vous êtes dit : « En fait l'eau froide, c'est pas si froid », surtout qu'au robinet elle coulait plutôt tiède. Vous avez parfois dû boire quatre litres d'eau par jour, et tout ça sans faire des allers-retours aux toilettes. En revanche, vous avez beaucoup transpiré.
Confinés sous un toit brûlantLes Français ont dû s'adapter, et s'adapter, ici, veut dire ne rien faire. Comme 45 % des Français, vous avez décalé ou annulé des sorties, parce que 33°C à la maison, c'est toujours plus frais que 40°C dans la rue. Assommé à scroller sur votre téléphone en surchauffe, qui faisait aussi radiateur, vous êtes restés confinés chez vous. Cela vous a rappelé des souvenirs et vous étiez à deux doigts d'applaudir les pompiers tous les soirs à 20 heures.
Vous avez peut-être appris à fermer vos volets la journée, si vous aviez des volets ; près de la moitié des logements en France en sont dépourvus de protection ou sont mal protégés du soleil. Et ne parlons pas de l'isolation des murs. Ces canicules ont révélé la vulnérabilité des habitations. Partout on a crevé de chaud, en particulier sous les toits, et même dans des appartements récents, pourtant construits selon les dernières normes ; conçus pour garder la chaleur l'hiver, manque de bol, ils gardent aussi la chaleur l'été.
Passion ventilateurLa qualité du sommeil s'en est ressentie. Comme huit Français sur dix, vous avez mal dormi, voire pas dormi du tout. C'était tellement chaud, tellement torride, que vous avez couché avec un ventilateur, avant de penser à l'épouser. Quand d'autres ont carrément craqué pour un climatiseur. Fin juin, il s'est vendu en deux semaines en France près de 2 millions de climatiseurs et de ventilateurs.
Mais il a quand même fallu aller travailler, épuisé par des nuits tropicales alors que vous n'étiez pas en vacances sous les tropiques. Vous avez débarqué au boulot en short, et tant pis pour la pudeur et votre réputation vestimentaire. Exilé climatique, vous avez renié le télétravail et redécouvert les joies du présentiel en présence de la climatisation au bureau. Mais parfois la clim était en panne, ou à bout de souffle d'air tiède, et vous avez remué ciel et terre pour décrocher non pas une augmentation de salaire mais juste un ventilateur. Au service environnement de RFI, on n'a jamais autant reçu de mails désespérés – mais c'est le service climat, pas le service climatisation.
Travail à la peineMême quand vous n'étiez pas sur un chantier en plein cagnard, ou dans un atelier surchauffé, vous avez travaillé un peu moins vite, un peu moins. Votre productivité a baissé de 10 % en moyenne, et vous vous êtes dit : « Mais ils font comment en Afrique ? »
Ces canicules auront, de fait, un coût financier important, entre 10 et 15 milliards d'euros pour la France, selon une estimation de l'Insee. Les commerces et les restaurants ont perdu cet été 10 % de leur chiffre d'affaires, et le gouvernement a dû prolonger les soldes (« sa première mesure anti-canicule », a ironisé le mouvement Attac). À titre personnel, vous envisagez un crédit à la consommation pour acheter des légumes qui vont devenir hors de prix (puisqu’ils ont brûlé sur la plante). Oui, votre vie a changé le temps d'un été brûlant. Mais l'automne sera là, bientôt, et peut-être aurez-vous déjà tout oublié ?
À lire aussiCanicules: comment les vagues de chaleur pèsent-elles sur l'économie en Europe?
Deuxième volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe cette année : le manque d'eau fragilise les modes de vie, l'économie et la biodiversité.
On se pensait à l’abri. Après un hiver particulièrement pluvieux (il avait même trop plu par endroits), les nappes phréatiques avaient fait le plein. De quoi affronter l'été sereinement, pouvait-on penser un peu naïvement. Et puis patatras ! En quelques semaines, la sécheresse s'est installée sur la France, à une vitesse inédite, et on a assisté impuissants à « un effondrement quasiment généralisé de toutes les nappes », constate l'hydrologue Emma Haziza, docteure de l'École des mines. « Il est normal d'avoir une vidange des nappes durant la phase estivale. Ce qui n'est pas normal, c'est la vitesse à laquelle cette vidange se fait. Cela signifie que les territoires ont soif, que ce soit les sols ou les cours d'eau. Quand vous voyez de l'eau dans une rivière, c'est souvent l'eau de la nappe. Si vous voyez que cette rivière est à sec, c'est que la nappe est trop basse. »
Et on voit beaucoup de rivières à sec, où l'eau ne coule plus et laisse place aux cailloux. Rien qu'en France, on a compté plus de 1 300 rivières victimes d'assecs, de ruptures de débit. Les fleuves souffrent aussi : la Loire et la Garonne sont alimentées artificiellement en déstockant les barrages hydroélectriques, et ailleurs en Europe, le Danube et le Rhin ne peuvent plus jouer leur rôle en termes de navigation ou d'énergie (barrages hydroélectriques moins productifs, réacteurs nucléaires à l’arrêt faute d’eau pour les refroidir). Plus de 80 % du territoire français est aussi soumis à des restrictions d’usage de l’eau. L’herbe est devenue de la paille sèche et les arbres perdent leurs feuilles, comme si la nature était passée sous un grill.
À lire aussiNucléaire en période caniculaire: le temps des interrogations
Sécheresse et canicule, le couple infernal d'un été infernalUne telle sécheresse est le résultat des canicules qui se sont enchaînées d'une manière là encore inédite. Sécheresse et canicule, c'est le couple infernal d'un été infernal. Un véritable cercle vicieux, une boucle de rétroaction comme on dit : la canicule provoque la sécheresse et la sécheresse aggrave la canicule. « Lorsqu’un sol est sec, on n’a plus cette libération de l'eau sous la forme de vapeur qui permet de refroidir l'atmosphère. Une phase de sécheresse des sols augmente en durée et en intensité une canicule, explique Emma Haziza. Et c'est vraiment ce que l'on voit cette année sur la France ».
Autre cercle vicieux : quand il y a le moins d'eau, la consommation d'eau bat des records, pour irriguer les champs, ou juste se rafraichir sous la douche.
Le réchauffement climatique, provoqué par les activités humaines, est clairement responsable de cette sécheresse aggravée. Notre rapport aux sols également. « On est de manière inéluctable sur une trajectoire de réchauffement, avec pour conséquence une atteinte majeure du cycle de l'eau. Et cette atteinte est surtout fonction de la vulnérabilité de nos territoires, c'est-à-dire de la manière dont on a traité nos territoires. Est-ce qu'on les a urbanisés ? Est-ce que nos sols sont compactés sur le plan agricole ? C’est tout cela, aujourd'hui, qui est mis en exergue », relève Emma Haziza.
À lire aussi«On n'a plus d'herbe depuis plus d'un mois»: en Seine-et-Marne, les éleveurs sans solution face à la canicule
Sans eau, c'est le désertEst-on alors en train de prendre conscience de la vulnérabilité du pays face à cette question vitale de l'eau ? L’eau, c’est la vie : juste pour boire, mais aussi pour se nourrir. Sans eau, pas d'agriculture, pas d'électricité, pas d'industrie, pour ne parler que des humains. Tout le vivant est aujourd'hui en danger : la biodiversité, les plantes, les animaux. Parce que sans eau, c'est le désert. Un début de prise de conscience a déjà pu avoir lieu en 2022, lors d'une sécheresse qu'on qualifiait déjà d'historique.
« L'année de 2022 a marqué les esprits, estime Emma Haziza, qui publiera dans un mois (avec Edo Brenes) une bande dessinée intitulée L'eau sous emprise, enquête sur une ressource vitale menacée, aux éditions Delcourt. Cela a même conduit les citoyens à moins consommer d'eau, ce qui signifie qu'on est en train de comprendre que c'est sans doute un des enjeux les plus importants que l'on ait. Nous ne sommes pas un pays aride ou semi-aride. Nous étions jusque-là un pays tempéré qui n'a jamais manqué d'eau, qui n'en manque d'ailleurs pas l'hiver. Il faut donc absolument optimiser les plus grands réservoirs que l'on a en France, c'est-à-dire les sols et les nappes phréatiques, et non pas stocker l’eau en surface où elle serait soumise à l'évaporation et qui ne va pas dans le bon sens ».
Cette sécheresse n'a rien de naturel, mais rien ne vaut les solutions naturelles.
À lire aussiLes leçons d'un été brûlant: l'Europe vit-elle une année de bascule climatique? [1/4]
Premier volet de notre série consacrée aux impacts des multiples canicules qui ont frappé la France et l'Europe de l'Ouest : vit-on l'été le plus froid du reste de notre vie ?
Sommes-nous déjà passés dans le monde d'après, ce monde apocalyptique de sécheresses, de canicules et d'incendies que nous ne pouvons que subir ? Un monde décrit depuis des décennies par les experts du climat si nous ne faisons rien. C'est vrai qu'on n'a pas fait grand chose, malgré les alertes, et cet été 2026, en Europe, est du jamais vu.
Cinq canicules en France, des records battus partout, et des records de records battus, plus de 40°C la journée et des nuits tropicales... Merci le réchauffement climatique. « Ce que fait le changement climatique, c'est de mettre les vagues de chaleur sous stéroïdes. Puisque les étés deviennent plus chauds en moyenne, quand on a un extrême au-dessus de la moyenne, cet extrême-là est encore plus intense qu'avant », décrypte Robin Noyelle, climatologue à l'ETH de Zurich (l'école polytechnique fédérale en Suisse).
Un phénomène exceptionnel en partie inexplicableDes températures extrêmes doublées d'un phénomène exceptionnel : la répétition de ces canicules, qui provoque un été brûlant sans répit pour l'ensemble du vivant. « Si on prend les vagues de chaleur une par une, elles n'auront pas grand-chose d'exceptionnel, estime Robin Noyelle. Ce qu'il se passe, c'est qu'on a une zone de hautes pressions qui vient se bloquer au-dessus d'une certaine région et qui ne bouge plus. Donc on a de l'air chaud qui descend, et en plus l'énergie qui vient du soleil n'est pas reflétée par les nuages et arrive donc directement dans les basses couches. Et les basses couches, c'est là où nous, on vit. Donc c'est quelque chose qu'on comprend bien. Par contre, ce qu'on ne comprend pas très bien, ce qui est vraiment exceptionnel sur l'été, c'est le fait que ça revienne ».
On n'en est qu'à l'heure des conjectures et des hypothèses, avant que la recherche n'arrive à y voir plus clair, et le climatologue évoque d'abord « la malchance, c'est-à-dire que ça peut arriver de manière aléatoire et on n'a vraiment pas eu de chance cette année. Ou peut-être qu'il y a d'autres causes, et notamment les causes océaniques. On a l'événement El Niño qui est le plus fort qu'on n'ait jamais observé depuis au moins la fin du XIXe siècle. Et peut-être que ça peut avoir un lien. Mais ce sont vraiment des choses qui sont très discutées et sur lesquelles y a pas du tout de consensus ».
Aura-t-on encore des « étés pourris » ?En France et en Europe, sommes-nous alors en train de vivre « l'été le plus froid du reste de notre vie », comme le répètent certains climatologues, dans une formule choc, pour alerter l'opinion sur la crise climatique ? Mais que pensera-t-on si on a, comme on l'appelle de moins en moins encore, « un été pourri » l'an prochain, frais et pluvieux ? En fait, le climat n'est pas quelque chose de linéaire, à court terme. « Étant donné que cette année est vraiment un été exceptionnel, je ne pense pas trop m'avancer en disant que probablement les étés prochains seront plus frais, estime Robin Noyelle. En revanche, à l'horizon de 20 ou 30 ans, si on continue à émettre des gaz à effet de serre, on continuera dans cette direction-là. Un été comme celui de 2026 ne sera plus exceptionnel comme il l'est cette année ; il sera dans la moyenne ».
Moyennes et extrêmesAlors que les températures ont dépassé dans de nombreux endroits les 40°C, l'alerte sur les 2°C de l'Accord de Paris pour le climat peut sembler pour le moins décalée... Depuis 2015, on a beaucoup insisté sur ce chiffre, 2°C, cette limite de réchauffement à ne pas dépasser (mais qu'on va sûrement dépasser). Peut-être, et les médias ont leur part dans cette histoire, aurait-il fallu insister sur les températures extrêmes plutôt que sur une moyenne globale.
« 2°C, ça ne paraît pas beaucoup, reconnaît Robin Noyelle de l'ETH Zurich. En fait, la température du globe est quelque chose qui est très différent de la température que nous expérimentons. 1,5 à 2°C de réchauffement, cela implique un réchauffement sur les terres qui est 50 % supérieur. Et plus on va au nord, plus on a de l'amplification. Un réchauffement de 2°C global, cela veut dire un réchauffement en été en France de l'ordre de 4°C. Et sur les extrêmes, on peut avoir jusqu'à un facteur 2 d'amplification par rapport à cela ». Ce qui veut dire au moins 8°C en plus. Des températures anormales qui deviendront bientôt la norme.
À lire aussiEn Europe, les canicules s'enchaînent et leur coût reste difficile à mesurer
Inoffensif pour les humains, cet insecte aux reflets verts est une espèce invasive destructrice notamment pour les vignes et les arbres fruitiers. Installé en Italie et en Suisse depuis une dizaine d’années, il a été détecté en France dans plusieurs régions depuis 2025 mais aussi dans d’autres pays européens.
Le scarabée japonais fait la taille d’un pois chiche (1 cm à l’âge adulte), il a une belle couleur verte et de petites touffes de soie blanche sur les côtés et sur le dos. Il est visible en Europe en ce moment, en été, de juin à septembre. Très joli donc ce scarabée japonais, mais potentiellement très destructeur.
Au Japon d’où il est originaire, il ne pose pas de problème car sa population est régulée par des prédateurs naturels, notamment des mouches et des guêpes. Mais sorti de son milieu d'origine sans prédateur et dans un climat qui lui convient, ce coléoptère devient une espèce exotique envahissante.
Aux États-Unis, où il a été importé par mégarde dans une pépinière de Philadelphie en 1916, il est désormais présent sur deux tiers du territoire – il a même atteint le Canada – et fait des ravages considérables : plusieurs centaines de millions de dollars par an aux États-Unis, entre pertes agricoles et coût de la lutte contre cet insecte ravageur.
Présent en Europe depuis 2014, il menace l’agricultureIl est arrivé sur le continent européen à Milan en 2014 et a formé depuis des foyers importants dans le nord de l’Italie et en Suisse. Les années suivantes, il a été détecté aux Pays-Bas, en Allemagne, en Slovénie, et en 2025 en France, en Espagne et en Autriche. Quelques individus seulement à chaque fois, mais les autorités phytosanitaires sont sur le qui-vive.
La vie du scarabée japonais dure un an : il passe d’abord l’hiver dans les sols, sous forme de larves. Ces larves se nourrissent des racines de graminées, de gazons et de prairies. Il peut donc avoir un fort impact sur la vie sociale en ravageant des terrains de sport, souligne Sylvain Poggi, chercheur en écologie et scientifique des données à l’INRAE de Rennes, dans l’ouest de la France. « Dans un nouveau foyer d'infestation apparu en Suisse en 2024 près de l'aéroport de Zurich, un stade de foot a dû être complètement bâché pour essayer de lutter contre les larves, pour qu'il n'y ait pas d'émergence d'adultes l'année suivante ».
Surtout, durant l’été, une fois qu’il est adulte, le scarabée japonais vole et s’attaque aux plantes. Davide Martinetti est chercheur à l’INRAE à Avignon dans le sud de la France et originaire du foyer d’infestation en Italie : « Ces insectes ont un comportement, surtout les adultes, très grégaire. Ça veut dire que quand un petit nombre d'individus commence à s'attaquer à une plante, ils commencent à produire des phéromones - des espèces d'odeurs - qui vont attirer d'autres individus. Et donc tous les individus qui sont dans les alentours, vont attaquer la même plante. Vous pouvez alors observer des milliers d'individus sur une seule plante. Souvent on parle de densités énormes de plusieurs dizaines de milliers, centaines de milliers d'individus par hectare », détaille le scientifique.
Et le scarabée japonais peut manger plus de 400 espèces de plantes différentes. Aux États-Unis, il ravage les pieds de soja et de maïs et en Europe il raffole des vignes, des arbres fruitiers et des rosiers en particulier. Vu l’importance économique des secteurs agricole et viticole en Europe, le risque est important pour le Vieux Continent.
Détection précoce et vigilance des citoyensDans l’Union européenne, le scarabée japonais est considéré comme un organisme de quarantaine obligatoire. « Cela veut dire que des règlements européens s’appliquent notamment sur la stratégie de surveillance et que les pays de l’UE doivent définir des plans nationaux », explique le scientifique Sylvain Poggi. « C’est la deuxième peste majeure après la bactérie Xylella fastidiosa qui s’attaque aux oliviers en Italie », précise-t-il.
Avec d’autres chercheurs, ils ont cartographié les risques en Europe afin d’identifier les zones les plus stratégiques à surveiller. « On a établi que l'habitat pouvait être très favorable dans les contreforts des Alpes, que ce soit au nord ou au sud des Alpes, mais aussi au nord des Balkans ou sur les rives orientales de la mer Noire. Il y a également des zones modérément favorables, par exemple dans le sud-ouest de la France, à proximité des Pyrénées, ou bien sur différentes zones en Allemagne, en Autriche, en Belgique, aux Pays-Bas, en Slovénie, etc. »
Pour contrer l’expansion du scarabée japonais, il faut détecter le ravageur au plus tôt grâce à des pièges placés dans les stations-service, les gares, les aéroports car ce scarabée se déplace en auto-stop dans nos bagages et nos marchandises. La mondialisation des échanges favorise l’expansion des espèces envahissantes qui constitue une menace croissante pour l’économie.
Une fois détecté, les autorités phytosanitaires placent davantage de pièges, de manière très stratégique et précise, pour tenter de contenir l’établissement d’une colonie. Et si le scarabée s’établit malgré tout, les États-Unis utilisent des pesticides mais cela pollue l’eau, les sols et menace notre santé. Il existe aussi des moyens de lutte biologique, comme des vers microscopiques, des mouches ou des champignons qui tuent ces insectes.
Attention, pour ceux qui vivent en Europe, n’installez pas de pièges dans vos jardins, prévient le scientifique Davide Marinetti, vous risquez au contraire d’attirer une colonie sur votre terrain. Si vous détectez un scarabée japonais, attrapez-le, prenez-le en photo avant de le tuer, et signalez-le aux autorités locales. Pour nos auditeurs et lecteurs africains, pas d’inquiétudes en revanche : à priori pas de risque que le scarabée japonais s’établisse en Afrique car les conditions climatiques lui sont moins favorables.
À lire aussiLe scarabée japonais, un insecte ravageur aux portes de la France
Des millions de personnes se préparent à vivre en Europe un spectacle fascinant. Mais les autres animaux partagent-ils cet enthousiasme ? Ou sont-ils plus simplement indifférents ?
Les animaux ne font pas le tour des pharmacies à la recherche des fameuses lunettes protectrices, indispensables pour observer l’éclipse totale du soleil visible d’une partie de l’Europe. Alors qu’une forme de frénésie s’empare des humains à quelques heures du spectacle soli-lunaire, comment la faune réagit-elle à une obscurité inattendue de quelques minutes ?
« J’ai été surpris de voir toute une volée d'oiseaux qui, en piaillant, sont rentrés au nid – il y avait des nids d'hirondelles sous un pont. Et puis, à la fin de l'éclipse, tous ces oiseaux-là sont repartis pour vivre leur vie d'oiseaux. Comme si, finalement, ils avaient vécu une nuit très courte durant l'éclipse et qu’ils reprenaient leurs activités matinales par la suite », raconte Pierre Chastenay, astronome québécois et chasseur d’éclipse, témoin d’une éclipse totale en 2017 aux États-Unis.
Un non-événementAprès cette expérience, Pierre Chastenay, professeur de didactique des sciences à l’université du Québec, a voulu en savoir plus et a décidé de mener une étude scientifique auprès d’une douzaine d’espèces d’animaux dans un zoo, le zoo de Granby, près de Montréal, pendant l’éclipse totale de 2024.
Il n’y avait aucun visiteur dans le zoo pour ne pas influencer les résultats qui se sont avérés presque décevants : « Ce que nous avons observé en comparant les deux journées précédentes, les deux journées suivantes avec la journée de l'éclipse elle-même, c'est qu'essentiellement il ne s'est rien passé. Pour la majorité des animaux, l'éclipse a été un non-événement, relate Pierre Chastenay. Je prends l'exemple de l'ours de l'Himalaya, avec deux individus qui passent essentiellement leur journée à dormir. Ils ont continué à dormir ! »
À lire aussiDeux minutes de nuit en plein jour: une partie de l'Europe va vivre une éclipse solaire totale
L'heure d'aller dormirSeules deux espèces ont particulièrement réagi. « Lorsque le ciel s'est assombri, les zèbres se sont mis à hennir, raconte Pierre Chastenay. Ils se sont mis à courir vers la porte qui mène à leur quartier de nuit. C’est une espèce d'habitude qu'ils ont lorsque le soleil se couche, en se disant sûrement : "C’est bientôt la nuit, les prédateurs vont sortir. Il faudrait que je me mette à l'abri." »
Les macaques japonais eux aussi ont cru que la nuit tombait. « Durant les cinq minutes qui ont précédé l'éclipse, tous les macaques se sont réfugiés sur des branches en hauteur, poursuit Pierre Chastenay. Ils se sont recroquevillés en position presque fœtale et ils n'ont plus bougé. Ce qui est très différent d'une autre étude qui a été menée dans les années 1970 dans un dispensaire où il y avait des chimpanzés qui, eux, se sont mis à regarder le soleil. Mais c'est parce qu'ils étaient entourés d'humains qui regardaient le soleil durant l'éclipse. »
À l'ombre de la luneFinalement, les humains réagissent beaucoup plus que les autres animaux. Il y a chez nous une forme d’excitation qui monte dans la journée parce qu’on sait ce qui va arriver, alors que les animaux n’écoutent pas RFI. « Les humains deviennent un peu fous durant une éclipse, estime le chasseur d’éclipse. Les gens se mettent à crier. Notre intelligence et notre sensibilité à l'environnement font que nous sommes clairement très impressionnés par une éclipse totale du soleil. Pour les animaux eux-mêmes, parce qu'ils n'ont pas la mémoire des éclipses passées et que ce n'est pas un événement qu'ils peuvent prévoir, c’est un non-phénomène, alors que les humains voyagent parfois à l'autre bout du monde pour se tenir dans l'ombre de la Lune. » Et ce soir, en Europe, ils seront des millions à l’ombre de la lune pour admirer ce non-phénomène…
À lire aussiL'Éclipse solaire «est une expérience unique» et crée «une magie entre les personnes» présentes
Des colosses aux pieds d'argile : éléphants, tigres ou ours sont parmi les espèces les plus en danger sur Terre. Leur grande taille, un atout face aux prédateurs, est aussi un handicap face aux activités humaines.
Bien que de nature pacifique, nous allons ici tordre le cou à une idée reçue. On peut penser, instinctivement, que plus un animal est gros, plus il est fort. Mais les rhinocéros, les éléphants ou les bisons sont des colosses aux pattes d'argile. Les grands mammifères, la mégafaune, sont parmi les animaux les plus menacés. Une petite souris a l'air fragile, mais est en réalité beaucoup plus résiliente qu'un lion.
C'est d'abord une question de reproduction. Un lion - ou plutôt une lionne - ne sera fertile qu'à l'âge de 3 ou 4 ans, avec en moyenne 5 portées dans sa vie. La souris, elle, peut avoir en moyenne 10 portées par an et peut donner naissance à chaque fois à une douzaine de petits. Chez les grands mammifères, il faut parfois des décennies pour reconstituer une population décimée. Et c'est le même principe pour l'adaptation au changement climatique. Plus une espèce se reproduit, plus vite elle va pouvoir évoluer et s'adapter.
À lire aussiPourquoi préserver les vieux animaux?
La taille du territoireDeuxième handicap : les grands animaux ont besoin de grands territoires. Une fourmilière mesure quelques dizaines de centimètres en général, et quelques dizaines de mètres carrés sont nécessaires aux fourmis pour trouver de la nourriture (à part les fourmis légionnaires). À l'inverse, l'ours blanc, l'ours polaire, est l'animal qui a besoin du plus grand espace vital, sur des milliers de kilomètres carrés de banquise. Plus un animal est grand, plus il a besoin de nourriture, d'énergie, pour vivre, et plus il aura besoin d'un grand territoire pour y trouver les ressources alimentaires nécessaires. Tous ces gros mammifères se retrouvent généralement tout en haut de la chaîne alimentaire. Le déclin de la biodiversité a un impact in fine sur la nourriture disponible.
Mais les territoires sauvages rétrécissent. Depuis que l'espèce humaine a colonisé la Terre, les autres animaux doivent céder leur place. On construit des routes, on coupe des forêts, les villes s’étendent toujours plus, et les grands animaux se retrouvent avec des territoires fragmentés, ce qui entraîne de la consanguinité, donc un affaiblissement de l'espèce. En Asie, par exemple, les gros mammifères ont perdu 80 % de leurs territoires.
À lire aussiAu Rwanda, la population grandissante de gorilles en danger à cause du manque d'espace
Le poids de l'Homme dans le poids des mammifèresLe poids de l'Homme ne s'arrête pas là. Il est un chasseur, un prédateur universel. Depuis qu'Homo sapiens est sorti d'Afrique, il y a 50 000 ou 70 000 ans, on a observé un déclin continu de la mégafaune, à mesure que les humains colonisaient la planète. Il y a 50 000 ans, on comptait 58 espèces d'herbivores de plus d'une tonne ; il n'en reste que 11 aujourd'hui. Parce qu'à chasser, autant chasser gros, quitte à avoir les yeux plus gros que le ventre. Plus aucune population d'herbivore ne progresse depuis cette époque, si bien qu'on pense que dans quelques siècles le plus gros herbivore encore vivant sera la vache, un animal domestique…
Les signaux sont inquiétants, mais la mégafaune n’est pas vouée à disparaître – il faut garder un peu d’espoir ! Ce qu'on a réussi au Rwanda et en RDC pour les gorilles de montagne, la seule espèce de grands singes dont la population augmente, on peut le faire pour les autres grands animaux. Même s’ils seront moins gros qu'avant. Dès qu'un humain met le pied quelque part, la taille des animaux diminue. Il y a 125 000 ans, les mammifères pesaient en moyenne 98 kilos : aujourd'hui on n'est plus qu'à 8 kilos.
À lire aussiRDC: une deuxième paire de jumeaux gorilles voit le jour en trois mois dans le parc des Virunga
Partout sur la planète, de nouvelles lignes de chemin de fer sont construites, pour des raisons économiques mais aussi écologiques. Outil de lutte contre la crise climatique, le moyen de transport le plus propre est aussi vulnérable face au changement climatique.
Partout dans le monde, on pose des rails. La Suède et la Finlande inaugurent lundi 10 août leur première liaison ferroviaire. À l’échelle mondiale, la Chine est championne du monde du chemin de fer : le pays, parmi les plus vastes au monde, possède aujourd'hui le plus grand réseau de lignes à grande vitesse. Il devrait doubler en 15 ans et atteindre 70 000 kilomètres en 2035 : jusqu'à 90 % de la population chinoise pourra ainsi prendre le train.
« On développe le train entre des zones denses de population, souligne Victor Thévenet, le directeur ferroviaire de l'ONG Transport et Environnement. C'est là où cela fait plus de sens parce que c'est un transport de masse. Si on veut que ce soit rentable, il faut qu'il y ait de la demande. Aujourd'hui, on construit donc surtout des lignes entre des grandes villes. »
De nouveaux chemins de fer sont construits donc sur tous les continents : en Inde, au Maroc, en Côte d'Ivoire ou en RDC. En Europe, l'Union européenne vient de doubler le budget du ferroviaire.
À lire aussiLa compagnie italienne Trenitalia veut devenir le géant européen du train à grande vitesse
Prise de conscience écologiqueDans cet engouement pour le train, il y a évidemment une dimension économique, pour favoriser les échanges. Avec le rail, on fait de l'aménagement du territoire. Le train est aussi un moyen de transport écologique, beaucoup moins polluant que la voiture et bien sûr l'avion. « Sur les dix dernières années, il y a eu une prise de conscience écologique assez forte dans le secteur des transports. Et, il y a eu cette envie de beaucoup de citoyens de faire leur part et donc de voyager plus en train. C'est vrai que les trains sont beaucoup plus pleins que dans le passé », relève Victor Thévenet.
Pour autant, le train ne peut pas tout le temps remplacer l'avion. Il n’y a toujours pas de train Paris-New York : à se demander pourquoi ! Au-delà de l'humour, il y a un problème d'offre, notamment pour les liaisons transfrontalières en Europe. Chaque jour, 1 000 billets de train Paris-Barcelone sont disponibles contre 10 000 sièges d'avion. Certes, le train est plus long, mais, en réalité, la durée du voyage devient moins déterminante que le prix.
À lire aussiL'Autriche, pays modèle en Europe pour la renaissance du train de nuit
Une arme contre le changement climatique... vulnérable au nouveau climat« On voit que la durée acceptable d'un trajet est en train d'augmenter très fortement, estime Alexis Chaillou, responsable transports au Réseau Action Climat. Dans le train, vous avez du temps utile, vous pouvez travailler, lire, jouer, discuter, manger, plein de choses que vous ne pouvez pas faire en avion. En revanche, le prix est un vrai sujet qui n'est pas résolu. Sur Paris-Barcelone, un billet d'avion va coûter 80 euros et un billet de train 200 euros. C’est le résultat de choix politiques. Ce n’est pas une fatalité, c'est le résultat d'exonérations fiscales pour le secteur aérien. » Il n’y a pas de TVA sur le kérosène des avions, mais il y en a sur l'électricité qui fait rouler les trains.
Le train fait face à un paradoxe : il est une arme contre la crise climatique mais devient vulnérable face au nouveau climat, comme on a par exemple pu le voir de manière brûlante cet été en France. « La chaleur va dilater le métal. Les arbres qui sont à proximité des voies peuvent tomber en cas de tempête ou brûler en cas d'incendie. Vous allez avoir des coulées de boue en cas d'inondation. Oui, le réseau est vulnérable, souligne Alexis Chaillou, du Réseau Action Climat. La principale solution est de trouver de l'argent, suffisamment d'argent pour réussir à mettre le réseau à niveau pour résister au mieux. »
En France, ce sont près de 5 milliards d'euros par an que la SNCF prévoit de dépenser pour rendre le réseau résilient – ce qui ne va pas aider à faire baisser le prix des billets.
À lire aussiLes voies contrariées du ferroviaire en Europe
From the publisher's feed
La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin…

19 Listeners

203 Listeners

74 Listeners

6 Listeners

9 Listeners

34 Listeners

31 Listeners

14 Listeners

19 Listeners

44 Listeners

4 Listeners

5 Listeners

1 Listeners

13 Listeners

0 Listeners

181 Listeners

25 Listeners

3 Listeners

2 Listeners

0 Listeners

28 Listeners

20 Listeners

0 Listeners

2 Listeners

4 Listeners

1 Listeners

4 Listeners

0 Listeners

1 Listeners

20 Listeners

63 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners

0 Listeners