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Or


Le 24 février 2022, les troupes de Russie franchissaient la frontière ukrainienne. Ce qui devait être, selon le Kremlin, une opération rapide pour faire tomber Kyiv s’est transformée en la guerre la plus meurtrière et la plus destructrice qu’ait connue le continent européen depuis 1945.
Quatre ans plus tard, la ligne de front s’est figée par endroits, déplacée ailleurs, mais la guerre continue. Elle est devenue une guerre d’usure : usure des armées, usure des sociétés, usure des alliances.
Sur le terrain, l’Ukraine tient, mais au prix d’un effort humain et matériel considérable. La Russie, elle, semble avoir accepté une logique de conflit long, mobilisant son économie et sa population pour durer.
Au-delà des champs de bataille du Donbass et du Sud ukrainien, cette guerre redessine les équilibres stratégiques du continent. Elle interroge la solidité du soutien occidental, le rôle des États-Unis, la capacité des Européens à peser sur leur propre sécurité, et la possibilité — ou non — d’une issue négociée.
Quatre ans après le début de l’invasion, où en est-on vraiment ?
La guerre est-elle entrée dans une phase décisive ?
Les sociétés ukrainienne et russe sont-elles épuisées ou résolues ?
Une négociation est-elle envisageable — et à quelles conditions ?
Et surtout : combien de temps encore cette guerre peut-elle durer ?
Invités :
- Alexandra Goujon, politiste, spécialiste des transformations politiques, sociales et mémorielles dans l’Ukraine en guerre, maître de conférences à l'Université Bourgogne-Europe. « L’Ukraine : de l’indépendance à la guerre », Cavalier bleu, 2023
- Galia Ackermann, historienne et journaliste, rédactrice en chef du média en ligne « Desk Russie »
- Yurri Clavilier, chercheur à l’International Institute for Strategic Studies, spécialiste des forces armées et contributeur du « Military Balance », ouvrage de référence sur l’état des forces militaires dans le monde.
Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine, la guerre s’installe dans le temps long. Frappes massives contre les infrastructures énergétiques, négociations intermittentes sous médiation américaine, Europe en quête d’une voix stratégique… et une Russie qui semble convaincue de pouvoir gagner par l’usure.
Ces derniers jours encore, les bombardements se poursuivent tandis que les Européens tentent d’imposer leurs conditions à une éventuelle paix — preuve que le centre de gravité diplomatique reste incertain.
En parallèle, la guerre redessine l’ordre international : recomposition des alliances, montée en puissance de l’économie de guerre, coopération militaire durable entre Kiev et ses partenaires européens… et un affrontement stratégique qui dépasse largement les frontières ukrainiennes.
Cette guerre est-elle devenue irréversible ? L’Europe est-elle prête à vivre dans un monde durablement conflictuel ? Et que nous dit cette confrontation du nouvel ordre mondial qui se dessine ? Le rapport de lancement de la Conférence de sécurité de Munich, dont l’édition 2026 vient de se tenir, dressait le diagnostic que le monde est entré dans une phase de politique de démolition. Et que le pays le plus en vue à suivre cette stratégie est sans doute les États-Unis.
Invité :
Pierre Lévy, ambassadeur de France en Russie, de janvier 2020 à août 2024, après avoir été directeur du Centre d’Analyse et de Prévision, et directeur de l’UE au Quai d’Orsay, également ambassadeur de France en République Tchèque et en Pologne. « Au cœur de la Russie en Guerre », éditions Tallandier.
Depuis un an qu’il est à la Maison Blanche, Donald Trump occupe la scène médiatique mondiale quotidiennement, voire plusieurs fois par jour. Un effet de saturation qui, peut-être, nous fait rater des transformations très profondes ailleurs.
Particulièrement maltraitée, l’Europe n’en finit pas de subir les foucades du président des États-Unis qui lui fait comprendre qu’une ère nouvelle s’est ouverte, celle d’une reconfiguration idéologique transatlantique. Ainsi, se pose le problème fondamental pour les Européens d’assurer leur propre sécurité, ce qui est un vieux débat mais n’en constitue pas moins un schisme transatlantique.
Les rapports de force mondiaux se modifient en profondeur. La rivalité de puissance est bien là entre les États-Unis et la Chine. Au-delà, l’élément de transformation géopolitique majeur est le numérique et cette fuite en avant technologique qu’impose au monde la Silicon Valley.
Invité : Thomas Gomart, historien, directeur de l’Institut Français des Relations Internationales. « Qui contrôle qui ? Les nouveaux rapports de force mondiaux », éditions Tallandier.
Ce jeudi 5 février 2026 marquait l’expiration du Traité New Start, Traité de réduction des armes stratégiques, signé en 2010 par l’Américain Barack Obama et le Russe Dimitri Medvedev. Il fixait des plafonds précis d’ogives nucléaires stratégiques déployées, de vecteurs stratégiques et de lanceurs. Il était le dernier traité de contrôle des armes nucléaires encore en vigueur entre les deux pays.
En l’absence désormais de toute contrainte, le risque d’une course aux armements nucléaires augmente, notamment dans un contexte où la Chine développe rapidement son arsenal nucléaire.
L’absence de limites juridiques à quelques semaines de la conférence de révision du TNP prévue du 25 avril au 20 mai à New York pourrait affaiblir la crédibilité du régime international de non prolifération et creuser le fossé entre les pays dotés et non dotés d’armes nucléaires. L’annexion de la Crimée en 2014 avait déjà été le signal déclencheur de la remise en cause de la plupart des traités conclus entre 1985 et 1995. La question du désarmement est posée alors que les relations internationales connaissent une profonde dégradation et que la guerre s’impose comme une réalité brutale, quotidienne, observable en Ukraine, à Gaza, en mer Rouge. Une guerre de haute intensité, longue, industrielle et meurtrière. Une guerre qui ne ressemble pas exactement à celle pour laquelle les armées occidentales s’étaient préparées depuis trente ans. Qui mêle technologies de pointe et systèmes rudimentaires, intelligence artificielle et tranchées, drones à bas coût et matériels ultrasophistiqués. Pour cette édition en partenariat avec la Revue Internationale et Stratégique et son numéro intitulé « Armements et arsenalisations. Moyens et mots de la guerre ».
Invités :
Un mois après une opération américaine aussi spectaculaire que controversée, le Venezuela reste suspendu à un vertige politique inédit. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, au terme d’une opération militaire meurtrière violant toutes les normes du droit international, Nicolas Maduro et son épouse étaient exfiltrés de Caracas avant d’être transférés à New York où ils sont aujourd’hui détenus et jugés pour narcoterrorisme.
Une opération dénoncée comme un « kidnapping » par l’intéressé lui-même et par ses soutiens qui y voient une volonté de l’administration Trump de tenter de décapiter le « chavisme », de s’emparer du pétrole et autres richesses de la République bolivarienne et aussi d’intimider l’ensemble de l’Amérique latine en lui montrant à quoi elle s’expose si elle ne se soumet pas. À Caracas, Delcy Rodriguez, propulsée présidente par intérim, tente de maintenir l’équilibre entre la rue chaviste, une opposition fragmentée et un partenaire américain désormais omniprésent. Elle promet une amnistie politique, libère des détenus et ouvre le secteur pétrolier, symbole d’un tournant majeur pour un pays qui possède les plus grandes réserves du monde. Le Venezuela demeure profondément divisé : certains saluent la chute d’un régime autoritaire, d’autres dénoncent une violation flagrante de la souveraineté nationale. L’intervention américaine ouvre-t-elle une transition démocratique… ou un nouveau cycle de dépendance ?
Invités :
On parle souvent d’un monde multipolaire, de rivalités de puissances, de retour de la guerre. Mais derrière les chars, les sanctions ou les routes commerciales, il y a autre chose. Cette autre chose, ce sont des récits. Des récits sur l’histoire, sur les valeurs, sur ce qui est juste ou légitime. Aujourd’hui, les grandes puissances ne s’opposent pas seulement par la force, mais par des visions du monde concurrentes.
Quelles contestations, ces récits expriment-ils au-delà des catégorisations simplistes qui opposent le « Sud global » à l’ « Occident » ? Comment ces discours ont-ils évolué ? Nous sommes entrés dans un monde où il n’existe plus de grand récit dominant, mais plusieurs visions concurrentes de l’histoire, du progrès et de la justice. Comprendre ces récits, c’est se donner les moyens de comprendre pourquoi le monde se fracture et pourquoi il devient si difficile de se mettre d’accord sur le sens même des mots : paix, droit, liberté, souveraineté. Sommes-nous entrés dans une guerre des récits civilisationnels ?
Invitées :
Émission en partenariat avec l'INALCO, l'Institut des Langues et Civilisations Orientales et son programme DECRIPT portant sur les transformation du système international et les effets politiques et institutionnels de ces récits civilisationnels qui ont émergé sur la scène mondiale.
Cent treize villes se sont soulevées au début de cette année (2026) en Iran, témoignant du rejet de la République islamique par la population iranienne. Des soulèvements violemment réprimés, à un degré absolument inégalé. Il est fait état de plus de trente mille morts. Une tragédie qui laisse entrevoir que le pouvoir iranien a sans doute eu peur.
Pour l’heure, si la répression a eu raison des manifestants, beaucoup de questions se posent alors qu’une armada américaine très médiatisée est désormais sur zone… et que le renforcement militaire se poursuit. L’escalade est-elle déjà en cours, par étapes, par signaux, par calculs ? Ou peut-elle être évitée ? Et surtout que cherchent réellement les États-Unis en massant autant de moyens militaires face à l’Iran ? Dissuasion défensive ou préparation offensive ?
Invités :
La France est inquiète des conséquences de la politique prédatrice américaine dans la Caraïbe. Et la question se pose de savoir si Paris peut compter sur sa présence en Guyane pour peser sur le continent.
La Commission des Affaires étrangères de la Défense et des Forces armées du Sénat rendait publique au début du mois de janvier 2026 un rapport de mission. La visée américaine sur le Groenland et l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela sont autant de sources d’inquiétudes. Les effets de la doctrine Monroe, invoquée pour justifier la domination des États-Unis dans cet hémisphère et l’émergence de nouveaux États pétroliers aux immenses réserves que sont le Guyana et le Suriname font craindre des risques de déstabilisation, auxquels s’ajoutent le narcotrafic et l’orpaillage illégal. Les territoires français de la Caraïbe -Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélémy et Guyane sont aujourd’hui au cœur d’un enjeu géopolitique et sécuritaire d’ampleur. La souveraineté française s’y négocie au quotidien.
Invités :
Les Outre-mer du globe traversent une période difficile, attentifs qu’ils sont aux menaces qui pèsent sur le Groenland, pays constitutif du royaume du Danemark et territoire associé à l’Union européenne.
De fait, ils sont nombreux les Outre-mer contemporains, produit résiduel de l’expansionnisme colonial qui a poussé en son temps des nations rivales à étendre leurs frontières au-delà des mers et des océans, ces territoires offshore se situant souvent dans des zones névralgiques pour les échanges mondiaux. Engagé à partir du XVIIè siècle, ce mouvement avait pour but de satisfaire les intérêts économiques de ces nations et promouvoir leurs idéaux politiques et religieux. Et voilà qu’il refait surface sur fond de velléités de Donald Trump de mettre la main sur le Groenland. Une démarche qu’on peut imaginer être observée de près et dans un certain silence, par le grand rival des États-Unis qu’est la Chine et qui n’en est pas moins active elle aussi dans d’autres zones et de manière moins ouverte….quoique. Géopolitique se saisit de cette occasion pour jeter un regard sur les Outre-mer français -dans les Caraïbes, le Pacifique, l’océan Indien et l’Atlantique Sud- qui fondent une large part du rayonnement mondial de la France et qui se trouvent confrontés à deux situations qui, parfois, ne sont pas sans lien : entre mouvements de contestation au sein même de ces territoires et stratégies de déstabilisation portées par divers acteurs internationaux. Regard sur les vulnérabilités de l’Outre-mer français ou comment, hier, marginal cet espace est devenu stratégique.
Invités :
Bientôt un an que Donald Trump est de retour à la Maison Blanche, le 20 janvier 2025. Douze mois ont passé pendant lesquels le président américain a profondément remodelé la scène politique américaine, les relations transatlantiques et plus généralement les relations internationales. Richard Werly est notre invité éditorialiste international du quotidien suisse « Blick ». « Cette Amérique qui nous déteste », éditions Nevicata, une plongée dans l’Amérique Maga.
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Géopolitique parcourt les grandes régions du monde auxquelles sont associés des enjeux majeurs. Marie-France Chatin invite au débat chercheurs et experts, afin que soient expliqués et mis en…
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