Ce dimanche, dans IDEES, Pierre-Edouard Deldique reçoit Christian Sommer, l’éditeur de l’œuvre maîtresse du philosophe allemand intitulée : « Le Monde comme volonté et représentation » dans la prestigieuse collection « La Pléiade » chez Gallimard.
Ce livre publié en 1819 est un livre à la fois métaphysique, esthétique, éthique et littéraire, qui propose une vision du monde d’une rare puissance.
Notre invité, spécialiste de philosophie, lui rend justice en soulignant à la fois la rigueur conceptuelle et la puissance stylistique d’un texte souvent réduit à tort à son pessimisme.
Schopenhauer y développe la thèse suivante : le monde est double. Il est représentation, c’est‑à‑dire phénomène structuré par notre esprit, et il est aussi volonté, une force métaphysique irrationnelle qui anime toute chose. Nous sommes dépendants d’elle.
Le philosophe reprend Kant : nous ne connaissons jamais les choses en soi, seulement les phénomènes tels qu’ils apparaissent dans les formes de notre esprit. Cette thèse permet à Schopenhauer d’affirmer que le sujet est la condition de possibilité du monde. Le réel n’est pas un donné brut : il est une construction.
Alors que se cache-t-il derrière la représentation ?
La seconde partie de ce livre majeur introduit la notion centrale de volonté. Il ne s’agit pas ici de la volonté consciente ou rationnelle, mais d’une force aveugle, irrésistible, universelle, qui traverse la nature entière.
Conséquence: vivre, c’est vouloir ; vouloir, c’est manquer ; manquer, c’est souffrir. La vie oscille entre désir (souffrance) et satisfaction (ennui). D’où la réputation de pessimisme attachée à Schopenhauer.
Dans la troisième partie de l’ouvrage, le penseur développe une théorie de l’art. L’art, dit‑il, suspend la volonté. Il nous permet de contempler les choses sans désir, sans intérêt, sans finalité.
L’esthétique devient ainsi une voie de salut : l’art nous arrache momentanément à la souffrance du vouloir‑vivre.
Enfin, le quatrième livre propose une morale fondée sur la compassion. Si la volonté est universelle, la souffrance l’est aussi. Reconnaître en autrui la même volonté qui nous traverse fonde une éthique de la pitié, proche du bouddhisme, de l’hindouisme.
Mais la véritable délivrance, pour Schopenhauer, est plus radicale, elle passe par l’ascèse, la négation progressive du vouloir‑vivre. C’est une voie exigeante, presque mystique, qui vise à éteindre le désir lui‑même. Schopenhauer apparaît alors comme un penseur de la sobriété heureuse et de l’altruisme. Pas mal pour un homme surnommé « le pessimiste de Francfort » !
Les références musicales :
- Amar Nath Mishra
Raga Sindhu Bhairavi
- Wolfgang Amadeus Mozart
Ouverture de l’opéra Don Giovanni interprétée par l’orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam (dirigé par Nikolaus Harnoncourt)
- Richard Wagner
Prélude de l’opéra Siegfried interprété par l’orchestre philharmonique de Vienne (dirigé par Georg Solti)