Invité culture

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Invité culture episodes

  • Deuil en Guinée-Bissau et mariage en France: avec «Dao», Alain Gomis filme la vie

    Filmer la vie d'une famille afro-descendante dans la France d'aujourd'hui, c'est le projet du cinéaste Alain Gomis. Dao, son sixième long-métrage projeté en compétition à la dernière Berlinale, sort en salles en France ce mercredi 29 avril. Le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis alterne entre une cérémonie de deuil en Guinée-Bissau et un mariage en France. 

    À écouter dans Tous les cinémas du mondeDans «Dao», Alain Gomis filme la vie d'une famille entre la France et la Guinée-Bissau

    4 min
  • Merzak Allouache filme une société algérienne en miniature dans «Première ligne»

    Quand une journée de repos à la plage tourne à la foire d'empoigne. C'est le sujet de la comédie Première ligne, diffusée sur les écrans français en ce mois d'avril après avoir fait les beaux jours des cinémas algériens. L'anecdote paraît simple mais elle offre au réalisateur Merzak Allouache la matière d'une observation fine des travers de la société algérienne.

    À écouter aussiEntretien aveArtc Mahamat-Saleh Haroun pour «Soumsoum, la nuit des astres»

    4 min
  • Juste Shani, étoile montante du rap en France

    C'est un visage sur lequel le milieu du rap va devoir compter : celui de Juste Shani. La jeune femme, d'origine sénégalaise et congolaise, était en concert samedi 25 avril au Théâtre de Verdure, à Dakar, pour promouvoir son EP Diamant noir. Juste Shani s'est fait remarquer par sa plume aiguisée, son rap technique, mais aussi les thèmes qu'elle met en avant, les droits des femmes tout particulièrement. Léa Boutin-Rivière l'a rencontrée il y a quelques jours, alors qu'elle s'apprêtait à monter sur scène au Printemps de Bourges.

    Juste Shani fait la tournée des festivals cet été. Elle sera notamment à Bruxelles le 21 mai, à Marseille pour Marsattac le 13 juin puis aux Francofolies de la Réunion début septembre.

    À écouter aussiLe Diamant Noir Tour de Juste Shani se poursuit en France jusqu'à début décembre

    5 min
  • L'artiste Mahi Binebine a de grandes ambitions pour le 4ᵉ Festival du livre africain à Marrakech

    Au Maroc, la 4e édition du Festival du livre africain à Marrakech (FLAM) se tient du 23 au 25 avril 2026. Une manifestation littéraire qui réunit près d'une trentaine d'auteurs et autrices du continent, du Maghreb, de l'Afrique subsaharienne mais aussi des diasporas. Avec à l'affiche, entre autres, le prix Nobel Jean-Marie Gustave Le Clézio, Alain Mabanckou, Christiane Taubira et Yanick Lahens. L'initiateur de cet événement, l'écrivain et peintre marocain Mahi Binebine, répond aux questions de Catherine Fruchon-Toussaint sur place à Marrakech.

    Fondé en 2023, le Festival du livre africain de Marrakech (FLAM) s'est construit à partir d'un besoin profond : créer, sur des terres africaines, un espace littéraire et intellectuel qui nous rassemble, nous relie et nous projette. La ville de Marrakech, carrefour des langues, des routes et des imaginaires, s'est imposée comme le lieu naturel pour accueillir cette ambition.

    Le FLAM : un temps de réflexion critique

    Un lieu où les voix du continent et de ses diasporas peuvent se rencontrer, dialoguer, se reconnaître – et parfois, se retrouver après de longues séparations.

    L'histoire africaine est faite de circulations anciennes, de liens tissés entre nos cultures et nos sociétés, mais aussi de ruptures, de silences, de méconnaissances. Le FLAM est né pour rouvrir ces chemins, pour retisser ces fils, pour redonner souffle à une conversation interrompue.

    Dès sa création, le festival a été pensé comme une fête joyeuse, un moment de célébration de la rencontre, de la littérature, de la pensée, mais aussi comme un temps de réflexion critique. Un espace où l'on peut interroger les non-dits du passé, les blessures mémorielles, les héritages complexes, tout en restant ancrés dans un présent vibrant, traversé par les grandes mutations d'un continent qui s'affirme, qui se transforme, qui n'attend plus aucune validation extérieure. Un lieu où l'Afrique ne se pense plus comme la marge d'un centre, mais comme un centre parmi d'autres, légitime, créatif et fécond.

    À lire aussiLe 1ᵉ Festival du livre africain de Marrakech, tout feu, tout flamme

    Une programmation variée, rigoureuse et accessible pour un large public

    À travers ses débats, ses tables rondes et ses rencontres, le FLAM souhaite reprendre les combats jamais achevés et en engager d'autres, imposés par les défis du monde contemporain. Il tente d'accompagner, par la pensée, par l'élan créatif et par la puissance de l'imagination littéraire, le devenir d'un continent qui doit être pensé, repensé, réécrit depuis le Sud. Pour ce faire, le FLAM s'inscrit dans une vision à la fois ancrée en Afrique et tournée vers le monde. Ceci est d'autant plus vrai que le passé comme l'avenir du continent s'entrelacent avec ceux d'autres géographies, d'autres histoires, d'autres imaginaires.

    Pour porter cette ambition, le festival propose une programmation à la fois variée, rigoureuse et accessible, pensée pour toucher un large public : débats, tables rondes, rencontres littéraires, ateliers d'écriture, masterclasses, petits déjeuners avec les auteurs, nocturnes littéraires, spectacles de musique, lectures, leçon inaugurale, grand entretien, librairie éphémère, matinées contes, séances de dédicaces, le prix des lycéens de Marrakech…

    Une diversité de formats qui permet d'apprécier la grande diversité de nos littératures, de découvrir les grandes voix de la pensée africaine, mais aussi les jeunes voix qui renouvellent nos imaginaires et nos façons de dire le monde.

    La jeunesse au cœur de ces trois jours de célébration

    Le FLAM accorde une place essentielle à la jeunesse et lui consacre une programmation ambitieuse. Convaincu qu'ils constituent l'une des forces majeures du continent africain, le festival croit en la nécessité de favoriser l'accès des jeunes à la culture, à la littérature et aux arts. Accompagner cette jeunesse, c'est nourrir sa pensée critique, approfondir sa connaissance de l'Histoire, éveiller sa sensibilité, nourrir son imaginaire, et lui offrir les outils nécessaires pour imaginer et construire l'avenir.

    Le FLAM, ce sont trois jours de récits, de rencontres, de partage, de transmission, de dialogue, d'émotions et d'enchantement. Trois jours durant lesquels nous célébrons ensemble la vitalité des lettres africaines et la richesse de nos imaginaires.

    À lire aussiMaroc: le Festival du livre africain de Marrakech s'impose comme un événement majeur

    4 min
  • Le lien étroit entre Prince et Minneapolis, exploré par le chercheur Rashad Shabazz

    Il y a une décennie, le 21 avril 2016, un OVNI musical s'éteignait : le chanteur, musicien et compositeur Prince. Dix ans plus tard, certains tubes demeurent – dont l'inoubliable Purple Rain –, ainsi que l'image d'un artiste aussi extravagant qu'exigeant. Prince aura été le premier à mélanger avec autant d'enthousiasme et de brio des genres musicaux allant du funk au disco en passant par le rock, la pop, et le gospel. Un style musical qui doit beaucoup à la ville natale de Prince, Minneapolis.

    RFI : Rashad Shabazz, bonjour. Vous venez de publier l'ouvrage Prince's Minneapolis, dans lequel vous explorez le lien entre l'origine géographique de Prince et la musique qu'il a créée. De quelle manière les lieux et la musique qui en est issue sont-ils liés ?  

    Rashad Shabazz : On ne peut pas séparer les deux, ils sont toujours intimement liés. L'endroit où est créée la musique la sculpte, et la musique est sculptée par cet endroit. Tout type de musique, à n'importe quelle époque, dépend de son contexte social. Que ce soit le rap dans le Bronx des années 1980, les Beatles dans l'Angleterre des années 1960, ou Prince à Minneapolis dans les années 1970 et 1980. Quelle que soit la musique dont vous parlez, si vous l'étudiez, vous pourrez toujours identifier la relation entre ce son et le lieu d'où il vient. 

    Ce que vous démontrez, c'est que le contexte de Minneapolis, justement, est très particulier.

    La scène musicale de Minneapolis est très spéciale. Elle découle de la naissance de la ville, lorsque les colons blancs s'installent, au début du XIXᵉ siècle, sur des terres qui appartenaient depuis des centaines d'années à des peuples indigènes. À ce moment-là, le son est utilisé par les colons pour faire une démarcation claire entre leurs territoires et ceux des indigènes : que ce soit le son de la langue anglaise, celui des canons et des pistolets, ou bien la musique militaire, axée sur les cuivres.

    Et puis, ces colons avaient des origines très variées : certains venaient du sud des États-Unis, d'autres du nord. D'autres encore étaient des migrants européens, des Scandinaves notamment. Mais ce qu'ils pouvaient tous partager, c'était la musique. À partir de là, il y a eu un véritable élan musical à Minneapolis : la ville a créé des opéras, des salles de concert, des écoles de musique. Tout cela a tracé la route pour ce qui allait venir par la suite, à savoir, l'éducation musicale universelle – une politique qui a démarré au début du XXᵉ siècle et qui a perduré jusque dans la jeunesse de Prince. 

    Quelle était cette politique ?

    Concrètement, chaque enfant qui passait par le système scolaire public de Minneapolis bénéficiait d'une éducation musicale quotidienne, tout au long de sa scolarité. Qu'ils soient blancs, noirs, issus de la classe ouvrière, de la classe moyenne, qu'ils soient riches ou non… Tous ces enfants en ont profité. Cela a donné lieu à une meilleure éducation musicale sur plusieurs générations. 

    Donc, lorsque Prince naît en 1958, c'est dans une ville qui a fait de la musique une part cruciale de son identité, dès sa fondation. Cela a véritablement préparé le terrain pour la croissance musicale de Prince. 

    Un autre facteur-clé, selon vous, de la place de la musique à Minneapolis, c'est le racisme et la ségrégation.

    Au début du XXᵉ siècle, des populations noires sont venues s'installer à Minneapolis. Il s'agissait d'anciens esclaves, de personnes chassées de chez elles par les lois Jim Crow [série de lois ségrégationnistes en vigueur à l'époque, NDLR], ou de personnes qui fuyaient le racisme. Lorsque ces populations sont arrivées à Minneapolis, les restrictions pour le logement – et les actes de terrorisme de certains habitants blancs de la ville – les ont forcées à vivre dans les quartiers sud et nord de la ville. Ces zones sont devenues les sections noires de Minneapolis, avec leur propre cartographie musicale. On y jouait du blues, les prémices du rock'n'roll… 

    Prince a grandi au milieu de cette cartographie-là. Dans son quartier, autour de lui, il entend James Brown, Earth Wind & Fire, tous les musiciens issus de la Motown. Mais, sur les radios locales, essentiellement blanches, il découvre aussi le rock de certains musiciens comme Santana ou les Pink Floyd. Il ne fait aucune distinction de valeur entre ces univers, et il apprend à jouer tout cela. La force de Prince, c'est sa capacité à les combiner tous ensemble pour créer quelque chose de nouveau et d'unique. C'est cela, le son de Minneapolis. C'est un son né d'un paysage musical fragmenté, en raison d'une histoire qui remonte au XIXᵉ siècle.

    L'histoire de Minneapolis a donc influencé le "son" de Prince. À l'inverse, l'héritage musical de Prince influence-t-il toujours Minneapolis aujourd'hui ?

    La diversité dans la création musicale dont Prince a fait preuve continue d'être reflétée, aujourd'hui, dans les salles de concert de la ville. Partout aux États-Unis, la musique jouée dans les clubs et les salles dépend de leur environnement. De la musique noire est jouée dans les quartiers noirs, et vice versa. Mais pas à Minneapolis. À Minneapolis, on peut entendre n'importe quel type de musique, n'importe où. À mon sens, c'est cela, l'héritage laissé par la musique de Prince. 

    À lire aussiL’aura de Prince résistera-t-elle à l’érosion du temps ?

    5 min
  • Garder les traces face à l'effacement. Taysir Batniji, l'artiste palestinien expose à la Galerie Agnès B.

    La Galerie du Jour Agnès B présente actuellement les œuvres de six artistes palestiniens dans l'exposition The Grain of Our Hearts conçue avec le collectif Maan (« Ensemble » en arabe). Un collectif né en octobre 2023 à la suite de l'exposition Ce que la Palestine apporte au monde à l'Institut du monde arabe. Les divers supports – photos, collages, dessins, gravures, récits – se retrouvent autour de la transmission d'une histoire. Comment garder les traces et raconter l'histoire face à l'effacement ? Taysir Batniji, artiste confirmé est l'aîné des six exposants.

    À lire aussiHenry Taylor, héritier afro-américain de Picasso, célébré au musée Picasso-Paris

    4 min
  • Saint-Pierre-et-Miquelon, au cœur du nouveau roman d'Anne-Solange Muis

    Anne-Solange Muis est géographe. Elle a créé la maison d'édition Terre Urbaine, qui publie des essais sur l’écologie, les territoires et la ville. Son premier roman, Une île pour elle, a reçu plusieurs prix, dont le prix Amerigo-Vespucci. Son nouveau roman, Écume d'hiver, nous emmène sur l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Elle est l'une des invités du Festival du Livre de Paris qui se tient au Grand Palais du 17 au 19 avril 2026.

    Dans le village de Miquelon, l'hiver a tout effacé et l'horizon n'existe plus. C'est ici que sont nés Michel et Jean, deux frères qui vivent de la pêche traditionnelle à la morue. Mais un soir de grand froid, Jean disparaît. Son sort va alors sceller le destin de son fils Yoann, contraint de revenir sur l'île qu'il avait quittée enfant. Se heurtant à un quotidien où la nature guide tout, cet homme devra renouer avec la terre qui l'a vu naître et, qui sait, avec son passé.

    À travers des chapitres composés comme des tableaux, Anne-Solange Muis plonge le lecteur dans les paysages et les légendes de Miquelon-Langlade, à Saint-Pierre-et-Miquelon, ce bout de France perdu aux confins de l'Atlantique Nord. Et bâtit, avec une langue d'une infinie sobriété, le décor immense d'une vibrante histoire de transmission. (Présentation des éditions Phébus)

    4 min
  • La romancière Elsa Olaizola questionne la transmission de la violence dans «L'Héritage de Soledad»

    Avec L'Héritage de Soledad, Elsa Olaizola interroge, à travers un voyage initiatique, la part d'ombre transmise par nos parents. Son premier roman est publié chez JC Lattès. Entretien avec la romancière, également membre de la rédaction numérique de RFI.

    RFI : Vous signez, chez Jean-Claude Lattès, L'Héritage de Soledad, un premier roman magistral, un roman initiatique où l'on suit, sur les routes de l'Ouest américain, le jeune Emiliano qui part sur les traces de son histoire familiale, celle de sa mère qui porte en elle un très lourd secret. Pourquoi avez-vous choisi ce thème du secret familial pour ce premier roman ?

    Elsa Olaizola : Je pense que c'est un thème universel qui concerne beaucoup de personnes, avec des questions sur : qu'est-ce qui constitue ma famille ? Pourquoi mon père, ma mère réagissent-ils de cette façon ? Qu'est-ce qui se passe dans la cellule familiale ? Et je pense qu'à différentes étapes de nos vies, on se pose ces questions. Moi, j'arrive à la trentaine, j'arrive dans une nouvelle période de ma vie où je me préoccupe de ce que nous ont transmis nos ancêtres.

    La question que vous posez est celle de la transmission des traumatismes d'une génération à l'autre. C'est une question qui hante le livre. Est-ce aussi une question qui vous hante ?

    En fait, je pense que ce qui me hante, c'est de savoir qui on est vraiment. En tant qu'enfant, ce qui peut être difficile, c'est de recevoir des choses de la part de ses parents sans connaître leur histoire. Par exemple, dans ce livre, Emiliano a beaucoup souffert d'être aux côtés d'une mère, certes qui l'aime, mais qui traverse des épisodes de colère très violents, proches de la folie. Et lui, il reçoit cette violence en tant qu'enfant. En sens inverse, le parent peut se demander : qu'est-ce que je possède de mon histoire familiale ? Qu'est-ce qui m'a construite et que je vais peut-être transmettre ou que je n'aurais pas du tout envie de transmettre ? Et en fait, Djune (la protagoniste du roman, NDLR), c'est ce qui la hante. Elle a peur de ce qu'elle va transmettre à son enfant, de ce qu'elle pourrait transmettre lié à son histoire avec le père d'Emiliano, mais aussi de son histoire familiale à elle, une histoire qu'elle connaît mal. 

    La violence est un héritage ? Comment fait-on quand on reçoit un tel héritage ? Emiliano, lui, a trouvé une solution, il prend la route... 

    Emiliano a beaucoup de colère en lui. C'est un adolescent. L'adolescence est souvent une période de grande colère, mais lui a des raisons supplémentaires d'être en colère, parce qu'il est dans une relation très conflictuelle avec sa mère. La mère d'Emiliano redoute d'avoir transmis à son fils un héritage de violence, parce qu'elle-même se pense issue d'une tradition de violence. Donc, durant toute sa vie, elle va chercher à protéger Emiliano de cette violence.

    Et en même temps, ce qui est terrible pour cette mère, c'est qu'elle guette le moindre signe de violence chez son fils. Si elle le voit, par exemple, courir après des poules dans le jardin – parce que c'est un enfant et qu'il veut jouer –, elle va en être terrifiée et y voir la preuve qu'il a reçu de la violence en héritage.

    Ce qui est important, c'est que la violence n'est pas seulement dans le cercle familial. On est aux États-Unis, et donc, on est dans une société très violente, une société qui s'est construite sur le génocide des peuples natifs américains, une société patriarcale violente aussi envers les femmes. Se pose donc pour elle la question de savoir comment faire pour que son fils échappe à une violence, alors que celle-ci est partout présente.

    Finalement, on a l'impression qu'à travers cette Amérique ultra-violente, vous nous offrez un miroir du monde. Le monde est donc si violent que ça ?

    Moi, c'est comme ça que je le ressens. Je pense que c'est important d'avoir conscience de cette violence du monde justement pour pouvoir la prendre en compte et savoir ce que l'on en fait. Vous parliez du fait qu'Emiliano se rend dans une réserve où il y a des Natifs américains. Pour moi, cette partie du roman est très importante parce que ce peuple, le peuple lakota qui vit dans la réserve de Pine Ridge, est un peuple qui a vécu la colonisation par les Européens. Et ce que je voulais montrer à travers les personnages qu'Emiliano va rencontrer, c'est que ce sont des militants, des hommes et des femmes qui vont se battre contre cette violence des États-Unis, qui vont se battre pour récupérer leurs terres. Et au contact de ces militants, Emiliano va réussir à transformer toute la colère qui l'habite. Il va réussir à se dire qu'elle peut avoir un sens.

    En filigrane de ce roman, il y a l'histoire d'une femme que l'on pense être la grand-mère d'Emiliano et la mère de Djune. Cette femme s'appelle Soledad. C'est une guérillera mexicaine. Une femme sans foi ni loi qui symbolise d'une certaine façon la violence du capitalisme au Mexique. Un personnage éminemment tragique dont vous racontez l'histoire en filigrane du roman. Cette grand-mère supposée est absolument incroyable. Est-ce qu'elle a réellement existé ?

    Elle n'a pas existé, c'est un personnage fictif. Elle m'est apparue, littéralement. Je l'ai vue, cette guérillera qui s'appelle donc Soledad Romeros del Rosario. Pourquoi j'ai créé ce personnage ? Parce que parmi les choses qui me mettent en colère, il y a le fait que les femmes sont souvent effacées des livres d'histoire. Et quand elles ne sont pas effacées, on minimise leur rôle, ou on leur prête des traits de bonté, de gentillesse, etc. Et ce que j'ai voulu montrer, c'est que, en fait, une femme peut être violente, une femme peut commander. Soledad n'entre pas dans la guérilla parce qu'elle est outrée par les conditions de vie des pauvres Mexicains, elle le fait parce qu'elle s'ennuie et parce qu'elle se rend compte qu'elle est douée pour monter à cheval, dévaliser des banques, tuer des riches propriétaires terriens. Et elle aime ça !

    Je voulais créer un personnage de femme, comme vous l'avez dit, sans foi ni loi, et non pas une femme qui doit absolument avoir une part de douceur ou une part de quelque chose. Non. Il y a des hommes psychopathes, mais il peut aussi y avoir des femmes psychopathes. Je ne suis pas pour cette violence à outrance, mais cela me tenait à cœur de montrer une femme qui, tout d'un coup, prend la tête de toutes les guérillas du Mexique.

    Et ce que je voulais montrer aussi, c'est qu'Emiliano, qui est un jeune garçon, va prendre cette femme pour modèle et se reconnaître en elle. Moi, en tant que petite fille, j'ai grandi avec des modèles masculins parce qu'en fait, c'était l'unique chose que l'on nous proposait. Et je voulais inverser les choses, montrer qu'un petit garçon peut très bien grandir en ayant un modèle féminin pour exemple. 

    L'Héritage de Soledad d'Elsa Olaizola, publié aux éditions JC Lattès, 304 pages, 2026.

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    Olivier Nakache et Éric Toledano, réalisateurs d'Intouchables, un des plus gros succès du cinéma français, reviennent à l'un de leurs sujets de prédilection : la famille. Dans leur nouveau long métrage, Juste une illusion, qui sort en salles mercredi 15 avril 2026 en France, ils revisitent les années 1980 de leur adolescence. Et c'est le portrait d'une famille attachante qui apparait l'écran.

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Du lundi au vendredi, un journaliste du Service Culture reçoit un acteur de la vie culturelle, pour aborder son actualité et réagir aux initiatives artistiques en France et dans le monde.

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